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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 14 mars 2025 25 min

Cessez-le-feu en Ukraine, soupçons de corruption d'eurodéputés... le "8h30 franceinfo" de Nathalie Loiseau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info Bonjour Nathalie Loiseau. Bonjour. Vladimir Poutine veut donc bien d'une trêve en Ukraine, mais avec des nuances, beaucoup de nuances. Alors on parle de oui mais ou de non mais selon vous ?

0:16
Nathalie Loiseau

C'est oui mais non mais peut-être. C'est un oui théorique pour faire plaisir à Donald Trump, mais derrière les conditions qui sont mises par Vladimir Poutine montre qu'il ne veut pas la paix, en tout cas pas une paix juste. Ce qu'il veut c'est la capitulation d'Ukraine. Il n'y a pas renoncé et comme Donald Trump lui a déjà abattu une grande partie de ses cartes sur la table, Vladimir Poutine se dit qu'il peut obtenir encore plus, encore plus que l'Ukraine n'entrant pas dans l'OTAN, encore plus que des territoires qui ne seraient pas redonnés à l'Ukraine. Donc il tire et Donald Trump est assez démuni. Qu'est-ce qu'il va faire ?

Est-ce qu'il va mettre enfin la pression sur la Russie, ce qu'il n'a pas fait, ou est-ce qu'il va faire encore plus de concessions, ce qui n'est pas impossible ? On entend dans l'entourage de Trump l'idée de lever les sanctions.

1:03
Présentateur

On a vu quand même cette nuit une sanction, alors c'est un petit peu passé inaperçu, mais sur un système de paiement que les Russes peuvent utiliser aux Etats-Unis pour payer notamment pour le pétrole. Et ce système n'est plus valide, alors que c'est Joe Biden qui l'avait permis. Donc malgré tout... C'est une micro-sanction. C'est une micro-sanction. C'est une micro-sanction.

1:23
Intervenant

Mais Vladimir Poutine, pour revenir à lui, il est finalement toujours dans la position qui était la sienne au début de ce conflit. C'est-à-dire qu'il ne veut pas de force de l'OTAN dans les pays voisins. Là, il rajoute qu'il n'y aura pas de force d'interposition européenne comme le prévoit le plan des Anglais et des Européens. Quel espoir il y a aujourd'hui de contraindre Poutine à accepter ?

1:44
Nathalie Loiseau

Vladimir Poutine, il veut obtenir de Donald Trump ce qu'il n'a pas obtenu sur le terrain militaire. Ça fait trois ans que Vladimir Poutine essaye d'envahir toute l'Ukraine. C'est bien son projet. Ça fait trois ans qu'il n'y arrive pas. Et il essaye d'obtenir de Trump une Ukraine démilitarisée, affaiblie, sans garantie. C'est-à-dire l'occasion pour lui de refaire des forces et de l'attaquer à nouveau. La seule méthode, c'est celle que les Européens ont employée, à mon sens, pas assez et pas assez vite, c'est de mettre l'Ukraine en situation d'être beaucoup plus forte à la table des négociations. C'est-à-dire que Vladimir Poutine sente la pression militaire, sente la pression économique.

Le problème de Trump, c'est qu'il est pressé. On ne dit jamais, quand tu commences une négociation, qu'on est pressé. C'est un aveu de faiblesse. Celui qui, en vrai, est pressé...

2:31
Intervenant

C'est de l'impatience ce qui s'est passé, le revirement des derniers jours du côté de Donald Trump ? C'est comme ça que vous l'analysez ?

2:37
Nathalie Loiseau

Non, il y a eu... Quand vous dites pressé ? Il y a eu... Alors, depuis le début, depuis sa campagne, Donald Trump claironne partout qu'il veut se débarrasser de ce problème ukrainien. C'est un cadeau qu'il fait à Vladimir Poutine. D'autant plus que l'économie russe va très mal. D'autant plus que puiser dans les ressources financières russes pour financer la guerre, ça devient de plus en plus difficile pour Poutine. Poutine se dit, Trump est pressé, ça tombe bien. Moi aussi, je vais l'obliger à accepter des concessions que je n'aurais jamais eues sur le terrain.

3:06
Présentateur

Mais quand même, Nathalie Loiseau, quand on voit ce qu'a dit Vladimir Poutine hier, ce n'est finalement pas très très différent. Et vous le disiez de ce qu'il dit depuis 2022. Une Ukraine, on le comprend, démilitarisée, plus de livraison d'armes, évidemment éloignée de l'OTAN, mais même de l'Ouest et plus davantage tournée vers l'Est. Il y a cette idée de dénazification, ce sont les mots de Vladimir Poutine.

3:29
Nathalie Loiseau

Il veut une marionnette à la tête de l'Ukraine et qu'il lui obisse.

3:32
Présentateur

Donald Trump, il ne peut pas accepter ça.

3:34
Nathalie Loiseau

Vous pensez qu'il pourrait l'accepter ? Ce serait un camouflet pour Donald Trump et ce serait l'aveu de la faiblesse des Etats-Unis. C'est ce que nous disons, nous Européens, aux Américains, depuis l'arrivée de Donald Trump. Nous lui disons, ne faites pas ça, sinon l'ensemble du monde saura qu'on ne peut pas compter sur vous. Le problème, c'est que ce qu'on constate en ce moment, c'est que Donald Trump n'a pas d'allié, ne veut pas d'allié, il ne veut que des pays qui lui sont soumis.

J'espère qu'il va finir par entendre le message des Européens qui lui disent « C'est le crédit des Etats-Unis dans le monde qui est en jeu aujourd'hui si vous abandonnez l'Ukraine, si vous lâchez l'Ukraine, si vous donnez à Vladimir Poutine politiquement ce qu'il n'a pas été capable de conquérir militairement. »

4:16
Intervenant

Le changement politique à Kiev, ça c'est une option qui est acceptable. Selon vous, Zelensky lui-même a proposé de quitter son poste en échange, disons, à l'OTAN, certes, mais il a mis ça sur la table.

4:28
Nathalie Loiseau

Zelensky n'est pas accroché à son poste, même si aujourd'hui sa popularité est encore plus élevée qu'elle ne l'était. Elle frôle les 70% d'opinions favorables. Je dis ça parce que je ne connais pas un dirigeant occidental qui ait une popularité pareille. Il peut quitter son poste et se représenter ? Il avait dit de manière très courageuse, si les Etats-Unis, et ça n'est pas le cas, font entrer l'Ukraine dans l'OTAN, et si la condition c'est que je démissionne, je démissionne demain.

4:59
Présentateur

En même temps, c'était aussi une condition dont il savait qu'elle ne serait probablement pas remplie.

5:02
Nathalie Loiseau

C'était aussi une manière de dire que quand Vladimir Poutine réclame des élections, Volodymyr Zelensky ne s'accroche pas à son poste. Mais comment est-ce que vous faites des élections aujourd'hui en Ukraine, avec des millions de déplacés, des millions d'Ukrainiens qui sont à l'étranger, et des millions d'Ukrainiens qui sont sur le front ?

5:19
Présentateur

Nathalie Loiseau, quand même, il y a un mot qu'on n'entend pas ces 24 dernières heures, que ce soit côté américain, côté russe, et même côté ukrainien d'une certaine façon, c'est le mot Europe. Où est-elle, l'Europe ? Comment elle peut peser dans ce qui est en train de se passer, et qui apparemment se passe complètement en dehors des Européens ?

5:38
Nathalie Loiseau

Alors, vous avez raison de dire apparemment, vous avez Donald Trump qui est drogué au micro et aux caméras. On n'a jamais vu un président américain passer sa journée avec des caméras de télévision dans le bureau ovale. C'est quand même assez troublant. J'ai à peu près certain qu'il ne fera pas de la place devant la caméra à des Européens. Mais qui pour vous sont là quand même ? La réconciliation Zelensky-Trump après l'incident du bureau ovale, c'est les Européens.

Les garanties de sécurité pour l'Ukraine, c'est-à-dire qu'il y a eu énormément de travail en coulisses, et la diplomatie, ce n'est pas nécessairement un exercice de télé-réalité, pour faire en sorte que les demandes de Vladimir Zelensky soient entendues par les Américains, pardon, les Russes, on n'y est pas, par les Américains, notamment au moment de la rencontre en Arabie Saoudite.

6:29
Intervenant

Mais qui est à la manœuvre ? On dit qu'Emmanuel Macron parle beaucoup à Donald Trump.

6:33
Nathalie Loiseau

Emmanuel Macron, Kierke Starber, ceux que Donald Trump respecte parce qu'ils sont membres permanents du Conseil de sécurité, parce qu'ils détiennent la dissuasion nucléaire, et parce qu'ils sont prêts à mettre des troupes près de l'Ukraine ou en Ukraine en tant que garantie de sécurité. Et ça aussi, ça avance, vous avez vu, et ça s'est passé à Paris, la rencontre des chefs d'état-major d'une trentaine de pays, qui sont prêts à mettre des troupes jusqu'à 30 000 hommes.

7:00
Présentateur

La planification avance. Vladimir Poutine répète et fait répéter qu'il n'en veut pas.

7:04
Nathalie Loiseau

Mais Vladimir Poutine parle à la place d'un pays souverain. Ce n'est pas à lui de décider qui est stationné.

7:10
Présentateur

En l'occurrence, s'il s'agit de troupes de maintien de la paix, on peut imaginer que les deux parties devraient être d'accord.

7:16
Nathalie Loiseau

Mais qu'est-ce que ça veut dire, le message de Vladimir Poutine ? Ce serait dans le cas d'un accord de paix, des troupes qui seraient là pour vérifier qu'il n'y a pas de nouvelle agression russe. Si Vladimir Poutine n'en veut pas, il nous dit clairement, j'ai l'intention d'agresser à nouveau l'Ukraine. Ça veut dire qu'il ne peut pas y avoir de paix, qu'il ne veut pas de paix.

7:34
Intervenant

L'Europe, puisqu'on en parle, les eurodéputés ont adopté avant-hier une résolution sur le financement de la défense européenne qui demande au 27 d'aller bien plus loin que le plan William Europe d'Ursula von der Leyen. Le livre blanc que vous avez rédigé...

7:51
Nathalie Loiseau

Alors, c'est moi qui ai rédigé la résolution et qui ai négocié avec les autres groupes. Le livre blanc, il va être présenté par la Commission européenne la semaine prochaine. J'ai beaucoup travaillé avec ceux qui l'ont préparé.

8:01
Intervenant

Il y a une demande en urgence, il y en a plusieurs, mais qui est l'utilisation des avoirs russes saisis pour aider l'Ukraine. Et vous, vous balayez l'obstacle juridique avancé par certains. Expliquez-nous.

8:13
Nathalie Loiseau

Alors, ceux qui disent que les Européens n'ont pas le droit de confisquer les avoirs ont raison. Juridiquement, les Européens ne peuvent pas le faire. Il y a un pays qui peut confisquer ses avoirs, c'est l'Ukraine. Simplement, les avoirs sont en Europe, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Japon. Ce que nous proposons, et ça c'est juridiquement solide et financièrement solide également, c'est de prêter cet argent à l'Ukraine. L'Ukraine le gage sur les réparations que lui doivent la Russie. Et si la Russie ne lui paye pas de réparations, l'Ukraine nous demande le transfert de ses fonds et elle les confisque. Juridiquement, c'est imparable.

Et je voudrais qu'aujourd'hui, les Etats membres, y compris le mien, me disent pourquoi on ne le ferait pas. Ça n'est plus qu'une question de volonté politique.

8:51
Intervenant

Et vous vous appuyez là-dessus sur l'Assemblée générale de l'ONU qui a souligné la responsabilité de l'Etat russe,

8:59
Nathalie Loiseau

donc le droit à réparation des Ukrainiens. Et sur la Commission de droit des Nations Unies, qui considère qu'un Etat alésé peut demander réparation et peut confisquer des avoirs pour cette réparation.

9:09
Intervenant

Et vous répondez quoi à ceux qui craignent de faire fuir les investisseurs ? On l'entend de l'extrême droite à l'extrême gauche ?

9:16
Nathalie Loiseau

Non, non, on l'entend à l'extrême droite et on l'entend à l'extrême gauche. Je n'avais jamais vu l'extrême gauche s'intéresser aux investisseurs. Mais vous leur répondez quoi ? Quand il s'agit des Russes, tout d'un coup, oui. Je leur réponds qu'on a gelé ces avoirs, que le signal, on l'a déjà assumé vis-à-vis des investisseurs internationaux, qu'on était capable de geler des avoirs pas n'importe quand, pas n'importe comment, pour une raison très précise, parce que la Russie avait envahi son voisin. Ce signal, on l'a donné, vous pouvez placer tout ce que vous voulez en Europe. Si vous lancez une guerre contre votre voisin, vous êtes plus à risque.

Je trouve que c'est plutôt sain d'avoir donné ce signal. Et en l'ayant donné, les investisseurs n'ont pas fui.

9:56
Présentateur

Vous avez dû évidemment voir le fait que Ursula von der Leyen a évoqué la question des déficits et la règle, la fameuse sacro-sainte dette des 3% de déficit pour, effectivement, des investissements dans la défense qui pourraient être mis en cause. Vous qui venez d'un parti, je parle du parti Horizon, avec un leader, Edouard Philippe, qui est très attaché à la rigueur budgétaire, est-ce que vous ne vous dites pas, bon, finalement, qu'importe le motif, c'est quand même potentiellement un peu dangereux pour les finances publiques ?

10:33
Nathalie Loiseau

Commençons par investir massivement dans la défense avec l'argent qu'on a, avant de le faire avec l'argent qu'on n'a pas. On a de l'argent ? Ursula von der Leyen l'a dit aussi, c'est passé beaucoup plus inaperçu, il y a des milliards qui ne sont pas dépensés dans les fonds européens. Aujourd'hui, du budget que nous avons voté, il y a probablement des dizaines, voire, on dit 300 milliards d'euros, je ne sais pas si c'est vrai. Commençons par dépenser ce qu'on a et qu'on n'avait pas besoin de dépenser. De la même manière, au niveau national, on doit dépenser davantage en matière de défense parce qu'il y a eu des décennies d'indolence et de complaisance.

Vous vous souvenez, les dividendes de la paix qui étaient vantés à l'époque par Laurent Fabius, c'est-à-dire qu'on n'a plus besoin de garder la défense.

11:20
Présentateur

Mais attendez, ce que vous nous dites, c'est qu'on peut donc dépenser plus pour la défense sans aggraver le déficit.

11:28
Nathalie Loiseau

Essayons d'abord de faire ce que nous avons à faire avec l'argent que nous avons. Mais donc, un emprunt européen, c'est pareil. Vous dites, ben non, ça, ce n'est pas de l'argent qu'on a. Et si, en plus, il y a des besoins qui ne sont pas couverts, et je le crains, parce que pendant longtemps, les Européens ont dit, si on met bout à bout nos dépenses de défense, on est le deuxième espace au monde. Sauf que c'est un espace fragmenté. Mais quand on voit la Russie et la Chine aujourd'hui, la vitesse avec laquelle elles vont, notre responsabilité, c'est ce que nous demandent nos concitoyens, c'est de les défendre et c'est de les protéger. Il faut donc combler nos lacunes, et il y en a.

Il vaut mieux les combler en Européen que de le faire séparément. Sinon, on risque de gaspiller de l'argent. Est-ce qu'il faut un grand emprunt ? Je n'y suis pas hostile à partir du moment où c'est de l'investissement.

12:12
Présentateur

Vous parlez d'un grand emprunt européen.

12:14
Nathalie Loiseau

Ce que je ne supporte plus, c'est la dette pour des frais de fonctionnement. De la même manière que dans votre foyer, faire un crédit à la consommation, c'est généralement quelque chose qu'on vous déconseille. En revanche, emprunter pour acheter un bien durable, c'est différent.

12:29
Présentateur

Un mot peut-être, avant d'aller au fil info, sur la commande. Acheter avec quel argent, on vient d'en parler, mais acheter quoi ? Est-ce qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, forcer, ou en tout cas inciter fortement à acheter européens ? Et comment ? On voit mal aujourd'hui comment on peut se passer des Etats-Unis.

12:47
Nathalie Loiseau

Aujourd'hui, au Portugal, le ministre de la Défense portugais a annoncé qu'il renonçait à acheter des F-35, des avions de chasse américains, parce qu'il préférait travailler avec des partenaires fiables. Quelle claque pour Donald Trump !

13:00
Présentateur

Est-ce que ça veut dire que vous demandez pardon, Nathalie Loiseau, à ceux qui ont des commandes passées de F-35, de dire « Bon, on va peut-être revoir nos commandes » ? Et ça concerne beaucoup de pays.

13:10
Nathalie Loiseau

C'est des décisions souveraines. En revanche, s'il doit y avoir de l'argent européen, de l'argent du contribuable européen, pour aider à des achats, alors là, oui, préférence européenne. On ne va pas prendre l'argent des contribuables européens pour acheter américains.

13:23
Intervenant

Après, il y a juste un petit détail, Nathalie Loiseau, c'est qu'il va falloir produire en quantité suffisante en Europe. Et ça, pour le coup, ce n'est pas demain, ce n'est pas tout de suite.

13:30
Nathalie Loiseau

Ce n'est pas vrai. Moi, je parle beaucoup, tout le temps, aux industriels de la Défense. Ils sont capables d'augmenter leur capacité de production. Ils l'ont déjà fait pour l'Ukraine, notamment pour les munitions, notamment pour les missiles. Mais pour ça, il faut qu'il y ait des commandes.

13:42
Intervenant

Toutes les commandes de F-35, si on les annule, on peut les remplacer par du matériel européen ?

13:47
Nathalie Loiseau

Je vous la pose.

13:48
Présentateur

Vous demanderez ça à Dassault ou vous demanderez ça aux autres ? On pourrait en produire 5 Rafales par mois, sous peu, mais on est quand même assez loin des chiffres de dizaines de F-35 qui sont commandés en Europe.

13:59
Nathalie Loiseau

Un industriel, il met en place ses capacités de production en fonction des commandes qu'il a et de l'avenir qu'on lui propose. S'il a une commande et que les autres sont incertaines,

14:09
Présentateur

il ne va pas faire plus. Nathalie Loiseau, vous restez bien sûr avec nous. On se retrouve juste après votre fil info à 8h47. Magali Homo.

14:17
Invité

C'est une guerre idiote, la déclaration ce matin du ministre de l'Economie à propos du bras de fer commercial engagé par Donald Trump. Le président américain menace de multiplier par trois les droits de douane sur le vin ou le champagne européen. Si on veut négocier avec lui, il faut qu'on se mette à armes égales, explique Eric Lombard. Il se rendra aux Etats-Unis dans les jours qui viennent. La parole continue de se libérer dans le sillage de l'affaire Notre-Dame de Bétharam. La cellule d'écoute du diocèse de Limoges a reçu deux signalements. Deux anciens élèves de l'école catholique aux Anames, où des prêtres de la congrégation de Bétharam ont officié.

Ils dénoncent des abus commis il y a quelques dizaines d'années. C'est le premier projet d'attentat déjoué cette année. Un lycéen de 17 ans a été mis en examen, placé en détention provisoire. Hier soir, interpellé près de Vesoul, en Haute-Saône. Lundi, en possession d'un couteau, il projetait, selon les enquêteurs, une action violente. Les Etats-Unis, face à un risque de shutdown, les démocrates au Sénat doivent décider s'ils souhaitent apporter leur voix à un texte des Républicains qui comprend d'importantes coupes budgétaires ou s'y opposer et donc paralyser le pays. La date limite, ce sera la nuit prochaine, à minuit, heure de Washington. France Info

15:32
Présentateur

Le 8.30 France Info, Bérangère Bonte, Adrien Veil.

15:37
Intervenant

Et ce matin, Nathalie Loiseau, députée européenne centriste, présidente de la Commission sur le bouclier démocratique de l'Union Européenne au Parlement européen. Vous êtes aussi secrétaire nationale du parti Horizon, et on dira un mot du parti et de la campagne présidentielle d'Edouard Philippe. Mais d'abord, les droits de douane américains, c'est l'autre actualité ce matin. Cette guerre commerciale, 200% sur les champagnes, les vins et spiritueux, c'est la nouvelle menace de Donald Trump. Eric Lombard, le ministre français de l'économie, qui était sur France 2 ce matin, indique qu'il va falloir répondre à hauteur de ces 200% et assumer l'escalade. C'est aussi votre avis ?

16:14
Nathalie Loiseau

Non, il faut mettre en place la désescalade. Donald Trump aime la paix, mais il aime la guerre commerciale. Or, la guerre commerciale, ça ne fait que des perdants. Pour le moment, les décisions que Donald Trump a prises aux Etats-Unis font du mal à l'économie américaine. Il faudrait qu'il commence à s'en rendre compte. Il a commencé par mettre en place des taxes sur les aciers, partout à travers le monde, notamment en Europe, 25%. Les Européens se sont contentés d'annuler la suspension de leurs réponses au premier mandat de Donald Trump. Et évidemment, il sort en parlant de 200% sur les vins, sur les champagnes français. Pourquoi il fait ça ? Parce qu'il essaye de diviser les Européens.

16:56
Présentateur

Mais en même temps, vous dites qu'il faut la désescalade. Mais quand on voit les propos du ministre de l'économie ce matin qui dit qu'il faut assumer l'escalade, vous dites les conséquences que ça peut avoir. Il y a quand même plus de 400 000 emplois directs et indirects dans la filière viticole.

17:12
Nathalie Loiseau

Exactement, c'est pour ça que je vais assumer l'escalade. Ce n'est pas un objectif en soi. L'objectif en soi, c'est qu'enfin on puisse...

17:18
Présentateur

Mais ça veut dire quoi faire la désescalade ?

17:19
Nathalie Loiseau

D'abord, c'est un sujet européen, ce n'est pas un sujet national. Et c'est notre intérêt de le porter au niveau européen à 27% parce qu'on est beaucoup plus...

17:26
Intervenant

On va dire que la France est quand même très impactée, l'Espagne, l'Italie, la France, dans les pays qui sont les plus concernés par ses 200% potentiels.

17:34
Nathalie Loiseau

Calmons-nous, c'est une menace. C'est fait pour faire exactement ce qui est en train de se passer. C'est-à-dire...

17:40
Intervenant

Mais c'est une riposte aussi, Nathalie Loiseau. C'est une riposte au fait que manifestement l'Europe a décidé de se battre désormais. De ne pas laisser faire. Donc il y a des représailles aux ripostes et des ripostes aux représailles.

17:51
Nathalie Loiseau

Et c'est pour ça que j'appelle Alain.

17:53
Intervenant

Et finalement, ça a l'air quand même un peu de fonctionner puisque ça fait réagir les Américains.

17:57
Nathalie Loiseau

On pourrait le voir comme ça ? Non, puisque ça ne fait que monter dans les tours et au contraire d'essayer de diviser les Européens. Donald Trump, il faut arrêter de penser que c'est un imbécile. S'il parle de Champagne, il sait que ça impacte un pays. Et il espère que ce pays va se désolidariser. Il a cité en plus la France nommément dans le message. Il espère que ce pays va se désolidariser des autres. C'est tout le contraire qu'il faut qu'on fasse. Donc il faut s'aider ou c'est quoi ? Non, il faut rester uni à 27. Certainement pas partir en ordre dispersé. C'est la pire des choses à faire. Et il faut qu'enfin, on puisse négocier avec les Etats-Unis.

Ce que je tiens à souligner, c'est que depuis l'investiture de Donald Trump, les Européens se sont rendus à Washington qu'il n'y a eu aucune négociation possible. Donald Trump, pour le moment, il fait beaucoup de bruit. Vous avez vu que sur les autres taxes, par exemple, il y avait du Canada, il y avait 100%, 200%, 300%. Et puis, dans la même journée, elles étaient ajournées. Donc c'est beaucoup de gesticulation à titre de politique intérieure. On n'est pas obligé de se comporter comme Donald Trump dans des conditions comme celle-là. Il y a des emplois en jeu.

19:03
Présentateur

Justement, un mot quand même aussi sur la manière de travailler de l'Europe que vous connaissez bien. On avait des viticulteurs français ce matin sur l'antenne de France Info qui nous disent qu'on ne comprend pas pourquoi l'Europe est allée taxer les bourbons et les whisky américains qui ne représentent à peu près rien du tout. Alors que nous, si on se fait taxer, ça représente beaucoup. Est-ce que la France n'a pas réussi à se faire entendre au niveau de l'Europe ?

19:29
Nathalie Loiseau

Je suis en soutien total avec nos viticulteurs. L'Europe n'a encore rien taxé. Elle a annoncé qu'elle annulerait la suspension des taxes qui avaient déjà été décidées dans le premier mandat. Au 1er avril, avec un certain nombre de produits qui sont emblématiques aux Etats-Unis et qui permettent que des hommes politiques américains commencent à demander des comptes à Donald Trump. C'est ça qu'on essaye de faire. Et si Donald Trump poursuit dans cette course folle qui ne fait qu'appauvrir et fragiliser tout le monde, il y a un deuxième paquet qui est prêt à la Commission européenne. Parce que souvenez-vous que c'est vrai que nous avons un excédent commercial avec les Etats-Unis sur les biens.

C'est même notre principal partenaire commercial pour l'Europe. Mais nous avons un déficit très fort sur les services. Et là, on va pouvoir commencer à mettre un certain nombre de choses sur la table.

20:27
Intervenant

Nathalie Loiseau, il faut qu'on dise un mot de ce soupçon de corruption qui ressurgit au Parlement européen deux ans après la Qatargate. La justice fédérale belge soupçonne des lobbyistes de Huawei, la femme chinoise, d'avoir corrompu une quinzaine d'eurodéputés à coups de cadeaux. Aucun enseignement, c'est le sentiment qu'on a, n'a été tiré du Qatargate ?

20:47
Nathalie Loiseau

Alors, je n'en sais rien, mais je suis dans une colère noire. Si la cupidité de quelques-uns jette l'opprobre sur le dévouement de tous les autres, nous sommes 720 députés européens. Moi, je n'ai jamais vu personne me proposer un quelconque.

21:01
Présentateur

Vous n'avez jamais accepté ?

21:03
Nathalie Loiseau

C'est-à-dire qu'on ne m'en propose pas. Peut-être parce que j'ai un comportement qui ne laisse place à aucune forme d'ambiguïté. Alors, simplement, j'ai lu comme vous ces accusations dans la presse, ces soupçons dans la presse. J'ai immédiatement demandé à la présidente du Parlement européen de faire toute la transparence sur ce qu'elle ne sait pas encore. Et je pense que le plus vite sera le mieux. Je sais que deux bureaux ont été scellés hier à Bruxelles, nous étions à Strasbourg en plénière, deux bureaux de collaborateurs. Je n'en sais pas plus. Je respecte la présomption d'innocence.

Mais si vraiment il y a des corrompus dans ce Parlement européen, je suis dans une colère noire à leur encontre. Mais je voudrais aussi jeter un coup de projecteur sur ceux qui sont supposés, toujours supposés, être corrupteurs, une entreprise chinoise. Moi, c'est la raison pour laquelle je préside une commission de lutte contre les ingérences étrangères. Parce qu'aujourd'hui, sur le plan politique, sur le plan commercial, sur le plan de l'espionnage industriel, nous sommes la cible d'opérations malveillantes venant de pays qui ne nous veulent pas du bien. Il faut apprendre à beaucoup mieux se protéger.

22:12
Intervenant

Avec le recul, vous vous dites qu'il y a eu certaines prises de position pro-chinoise un peu étonnantes ou pas ?

22:17
Nathalie Loiseau

Alors, pas que je sache, parce que la Chine a eu la maladresse, un signe de sanctionner un certain nombre d'entre nous dans le précédent mandat, de l'interdire, par exemple, de se rendre en Chine, notamment parce qu'on défend Taïwan, parce qu'on défend les Ouïghours. Donc, il n'y a pas une sinophilie particulière dans les décisions du Parlement européen. C'est peut-être la raison pour laquelle Huawei s'est dit qu'il voulait redorer son image. Tout ça, c'est des suspicions, c'est des peut-être. Je fais attention à ce que je dis.

Mais vraiment, si quelques-uns, par leur comportement, salissent le travail de tous les autres, il y a de quoi être extrêmement en colère et je suis très en colère ce matin.

22:55
Présentateur

Un dernier mot, Nathalie Loiseau, sur la politique en France. Je rappelais tout à l'heure que vous étiez secrétaire nationale du parti Horizon. C'est donc le parti d'Édouard Philippe qui est candidat à l'élection présidentielle et qui voit, quelque part, sa campagne un petit peu percutée par le contexte...

23:10
Nathalie Loiseau

Il n'est pas en campagne pour la présidentielle. La présidentielle, c'est dans deux ans. Ah, il n'est pas en campagne ? Il a annoncé sa candidature. Oui, mais la campagne des présidentielles, ce n'est pas maintenant. Il conforte le parti.

23:18
Intervenant

Le rendez-vous de dimanche à Lille, ce n'est pas un tout petit peu dans l'optique de la candidature ?

23:24
Présentateur

C'est un congrès de parti politique. Mais vous qualifieriez comment alors le moment dans lequel est Édouard Philippe en ce moment s'il n'est pas en campagne ? Il conforte son assise.

23:32
Nathalie Loiseau

Il sillonne la France. Alors, je sais, ça frustre beaucoup les journalistes que vous êtes. Il le fait sans les médias.

23:37
Intervenant

Parce que ça frustre pas mal de gens chez vous. Il y a aussi beaucoup de troupes d'Horizon qui commencent à se dire... Beaucoup. Voilà, qui s'impatientent. Beaucoup, toujours les mêmes. On les entend toujours les mêmes, vous allez nous le dire.

23:47
Nathalie Loiseau

J'en sais rien parce qu'ils le font de manière anonyme. C'est la vie naturelle des partis. Quand un parti grandit, et c'est la chance d'Horizon de grandir et de grandir assez vite, vous avez toujours des gens qui sont contents que les journalistes les appellent. Bruno Retailleau ne vous inquiète pas ? Écoutez, Bruno Retailleau, il est ministre d'un gouvernement dans lequel il y a des ministres d'Horizon. Il fait son travail. 2027, ça n'est pas tout de suite. Bruno Retailleau, j'ai de l'estime pour lui. Il y a des sujets sur lesquels je suis d'accord, d'autres sur lesquels je suis en désaccord. Je ne sais même pas s'il sera président de son parti. De là, à savoir s'il est candidat à 2027.

Ce dont je suis sûr, c'est qu'Edouard Philippe plaît. Et ce dont je suis sûr, c'est que je le soutiens. Parce que dans le monde qu'on vient de décrire, entre Vladimir Poutine et Donald Trump, je n'ai pas envie de voir Marine Le Pen présidente de la République.

24:32
Intervenant

Et justement, et quand on entend parler d'un ticket président, premier ministre, précisément pour qu'à côté d'une candidature RN, il y ait quelqu'un au centre droit, un ticket, Edouard Philippe, Bruno Retailleau, c'est quelque chose qui est complètement... Vous n'allez pas me répondre oui aujourd'hui, mais complètement hors... Pas très paritaire ? Aussi, c'est une bonne réponse. Mais un ticket, le ticket en soi, est une option.

24:57
Nathalie Loiseau

L'élection présidentielle en France ne s'est jamais faite sur un ticket. Sarkozy-Fillon ?

25:03
Présentateur

C'est vrai, Sarkozy-Fillon, peut-être une petite exception.

25:05
Nathalie Loiseau

Ça n'a peut-être pas été la meilleure idée qu'a eue la France, compte tenu des choix de François Fillon.

25:10
Présentateur

Merci à vous, Nathalie Loiseau, députée européenne centriste. Vous êtes également présidente de la Commission sur le bouclier démocratique de lieu au Parlement européen. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Vous restez sur France Info. Merci.

25:22
Locuteur

Merci. Merci. Merci.

Cessez-le-feu en Ukraine, soupçons de corruption d'eurodéputés... le "8h30 franceinfo" de Nathalie Loiseau — Nathalie Loiseau · Pourquijevote