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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 15 mars 2023 21 min

Grève des éboueurs, réforme des retraites, loi immigration, IVG... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Aurélien Pradié

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Aurélien Pradié. Bonjour. Député LR du Lot, invité du 8.30 ce matin. Les éboueurs sont en grève, on en parlait à l'instant, contre la réforme des retraites. Au Havre, à Bourges, à Saint-Brieuc par exemple, à Paris, ils ont prolongé leur mouvement jusqu'à lundi et au moins 7000 tonnes de déchets s'accumulent dans les rues de la capitale. Ça suffit, dit le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui demande à la maire socialiste Anne Hidalgo de réquisitionner du personnel.

0:25
Aurélien Pradié

Il a raison ? Oui, il a raison. Et sur ce sujet, il faut que nous avancions. Il n'est pas question que Paris et les grandes villes de notre pays, comme peut-être d'autres villes demain, puissent devenir des dépotoirs ambulants. Ça ne rend service à personne, ni aux villes, ni aux citoyens, ni même peut-être à ceux qui mènent ces grèves, qui sont en train de dresser une partie des Français contre eux. Donc oui, il est temps de passer des paroles aux actes. Il est peut-être temps que Mme Hidalgo sorte de son château et se rende compte que son rôle de maire, c'est aussi de prendre des décisions courageuses et difficiles. C'est la faute du gouvernement, dit Anne Hidalgo.

Écoutez, on peut passer son temps à se renvoyer la balle. Quand on est maire d'une grande ville comme Paris, on arrête de renvoyer les responsabilités sur les autres. Elle a la possibilité de faire en sorte qu'il y ait des réquisitions. Le ministre de l'Intérieur a raison de la saisir sur ce sujet. Et désormais, quand on est maire de Paris, on assume ses responsabilités devant les Parisiens. On ne se planque pas, comme elle est en train de le faire depuis plusieurs semaines.

1:13
Intervenant

Aurélien Pradié, la réforme des retraites va être abordée aujourd'hui en commission mixte paritaire. Sept sénateurs, sept députés. Voter la réforme des retraites, ce n'est pas un soutien au gouvernement ? Tentez de vous rassurer hier, Elisabeth Borne. Est-ce que vous, vous allez la voter, oui ou non, cette réforme des retraites ?

1:28
Aurélien Pradié

Je n'ai pas changé d'avis depuis le début. Et on peut me reprocher un seul nombre de choses, mais pas le manque de constance. J'ai toujours dit que cette réforme-là, en l'état, n'était pas votable pour moi. Et notamment sur un combat pour lequel je tiens bon, parce que je considère que la politique, c'est aussi tenir bon, qui est celui des carrières longues. Depuis le début, j'ai mené cette bataille avec beaucoup de mes amis. C'est désormais devenu une bataille collective, qui n'est plus une aventure personnelle, comme j'ai pu l'entendre, où, y compris mon président de groupe, Olivier Marlex, défend l'idée que tous ceux qui sont en carrière longue ne doivent pas faire plus de 43 annuités.

C'est lui qui ira dans la commission mixte paritaire, je précise, Olivier Marlex. Et je suis heureux que, dans cette commission mixte paritaire, le président du groupe reprenne cette proposition, la défende. Il n'est pas question que les sénateurs oublient cet engagement. On ne peut pas sacrifier les carrières longues dans notre pays. Ce serait être contraire à la valeur du travail et de l'effort. Et donc, moi, je tiens bon.

Et je dis clairement aux membres de la commission mixte paritaire, à mes amis comme aux autres membres de cette commission qui ne sont pas mes amis politiques, vous devez mener la bataille des carrières longues, parce que c'est une question d'honneur politique pour ceux qui ont pris cet engagement, à droite. Mais c'est aussi une question de défense des Français qui ont travaillé le plus dur.

2:32
Intervenant

Mais le gouvernement vous dit qu'on a déjà bougé sur les carrières longues, on a accepté pas mal de concessions. Vous, encore aujourd'hui, vous dites, si toute ma proposition, à savoir que la durée de cotisation soit limitée à 43 ans avant 21 ans pour tout le monde, n'est pas acceptée, je ne vote pas cette réforme ?

2:48
Aurélien Pradié

Mais je n'ai jamais changé d'avis depuis plusieurs semaines. Ça veut dire quoi, je ne vote pas cette réforme ? Ça veut dire que vous voteriez contre ? Oui, je voterai contre, je l'ai dit constamment depuis plusieurs semaines. Vous savez, j'ai été très transparent. Je pense que si on veut que la politique redevienne quelque chose de respectable pour nos concitoyens, il faut que les Français voient que leurs députés peuvent les défendre. Et là, il y a une question d'injustice sur les carrières longues. Oui, le gouvernement a bougé. D'ailleurs, une remarque, on a bien fait de tenir bon.

Vous savez, au début, certains se sont précipités pour signer un accord de coin de table avec le gouvernement. Certains, c'est votre patron, Éric Ciotti. Seulement, il y en a eu d'autres. Je pense que c'était une erreur, il ne fallait pas le faire comme ça. Et depuis le début, nous sommes quelques-uns à avoir dit non. Il y a des sujets sur lesquels il faut avancer. On a tenu bon sur les carrières longues. On a obtenu que ceux qui commençaient à 17 ans ne fassent pas 44, mais 43 annuités. Que ceux qui étaient entre 20 et 21 ans soient compris dans les carrières longues. Vous voyez qu'on a bien fait de se battre. Mais ça ne suffit pas.

Ça ne suffit pas parce que c'est injustifiable que ceux qui ont commencé à un âge père, avant leurs 21 ans, fassent 44 annuités alors que les autres vont en faire 43. Ce qu'on demande, c'est qu'avant 21 ans, en carrière longue, que ce soit 43 annuités. Comme pour tout le monde, c'est une manière de respecter l'effort et la France qui travaille dur.

3:53
Intervenant

Vous dites que ce n'est pas une aventure personnelle. Combien, dans votre parti, les Républicains pensent comme vous ? Combien disent aujourd'hui que si les carrières longues ne sont pas prises en compte comme on le souhaite, on ne votera pas cette réforme ? Est-ce que vous êtes comptés entre vous ?

4:06
Aurélien Pradié

Mais tous. Tous, puisque figurez-vous qu'en bureau politique des Républicains, nous avons voté à l'unanimité une motion qui disait qu'il n'y avait pas de soutien possible à cette réforme, si notamment, avec d'autres conditions, si notamment, les carrières longues faisaient plus de 43 annuités. Donc pour vous, les 60 députés à l'air, à ce stade, ils votent contre. Mais si nous sommes cohérents... Ce n'est pas du tout ce qu'ils disent.

4:26
Intervenant

Ce n'est pas ce que dit Éric Ciotti, ce n'est pas ce que dit votre président de l'Ordre, Olivier Marlex.

4:30
Aurélien Pradié

Oui, mais moi, les combinaisons, les billards à 10 bandes, ça ne m'intéresse pas. Ce que je veux, c'est qu'on soit clair devant les Français. Nous avons voté en bureau politique des Républicains une motion. Les Français s'en fichent un peu du bureau politique des Républicains sûrement, mais enfin quand même. Nous avons défendu un amendement commun en groupe, tous les députés des Républicains, pour dire ces 43 annuités, pas une de plus pour les carrières longues. On ne va quand même pas se déjuger. Moi, je finis par croire, à force, que certains veulent absolument qu'on signe un accord politique avec ce gouvernement et on serait prêt à mettre de côté nos propres conditions.

Eh bien moi, il n'en est pas question. La politique, c'est une question de courage.

5:01
Intervenant

C'est signé par votre patron, le patron du parti Les Républicains, qui s'appelle Éric Chiotti, et qui a réaffirmé ce week-end qu'il votera, lui, cette réforme, peu importe ce qui sort de la CMP, la commission mixte paritaire.

5:11
Aurélien Pradié

Eh bien, ce n'est pas tout à fait ma manière de faire de la politique. Moi, ce n'est pas peu importe. Moi, je ne suis pas macroniste. Je n'ai pas envie de le devenir. Je considère que lorsqu'on est député Les Républicains, on a un devoir qui est de tenir bon face au gouvernement. Moi, je ne veux pas de mal à Emmanuel Macron, mais dans une démocratie, il doit y avoir des oppositions et une majorité. Et si demain, Les Républicains deviennent une sous-gamme de la Macronie, alors nous allons disparaître. Nous sommes là pour défendre les Français. Et je pense qu'à quelques-uns, nous le faisons. Je pense que nous embarquons de plus en plus de nos collègues.

Et qu'aujourd'hui, le gouvernement n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale. C'est ça, la vérité.

5:44
Présentateur

Olivier Marlex, votre président de groupe, dit que vous êtes 15 à 20. En tout cas, si le gouvernement vous suit sur ses carrières longues, vous la votez, la réforme.

5:52
Aurélien Pradié

Nous verrons ce qui sortira de la commission mixte paritaire.

5:54
Présentateur

Si ce qui ressort de la commission mixte paritaire, c'est que le gouvernement s'aligne sur votre proposition. Sur les carrières longues, alors vous votez.

6:00
Aurélien Pradié

Si déjà nous avons obtenu ça, vous conviendrez que tout le monde dira que c'était bien de se battre. Parce que sur les carrières longues, qu'est-ce que je n'ai pas entendu ? On a dit, mais enfin quand même, ils sont jusqu'au boutiste. Mais la question c'est, est-ce que vous voterez ? Oui, je vais jusqu'au bout. Au début, on nous a dit, ça coûte 10 milliards. Enfin, si ça coûte 10 milliards, il va falloir regarder de très près. En fait, ça ne coûte pas 10 milliards. On nous a raconté tout et n'importe quoi.

6:19
Présentateur

Ça coûte combien alors ? Vous l'avez chiffré ?

6:20
Aurélien Pradié

Le dernier effort qui reste à faire sur les carrières longues, c'est autour de 300 millions d'euros. On est loin des 10 milliards. Mais bien sûr qu'on est très loin des 10 milliards. C'était une femme d'esbrouf de la part du gouvernement. A votre question, je veux répondre clairement. Je ne sais pas ce qui sortira de la commission mixte paritaire. Il y a la question des carrières longues, mais il y a tous les autres sujets. Notamment la question des régimes spéciaux. Moi, j'ai regretté que le Sénat batte en retraite sur la question des régimes spéciaux.

6:41
Présentateur

C'était l'amendement de Bruno Retailleau qui visait à retirer la clause du Gros-Père. C'est-à-dire que la suppression des régimes spéciaux s'applique progressivement, mais tout de suite. Bien sûr. Pour ceux qui sont déjà à la RAT.

6:52
Aurélien Pradié

Et il me semble qu'il est nécessaire que la droite soit cohérente avec ce qu'elle a toujours défendu. Depuis des années, nous avons dit que nous voulions avancer sur les régimes spéciaux. Il faut aussi que cette réforme ait un bénéfice économique, budgétaire. Enfin, si on sort de cette réforme et qu'au final, elle ne rapporte rien, pourquoi taper sur les Français comme le gouvernement le fait depuis plusieurs semaines ?

7:11
Intervenant

Parce que les carrières longues, en fait. Il y a plein d'autres choses qui vont faire que, peut-être, vous allez voter contre cette réforme.

7:15
Aurélien Pradié

Mais moi, je suis un député libre. Je ne suis pas soumis à des tractations. Vous vous rendez compte, tout de même, le problème démocratique que nous avons ? Depuis plusieurs semaines, il n'y a plus d'exercice démocratique. Il y a un exercice de tractation politique. Le texte sur la réforme des retraites va se négocier par des tractations politiques. Pas par un exercice démocratique. On n'aura pas eu de vote à l'Assemblée nationale. On aura eu un baillonnement du débat au Sénat. On aura une commission mixte paritaire qui est dans notre Constitution, mais qui est une forme dégradée de l'exercice de la démocratie.

Et peut-être, en 49-3, moi, je ne suis pas favorable à ce que les tractations politiciennes remplacent l'exercice démocratique. Jusqu'au bout, j'assumerai mes responsabilités de député.

7:53
Intervenant

Juste pour qu'on sache ce qui se passe en coulisses, est-ce qu'il y a des ministres qui vous ont appelés pour essayer de vous convaincre de voter pour le texte ?

8:00
Aurélien Pradié

Je pense que certains ont été appelés. Moi, je ne l'ai pas été. Quand vous ne vous soumettez pas aux tractations et aux petits marchandages politiques, vous êtes beaucoup moins embêtés que les autres. Mais je veux insister sur ce point-là. Rapidement, on n'y a pas dit. Je fais vite. Mais observons le risque de rupture démocratique que nous avons. Il n'y a eu aucun dialogue social. Lorsque j'ai reçu avec mes collègues Laurent Berger à l'Assemblée nationale, c'était pour rappeler que dans ce grand pays qu'est la France, le dialogue social, ce n'est pas une option. C'est nécessaire. C'est notre Constitution. Nous avons un exercice ultra dégradé de la démocratie.

Et les marchandages, les coups de fil des ministres pour proposer en échange de tels coups de main que le vote soit acquis, c'est une faute lourde. Tout cela est en train d'abîmer notre démocratie. Et je ne cautionnerai jamais cette méthode macroniste qui consiste à mépriser l'exercice démocratique.

8:45
Présentateur

Aurélien Pradier, député LR du Lot, qui, à ce stade, votera contre cette réforme des retraites. Invité du 8.30, on s'interrompt juste le temps du Filinfo. 8h47, voici Maureen Suignard.

8:54
Invité

Une majorité existe qui n'a pas peur des réformes, même impopulaires, quand elles sont nécessaires. C'est ce qu'affirme la première ministre Elisabeth Borne. C'est aujourd'hui, dans un petit peu moins d'un quart d'heure maintenant, que la commission mixte paritaire se réunit. Sept députés et sept sénateurs pour écrire une dernière version du texte pour réformer les retraites. Texte ensuite soumis au vote des sénateurs et des députés. Demain, si l'exécutif n'active pas le 49.3. C'est aussi la huitième journée d'action nationale contre ce texte. 3 TGV et 2 TER sur 5. Un tiers des intercités en circulation. À Paris, les éboueurs reconduisent leur grève jusqu'à lundi prochain.

Le ministre de l'Intérieur sollicite le préfet pour qu'il demande à la mairie de réquisitionner des moyens pour évacuer les ordures. Si la mairie refuse, l'État peut s'y substituer. Grève des éboueurs aussi à Nantes, Bourges ou encore au Havre. L'ambassade russe aux Etats-Unis appelle Washington à cesser les vols hostiles près de la frontière russe. Déclaration après cet incident en mer Noire hier. Selon Washington, un drone américain a été abattu, percuté par des avions de chasse russes dans la zone. Moscou reconnaît avoir intercepté le drone mais dément l'avoir heurté.

10:06
Présentateur

On est toujours avec Aurélien Pradié, le député des Républicains du Lot.

10:18
Intervenant

L'un de vos collègues LR, Haute-Mann Nassrou, qui est le premier secrétaire général délégué du parti, appelle carrément le gouvernement à recourir au 49-3 pour faire passer la réforme sans vote. Il dit qu'il y a le moindre risque sur son adoption. C'est ce qui se passe en ce moment. Vous comprenez ce qu'il dit ? Vous en pensez quoi ?

10:33
Aurélien Pradié

Non, je ne comprends pas très bien ce que dit ce monsieur, mais je ne le connais pas très bien en réalité. Il est de votre parti, je le précise. Oui, oui, sûrement. Ce monsieur, comme vous dites.

10:41
Intervenant

Ce n'est pas le seul à le dire. Il y a aussi Roger Carucci qui est sénateur et lui, vous le connaissez bien.

10:44
Aurélien Pradié

Je connais davantage Roger Carucci, en effet. Je connais moins les remplaçants de l'équipe. Mais ce que je peux juste vous dire, c'est que ce n'est pas à des observateurs extérieurs de décider de cela. D'abord, il faut être député pour avoir sur ce sujet quelque chose de solide à dire aux sénateurs parlementaires. C'est nous qui allons être confrontés potentiellement au 49-3. C'est important aussi dans notre démocratie, au-delà de la plaisanterie que je peux avoir à l'instant, de rappeler des fondamentaux. Il y a des règles. Les parlementaires ont une responsabilité particulière.

Ils doivent l'assumer sans pression, sans menace, parce que c'est le fondement même de la démocratie représentative. La deuxième chose que je veux dire, c'est que le 49-3, c'est au gouvernement d'en décider. Pas à nous. Mais que le 49-3, il a une connotation particulière dans cet épisode. C'est qu'il succède à un 47-1, qui est un autre article de la Constitution, qui a consisté à limiter le temps du débat. Qu'il fait suite au fait que l'Assemblée nationale n'a pas voté, ce qui est un véritable problème démocratique.

11:36
Intervenant

Vous dites comme Laurent Berger qu'avoir recours au 49-3, ce serait un vice démocratique ?

11:42
Aurélien Pradié

Je pense que nous aurons même une question constitutionnelle qui se posera. Et je ferai partie de ceux qui la poseront.

11:46
Présentateur

C'est-à-dire que vous déposerez un recours devant le Conseil constitutionnel si le 49-3 est activé ?

11:51
Aurélien Pradié

Vous savez qu'il faut un certain nombre de députés pour déposer un recours devant le Conseil constitutionnel, mais j'envisage toutes les hypothèses, parce que je le redis, au-delà de la bataille que nous avons sur les retraites, qui est une bataille pour nos concitoyens, ce n'est pas une bataille partisane, c'est une bataille pour faire en sorte que cette réforme soit juste. Aujourd'hui, elle ne l'est pas. Il y a une bataille démocratique qui se joue.

Et je suis très inquiet de voir à quel point il y a un risque de rupture démocratique dans notre pays parce que le gouvernement fait fi de tout ce qui est essentiel dans le dialogue avec les citoyens, avec les partenaires sociaux et avec les parlementaires.

12:21
Intervenant

Vous avez moyen de contrer le 49-3 s'il est mis en place par le gouvernement via une motion de censure. Le RN et la France Insoumise ont prévenu qu'ils pourraient déposer une motion de censure. Olivier Marlex, le patron de votre groupe, avertit que les députés des Républicains, donc vous, qui signeraient une motion de censure transpartisane, auront vocation à aller siéger ailleurs. C'est une menace ?

12:43
Aurélien Pradié

Je demande à ce que chacun retrouve ses esprits. On ne menace pas un député. Je le dis de manière très solennelle et très ferme. C'est la règle de la Constitution de la République. Aucun député ne peut faire l'objet de la moindre menace ou du moindre chantage politique. Et ça s'applique à tout le monde, au président de groupe y compris. Et pardon de rappeler un peu fermement des règles de base, parce qu'à force de s'habituer à n'importe quoi, on finit par dégrader notre démocratie.

13:08
Intervenant

Mais vous pourriez allier vos voix au RN ou à la NUPES pour faire tomber le gouvernement ?

13:11
Aurélien Pradié

Non. La cohérence consisterait à ce que, si je m'associais à une motion de censure, elle vienne de ma famille politique. Et c'est là que la question va se poser. S'il y a 49.3, ou si, dans un contexte autre, nous pensons qu'il faut censurer le gouvernement, ce qui est une hypothèse parce que sa méthode, sa manière de faire n'est plus à la hauteur des défis du pays, parce qu'on penserait que ce gouvernement va être absolument bloqué pour faire avancer d'autres réformes, alors la question d'une motion de censure se posera. Mais il faut que nous portions le débat au sein du groupe Les Républicains.

Il faut qu'au sein du groupe Les Républicains, nous arbitrions sur le fait de savoir s'il faut nous-mêmes déposer une motion de censure ou pas. Il y aurait peut-être une raison de le faire. C'est que nous ne sommes pas dans la majorité. Et je veux le rappeler à tout le monde. Les Républicains n'ont pas vocation à devenir la béquille de la Macronie et à sauver ce gouvernement.

13:55
Intervenant

Donc en cas de 49.3, vous appelez vos collègues des Républicains à déposer une motion de censure ?

14:00
Aurélien Pradié

À avoir ce débat. Et je ferai partie de ceux qui l'auront au sein de notre groupe. Au sein du groupe, il faut que nous débattions. La meilleure manière de faire en sorte qu'il n'y ait pas vocation à aller mêler nos voix avec d'autres projets politiques qui ne sont pas les nôtres. Moi, je ne me sens rien de commun, ni avec la NUPES, ni avec le Rassemblement National. Et je le dis depuis le départ, il faut que la droite trace sa route. Ni macroniste, ni lepéniste, ni mélenchoniste. Aucun des trois.

14:21
Présentateur

Les syndicats ont déjà prévu de se réunir demain matin devant l'Assemblée Nationale. Est-ce que vous allez les rejoindre, si vous n'êtes pas entendus dans cette commission mixte paritaire ?

14:28
Aurélien Pradié

Non, je ne participe pas aux manifestations comme député. J'ai reçu Laurent Berger à l'Assemblée Nationale il y a quelques jours. Qu'est-ce que vous lui avez dit d'ailleurs ? Vous vous êtes dit quoi ? Nous n'étions pas d'accord sur tout. Mais nous avons eu un dialogue. Et je pense que c'était la responsabilité de ceux qui aspirent demain à gouverner ce pays de pouvoir discuter avec les partenaires sociaux. La droite n'a jamais réformé sans la CFDT. C'est un syndicat réformateur. Et nous avons besoin, nous les politiques, de recréer du lien dans le pays. Vous savez, le courage politique, ça ne se résume pas à fracturer les Français. Ça ne se résume pas à la brutalité, le courage politique.

Le courage politique, dans un moment aussi difficile pour le pays, c'est d'être capable de rassembler. Et lorsque des députés rassemblent Laurent Berger et d'autres acteurs de notre pays, nous sommes à la hauteur de notre responsabilité d'apaisement du pays. Voilà ce que j'ai fait la semaine dernière. C'était notre rôle de le recevoir. Quant aux manifestations, ça c'est de la responsabilité des syndicats.

15:19
Intervenant

Aurélien Pradier, l'autre texte qui divise les parlementaires, c'est la loi immigration. Elle arrive en commission aujourd'hui au Sénat. Ce projet de loi vise à la fois à faciliter les régularisations de travailleurs sans papier en créant un titre de séjour pour les métiers dits en tension, tout en renforçant les possibilités d'expulsion pour les étrangers délinquants, notamment. La gauche dit que c'est un texte de droite. La droite dit que c'est un texte de gauche. Est-ce que ça veut dire qu'en fait, le texte est équilibré ?

15:42
Aurélien Pradié

C'est un peu comme sur les retraites. L'un dit que c'est un texte de gauche et l'autre dit que c'est un texte de droite. Tout ça n'est pas très important. La question, c'est est-ce que nous arriverons collectivement à être à la hauteur du défi migratoire ? Qui est un sujet absolument gigantesque dans notre pays aujourd'hui. Et moi, je n'ai pas de position de principe. Je ne vais pas vous dire, avant même d'avoir vu le texte, avant même qu'il ait été débattu au Sénat, qu'il ait été corrigé, non, par principe, je ne le voterai pas. Et je dis attention à cette idée que...

16:06
Intervenant

C'est pourtant ce que disent, là encore, Éric Ciotti, le patron de votre parti,

16:10
Aurélien Pradié

et les présidents de groupe. Nous aurons un débat. Il faut être à la hauteur du défi. Est-ce que les Français comprendraient qu'a priori, sans même avoir vu le texte, nous disions sur ce sujet, ce sera non ? Comme pour se racheter une virginité après les retraites. En se disant, au fond, bon, on a pactisé avec le gouvernement en retraite et donc on va voter contre le texte d'immigration. Est-ce que c'est vraiment ça être à la hauteur du pays ? Est-ce que c'est vraiment ça être un parti de gouvernement ? Et sur la question de l'immigration, je souhaite que nous soyons à la hauteur.

À ce stade, je pense que le texte est beaucoup trop faible, qu'il ne va pas au fond des choses, notamment avec un impératif qui est de réduire le volume d'immigration dans notre pays. Vous voulez par exemple qu'il y ait moins de visas qui soient donnés aux étudiants étrangers ? Oui, aux étudiants, parce que c'est une voie d'entrée légale qui devient très vite illégale et nous savons que nous avons aujourd'hui une explosion sur ces sujets. J'ai défendu une proposition que je vais reposer sur la table dans les jours qui viennent avec mes collègues politiques qui est celle du titre de séjour probatoire. Tous les titres de séjour doivent devenir probatoires.

Parce qu'on ne peut pas avoir un titre de séjour si on n'a pas à parler le français, si on n'a pas un emploi, si on n'est pas capable d'assurer à sa famille une vie sans être social.

17:09
Intervenant

Mais vous savez que pour le titre de séjour métier en tension, il y a plein de critères, dont celui-là, savoir parler français...

17:14
Aurélien Pradié

Mais c'est insuffisant, je vous dis, et c'est ce que je rappelle, que je souhaite que tous les autres titres de séjour deviennent probatoires. Tous, sans exception, y compris les visas que vous évoquiez pour les étudiants et pour d'autres, comme le regroupement familial.

17:27
Intervenant

Mais diminuer l'immigration des étudiants, ce n'est pas justement limiter le rayonnement de la France à l'étranger. Vous savez que les étudiants qu'on accueille, ils font partie des plus qualifiés ?

17:39
Aurélien Pradié

Vous avez raison, mais c'est insuffisant.

17:40
Intervenant

Alors pourquoi taper là-dedans ?

17:41
Aurélien Pradié

C'est insuffisant parce que là-dedans, comme vous le dites, même si c'est plus compliqué que ça, il y a des voies d'entrée dans notre pays par la voie des visas étudiants qui n'ont pas vocation à rester des étudiants. Et nous le voyons aujourd'hui dans les statistiques. C'est une porte d'entrée massive vers d'autres voies d'immigration. Vous savez, si on voit avancer...

18:01
Présentateur

Et la porte d'entrée de qui ?

18:03
Aurélien Pradié

De personnes qui n'ont rien à faire durablement sur le territoire national.

18:06
Présentateur

Y compris si elles sont qualifiées, si elles amènent des investissements. Parce que ça donne de la main d'ordre qualifié.

18:09
Aurélien Pradié

Ce n'est pas la majorité aujourd'hui de ceux qui rentrent en titre de séjour étudiants. Et nous le savons tous. Si nous voulons avoir sur ce sujet un débat apaisé, il nous faut identifier les problèmes. Je dis donc que, pour moi, les conditions sont claires. Moins d'immigration demain, en volume. Et étudions cette idée du titre de séjour probatoire. Tout ça pour vous dire quoi ? Sur l'immigration, je ferai comme j'ai fait sur le texte des retraites. Je ferai en sorte d'être à la hauteur de ce que les Français peuvent attendre de nous. C'est cela qui compte. Pas de posture, de principe, ni pour se jeter dans les bras d'Emmanuel Macron, ni pour y faire une opposition bête et méchante.

18:44
Intervenant

Aurélien Pradié, Emmanuel Macron, a annoncé la présentation dans les prochains mois d'un projet de loi pour inscrire l'IVG dans la Constitution. C'est une décision historique ?

18:52
Aurélien Pradié

Je ne sais pas si elle est historique. En tous les cas, je ne m'y opposerai pas. Je fais partie de ceux qui considèrent que la loi Veil est une des immenses lois de la République. Je suis toujours mal à l'aise avec l'instrumentalisation de la Constitution. Mais si cela peut permettre, demain, de faire progresser les droits des femmes dans notre pays, je ne m'y opposerai d'aucune manière et je le soutiendrai.

19:10
Intervenant

Mais alors, pourquoi vous n'avez pas voté à l'Assemblée quand il était possible de le faire, lorsque le texte pour l'inscription dans la Constitution a été proposé ?

19:17
Aurélien Pradié

Le texte à l'Assemblée nationale n'est pas le même que celui qui est sorti des débats. C'est une autre version du texte. Oui, mais ce n'est pas la même chose. L'Assemblée protégeait le droit à l'IBG quand le Sénat protège la liberté. Ça fait une différence fondamentale. Et c'est l'objet d'ailleurs de la navette parlementaire, du débat entre l'Assemblée et le Sénat. Vous savez, sur la question des droits des femmes, c'est un de mes engagements avec d'autres, de mes collègues depuis de nombreuses années. La formulation du Sénat vous convient ? Elle me convient mieux, oui, en effet. Et par ailleurs, je le redis, je ne souhaite pas que nous ayons une ligne de fracture nationale sur ce sujet-là.

Je pense que lorsqu'Emmanuel Macron le fait, il le fait pour faire de la politique, clairement, de l'affichage politique. Mais vous ne me trouverez pas sur le chemin de l'opposition aux droits des femmes en aucune manière.

19:59
Présentateur

Une toute dernière chose, plus de 600 millions d'euros pour devenir propriétaire du Stade de France. Le PSG a dit, OK, pourquoi pas ? Pourquoi pas nous ? Ils veulent racheter le Stade de France avec l'argent du Qatar. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne idée ou est-ce que c'est quelque part une perte de souveraineté de la France ?

20:13
Aurélien Pradié

Je ne sais pas si c'est une perte de souveraineté, mais je trouve que dans notre pays, nous nous habituons à des choses auxquelles on ne se serait jamais habitué il y a quelques décennies. Progressivement, on se fait grignoter. Notre pays se fait grignoter.

20:26
Intervenant

Est-ce qu'il y a des investisseurs étrangers ?

20:28
Aurélien Pradié

Ce ne sont pas que des investisseurs. Le Qatar n'est pas qu'un investisseur. C'est aussi un acteur politique de premier plan. Et je ne sais pas si c'est de la naïveté ou si c'est de la faiblesse, mais aujourd'hui, on accepte des choses que nous n'aurions jamais acceptées il y a quelques décennies.

20:39
Présentateur

Donc il ne faudrait pas accepter de vendre le Stade de France au Paris Saint-Germain, détenu par les Qataris.

20:44
Aurélien Pradié

Que le Stade de France demain, le Stade de France, vous entendez, le Stade de France appartienne au Qatar, ça me pose un problème. Et pardon de vous dire que ça devrait poser un problème à tout le monde. Mais la question, c'est qu'il faudrait bloquer cette vente. Je ne sais pas si nous pouvons le faire. Je dis juste qu'il est important aussi que dans notre vie politique, nous nous rappelions qu'il y a des choses qui ne sont pas que des symboles. Et que oui, notre pays n'est pas à vendre à la découpe. Et que ça commence par des petits sujets auxquels on s'habitue et ça finit par des sujets absolument stratégiques.

21:09
Présentateur

Et un symbole comme le Stade de France qui, pour l'instant, n'est pas vendu et n'est pas encore officiellement tout à fait à vendre. Et je souhaite qu'il ne le soit pas au Qatar. Aurélien Pradier, député LR du Lot, invité du 830 France Info.

Grève des éboueurs, réforme des retraites, loi immigration, IVG... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Aurélien Pradié — Aurélien Pradié · Pourquijevote