Mercosur, blocages des agriculteurs, apaisement… La prise de parole d'Annie Genevard en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Nous avons reçu successivement tous les syndicats agricoles. Nous avons très longuement échangé. Alors le panorama des questions, c'est évidemment, ce sont les sujets du moment. Les sujets internationaux avec la PAC, le Mercosur, l'application de la taxe carbone. Les sujets nationaux avec la crise agricole qui se traduit par les nombreux mouvements un peu partout sur le territoire national, particulièrement dans le sud-ouest, en raison de la crise sanitaire de la dermatose. Donc ces échanges ont été très nourris, francs, mais où les choses se sont dites dans un climat d'écoute et de respect mutuel.
Et moi, cet après-midi, comme je le fais depuis que je suis à la tête de ce ministère, je viens dans une exploitation, à la rencontre des agriculteurs. Donc j'ai choisi de venir ici dans cette ferme de M. Rey, que je remercie pour son accueil, une ferme des Yvelines, dans un contexte très particulier, puisque la perspective de la mise en place au 1er janvier 2026 d'une taxe carbone qui s'appelle MACF, mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, plonge ce monde de production céréalière dans une immense inquiétude parce qu'elle va renchérir les coûts de production qui sont déjà bien supérieurs aux cours mondiaux du blé et des céréales. Et donc je suis venue chez vous, M.
Rey, parce que je sais que vous êtes une ferme céréalière et j'avais besoin aussi d'échanger avec vous pour vous dire tout ce que nous faisons pour pouvoir éviter l'application de cette taxe qui pourrait, si nous ne parvenions pas à la neutraliser, vous mettre dans d'immenses difficultés à un moment où vous n'avez pas besoin de ça puisque les cours mondiaux sont faibles. Ça m'a donné l'occasion, comme toujours, de rencontrer un grand nombre d'agriculteurs du secteur et d'écouter. Je n'ai jamais fait un déplacement sans écouter très soigneusement, très respectueusement ce que les agriculteurs ont à me dire.
Ce temps d'écoute, il est fondamental parce que nous sommes avec les agriculteurs dans une profession qui travaille dur, qui souvent, parfois, gagne peu, qui a besoin de la considération des Français dans la mission qui est la leur et qui est fondamentale, qui est celle de nous nourrir. Donc je prends toujours ce temps, ce temps long d'échange, d'écoute, avant d'engager l'échange. Et j'ai besoin, dans la fonction qui est la mienne, de pouvoir toujours me nourrir de ce que me dit le terrain. Je l'ai toujours fait dans ma vie d'élu, mais comme ministre, c'est une nécessité et je dirais même plus, c'est un devoir humain et c'est le sens de ce déplacement.
Que dites-vous des agriculteurs qui veulent poursuivre, qui veulent continuer les clâches, notamment pendant les fêtes de Doré ?
Alors, je leur dis qu'aujourd'hui, le Premier ministre a montré, dans un échange qui a été long, attentif, qu'il était vraiment à l'écoute de la profession. Ce n'est pas une position de fermeture, c'est une position d'écoute. Et je crois d'ailleurs que les organisations syndicales l'ont parfaitement compris. Enfin, moi, j'ai assisté à tous les entretiens et j'ai trouvé que ça s'était fait dans un bon climat. Je dis aussi qu'il y a le temps des combats, on a le droit de manifester. En revanche, pas de violence, ni à l'égard des biens, ni à l'égard des personnes. Et puis, on est dans un temps très singulier, qui est le temps de l'avant-Noël, quelques jours avant Noël.
Il y a des tas de gens qui ont besoin de travailler en cette période de l'année, des gens modestes, qui travaillent dans les restaurants, qui travaillent dans les commerces, qui travaillent dans les stations. Souvent, d'ailleurs, ce sont des agriculteurs qui sont en double activité. Ils sont agriculteurs au printemps et à l'été, et ils sont employés comme saisonniers dans les stations de ski. Ce sont des gens souvent modestes qui ont besoin de travailler. Et moi, je leur dis par solidarité à l'égard de tout cela, des petits commerçants, des salariés, des petites entreprises, eh bien, il faut vraiment que Noël puisse se faire.
Parce que, généralement, c'est le moment où ils peuvent, évidemment, faire leurs affaires plus que dans le reste de l'année. Donc, il faut, par solidarité les uns avec les autres, pouvoir les laisser travailler. Donc, j'appelle à cet apaisement. Le dialogue va se poursuivre. Le Premier ministre a dit qu'il recevrait à nouveau tous les syndicats, début janvier. Tout début janvier. Dans la première semaine de janvier. Donc, le fil n'est pas rompu. Le dialogue reste ouvert. Et c'est le message que nous voulons faire passer.
Est-ce qu'il y aura de nouvelles annonces, de nouvelles mesures ?
Écoutez, le Premier ministre, il lui appartiendra de le dire. Mais, en tout cas, nous avons des choses qui sont en discussion et qui verront, certainement, début janvier, une évolution, une progression sur tel ou tel sujet, d'ailleurs. Ce n'est pas exclusif du sujet du moment. Mais j'espère qu'on aura des bonnes nouvelles à annoncer sur la taxe carbone sur les céréales, par exemple. C'est leur sujet, ici. C'est au 1er janvier. Dans 10 jours. Dans 10 jours, si on ne parvient pas à faire ce que nous voulons faire, c'est un surcoût de presque 100 euros, n'est-ce pas ? Donc, vous voyez, c'est la ruine de la filière céréalière française. Ce n'est pas possible.
Donc, ça, c'est un des combats urgents qu'on a à mener. Et j'espère que, dans la première semaine de janvier, quand nous reverrons les syndicats, nous pourrons leur dire « Nous avons réussi à neutraliser cette taxe, par exemple. »
Peut-être sur le Mercosur, on a vu hier soir que la signature de l'accord a été reportée. Est-ce que c'est un bon signal, ce report ?
Moi, je vais vous dire. On nous annonçait la signature au 30 juin. On s'est battus, on s'est battus. On n'arrête pas de repousser. Pourquoi est-ce qu'on repousse ? Parce que si ce projet d'accord avec le Mercosur devait voir le jour, tel qu'il a été signé il y a un an à Montévidéo, il n'est pas acceptable. Il est inacceptable. Tout le monde l'a dit. Le président de la République, le Premier ministre. Moi, je l'ai répété à peu près sur tous les tons. C'est un accord d'un autre âge. C'est un accord malné. C'est un accord qui n'est pas protecteur. Donc tel qu'il est, il n'est pas possible. Il n'est pas acceptable. Un certain nombre de pays sont favorables dans l'Union européenne.
Il se fait qu'on est 27, que la France, elle porte haut et fort la résistance, mais elle n'est pas toute seule. D'ailleurs, elle n'est pas toute seule dans ce combat, mais tous les pays de l'UE n'ont pas cet avis. Cela étant, Pologne, Hongrie, Autriche, Belgique, Irlande, Italie, que nous avons sensibilisés au fil des mois. Je suis allée, j'ai fait la tournée de toutes ces capitales. On réussit à faire admettre à la présidente de la commission que ça a exposé des filières sensibles. Il fallait donc une clause de sauvegarde en cas de déséquilibre de marché. Nous avons réussi à faire passer la nécessité de réciproceté des normes.
Personne ne peut comprendre dans le monde agricole qu'on impose des normes à nos producteurs dont ça franchirait les importations. Donc ça, ce n'est pas possible. Je pense que c'est d'ailleurs le point le plus insupportable au monde agricole. Et puis enfin, les contrôles, parce que toutes les règles du monde ne valent que si on peut les contrôler. Donc sur ces trois points fondamentaux, il y a des avancées, mais le compte n'est pas. Et tant que le compte n'y sera pas, la France continuera à livrer ce combat. Donc voilà ce que je peux vous dire sur le Mercosur.
Et comment vous pouvez rassurer le compte de France ?
Justement, en obtenant des garanties. Par exemple, sur la clause de sauvegarde, la disposition qui a été adoptée, elle a été rédigée par les agriculteurs eux-mêmes, leurs représentants à l'Union européenne du COPAC au GK. Écoutez, en tout cas, ils l'ont durci considérablement. Et c'est cette version plus exigeante, donc plus protectrice, qui a été adoptée.
Combien de questions ? Avant de travailler, Fab Zahraie exprimait ses inquiétudes et son envie de plus de planification agricole, et ses difficultés, notamment depuis 2023. Qu'est-ce que vous tirez des échanges aujourd'hui avec les exploitants agricoles ?
Alors d'abord, c'est un exercice, moi, que j'ai connu avec tous les premiers ministres. On voit bien que régulièrement, on a besoin d'aller, d'avoir cet exercice un peu institutionnel, un peu organisé, de rencontre où on fait le bilan. Ce qui, vous savez, le monde syndical agricole, il a ses revendications. Donc, il convient qu'un certain nombre de choses, et ils l'ont dit d'ailleurs, tout n'est pas négatif, mais il y a beaucoup d'attentes. Il y a des attentes qui sont de différentes natures. D'abord, reconnaître le rôle de l'agriculteur. Il est précieux. Il faut lui permettre de faire ce pour quoi il est fait, c'est-à-dire de produire.
Il ne faut pas l'accabler de normes, de contraintes, de taxes, d'injonctions contradictoires. On lui demande tout et son contraire. On lui demande de nous nourrir, mais en même temps, de ne pas trop produire. Comment c'est possible ? Moi, je veux réhabiliter l'acte de production. Et le producteur, il est fondamental. On est trop dépendant des importations pour trop de produits. Il faut réhabiliter l'acte de production. Il a besoin d'être réinstallé dans cette fonction primordiale. Et puis, toutes sortes d'autres sujets, mais enfin, je ne vais pas énumérer...
Votre Président a annoncé que vous avez offert un nouveau foyer de dermatose depuis lundi. Est-ce que vous êtes sur la bonne voie ?
Je le crois. Je le crois parce que... Bon, pour l'instant, je n'ai pas de bois autour de moi pour toucher. Je scrute chaque fin de journée en priant le ciel que nous n'ayons pas d'autre qu'à foyer parce que, évidemment, vous comprenez aisément pourquoi. Donc, voilà.
Très rapidement, à quel point le combat sur le MACF s'annonce compliqué par rapport au Mercosur ? Est-ce qu'il y a un peu plus de consensus au niveau européen ?
Alors, le sujet, il est porté par la France parce que la France est un grand pays producteur de céréales. D'ailleurs, la France est un grand pays européen. C'est la plus grande puissance agricole de l'Union européenne. Il faut le rappeler, ça, quand même. On a une fierté agricole française. Et donc, le MACF, pour nous, ça prend un relief particulier. Mais ça ne dispense pas de mener le combat vaillamment. Alors, il y a des pays où ce n'est pas un sujet. Donc, évidemment, ils n'auront pas la même sensibilité au sujet. Mais en tout cas, ce combat-là, il ne faut pas le perdre pour nos céréales. Ils sont...
Annie Genevard