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interviewPublic Sénat· 17 janvier 2024 5 min

«On est passé du conservateur au réactionnaire» : Yannick Jadot éreinte l’intervention du président

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Qu'est-ce que vous pensez de toute cette séquence sur la position d'Amélie Oudea-Casterin ? Est-ce que vous appelez à cette émission ?

0:06
Yannick Jadot

Oui, parce qu'elle n'est pas compétente. Le sujet, ce n'est pas la faute politique à la commise. C'est évidemment une insulte pour l'ensemble de la communauté éducative, pour nos enfants, pour la jeunesse, pour les enseignants, pour les autres membres de la communauté éducative. D'être traité, stigmatisé de cette manière, c'est une faute. Mais c'est surtout qu'elle ne connaît pas ce secteur.

0:29
Présentateur

Elle ne vous a pas rassurée dans l'hémicycle cet après-midi ?

0:31
Yannick Jadot

Non, on a l'impression qu'elle est là pour faire du coaching d'entreprise. Elle nous dit « Mais allons-y, on va y arriver, soyons modernes, soyons volontaires ». On parle du premier budget de l'État, on parle d'une école qui est en crise, on parle d'enseignants qui sont terrifiés aujourd'hui, parfois face à des enfants, parce que les classes sont surchargées, parce qu'ils ont du mal à vivre eux-mêmes, les enseignants, de leurs revenus, parce qu'ils savent que la formation initiale, comme la formation continue, sont défaillantes. C'est là qu'on attend le gouvernement. Et là, on a des exercices... C'est un gouvernement TikTok. On a des exercices de communication en permanence.

Et je pense que tout ça doit absolument effrayer les Français, parce qu'ils se disent au fond, si la démocratie, telle qu'elle est exercée par le président de la République, elle ne répond pas à mes questions du quotidien. Le logement, la santé, mon salaire, le dérèglement climatique. Et si c'est ce spectacle-là, pourquoi défendre la démocratie ? Vous voyez le danger.

1:32
Présentateur

– Qu'est-ce que vous retenez du coup de l'exercice d'hier, de ce grand oral, cette conférence de presse, et ces 8 millions de téléspectateurs de la part du chef de l'État ? Qu'est-ce que vous avez évoqué, cet exercice ? Est-ce que c'est de la communication politique ?

1:42
Yannick Jadot

– Écoutez, je vais vous dire la vérité. J'ai regardé le début, quand j'ai vu qu'il n'annonçait rien, à part, si vous voulez, là, on a eu le même exercice du gouvernement. Si franchement, à chaque fois que le président de la République ou les membres du gouvernement mettent un euro dans une tirelire, dès qu'ils utilisent réarmement, réinvention, remachin, retruc, je vous assure que la dette de l'État français va vite disparaître. Ce que je veux dire, c'est qu'à un moment donné, c'était tellement de l'autosatisfaction. Heureusement qu'il y avait les journalistes. Heureusement qu'il y avait la presse pour poser les bonnes questions.

C'était une telle autosatisfaction que je suis passé sur Allemagne-France de Handball.

2:19
Présentateur

– L'un de ces réarmements, c'est le réarmement démographique face à ce…

2:22
Yannick Jadot

– Ah, le réarmement, hein ?

2:23
Présentateur

– Oui, c'est pour ça que je vous pose la question. C'est l'un des réarmements évoqués hier à la conférence de presse, alors avec des annonces, un congé de naissance mieux rémunéré que le congé parental et un plan contre l'infertilité. Mais vous avez dénoncé, les écologistes, votre chef de file, un discours paternaliste. Pourquoi ?

2:39
Yannick Jadot

– Écoutez, ce gouvernement, il nous parle du travail, il nous parle de la patrie, il nous parle de la famille.

2:48
Présentateur

– Ils sont conservatrices de la société ?

2:49
Yannick Jadot

– Enfin, ça résonne quand même dans notre truc. Quand on parle de l'école… – Ça résonne comme quoi ? – Ça résonne comme quelque chose de profondément réactionnaire. On est passé du conservateur au réactionnaire, c'est-à-dire qu'on a un discours d'un président de la République plutôt que de répondre à la fois, de nous donner une vision pour la France. On est quand même dans un contexte international absolument dramatique. Le logement, il n'y a toujours pas de ministre, alors que c'est la première préoccupation, c'est un secteur en crise profonde.

L'école, l'hôpital, le dérèglement climatique, pas un mot sur ces sujets de fond, pas de réponse sérieuse à ces sujets de fond, un exercice d'autosatisfaction. Alors, ils réarment, ils réarment. On a l'impression qu'au fond, ils ont trouvé un slogan pour occuper les médias et finalement désespérer tout le monde de la politique. C'est dramatique dans le contexte que nous vivons.

3:39
Présentateur

– Il nous reste une minute, Yannick Jadot, j'avais une dernière question parce que vous êtes élu parisien ce matin. Rachid Adati a dit « Moi, je suis élu parisien, mon objectif c'est Paris. Moi, j'ai une volonté, c'est de rassembler tous ceux qui veulent que ça change à Paris. Je suis déterminé, c'est dans trois ans bien sûr, j'ai toujours dit, mais elle sera donc bien candidate à l'élection municipale en 2026. Qu'est-ce que ça vous évoque ?

3:57
Yannick Jadot

– Écoutez, une insulte au monde de la culture qui a besoin de soutien et on sait l'importance de la culture y compris dans ces situations de tension des sociétés. Une insulte aux Parisiennes et aux Parisiens. Et alors c'est du pur Rachid Adati, c'est-à-dire que le président de la République, dans les yeux des Français, le soir dit « Mais jamais on a discuté de Paris avec Rachid Adati. Jamais, oh mon Dieu, jamais je rosais. » Et Rachid Adati, sans filtre, dès 8h, 9h après la déclaration du président de la République, dit « Le monde de la culture, je m'en fous, je ne suis ministre que pour être candidate à Paris. »

4:33
Présentateur

– Elle a pas dit qu'elle s'en foutait du monde de la culture, mais elle…

4:36
Yannick Jadot

– On a quand même, depuis le début, on a bien compris qu'elle était ministre de la culture pour obtenir le soutien des macronistes à l'élection parisienne. Et c'est comme la ministre de l'Éducation, c'est comme d'autres ministres. On a l'impression que personne ne s'intéresse à sa propre responsabilité. Encore une fois, on joue avec les ministères comme si, entre les vieux grognards qui sont restés, les derniers fidèles qui ont accepté cette dérive très à droite du macronisme, et puis les intrigants ou l'intrigante, on a l'impression qu'on s'est répartis au hasard, les ministères, pour s'amuser. Et ça, c'est pas bien pour les Français.

5:11
Présentateur

– Merci Yannick Zadeau pour cette déclaration en direct au micro de Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada

«On est passé du conservateur au réactionnaire» : Yannick Jadot éreinte l’intervention du président — Yannick Jadot · Pourquijevote