Christian Cambon : « Le pape est un leader politique dans le bon sens du terme »
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Questions et réponses
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- 0:12OuverteRéponse directe
Christian Cambon, vous êtes sénateur à l'air du Val-de-Marne, vous êtes l'envoyé spécial du président du Sénat pour les relations internationales.
- 0:50OuverteRéponse directe
Je voudrais qu'on commence par regarder une photo, Christian Cambon. Cette photo, c'est vous avec le pape. Racontez-nous.
- 1:56OuverteRéponse directe
Alors justement, comment il est ce pape ? Comment vous l'avez trouvé ? Qu'est-ce qu'il dégage
- 3:11OuverteRéponse directe
Sa venue n'est pas une visite d'État, mais une visite apostolique. Pas de dîner, donc du coup, d'État avec Emmanuel Macron, dont il a refusé qu'il lui présente également personnellement les travaux de Notre-Dame. Il y a une brouille entre Emmanuel Macron et le pape ?
- 4:11OuverteRéponse directe
Sur la fin de vie, sur l'IVG dans la Constitution
- 4:55OuverteRéponse directe
Est-ce que vous comprenez, du coup, qu'Emmanuel Macron n'assiste à aucune des messes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31PrésentateurChiffre
« 600 000 personnes pour la messe à Paris, 150 000 pour celles à Lourdes, 15 000 forces de Lourdes mobilisées et une tonne. »
- 0:39Invité politiqueFait
« Des hosties. »
- 0:40PrésentateurFait
« Bravo Christian Cambon, c'est le poids des hosties préparés pour les célébrations. »
- 1:28Invité politiqueFait
« Et je lui ai offert un livre très ancien, un traité du Concile de Trent, une édition de 1643 que mon père des femmes avait légué dans sa bibliothèque. »
- 2:53PrésentateurFait
« Il a une grand-mère normande. »
- 2:54Invité politiqueFait
« Il a une grand-mère normande. »
- 2:56Invité politiqueFait
« Il a des ascendances en Louisiane, en Guadeloupe. »
- 4:34Invité politiqueFait
« l'Église de France, mais même Rome, ont alerté les parlementaires qui étaient en responsabilité d'examiner ce texte. »
- 8:09Locuteur 2Chiffre
« Plus de 28 % »
- 10:51Invité politiqueChiffre
« La visite coûte évidemment beaucoup d'argent, 27 millions »
- 14:51PrésentateurChiffre
« on rappelle juste les chiffres de la SIAZ, la commission indépendante sur les abus sexuels à l'Église, 216 000 victimes mineures d'agressions sexuelles ou de viols commis par des religieux. »
- 16:41Locuteur 6Fait
« Léon XIV l'a prouvé ces derniers mois. Il assume de prendre part au débat international. »
- 16:45Locuteur 6Fait
« Sur l'Ukraine, il demande un cessez-le-feu. »
- 16:47Locuteur 6Fait
« Il s'enquiert du sort des Palestiniens à Gaza. »
- 16:49Locuteur 6Fait
« Il appelle à désarmer l'intelligence artificielle. »
Temps de parole
- Christian Cambon63 %
- Présentateur15 %
- Locuteur 58 %
- Locuteur 67 %
- ?3 %
- Locuteur 32 %
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Vous
écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Christian Cambon, vous êtes sénateur à l'air du Val-de-Marne, vous êtes l'envoyé spécial du président du Sénat pour les relations internationales. Le pape qui arrive donc en France pour une visite de 4 jours. Veillez au Stade de France demain, grande messe sur la Concorde et les Champs-Elysées. Samedi, puis dimanche, il se rend à Lourdes. Lundi, à Metz, où il prononcera un discours sur l'Europe, une visite et des chiffres. 600 000 personnes pour la messe à Paris, 150 000 pour celles à Lourdes, 15 000 forces de Lourdes mobilisées et une tonne. Est-ce que vous savez ce que c'est ?
Des hosties.
Bravo Christian Cambon, c'est le poids des hosties préparés pour les célébrations.
Une
visite religieuse mais aussi diplomatique d'un pape américain qui n'apprécie pas beaucoup Donald Trump. On va en parler. Je voudrais qu'on commence par regarder une photo, Christian Cambon. Cette photo, c'est vous avec le pape. Racontez-nous.
Oui,
c'est une photo évidemment très émouvante pour moi
dans
ces responsabilités que j'ai auprès du président du Sénat.
J
'ai été en charge en octobre dernier d'organiser l'audience privée que le pape Léon XIV a accordée au président du Sénat. Et nous sommes sur cette photo à un moment particulièrement émouvant puisque c'était à l'échange de cadeaux. Et j'avais personnellement souhaité faire un cadeau au Saint-Père. Et je lui ai offert un livre très ancien, un traité du Concile de Trent, une édition de 1643 que mon père des femmes avait légué dans sa bibliothèque. C'était un bibliophile averti.
Et
donc je lui ai offert ce livre qui l'a beaucoup intéressé et qui maintenant est à la bibliothèque vaticane. Ce qui, pour le souvenir de mon père, est une chose importante. C'est un petit moment important mais qui m'a permis d'avoir ce contact plus direct avec le Saint-Père.
Alors justement, comment il est ce pape ? Comment vous l'avez trouvé ? Qu'est-ce qu'il dégage
? Beaucoup
de douceur, beaucoup d'attention. Il écoute.
Le
regard, comme toujours, est tout à fait perçant. Et j'ai trouvé quelqu'un, évidemment... Vous savez, quand vous allez à une audience privée, il y a tout un protocole particulier. Vous vous préparez, en quelque sorte, à voir
ce personnage.
Puis après, vous avez des entretiens. C'était le président du Sénat qui avait des entretiens. Puis après, la délégation a été élargie. Et
moi,
j'ai ressenti quelqu'un à la fois de lumineux, de serein et qui prêtait beaucoup d'attention à ce qu'on lui disait, aux questions qu
'il
nous posait. Avec déjà un effort qu'il avait fait pour parler en français. Je pense que nous allons être très surpris, puisqu'au départ, on pensait qu
'il
ne parlait pas français. Nous,
il
nous a déjà parlé en français. Je crois qu
'il
va parler encore beaucoup mieux en français, cette fois-ci.
Il a une grand-mère normande.
Il a une grand-mère normande. Il a des ascendances en Louisiane, en Guadeloupe. C'est un mélange qui, quand même, sent bon la France, quelque part, même si tout ça date d'un certain temps. Et puis ce nom prévôt, qui est quand même un nom de chez nous.
–
Sa venue n'est pas une visite d'État, mais une visite apostolique. Pas de dîner, donc du coup, d'État avec Emmanuel Macron, dont il a refusé qu'il lui présente également personnellement les travaux de Notre-Dame. Il y a une brouille entre Emmanuel Macron et le pape
? – Une
brouille, je n'en sais rien. Il y
a
un vrai différent politique que le pape du reste avait évoqué auprès du président Larcher quand nous l'avons vu, à savoir la loi de fin de vie. Il y a quand même eu un texte qui a eu le soutien très large du président de la République et qui vise, quelque part, on va faire court, à réintroduire un peu l'euthanasie dans notre droit français. Et ça, l'Église est… –
Ça ne figure pas
tel quel dans le texte.
– Voilà, l'Église ne peut être que contre. Et donc là, je pense qu'il y a une difficulté, j'allais dire, politique. Je ne pense pas qu'il y a des difficultés personnelles parce que ce n
'est
pas le genre du pape et je ne pense pas que c'est le genre du président de la République. Mais en l'occurrence, il y a des différents, oui, qui peuvent exister. –
Sur la fin de vie, sur l'IVG dans la Constitution
?
–
Sur l'IVG dans la Constitution, cela avait déjà été une première difficulté qui avait été très mal ressentie. et on a vu tout au long de la discussion et les différentes étapes à l'Assemblée nationale Sénat sur la fin de vie, que l'Église de France, mais même Rome, ont alerté les parlementaires qui étaient en responsabilité d'examiner ce texte. Et là, il y a une position qui est très différente. Et
je pense que
le pape va en dire un mot parce que, d'abord, le thème de son voyage,
c
'est le monde… –
Pour que le monde ait la vie. –
Pour
que le monde ait la vie, il
y a
un double sens
dans
ce mot. Il y
a
un double sens.
– C'est un
message envoyé à Emmanuel
Macron ? – Je pense,
je pense. Ça
n'est
pas arrivé par hasard.
– Est-ce que vous comprenez, du coup, qu'Emmanuel Macron n'assiste à aucune des masses
? –
Écoutez, c'est son choix. Il y avait plusieurs possibilités. On est dans un État laïque, donc il n'y avait pas d'obligation, mais il aurait pu y avoir une présence respecteuse. Madame Macron sera présente, le Premier ministre sera présent. Bon, alors après, toutes les interprétations sont possibles. Voilà, c'est… En revanche, la République va faire ce qu'elle doit faire, l'accueil au Palais de l'Élysée. Le Président de la République sera aussi dans la dimension beaucoup plus géopolitique, dont on dira peut-être un mot à Metz, parce que Metz est aussi un vrai symbole.
Mais
bon, après, il
y
a un choix qu'a fait le Président de
la
République. Je le respecte. –
Mais pourtant, Emmanuel Macron, au début de ses mandats, on était en 2018, il a prononcé un discours au Collège des Bernardins, prononcé devant la Conférence des évêques de France, au cours duquel il avait appelé à réparer le lien abîmé entre l'Église et la République. Il était un Président papophile. Comment, du coup, on en est arrivé à cette situation ? C'est uniquement la fin de vie, les textes qu'il a défendus
? – Je
n'ai pas, en vérité, de renseignements très précis sur ce qui a pu se passer. Je crois qu'effectivement, il y a aussi un petit différent sur l'organisation de cette visite, car l'Élysée souhaitait une visite d'État. Une visite d'État, c'est un chef d'État avec un certain nombre de moments, de rites qui ne convenaient absolument pas à un pape, d'une manière générale, et à celui-ci en particulier. Bon, que le pape, à son arrivée, passe les troupes en revue alors qu'il va tenir un langage de paix, je pense que c'était un peu décalé. La décoration qu'on voulait lui remettre, le pape ne reçoit pas de décoration. Et le dîner d'État, le pape n'a sans doute pas souhaité venir banqueter à Paris.
Bon, voilà. Alors, est-ce que tout ceci a entraîné des petits agacements dans les entourages
? Je
pense que le sens et la signification de tout ça, et pour le président de la République, et pour le pape, et pour la France, est quand même ailleurs.
600 000 personnes, on le disait, attendues pour la
messe à Paris, minimum. Alors, c'est
un peu compliqué. Il faut s'inscrire avant, Laurent Nunez l'a redit hier, si vous n'avez pas le QR
code,
vous
ne pourrez pas y aller. Ils
pourront venir aussi. C'est les instructions qui ont été données hier.
Bon, parfait. 150 000 personnes à Londres. Tout ça pour dire que… Lourdes. À Lourdes, pardon. La ferveur catholique, elle est toujours présente, même si on est un peu loin des chiffres de Jean-Paul II. Jean-Paul II, quand il était venu à Paris, c'était au JMJ, au Journée Mondale de la Jeunesse, en 1997, il y avait 1,2 million de
personnes.
Mais c'est plus que Benoît XVI, qui en 2018 avait réuni 260 000 fidèles. Il y
a
un regain de ferveur catholique ?
Je crois que c'est peut-être, du reste, le motif fondamental de l'avenue du pape. C'est ce qu'a raconté la semaine dernière le cardinal Avelline, l'archevêque de Marseille, où il a fait part de l'interrogation du pape sur le regain de foi, notamment parmi les jeunes qui se rassemblent. Vous avez vu que ce qui va se passer vendredi soir au Stade de France, 80 000 places, elles ont été réservées en deux heures, ce qui montre quand même un afflux. Il y a des milliers d'autres jeunes qui souhaitaient entrer. Et par ailleurs, il y a une progression tout à fait extraordinaire qui s'est multipliée par trois du nombre de catéchumènes,
c
'est-à
-dire
d'adultes, qui demandent le baptême. Plus
de 28
%.
Voilà. Alors qu'il y a eu quand même une vraie crise du catholicisme en France. Ça avait commencé, du reste, par la parole de Jean-Paul II. France, qu'as-tu fait de ton baptême ? Et puis il y a eu cette crise des abus sexuels qui a quand même porté une très lourde atteinte sur l'Église catholique en général, en tous les cas sur ceux qui en avaient été les auteurs. Et puis il y a en France, comme du reste dans d'autres pays d'Europe, une forme de désaffection pour le culte, la présence à la messe, etc. Et puis il y a ces phénomènes nouveaux. De plus en plus de jeunes sont intéressés.
On voit par exemple à la Pentecôte le pèlerinage à Chartres qui maintenant devient une institution et emmène à pied des milliers de jeunes vers la cathédrale de Chartres. Il y a ces baptêmes. Donc il y a une interrogation. Et le pape se dit que, enfin se dit, j'imagine qu'il se dit que la France n'est pas totalement perdue pour le catholicisme et qu'il y a peut-être un renouveau qui t'en passe de naître. Et puis je crois que le pape arrive aussi à un moment où d'abord ce pays est quand même dans une situation un peu particulière, se demande quel est son avenir. Nos jeunes, on le voit dans nos communes, ils cherchent un sens à leur vie.
Ce rassemblement, ils ne savent plus très bien avec cette irruption de l'IA, des réseaux. Ils ont en fait tous les jours une pensée déjà toute prête à servir. Et ils s'interrogent aussi sur ce qu'ils sont venus faire sur Terre et ce qu'ils vont devenir. Et je pense qu'une autorité morale comme le pape qui va élever le débat, il va dire des choses. Il va dire des choses.
Donc je crois
que cette visite a un intérêt, c'est un honneur pour notre pays, mais c'est aussi un intérêt pour l'instant ou dans la situation dans laquelle se trouve notre pays.
Et
on le disait, des centaines de milliers de fidèles attendus avec des questions forcément qui se posent en termes de sécurité. Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, était l'invité hier du 20h de France.
Il y aura
évidemment un barriérage, il y aura une bulle de protection autour de la Papamobile. Donc voilà, tout ça,
ce
sont des dispositifs que nous avons l'habitude de mettre en place. Il y aura donc un dispositif de protection à la fois à terre, autour du Saint-Père, dans le public évidemment. Et puis aussi, on pense évidemment au point haut où il y a des tireurs de précision qui seront disséminés sur certains points. Il n
'y a
pas de menace caractérisée sur la visite du Saint-Père.
Vous n'avez pas reçu de
menace particulière ?
Il n'y a
pas
de menace caractérisée, mais il y a toujours évidemment une attention permanente des services de police, et notamment aussi en amont des services de renseignement. On n'a pas détecté de menace particulière, mais il y aura un gros dispositif policier de protection.
Qu
'est-ce que vous en dites
?
Je trouve que c'est plutôt bien. La visite coûte évidemment beaucoup d'argent, 27 millions, mais l'immense majorité de cette somme est couverte par l'Église catholique et par les dons qui affluent. On a tous été sollicités pour participer à cette fête. Il faut bien évidemment, quand on reçoit un pape et que des centaines de milliers de gens vont l'entourer, il faut qu'il y ait des écrans,
il
faut qu'il y
ait
des barrières, il faut qu
'il
y
ait
un service d'ordre. L'État prend sa part de responsabilité, qui
est
la sécurité.
Sur la sécurité, voilà. 14 000 forces de l'ordre mobilisées. Est-ce que vous comprenez qu'il y a quand même des interrogations en période de restrictions budgétaires sur le coût que ça va mobiliser
?
Oui,
mais globalement, encore une fois, les comptes vont être publiés parce que l'Église de France a dit qu'elle mettrait tout sur la table. La plus grande partie de ces sommes sont à la charge de l'Église de France et c'est du reste tout à fait normal. Maintenant, un État comme la France doit prendre en charge la sécurité. Vous savez, quand Donald Trump vient en France, si vous voyez ce qui est dépensé, je peux vous dire que c'est certainement tout autant si ce n'est plus. Imaginez à l'inverse ce qui se passerait si une tentative risquait de mettre en péril la vie du pape ou celle de sa suite. On aurait l'air malin vis-à-vis du monde.
Je pense qu'on doit faire notre devoir, rien que notre devoir. Et puis, il
y
a la sécurité des pèlerins, des gens qui vont être là aussi. Ce sont des Français, ils ont le droit d'être tenus en sécurité. Et
après deux jours à Paris, on le disait, le pape se rendra donc à Lourdes. On va en parler avec Pauline de Torsiac. Bonjour, merci d'être avec nous. Journaliste à RCF Notre-Dame. Pauline, la visite du pape à Lourdes, forcément, elle est très symbolique.
Oui,
la visite du pape à Lourdes, vous avez raison, elle est très symbolique parce
que
Léon XIV se rend, il va aller d'abord vers la grotte. Il va arriver samedi soir. Après, vous l'avez dit, une étape très intense à Paris où il y a évidemment beaucoup de rendez-vous. Et là, il va se recueillir devant la grotte où la Vierge Marie est apparue à Sainte-Bernadette. Et il y va comme un pèlerin, il va toucher la pierre de la grotte, il va boire un verre d'eau, l'eau de Lourdes, l'eau miraculeuse. Il va faire un petit peu comme tous les pèlerins et tous les malades qui viennent par millions chaque année se recueillir à Lourdes. Donc ça, c'est la première étape qui est assez importante. Et puis,
il
va rencontrer aussi des malades. Le lendemain, 500 malades, ça va être évidemment un moment où il y aura beaucoup d'émotions.
Et un mot, parce que Pauline, c'est important, mais on va insister, Léon XIV, il a prévu de rencontrer les victimes d'abus sexuels au sein de l'Église.
Exactement. Ça, c'est une étape qui va être très importante. Il va rencontrer sept victimes d'abus sexuels dans l'Église, ça sera dimanche après-midi. Et alors,
on
lui a reproché de rencontrer que sept victimes. Mais lui, pour lui, c'était important d'avoir une rencontre plus intime, plus personnelle, interpersonnelle avec les victimes d'abus sexuels pour discuter avec elles, les écouter. Il avait déjà fait ça, d'ailleurs, en Espagne. On se souvient qu'il avait rencontré aussi des victimes d'abus sexuels cis, je crois. Et en fait, c'est à la fois une volonté d'écouter, de dialoguer avec elles.
Elles
seront assez représentatives de toutes les victimes d'abus sexuels.
Il
y aura d'ailleurs une des victimes de Bétarame,
vous
savez, cette école catholique qui est dans la région, dans le Béarn, où il y a eu pas mal de scandales d'abus sexuels. Et en fait, ce qui est intéressant aussi, c'est quand on regarde l'impact que ça peut avoir, ces rencontres avec ces victimes, on peut voir qu'en Espagne, par exemple, derrière, ça a permis à des personnes de finalement faire des signalements, une cinquantaine de signalements qui n'avaient pas été faits.
Donc
voilà, ça libère aussi la parole et en ce sens, c'est aussi important.
Merci beaucoup. Merci Pauline Dautorsiak d'avoir été avec nous, journaliste à RCF Notre-Dame Christian Cambon. C'était important qu'il rencontre aussi les victimes d'abus sexuels. On rappelle juste les chiffres de la SIAZ, la commission indépendante sur les abus sexuels à l'Église, 216 000 victimes mineures d'agressions sexuelles ou de viols commis par des religieux.
Tout à fait, tout à fait. Ça a été un volet absolument dramatique dans l'histoire de l'Église de France. Ça
a
blessé du reste tous les catholiques de savoir que des pratiques avaient eu lieu. Je pense que le pape, en accueillant avec discrétion et tact une délégation, le fait comme il convient de le faire. Il considère aussi que c'est un problème que chaque Église nationale a à régler. En l'occurrence, l'Église de France qui l'a fait avec la commission de Jean-Marc Sauvé. Il y
a
eu beaucoup d'indemnisations. Ça a coûté du reste très cher à l'Église catholique et à la fois en réputation et en argent puisqu'il y
a
eu des dommages et intérêts. Je crois que le pape a tout à fait raison de faire ça. J'observe du reste que pendant son voyage, il va consacrer du temps aux malades, le fait d'aller voir les malades. Il va aussi visiter à Paris un centre d'accueil pour migrants. Il y a des gestes comme ça qui ne font pas l'objet de commentaires importants, mais qui, de mon point de vue, sont très importants dans le contenu de ce voyage qui n'est pas uniquement de la montre et des foules. Il y a aussi des moments où le pape vient à la rencontre de ce qu'est la France et de ce qu'est l'Église de France avec tous ses travers, toutes ses difficultés.
Et puis aussi les évêques, il va rencontrer à Notre-Dame, aussi tous les évêques. Je pense que ce voyage a été bien construit et puis il y aura évidemment la partie de Metz.
Et on va en parler tout de suite. Le pape qui doit prononcer un discours sur la paix en Europe. Audrey, ce sera lundi à Metz en présence des chefs d'État et de gouvernement européens et des représentants des institutions. Il enfile là sa casquette de leader politique ?
Un discours qui sera forcément scruté, d'autant que Léon XIV l'a prouvé ces derniers mois. Il assume de prendre part au débat international. Sur l'Ukraine, il demande un cessez-le-feu. Il s'enquiert du sort des Palestiniens à Gaza. Il appelle à désarmer l'intelligence artificielle. Et face à son compatriote Donald Trump, il assume de parler guerre et diplomatie. Ce qui a déjà donné lieu à des échanges musclés à distance entre les deux hommes, c'était en avril dernier à propos de l'Iran. Écoutez.
On
m'a dit que le président Trump a récemment déclaré qu'il souhaiterait mettre fin à la guerre. Espérons qu'il cherche une porte de sortie.
Je
ne suis pas un grand fan du pape Léon. C'est quelqu'un de très libéral et c'est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité.
Je
n'ai peur ni de l'administration Trump ni de parler haut et fort du message de l'Évangile.
Nous
ne sommes pas des politiciens.
Nous
ne cherchons pas à faire de la politique étrangère, comme ils l'appellent. Mais je crois que le message de l'Évangile, la leçon des artisans de paix, est le message que le monde a besoin d'entendre aujourd'hui.
Alors
vous l'avez entendu, le pape estime qu'il n'est pas un politicien. D'ailleurs, pour sa visite en France, vous l'avez dit, il a décliné plusieurs éléments du protocole d'une visite d'État. La Légion d'honneur, le dîner présidentiel, il n'empêche, il est un chef d'État, un petit État, certes, le Vatican. Et puis là aussi, une force diplomatique. Ses faits et gestes sont scrutés par 1,4 milliard de fidèles. Alors là, il va faire son discours à Metz, son discours sur l'Europe. Il n'a pas forcément beaucoup évoqué l'Europe. Qu'est-ce qu'il peut dire ?
Je
pense qu'il va tenir un discours très fort, qui va être un discours à la fois pour la paix, car n'oublions pas que c'est l'équation personnelle de ce pape. Ce sont ses premiers mots. Sitôt, son élection, lorsqu'il apparaît au balcon de Saint-Pierre, il dit « la paix soit avec vous ». Et il le répétera dans de plusieurs langues, et dans tous ses voyages, il en fait un fondement. Et je pense que dans les temps que nous vivons, où quand même les conflits se multiplient tous les jours, on ne voit aucun espoir ni en Ukraine ni au Moyen-Orient, mais on pourrait parler de l'Afrique, du Darfour, etc.
Heureusement que nous avons dans ce monde un homme qui ne représente effectivement pas les intérêts politiciens des uns et des autres, et qui dit « entendez-vous ». Et le choix de Metz est très important, puisque Metz est très marqué par la personnalité de Robert Schumann.
Un des artisans
de… Robert Schumann, qu'est-ce qu'il a fait avec le chancelier Adenauer et avec de Gasperi, l'italien ? C'est trois démocrates chrétiens qui avaient connu l'Europe des frontières qui bougeaient. Je rappelle que Robert Schumann est né, il était allemand quand il est né. Et de Gasperi, il a siégé au Parlement austro-hongrois avant de devenir président du Conseil italien. Donc ce sont des hommes qui ont connu le temps des empires. Et ils se sont réunis ensemble pour dire « assez la guerre, et on va essayer de construire la paix, mais non pas pour que les combats s'arrêtent, mais pour que les gens coopèrent ensemble ».
Et
le grand, de mon point de vue, le grand héritage que nous laisse Robert Schumann, et que peut-être le pape va rappeler, c'est pas simplement arrêter la guerre, mais essayer de travailler ensemble, essayer de construire ensemble. Ce qu'avait fait Robert Schumann avec le charbon et l'acier, parce que le charbon et l'acier, c'est un élément de guerre, c'est ce qui permet de construire des armes, et c'était l'idée, si on le fait ensemble, si on produit ensemble l'acier et le charbon, on n'ira plus vers la guerre de pays
pour pour pays. – Mais il y a besoin de ce
message aux dirigeants européens ?
– Je pense, je pense, oui. Je pense qu'il y a besoin de ce message. Le message du reste, il va aller au-delà de l'Europe, il va s'adresser au monde. Le pape, il va choisir effectivement cet endroit pour parler aux Européens, parce que l'Europe pensait vivre depuis près de 80 ans la paix, s'aperçoit que la guerre est quand même à 3 heures de Paris. Et personne ne sait aujourd'hui comment la guerre en Ukraine se terminera. Et le pape est une voix, c'est une voix très forte, elle rayonne beaucoup, mais on a besoin de ces hommes-là. Il y a tellement de dirigeants qui n'ont que des discours de guerre, que des discours de violence.
Il faut que cet homme-là soit entendu, et je trouve que le choix de Metz est un choix vraiment très subtil.
– Il faut canoniser Robert Schumann
? –
Écoutez, je ne siège pas dans l'instance à Rome.
– Non, mais le pape
François…
– Oui, alors… – …avait un peu
lancé le processus, il l'a déclaré vénérable en
juin 2021. – Il l'a déclaré
vénérable, il faut expliquer, parce que vénérable, ça peut avoir plusieurs appellations, mais en l'occurrence, c'est le début d'une procédure. C'est-à
-dire,
ce qu'il faut se souvenir, on ne parle plus tout à fait maintenant aux jeunes de qui ont été ces hommes. On doit à Robert Schumann, comme on le doit à Jean Monnet, à Danoër, etc., la constitution d'une vraie Europe. C'était un très grand chrétien et un très grand catholique, et qu'il l'a fait avec énormément de modestie. Donc, il a mis, si vous voulez, ce qui est intéressant et ce que le pape a voulu souligner en choisissant Messe, c'est qu'il a présenté l'exemple d'un homme qui vit son catholicisme et qui le met au service de la paix. Et ça, c'est bien, parce que M. Poutine, il va faire tout un tas de signes de croix, vous l'avez vu, dans des églises orthodoxes.
Le président Trump n'arrête pas lui non plus de montrer des signes vis-à
-vis
des évangélistes. Est-ce que ce sont des hommes de paix ? C'est ça, le sujet.
Et
d'autant qu'il
y a
un pape, Audrey, qui a joué un rôle
politique majeur dans l'histoire. Oui, le Polonais Jean-Paul II a été l'un des visages de la chute du communisme qui renforce l'idée que le pape pourrait être un leader politique. En 1979, un an après son élection, il retourne dans son pays et appelle les Polonais à ne pas oublier leur identité, leur liberté et leur dignité. Vous voyez ici une image, c'était en 1979. Un an plus tard, né le syndicat Solidarnosc, le grand syndicat indépendant qui défie le régime communiste. Jean-Paul II lui apporte à l'époque son soutien moral. Alors certes, il n'a pas fait chuter le communisme à lui tout seul, mais il a contribué à créer un climat moral spécifique.
Selon vous, est-ce que le pape est un leader politique
? Il
est un leader politique au bon sens du terme.
C
'est-à-dire, ce n'est pas un leader politicien, mais c'est un leader qui, par son importance, par le nombre de personnes qu'il représente, 1,4 milliard, il y a peu de gens qui… Enfin, si,
il
y
a
peut-être le chinois, mais enfin pas dans un tout autre contexte. Mais moralement, il n'y a aucune personnalité qui a cette importance. Donc, c'est un observateur très attentif. Je rappelle, puisqu'on parlait tout à l'heure de la diplomatie vaticane, moi j'ai rencontré à plusieurs reprises le cardinal secrétaire d'État du Vatican, c'est l'État le mieux renseigné au monde, puisque depuis le petit curé de campagne jusqu'au Saint-Siège, il y
a
une espèce de chaîne de renseignement qui fait qu'il savent exactement ce qui se passe dans le monde. Et donc, je pense que le pape a un rôle qui est très difficile, parce que les églises ne sont pas les mêmes. L'église américaine du Nord n'a rien à voir avec l'église d'Amérique du Sud, qui ne ressemble pas vraiment à l'église d'Afrique. Et je crois qu'il porte tout cela, et que son rôle est attendu. Du reste, à plusieurs reprises, ça
n
'a pas été accepté. Mais il avait proposé que le Vatican serve de lieu de négociation entre la Russie et l'Ukraine, par exemple.
–
Juste un dernier mot, Christian Cambon, et ça va faire le lien avec ce qu'on est en train de dire, c'est une phrase du cardinal Bustillot qui dit « Jean-Paul II a réveillé l'Est, je pense que le pape Léon va réveiller l'Ouest et l'Occident ». Vous êtes d'accord avec ça ?
– Oui, je suis tout à fait d'accord, parce que plus que jamais, l'Ouest et l'Occident ont besoin de retrouver le chemin des valeurs, des valeurs de vie commune, des valeurs religieuses aussi pour ceux qui se sentent concernés. Et je pense qu'on a besoin dans ce monde qui est d'une violence absolue, où l'intelligence artificielle va remplacer nos cerveaux bientôt. Il faut qu'effectivement, des hommes, et du reste, la seule encyclique que le pape ait publiée, c'est sur l'intelligence artificielle, ce qui montre qu'ils sont vraiment très attentifs à ce qui se passe. Ce ne
sont
pas des gens qui vivent dans des palais avec des tableaux et des croix, ce sont des gens qui savent très bien ce qui est en train de se passer dans le monde. Et ils essayent
de
nous donner un chemin. Vous savez, c'est comme le pêcheur, la nuit, il sait où sont les étoiles. Alors, il peut suivre l'étoile ou il peut partir à l'autre sens. Mais il sait qu'il
y
a des étoiles qui montrent le chemin. Je pense que le pape,
c
'est un petit peu son rôle.
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Christian Cambon