Gadi Eisenkot, le général qui défie Netanyahou 2/4 : Un chef d'état-major partisan de la ligne dure
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« Il en tire une doctrine assumant l'usage disproportionné de la force qui fait sa réputation bien au-delà des frontières israéliennes. »
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« ça l'a incité, si vous voulez, à chercher la victoire décisive des guerres courtes plutôt que des guerres interminables. »
- 4:59InvitéFait
« Nous avons frappé l'aéroport de Beyrouth pour signifier au gouvernement libanais qu'aucune partie de son territoire n'est à l'abri de nos frappes tant que nous sommes attaqués. »
- 5:53InvitéFait
« C'est ce qu'on appelle la doctrine d'Arié du nom du bastion historique du Hezbollah à Beyrouth. »
- 7:15InvitéFait
« Aisenkot, c'est quelqu'un qui estime que la droite israélienne, notamment celle de Netanyahou, a politisé l'institution militaire. »
- 9:13InvitéFait
« il avait des conflits avec Netanyahou à ce moment-là parce qu'il voulait lui formaliser notamment la doctrine de sécurité nationale israélienne. »
- 9:51InvitéFait
« il était notamment en travail avec le Mossad sur l'opération des beepers qui finalement va être employée en 2024. »
- 10:03InvitéFait
« il a nommé une unité au sein des renseignements militaires israéliens qui étaient chargés de suivre l'argent Qatari et de voir l'influence de l'argent Qatari quand elle arrive au sud d'Israël dans la bande de Gaza face au Hamas. »
- 12:34InvitéFait
« on peut se demander rétrospectivement si ces marches du retour n'ont pas préparé quelque part le terrain. »
- 13:44InvitéFait
« Azaria, c'est un jeune militaire, un conscrit, qui, en fait, a assassiné, en tout cas, il a tué un terroriste palestinien qui avait commis une attaque au couteau. »
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France
Culture
L
'attaque aérienne israélienne contre le Liban qui avait commencé par le raid meurtrier d'hier s'est poursuivie aujourd'hui.
Cette
fois, cependant, Beyrouth a été épargné, bien que la DCA n'ait guère cessé de tirer ici sur les avions qui survolaient la capitale. Vraisemblablement, pour photographier les résultats du dernier raid et peut-être les objectifs
du
prochain. Les visages de l'actu, Gadi Eisenkot, épisode 2, un dirigeant militaire à la ligne dure.
Gadi
Eisenkot gravit la hiérarchie au rythme des guerres israéliennes au Liban, à Gaza.
La
guerre de 2006 conclut sans victoire nette et pour lui un tournant. Il en tire une doctrine assumant l'usage disproportionné de la force qui fait sa réputation bien au-delà des frontières israéliennes et pèse encore sur la manière dont Zahal mène ses campagnes militaires. En 1982, Gadi Eisenkot participe à l'invasion israélienne du Liban. L'opération s'appelle Paix en Galilée. Elle vise à chasser l'organisation de libération de la Palestine qui attaquait l'état hébreu depuis le Liban.
La guerre du Liban en 1982, aussi appelée l'opération Paix en Galilée puisqu'il s'agissait de défendre le nord d'Israël, c'est une guerre qui est différente des précédentes et qui va rencontrer cette génération de militaires dont fait partie Eisenkot de façon très différente. Parce qu'à l'époque, la tradition militaire, c'est évidemment la victoire majestueuse de la guerre des Six Jours en 1967 et la victoire plus difficilement obtenue, mais victoire tout de même en 1973 avec la guerre de Kippour. Et c'est des victoires qui sont armées face à armée, tank contre tank, avion contre avion.
Or là, en 1982, pour la première fois en réalité, Saal va être confronté à un type de guerre qui est totalement différent contre une organisation qui ne se bat pas de façon traditionnelle et qui se sert des infrastructures civiles et qui se cache au milieu de la population libanaise civile pour faire la guerre à Saal. Cette guerre,
pour
la première fois dans l'histoire du pays, elle est impopulaire.
Elle
donne lieu à des manifestations monstres à Tel Aviv, plus de 400 000
Israéliens
qui manifestent contre cette guerre parce qu'elle est
perçue
comme étant une guerre non pas de nécessité, donc une guerre défensive, mais une guerre
de
choix. Et ça, le jeune soldat Gadi Eisenkot l'a déploré.
Il
y a eu des combats extrêmement durs, notamment pour le concernant à Nabatillé et à l'aéroport de Beyrouth. Ça, ça l'a profondément marqué. Ce qui l'a surtout marqué, c'est l'embourbement de
l
'armée israélienne. En fait, c'était une guerre qui était conçue comme une guerre entre guillemets éclair, mais il y a eu une forme d'enlisement et ça a vraiment structuré sa pensée stratégique et notamment ça l'a incité, si vous voulez, à chercher la victoire décisive des guerres courtes plutôt que des guerres interminables.
Saut
en avant, nous sommes à la veille des années 2000 et Gadi Eisenkot met un pied dans le monde. politique en devenant secrétaire militaire du Premier ministre d'alors, Ehud Barak.
Effectivement, il va être nommé secrétaire militaire d'Ehud Barak. Ehud Barak qui est à l'époque Premier ministre, en 1999, qui va remporter une victoire contre Benjamin Netanyahou et qui est le chef des travaillistes,
qui
est élu notamment en promettant qu'il fera la paix définitive. C'est-à-dire qu'à l'époque en Israël, on a fait la paix avec l'Égypte, ensuite on a fait la paix avec la Jordanie et vraiment le prochain grand sujet, c'est la paix avec les Palestiniens. Et c'est ce que promet Ehud Barak et c'est sur quoi il va remporter une victoire avec les fameux efforts de la fin de 1999 et du début des années 2000. Et Eisenkot va être son secrétaire militaire dans une administration qui est considérée comme très volatile, instable. Et lui, il va jouer son rôle, un rôle non politique. Et il va conseiller le Premier ministre.
Il va rester au même poste sous Ariel Sharon qui, lui, remporte la victoire après Ehud Barak, qui, lui, vient du Likoun. Et donc c'est très surprenant en politique israélienne de rester au même poste sous un Premier ministre travailliste puis un Premier ministre de droite, le faucon Ariel Sharon.
En
2006, Israël est une nouvelle fois en guerre au Liban.
Les
canons israéliens ripostent au tir de roquettes Katusha du Hezbollah sans grand succès. Extrait
du
20h de TF1 le 13 juillet de cette année.
Les petites unités du groupe chiite libanais sont extrêmement mobiles. Leurs missiles frappent désormais des villes israéliennes situées à 15 kilomètres de la frontière. Tenant pour responsable le gouvernement libanais des attaques du Hezbollah, la chasse israélienne a frappé plusieurs objectifs civils et militaires sur le territoire libanais. A Beyrouth, c'est une des pistes de l'aéroport international et un bâtiment de la télévision du Hezbollah qui ont été touchés.
Le
chef d'état-major israélien menace directement le pouvoir libanais. Nous avons frappé l'aéroport de Beyrouth pour signifier au gouvernement libanais qu'aucune partie de son territoire n'est à l'abri de nos frappes tant que nous sommes attaqués.
En
2006,
il
est à la direction des opérations. Il est plutôt critique sur la conduite de la guerre de l'armée israélienne. Il déplore l'incohérence de la stratégie militaire israélienne. Ce
n
'est pas lui qui est aux manœuvres parce qu'il n'est pas commandant pour le coup du Front Nord à ce moment-là. Il est nommé juste après, d'ailleurs, ce qui constitue un échec pour l'armée israélienne puisque le Hezbollah réussit à, en tout cas résiste aux assauts de l'armée israélienne et impose des pertes côté soldats israéliens qui sont très significatives. Et il en tire une leçon sur le plan stratégique. C'est ce qu'on appelle la doctrine d'Arié du nom du bastion historique du Hezbollah à Beyrouth. C'est un quartier sud de Beyrouth, la capitale libanaise et où, pour le coup, l'imbrication entre le civil et le militaire est quasi absolue.
Et c'est pour ça qu'Aisenkot formalise en quelque sorte une doctrine qui a été appelée par la suite la doctrine d'Arié du nom de ce quartier général du Hezbollah et qui consiste, si vous voulez, à imposer une forme de dissuasion massive
à
changer le calcul stratégique de l'adversaire en détruisant de manière systématique
son
infrastructure, l'infrastructure urbaine qui est utilisée par l'adversaire pour mener ses opérations. Évidemment, ça pose un certain nombre de problèmes en droit international humanitaire, la question de la distinction entre le civil et le militaire et puis la question
de
la proportionnalité. Alors qu'il faut évidemment juger au cas par cas, mais c'est quand même un problème majeur. Et ça a d'ailleurs incité ensuite l'armée israélienne à essayer de trouver une doctrine pouvant justifier en fait ce qui était perçu comme des entorses aux droits internationaux humanitaires. Mais en tout cas, c'est ça qui fait la réputation de dureté d'Aisenkot sur le plan militaire. Je pense qu'il faut mettre ici une nuance de taille.
C'est que quand même, malgré tout, Aisenkot, c'est quelqu'un qui estime que la droite israélienne, notamment celle de Netanyahou, a politisé l'institution militaire, que la rhétorique de victoire décisive, de victoire totale, est populiste et sans lien avec la réalité du terrain et qu'il faut surtout éviter de s'embourber et de s'enliser. Donc, l'outil militaire, il doit être au service d'un objectif politique.
Le
16 février 2015, Gadi Aisenkot arrive au sommet de la hiérarchie de Tzaal et devient chef d'état-major. Ce jour-là, Netanyahou lui-même lui remet ses galons, archive des forces de défense israéliennes.
Je
me
tiens devant vous avec un grand sens des responsabilités
et
j'accepte l'honneur de diriger les forces de défense d'Israël et d'assurer la sécurité de l'État d'Israël.
Sous
mon commandement,
les
forces de défense d'Israël accorderont la priorité à la vigilance,
à
la capacité opérationnelle
et
à des valeurs solides afin que nous puissions déployer la force nécessaire pour garantir la sécurité
et
la sûreté des citoyens de l'État d'Israël.
Quand
il arrive à ce poste-là, il a 54 ans, c'est considéré comme relativement tard dans la carrière d'un militaire.
Il
travaille sous Netanyahou, il bénéficie de l'expérience politique qu'il avait précédemment sous les autres premiers ministres et il va être chef d'état-major de 2015 à 2019. Et à noter ces années-là, évidemment on a ce qu'on appelle l'intifada des couteaux en Israël en 2017 avec une multiplication d'attentats à l'arme blanche, mais c'est un des rares chefs d'état-major israéliens qui ne va pas diriger de grandes guerres pendant son mandat, c'est-à-dire qu'il peut se concentrer sur autre chose.
Alors lui aujourd'hui, a posteriori, il va le dire qu'il avait des conflits avec Netanyahou à ce moment-là parce qu'il voulait lui formaliser notamment la doctrine de sécurité nationale israélienne, faire passer une loi au Parlement qui obligerait le gouvernement à adopter un document officiel un petit peu à l'américaine et que ça n
'a
pas été fait parce que ce n'était pas le style de Netanyahou qui n'aime pas formaliser. Eisenhower,
c
'est vraiment quelqu'un qui aime travailler de façon nette et propre et qu'il désirait officialiser les choses. Il n'a pas eu le temps. Aujourd'hui, il dit notamment qu'il a préparé des grandes opérations,
qu
'il était notamment
en
travail avec le Mossad sur l'opération des beepers qui finalement va être employée en 2024, mais que lui et le Mossad avaient prévu d'une opération beaucoup plus grande contre le Hezbollah au nord qui finalement n'a pas été employé. Il dit également qu'il a nommé une unité au sein des renseignements militaires israéliens qui étaient chargés de suivre l'argent Qatari et de voir l'influence de l'argent Qatari quand elle arrive au sud d'Israël dans la bande de Gaza face au Hamas et que là aussi Netanyahou à un moment donné a demandé à ce que cette unité cesse.
Donc il a beaucoup de reproches à postériori à faire sur ses relations de travail avec Benjamin Netanyahou mais l'un dans l'autre c'est un mandat calme,
c
'est un mandat pendant des années prospère pour Israël.
En 2018, des manifestations de Gazaoui à proximité de la frontière israélienne sont violemment réprimées. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU fait état de 195 palestiniens tués avec près de 29 000 blessés. Emmanuel Macron avait alors, je cite, condamné les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants. On écoute le 20h de France 2 du 30 mars 2018.
Par
milliers, drapeaux palestiniens à la main,
les
manifestants s'approchent de la frontière avec Israël.
L
'armée israélienne cherche aussitôt à les disperser avec des grenades lacrymogènes
parfois
lâchées comme ici par un drone qui survole la foule.
L
'État hébreu avait prévenu une centaine de tireurs d'élite et déployés le long de la clôture.
Face
aux jets de pierre,
les
coups de feu résonnent.
Il
y a plusieurs morts
et
des dizaines de blessés par balle évacués dans la plus grande confusion.
Ce
mouvement de protestation est intitulé la marche du retour. Il vise à obtenir le droit pour les réfugiés palestiniens de rentrer en Israël dans les villages dont ils sont originés. Cette marche du retour, marche dite du retour, parce qu'en fait, ce qu'il ne
faut
pas oublier aussi,
c
'est que pour le coup, là,
l
'état-major du Hama, ça joue un rôle central, même dans le choix de ce vocabulaire qui n
'est
absolument pas anodin,
de
2018,
a
fait l'objet d'une très très forte critique des organisations de droits de l'homme à l'international,
qui
ont déploré le nombre de civils palestiniens qui ont été blessés ou tués. Il y avait une espèce de chaos qui régnait à la frontière, parce qu
'il
y
a
un double contexte.
Il
y
a
la déclaration d'Irké Sinoir, qui est le chef du Hamas dans la bande de Gaza,
et
qui expliquait
à
la frontière avec Israël qu'il fallait arracher de ses propres mains le cœur des Israéliens et qui préfigurait, au fond, les massacres du 7 octobre. Et on peut se demander rétrospectivement si ces marches du retour n'ont pas préparé quelque part le terrain. Et puis, par ailleurs, la difficulté pour l'armée israélienne, c'était de distinguer, en fait, les civils, dont certains manifestaient de manière pacifique, des miliciens du Hamas qui utilisaient des engins incendiaires, voire des explosifs. Et donc, à cette époque, Gadi Heisenkot avait été vertement critiqué pour la gestion
de
cette affaire,
qui
avait fait l'objet aussi d'une critique en Israël, le quotidien Arez, qui
estimait,
pour le coup, que les règles de la proportionnalité, la distinction entre civils et combattants n'avaient pas été respectées par l'armée israélienne.
Il
faut faire aussi un petit retour en arrière, parce qu'on a parlé de la marge du retour qui a été un moment important dans la carrière militaire de Gadi Heisenkot, mais aussi, l'affaire Azaria 2016 a été un moment très important, c'est un jalon important. Pourquoi ? Parce qu'on dit de Heisenkot que c'est un dur, parmi les durs, c'est une formule qui, à mon avis, est un peu trop rapide, parce que quand on regarde ce qui s
'est
passé à ce moment-là, Azaria, c'est un jeune militaire, un conscrit, qui, en fait, a assassiné, en tout cas, il a tué un terroriste palestinien qui avait commis une attaque au couteau, donc on est pendant cette période de l'intifada dite des couteaux, et ça a fait l'objet d'une très grande polémique en Israël avec la droite qui l'a défendue, qui voulait faire preuve d'indulgence, et Heisenkot, lui, a refusé, en fait, de faire preuve d'indulgence, estimé qu'au fond, il avait commis une faute et qu'il fallait qu'il soit sanctionné parce que l'armée, elle devait être autonome et surtout ne pas être soustrait aux pressions des politiques.
En 2019, il va transmettre les rênes à son successeur qui est Aviv Kohavi et ensuite prendre la période de battement obligatoire. On a parlé tout à l'heure du fait que les chefs d'état-major deviennent quasiment tous des politiciens. Il y
a
une loi en Israël qui les force à prendre trois ans de retrait. Donc, en 2019 et en 2022, il prend sa pause à ce moment-là.
Gadi Heisenkot achève sa carrière avec une réputation de dur, une vie ou presque menée dans l'armée. C'est une seconde vie qu'il attend quelques années plus tard lorsqu'il entre au Parlement israélien. On verra dans le prochain épisode des visages de l'actu qu'il n'abandonnera pas complètement sa casquette de général lorsqu'il s'avancera sur le devant de la scène. de la
scène. On verra dans le même qu'il s'avancera. Sous-titrage ST' 501