Extension du passe sanitaire et stratégie vaccinale : Alain Fischer est l’invité des Matins d’été
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:50OuverteRéponse directe
Pensez-vous que l'objectif de 50 millions de primo vaccinés à la fin du mois est atteignable ?
- 1:36OuverteRéponse directe
Cet objectif de 90% de personnes éligibles vaccinées au début de l'automne, vous le pensez possible ?
- 2:08OuverteRéponse directe
Considérez-vous les manifestations contre le pass sanitaire comme une minorité et un sujet politique ?
- 2:21OuverteRéponse directe
Est-ce que les personnes qui s'opposent à la vaccination sont hermétiques au discours sanitaire ?
- 5:34OuverteRéponse directe
Que dire à celles et ceux qui hésitent à se faire vacciner ou à faire vacciner leurs adolescents ?
- 9:06OuverteRéponse directe
Comment changer la situation en Guadeloupe, Martinique et La Réunion où le taux de vaccination est faible ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Un peu plus de 44 700 000 personnes ont reçu en France au moins une dose de vaccin contre le Covid. »
- 0:43PrésentateurFait
« Le ministre de la Santé l'a dit hier, il maintient l'objectif des 50 millions de primo vaccinés à la fin du mois. »
- 1:01Invité politiqueFait
« Je pense qu'il l'est et il est indispensable de poursuivre avec la plus grande vigueur la campagne de vaccination, même si ces près de 45 millions de personnes primo vaccinées représentent pas loin de 78% des personnes éligibles à la vaccination. »
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« 237 000 personnes encore samedi dernier. »
- 3:12Invité politiqueFait
« Aujourd'hui, près de la moitié des personnes qui sont hospitalisées en soins intensifs ont moins de 60 ans. »
- 3:25Invité politiqueFait
« Il y a des gens qui font des Covid longs. »
- 7:29Invité politiqueChiffre
« On est à environ 3 milliards de personnes. »
- 8:24Invité politiqueFait
« Je pense aux Antilles qui vivent aujourd'hui un drame. »
- 12:19Invité politiqueChiffre
« donc ça fait à peu près 58 millions de Français »
- 13:04Invité politiqueChiffre
« 82% seulement, vous avez raison de le dire, seulement des plus de 80 personnes âgées de plus de 80 ans sont vaccinées »
- 21:59Invité politiqueFait
« c'est ceux qui avaient été les premiers prioritaires à la vaccination dès la mi-janvier »
- 23:00PrésentateurFait
« l'objectif dans l'immédiat devrait être d'atteindre le seuil de 10% de la population vaccinée dans chaque pays du monde »
- 23:07PrésentateurChiffre
« plus de 80% des doses de vaccins disponibles sont allées vers les pays riches et développés qui représentent moins de la moitié de la population mondiale »
- 26:54PrésentateurChiffre
« un contrat anticipé de 200 millions de doses avec la société américaine Novavax »
- 28:27Invité politiqueFait
« Elles sont bien protégées contre les formes graves un peu moins contre l'infection en tant que telle »
Temps de parole
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France Culture, les matins d'été, Chloé Cambrelin. Le pass sanitaire dans sa version étendue entre donc en vigueur aujourd'hui alors que le nombre de personnes malades du Covid à l'hôpital en France, y compris en réanimation, continue d'augmenter. Le nombre de décès également, 30 ces dernières 24 heures, c'était 18 il y a une semaine. Nous sommes ce matin avec Alain Fischer. Bonjour.
Bonjour.
Merci beaucoup d'être en ligne avec nous. Vous êtes professeur d'immunologie pédiatrique, professeur émérite au Collège de France et président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Un peu plus de 44 700 000 personnes ont reçu en France au moins une dose de vaccin contre le Covid. Le ministre de la Santé l'a dit hier, il maintient l'objectif des 50 millions de primo vaccinés à la fin du mois. Pensez-vous également, Alain Fischer, que ce chiffre est atteignable ?
Je pense qu'il l'est et il est indispensable de poursuivre avec la plus grande vigueur la campagne de vaccination, même si ces près de 45 millions de personnes primo vaccinées représentent pas loin de 78% des personnes éligibles à la vaccination, ce qui est bien, mais face au variant Delta, dont la transmissibilité est très très forte, il faut aller plus loin, parce que sinon nous n'arriverons pas à protéger l'ensemble de la population. Nous continuerons à voir ce que l'on observe aujourd'hui, une augmentation du nombre de cas des hospitalisations. Donc l'effort doit se poursuivre, atteindre ces 50 millions en fin d'août, aller vers 90% de personnes éligibles vaccinées.
Et ça, cet objectif de 90%, vous, vous l'avez fixé, enfin vous pensez qu'il est possible de l'atteindre au début de l'automne. Alors, bien sûr, Alain Fischer, donc il y a beaucoup de questions sur la vaccination et c'est bien de cela que nous allons parler ce matin. Un mot tout de même sur les manifestations contre l'extension du pass sanitaire et ou la vaccination obligatoire pour les soignants. Nous n'allons pas nous y attarder outre mesure. Néanmoins, 237 000 personnes encore samedi dernier. Le nombre de participants progresse de semaine en semaine alors que nous sommes en plein été.
Considérez-vous qu'il s'agit d'une minorité et d'un sujet avant tout politique, autrement dit pas votre terrain ? Ou malgré tout, pensez-vous qu'il y a là un sujet, y compris pour vous, qui présidez le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale ?
Bien sûr, il y a un sujet. Je pense qu'il faut le mettre à sa juste place. Même si cela représente du monde, ce n'est quand même pas énormément de monde. Je ferais remarquer que dans le même temps, dans d'autres pays, je pense au Brésil, je pense à la Tunisie par exemple, et on pourrait citer d'autres pays, les gens manifestent pour obtenir des vaccins, pour la vaccination. Donc nous sommes un pays favorisé parce que nous avons accès pleinement aux vaccins. Et donc je pense que cela doit peut-être un tout petit peu faire réfléchir.
Ce que j'aurais envie de dire aux gens qui manifestent aujourd'hui, c'est de bien réfléchir, de ne pas écouter quelques scientifiques, je pèse mes mots, dévoyés, qui diffusent de fausses nouvelles sur la vaccination, sur l'absence de sécurité, que le vaccin n'est pas intéressant, n'est pas utile pour les jeunes. Cela est complètement faux. Faire attention aux hommes politiques qui essayent d'instrumentaliser la vaccination dans des buts qui n'ont rien à voir à la vaccination. Il faut bien que chacun considère, et les jeunes, je vois quand même qu'il y a un centre de jeunes dans les manifestants, mais pas que, ne sont également exposés au Covid.
Il ne faut pas croire que ce n'est qu'une affaire de personnes âgées. Aujourd'hui, près de la moitié des personnes qui sont hospitalisées en soins intensifs ont moins de 60 ans. Il y a des gens qui font des Covid longs. Et puis il faut aussi considérer la solidarité. Le vaccin n'est pas parfait. Il est très bon, mais il n'est pas parfait. Il ne protège pas complètement les plus fragiles. Certains même, d'ailleurs, sont tellement fragiles, parce qu'ils sont immunodéprimés, que vraiment, ils sont à haut risque. Donc, un effort de solidarité, parce que le vaccin, au moins partiellement, prévient la transmission du virus, est justifié à l'égard des plus fragiles de notre société.
Donc, c'est cela que j'ai envie de leur dire, de bien réfléchir et d'aller plutôt se faire vacciner.
Une chose encore, sur les actes qui visent des centres de vaccination ou des pharmacies, là encore, et heureusement, ce n'est pas massif, mais il y a quand même un syndicat de pharmaciens qui avait conseillé à ses adhérents de ne pas dresser de tente sur le trottoir pour faire des tests samedi dernier. Et ça, quand même, ça interpelle Alain Fischer. Est-ce que vous pensez que les personnes qui se livrent à ce genre d'actes sont de toute façon hors d'atteinte, dans le sens où totalement hermétiques au discours sanitaire ?
Je ne sais pas, j'aimerais que ce ne soit pas le cas. Je pense que le fait que, depuis janvier dernier, quand même, on a vu régresser de façon tout à fait manifeste la fraction de nos concitoyens, qu'ils soient hésitants ou hostiles à la vaccination, doit nous encourager à poursuivre en ce sens. Évidemment, ces gestes sont absolument condamnables, sont insensés. Toute la discussion actuelle et le pass sanitaire, les mesures qui sont prises, elles ne sont pas faites pour embêter les gens.
Au contraire, elles sont faites, un, pour sauver des vies, faire que notre système hospitalier fonctionne et puisse permettre de traiter les personnes également qui n'ont pas un Covid et faire en sorte que tout le monde, in fine, retrouve une vie normale. Donc, ce sont ça les objectifs. Et vraiment, c'est tout à fait, et condamnable, et déplorable, que certains, une toute petite minorité, recourent à des gestes de ce type et des expressions parfois extraordinairement, enfin, terriblement choquantes, enfin, avec des rappels sur la Seconde Guerre mondiale qui sont vraiment pour le moins déplacés. Et c'est un euphémisme.
Alors, au-delà de ces cas extrêmes, donc Alain Fischer, que dire à celles et ceux qui hésitent à se faire vacciner ou à faire vacciner leurs adolescents ? Vous avez été le premier à dire, au tout début, qu'il fallait justement dire les choses comme elles étaient, reconnaître quand il manquait des réponses. Votre prudence vous a même parfois été reprochée l'hiver dernier. Alors, justement, vous qui étiez prudent, que dites-vous aujourd'hui à celles et ceux qui estiment encore que l'on manque de recul ?
Oui, oui, la prudence est toujours de mise. La prudence, ça veut dire analyser de façon rigoureuse les données scientifiques qui sont disponibles, qui continuent d'être produites et d'analyser les bénéfices et les risques de la vaccination. Et il est tout à fait clair aujourd'hui, et je le dis avec la plus grande mesure possible, que le bénéfice l'emporte de façon extrêmement large sur les inconvénients. Il n'y a aucune raison aujourd'hui de ne pas se faire vacciner. Le manque de recul est un faux argument, pour deux raisons.
L'essentiel des éventuels effets secondaires, il y en a, mais ils sont extrêmement rares, surviennent à vrai dire dans les premières minutes, voire les premiers jours après la vaccination, mais pas après. Si on reprend toute l'histoire de la vaccination en dehors du Covid, on n'a jamais, je dis bien jamais, observé d'effets secondaires à long terme des vaccins. Jamais, premier point. D'autre part, en ce qui concerne les craintes que l'on voit formulées parfois sur le fait que ces vaccins sont composés d'ARN et que l'ARN sont des acides nucléiques qui pourraient peut-être modifier notre génome, n'ont absolument aucun sens. Cela ne peut se produire.
Et il faut savoir que cet ARN du vaccin, il disparaît du corps en tout petit nombre de jours. Donc, il n'y a pas lieu de craindre d'effets retardés. Et en ce qui concerne les effets à court terme, ils sont parfaitement bien connus. Il faut, compte tenu du nombre de personnes aujourd'hui vaccinées dans le monde, on est à environ 3 milliards de personnes. On a donc un degré d'informations recueillies sur ces vaccins comme on n'a jamais obtenu sur aucun produit utilisé en médecine. Donc, on sait très bien ce qu'il en est. Les mesures de précaution sont prises. Il y a de très, très rares accidents.
Mais ils sont, encore une fois, infimes comparés aux bénéfices apportés par la vaccination qui sont de nous protéger. Certes, pas complètement. Parfois, certains disent, oui, mais à quoi ça sert de se vacciner ? Parce qu'il y a quand même des personnes hospitalisées qui ont été vaccinées. Sauf que c'est une toute petite minorité. Les derniers chiffres français, c'est que si on est bien complètement vacciné, c'est important avec les deux doses. Et 7 jours après, on a 12 fois moins, 12 fois moins de risques d'être hospitalisés en cas d'infection que si on ne l'est pas.
Il n'y a qu'à voir ce qui se passe, malheureusement, dans les régions ou les pays où le vaccin n'est pas ou peu disponible, où les gens ne se vaccinent pas. Je pense aux Antilles qui vivent aujourd'hui un drame. Il faut donc se vacciner. Il y a tous les arguments d'efficacité et de sécurité pour aller vers la vaccination.
Alors précisément, Alain Fichard, effectivement, vous disiez, il y a un gros sujet de préoccupation avec notamment la Martinique et la Guadeloupe. Olivier Véran appelle les soignants de Métropole qui le peuvent à se rendre dans ces territoires, sachant qu'en Métropole aussi, la situation à l'hôpital est tendue dans un certain nombre de régions. Alors certains soignants, un peu plus de 200, vont partir justement de Métropole demain. Et en effet, on sait que le taux de vaccination en Guadeloupe, en Martinique, mais aussi à La Réunion, est beaucoup plus faible qu'en Métropole. Alors que faire justement pour changer cela ?
Pour le coup, il y a sans doute une action spécifique à mener, des relais à trouver. Et comment y travaillez-vous ?
Oui, absolument. Il se trouve que pas plus tard que la semaine dernière, j'ai eu une réunion et puis encore une la semaine d'avant avec d'une part les soignants de la Guadeloupe et avec les représentants élus et les responsables politiques de la Guadeloupe pour essayer d'échanger avec eux sur apporter les meilleures informations possibles. C'est informer, expliquer par toutes les ressources possibles. En premier lieu, ce qui est vrai ailleurs aussi, mais évidemment encore plus vu le drame actuel de ces régions via les professionnels de santé qui sont les mieux placés à l'égard desquels le plus souvent la population a confiance.
Mais c'est aussi les médias qui doivent aider, diffuser des documents et utiliser au maximum le relais par des ambassadeurs, c'est-à-dire des personnes de même culture, de même vision de la vie, de la société qui peuvent aider. Moi, j'aimerais beaucoup, peut-être que ce sera possible, par exemple, que les médaillés olympiques qui viennent des Antilles viennent témoigner du fait qu'ils sont vaccinés et qu'ils encouragent leurs concitoyens à se vacciner. Je pense qu'on a besoin de toutes ces actions pour arriver à changer, faire évoluer rapidement une situation qui est dramatique, vraiment dramatique.
Et je salue au passage les personnes, les professionnels de santé qui de métropole partent aujourd'hui donner un coup de main dans des conditions que je sais très, très difficiles là-bas.
Alors Alain Fischer, vous nous disiez donc juste avant qu'il n'y avait pas, qu'il n'y avait aucun doute sur la balance bénéfice-risque. Justement, puisque vous dites les choses comme elles sont et avec la prudence requise. Concernant les moins de 12 ans, aujourd'hui, précisément, il n'y a pas encore les informations suffisantes pour prendre une décision, c'est ça ?
Absolument. Aujourd'hui, nous n'avons pas d'éléments qui permettent de dire que les enfants de moins de 12 ans doivent être vaccinés. La problématique est un petit peu moins prégnante que pour les adolescents qui, eux, par contre, peuvent se vacciner. D'ailleurs, ils se vaccinent bien. Je vois que le taux de vaccination est bon, mais il faut bien sûr continuer cet effort parce que les adolescents sont exposés à pas mal de soucis liés au Covid, y compris les conséquences psychologiques, psychiatriques, malheureusement, observées chez certains du fait du confinement et du fait que le système scolaire ait été en partie bridé par la pandémie.
Je pense que l'on voudrait ne pas voir se reproduire à la rentrée prochaine. Pour les plus jeunes, les moins de 12 ans, donc la problématique est un peu moins forte. Et par ailleurs, surtout, comme vous le disiez, nous n'avons pas d'informations aujourd'hui. Il faut évidemment, avant d'envisager toute vaccination, d'abord voir ce qu'il en est en termes de sécurité, en termes d'efficacité. Alors, il y a des études cliniques en cours. On verra ça à l'hiver, quand on aura les résultats. Et est-ce qu'il y a intérêt ou non ? On verra. Je pense que ce n'est pas du tout une question tranchée aujourd'hui à étendre la vaccination aux moins de 12 ans.
On peut espérer, si la vaccination, la couverture vaccinale s'élève au niveau attendu pour les plus de 12 ans, donc ça fait à peu près 58 millions de Français, à un niveau suffisamment élevé, peut-être on pourra ne pas avoir besoin, même si cela était sûr, de vacciner les plus jeunes. On verra. Ce n'est vraiment pas une question de l'immédiat.
Alors, justement, Alain Fischer, on parle des jeunes, vous parlez des adolescents, et il en est beaucoup question, effectivement, cet été. Néanmoins, il y a un chiffre qui est comme bloqué, et depuis un moment, c'est le taux de vaccinés chez les 75 ans et plus, qui est un peu au-dessus des 80%. Alors, c'est beaucoup, bien sûr, mais si on vise 90% de la population générale vaccinée, on peut se dire que c'est encore plus important pour les plus âgés. Comment expliquer que ce chiffre plafonne ?
Alors, vous avez raison, c'est plutôt les plus de 80, mais enfin, c'est le même point, 82% seulement, vous avez raison de le dire, seulement des plus de 80 personnes âgées de plus de 80 ans sont vaccinées, et ça, c'est un problème, parce qu'évidemment, là, nous avons les personnes les plus fragiles, celles qui sont le plus à risque de décéder de Covid, et il faut poursuivre l'effort.
Alors, il n'y a pas strictement que ces personnes vers lesquelles il faut se tourner, encore plus qu'on ne le fait aujourd'hui pour les vacciner, donc, à côté des personnes très âgées, il y a aussi certaines personnes atteintes de maladies chroniques qui ne sont pas vaccinées, il y a aussi les populations, il faut y penser, en situation de précarité, qui sont moins accessibles à la vaccination. Donc ça, c'est un grand axe de travail, et je sais que beaucoup de gens s'y consacrent aujourd'hui, c'est aller vers ces personnes et faire en sorte qu'elles puissent se vacciner.
Les personnes âgées, très âgées, sont plus souvent en situation d'isolement, mobilité moindre, bien évidemment, et de ce fait, et puis aussi moindre accès à l'informatique, à l'outil informatique. Donc de ce fait, on comprend qu'elles aient moins facilement accès à la vaccination. Donc il faut aller vers, il y a toute une série d'actions qui sont en cours.
Les médecins sont capables aujourd'hui de repérer dans la liste de leurs patients ceux qui ne sont pas vaccinés, ils peuvent les contacter, ils peuvent essayer d'organiser soit le déplacement de la personne, soit le fait qu'il y ait, par exemple, un bus de vaccination qui aille vers ces personnes, ou une équipe mobile, peu importe, qui aille vacciner ces personnes. C'est un effort majeur. Je pense que c'est le second axe au-delà de convaincre les jeunes de se vacciner, c'est aller vers toutes ces personnes qui sont fragiles pour des raisons diverses, parfois plusieurs raisons en même temps, l'âge, la maladie, ou la situation sociale. C'est extrêmement important.
Alors justement, on sait qu'il y a déjà effectivement des stratégies qui sont mises en place avec des équipes mobiles, des relais, par les associations. à vrai dire, ça fait déjà un moment qu'il en est question de cette stratégie du aller vers. Concernant ce que vous évoquez, c'est-à-dire le fait que l'assurance maladie puisse transmettre aux médecins traitants la liste des patients non vaccinés, on se rappelle donc que la CNIL avait dit oui le 7 juillet, ça fait un peu plus d'un mois. Est-ce que l'on sait dire si cette mesure porte ses fruits, si les médecins s'en saisissent, c'est si ça donne des résultats ?
Alors je ne suis pas encore en mesure de vous apporter une réponse parce qu'au-delà de la CNIL, il fallait encore, si je me souviens bien, un feu vert du Conseil d'État, donc une mise en place. Donc on n'a pas un mois de recul, le recul est plus faible et puis évidemment, on n'est pas au meilleur moment de l'année aussi pour que cette action se fasse. Mais je sais que des médecins, moi j'ai des témoignages directs de médecins qui ont entrepris cette démarche. Je pense que c'est une bonne chose et on ne peut qu'encourager leurs confrères à faire de même. Je pense que ça va se poursuivre et s'amplifier dans les jours et les semaines qui viennent.
Et je pense qu'on pourra essayer de faire un bilan plutôt dans un mois ou un mois ou deux de cette action mais qui est essentielle.
Alors nous parlons donc des plus âgés Alain Fischer. Tout à l'heure, après le journal, nous parlerons de la problématique de la nécessité éventuelle d'un rappel. Mais avant ça, j'aimerais aussi qu'on s'arrête sur ceux que l'on appelle les plus fragiles. Vous avez cité les immunodéprimés ou les personnes atteintes de la maladie chronique. C'est vrai qu'on a tendance à dire plus fragiles de façon un peu générale en pensant surtout aux plus âgés. Néanmoins, il y a effectivement d'autres publics fragiles. Et peut-être que c'est important de le rappeler. Je pense par exemple aux personnes en surpoids dont on ne dit pas grand-chose, peut-être parce que c'est délicat.
Alain Fischer, est-ce que le message passe aussi suffisamment auprès de toutes les personnes à risque ?
Alors vous avez tout à fait raison de rappeler la situation des personnes en surpoids qui ont pour certains malheureusement évidemment souffrent psychologiquement de cette situation du regard des autres et donc qui probablement sont moins à même à aller dans un centre de vaccination, etc. Donc il a été prévu même des systèmes qui leur permettent d'avoir un accès direct sans être trop exposés. Et cette action doit se poursuivre. C'est évident qu'il y a encore quelques millions de personnes fragiles en général dont certains en surpoids. Des actions ont été menées avec l'aide des sociétés savantes et des associations qui représentent ces personnes. Mais l'effort est à poursuivre.
C'est sûr qu'on n'est pas du tout au bout de nos peines. Il faut insister pour elles, pour qu'elles se vaccinent, les aider, trouver des solutions qui encore une fois lorsque c'est nécessaire évitent le regard des autres. Il faut respecter tout cela et il faut le faire même si c'est un peu compliqué.
Encore une chose, Alain Fischer, nous en parlions plutôt dans la question du jour avec le juriste Nicolas Hervieux. L'une des questions qui se posent avec l'extension du pass sanitaire et qui peut préoccuper y compris des personnes qui y sont favorables, c'est l'accès aux soins. Est-ce qu'il est clair et net que ce ne sera pas un frein puisqu'il est question dans le texte d'un pass obligatoire sauf urgence mais que le caractère d'urgence est laissé à l'appréciation des soignants ?
Écoutez, autant que je puisse en juger en tous les cas, mon souhait le plus fort et cela a été transmis et aussi transmis par le conseil scientifique, c'est bien évidemment que ce pass sanitaire en rien, je dis bien en rien, ne soit un frein à l'administration des soins, évidemment urgent, mais aussi non urgent. Et je pense à nouveau encore une fois aux personnes en situation de fragilité ou de précarité pour qui tout ceci est un peu plus difficile, donc qui sont un peu moins vaccinés.
bien évidemment, je suis convaincu, mais il faudra être bien sûr vigilant sur ce point, que personne ne souffre de cette situation, que toutes les personnes qui ont des soins programmés ou des consultations ou quel que soit le type d'acte médical prévu, qu'ils puissent être effectués malgré l'absence de pass sanitaire. Par contre, ça peut être une occasion auprès de ces personnes de leur parler de la vaccination. et quand on en parle, peut-être d'aller à l'action vers la vaccination.
Je vois beaucoup plus les choses comme ça, mais je pense que c'est la volonté de tous que le pass sanitaire ne soit absolument pas, ce serait totalement contre-productif, un frein à la pratique des soins de tous ordres et à tous les niveaux des actions de santé dans ce pays, bien évidemment.
Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, vous restez avec nous et nous allons donc parler notamment de 3ème dose à 8h20 après la chronique de Libération et le journal qui arrive sur France Culture. Il est 8h20 et nous sommes toujours avec notre invité Alain Fischer, professeur d'immunologie pédiatrique, professeur émérite au Collège de France, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale pour poursuivre la discussion ouverte avant 8h en ce jour d'entrée en vigueur du pass sanitaire dans sa version étendue.
Alors Alain Fischer, si l'on regarde maintenant devant nous, l'une des questions à trancher, c'est donc celle d'un rappel d'une 3ème dose mais il y a une question préalable qui est sait-on dire désormais combien de temps les différents vaccins nous protègent ?
Alors c'est une question essentielle évidemment pour déterminer ce qu'il faudra faire dans les mois et les années qui viennent peut-être.
Nous n'avons pas encore par définition toutes les informations requises puisque je rappelle que la vaccination a commencé de par le monde en décembre dernier donc ça fait 8-9 mois maintenant et donc les informations arrivent progressivement mais il faut prendre probablement des décisions sans encore avoir tous les éléments en cédant d'informations donc sur la protection mais aussi dans une certaine mesure sur des études je parle d'études et non pas de vaccination en vie courante sur les quels sont les taux d'anticorps des personnes à différentes classes d'âge donc il faut avancer et parce qu'il faut être prudent on l'a évoqué déjà tout à l'heure sur la protection des personnes pour lesquelles on peut penser qu'elles sont les plus fragiles et plus à même d'avoir une immunité moins solide
alors justement donc sur la troisième dose le rappel Emmanuel Macron a dit que ça allait se faire à partir de la rentrée on sait que la question sera au menu d'un conseil de défense sanitaire mercredi donc là encore voilà il est question des plus fragiles mais en l'espèce qui sont les plus fragiles Alain Fischer et qui pourrait être concerné par cette campagne de rappel
alors on verra les arbitrages notre proposition de notre conseil c'est de faire en sorte que les personnes les plus âgées disons de plus de 80 ans parce que ce sont celles clairement dans le système immunitaire et moins robustes le moins robuste puissent bénéficier d'un rappel dès la rentrée mais aussi y ajouter les personnes les plus fragiles sur un plan médical personnes immunodéprimées qui ont pour certains d'ailleurs déjà dû recevoir une troisième dose dans certains cas particuliers il y a un groupe de personnes assez bien définies aujourd'hui c'est ceux qui avaient été les premiers prioritaires à la vaccination dès la mi-janvier qui devraient de mon point de vue recevoir un rappel dès la rentrée avant ensuite de discuter pour d'autres populations disons intermédiaires les personnes par exemple celles qui sont éligibles au vaccin contre la grippe plus de 65 ans on pourra imaginer un scénario possible qui serait en plus je pense assez pratique dans la vie au quotidien ce serait de coupler dans un second temps à l'automne la vaccination contre la grippe et le même jour faire le rappel de vaccination contre le Covid vous voyez mais dans un tout premier temps notre recommandation concerne les plus de 80 et les personnes médicalement parlant extrêmement fragiles
avec donc des arbitrages comme vous dites attendus à priori en milieu de semaine cette question du rappel nous amène nécessairement à la question de l'accès au vaccin à l'échelle mondiale puisque le patron de l'OMS a demandé un moratoire précisément sur les 3ème doses au moins jusqu'à la fin du mois de septembre estimant je le cite que l'objectif dans l'immédiat devrait être d'atteindre le seuil de 10% de la population vaccinée dans chaque pays du monde et qu'à ce jour plus de 80% des doses de vaccins disponibles sont allées vers les pays riches et développés qui représentent moins de la moitié de la population mondiale Alain Fischer comment avancer dans la protection de la population ici en France sans mettre de côté quand même cette question là ces appels là
écoutez il est bien sûr le directeur de l'OMS et dans son rôle sa responsabilité de se promouvoir la vaccination partie ou les moyens possibles pour l'ensemble de la planète et on le sait qu'on en a besoin d'abord parce que c'est une cause juste bien évidemment et aussi parce que c'est notre intérêt à tous parce qu'on sait que s'il persiste des zones où l'épidémie bat son plein et bien il y a le risque d'émergence d'un nouveau variant qui revienne en boomerang donc il y a toutes les raisons d'aller dans ce sens et il faut trouver tous les moyens possibles de transfert de technologie de production de vaccins dans un certain nombre de pays accélérer ce rythme même si c'est difficile parce qu'il y a beaucoup d'obstacles qui ne sont pas que politiques même si ceux-là ne doivent pas être névigés mais aussi des obstacles d'ordre technique technologique disponibilité de matières premières etc.
mais néanmoins je pense qu'il est difficile si on raisonne maintenant au niveau de nos pays la France ou la communauté européenne parce que c'est la même discussion il est difficile de s'arrêter à mi-chemin parce que si on fait un effort vaccinal et qu'ensuite on ne propose pas aux personnes qui ont été jusqu'ici vaccinées la possibilité d'un rappel pour celles qui en ont besoin bien sûr pour l'instant on ne parle pas de toute la population cela fera que progressivement ces personnes à nouveau deviendront susceptibles donc tout ce qui aura été gagné sera perdu donc ça ce n'est pas logique il faut aller au bout de cette logique je crois c'est ma conviction c'est qu'une fois qu'on est dans le train si je puis dire la vaccination il faut aller au bout jusqu'à la gare finale d'arrivée c'est-à-dire faire en sorte que ces personnes soient protégées de façon la plus durable possible en tous les cas donc encore un certain nombre de mois par rapport à la période actuelle mais en même temps je respecte complètement la position du directeur de l'OMS mais je pense que malheureusement il n'y a pas de solution d'immédiat court terme la solution elle est dans le moyen terme c'est la multiplication des efforts pour faire en sorte que de tous ordres que j'ai évoqués il y a un instant je sais que c'est très difficile pour faire en sorte d'accélérer la vaccination à l'échelle mondiale il y a évidemment beaucoup de travail à faire
oui parce que pour le moment on a quand même un peu l'impression qu'il y a deux réalités parallèles avec effectivement tous les discours sur la levée des brevets l'accès équitable au vaccin et dans les faits bon on est quand même
ça n'avance pas aussi vite qu'on le voudrait c'est clair il y a eu de belles initiatives il y a des choses qui se font ça ne marche pas parfaitement mais ce qui s'appelle le système COVAX associé à l'OMS de redistribution de vaccins c'est très insuffisant mais ça existe néanmoins l'avancée politique n'est pas aussi rapide qu'on le souhaiterait c'est clair je pense qu'à niveau de l'OMC les choses n'avancent pas comme cela devrait se faire et puis il faut aussi avancer dans la formation les transferts technologie enfin bref cet effort doit être poussé poussé il faut le rappeler et vous avez raison d'en parler aujourd'hui et puis évidemment à tous les niveaux possibles pour que cela progresse parce que à nouveau quand même je me permets de rappeler quand même ce contraste entre ces pays majorité de la population mondiale qui en demandent de vaccins et chez nous quelques-uns qui sont là à se plaindre qu'on veuille absolument qu'ils vaccinent je pense que ce contraste doit faire réfléchir
et donc pendant ce temps il y a aussi de nouveaux vaccins qui arrivent ou en tout cas se préparent à arriver l'Union Européenne quasiment au moment où le directeur de l'OMS lançait son appel à passer donc il y a quelques jours un contrat anticipé de 200 millions de doses avec la société américaine Novavax l'agence européenne du médicament doit encore approuver sa mise sur le marché Alain Fischer quel est ce vaccin Novavax quel type de vaccin est-ce et quel intérêt pourrait-il présenter ?
Alors le vaccin Novavax c'est un vaccin en fait de conception traditionnelle même si c'était plus long à mettre au point qui est fondé sur la protéine la fameuse protéine Spike qui est si importante pour le virus et pour l'immunisation contre le virus associée à un adjuvant donc la protéine et un adjuvant la protéine est produite par des usines cellulaires si je puis dire et en purifier et on y ajoute un adjuvant et c'est ça qui constitue le vaccin c'est un type de vaccin très classique c'est exactement le même type de vaccin que celui que Sanofi développe dont on attend avec impatience bien sûr les résultats de leurs études cliniques et avec des résultats primitaires encourageants et qui pourraient faire que ce vaccin soit disponible à la fin de l'année c'est une bonne nouvelle d'avoir accès à un autre type de vaccin que les vaccins ARN et les vaccins des virus parce que plus on a de stratégie plus on a une diversité d'actions plus cela facilite la vaccination et peut-être dans certains cas on le verra des adaptations de la vaccination en fonction des situations donc c'est une très bonne chose qu'on peut l'espérer ces vaccins soient disponibles quelque part avant la fin de l'année
Et un mot justement pour les personnes vaccinées avec AstraZeneca ou Johnson sont-elles aujourd'hui correctement protégées contre les formes graves en cas de contamination avec le variant Delta ?
Alors elles sont bien protégées contre les formes graves un peu moins contre l'infection en tant que telle et donc va aussi se discuter un jour dans ceci il faut y réfléchir et la réflexion n'est pas achevée de savoir s'il leur faut un rappel et de quel type de rappel ils pourront disposer une hypothèse par exemple c'est parce que cela a déjà été fait et ça donne des résultats intéressants c'est ce qu'on appelle une vaccination hétérologue ce qui veut dire avoir reçu un certain type de vaccin donc dans le cas de figure AstraZeneca ou Johnson et puis éventuellement d'avoir un rappel avec un vaccin RN d'après des données qui proviennent notamment de Grande-Bretagne et d'Espagne ce type de vaccination est très efficace et donne de très très bons résultats donc ce qui est bien parce que ça encore une fois ça donne une meilleure flexibilité à l'utilisation des vaccins et d'une manière générale je pense que c'est important de le dire à chacun il n'y a pas à craindre le fait que si j'ai reçu d'abord tel type de vaccin il faut absolument que mon rappel se fasse avec le même pourquoi pas c'est pas une mauvaise chose mais si jamais il se fait avec un autre vaccin ça ne sera pas grave et ça sera même peut-être très très bien donc voilà ceci n'est pas tranché mais il est plausible qu'une telle mesure soit prise à l'automne
merci beaucoup merci Alain Fischer président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale merci d'avoir été en ligne avec nous sur France Culture ce matin merci d'avoir regardé cette vidéo