Dominique Vérien : "J'espère qu'on va prendre les mesures pour croire les enfants"
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Dominique Verrien, merci d'être notre invitée sénatrice union centriste de Lyon. Vous présidez ici au Sénat la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Et vous êtes également membre de la commission des lois. Et donc à ce titre, vous participez à cette commission d'enquête qui a lieu au Sénat et qui débute ses travaux cette semaine. Trois semaines donc après la disparition de la petite Liana, la mission d'inspection a remis ses premières conclusions hier au gouvernement.
Il fait la lumière sur les dysfonctionnements du dossier de la petite Rosa qui aurait été violée une cinquantaine de fois et dont la mère a porté plainte sans que le présumé coupable n'ait jamais été inquiété. De Rosa à Liana, quelle chaîne de responsabilité ? On va en parler avec vous pendant cette demi-heure, Dominique Verrien. Mais d'abord, est-ce que comme l'a dit Gérald Darmanin hier au 20h de TF1, il y aura un avant et un après à cette affaire, Liana ? Je crois que nous sommes nombreux à le souhaiter, qu'il y ait effectivement un avant et un après. Ça fait longtemps. Mon premier rapport sur les violences sexuelles sur mineurs date de 2019.
Je venais d'arriver au Sénat et on voit que des choses ont évolué, mais pas suffisamment, très clairement pas suffisamment. Et entre autres, dans les formations, dans la façon d'appréhender les choses, que ce soit dans la magistrature ou dans la police ou la gendarmerie, mais pas que, à l'éducation nationale, dans les services sociaux, je pense qu'il y a une prise de conscience générale qu'il faudrait vraiment accélérer. Donc oui, j'espère que ce sera la dernière fois qu'on dit que c'est la dernière fois et qu'il va y avoir vraiment un avant et un après et qu'on va prendre les mesures pour dorénavant croire les enfants, poursuivre les agresseurs.
On va parler de ces mesures et on va voir ce que contient précisément ce rapport. Premier rapport, première conclusion de cette mission d'inspection. C'est Stéphane qui a donc été remis hier au gouvernement. Un rapport qui retrace précisément les défaillances qui ont précédé la mort de la petite Liana.
Oui, le gouvernement a reçu les 46 pages de rapport pour comprendre comment Jérôme Barrella, qui est mis en examen pour le meurtre de Liana, comment Jérôme Barrella n'avait jamais été inquiété par la justice avant la disparition de la collégienne le 29 mai, parce qu'il avait fait l'objet de plusieurs plaintes, deux classées sans suite et une dernière déposée en août 2025 et toujours en cours d'instruction.
Et c'est sur cette plainte déposée par Rosa, une mineure de 11 ans, que l'enquête administrative s'est penchée.
Oui, alors Rosa, c'est un prénom d'empreint. Dans le rapport, elle est prénommée A. Tout commence lorsque cette mineure dit à son beau-père qu'elle a subi une cinquantaine de viols par Jérôme Barrella, le père d'une de ses copines, lors de soirées pyjama. Ça s'est passé dans le Gers. Entre-temps, la famille a déménagé. La plainte a donc été déposée le 18 août 2025 en Haute-Garonne. Et en moins de deux mois, le parquet de Toulouse et la police ont réalisé l'enquête préliminaire. Ils ont auditionné la jeune fille. Elle a pu être examinée par un médecin légiste pour constater le viol. Elle a pu recevoir une expertise par un psychologue.
Les enquêteurs ont aussi identifié le profil de Jérôme Barrella, un profil inquiétant, dit le directeur de l'enquête. Le voyant rouge s'allume, les faits dénoncés nous paraissent crédibles, ajoute-t-il dans le rapport. Nous sommes donc le 10 octobre 2025 et jusqu'ici, pas de défaillance constatée. C'est ce qu'explique Jean-Michel Gentil, chef de l'inspection générale de la gendarmerie, qui a remis le rapport hier au Premier ministre.
Au terme de ses premières investigations, la mission a noté le traitement adapté, diligent et qualitatif de la plainte, réalisé tant par le parquet de Toulouse que la brigade territoriale de Plaisance du Touche.
Et les défaillances, elles arrivent au moment où le parquet de Toulouse transmet le dossier au parquet d'Auche dans le GER.
Oui, parce que c'est dans ce département qu'habite Jérôme Barrella. Premier problème noté dans le rapport remis au gouvernement, le parquet de Toulouse n'a pas précisé que le dossier était urgent et sensible. Les documents ont été envoyés en format papier et pas numérique, ce qui a pris beaucoup de temps. Il a fallu 32 jours pour que le dossier passe de Toulouse à Hoche. Il arrive donc à Hoche le 10 novembre. Et une fois au parquet d'Auche, il y a eu beaucoup d'attentes pour que la plainte soit enregistrée, parce que c'était un dossier papier.
13 jours plus tard, la plainte est enregistrée le 2 décembre, notamment après un appel en pleurs de la mère de Rosa, l'appel en pleurs au parquet d'Auche.
Et ensuite se suivent plusieurs erreurs qui, là aussi, font perdre du temps.
Oui, le parquet d'Auche envoie ses instructions le 9 janvier aux gendarmes, sauf qu'il se trompe de gendarmerie. 13 jours de retard de plus. Le rapport pointe que le magistrat n'a d'ailleurs pas coché la case urgent, mais il avait demandé quand même le placement en garde à vue de Jérôme Barrella.
Et pourquoi ça n'a pas été fait ?
Eh bien parce que le directeur d'enquête de la gendarmerie dit vouloir bétonner le dossier. Ce sont ses propos dans le rapport. Il veut auditionner à nouveau la mère de la jeune fille, Rosa, une amie de la plaignante qui refuse de témoigner, ainsi que le beau-père à qui Rosa s'était confiée. Finalement, entre février et mars 2026, il n'aura auditionné que la mère. Aucun autre acte d'enquête n'aura été fait dans un contexte de forte activité pour la gendarmerie dans le Gers, avec notamment les manifestations d'agriculteurs. C'est ce que dit le rapport. Conclusion de Stéphane Noël, le chef de l'inspection générale de la justice hier.
La mission relève également une absence de prise en compte suffisante de l'urgence au regard du risque de réitération par le mis en cause. La procédure n'a pas bénéficié d'un suivi structuré. Des compléments d'investigation ont certes été requis, ainsi qu'un placement en garde à vue. Mais la mission relève que l'enquête n'a pas été suffisamment dirigée et pas du tout contrôlée, ni par le parquet, par la hiérarchie directe du directeur d'enquête de la brigade de gendarmerie de Lectour.
Dominique Vérien, dans ce rapport, on voit qu'il y a eu une perte de temps dans la procédure, un manque de priorisation, de prise en compte du caractère urgent des faits. À la lecture de ce rapport, qui est responsable selon vous ?
En fait, je pense qu'il y a plusieurs responsabilités. Là, très clairement, il y a des responsabilités au niveau du GERS, que ce soit de la substitute ou du directeur d'enquête. Très sincèrement, le directeur d'enquête qui veut réécouter tout le monde, alors que la première gendarmerie avait fait correctement son travail et que la substitute demandait une garde à vue, on a l'impression qu'en fait, il n'y croyait pas vraiment. Il avait peut-être envie de creuser plus. Mais est-ce que c'était pour bétonner contre M. Barrella ou c'était pour encore discréditer un peu plus la parole de la victime ? C'est à ça que ça ressemble de temps en temps à la gendarmerie quand ils ne sont pas formés.
C'est pour ça que je n'arrête pas de dire formation, formation. Et là, quand on manque de formation, pour le coup, ce n'est pas de la faute de ce gendarme. S'il n'est pas formé, c'est parce que sa hiérarchie ne lui a pas demandé de le faire, ne lui a pas imposé de le faire. Et ça, c'est quand c'est une priorité dans une gendarmerie, alors on se forme. Je connais des gendarmeries, je peux citer la gendarmerie de Lyon, je le fais assez souvent, mais qui a formé tous ces enquêteurs pour ces sujets-là, justement. Et je pense que si d'en haut, on explique que c'est une priorité, les colonels des départements savent que c'est une priorité et en font une priorité sur le territoire.
Je pense que là, ça n'a pas été fait. Donc, les responsabilités sont partagées. Mais à l'arrivée, très clairement, on lui demande de mettre en garde à vue, il ne met pas en garde à vue quand même.
– Et le Premier ministre a réagi aux conclusions de ce rapport. Pour lui, le rapport ne décrit pas un dysfonctionnement administratif ni un manque de moyens. Pourtant, si on regarde un peu plus dans le détail ce que dit ce rapport, il manque des personnels au parquet de Toulouse, il manque des personnels au parquet d'Oche, notamment au service des greffes du parquet d'Oche. Il manquait en 2025 7,5 équivalents temps plein. Ça fait à peu près 18% des effectifs sans compter de nombreux arrêts maladie. C'est ce que nous dit le rapport. Est-ce que c'est vraiment qu'une succession d'erreurs individuelles ou il y a un contexte quand même qui favorise tout ça ?
– Il y a un contexte. Les magistrats ont été fortement augmentés. Les greffiers aussi, l'école des greffes s'organise pour qu'il y ait plus de greffiers, puisque quand on a voté 1 500 magistrats, on a voté 1 800 greffiers. Pour autant, ça ne veut pas dire que quand les postes sont affichés sur le tableau, ils soient vraiment remplis, que ce soit en gendarmerie ou dans les différents tribunaux judiciaires. Mais là, a priori, ça pourrait expliquer au niveau du greffe, ça ne peut pas s'expliquer au niveau de la substitute, le fait qu'elles se trompent de gendarmerie, le fait qu'elles ne suivent pas le dossier. Donc ça, c'est un autre sujet. Donc vraiment, c'est assez mélangé.
Oui, bien sûr, en gendarmerie, le vrai problème, c'est quand ils ne sont pas assez nombreux, ils sont obligés de prioriser, justement. Et donc, quand la priorité, c'est plutôt les atteintes aux biens, on s'occupe moins des atteintes aux personnes. Quand c'est des atteintes aux personnes, on s'occupe moins des atteintes aux biens, parce qu'ils ne sont pas assez nombreux. Donc oui, la gendarmerie a besoin d'être renforcée, très clairement. Et là encore, ce n'est pas parce qu'on inscrit des postes qu'ils sont remplis. Donc il faut que les gens soient vraiment là.
Mais dans le rapport, il est aussi dit qu'a priori, par les supérieurs de ce directeur d'enquête, qu'il avait largement les moyens de mener à bien sa mission. Et on va aller justement dans le Gers, la région de Liana. Bonjour Alain Scudelaro, merci d'être avec nous, président de la Lomagne à Gersoise, maire de la Modgoas. Comment ce rapport a été accueilli chez vous, dans la région, on le disait, où se sont passés les faits ?
Oui, bonjour Alain Scudelaro. Ce n'est pas qu'une question locale, on l'a bien vu, c'est aussi toute la France qui a été profondément marquée. Et ce rapport a été accueilli ici avec beaucoup d'attention et de gravité. Les habitants, ils attendaient des réponses. et ce rapport, ce pré-rapport, apportent un certain nombre d'éléments de compréhension sur les dysfonctionnements qui ont pu intervenir comme ça vient d'être détaillé. Pour moi, il était indispensable que toute la lumière soit faite avec transparence et sans complaisance. Et je rappelle quand même qu'on apprend aussi qu'il y avait 70 000 plaintes non traitées sur l'ensemble du territoire national.
Donc s'il n'y avait pas eu cette douloureuse et terrible affaire, malheureusement, peut-être qu'on n'en serait pas là aujourd'hui dans le traitement de ce dossier sur les violences sexuelles faites aux enfants.
Oui. 70 000 plaintes que le garde des Sceaux a demandé de réexaminer et qui ont conduit d'ailleurs à 134 détentions provisoires. Est-ce que dans ce rapport, vous avez eu les réponses que vous souhaitiez ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous y voyez plus clair sur ce qui a dysfonctionné ?
Il met en évidence une succession de défaillances et de dysfonctionnements qui ont conduit à cette situation dramatique. On sait depuis hier soir que des gendarmes seront mutés. Un magistrat est visé par une procédure disciplinaire, peut-être d'autres. Donc la question, elle n'est pas seulement maintenant de savoir s'il s'agit que d'une erreur humaine ou de problème administratif. Les deux dimensions en plus peuvent par voie se combiner. Ce qui ressort surtout, c'est la nécessité d'interroger toutes les procédures, la circulation de l'information entre les services, les moyens dont disposent les institutions pour remplir leur mission. La responsabilité, elle est collective.
Désormais, il faudra tirer tous les enseignements de cette affaire afin que de tels drames ne puissent plus se reproduire.
Alain, ce que vous parlez de la question des sanctions, on le disait, le gouvernement a annoncé d'ailleurs les premières sanctions. Laurent Nunez, du côté des gendarmes, a annoncé la mutation d'office et du côté de la justice, Gérald Darmanin, hier au 20h, a également annoncé les premières sanctions. On va l'écouter.
Alors, comme l'a fait le ministre de l'Intérieur pour les gendarmes, oui, j'engage ce soir une procédure disciplinaire, une enquête administrative qui sera rendue avant la fin de l'été pour engager des sanctions qui seront à la hauteur, des défaillances graves constatées pour le substitut du Parquet d'Auche qui, en effet, d'après ce rapport, a démontré des défaillances extrêmement importantes.
Elles sont à la hauteur pour vous les sanctions, M. Scudelaro ?
Écoutez, pour l'instant, elles sont immédiates et on verra dans la poursuite du rapport puisque j'ai cru comprendre qu'il y aurait une deuxième phase dans ce rapport d'enquête. il y a des choses qui ont été constatées, il y a des décisions qui sont prises. Je le dis une nouvelle fois, il n'y a pas que la question des erreurs individuelles qui ont été commises. Il y a une globalité sur les difficultés que vivent les institutions judiciaires dans les départements ruraux comme les nôtres.
Il y aura même trois phases dans ce rapport. Il y a les suites du pré-rapport qui sont attendus dans les prochaines semaines et puis en septembre, le rapport définitif. Est-ce que pour vous, Dominique Verrien, les sanctions annoncées hier sont à la hauteur des faits ? Est-ce que Laurent Nunez et Gérald Darmanin ont bien réagi ? Oui, parce que je pense qu'il était important de marquer justement cet avant et cet après. C'est-à-dire que ces sanctions, probablement ceux qui vont les recevoir vont trouver ça injuste parce que ça aurait pu éventuellement se passer ailleurs. Mais sincèrement, quand on justement ce rapport le montre bien, à Toulouse, tout s'est bien passé.
À Toulouse, tout s'est bien passé. Je pense qu'ils sont formés, que le président du tribunal, ou la présidente du tribunal, je ne sais pas, a veillé à ce qu'il y ait les bons circuits qui soient mis en place pour pouvoir lutter contre cela. De la même façon, au niveau de la police ou de la gendarmerie qui ont entendu l'enfant, dans la salle Mélanie, tout a été fait avec diligence et c'est bien dit. Donc on voit bien qu'il a suffi de franchir une frontière pour que tout d'un coup, ça ne fonctionne plus. Donc ça n'est pas seulement un problème de système puisque quand on veut que ce soit bien fait, ça peut l'être.
Par contre, quand il n'y a pas cette volonté, et là, effectivement, au niveau départemental, peut-être qu'il n'y avait pas cette volonté. On sait bien que si un président de tribunal ne le met pas en place, si un colonel de gendarmerie ne demande pas à ses gendarmes de se former, ça ne se fait pas. Et quand ce n'est pas la priorité, ça ne se fait pas. Donc ce n'est pas si simple. Donc on voit bien qu'il faut qu'il y ait des sanctions pour le montrer.
Les sanctions, très clairement, je pense que tous les colonels de gendarmerie vont les entendre pour pouvoir agir dorénavant dans leur département et tous les présidents de tribunaux vont les entendre aussi pour pouvoir agir dans leur tribunal et faire que dorénavant des vrais circuits soient mis en place. C'est ça l'avant et l'après. Alain, un dernier mot, quatre semaines après le début de l'affaire, quel est le climat dans votre département ?
L'émotion reste extrêmement forte. Nous sommes, comme je l'ai dit, un territoire rural où les habitants se connaissent, où chacun a été touché de près ou de loin par cette tragédie. Il y a toujours beaucoup de tristesse, beaucoup d'incompréhension et aussi un besoin de vérité. Les habitants souhaitent comprendre ce qui s'est passé et s'assurer que toutes les responsabilités soient établies. mais je constate également une grande dignité de la population. Chacun mesure la gravité de la situation et souhaite que la justice passe, comme on dit, et puisse travailler sur l'ensemble du dossier Barrel.
– Merci beaucoup. Merci d'avoir été avec nous ce matin à l'inscule Delaro. Le Sénat qui va aussi se pencher sur cette affaire Liana-Dominique Verrien, la commission des lois à laquelle vous appartenez, qui s'est constituée en mission d'information, qui aura les pouvoirs d'une commission d'enquête. Vous débutez vos travaux ces prochains jours ? – Oui, mercredi, pour entendre en premier les associations de victimes et je pense que c'est une bonne chose, ça permet de remonter le fil en commençant par les victimes et en voyant ensuite comment elles sont entendues par les forces de sécurité intérieure, puis par la justice.
Mais je pense que de toute façon, le résultat doit être interministériel parce qu'on voit bien que l'éducation nationale aussi, puisque M. Barrella a travaillé pour l'éducation nationale. Et donc, est-ce qu'il y a eu bien des signalements ? Est-ce que ces signalements ont été entendus ? Parce qu'en fait, on se rend compte que souvent on signale et on n'a pas de retour. On ne sait pas si ça a été entendu et si c'est bien poursuivi. Et donc, du coup, les gens s'épuisent. Moi, je le vois au niveau des maires. Les maires signalent des sujets et puis, si ça ne leur revient pas, si ce n'est pas suivi.
Donc, je pense qu'il faut qu'il y a un meilleur dialogue, une meilleure communication, et y compris de façon interministérielle, les ministères sociaux aussi. Parce qu'on le voit bien, les enquêtes sociales qui souvent ne croient pas les enfants non plus et qui créent des erreurs judiciaires derrière parce que les magistrats s'appuient sur les enquêtes faites par les services sociaux. Donc, tout le monde est concerné par ces sujets-là et il faut un vrai changement de mentalité. Est-ce que la question de la chaîne de responsabilité, elle doit se poser jusqu'aux politiques ? Hier, dans un long tweet, Sébastien Lecornu a notamment dit « La puissance publique ne se défauscera pas ».
Est-ce qu'il faut poser la question des responsabilités politiques ? Est-ce que Gérald Darmanin doit démissionner ? Alors, pourquoi pas Laurent Nunez ? Pourquoi vous me posez la question sur Gérald Darmanin ? Parce que Gérald Darmanin n'a pas une autorité directe, lui, sur ses magistrats, contrairement à Laurent Nunez. C'est ce qu'il a dit hier au 20h, d'ailleurs, pour justifier le fait qu'il ne démissionnerait pas. Je pense que les deux cas sont à traiter un peu différemment. Est-ce que tout le monde a donné effectivement un signal pour dire que la lutte contre les violences était une priorité ? Je n'en suis pas sûre. Donc Laurent Nunez n'a plus de responsabilité que Gérald Darmanin ?
Alors, je trouve que sur cette affaire-là, probablement qu'il a moins donné d'informations en disant « La lutte contre les violences est une priorité » par rapport au narcotrafic, mais toujours pour les mêmes raisons. Il faut prioriser parce qu'ils ne sont pas assez nombreux. Donc, nous aussi, on a de notre part si on ne leur donne pas suffisamment d'argent pour pouvoir avoir plus de monde. Et donc, ils devraient démissionner, Laurent Nunez ? Non, moi, je ne pense pas que quiconque doive démissionner. Je pense que, par contre, on doit balayer devant sa porte et veiller à ce qu'on corrige ces effets-là.
Et si cette affaire permet de corriger et de donner les bonnes instructions, eh bien, tant mieux. Allons-y. Un mot, Stéphane ?
– J'avais une question sur ces 134 personnes qui sont en détention provisoire. On en a parlé rapidement. 134 personnes en détention provisoire pour des violences commises sur des mineurs. Après le réexamen des 70 000 plaintes, ce n'est pas tout à fait fini encore. Est-ce que c'est le signe d'une prise de conscience que ça va dans le bon sens ?
– Je pense que oui. Là, il y a eu un coup de semence et donc tout le monde y est allé. Et d'ailleurs, je me suis dit en voyant 134, je ne sais pas si les 134 relèvent totalement de la détention provisoire, mais je crois que là, tout le monde a mis ceinture et bretelle pour ne plus avoir de problème. Tant pis. Allons-y. Et si ça permet justement cet avant et cet après, tant mieux.
– Sur les réponses législatives, le Premier ministre confiant que le projet de loi sur la protection de l'enfance qui sera examiné dans quelques jours à l'Assemblée sera renforcé pour rendre obligatoire les actes d'enquête dans les trois premiers mois suivant une plainte pour viol sur mineurs et la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs de mineurs en série. Est-ce que c'est des mesures que vous soutenez ? Est-ce que selon vous, il faut en ajouter d'autres ? – Alors oui, bien sûr, c'est des mesures que je soutiens. Mais ce que je voudrais, moi, c'est que déjà, on applique la loi correctement puisqu'on le voit bien. Quand on est à Toulouse, ça se passe bien.
Quand on est dans le GER, ça ne se passe pas bien. Et donc, si tout le monde avait été aussi diligent qu'à Toulouse, on n'en serait pas là aujourd'hui. Donc, je pense qu'il y a déjà énormément de choses dans l'arsenal législatif, mais qu'il faut encore l'appliquer. Et pour l'appliquer, il faut changer de mentalité et il faut former tout le monde. Donc, pourquoi pas ? C'est vrai que les violeurs en série de mineurs, pour avoir travaillé sur ces sujets, on ne sait pas quoi en faire quand ils sortent de prison parce qu'on n'est pas du tout sûr d'avoir désactivé leur dangerosité en prison.
Même s'il y a un travail formidable qui peut être fait dans des prisons spécialisées pour les auteurs d'infractures à caractère sexuel, les violeurs en série sur mineurs, c'est difficile à désactiver. Donc, la prison à perpétuité, si elle est à perpétuité, en tout cas, est une réponse avec au moins des mesures de sûreté derrière. Quand on avait travaillé sur la récidive du viol, on s'était posé cette question. On sait comment on fait pour des gens dont on sait qu'ils sont encore dangereux en sortant de prison. Bruno Retailleau propose la castration chimique obligatoire sans leur consentement. Est-ce que ça, pour vous, c'est une réponse ?
Absolument pas, parce qu'en fait, on sait que ce n'est pas du tout une pulsion sexuelle, c'est une pulsion de domination. Et donc, c'est dans la tête et ce n'est pas du tout que dans le sexe. Ça se traduit par le sexe, mais ce n'est pas dans le sexe que la pulsion se trouve. Et donc, voilà, on ne va pas retirer leur cerveau aux gens non plus. Mais il faut travailler, il faut effectivement travailler dessus et avoir une analyse du danger de telle sorte qu'effectivement, en fonction de la personne, on sait s'il faut des mesures de protection, même après la prison ou pas.
Un dernier mot sur la loi intégrale pour lutter contre ces violences qui mêlent à la fois prévention, répression, qui est soutenue par de nombreux parlementaires. Est-ce que pour vous, il faut l'inscrire rapidement au Parlement ? Ça doit être une priorité aujourd'hui ? – Oui, moi j'aurais aimé justement qu'éventuellement on fasse un autre choix au niveau de l'ordre du jour du Sénat et que la protection de l'enfance, plutôt qu'elle soit complétée, passe rapidement au Sénat et on l'aurait complétée d'ailleurs au Sénat à ce moment-là. – Donc avant l'été ? – Moi j'aurais bien aimé que tout ça passe avant l'été.
– Mais alors la protection de l'enfance, c'est un autre texte, c'est un texte qui est déjà dans les rouages. Est-ce que la loi sur les violences intégrales ou est-ce qu'il y a déjà les mesures législatives suffisantes ? – Alors, la loi intégrale, elle n'est pas prête. La loi intégrale, d'abord elle ne sera pas intégrale parce que je ne pense pas que le grand soir existe, mais elle peut être une loi cadre comme en Espagne et l'avantage de la loi cadre, c'est qu'elle est interministérielle et donc qu'on a tous les ministères autour de la table, autant la santé que le ministère de l'Intérieur, que le ministère de la Justice, que le droit des femmes.
L'important c'est ensuite de définir qui pilote et si c'est le droit des femmes, quels moyens on le donne pour piloter. Donc ça c'est des choses effectivement importantes, tout cela n'est pas encore suffisamment défini pour se dire qu'on peut faire passer avant l'été. Par ailleurs, dans la loi intégrale, il y a plein de... qui a été proposé par Céline Thiebaud-Martinez, il y a plein de choses très intéressantes, il y a beaucoup de choses qui relèvent du réglementaire qui pourraient passer très vite sans qu'on ait besoin d'attendre la loi. Et mettons dans la loi tout ce qui est législatif et qui concerne tout le monde. Et ça, c'est pas, à mon avis, encore totalement finalisé.
– Donc elle n'est pas complètement... – Non, elle n'est pas tout à fait prête et je pense que ce que souhaite faire Aurore Berger, c'est de faire un projet de loi qui s'inspire de la loi intégrale mais qui deviendrait donc une loi cadre et qui pourrait passer par le Conseil d'État avant d'être présenté au Parlement. Laissons l'été pour travailler, pour avoir justement ce qui est réglementaire qui pourrait passer tout de suite, ce qui est législatif qui passerait à la rentrée. – La loi sur la protection de l'enfance, pour vous, c'est quoi ? C'est octobre au Sénat ?
– La loi protection de l'enfance, elle n'arrive qu'en octobre au Sénat et c'est là où j'aurais voulu l'avoir parce que l'aide sociale à l'enfance, c'est quand même un vrai drame dans notre pays, dans notre département, dans tous les départements aussi. C'est un vrai drame et très clairement, je pense qu'il y a un gros effort à faire sur l'enfance. – Merci Dominique Vérien. Merci beaucoup d'avoir été notre invitée pendant cette demi-heure. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Dominique Verien