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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 14 mai 2025 23 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesImmigration & asileEurope & international

Après l'interview d'Emmanuel Macron, "un sentiment d'impuissance"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:46OuverteRéponse partielle

    Quelle image vous a laissé Emmanuel Macron hier soir ?

  • 2:33OuverteRéponse partielle

    Pour commencer, rapide tour de table, quelle image vous a laissé Emmanuel Macron hier soir ?

  • 3:16OuverteRéponse partielle

    Mais est-ce que vous comprenez pourquoi il a voulu prendre la parole ?

  • 4:59OuverteRéponse partielle

    Le référendum, on va en parler. Cette fameuse carte joker qu'il se garde depuis des années.

  • 6:43RelanceRéponse partielle

    Est-ce que le problème n'est pas qu'on analyse la parole du président comme s'il ne s'était rien passé ?

  • 8:06OuverteRéponse partielle

    Le référendum, cette fameuse carte joker qu'il se garde depuis des années.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:52InvitéFait
    « J'avoue que j'ai eu des réminiscences à la fois de François Mitterrand et de Jacques Chirac. »
  • 1:23InvitéFait
    « C'était effarant. »
  • 1:30InvitéFait
    « Je disais Mitterrand pour contre le chômage, on a tout essayé. »
  • 1:41InvitéFait
    « Moi, j'ai trouvé qu'Emmanuel Macron, pas le président de la République, mais Emmanuel Macron a quand même une mécanique intellectuelle assez formidable. »
  • 2:00InvitéFait
    « Et après, hélas pour lui, le président, la mise en scène fait que sa parole a une certaine force sur la politique internationale, Ukraine, Israël, une honte, ce que fait le gouvernement Netanyahou. »
  • 2:53InvitéFait
    « C'est-à-dire que le président est venu avec une liste de courses au gouvernement, TVA social, chantier de simplification, etc., etc. »
  • 3:32InvitéFait
    « C'est qu'au fond, il y a une croyance erronée et un non-dit. »
  • 4:02InvitéFait
    « Et la croyance erronée, conjouée volontairement ou non ses interlocuteurs, je pense à Sophie Binet en particulier, lui disant, est-ce que vous allez nationaliser Arcelor ? »
  • 4:20InvitéFait
    « Sous la cinquième, un président avec pouvoir aurait dit, « Je demande au gouvernement de faire une loi et à mes députés élus sur mon nom au lendemain de la présidentielle de voter un texte ». »
  • 4:34InvitéFait
    « le président Macron tombe à pieds joints dans le piège allègrement « Je ne vais pas nationaliser Arcelor ». »
  • 5:09InvitéFait
    « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. »
  • 5:47InvitéFait
    « A force de vouloir défendre son bilan, il a l'air de découvrir, par exemple, la concurrence déloyale de la Chine. »
  • 6:57InvitéFait
    « Alors, c'est tout à fait le cas, mais le président avait quand même un atout majeur dans son jeu, qui était l'arme du référendum. »
  • 8:16PrésentateurFait
    « il a eu cet aveu tout de même, Emmanuel Macron, je ne suis pas un homme orchestre, ce n'est pas le président de la République qui fait les choses, et encore moins depuis juillet dernier. »
  • 8:22InvitéFait
    « Bah, qu'il a raison. Encore moins depuis juillet dernier. En juillet dernier, il s'est dépouillé lui-même de son pouvoir. »

Temps de parole

  • Invité24 %
  • Invité 222 %
  • Invité 322 %
  • Présentateur17 %
  • Invité 415 %

≈ 3,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Plus de trois heures en direct à la télévision, ce n'était plus arrivé depuis 2022 à Emmanuel Macron. C'était donc hier soir sur TF1. Mais pour dire quoi le président voulait, nous disait-on, revenir sur le devant de la scène nationale, lui qui s'est fait un peu plus discret médiatiquement depuis la dissolution, qu'en reste-t-il alors ce matin ? C'est ce que nous allons voir avec quatre observateurs très attentifs de notre vie politique. Nathalie Chuc, grand reporter au point, Natacha Polony, essayiste, Jean-Michel Apathy, éditorialiste chez Quotidien et Jérôme Jaffray, politologue, chercheur associé au CEPIPOF. Et bonjour à tous les quatre.

Et comme d'habitude, auditeurs de France Inter, vos questions, vos réactions au 01.45247000. Et sur l'application Radio France, vous cliquez sur le bouton réagir. Pour commencer, rapide tour de table, quelle image vous a laissé Emmanuel Macron hier soir ? Natacha Polony ?

0:52
Invité

J'avoue que j'ai eu des réminiscences à la fois de François Mitterrand et de Jacques Chirac. C'est-à-dire que je me suis dit qu'en ressenti, on avait deux septennats. C'était assez lunaire d'ailleurs de voir cette image qui pour moi résume la soirée à la fin de l'émission. Quand enfin on aborde la question qui, d'après les conseillers en communication d'Emmanuel Macron, allait être le sujet, TF1 avait préparé un habillage. Emmanuel Macron les annonce. Et là, rien.

1:21
Présentateur

Sur le référendum.

1:22
Invité

C'était effarant. Et en fait, ça raconte un président qui avait besoin de défendre son bilan, mais qui n'a fait qu'un triste aveu. Je disais Mitterrand pour contre le chômage, on a tout essayé. J'aurais pu ajouter Lionel Jospin, l'État ne peut pas tout. Un sentiment d'impuissance terrifiant.

1:39
Présentateur

Jean-Michel Apathy ?

1:41
Invité

Moi, j'ai trouvé qu'Emmanuel Macron, pas le président de la République, mais Emmanuel Macron a quand même une mécanique intellectuelle assez formidable. Vous le dites, plus de trois heures d'émission, on passe sur tous les sujets, après on est d'accord, pas d'accord, mais il y a des raisonnements, il y a de l'argumentation, il y a une certaine puissance personnelle. Et après, hélas pour lui, le président, la mise en scène fait que sa parole a une certaine force sur la politique internationale, Ukraine, Israël, une honte, ce que fait le gouvernement Netanyahou. Je trouve que ceci n'est pas beaucoup mis en valeur aujourd'hui, mais on en reparlera sans doute dans les jours qui viennent.

Et ensuite, son rôle réduit à rien d'autre que le commentaire sur la politique intérieure. Et là, il est dans un plaidoyer pour les huit ans passés, c'était un peu long, disons, parce que ça aurait pu être fait en 20 minutes très facilement.

2:33
Présentateur

Vous vous dites tout ça pour ça, en fait, Nathalie Chuc, c'est votre sentiment aussi ?

2:38
Invité

C'est pas la même chose que Jean-Michel Apathy, j'avais l'impression de regarder The Artist, vous savez, ce film avec Jean Dujardin, vous dites, l'acteur principal est quand même absolument bluffant, il manque pas de brio et de panache. Puis après, vous dites, mais en fait, il manquait le sous-titrage, quoi, c'est tout ça pour quoi ? C'est-à-dire que le président est venu avec une liste de courses au gouvernement, TVA social, chantier de simplification, etc., etc. Et puis au fond, en fait, le sous-titrage, c'est quoi ?

C'est qu'il n'a pas de majorité, que le gouvernement de François Bayrou est à la merci de motion de censure sur le budget ou à la rentrée, et qu'on ne sait même pas si on va échapper à une nouvelle dissolution. Donc en gros, comme vous l'avez très bien dit, sentiment d'impuissance absolument désastreux.

3:16
Présentateur

Mais est-ce que vous comprenez, Jérôme Jaffray, je vais vous poser la même question, pourquoi, à l'arrivée, il a voulu prendre la parole ?

3:25
Invité

Écoutez, moi j'ai éprouvé un sentiment de gêne quand même dans ce trop long débat. C'est qu'au fond, il y a une croyance erronée et un non-dit. Et tout ça a couru pratiquement toutes les missions. Le non-dit, c'est qu'Emmanuel Macron exerce et incarne la fonction présidentielle, qu'il possède une autorité présidentielle liée à un certain nombre de secteurs incontestablement, mais qu'il ne dispose plus du pouvoir de faire. Car ce pouvoir de faire, il faudrait un gouvernement qui lui soit lié vraiment, et une majorité de députés pour voter les textes. Ce n'est pas le cas.

Et la croyance erronée, conjouée volontairement ou non ses interlocuteurs, je pense à Sophie Binet en particulier, lui disant, est-ce que vous allez nationaliser Arcelor ? Ça n'est absolument pas du ressort du président de la République sans pouvoir. Sous la cinquième, un président avec pouvoir aurait dit, « Je demande au gouvernement de faire une loi et à mes députés élus sur mon nom au lendemain de la présidentielle de voter un texte ». Là, au lieu de répondre « Je n'y suis pas favorable et pour telle ou telle raison », le président Macron tombe à pieds joints dans le piège allègrement « Je ne vais pas nationaliser Arcelor ». Mais ça n'est pas en son pouvoir.

Et ce non-dit a couru très très longtemps l'émission.

4:46
Présentateur

Il aurait dû dire « Je ne peux rien faire en fait, on en revient à la question de la puissance ». « Je n'y suis pas favorable, voilà pour telle et telle raison, UDT l'a juste répond. » On en revient à la question de l'impuissance que vous souleviez tout à l'heure. Avec deux problèmes.

4:59
Invité

Le premier est qu'en effet, cette émission faisait apparaître au grand jour le fait qu'Emmanuel Macron n'arrive pas à intégrer l'article 20 de la Constitution. Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Et en effet, comme l'a très bien dit Jérôme Jaffray, pour l'instant, Emmanuel Macron n'a pas les leviers. Pour autant, je suis d'accord avec Jérôme Jaffray sur le fait qu'il aurait pu livrer un diagnostic. On attend une parole qui soit une parole d'analyse et de guide vers une direction. Or, en effet, sur les questions internationales, je rejoins Jean-Michel Apathy sur la question de Gaza. Il y avait une parole qui était une parole engagée et forte.

Pour le reste, il a l'air de passer à côté du diagnostic. A force de vouloir défendre son bilan, il a l'air de découvrir, par exemple, la concurrence déloyale de la Chine. Et on a l'impression qu'il est totalement incapable même de comprendre ce qui est en train de se passer. Donc il dit on va essayer de faire en sorte que la Chine ouvre ses marchés. On est sur une autre planète. Alors même que nous vivons actuellement un moment de déferlement qui risque de fragiliser, qui a déjà détruit notre industrie et qui risque de fragiliser maintenant notre commerce. Eh bien, il n'y a aucune réponse. Il a fallu attendre 1h45 d'émission pour que le président de la République prononce le verbe produire.

C'est-à-dire, place le problème là où il est, sur la capacité à produire en France pour créer de la richesse. Et à aucun moment, il n'y a eu d'analyse sur les raisons qui font que nous ne produisons plus.

6:38
Présentateur

Je rebondis, Natacha, sur ce que vous dites. C'est-à-dire que c'est le gouvernement qui gouverne. Est-ce que le problème, Nathalie Chux, n'est pas qu'on est en train d'analyser la parole du président de la République comme s'il ne s'était rien passé, c'est-à-dire majorité relative en 2022, puis des fêtes électorales aux européennes et aux législatives à nouveau en 2024 ?

6:57
Invité

Alors, c'est tout à fait le cas, mais le président avait quand même un atout majeur dans son jeu, qui était l'arme du référendum. Le problème, c'est qu'on nous vend des référendums potentiels dans son entourage. Depuis, j'ai regardé le premier article que j'ai écrit là-dessus. Ça date de 2020, en plein Covid, où à l'époque, on nous parlait éventuellement d'inscrire quelque chose sur l'environnement dans la Constitution en nous disant, celle des manges, il a très envie de le faire, de consulter les Français. Et puis, rien. Hier soir, exactement la même chose, c'est-à-dire qu'on attend 22h45 ou 46 pour évoquer la question du référendum.

Autant dire qu'il ne faut s'attendre à rien à cette heure-là, puisque le public est déjà pour partie rejoindre son lit. Et du coup, on n'a pas beaucoup plus de pistes que ce qu'on avait auparavant, à savoir peut-être un référendum sur la fin de vie, si ça s'enlise au Parlement, ce qui est un encouragement évidemment à ce que ça se transforme en bourbier à l'Assemblée nationale. peut-être sur les réseaux sociaux. On n'en sait pas beaucoup plus. Donc on se dit au fond, mais qu'est-ce qu'on attend en fait ? Donc il a des armes, il a des possibilités. Il a encore une parole qu'on écoute, notamment sur la question internationale, qui était la plus intéressante.

Et au fond, on se dit, peut-être aurait-il fallu en rester là. Mais oui, pour le reste, sur la politique intérieure, il en est réduit à Yaka Faucon, puisqu'il n'a pas les leviers.

8:06
Présentateur

Le référendum, on va en parler. Cette fameuse carte joker qu'il se garde effectivement depuis des années, qui n'a pas encore sorti. Il a eu cet aveu tout de même, Emmanuel Macron, je ne suis pas un homme orchestre, ce n'est pas le président de la République qui fait les choses, et encore moins depuis juillet dernier. Qu'est-ce que vous en avez pensé, Jean-Michel Apathy ?

8:22
Invité

Bah, qu'il a raison. Encore moins depuis juillet dernier. En juillet dernier, il s'est dépouillé lui-même de son pouvoir. Donc c'est lui qui a souhaité sans doute cette mise en scène hier soir. Pourquoi l'a-t-il souhaité ? Pour dire, j'existe ? Pour dire, je demeure un acteur important de la vie politique française ? Et il a pris le risque, puisqu'il n'avait pas d'annonce à faire, puisqu'il ne pouvait pas en avoir. Même la carte du référendum, quand vous lisez l'article 11, tout se fait sur proposition du gouvernement.

Donc il faut, Jérôme le disait, il faut une complicité avec le gouvernement, qui paraît ne pas exister aujourd'hui, parce que François Bayrou a aussi la nécessité de jouer sa carte, et puis le gouvernement est extrêmement divisé. S'il y avait un référendum, par exemple, sur la fin de vie, il y a un ministre important au moins, qui est Bruno Retailleau, qui appellerait à voter non à la loi. Probablement aussi François Bayrou appellerait à voter non à la loi. Et si on a compris, c'est pas trop avancé quand même, Emmanuel Macron est plutôt favorable à ce qu'une loi vienne résoudre les problèmes difficiles, tels que l'a exposé Charles Bietrich, du difficile, je devrais dire dramatique.

Donc la marge de manœuvre d'Emmanuel Macron est réduite à zéro. Hier soir, c'est plutôt une volonté de dire, je suis toujours vivant, en fait.

9:42
Présentateur

Et de défendre le bilan.

9:43
Invité

Et défendre le bilan, voilà. Mais défendre le bilan, ça signale quand même la fin du parcours, quoi. Donc c'est cette faiblesse-là qu'il a lui-même mise en scène, ça ne peut pas être autrement. Sauf, je le répète juste, on n'en parlera peut-être plus, mais sur la politique étrangère, où là, puisqu'il y a un consensus, au fond, sur l'aide à l'Ukraine, et le regard qui commence à être très critique sur ce qui se passe à Gaza, là, pour le coup, ça voit une certaine portée.

10:10
Présentateur

Jérôme Jaffray.

10:11
Invité

Oui, pour tenir un propos un peu plus aimable pour Emmanuel Macron, et participer donc du débat, je dirais que, pourquoi finalement cet exercice, du point de vue d'Emmanuel Macron ? Il est en partie responsable du blocage politique qui existe dans le pays, en large partie, avec une dissolution ratée, malencontreuse, organisée au pire moment possible. Le pays lui en veut profondément à ce sujet. Il n'est pas sorti de cette dimension. En revanche, son message était autre. Son message était que l'immobilisme actuel du pays ne peut pas lui être imputé. Lui, il est partisan de faire plein de choses. C'est ce qu'il a dit tout au long de l'émission.

Et donc, c'est une charge indirecte contre François Bayrou et son gouvernement. Très fortement, je trouve. Et renvoyer le sujet du référendum... Il n'y a pas eu beaucoup de propos désagréables sur le gouvernement. Précisément, il n'a pas souvent cité le François Bayrou et son nom. Pas précisément souligné que c'était bien. Et quand il a renvoi le référendum dans quelques mois pour des grandes réformes économiques et sociales, est-ce qu'il ne calcule pas la chute de François Bayrou à un autre gouvernement qui lui serait plus lié ? Par exemple, Sébastien Lecornu, Premier ministre, qui pourrait lui proposer à ce moment-là tous les référendums qu'il voudrait.

Et deuxième chose, très importante dans le message du Président, ne comptez pas que je disparaisse politiquement en 2027. C'est son message profond. Et on exagère trop en pensant au bilan. En réalité, le Président nous dit, je continuerai à être dans la politique après 2027, bien que je ne puisse pas me représenter. En 2032, d'ailleurs, quand la question lui est posée par Gilles Boulot à la fin de l'émission, est-ce que vous vous représentez en 2032 ? Il a dit qu'il allait réfléchir dès 2027, et chacun qui a tenu le coup jusque-là de façon méritoire a pu penser qu'il réfléchissait déjà.

12:00
Présentateur

Et il ne dit pas non, effectivement, quand on lui demande s'il pourrait se représenter en 2032.

12:05
Invité

Ce que je trouve extraordinaire, c'est que Jérôme Jaffray nous présente cette explication comme étant davantage favorable à Emmanuel Macron. Alors, je ne suis pas certaine que ça plaide véritablement pour lui. C'est-à-dire que...

12:17
Présentateur

Ah, vous êtes cruelle !

12:18
Invité

Peut-être. Mais il me semble que cette émission s'est ouverte avec des réactions de Français expliquant qu'ils constataient que le pays allait plus mal, que les problèmes ne s'étaient pas résorbés, qu'ils s'étaient au contraire aggravés. Bref, le sentiment qu'ont beaucoup de Français d'une espèce de délitement, justement d'une impuissance généralisée, une économie qui va mal. C'est-à-dire que les urgences, elles existent. On comprend parfaitement, vous avez raison, qu'Emmanuel Macron s'est mis dans une situation où il ne peut plus agir. Pour autant, il y a déjà la nécessité de poser le bon diagnostic. Ça, ça n'est pas fait.

Il y a la possibilité, justement, de faire surgir des débats et de peser sur le gouvernement pour proposer, pour agir. Or, la situation dans laquelle il met François Bayrou implique, en effet, que c'est un siège éjectable et que, donc, le principal rôle de François Bayrou, c'est de faire en sorte de se maintenir sur ce siège éjectable, donc de ne rien faire. Donc, on est dans un blocage politique parce que chaque acteur joue son petit rôle pour essayer d'exister. Et Emmanuel Macron, en effet, a l'air de vouloir exister beaucoup plus longtemps que ne le souhaiteraient les Français. C'est bien dommage, parce que des actions à mener, il y en a.

Ça pourrait être fait si le discours était clair et s'il y avait la volonté d'embarquer tout le monde et non pas d'essayer d'expliquer qu'on a fait les choses parfaitement.

13:44
Présentateur

Nathalie Chuc.

13:45
Invité

Pour aller dans le sens de Jérôme Jaffray, je me suis posé la question, à la fin de l'émission, de savoir si le président n'avait pas un plan caché. Parce qu'annoncer tout ça, mais sans les moyens de le faire, avec le Premier ministre actuel, je me suis dit, mais au fond, est-ce qu'il a dans l'idée de remplacer le Premier ministre ? Il venait à sauter sur l'affaire Betaram, il est auditionné aujourd'hui à l'Assemblée nationale, ou à tomber sur une motion de censure. Est-ce que, comme vous l'avez très bien dit, il a déjà son plan en tête ?

Tiens, je vais nommer Sébastien Lecornu, avec qui je m'entends très bien à Matignon, et je vais lui faire son discours de politique générale à l'avance, comme il avait fait, souvenez-vous, avec Gabriel Attal. Janvier 2024, il nomme Gabriel Attal à Matignon, dix jours avant la déclaration de politique générale du Premier ministre. Il lui fait toute la liste de courses en disant il faut faire le réarmement démographique, baisser les impôts de 2 milliards, etc., etc., etc., travailler sur les tablettes. Est-ce qu'au fond, il ne nous fait pas un peu la même chose ? On en est un peu réduit à se dire, mais il lui reste encore une carte, qui est de changer l'homme ou la femme qui est à Matignon.

La grosse question, comme vous l'avez dit, au janvier 2024, il nous annonce plein de choses, et derrière, il ne se passe. Si il changeait le Premier ministre, il n'aurait toujours pas de majorité à l'Assemblée. C'est toujours le même problème. C'est une partie qui est terminée pour lui.

14:50
Présentateur

Quand vous l'entendez, Jean-Michel, dire il faut que les partis, enfin, travaillent ensemble, qu'on ait une grande coalition, comme en Allemagne, il y croit vraiment ?

14:59
Invité

C'est comme quand moi je dis qu'au mois de mai, on est heureux qu'il y ait du soleil. Voilà, c'est des banalités, c'est des généralités, ça n'a aucune importance. Emmanuel Macron a perdu le pouvoir il y a un an, il n'a pas les moyens de le retrouver. J'espère, s'il a deux sous de lucidité, qu'il a très peur d'une censure contre François Bayrou, parce que s'il y avait une censure, je ne sais pas par qui il le remplacerait, de manière efficace. S'il y avait une censure, parce que l'automne va être très difficile de ce point de vue. Le budget. Les marchés financiers réagiraient peut-être d'une manière et qui mettraient le pays tout entier dans une situation très difficile.

Vous savez, la situation est d'une extrême fragilité. Et s'il y a une remarque complémentaire à faire, c'est que ceci n'est pas du tout apparu hier. Il y a, heureusement pour lui, ça doit être une forme de protection psychologique, un optimisme et un allant chez Emmanuel Macron, qui quelquefois peuvent surprendre.

15:50
Présentateur

Il a commencé par ça, en déplorant le pessimisme dont on fait trop souvent preuve.

15:55
Invité

C'est vrai que c'est ancré dans ce pays. Quand vous disiez, Natacha, qu'on reproche l'impuissance, on la reproche depuis tout le temps à tous les gouvernants. Vous savez, De Gaulle, on le met en balotage au deuxième tour de 65. En 67, il a une voix de majorité. Il y a 68 qui dit 10 ans, ça suffit. Et en 69, on l'éjecte. Le pays n'est jamais tendre avec ses dirigeants. Jamais, nulle part. Un quinquennat à vous dégager, un septennat, c'est fini. Enfin, quand même, la rotation est forte. Emmanuel Macron, le problème là, c'est qu'on est confronté à une difficulté qui est que le mensonge budgétaire depuis 50 ans arrive à son terme, qu'il faut régler ce problème-là.

Aucun discours de soutien à son Premier ministre, qui tout de même, quand il propose son référendum sur le budget, c'est parce qu'il est un peu démuni, François Bayrou. Aucun soutien à son Premier ministre sur ce terrain-là. Et puis, si vous permettez, où est le plan ? C'est une des phrases les plus terribles de l'émission. Où est le plan de M. Bayrou ? Qu'il me le montre. Pour le moment, je ne l'ai toujours pas vu. Il n'a pas tort. Il n'a pas tort. Mais quand vous disiez, où sont les propos sur Bayrou ? En voilà un. Et il n'est pas facile à faire, le plan.

16:59
Présentateur

Une question d'Augustin. Puisque Natacha Polony, vous disiez, il reste des choses à faire. Et on pourrait se retrouver, le président pourrait mobiliser sur des grands projets pour les deux années qui restent. Il avait dit, lors de sa campagne présidentielle pour sa réélection en 2022, « Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas ». Justement, question d'Augustin sur l'application de Radio France. La lutte contre le changement climatique peut-elle relancer le quinquennat et engager les Français dans une nouvelle cause commune ?

17:25
Invité

Alors, ce serait une cause absolument essentielle et qui pourrait, là aussi, embarquer l'ensemble des citoyens si elle était articulée à la question de la production. Quand Emmanuel Macron commence l'émission en disant, rester libre, c'est l'enjeu. Comment reste-t-on libre ? En ne dépendant pas des autres.

Et sur l'écologie, évidemment que le chemin qui permet de réconcilier ceux qui ne veulent pas que cette écologie se fasse au détriment des plus pauvres et ceux qui considèrent qu'il y a une véritable urgence, ce qui permet de réconcilier, c'est de dire « Nous devons produire sur notre sol selon nos critères parce que externaliser la pollution, c'est la pire stupidité que nous puissions faire ». C'est ça que j'attendais comme discours. Et là, ça permettait ensuite de décliner les mesures qui vont faire en sorte que nous puissions décider de tout ça. Rien de tout ça n'a été dit. Jérôme Geoffrey.

Oui, après avoir été si aimable avec Macron, j'étais quand même aussi frappé de sa solitude politique. Et extrêmement frappante. C'est-à-dire, par exemple, il propose une conférence, il souhaite une conférence sur le financement du modèle social. C'est exactement reprendre la proposition de Gabriel Attal qui souhaite qu'il y ait même un référendum sur ce sujet. A-t-il cité Gabriel Attal à ce sujet ? A-t-il dit qu'il avait des appuis politiques et des soutiens politiques pour faire cela ? Pas du tout. Il n'a plus de parti. Et finalement, il s'appuie sur deux ministres.

Darmanin cité à tour de bras, personnellement, et Lecornu, moins cité, mais très présent, on le sait, auprès du président de la République. Et les manques de l'émission, j'en ajouterai à ce que vient de dire Natacha Polony, très justement, deux fondamentaux. L'obsolescence de la Ve République, que le président, évidemment, veut ignorer. Puisque être président, par définition, c'est le poste idéal. Mais obsolescence, une des réponses, c'est associer les citoyens aux décisions. Pourquoi c'est obsolète, vous demandez Jean-Michel Apathy ? Pardon ? Pourquoi ce système est obsolète ? Alors ça, ça nous entraîne un peu loin.

Le système de la Ve République est obsolète quand il y a une différence absolue entre le vote des Français et la gouvernance. C'est ce qui se passe depuis 2022. Mais je termine quand même sur le deuxième manque, si vous permettez.

19:34
Présentateur

Je vous remercie sur la Ve République et je vous redonne la parole, Jérôme Jaffray.

19:37
Invité

L'obsolescence fait un deuxième débat là-dessus, ça le mérite.

19:40
Présentateur

Mais sur les pouvoirs du président que lui accorde la Ve République, il y a eu un moment avec Robert Ménard quand il lui dit « Vous êtes sans doute le dirigeant le plus puissant en vertu de la constitution de toutes les démocraties occidentales » et Emmanuel Macron lui dit « Merci ». Et merci, on ne comprend pas bien car le président n'a pas aujourd'hui les pouvoirs

19:58
Invité

les plus importants des besoins. Le deuxième manque, je rends la parole à Jean-Michel, le deuxième manque, c'est la dislocation de l'État telle que les Français la constatent. Mais les pompiers, les gardiens de prison, les policiers, les salles de justice, pour les Français, ce sont les images les plus marquantes de ces dernières semaines. C'est la dislocation de l'État pour les Français telles qu'elles se voient. Or, c'était, en parler longuement, c'était mettre en cause Darmanin et Retailleau. Retailleau a quelques jours de son élection comme président éventuel des Républicains et le président ne souhaitait pas la gêner.

Et Darmanin, qui est un de ses ministres les plus proches, donc on n'a pas parlé

20:35
Présentateur

de la dislocation de l'État. Vous êtes tous assez d'accord sur le constat et sur l'impuissance du président de la République dans le contexte actuel. Est-ce que, Nathalie Chuc, vous voyez une porte de sortie dans les deux ans à venir, il lui reste tout de même deux ans, est-ce qu'il sera condamné à défendre son bilan ou est-ce qu'il peut s'en sortir politiquement ?

20:54
Invité

Dans les événements puissances du président hier soir, il y avait sur le champ régalien la question de l'immigration. Il nous a dit, je souhaite que la loi de janvier 2024, que tous les décrets soient appliqués. Est-ce qu'on mesure ce que cette phrase veut dire quand même ? Ça veut dire que les décrets d'application d'une loi de janvier 2024 ne sont toujours pas pris ni appliqués. Donc, pour répondre à votre question, si une loi de janvier 2024 n'est pas pleinement appliquée, qu'est-ce qu'on peut faire d'ici 2027 au fond ? Et la dissolution, entre autres absurdité, a bloqué de toute façon l'ensemble des décrets qui devaient être pris. Exactement.

Et peut-être que le président envisage de faire une... Je ne vois pas d'autre solution pour en sortir que l'arme atomique d'une nouvelle dissolution. Avec quel résultat ?

21:35
Présentateur

L'été prochain, pas avant. Avant cela, à très très court terme, puisqu'il nous reste 30 secondes, Jean-Michel Apathy, et vous en parliez tout à l'heure, audition, pardon, pas encore dissolution, audition de François Bayrou, aujourd'hui devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les violences en milieu scolaire. Il devra s'expliquer sur ses déclarations fluctuantes sur Bétaram, il joue sa survie politique.

21:56
Invité

La difficulté très grande, et si l'audition est bien menée, ce qui ressemble quand même à un mensonge risque d'apparaître, donc comment François Bayrou va se sortir de cela, je ne sais pas. Tout de même, j'ai lu des papiers assez intéressants sur ce qu'est une commission d'enquête parlementaire.

22:12
Présentateur

Nous l'avons expliqué dans le journal de 8 heures aussi.

22:15
Invité

Sur le caractère tout de même très particulier de ceux qui peuvent mener les débats, qui sont à la fois des juges et à la fois des acteurs politiques, et ça n'est pas non plus très satisfaisant.

22:27
Présentateur

Jean-Michel Apathy, Nathalie Chuc, Natacha Polony, Jérôme Jeffré, merci beaucoup à tous les quatre. Merci.

22:32
Locuteur

Merci.