Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France - 12/04
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BFM politique avec Xavier Bertrand. Bonjour. Xavier Bertrand, vous êtes en direct de votre région, la région des Hauts-de-France. Sur ce plateau pour vous interroger à mes côtés Thierry Arnaud. Bonsoir. Bonjour Thierry. Pardon, je ne sais même plus dans ces temps de confinement quel jour on est, quelle heure il est. Thierry Arnaud de BFM Business, bien sûr, et David Ducan du Parisien, aujourd'hui en France. Xavier Bertrand, on attend bien sûr la déclaration d'Emmanuel Macron demain soir. Il doit s'adresser aux Français avec ce choix cornelien. Comment trouver le juste équilibre entre le fait de sauver des vies, bien sûr, mais ne pas non plus totalement figer le pays ?
Il envisage de demander aux Français de prolonger le confinement, un confinement strict jusqu'à la mi-mai. Est-ce que vous estimez que c'est souhaitable ? Est-ce que vous estimez que c'est raisonnable ?
J'ai un principe depuis le début de cette crise sans précédent. C'est de soutenir toutes les initiatives qui sont prises par les autorités sanitaires et de s'y tenir, de s'y conformer. Parce qu'encore une fois, c'est pour notre bien. Et cette question du confinement, ce n'est pas une option. La question du confinement, c'est que ça permet d'éviter que le virus ne circule. Donc à partir de ce moment-là, il faut respecter ce confinement. En revanche, ce que j'attends du président, c'est qu'il nous dise très clairement pourquoi on prolonge le confinement. Et qu'il nous explique clairement pourquoi on prend cette décision.
Et aussi qu'on puisse nous donner certainement un horizon plus lointain, quitte à le raccourcir, plutôt que de prolonger de 15 jours en 15 jours. Vous savez, les Français se comparent à nos voisins européens. Ils voient bien pour combien de temps est prolongé le confinement. Donc sur cette question du confinement, il faut bien expliquer pourquoi c'est prolongé, quel est l'enjeu médical. Et vous l'avez dit tout à l'heure, j'aurais juste bien précisé une chose. On ne peut pas mettre sur le même plan la santé et l'économie. Peut-être est-ce parce que je suis un ancien ministre de la Santé, il n'y a rien de plus important que la santé.
Sauver des vies, ça ne peut pas être mis en parallèle d'autres aspects. Et ça, pour moi, ce n'est vraiment pas discutable, pas négociable.
Est-ce que nous sommes finalement aujourd'hui contraints de prolonger ce confinement parce que nous n'avons pas les moyens de mener le déconfinement ? Est-ce que c'est parce que nous n'avons pas de test ? Est-ce que c'est parce que nous n'avons pas de masque pour protéger l'intégralité de la population ?
Alors là aussi, le président doit être très clair et il doit être très transparent. Quand je vous ai dit pourquoi on prolonge le confinement, il faut bien expliquer quel est l'enjeu pour le système hospitalier. Vous l'avez très bien résumé encore tout à l'heure dans le journal. Mais si à un moment donné, c'est parce que nous n'avons pas tout de suite les masques, il faut le dire et il faut le reconnaître. Et donc je pense que demain soir, ça doit être aussi l'occasion pour le président de la République de nous dire une fois pour toutes quelle est la doctrine concernant les masques.
Que l'on nous dise aussi très clairement si pour sortir de chez soi dès maintenant en période de confinement dans des circonstances exceptionnelles, est-ce qu'il en faut un ou pas ? Et demain quand on sortira, est-ce que oui ou non il en faudra un ? Je pense que sur tous ces points-là, on a le sentiment que la doctrine a été fonction de la pénurie. Les Français peuvent tout comprendre. Les Français peuvent tout entendre. Il faut juste que l'on comprenne bien qu'ils veulent un discours de vérité et de totale transparence.
Xavier Bertrand, sur la question des masses, parce qu'on était sur cette question-là précisément, comment s'est articulé le travail que vous avez fait, vous, de votre côté avec celui de l'État ? Vous avez vous-même procédé à des commandes en tant que patron de cette région des Hauts-de-France. Où vous en êtes de cette commande ? Est-ce que vous avez, vous, la capacité, si c'est cela vers quoi on doit aller, de contribuer, voire d'équiper, si j'ose dire, intégralement la population de votre région ?
Alors, la première des choses, les régions, comme l'ensemble des collectivités locales, les départements et les villes, on n'est pas là pour jouer des coudes. On est là tous ensemble avec l'État pour se serrer les coudes. Pour se serrer les coudes. Il n'est pas question de chercher à désorganiser quoi que ce soit. On voit que la gestion de cette crise n'est pas simple. Elle n'est simple d'ailleurs nulle part. Donc franchement, on a plutôt intérêt à jouer collectif. Au départ, nous avons demandé à l'Agence régionale de santé s'ils allaient commander des masques en plus. Ils l'ont fait au travers de l'État.
Nous avons entendu du ministre Olivier Véran qu'il y avait un milliard de masques qui avaient été commandés, notamment en Chine. Peut-être deux milliards. L'important, c'est de savoir quand ils pourront clairement être livrés. Donc nous, ce que nous avons voulu faire, c'est en plus. Nous avions déjà quelques centaines de milliers de masques. Ce matin, à 5h53 pour être très précis, la première commande que nous avions effectuée est arrivée à Roissy. Et là, je le dis, ça montre bien que quand on veut, on peut. Les procédures de dédouanement vont avoir lieu pendant le week-end.
Donc les services des douanes, à qui je veux rendre hommage, travaillent pendant ce week-end pour pratiquer le dédouanement. Il n'y a pas de droit de douane, mais il y a des procédures de façon à ce que nous puissions, dès cette semaine, comme nous étions engagés, voir avec les professionnels de santé où il manque encore des masques. Est-ce que dans les hôpitaux, publics et privés ? Est-ce que dans les EHPAD, il y a ce qu'il faut ? Et est-ce qu'il y a aussi les libéraux, les infirmiers, les ambulanciers ? Est-ce qu'ils en ont suffisamment ? Ainsi que les médecins et tout le personnel qui travaille à domicile pour notamment aller voir les personnes âgées, les personnes handicapées.
Ensuite, et encore une fois, toujours en travaillant main dans la main avec les responsables de l'État, c'est de voir si ceux qui aujourd'hui sortent de chez eux pour aller travailler, est-ce que ceux-là sont suffisamment équipés ? Les forces de secours, de sécurité, même la pénitentiaire, les personnels de la pénitentiaire, et de la caissière aux routiers, du pêcheur aux paysans, qui en a besoin ? Mais pour ne rien vous cacher, la stratégie va plus loin. Et là, on a besoin d'entendre le président de la République là-dessus. Qu'est-ce que l'État compte faire pendant cette période de confinement et après concernant le port du masque ?
Parce que si on est en guerre, comme l'a dit Emmanuel Macron, alors il faut une économie de guerre. Je vais vous donner un exemple. Dans la région des Hauts-de-France, mais il n'y a pas que la région des Hauts-de-France, toutes les régions voient des initiatives fleurir. Nous avons 7 fabricants de masques qui ont été agréés par la Direction Générale de l'Armement et qui fabriquent des masques. Notamment des masques, attention, certifiés. Certifiés par la DGA, Direction de l'Armement, certifiés par les autorités sanitaires. Il y a notamment cette fameuse entreprise, Le Mailleux, qui aujourd'hui fabrique 10 000 masques par jour avec des milliers de couturières à domicile.
Ce que je suis en train de faire avec l'ensemble des collectivités locales, parce que je vous l'ai dit, il ne faut pas bosser tout seul dans son coin, c'est d'essayer de pouvoir faire un groupement de commandes de façon à leur dire clairement, produisez des masques tout de suite dans les semaines et dans les mois qui viennent, nous vous les achèterons pour pouvoir doter la population des Hauts-de-France. Je pense que l'État le fera, mais je veux le faire en complément.
Est-ce que tout le monde doit en porter ? Est-ce que vous estimez d'ailleurs que, de ce point de vue-là, il faut s'inspirer, notamment de l'Asie, sur un port du masque obligatoire à la sortie du confinement ? Si on en a les moyens, encore une fois, c'est toujours la question.
– Apolline de Malherbe, je ne suis plus ministre de la Santé, il n'y a qu'un ministre de la Santé en France, c'est Olivier Véran. Ce n'est pas à moi de poser cette doctrine, mais je sais une chose, je ne suis pas fou, je ne suis pas sourd. Nos concitoyens, aujourd'hui, veulent être protégés le mieux possible. Il n'y aura de reprise de l'activité économique, il n'y aura reprise de vie normale que quand les salariés, que quand nos concitoyens sortiront en se disant « je peux être protégé ». C'est le masque, c'est les gestes barrières, c'est le gel hydroalcoolique. On va avoir besoin de penser différemment, tant que ce satané virus n'a pas disparu.
Et personne ne peut nous garantir que c'est comme le sera, c'est qu'il disparaîtra à l'été. Et on sait bien aussi qu'il y a toujours le risque d'une nouvelle vague.
– Justement, justement, sur ces questions du calendrier.
– Quand nous avions monté, sous l'autorité de Jacques Chirac, des usines de masques en France, notamment Macopharma à Tourcoing qui produit des masques, a augmenté ses capacités de production à l'époque. Des usines avaient vu le jour tout simplement parce qu'on leur avait garanti des commandes. Je veux pouvoir leur garantir des commandes de façon à pouvoir équiper l'ensemble des ménages. Ça ne va pas se faire d'un claquement de doigts, pas en quelques semaines, certainement en quelques mois. Mais nous voulons pouvoir leur en commander de façon à ce que dans la région, mais ce sera le cas aussi dans les autres régions, on puisse ne pas être pris au dépourvu.
– Xavier Bertrand, – Dans une guerre, vous savez, ça a été dit, c'est une guerre de mouvements qu'il faut faire. Il faut essayer d'anticiper, mais encore une fois, en bossant tous ensemble.
– Xavier Bertrand, il y a aussi une question sur ce confinement, c'est est-ce qu'il faut que tout le monde soit déconfiné en même temps ? Est-ce que tout le monde pourra à nouveau se promener et sortir de chez soi ? Sur les enfants et sur les personnes âgées, sur les enfants, on croit comprendre que les écoles pourraient ne pas rouvrir avant septembre. Et sur les personnes âgées, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, dit que l'Union européenne envisage de maintenir les personnes âgées en confinement jusqu'à la fin de l'année. Elle précise, je sais que c'est difficile, mais c'est une question de vie ou de mort. Est-ce que c'est possible ?
– Oui, c'est possible, mais encore une fois, ceux qui nous gouvernent aujourd'hui ont des informations que nous n'avons pas et que je n'ai pas. Ça veut dire très clairement que tout dépend des scénarios qui existent, notamment concernant le développement encore et encore de cette épidémie. Mais si je peux me permettre, avant d'aller jusque-là, avant même de parler de la sortie du confinement, parce que tout le monde n'a qu'une question à poser au président de la République. Quand est-ce qu'on va retrouver notre vie d'avant ?
Quand est-ce que notre quotidien d'aujourd'hui, que nous avons accepté, et quand je vous dis qu'il ne faut pas prendre les Français pour des enfants, il ne faut pas les culpabiliser, regardez quand même. En quelques jours, ils ont changé complètement leur mode de vie. Ils ont arrêté de travailler, ils se sont retrouvés dans des conditions, ce n'est pas la même chose d'être dans une grande maison ou dans un F2 ou dans un F3, avec en plus télétravailler et les enfants qui sont là. C'est sortir de chez soi pour travailler notamment dans l'industrie, dans les supermarchés, les éboueurs, en se demandant si en rentrant, on ne va pas poser un problème de santé, on ne va pas contaminer ses proches.
Ils ont tout accepté, tout accepté, mais ils veulent tout simplement savoir et qu'on leur dise encore une fois en transparence. Il y a d'autres questions qui sont posées. Les tests, quand est-ce que nous aurons justement des tests pour tout le monde ? C'est la chloroquine, quand est-ce que va cesser cette querelle qui semble être une querelle d'experts et qu'on se dise très clairement qu'on va être capable d'apporter une réponse claire et un traitement clair ? C'est aussi d'autres questions qui sont importantes. C'est qui est autorisé à travailler ?
Et il faut qu'on arrête avec ces sortes de déclarations contradictoires dans des sujets comme ceux-là, qui ne sont jamais simples, dans une crise qui n'est pas simple, qui est du jamais vu. Il faut qu'il y ait de la cohérence et une forme de bon sens. Mais alors justement, Xavier Bertrand... Le bon sens qu'ont les Français, il faut que les experts, il faut que les scientifiques puissent, je ne sais pas si c'est possible, se l'approprier. Vous voyez, la France a besoin de scientifiques, mais on ne veut pas d'une république de scientifiques. C'est le politique qui doit prendre ses responsabilités.
La responsabilité politique, elle ne se partage pas, elle ne se délègue pas et elle ne se divise pas. C'est cela qu'on attend clairement du Président. Qui peut retravailler ? Dans quelles conditions ? Et puis aussi un autre message que je veux passer. Si vous êtes malade, atteignez une maladie chronique. Ne retardez pas vos soins, ne retardez pas vos traitements. Parce qu'il y a aujourd'hui beaucoup de personnes qui se disent « On nous a dit de ne pas sortir. Si je vais à l'hôpital dans un cabinet médical, est-ce que je ne mets pas ma vie en danger ? » Il ne faut pas qu'on ajoute une autre crise sanitaire à celle terrible que nous connaissons aujourd'hui.
– Ah, Xavier Bertrand, justement, nous aussi soyons clairs ce matin. Vous dites « C'est ma ligne de conduite. Je ne critique pas les positions des autorités de santé, donc du gouvernement. » Mais en même temps, en vous écoutant, on se dit que vous vous dites que les choses n'ont pas été forcément extrêmement claires depuis le début de cette crise, qu'il y a eu peut-être des va-et-vient. Est-ce que vous, Xavier Bertrand, si vous aviez été aux manettes, vous auriez agi différemment ? Ou bien est-ce qu'au contraire, oui, Emmanuel Macron, il fait ce qu'il peut, il fait avec les informations dont il dispose ?
– Écoutez, je pense que pour tous les responsables politiques, il y a un mot d'ordre, pas trop la ramener, et d'essayer, là où on est, de se montrer le plus utile possible. Parce que quand vous voyez aujourd'hui toutes ces familles qui sont endeuillées, quand vous voyez ces soignants qui sont exténués, certains y ont laissé leur vie, d'autres leur santé, quand vous voyez les gens qui sont inquiets chez eux pour savoir s'ils vont retrouver leur entreprise, et nous, on va reprendre la guéguerre traditionnelle, « Pousse-toi de là, que je m'y mets », tout ça, et basta, basta.
Aujourd'hui, il n'y a qu'une ligne de conduite, c'est pour la classe politique d'essayer de se mettre à la hauteur des circonstances, et tout simplement de se montrer utile et efficace. Il n'y a aujourd'hui que ça qui compte. Mais, excusez-moi, mais cette émission est aussi pour moi l'occasion de me faire le porte-parole de tous ceux que j'ai pu rencontrer depuis des jours ou des jours, parler au téléphone, parce que rencontrer, c'est plutôt par des visios ou par des audioconférences qu'on peut le faire. C'est la question des EHPAD. Monsieur le Président, des décisions ont été annoncées par Olivier Véran.
Il faut aujourd'hui mettre le paquet sur nos EHPAD, sur nos anciens, sur nos aînés, tout simplement pour que, là où ils sont, on ait la certitude, déjà qu'on ne peut plus les voir, on ne peut plus aller les rencontrer, qu'ils sont pris en charge, et que tous les personnels des EHPAD, eux aussi, ce sont des héros. Eux aussi, ce sont des héros. Est-ce qu'il y a les renforts nécessaires, la réserve sanitaire ? On a décidé dans la région, mais comme l'Île-de-France l'a fait, comme Grand-Est l'a fait, de mettre à disposition des personnels, les aides-soignants, les infirmiers, au mois d'avril, il y en aura au moins 9000 qui seront mobilisés dans les EHPAD. Est-ce qu'il y a les tests nécessaires ?
Est-ce qu'on prend la protection nécessaire ? Il faut absolument que, dans les EHPAD, on ait des garanties, Monsieur le Président, et il faut qu'il s'exprime là-dessus aussi.
Deux points précis sur lesquels on aimerait avoir votre sentiment, Xavier Bertrand. D'abord, l'éducation. On vous en parlait il y a quelques instants. Ça fait partie des domaines de compétences partagées entre l'État et les régions. Manifestement, on attend du Président de la République qu'il annonce demain soir la fermeture des établissements scolaires, au moins s'agissant des maternelles et du primaire, jusqu'à la rentrée prochaine. Est-ce que vous approuvez cette décision ? Et un autre point précis, celui du tracking.
Vous savez, cette capacité de suivre les déplacements des uns et des autres qui pourraient être une arme de lutte, ou en tout cas de surveillance pour gérer l'évolution de la pandémie. Alors ça soulève évidemment tout un tas de questions graves sur la méthode et sur les droits des uns et des autres, sur la liberté individuelle. Est-ce que si un tel système se mettait en place, vous l'approuveriez ? Est-ce qu'il faudrait que ce soit sur la base d'un volontariat, par exemple ? Qu'en pensez-vous ?
Pour l'éducation, tout d'abord. Si, pour des raisons sanitaires, on décide de fermer, comme pour le reste, j'approuve. Et ça ne me choque en rien, j'approuve. La seule chose, c'est qu'il faut aussi qu'on se mette à la place des familles et que l'on nous dise très rapidement s'il y a des solutions qui seront envisagées au-delà des cours traditionnels qui sont prévus. Vous savez, on a mis en place aujourd'hui l'éducation à distance. Les enseignants font un boulot remarquable. Les parents d'élèves s'impliquent également. Je vous donne juste un ordre de grandeur.
La semaine dernière, on avait quasiment 285 000 personnes qui se sont connectées dans la journée, justement pour suivre les cours à distance. Et quand certains n'ont pas les ordinateurs chez eux, la région a mis à disposition un demi-millier d'ordinateurs pour qu'il n'y ait pas cette coupure, cette cassure territoriale et sociale. Donc on va pouvoir s'organiser pendant le temps scolaire encore. Mais si c'est jusqu'à la rentrée, il faut aussi penser aux familles et les aider à trouver des solutions. Ça, c'est le premier point sur la question de l'éducation. Sur la question du tracking, juste un point. Ce n'est pas la solution miracle. Et n'allons pas mettre la charrue avant les bœufs.
Parce que si vous mettez en place le tracking, si vous faites tout le débat sur le tracking, en oubliant que se pose avant tout la question des masques, et que se pose également la question des tests, alors je suis désolé, c'est une fausse bonne solution. Et la question qui se pose, c'est qu'elle doit être très précise, cette hypothèse du tracking. Parce que si on vous dit que vous avez croisé à un moment donné quelqu'un qui a été contaminé par Covid-19, vous l'avez croisé où ? Dans le train ? Dans le métro ? À la supérette ? Parce que ça change considérablement les choses.
Dans une stratégie globale, les traitements, les tests, les masques, et justement une hypothèse comme celle-ci, si vous n'avez pas cet ensemble, ça ne sert à rien. C'est ça le fond du problème. Dans une stratégie globale, ça peut avoir du sens, avec les garanties éthiques et en matière de liberté. Entre parenthèses, on a en ce moment Apple et Google, je crois, qui sont en train de monter leur système à eux. Là, je pense qu'en ce qui concerne les garanties éthiques et la garantie des libertés, on ne les aura certainement pas. Il y a des acteurs français qui s'étaient beaucoup engagés là-dessus. Il faut que le gouvernement travaille clairement avec eux.
Mais encore une fois, ce n'est pas la solution miracle. Des garanties importantes en matière de liberté et surtout un ensemble de mesures. S'il n'y a pas cet ensemble de mesures, ça ne peut pas fonctionner. Les pays qui ont utilisé le tracking sont des pays qui avaient l'ensemble de mesures.
Merci beaucoup, Xavier Bertrand. Vous restez avec nous dans un instant. On se posera aussi la question des conséquences économiques, sociales de ce confinement. Le gouvernement commence à dire qu'il faudra sans doute travailler plus, peut-être même renoncer au RTT ou au congé. On vous interrogera bien sûr sur ces questions-là. Xavier Bertrand, à tout de suite. On poursuit ce BFM politique avec Xavier Bertrand dans un instant. Mais avant cela, un point sur l'actualité. Évidemment, cette actualité de confinement est de dimanche de Pâques avec vous, Philippe Godin.
Avec beaucoup de questions et l'attente. L'attente des réponses, celle d'Emmanuel Macron, le président de la République, s'exprimera demain soir après les applaudissements de 20 heures. Il devrait revenir sur les mois écoulés et surtout évoquer sa stratégie pour les prochaines semaines à venir, notamment en matière de confinement, répondre aussi aux interrogations économiques et peut-être à l'appel du MEDEF qui appelle à une reprise du travail dans de bonnes conditions. Il faut, c'est maintenant très posément, très objectivement, savoir quelles sont les mesures appropriées parce que si on est guidé par la peur, on va rester chez nous des mois et des mois. Et ce n'est pas tenable.
C'est d'aller travailler quand c'est possible, dans des conditions de sécurité, pour faire en sorte que l'État puisse avoir des rentrées fiscales et que la solidarité nationale s'exprime pour ceux qui en ont vraiment besoin. Autre dossier sur lequel le président de la République est attendu, c'est celui de la réouverture des écoles. Les examens, vous savez, ont été réorganisés avec le baccalauréat, par exemple, qui passe en contrôle continu. Mais qu'en est-il ? Des cours pourront-ils reprendre dans quelques semaines, dans quelques mois ou seulement en septembre ? Des inquiétudes qui émergent dans les associations de parents d'élèves.
Ce n'est pas notre métier de savoir quand est-ce qu'il faut reprendre. L'important, c'est la sécurité des élèves, de la communauté éducative et de tous ceux qui vivent autour d'eux. Donc, l'école, effectivement, c'est important de savoir quand ça va reprendre. Mais le plus important, c'est ce qui se passe aujourd'hui dans les hôpitaux. Les chiffres à la mi-journée de cette pandémie et les chiffres européens avec ce décompte de nos confrères de l'AFP. 75 000 morts au total du Covid-19 en Europe. En France, 13 832 décès liés à cette épidémie. 353 de plus en 24 heures, selon les chiffres annoncés hier soir par la Direction Générale de la Santé.
Et conséquence, évidemment, de cette pandémie, ce dimanche de Pâques si particulier, au Vatican, les images de cette bénédiction en direct, Ourbi et Torbi, du pape François, traditionnelle bénédiction à la ville et au monde, qui, vous le voyez, ne se déroule pas à la loggia de la basilique, comme le veut la tradition, mais qui se déroule à l'intérieur de cette basilique, quasi déserte, quelques dizaines de personnes seulement, vous le voyez, pour entourer le pape qui va prononcer cette bénédiction, Ourbi et Torbi, tout cela avec une place Saint-Pierre totalement désertée l'année dernière. Ce sont 70 000 fidèles qui étaient réunies, place Saint-Pierre.
Cette année, c'est le silence qui règne sur cette place Saint-Pierre. Image impressionnante. Il est 12h33, place ABFM Politica, Capoline.
Merci Philippe. Et on retrouve tout de suite Xavier Bertrand avec cette question, notamment la question, bien sûr, du maître le curseur entre l'économie et le sanitaire. Vous y avez répondu dans cette première partie en disant que, à vos yeux, quoi qu'il arrive, la santé prime et l'économie suit. Avec cette question, quand on sortira du confinement, comment se remettre à travailler et faudra-t-il travailler plus, Thierry Arnaud ?
Oui, alors, effectivement, le retour de l'activité économique pose tout un tas de questions complexes. Comment l'organiser ? De quelle manière ? Avec quels moyens ? Xavier Bertrand, alors on voit, d'une part, d'ores et déjà, qu'un certain nombre de responsables économiques réclament d'ores et déjà une remontée en puissance, une reprise d'activité de certains secteurs, le fait d'élargir le cercle des activités qui sont considérées comme essentielles et qui, donc, dès maintenant, pourraient recommencer à enclencher un fonctionnement.
Et puis, l'autre point très important, c'est qu'on entend des voix qui commencent à nous dire qu'une fois que cette activité économique reprend, eh bien, il faudra faire davantage d'efforts. Il faudra travailler plus, nous dit la secrétaire d'État à l'économie, à Bercy, Agnès Pannier-Runacher. Travailler plus. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette idée ? Est-ce qu'il faudra, par exemple, aussi, renoncer à un certain nombre de jours fériés, de congés payés ? Bref, est-ce qu'il faudra, et dans quelle proportion, produire des efforts supplémentaires pour attraper tout ce qui a été perdu pendant cette crise ?
Je suis salarié. Je demande si mon entreprise va réouvrir. Ma vie a complètement changé du tout au tout. J'ai moins de pouvoir d'achat, moins de salaire, parce que je suis au chômage partiel. Je ne suis pas responsable de tout ça. Mais on me dit qu'à la sortie, c'est moi qui vais payer la facture. Non, mais qu'est-ce qu'on veut, là ? On veut rendre fous les Français ? On veut les rendre fous de colère ? Déjà qu'il y a une forme de colère froide. On leur dit, non, non, mais vous savez, tout ça, la facture, c'est vous qui allez la payer. Alors, entendons-nous bien. Les Français savent pertinemment, ils ont compris, qu'on est dans un choc économique sans précédent. Sans précédent.
Que la question qui se pose, c'est de savoir combien de nos entreprises vont pouvoir résister à tout cela ? Combien de salariés vont retrouver leur emploi ? Et on leur dit, et après, c'est vous. Non, mais attendez. Là, il faut que les gens gardent un peu de sang-froid, là. Que ceux qui nous gouvernent, ceux qui nous dirigent, se mettent un quart de seconde à la place des Français. Et des catégories moyennes, et des catégories populaires. Et puis, je vais vous dire un truc, c'est que si à la sortie de cette crise, la réponse, c'est l'autorité, mais ils n'ont rien compris du... L'austérité, ils n'ont rien compris du tout.
L'austérité, les logiques comptables, c'est quand même ce qui nous a mis dans cette situation-là, notamment pour les enjeux de santé et de production de biens de santé. Les masques, c'est la Chine. Bien souvent, les traitements, c'est les États-Unis. Et nous, en Europe, on a été défaillants. Si on veut changer tout ça, et en plus, une politique d'austérité, ah non, là, moi, je vous le dis très clairement, et d'ailleurs, je ne suis pas là seulement pour dire il faut, il faut. Par exemple, dans la région, tout ce qui touchait au pouvoir d'achat des habitants de la région, on avait mis en place des aides au transport, des aides à la garde d'enfants. Les gens ne font plus garder leurs enfants.
J'ai décidé de maintenir ces aides pour ne pas pénaliser le pouvoir d'achat. Donc, encore une fois, si on pense que c'est la facture qui doit être payée par les salariés, tous ceux qui font des efforts déjà aujourd'hui, alors là, je vous dirais, je serais farouchement contre cette vision des choses.
Xavier Bertrand, vous venez à l'instant de parler de la colère froide de nos concitoyens. Nous révélons dans le Parisien une note confidentielle des renseignements français qui s'inquiètent d'une menace de révolte sociale après ce confinement, lorsqu'il sera derrière nous avec des mouvements d'ultra-gauche qui seraient déjà en train de se mobiliser. Est-ce que vous partagez cette inquiétude ?
Oui, mais je ne parle pas de la même chose. Là, on parle des activistes, des révolutionnaires de l'ultra-gauche qui veulent effectivement tout casser et tout foutre par terre. Moi, je vous dis que la France devra se relever et que nous saurons nous relever justement de cette épreuve, mais ça sera en travaillant tous ensemble. Regardez aujourd'hui, ce qui tient les Français entre eux, c'est cette formidable solidarité. Dans la devise républicaine, ce qui tient le plus aujourd'hui, c'est la fraternité. Parce que l'égalité, elle n'est pas au rendez-vous compte tenu des conditions de confinement. Vous l'avez compris, la liberté, on ne l'a plus, c'est la fraternité, c'est cette entraide.
Et donc, si derrière, on donne le sentiment que c'est chacun pour soi, que certains veulent casser ce qui nous reste, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Encore une fois, vous voyez, ce qui tient, c'est le peuple. C'est les mouvements de solidarité comme je vous en parlais tout à l'heure. Et donc, je pense très clairement qu'il ne faut en rien fragiliser la société française et que nous devons à tout prix veiller à ne pas augmenter les injustices, les inégalités qui sont non seulement une faute morale, mais qui sont en plus un contresens économique pour ceux qui ne penseraient qu'à ces logiques d'efficacité économique.
Attention, comment est-ce qu'on fait précisément ? Vous le dites. En effet, on a le sentiment quand même que depuis le début de la crise, les inégalités, notamment vis-à-vis du travail, entre ceux, principalement les cadres, qui peuvent télétravailler et ceux qui ne peuvent pas ne pas se rendre physiquement au travail, souvent la peur au ventre, ces inégalités qui se rajoutent à la question du confinement, c'est-à-dire que vous êtes à la tête d'une région où il y a quand même beaucoup de pauvreté. Comment est-ce que les gens vont pouvoir vivre ce confinement avec le plus souvent les enfants en effet à la maison pendant encore peut-être un mois ?
Qu'est-ce que vous pouvez leur dire et qu'est-ce que vous pouvez faire concrètement, ne serait-ce qu'en tant que président de région ? Est-ce que vous avez les leviers ? Ou alors, si vous ne les avez pas, qu'est-ce que vous demandez à l'État ?
Une partie des leviers. Nous avons effectivement une partie des leviers parce qu'on a cette compétence économique, mais encore une fois, on travaille avec l'ensemble du monde économique, les chambres de commerce, les syndicats patronaux et les syndicats de salariés également, les chambres des métiers, les chambres d'agriculture. Encore une fois, si vous ne travaillez pas en équipe, on n'a aucune chance de réussir. Et c'est ça que j'appelais cette fraternité, cette solidarité justement entre les Français. On a mis en place notamment des dispositifs d'aide importants, une première tranche notamment dans la région à plus de 320 millions d'euros.
On l'a voté vendredi dernier dans une session un peu particulière qui s'est faite à distance. On ira beaucoup plus loin que ça dans le plan de soutien pour faire en sorte que les entreprises d'hier, je les retrouve demain. Et puis le président de la République doit aussi nous indiquer comment on va faire pour au-delà du chômage partiel pour protéger les Français parce que certains ont bien compris que le chômage allait augmenter. Et il faut encore une fois leur donner des garanties. Ces garanties-là, moi c'est aussi mon rôle en tant que président de région. Et puis c'est aussi de passer des messages au gouvernement. Il y a parfois des trous dans la raquette dans les dispositifs.
Et c'est normal. Il y a tellement de choses qui sont à gérer. On a eu une vague, une crise qui nous arrive qui est d'une ampleur sans précédent. Il faut remonter à la guerre ou à 1929 pour avoir des exemples comme cela. Et on s'est aperçu que les milliards d'euros dont on parle au niveau européen, les centaines de milliards d'euros, les gens vous disent mais moi ce que je veux savoir, je suis à 1500, je suis à 2000 euros près. Comment ça m'arrive à moi ? Donc que ce soit vis-à-vis des banquiers pour s'assurer qu'ils jouent bien le jeu. Qu'on retrouve un jour les assureurs. Parce que les assureurs, clairement, ils nous disent que ce n'est pas prévu dans les contrats.
Il faut aussi qu'ils contribuent au plan de soutien et demain au plan de relance. Il y a les assureurs crédits. Vous savez, ce sont ceux qui notent les entreprises et qui ont tendance bien souvent à retirer le tapis. Eh bien, c'est de se battre pour dire attention, tout le monde est réglo, tout le monde joue le jeu parce qu'autrement, on ne s'en sortira pas. Et puis, les trous dans la raquette, ce sont les auto-entrepreneurs. Ce sont des professions comme les pêcheurs qui se trouvent dans une situation très compliquée parce que les restaurants sont fermés, on achète moins de poissons et on veut les voir disparaître nos pêcheurs français ? Certainement pas.
Tiens, dans les forains, le monde des forains, le monde de la fête qui n'existe plus aujourd'hui, il n'y a plus de fête, est-ce qu'on les laisse disparaître ? Vous voyez, il faut vraiment essayer qu'il n'y ait pas de trous dans la raquette et qu'on n'oublie personne. Et les très grands groupes sont importants, mais bon sang, l'artisan, le commerçant, les libéraux, on a besoin de les sauver aussi. Et on a des outils pour ça. Parce que, je vous ai parlé des outils de la région, mais c'est vrai que l'État a mis en place un plan mais qui, à mon avis, s'il y a prolongation du confinement, il faudra aller au-delà. Vous voulez que je vous dise ces milliards d'euros ? C'est un bon investissement.
C'est un bon investissement. On est capable, bien souvent, de mettre beaucoup d'argent sur la table pour faire venir des entreprises. C'est bien aussi de mettre de l'argent sur la table pour sauver nos entreprises. Surtout que si l'Europe joue vraiment le jeu, on est capable d'avoir des moyens beaucoup plus importants pour soutenir et relancer.
Mais au-delà de ces mesures de soutien, Xavier Bertrand, et de ces trous dans la raquette qu'il faut combler, qu'est-ce qu'on répond aujourd'hui à ces chefs d'entreprise, à ces artisans, à ces indépendants, à ces commerçants qui disent « On nous annonce des semaines de confinement supplémentaires, mais moi, si mon activité, je ne suis pas en mesure de la faire repartir très vite, idéalement, dans les prochains jours, mon activité, quoi qu'il arrive et quel que soit le soutien qu'on peut m'apporter, elle va bel et bien disparaître. » Comment est-ce qu'on gère cette difficulté-là ?
Et est-ce qu'il faut, comme certains le demandent, peut-être pas généraliser, mais en tout cas, commencer à un peu desserrer la contrainte de ces activités qu'on définit comme les activités essentielles qui sont les seules à pouvoir fonctionner aujourd'hui ? Est-ce qu'il faut élargir un peu cette définition ?
Oui. Et le président de la République doit donner des indications claires et cohérentes demain soir là-dessus. Pour moi, et je vois comment ça se passe dans la région, tiens, je vous prends un exemple très concret, Toyota, à côté de Valenciennes, le directeur de l'usine voudrait faire reprendre le travail à partir du 21 avril. Sauf que ça ne se fait pas d'un claquement de doigts. Ils discutent avec l'ensemble des organisations syndicales de façon à les convaincre que si les salariés ont des masques, s'ils ont effectivement des visières, des doubles visières, s'ils ont du gel hydroalcoolique et de nouveaux process de travail, le travail peut se reprendre dans de nouvelles conditions.
Dans des conditions sanitaires différentes et renforcées. C'est par le dialogue qu'on arrivera à trouver ces solutions. Mais c'est vrai qu'au début, les gens ont plutôt compris qu'il ne faut pas aller travailler. Et là, encore une fois, il faut de la cohérence et de dire dans quelles conditions ça doit se faire et qu'on nous dise où on va et comment. Il faut un process, clairement, s'il y a cette reprise d'activité.
La réforme des retraites, c'était censé être quand même l'une des réformes les plus importantes du quinquennat. Ce matin, Gilles Lejean, le chef des députés de La République En Marche, commence à laisser entendre qu'elle pourrait être abandonnée. Est-ce que vous estimez que c'est normal et que finalement, on met tout sur pause, on met tout sur restart, on abandonne tout ?
Évidemment. L'important, c'est tout simplement d'éviter que l'économie, que notre pays, que la société française ne s'écroule. Il faudra relever. Donc encore une fois, ce n'est pas en plus telle qu'elle a été menée la réforme des retraites. Enfin bon, on va passer, ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Mais vous avez un autre sujet, c'est la réforme de l'assurance chômage. Si elle s'applique à l'automne et qu'elle fragilise des gens qui sont au chômage aujourd'hui ou qui viendraient être au chômage demain, ce n'est tout simplement pas possible. Il faut bien comprendre, si on est en guerre, l'enjeu de la guerre, c'est de bien comprendre qu'on doit mettre tous nos moyens là-dessus.
Et il y a un point que je n'ai pas vraiment développé tout à l'heure. Je voudrais finir parce que là-dessus, c'est de prendre la question des masques. Si le président de la République nous dit on les aura mais on ne les aura pas tout de suite, alors dans ces cas-là, il faut qu'on crée une économie de guerre sur les masques. Et dans ces cas-là, sur les masques en tissu, il y a beaucoup d'initiatives qui se font. Elles sont formidables parce que c'est un élan de solidarité. Mais là, le gouvernement, il faut qu'il dise justement à des pans entiers de l'industrie, pour l'instant, on va fabriquer des masques et ce n'est pas seulement l'industrie textile.
Encore une fois, à la guerre comme à la guerre, alors on change toute notre façon de faire. Parce qu'encore une fois, je ne veux pas qu'on ait une doctrine, une stratégie qui soit fonction de la pénurie. Il faut qu'on retrouve une vision et un cap. Qu'on nous dise où on va et comment on va s'en sortir. C'est ça que j'attends. Ce n'est pas des envolées lyriques. C'est du concret mais avec une vision.
Alors il y a du très concret. C'est que pour relancer nos économies, une fois que l'épidémie, on le souhaite tous, ce sera derrière nous, nous ne pourrons pas le faire tout seul dans notre coin. L'économie, elle est mondialisée. Est-ce qu'on va pouvoir, selon vous, Xavier Bertrand, vous êtes dans une région qui est frontalière, est-ce qu'on va pouvoir relancer cette économie tout en maintenant nos frontières fermées ? On entend dire que les frontières de Schengen, par exemple, pourraient rester fermées jusqu'au mois de septembre, peut-être davantage. Et puis à l'intérieur de Schengen, c'est le flou, là encore, est-ce que les frontières vont rouvrir ? Oui ou non ?
Quelle est votre position là-dessus ?
Quand il y a un enjeu sanitaire, on ferme. Tout simplement pour éviter une propagation accélérée. Mais aujourd'hui, la question est simple, c'est que le virus circule principalement à l'intérieur de nos frontières et il circule moins vite grâce, en raison du confinement. Mais demain, de toute façon, l'enjeu, il est au-delà de ça. c'est qu'on a besoin de sortir de notre faiblesse vis-à-vis des Américains et de notre dépendance vis-à-vis des Chinois. Et encore une fois, c'est à faire à l'échelon européen. Même si la France, dans ces conditions-là, ce n'est pas seulement une souveraineté européenne qu'il faut incarner, c'est une souveraineté nationale.
Mais vous savez, ce n'est pas tout à fait nouveau. Quand en 2006, de retour de Chine, je propose à Dominique de Villepin et à Jacques Chirac d'avoir eu une production de masques en France, c'est parce que le ministre de la Chine me dit à l'époque, vous savez, si on a une pandémie en même temps que vous, les masques, ils serviront pour les Chinois en premier. Et ne nous le reprochez pas, vous feriez la même chose. C'est comme ça qu'on se lance dans cette opération de souveraineté et de protection à l'époque. Vous savez, ça avait été fait, ça a été arrêté, ce n'est pas compliqué.
Mais si, Jacques Chirac, alors je vais vous dire, être ministre de la Santé avec Jacques Chirac, c'était un redoutable confort parce que pour lui, il n'y avait rien de plus important que la santé. Rappelez-vous, le plan cancer, le plan sur la sécurité routière, c'était pour sauver des vies. Et d'ailleurs, Nicolas Sarkozy avait continué la même logique mais pour constituer ce plan avec Jacques Chirac, c'était vraiment quelque chose de formidable.
Vous évoquiez les milliards dépensés différents au niveau européen, au niveau français. Le gouvernement français annonçait qu'il doublait son plan de soutien pour l'économie qui passait à 100 milliards d'euros et tous les experts sont à peu près d'accord aujourd'hui pour dire que ce plan ne sera pas suffisant. Jusqu'où est-ce qu'on peut aller et compte tenu du fait que l'État est en train de distribuer l'argent qu'il n'a pas aujourd'hui et qu'il doit emprunter au bout du compte qui va payer ?
L'Europe a cet argent. L'Europe a ses facilités monétaires. Je dis bien ses facilités monétaires et la Banque centrale a pris de nouvelles dispositions. Je pense qu'il faudra aller plus loin encore comme le fait notamment la Fédérale Réserve Banque. La Banque d'Angleterre a aussi une logique beaucoup plus ouverte, beaucoup plus à lente et je ne parle même pas de la Banque du Japon qui est aussi sur la même logique. Revenons en Europe. La Banque centrale peut aller plus loin notamment pour garantir les dettes souveraines et vous savez que la discussion qui se pose c'est la solidarité européenne ou pas sur les dettes.
Je dis à ceux de nos amis européens qui se disent que ça pourrait être le chacun pour soi, s'ils acceptaient ou s'ils incarnaient ce chacun pour soi au niveau européen, s'en seraient terminés de l'Europe. Et ceux qui aujourd'hui, notamment les Néerlandais, ne s'imaginent pas un court instant qu'ils s'en sortiront mieux s'il n'y a pas l'Europe ou s'il y avait une Europe à deux vitesses. Ça veut dire, Xavier Bertrand, qu'il faut mettre en place ces fameuses
coronabandes, ces fameuses obligations européennes ?
Oui. Oui, mais je vais aller plus loin. Il faudrait également que la Banque centrale européenne s'inspire de ce que fait la Fédérale Réserve Bank américaine, c'est-à-dire qu'elle prête directement, d'une façon ou d'une autre, aux entreprises. Ça a été un tabou pendant longtemps, ce tabou a été levé parce que la Banque centrale européenne achète du billet commercial, comme l'on dit, mais c'est de prendre soit des actions sans droit de vote, soit des titres participatifs, soit des obligations convertibles pour financer nos entreprises, pas seulement dans le cadre d'un plan de soutien, mais d'un plan de relance.
Parce que quand nous sortirons du cœur des difficultés, il faudra bien repartir de l'avant. Et dans ces conditions-là, le président de la République doit aussi convaincre, Christine Lagarde, doit convaincre aussi Angela Merkel, qui elle a aussi une conscience européenne qui est très forte, que l'on doit changer foncièrement notre façon de faire. Et quand on prête de l'argent aussi aux entreprises, il faut leur prêter sur du long terme. Si vous leur prêtez juste sur quelques mois, bien évidemment, elles savent que les choses n'iront pas beaucoup mieux dans quelques mois. Mais c'est sur 6 ans, ce que nous faisons dans la région, mais parfois c'est sur 10, 15 ou 20 ans.
L'important, c'est qu'on puisse passer cette épreuve et se relever.
Xavier Bertrand, il y a un aspect que le président de la République doit, selon vous, aborder lundi soir, c'est celui du calendrier électoral. Est-ce que Emmanuel Macron doit enfin préciser les choses quant aux élections municipales et nous dire si oui ou non, les 5 000 qui restent seront reportés en septembre, en mars prochain ? On ne sait pas. Est-ce qu'il faut qu'il clarifie les choses là-dessus ?
Mais alors franchement, si vous saviez à quel point ce n'est pas ma priorité, je doute que ce soit la priorité des Français, c'est peut-être la priorité des partis politiques, mais ce n'est pas la leur. Vous savez, aujourd'hui, ce que beaucoup de nos concitoyens ressentent, notamment sur l'exercice de ce confinement, sur la pratique du confinement, on n'est pas un week-end comme les autres. On est le dimanche de Pâques. On est le dimanche de Pâques. Et aujourd'hui, aujourd'hui, les fêtes religieuses n'ont rien à voir pour les catholiques, les protestants et même pour la Pâques juive. Il y a des pratiquants qui ont complètement changé leur façon de faire et qui ont respecté le confinement.
Il y a aussi des gens qui sont non-croyants, non-pratiquants, mais pour qui Pâques est aussi une fête familiale, qui ont changé complètement leur façon de faire. Et je le dis, les juifs, les catholiques, les protestants, les non-croyants, toutes les religions, tous les responsables religieux ont passé ce message de respect du confinement et de ce principe que la santé, c'est plus important que tout. Tous les responsables religieux de toutes les religions pour l'ensemble des fêtes doivent passer ce même message. Parce que c'est quelque chose d'essentiel.
Vous vous adressez à la communauté musulmane, soyez clair, Xavier Bertrand.
Mais, non, mais attendez, que ce soit le grand rabbin, que ce soit les responsables catholiques, et j'attends bien évidemment sur la question de la pratique du Ramadan, notamment dans les semaines qui viennent, qu'il y ait le même engagement des responsables religieux. Vous en doutez ? Parce que, comprenez bien, je sais qu'il... Non, non, c'est pas ça. Il y en a qui n'attendent que ça, qu'on ait des divisions. entre nous. Et je vous l'ai dit tout à l'heure, les inégalités qu'il y a dans la société française, les divisions potentielles, on doit tout faire pour qu'elles ne soient pas exacerbées.
Et c'est l'ensemble des responsables qui doivent justement demander le respect du confinement et le respect des règles sanitaires. Parce qu'encore une fois, il n'y a rien de plus important que la vie.
Donc, soyons très clairs, vous attendez de la part des responsables musulmans après les déclarations qui ont été celles des responsables chrétiens et juifs pour la période de Pâques. Tous. La prochaine période religieuse, ce sera effectivement le Ramadan. Vous demandez est-ce qu'il n'y ait pas de rassemblement, notamment pour la rupture du jeûne. Il faut que les responsables religieux musulmans le disent clairement.
Oui, mais n'oubliez pas dans ces conditions-là aussi les responsables orthodoxes parce que la Pâques aura lieu aussi à la fin du mois. C'est tous sans exception. Tous.
Tous. Une question sur ce qui se passe chez vous, Xavier Bertrand, dans les Hauts-de-Seine, dans les Hauts-de-France. Comment ça se passe ? Quelle est la réalité aussi dans les hôpitaux à l'instant où on se parle ?
C'est toujours une tension plus importante sur la partie sud de la région, le CHU d'Amiens, les hôpitaux de l'Oise et un peu de 51 parce que de l'Aisne, notamment 51, Lens et Soissons, parce que c'est là qu'il y a eu le premier cluster important. C'est nous qui avons été frappés en premier. En revanche, il y a eu une formidable complémentarité entre le public et le privé de façon à ce qu'on puisse préparer des lits de réanimation. Et aujourd'hui, le taux d'occupation des lits de réanimation est important. Il est à pas loin de 75%. Mais des solutions ont pu être trouvées. Et le confinement nous permet justement de faire face et de faire en sorte que les soignants puissent soigner.
La question, j'en ai beaucoup parlé avec le directeur général de l'Agence régionale de santé, c'est qu'on a engagé aussi très tôt le mouvement dans les EHPAD de façon à ce qu'on sache exactement ce qui se passait et à prévoir justement des renforts possibles comme je l'évoquais tout à l'heure. Donc c'est une très très grande vigilance. Mais franchement, les professionnels de santé font un boulot exceptionnel. Et quand je dis professionnels de santé, on n'oublie pas les soignants dans les EHPAD.
Merci beaucoup Xavier Bertrand. Merci d'avoir été avec nous dans BFM Politique ce matin. Je rappelle que vous êtes bien sûr président de la région Hauts-de-France. On attendra ensemble la déclaration d'Emmanuel Macron qui s'adressera donc aux Français demain à 20h avec sans doute une réponse à toutes ces questions. Merci David Doucan. Merci Thierry Arnaud. L'actualité continue sur BFM TV et on se retrouve à 18h à ce soir.
Xavier Bertrand