ENFANTS ET ENSEIGNANTS ABANDONNÉS PAR LE GOUVERNEMENT
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« Nous proposons une réouverture très progressive des maternelles et de l’école élémentaire à compter du 11 mai. »
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« On a constaté qu’il n’y avait pas de savons, sachant que c’est quand même un des premiers gestes barrières préconisé auprès des enfants, c’est le lavage régulier des mains. »
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« Pas question pour ces 316 maires d’Île-de-France de rouvrir les écoles le 11 mai prochain. Une date intenable, irréaliste selon eux. »
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« Depuis le 11 mai, les écoles ont rouvert. Un million d’élèves ont ainsi retrouvé les bancs de l’école, la semaine dernière. »
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« Ce déconfinement avait été décidé unilatéralement par Emmanuel Macron, au mépris des recommandations de son propre Conseil scientifique. »
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« Le lundi matin c’était la pré-rentrée. Donc c’était l’ensemble des enseignants qui devaient se réunir pour discuter de problématiques pédagogiques et certainement pas de la manutention dans les écoles. »
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« Ils ont été neutralisés heureusement. Mais ils n’ont pas été remplacés par du matériel utile. On n’a pas de lingettes désinfectantes. »
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« La définition même de l’ayant-droit n’est pas claire. »
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« Il n’y avait pas à ce jour assez de gel et de gants pour toutes les classes. »
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Nous proposons une réouverture très progressive des maternelles et de l’école élémentaire à compter du 11 mai. Partout sur le territoire et sur la base du volontariat. Si l’annonce d’une réouverture soulage de nombreux parents, les réactions du corps enseignant sont prudentes, et pour certains syndicats, il s’agit d’une réouverture bien prématurée.
On a constaté qu’il n’y avait pas de savons, sachant que c’est quand même un des premiers gestes barrières préconisé auprès des enfants, c’est le lavage régulier des mains. Ils dénoncent un déconfinement à marche forcée. Pas question pour ces 316 maires d’Île-de-France de rouvrir les écoles le 11 mai prochain.
Une date intenable, irréaliste selon eux. Depuis le 11 mai, les écoles ont rouvert. Un million d’élèves ont ainsi retrouvé les bancs de l’école, la semaine dernière.
Ce déconfinement avait été décidé unilatéralement par Emmanuel Macron, au mépris des recommandations de son propre Conseil scientifique. C’est pour moi, une priorité. Incompétence, inconséquence ?
Les deux ? En fait, c’est aussi au niveau local que ça se joue. La décision de rouvrir les écoles est à la discrétion des mairies.
Et c’est aussi sur la base du volontariat que les parents peuvent décider ou non de remettre leurs enfants à l’école. Par conséquent, les écoles ne rouvrent pas au même rythme, ni dans les mêmes conditions. A Vincennes par exemple, la maire UDI Charlotte Libert-Albanel a voulu faire vite et rouvrir les écoles dès le 12 mai, après seulement une journée de pré-rentrée pour mettre en place un protocole sanitaire pourtant fastidieux.
Écoutez le témoignage de Lucie Antolini, enseignante dans cette commune. Vincennes elle fait partie des 17 communes sur les 47 que compte le Val-de-Marne qui ont décidé de reprendre cette semaine. Malgré, effectivement, le classement en zone rouge.
Sachant que le 94 a été un des plus touchés. Cette rentrée s’est faite dans la précipitation qui a laissé peu de temps à la préparation et encore moins à la concertation. Ça fait qu’une organisation un peu responsable de cette rentrée n’a pas pu se faire du point de vue sanitaire, n’est pas au rendez-vous pour nous.
Le lundi matin c’était la pré-rentrée. Donc c’était l’ensemble des enseignants qui devaient se réunir pour discuter de problématiques pédagogiques et certainement pas de la manutention dans les écoles. Or ce qui s’est passé c’est que le lundi matin les collègues se sont retrouvés face à des écoles, où il n’y avait strictement rien.
Pas de matériel, pas de mise en place des marquages au sol, des sens de circulations. Donc en fait c’est les collègues et les directeurs qui se sont retrouvés avec deux rouleaux de scotch que leur avait gracieusement livrés la mairie le matin même, pour faire le marquage au sol. On a constaté qu’il n’y avait pas de savon, sachant que c’est quand même un des premiers gestes barrière qui est préconisé auprès des enfants, c’est le lavage régulier des mains.
Il y avait également des essuie-tout en tissu. Sachant que c’est ce qu’il y a de pire comme vecteur de bactéries et de virus. Ils ont été neutralisés heureusement.
Mais ils n’ont pas été remplacés par du matériel utile. On n’a pas de lingettes désinfectantes. Et ce qui a été livré, en réalité, à défaut de savons c’est des bidons de gels hydroalcooliques de 5 litres, qui ont été distribués dans les écoles le jour de la pré-rentrée, lundi.
Ainsi que des rouleaux de papier déchirables. Dès les premières utilisations du matériel les enseignants ont constaté que le gel, dont la composition était inaccessible parce qu’il n’y avait pas d’étiquette sur le bidon, dégageait une odeur extrêmement forte et incommodante qui laissait une pellicule visqueuse sur les mains, ce qui fait qu’on a pas du tout envie de l’utiliser et encore moins envie d’en enduire les enfants. Et les rouleaux de papier en réalité ne sont pas prédécoupés donc pour s’en servir ça nécessite une manipulation, ils sont quasiment aussi gros que les enfants.
Puisqu’on parle d’autoritarisme, un point en particulier nous a semblé curieux. L’Inspectrice de l’Éducation Nationale de la circonscription de Vincennes-Saint-Mandé, dans le cadre d’une réunion officieuse avec la maire de Vincennes et les directeur des écoles, aurait parlé “d’abolir le droit de grève” pour les enseignants. On nous a d’emblée, en date du 6 mai, adressé à toutes les écoles, un mail pour nous prévenir d’une certaine façon et nous on a été choqués, de trouver dans ce texte une mise en cause claire et nette des droits constitutionnels que sont le droit de retrait et le droit de grève.
C’était un compte-rendu d’une réunion qui avait lieu entre la mairie de Vincennes et l’IEN, et les directeurs. Il a été mis en avant les problématiques que pouvaient rencontrer beaucoup d’enseignants, sur le fait de pouvoir être présent ou pas. Par réticence, qui paraît légitime, par rapport au fait de pouvoir appliquer, oui ou non, ce protocole et du coup d’être responsable de sa non-application auprès des enfants.
Il y a eu un certain nombre de discussions sur ce qui pouvait être toléré au pas et donc nous on a vu le 6 mai que de toute façon, étant donnée la période, il n’était pas question d’exercer un droit de retrait, ni un droit de grève. On reproche également à la maire de Vincennes une forme de clientélisme. Les “ayant-droit” sont les enfants de médecins, de policiers, de pompiers, jugés nécessaires à la lutte contre le Covid-19, et qui peuvent “de droit” être accueillis à l’école même s’ils ne sont pas dans les classes concernées par la réouverture.
Sauf que dans notre petite bourgade cossue du 94, ce n’est pas tout à fait comme ça que ça se passe. Ce qui se passe c’est qu’à Vincennes, comme dans d’autres communes ce sont les grandes sections, les CP, les CM2 qui sont accueillis en demi-groupes. Et ce qu’on appelle les “ayant-droit”, c’est à dire au départ les enfants dont les familles travaillent pour la lutte contre le covid-19 et les enfants décrocheurs en difficulté.
Moi j’ai été hier à l’école et j’ai constaté quelque chose, c’est que ces enfants en difficulté ils n’étaient pas là. C’est Madame Albanel, la maire de Vincennes, qui a décidé que les priorités elles étaient libres d’interprétation, et clairement c’est pas les enfants en difficulté qui font partie de sa priorité. Les enfants en difficulté ne sont pas plus prioritaires que les élèves dont les parent souhaitent simplement qu’ils retrouvent les bancs de l’école pour des raisons de convenances personnelles.
La maire finalement répond à des ambitions qui sont plus électorales et clientélistes que de se soucier du bien municipal ou quoi que ce soit. Il faut dire que la définition même de l’ayant-droit n’est pas claire. C’est ce que nous explique William Gêne, professeur des écoles remplaçant exerçant en Seine-Saint-Denis.
On doit tenir compte de la profession des parents, on doit tenir compte du décrochage scolaire. Décrochage, dans le sens où ils n’ont pas réussi dans la période du confinement à se connecter et à suivre l’enseignement à distance. Et aussi tenir compte de la situation de certaines familles, parce qu’il y a des familles monoparentales.
Alors des fois il n’y a qu’un parent qui travaille. Mais qui n’exerce pas forcément une profession prioritaire. Et là encore voilà comment on fait ?
Donc on a dû combiner entre ces trois critères-là. Et c’est très compliqué. William, que vous venez d’entendre, exerce en remplacement dans une école située à Villemomble.
Et dans cette commune du 93, la gestion des protocoles sanitaires et de la réouverture des écoles est diamétralement opposée à ce qu’on a entendu de Vincennes. Écoutez. Le maire de Villemomble est l’un des signataires de la fameuse tribune de l’association des maires d’Île-de-France, Les maires demandaient au président Emmanuel Macron le report de la réouverture des écoles le plus tard possible.
Voire même en septembre. Il a décidé de reporter la réouverture des écoles au 25 mai. Mais il a maintenu deux jours de pré-rentrée donc le 11 et le 12.
Par rapport au protocole il y a des choses qui ne sont pas encore tout à fait en place. Il nous manque des équipements de sécurité. Juste comme ça pour vous donner un ordre d’idées, la directrice nous a dit lors d’une réunion en visioconférence qu’il n’y avait pas à ce jour assez de gel et de gants pour toutes les classes.
Pour notre professeur remplaçant, les mesures barrières sont trop difficiles à mettre en œuvre, surtout avec les maternelles. Ce d’autant que, comme il nous l’explique, il est sur deux remplacements en même temps. Ils n’ont pas du tout conscience ni des distances physiques, ni des gestes barrières et même nous, enseignants, ça nous met dans une position délicate.
Imaginez par exemple un enfant qui pleure, un enfant qui va courir vers nous pour nous voir, qui aura envie de se moucher, qui va se blesser. Naturellement c’est très compliqué de ne pas se rapprocher de l’enfant ou même de l’accompagner ou de lui tenir la main. Comme je suis brigade, on se posait la question : “mais est-ce que les brigades vont être sollicitées pour remplacer dans d’autres écoles lorsqu’il y aura des prof absents ?”.
Moi j’ai eu la réponse hier puisque j’ai été contacté par la circonscription pour faire un remplacement éventuellement tous les lundis et mardis dans une école maternelle. Je m’inquiète parce que je me dis que quand même je vais dans deux écoles différentes la même semaine. J’espère ne pas être vecteur...
Un flou artistique auquel le gouvernement nous avait habitués depuis le début de cette crise. Mais peut-être pas à ce point-là… Plusieurs maires d’Île-de-France, dans une tribune publiée le 3 mai chez nos confrères de La Tribune, avaient pourtant averti le gouvernement. “Tout cela ne s’improvise pas du jour au lendemain”, expliquaient-ils. “Comment choisir entre les enfants ?”, ajoutaient-ils également au sujet du volontariat annoncé par Edouard Philippe.
Des soucis qui se posent bel et bien, et qui ne laissent pas d’inquiéter. Selon l’OMS, nous sommes loin d’être tirés d’affaire. En fin de semaine dernière le bilan quotidien était reparti à la hausse.
Et 25 nouveaux foyers d’épidémie se sont déclarés en France.