Polémique avec Gérald Darmanin, temps de travail, "écologie concrète"... Le "8h30 franceinfo" avec Sandrine Rousseau et Éric Piolle
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
A une semaine du premier tour de cette primaire, France Info vous la fait vivre, fait vivre le débat démocratique. Nous recevrons aujourd'hui et demain les cinq candidats écologistes à ce scrutin dans une grosse dizaine de minutes. C'est le maire de Grenoble, Éric Piolle, qui sera à nos côtés.
Mais avant cela, c'est Sandrine Rousseau qui est avec nous. 49 ans, vous êtes économiste, vice-présidente de l'Université de l'Ile, ancienne porte-parole et numéro 2 d'Europe Écolégie Les Verts. Vous êtes donc aujourd'hui candidate à la primaire. Et lors d'un débat la semaine dernière, vous avez expliqué que c'est la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur, alors qu'il est accusé de viol, qui vous a convaincu à être candidate. Est-ce que ça veut dire que cette candidature, c'est une candidature de colère ? Une nomination à une candidature pour mener à la présidentielle et jusqu'à l'Elysée, la voix de toutes celles et tous ceux qui ont été humiliés, oubliés.
Et en fait, on a oublié une chose importante, c'est que l'Elysée n'est pas une maison du pouvoir, c'est avant tout une maison du peuple.
Mais sans cette nomination, vous ne seriez pas là ce matin candidate ? C'est ce que vous avez dit, c'est pour ça.
Depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années, je menais le combat des femmes. Et je savais qu'il me faudrait revenir en politique. Et je savais aussi qu'il faudrait porter la voix de ces femmes dans la politique. Parce que ce qui m'a vraiment frappée dans l'association que j'ai menée, et au cours des nombreuses réunions de femmes que j'ai faites, c'est qu'à chaque fois que j'étais dans ces réunions, je me disais, mais comment se fait-il que les partis politiques, comment se fait-il que les responsables politiques ne parlent pas davantage à ces femmes ? Comment se fait-il que ces femmes et ces hommes qui sont victimes soient laissés à ce point-là, seules ?
Et en fait, la question, c'est la question des politiques publiques de santé, d'accompagnement, de respect des personnes. Et donc, oui, le déclencheur a été cette nomination, parce que ça a été une humiliation, mais pour toutes les femmes qui avaient dénoncé des violences dans le cadre de MeToo. Ceci dit, évidemment, que ce parcours présidentiel prend ses racines et sa source dans bien d'autres points. Je me rappelle que sur ce dossier, Gérald Darmanin est témoin assisté, il a été entendu, mais il n'est pas poursuivi, il n'a pas d'enquête ouverte. Il y a eu un classement sans suite qui a été cassé par le tribunal, alors je ne voudrais pas dire de bêtises, en appel, je crois que...
Et l'enquête a été relancée.
Et l'enquête a été relancée, parce qu'il y a des éléments qui n'avaient pas été pris en compte dans le classement sans suite. Donc là, il a toujours le statut de témoin assisté. Oui, très bien, mais en tous les cas... Mais de toute façon, ce n'est pas une question juridique, au fond, c'est une question éthique. C'est-à-dire que, comment peut-on avoir dans un pays, en France, après MeToo, après ce mouvement mondial, après cette émancipation incroyable des femmes, comment peut-on avoir à la tête d'un ministère de l'Intérieur, c'est-à-dire à la tête de la police, une personne qui est accusée d'un crime ? Enfin, je rappelle quand même que le viol est un crime. Parce que présomption d'innocence ?
Présomption d'innocence, ça ne marche pas quand on détourne de l'argent. C'est-à-dire que quand on détourne de l'argent, tout va bien et on est viré du gouvernement, on est écarté du gouvernement. Par contre, un viol, il n'y a pas de problème. Avant de passer à la suite, Sandra Rousseau... La règle, c'est la mise en examen.
Avant de passer à la suite et à votre programme, Gérald Darmanin vous a répondu hier matin sur France Inter.
On va l'écouter et vous direz ce que vous avez à lui répondre à votre tour, si vous voulez. Bon, maintenant, Rousseau, elle n'avait pas la même vision de ma personne lorsqu'elle est venue me demander d'être nommée directrice de l'IRA de l'île jusqu'à été ministre de la fonction publique. Et puis, si elle le souhaite, on peut publier les demandes de rendez-vous et les demandes de nomination. Elle a été très vexée que je ne la choisisse pas. Et quand je vois ses déclarations publiques, j'ai bien eu raison de ne pas proposer sa nomination pour former des nouveaux fonctionnaires.
Vous la menacez de publier les textos qu'elle vous a envoyés ?
Non, mais pour le reste, c'est ridicule. Votre réaction ?
Ma réaction, elle est en deux temps. La première, c'est que j'avais été... Enfin, pour revenir sur l'affaire de l'IRA de l'île, j'avais été sélectionnée à l'issue...
Institut qui forme les fonctionnaires.
Donc, c'est l'Institut Régional d'Administration. J'avais été sélectionnée à l'issue des trois entretiens préalables à l'embauche. J'avais été nommée première. Enfin, j'avais été désignée première à l'issue de ces trois entretiens. Et c'est Gérald Darmanin qui bloquait ma nomination. Donc, oui, je lui ai demandé un rendez-vous par SMS en lui demandant un rendez-vous. Mais ce qu'il fait là, c'est qu'en tant que premier flic de France, en tant que premier policier de France, il enfreint la loi sur un plateau. Puisque la menace de diffuser publiquement des conversations privées est punissable par la loi.
Vous considérez que ce sont des conversations privées. Ce n'est pas Sandrine Rousseau, prof d'économie, qui écrit à Gérald Darmanin, ministre.
Sandrine Rousseau, prof d'économie, et Gérald Darmanin, ministre...
C'est dans sa fonction de ministre que vous lui écrivez.
Oui, je lui demande un rendez-vous. Qu'il les sorte, les SMS. Il n'y a aucun problème. Il n'y a aucun problème. D'accord. Franchement, qu'il les sorte. Mais, en tous les cas, ce que je retiens de cet épisode, c'est que c'est une personne qui est capable de mettre l'intimidation au-dessus des lois. Parce que là, ce qu'il fait, c'est de m'intimider en bafouant la loi. Et qu'en fait, ça, c'est très grave. Et c'est très grave quand on le fait face à une candidate à la présidentielle. Et c'est très grave dans une démocratie. Donc, ça n'est pas une petite affaire. Et je me réserve, évidemment, la possibilité, éventuellement, de donner des suites judiciaires à ça.
Sandrine Rousseau, on va parler de votre programme. On a épluché vos propositions. Vous proposez, par exemple, la mise en place d'un revenu d'existence de 850 euros, de réduire le temps de travail à la semaine des 4 jours aussi. Est-ce que ça veut dire travailler moins pour gagner moins ? Alors, travailler moins, c'est absolument indispensable. Parce qu'aujourd'hui, le taux de chômage est important, qu'il va probablement augmenter à la sortie du Covid et à la fin des aides publiques qui maintiennent pour l'instant le système. Pour le moment, il est baissé.
Oui, il est baissé juste à la sortie parce qu'il y a justement ce système d'aides publiques, mais il est très probable qu'il augmente fortement. Et puis, surtout, le partage du temps de travail, c'est aussi une manière de retrouver du temps pour soi et de faire en sorte qu'il n'y ait pas deux catégories de personnes dans la société. Des personnes qui ont des emplois et qui, du coup, ont des carrières, une insertion dans la société, et puis des personnes qui sont durablement écartées de l'emploi. En France, on a un taux de chômage de longue durée qui est extrêmement fort.
Donc, le partage du temps de travail, c'est la mesure qui a été testée depuis des années, qui a été la plus efficace pour diminuer le chômage et pour faire en sorte qu'on retrouve du temps. Est-ce que c'est bon pour la planète ? Est-ce qu'il y a un lien ? Est-ce que vous dites que ce sont deux choses différentes ? Oui, c'est bon pour la planète. Alors, il y a des études qui sont contradictoires là-dessus. Toutes montrent que c'est bon pour la planète. Est-ce que c'est de l'écologie ? Mais par contre, quelle est l'ampleur de ce bénéfice pour la planète ? Il y a encore des incertitudes.
Mais il y a une étude qui vient de démontrer au Royaume-Uni que ça pourrait permettre d'éviter 20% des émissions de gaz à effet de serre. Donc, en fait, ça fait partie de ces mesures. Puis surtout, ça fait partie de ce changement de mode de vie, de ce changement de société dont on a absolument besoin. C'est-à-dire que là, on est dans une société d'accumulation, dans une société de prédation où on prend, on utilise, on jette, y compris le corps des personnes qui travaillent, y compris sur les emplois les plus précaires. Aujourd'hui, le marché du travail...
Quand vous dites qu'on jette le corps des emplois ou les personnes qui travaillent, qui jette le corps et quel corps ?
Par exemple, les personnes qui ont les emplois les plus précaires, de livreurs, dans l'hôtellerie-restauration, les emplois les plus difficiles, dans le nettoyage, etc. Ce sont des corps qui sont abîmés au bout de 10 ans ou 15 ans de travail. Et la pénibilité n'est pas complètement reconnue sur ces emplois-là. Et en fait, à 45 ans, on a des corps qui sont usés, des personnes qui n'arrivent pas à retrouver du travail. Et ça veut dire que ces personnes travaillent moins, mais est-ce que ça veut dire qu'elles gagnent moins aussi ? Non, pas sur les bas salaires. C'est-à-dire que sur toute la partie des bas salaires, il n'y a aucune baisse de salaire, évidemment.
Et par ailleurs, je mets en place un revenu d'existence qui permet de compenser. Par contre, sur les hauts salaires, sur les plus hauts salaires...
Les salaires ne baissent pas, simplement. Comment vous allez expliquer à un boulanger ou à un patron que ces employés vont travailler ? Par l'accompagnement de l'État.
Par l'accompagnement de l'État.
C'est l'État qui finance la baisse de temps de travail.
L'État a financé l'intégralité des baisses de cotisations sociales depuis 10 ans. Et c'est un coût qui avoisine les 150 milliards d'euros. Donc, qu'on ne me dise pas que ça n'est pas possible d'accompagner les plus bas salaires pour qu'il n'y ait pas de perte de salaire et que les entreprises n'aient pas non plus à fournir le complément. Par ailleurs, de toute façon, il y aura un partage entre entreprises et État là-dessus. Mais encore une fois, c'est une mesure indispensable et pour la transition écologique et pour la transition sociale.
Est-ce que tout ça passe par le mot qui aujourd'hui divise une partie des écologistes, c'est-à-dire de la décroissance ? Est-ce que vous dites la hausse de la croissance, le PIB, dont on scrute les chiffres chaque trimestre pour savoir si l'économie va mieux ou pas, c'est fini ? Il faut arrêter de cet indicateur-là qui n'est plus fiable ou alors qui est contraire à nos ambitions climatiques.
Le PIB ne dit qu'une seule chose, c'est de l'accumulation de richesses économiques.
La richesse que nous créons tous, que les climats, vous ou moi...
Mais en fait, il ne dit rien... Enfin, de richesses économiques, de ce qu'on a défini comme des richesses économiques. Mais il ne dit rien de notre empreinte écologique, c'est-à-dire de la pollution ou de la préservation des ressources que nous faisons. Il ne dit rien de l'état de santé des personnes. Il ne dit rien du nombre de personnes en grande pauvreté. Il ne dit rien des inégalités. Donc, il faut arrêter de se focaliser sur ça.
Exactement. Et pourquoi pas la décroissance ?
Vous dites finalement,
on peut avoir une décroissance heureuse.
Mais quand vous parlez de croissance ou de décroissance, vous parlez du PIB. Oui. Eh bien, moi, je vous dis, ça n'est plus à l'aune du PIB que l'on doit mener les politiques publiques. Donc, en fait, la question, ce n'est pas est-ce qu'on croit ou est-ce qu'on décroit ? C'est comment on fait en sorte de développer les services publics ? Comment on fait en sorte de développer les services sur l'ensemble des territoires en France ? Comment on fait en sorte de diminuer notre empreinte écologique ? Comment on fait en sorte de redynamiser l'école, la santé, la culture, le transport public ? Comment ça s'est accompagné par des politiques publiques ?
Après, tout ce que je viens de dire, finalement, augmente le PIB. Mais ça n'est pas le sujet. C'est-à-dire, quelle société d'émancipation, quelle société de respect on veut et comment on sort d'une forme d'accumulation matérielle ? C'est-à-dire qu'aujourd'hui, l'essentiel de notre système économique repose sur le fait que vous achetiez des choses.
Ce que vous dites, c'est vrai pour une partie des gens et c'est inexact, me semble-t-il, pour une autre partie. Quand on ne gagne pas sa vie à la fin du mois, quand on a 500, 600, 700, 800 ou 1000 euros, je sais que vous avez prévu un revenu minimum, mais l'accumulation, le fait de changer de frigo tous les deux ans, de télé, de téléphone, c'est un autre monde. À cela, vous allez dire arrêtez de vouloir gagner plus.
C'est 800 euros, mais je parle aussi
des gens qui gagnent le SMIC.
Mais aujourd'hui, c'est exactement ça la société de on prend, on utilise, on jette. C'est-à-dire que les personnes qui sont au SMIC et qui sont à temps partiel, et je rappelle que c'est essentiellement des femmes qui sont à temps partiel au SMIC, eh bien, ces personnes-là sont en deçà du seuil de pauvreté. C'est-à-dire qu'on est dans une société qui leur demande de travailler, qui leur impose de travailler et qui met la pression pour que ces personnes travaillent et qui ne leur permet pas de dépasser le seuil de pauvreté. Ce que je propose, c'est qu'il n'y ait plus personne qui soit dans cette situation-là.
Donc, au contraire, je m'adresse à elles et eux et ce ne sont pas ces personnes-là qui polluent la planète. Donc, c'est ces personnes-là que nous devons soutenir. Et au contraire, ce sont les tranches les plus riches qui, elles, ont une empreinte écologique plus forte qu'il va falloir faire diminuer pour, et diminuer le niveau d'inégalité, et faire en sorte que... Vous voulez les taxer, ces personnes les plus riches ? Oui. Mais à partir de quel moment on devient pollueur particulier ? Non mais, vous êtes pollueur, je suis pollueuse, vous êtes pollueur. La question, c'est que les dernières tranches d'imposition n'ont cessé de diminuer depuis le fameux bouclier fiscal de Sarkozy.
Et par ailleurs, là, depuis le mandat d'Emmanuel Macron, le capital n'est quasiment plus taxé. C'est-à-dire qu'on n'a plus qu'un impôt sur la fortune immobilière, mais on n'a plus... À partir de combien de revenus on est pollueur ? Mais sur les dernières tranches
d'imposition, on a un impôt qui... Sandrine Rousseau, mais je reprends mon rôle pas toujours passionnant de maître des horloges. On va essayer d'assurer l'équité entre tous les candidats. Il reste une poignée de secondes pour votre temps de parole. Et Salia avait une toute dernière question à vous poser.
Oui, une question plus personnelle comme tout le monde n'est pas parfait, Sandrine Rousseau. On avait envie de savoir qu'est-ce qui, vous, dans votre quotidien, dans votre vie de tous les jours, est la chose écologiquement parlant la chose la moins avouable ?
Oh ! Est-ce que vous mangez des fraises en hiver ? Vous prenez un bain ? Non, ça, je ne mange pas tout le temps et vous êtes arrivés jusqu'à ce micro en diesel.
Non, je ne prends pas de bain et je ne prends pas de fraises en hiver. Le truc le moins avouable, je vais vous dire, c'est que le seul moment de détente que j'ai dans la journée en ce moment, c'est ma douche le matin et que j'avoue que je la prends un tout petit peu trop longue en regard des impératifs écologiques.
Ça va encore, non ? Ça va encore. C'est un tout petit péché mignon écologiquement pas très responsable.
Moi, c'est lui-ci parce que j'y tiens.
Merci à vous, Sandrine Rousseau. Merci d'être venue ce matin sur France Info. On va vous laisser quitter ce studio le temps du fil Info à 8h45 avec Diane Ferschit et c'est un autre candidat, Éric Piolle, que vous connaissez bien, le maire de Grenoble, qui va vous succéder dans un instant. Merci beaucoup. La contraception hormonale gratuite pour toutes les femmes jusqu'à l'âge de 25 ans, c'est l'annonce ce matin sur France 2 du ministre de la Santé. Une mesure chiffrée à 21 millions d'euros, elle doit s'appliquer dès le 1er janvier. Selon Olivier Véran, le recours à une contraception est en recul chez un certain nombre de jeunes femmes pour des raisons financières.
Contre annonce du gouvernement, celle de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, Marlène Schiappa, 12 000 travailleurs étrangers vont être naturalisés. Des travailleurs qui ont été en première ligne pendant la crise sanitaire, professionnels de santé, agents d'entretien ou encore aides à domicile. Les dégâts ne sont que matériels, pas de victimes à déplorer, constate ce matin sur France Info la préfecture du Lot-et-Garonne après les inondations à Agen. L'eau est montée jusqu'à 2 mètres par endroit et il n'y a plus ce matin aucun département en vigilance orange aux orages.
Deux jours après la disparition de Jean-Paul Belmondo, l'icône du cinéma français va recevoir un hommage national cet après-midi aux Invalides. Des images emblématiques de l'acteur vont être diffusées dans la cour d'honneur avant que ne résonne la Marseillaise. Le public pourra se recueillir auprès du cercueil de l'acteur à partir de 19h30. En Afghanistan, les talibans acceptent de laisser 200 américains et des civils d'autres nationalités et de quitter le pays malgré la fin des opérations d'évacuation des départs qui sont prévus dans la journée.
France Info
Le 8.30 France Info Salia Brakia Marc Fauvel Et c'est donc Eric Piolle qui nous a rejoint. Bonjour, bienvenue. Bonjour. Vous êtes le deuxième des cinq candidats écologistes à défiler au micro de France Info. Vous avez 48 ans. Vous êtes le maire de Grenoble. Vous avez été élu puis réélu assez facilement à la tête de cette ville. Vous avez été également l'un des premiers maires à faire la guerre aux voitures. Vous allez peut-être me reprendre sur cette expression. c'était déjà lors de votre premier mandat. Est-ce que vous dites aux électeurs qui pourraient tenter de voter pour vous si je suis élu à la primaire et à l'Elysée je ferai en France ce que j'ai déjà fait dans ma ville ?
Ça n'a pas trop de sens puisque ça n'est pas la même échelle. Ce n'est pas les mêmes compétences.
Mais les voitures polluent
autant à Grenoble ou à Vesoul. Mais bien sûr. Par contre, le cap que nous proposons est un cap d'une écologie concrète qui propose des mesures concrètes et regardez ce que nous avons fait. Nous sommes passés nos 30 km heure. Un président moins dur
que ne l'a été le maire.
Par exemple,
sur les 30 km heure. Après un cap,
le cap c'est important qu'il soit ferme, qu'il soit partagé. Les gens comme ça savent à quoi s'attendre. Et en fait, ça suscite de l'adhésion. C'est ça qu'ont montré les élections à Grenoble. Donc ça suscite de l'adhésion même si ça suscite du conflit. Vous savez, l'écologie aujourd'hui nous fracture à l'intérieur de nous-mêmes aussi. On est tous résistants aux changements. Vous voulez dire
que vous êtes comme Sandrine Rousseau parfois vous trouvez que vous prenez des douches un peu trop longues.
On est tous résistants aux changements. Tous. Et pourtant, nous savons que nous avons des changements à faire. Et quand nous les faisons, ça a du sens pour nous et on a plaisir à le faire. Et après, il y a des mesures. Rappelons que les trois quarts des mesures à prendre sont des mesures publiques. Donc nos gestes du quotidien sont importants mais les trois quarts, ça relève de l'action publique. C'est le sens de ma candidature à la présidentielle. J'ai vu la puissance de la transformation locale à Grenoble.
J'ai vu aussi les limites de cette transformation locale quand l'État avec ce en même temps en fait continue de répondre au lobby, continue d'entretenir cette logique de se dire que l'accumulation des profits est l'alpha et l'oméga de la société et que la compétition entre les humains est l'alpha et l'oméga de la société.
Précisément sur cette question des transports, Éric Piolle, Marine Le Pen dit ce matin dans le Figaro qu'elle veut renationaliser les autoroutes. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne idée que vous pouvez reprendre à votre compte ?
Je ne veux pas reprendre les idées de Marine Le Pen. La privatisation des autoroutes, ça a été un fiasco. C'était une logique des années 80-90 et début des années 2000 où on bradait le service public où on pensait que le privé allait être plus efficace. Non, là, il n'est pas plus efficace. Donc vous, président, vous renationalisez les autoroutes ? Ça fait partie de notre programme.
Les 144 propositions très concrètes que j'ai proposées dans 9 domaines précis pour baisser les gaz à effet de serre de 55% en 2030 pour créer 1,5 million d'emplois dans le quinquennat pour transformer nos problèmes en emplois et là-dedans, il y a la nationalisation des autoroutes mais également celle des autoroutes du numérique. Les infrastructures de réseau doivent être publiques. C'est des biens communs doivent être publics. Privatiser les biens communs comme privatiser l'eau, ça nuit au collectif, ça nuit à l'intérêt général et c'est une captation de valeur par quelques-uns.
Si vous nationalisez les autoroutes, Éric Piolle, est-ce que vous faites comme Marine Le Pen qui dit moi j'en profiterai pour baisser les tarifs ? Je vous laisse à Marine Le Pen, je ne commence pas à Marine Le Pen. Oubliez Marine Le Pen. Voilà, oubliez Marine Le Pen et parlons de fond. Si vous nationalisez les autoroutes, est-ce que vous dites comme certains c'est pour baisser les prix et rendre du pouvoir d'achat aux automobilistes ou est-ce que vous dites au contraire profitons-en pour augmenter davantage les tarifs pour dissuader les Français de prendre leur voiture et de prendre plutôt le train par exemple ? Nous avons besoin de financement,
oui. 3 milliards pour les trains, c'est ce que nous proposons, 3 milliards supplémentaires tous les ans pour les trains pour refaire des trains du quotidien, l'infrastructure nationale, du fret de marchandises, aujourd'hui c'est un tiers de notre pollution de nos gaz à effet de terre.
Ma question était sur les tarifs des autoroutes.
Et donc sur les tarifs des autoroutes, il n'y a pas matière à les baisser mais aujourd'hui il y a 15 à 20% qui partent en profit pour les sociétés autoroutières, c'est 15 à 20%, il n'y a pas de raison de les laisser au privé, nous pouvons les réinjecter pour changer nos modes de déplacement et accompagner les mesures sociales, tout doit être accompagné de mesures sociales parce que rappelons que 1% de la population de la planète pollue 2 fois plus que 50% des 50% les moins favorisés de la planète, c'est ça le ratio, 1% ils polluent 2 fois plus que les 50% les plus bas.
Eric Piolle, l'un de vos objectifs c'est qu'en 2030 un quart des fermes en agriculture soient biologiques, comment on y arrive ? Comment on les incite à basculer ?
C'est d'ailleurs l'objectif que s'est fixé l'Europe dans ce domaine-là comme dans d'autres, nous avons vu l'inaction du gouvernement puisqu'il n'atteigne même pas les objectifs qui s'étaient fixés. Emmanuel Macron avait fixé comme objectif 15% en 2022, ça ne sera pas le cas, on sera à peine plus de 10% et donc nous proposons là 25 000 fermes municipales. Quel est l'enjeu ? C'est-à-dire ? Quel est l'enjeu ? L'enjeu c'est que nous avons aujourd'hui un peu plus de 450 000 paysans, la moitié d'entre eux vont partir à la retraite dans les 10 ans.
Si on ne fait rien, leurs terres vont ou bien être rachetées par l'agro-industrie, ou bien être rachetées par des promoteurs pour être artificialisés, faire du logement, des routes, etc. Ou bien être rachetées par des fonds d'investissement, nous commençons à avoir un redéploiement de la finance spéculative vers les forêts, vers les terres agricoles, vers le logement. Nous devons protéger nos terres de cela. Ça marche comment une ferme municipale ? Et donc, ça veut dire là que nous donnerons des moyens de préemption. Une ferme municipale, ce n'est pas forcément public, c'est juste que là, ça permet une agriculture qui est connectée à l'alimentation du territoire.
Ça peut être privé, ça peut être porté par des associations, ça peut être porté par une collectivité, ou porté directement par une structure publique. Mais par contre, là, ça protège ces 25 000 fermes, ça crée 100 000 emplois dans l'agriculture, et ça protège notre alimentation, notre santé, et surtout nos terres agricoles. Gardons cela en tête, le redéploiement de la finance dans les biens communs va être vraiment, c'est maintenant qu'il faut mettre les barrières.
Cette question du bio, elle est parfois plus complexe qu'elle n'en a l'air. Vous avez peut-être suivi ce qui se passe en ce moment dans la filière du lait bio, où effectivement, de nombreuses fermes, de nombreux agriculteurs français sont passés au bio ces dernières années. Le lait est un peu plus cher, il y a 10, 15 centimes d'écart. Mais aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que les consommateurs ne suivent pas assez le mouvement.
Il n'y a pas assez de gens en France qui achètent du lait bio et on se retrouve dans les fermes aujourd'hui avec des stocks considérables de lait bio, c'est-à-dire des fermiers qui ont investi parfois beaucoup d'argent pour passer au bio et qui aujourd'hui n'arrivent pas à écouler leur lait, tout simplement, qui se retrouvent avec ce lait sur les bras. Ça veut dire que la question est aussi du côté des consommateurs. Comment est-ce qu'on fait pour que le marché existe vraiment ? D'abord, le marché... Parce que c'est bien de faire des fermes
mais si on ne vend pas les produits, ça ne marche pas. Là, quand même, vous êtes vraiment à contre-courant des faits. Non, ce sont les faits sur la filière du lait bio aujourd'hui. La filière du lait, c'est un point précis. Mais sur le bio en général, la conversion au bio aujourd'hui ne suit pas la demande. Dans le lait, c'est l'inverse. Dans le lait, qui est un secteur où on a progressé. En Italie, où il y a beaucoup plus de terres déjà en bio, là non plus, ça ne suit pas la demande. Donc, c'est la tendance à la fois pour préserver le sol, l'environnement, nos emplois, notre santé, tout.
C'est la tendance, on voit bien que tout le monde n'a pas les moyens d'acheter du bio.
Je vais répondre à votre question. C'est que là, nous imposerons également qu'il y ait du bio et des options végétariennes dans toute la restauration collective. Je reviens à tout à l'heure, on disait un quart d'efforts individuels, trois quarts d'efforts collectifs. L'effort collectif dans le domaine, c'est évidemment de permettre des débouchés et que les paysans puissent se convertir en se disant que l'horizon est devant eux. C'est ce que nous avons fait à Grenoble, à la fois avec les repas végétariens, à la fois avec le bio et le local. Ça permet de donner une dynamique de territoire et c'est extrêmement important.
Éric Piolle, il y a aussi la question de la 5G. La 5G, vous aviez dit, permet de regarder des films porno en HD dans l'ascenseur. C'est ce que vous avez dit il y a quelques mois.
C'est un peu plus d'un quart fait.
Mais pourtant, la 5G a été déployée sur le territoire français. Vous faites quoi si vous devenez président ? On revient en arrière ?
Non, vous vous rendez bien compte que votre question n'est pas opérationnelle. Vous vous rendez bien compte que c'est impossible. Quelle est la question du numérique ? Si on ne fait rien, c'est ce que pointait le rapport du Haut Conseil pour le climat en décembre. Il demandait la même chose que moi, il demandait un moratoire. Donc, il y a une synergie là entre le leader politique que je suis et le Haut Conseil pour le climat.
Nous avons besoin
de contrôler les usages du numérique. Ces usages du numérique, ils posent deux problèmes. Un, ça va augmenter la consommation électrique. Ça veut dire quoi contrôler les usages du numérique ? Premièrement. Deuxièmement, nous voyons bien qu'il y a un danger autour de la société de surveillance. Un danger aussi géopolitique. On le voit avec la Chine, avec toutes ses affaires de contrôle des données. Donc, c'est extrêmement important dans les deux domaines. Donc, nous proposons un conseil citoyen permanent pour contrôler les usages. Nous devons maîtriser aujourd'hui nos limites. Nous savons le faire pour la bioéthique.
Nous pourrions dire qu'on va cloner les humains et nous disons non, nous pourrions le faire mais nous décidons par éthique ou par stratégie, nous décidons de ne pas le faire. Ça veut dire par exemple... Dans le numérique, c'est pareil. L'objectif est de baisser nos consommations électriques. Par exemple, le streaming,
il faut se calmer là-dessus. On sait que c'est un des plus
gros consommateurs de banques de la santé aujourd'hui. La montée de la qualité des données, il faudra y réfléchir effectivement. Si vous laissez faire, vous savez comment ça marche. Là, c'est qu'il y a un effet boule de neige en permanence. Donc, ce que nous proposons aussi, c'est que les data centers, donc ces gros bâtiments dans lesquels il y a les serveurs qui collectent et qui font circuler toutes ces données, au lieu de les faire sur des terres agricoles, nous imposons de les faire en ville, connectés à des réseaux de chaleur urbains pour là, utiliser cette chaleur qui est incroyable. J'ai travaillé dans ce domaine-là.
Vous coupez la clim d'un data center, ça monte à 50 degrés en moins d'une minute de façon très concrète. Utilisez cette chaleur pour chauffer nos bâtiments. Donc, il y a là des stratégies de cohérence, des stratégies aussi sur la durée de vie de nos équipements puisque une des grosses parties de la consommation du numérique, c'est tous nos terminaux, tous nos téléphones, tous nos écrans, tous les serveurs, etc.
Eric Köln, la même question finale que celle pour Sandrine Rousseau tout à l'heure. Qu'est-ce qui, dans votre quotidien, est la chose écologiquement parlant la moins avouable que vous faites ? Sandrine Rousseau nous a dit je culpabilise un peu, je prends des douches trop longues. Bon, ça passe tout juste. Pour vous, vous êtes parfait ou vous avez aussi
des petits défauts écolos ? Si vous demandez à mon entourage, tout le monde va vous dire que je passe mon temps à manger des bonbons d'une marque bien connue qui donne le sourire aux enfants et je ne sais pas exactement... Il n'y a rien d'autre à confesser. Vous savez, on est tous plein de contradictions. J'espère que vous avez douté de réduire nos éléments de contradictions. J'ai lâché la voiture, notre grosse voiture familiale puisque j'ai quatre enfants. Ce n'est pas vos journées avec la 5G par exemple. Maintenant, on est dans une coopérative d'autopartage. Ça marche très bien. Je n'imaginais pas du tout le faire il y a dix ans. Vous m'auriez dit ça ? Je lui ai dit non, vous êtes fous.
J'ai des enfants, je fais de l'escalade, du camping, j'ai besoin d'une grosse voiture. Ça ne répond pas tout à fait à la question. En fait, ça bouge. Il y a sans doute encore plein de choses à changer mais la vie est un changement permanent. Quand on écoute Edgar Morin à 100 ans qui est encore tourné vers l'avenir, on se dit que nous sommes en permanence tournés vers l'avenir. Merci beaucoup Eric Piolle. Merci à vous.
Ce soir, 18h50, Jean-Marc Governatori. Demain matin, les deux derniers candidats. Salut à Braclia, vous nous rappelez le dehors.
Non ? C'est Yannick Jadot et Delphine Bateau.
Merci, bonne journée à tous. Merci à vous.
Sandrine Rousseau