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Discours / meetingTMC / Quotidien (sur YouTube)· 2 mars 2026 48 minAutoproduitFond programmatiqueDéfenseEurope & internationalInstitutions & élections

Emmanuel Macron veut augmenter la dissuasion nucléaire française

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:06Invité politiqueFait
    « En tant que président de la République, élu au suffrage universel direct, j'en suis le garant et je suis venu ici vous redire avec la plus grande force l'attachement de la nation. »
  • 3:48Invité politiqueFait
    « En février 2020, il y a 6 ans déjà, fidèle à la tradition républicaine, j'avais exposer les fondements de notre doctrine nucléaire et de sa place dans le monde. »
  • 5:16Invité politiqueFait
    « La Russie mène à l'Ukraine voisine une guerre lente et cruelle qui constitue, comme l'a identifiaé notre revue nationale stratégique, un risque majeur pour notre Europe. »
  • 8:57Invité politiqueFait
    « Le risque de franchissement est plus grand d'abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées, des États possesseurs ou proliférant s'accroisent. »
  • 12:36Invité politiqueFait
    « Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun état, si puissant soit-il ne pourrait s'y soustraire. Aucun, si vaste soit-il ne s'en remettrait. »
  • 13:19Invité politiqueChiffre
    « Un seul de nos sous-marins tel que celui derrière moi emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la seconde guerre mondiale. »
  • 14:01Invité politiqueFait
    « Dès 2017, j'ai pris acte de la fin des dividendes de la paix. Je me suis employé à assurer le renouvellement de tous nos moyens pour les prochaines décennies. »
  • 15:29Invité politiqueFait
    « Je tiens ici à féliciter les acteurs militaires, industriels, scientifiques qui œuvre à ce succès. »
  • 16:13Invité politiqueFait
    « Nous disposons depuis quelques mois du nouveau missile M51.3 3 sur nos SNLE et d'une nouvelle tête nucléaire océanique optimisée pour pénétrer toutes les défenses. »
  • 19:49Invité politiquePromesse
    « C'est pourquoi j'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal pour couper court à toute spéculation. »
  • 20:33Invité politiqueFait
    « Cette augmentation de notre arsenal en témoigne. Mais pour être puissant, et c'est le deuxième temps de mon propos aujourd'hui, il faut être plus un et c'est d'Europe que je vais vous parler à présent. »
  • 21:59Invité politiqueFait
    « Nos lignes rouges ne sont pas lisibles. Elles ne sauraient l'être. »
  • 23:27Invité politiqueFait
    « Je crois pouvoir affirmer que nos partenaires y sont prêts. »
  • 24:55Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, une nouvelle étape de la dissuasion française peut donc se concrétiser. Nous entrons sur le chemin de ce que j'appellerai la dissuasion avancée. »
  • 29:12Invité politiqueFait
    « Le travail que nous avons entamé sur ce projet avec les Européens s'est fait en pleine transparence avec les États-Unis d'Amérique et en coordination étroite avec le Royaume-Uni. »

Temps de parole

  • Emmanuel Macron100 %

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0:13
Emmanuel Macron

Monsieur le premier ministre, mesdames et monsieurs le ministre, mesdames et messieurs, en vos grades et qualités, c'est avec gravité que je me tiens aujourd'hui devant vous. Au cœur de l'île longue, cette cathédrale de notre souveraineté, symbole de l'engagement constant de notre pays pour la dissuasion nucléaire depuis maintenant plus de 65 ans. Dans quelques jours, le sous-marin nucléaire lanceur d'engin le téméraire qui vous fait face la mer. Il disparaîtra. dans une discrétion absolue et jouera pleinement depuis les profondeurs son rôle de gardien ultime de notre liberté d'action, de notre indépendance.

Tout cela, nous le devons à l'engagement continu de mes prédécesseurs de nos armé depuis le premier essai nucléaire français en 1960, la première alerte opérationnelle des forces aériennes stratégiques en 1964, la première pierre posée ici même à l'île longue en 1965 et encore la première patrouille du SNLE le redoutable en janvier. 1972. Nous le devons aussi au savoir-faire de nos centres de recherche, de nos industriels, au professionnalisme et au dévouement des militaires et des civils qui servent où qu'ils se trouvent dans un atelier secret au fond des mers ou dans le ciel. Notre dissuasion nucléaire. J'en suis reconnaissant à chacun.

Pour la dissuasion, notre nation a consenti un effort financier, scientifique et technologique constant, à tous égards exceptionnel et sans égal sur le continent. Déjà trois générations de femmes et d'hommes se sont succédés pour revreter à l'édification, à la consolidation, à l'optimisation de ce qui constitue la pierre angulaire de notre stratégie de défense. À l'heure où vacillent les certitudes, où les adversaires s'enardissent, où les alliances facillent. La dissuasion est et doit demeurer un intangible français.

En tant que président de la République, élu au suffrage universel direct, j'en suis le garant et je suis venu ici vous redire avec la plus grande force l'attachement de la nation. Mon attachement à la poursuite de cette mission fondamentale. Notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l'audace de vouloir s'en prendre à la France savent le prix insoutenable qu'il y aurait pour eux à payer. Mais intangible ne veut pas dire inerte. En février 2020, il y a 6 ans déjà, fidèle à la tradition républicaine, j'avais exposer les fondements de notre doctrine nucléaire et de sa place dans le monde. Depuis lors, les choses ont changé.

Les 6 années écoulées pour la France et pour l'Europe pèsent comme des décennies et les derniers mois comme des années. Nos concurrents ont évolué, nos partenaires aussi. Le monde se durcit et les dernières heures l'ont encore démontré. C'est donc avec beaucoup de gravité que je viens aujourd'hui annoncer à la nation une évolution à la hauteur de nos défis nationaux et européens. Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté avec la mise en place progressive de ce que j'appellerais une dissuasion avancée.

Oui, nous vivons actuellement au plonger aux politiques une période de rupture pleine de risques et nos compatriotes en ont pleinement conscience. Cette période justifie un durcissement de notre modèle. La Russie mène à l'Ukraine voisine une guerre lente et cruelle qui constitue, comme l'a identifiaé notre revue nationale stratégique, un risque majeur pour notre Europe. Cette même Russie assume un révisionnisme, un impérialisme brutal et déjà forte d'un d'un arsenal nucléaire plétorique ne cesse de développer de nouvelles armes.

des missiles nucléaires hypersoniques, d'autres à propulsion nucléaire censé voler sans limite des torpilles nucléaires et même un projet particulièrement dangereux pour l'humanité d'armes nucléaires envoyées dans l'espace. La Chine de son côté s'est engagée dans un rattrapage à marche forcée des États-Unis. Elle fabrique plus d'armes aujourd'hui que n'importe quel autre pays. Elle a exposé encore récemment les derniers perfectionnement de sa triade. Nul ne sait quelles seraient les ramifications directes ou indirectes, nucléaires ou non, d'un conflit qui éclaterait en Extrême Orient ou ailleurs. Elle ne saurait en tout état de cause être sans conséquence pour nous.

La Chine comme la Russie développe des systèmes de plus en plus sophistiqués de protection de leur territoire. Une logique qu'épouse d'ailleurs les Américains aussi avec leur projet de Golden Dome. En Asie, les arsenaux ou les forces stratégiques d'autres États possesseurs comme l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord sont en pleine expansion. Par ailleurs, nous ne pouvons plus considérer les menaces de manière isolée car de nouveaux liens sont apparus entre elles. Quel est le prix du soutien massif de la Corée du Nord à la guerre d'agression que mène la Russie ? Quelles sont les ramifications du traité d'alliance entre les deux pays ?

Que dire de la dépendance extrême dans laquelle la Russie s'est placée vis-à-vis de la Chine ? De touta, nous devons tenir compte. À cela s'ajoute la guerre en cours proche et Moyen-Orient qui porte et portera son eau d'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières avec un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruite. Sur cela, je reviendrai dans les prochains jours. Quant à nos alliés américains qui eux-mêmes modernisent leur arsenal, ils jouent depuis 1945 et continueront de jouer un rôle clé dans la défense de l'Europe. Nous leur en savons gré et au plan de la dissuasion, ils participent directement à notre protection avec la mission nucléaire de l'OTAN.

Mais leur récente stratégie nationale de sécurité et de défense manifeste un réagencement des priorités américaines et une incitation forte à ce que l'Europe s'occupe plus directement de sa propre sécurité. Il nous faut entendre cette invitation à prendre davantage en main notre destin et comme vous le savez, je ne dis pas autre chose depuis le premier jour de mon premier mandat. Il y a par ailleurs une autre caractéristique de la période que nous vivons. Dans l'atmosphère d'anomie actuel, nous assistons à la fois à un renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire, mais aussi dans le même temps, à une intensification de la conflictualité sous ce seuil.

Et cela a des implications très directes pour nous. Le risque de franchissement est plus grand d'abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées, des États possesseurs ou proliférant s'accroisent. N'as-t-on pas vu tout récemment des explosions de violence impliquant l'Inde, le Pakistan, l'Iran, Israël ? N'at-on pas vu aussi des comportements irresponsables de la Russie en particulier avec une modification de sa doctrine cous humain pour menacer l'Ukraine, une banalisation du discours sur l'arme, des officiels qui agitent des menaces inconsidérées, des tirs de missiles duo comme l'orchnik à proximité des frontières européennes.

Tout cela est un changement majeur qui rend plus tangible le risque de franchissement. Dans le même temps, les puissances nucléaires comme la France doivent aussi s'accoutumer à la possibilité de conflits majeurs sous le seuil nucléaire dans leur environnement immédiat. N'at-on pas vu ces derniers mois des salves de missiles tombés sur des puissances dotées ou des États possesseurs ? L'Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire pour gérer ce genre de situation avant qu'elle ne franchisse le seuil nucléaire. Il faut des capacités spécifiques. L'alerte avancée pour détecter les menaces. La défense aérienne élargie pour s'en prémunir.

La frappe dans la profondeur pour contrer et agir au plan offensif. C'est tout cela qu'on appelle l'épaulement. Pour être fort dans notre dissuasion nucléaire, nous devons être forts dans nos capacités conventionnelles dans toutes leurs dimensions. C'est bien sur ces deux piliers que se font notre défense et j'en ai souligné l'importance dès 2020. Mais les dernières années ont bien montré le manque criant de capacité d'épaulement en Europe et cette situation n'est pas tonable. et vous verrez qu'elle occupe une place importante dans mon raisonnement.

Tout cela montre en tout cas que les menaces nucléaires s'accroissent, se diversifient, qu'elles sont davantage connectées entre elles, qu'elles risque d'être précédé d'épisodes de conflit intenses sous le seuil et que les défenses de nos adversaires potentiels se renforcent. Nous devons donc en tirer les leçons. Car en effet, dans ce monde dangereux et instable, comme vous m'avez déjà entendu le dire à plusieurs reprises, pour être libre, il faut être craint. J'en ai la conviction. Notre pays détient cette arme hors du commun qui est l'arme nucléaire et il en fait le socle de sa sécurité.

La chaîne de commandement est d'une clarté totale et la décision ultime revient au seul président de la République. Et devant la nation, dans ces temps d'incertitude, je le redis aujourd'hui avec force. En ma qualité de président de la République, je n'hésiterai jamais à prendre les décisions qui seraient indispensable à la protection de nos intérêts vitaux. Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun état, si puissant soit-il ne pourrait s'y soustraire. Aucun, si vaste soit-il ne s'en remettrait. Un seul de nos sous-marins tel que celui derrière moi emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la seconde guerre mondiale.

C'est près de 1000 fois la puissance des premières bombes nucléaires. C'est donc un discours de puissance assumée au service de la paix que je viens vous tenir aujourd'hui. Et cette puissance, vous le savez mieux que quiconque, ne vient pas sans effort. Le maintien de la crédibilité de cet outil est le fruit de décisions importantes prises ces dernières décennies et accélérées ces dernières années. Les trois décennies d'après la guerre froide nous avaient offert cette parenthèse de l'histoire où nous bénéficions de l'affaiblissement de nos adversaires et de l'empathie assurée de nos alliés.

En conséquence, nous avions progressivement renoncé à la composante terrestre de notre dissuasion et nos arsenaux avaient décru. Ces temps pourtant si proches semblent déjà lointain. Dès 2017, j'ai pris acte de la fin des dividendes de la paix. Je me suis employé à assurer le renouvellement de tous nos moyens pour les prochaines décennies. Nos futurs sous-marins stratégiques ont été mis en chantier. Ceux qui assurent avec vaillance une présence permanente à la mer depuis 1972, verront donc la 3è génération prendre la mer. Ici même à l'île longue, les premières découpes de l'acier qui façonnera les coques de ces nouveaux sous-marins ont commencé il y a plusieurs mois à Cherbourg.

Je tiens ici à féliciter les acteurs militaires, industriels, scientifiques qui œuvre à ce succès. Très peu de nations dans notre monde sont capables de construire de tels sous-marins nucléaires, prodiges inégalé de technologie, aussi discret que performant, capable de frapper en tout point nos agresseurs potentiels. dans la tradition qui préside au baptême de nos sous-marins, j'ai ainsi aujourd'hui l'insigne honneur de vous annoncer que le futur sous-marin nucléaire lanceur d'engin qui battra pavillon français se nommera l'invincible et naviguera en 2036. La même rigueur s'est appliquée au renouvellement intégral des autres domaines de la dissuasion.

Nous disposons depuis quelques mois du nouveau missile M51.3 3 sur nos SNLE et d'une nouvelle tête nucléaire océanique optimisée pour pénétrer toutes les défenses. Notre force aérienne stratégique et la force aéronaale nucléaire ont vu leur missile de croisière nucléaire rénové et nous allons lancer cette année le très ambitieux programme de missile stratégique hypersonique et manœuvrant qui équipera nos avions de combat et le futur porte-avion dans la prochaine décennie. Notre programme national Tricium a été consolidé nous assurant de notre capacité à poursuivre la production d'armes nucléaires en totale indépendance et autosuffisance.

Notre réarmement, vous le voyez, engagé depuis presque 10 ans, porte donc ces fruits. Vous envoyez certains effets ici même et l'effort se poursuivra bien sûr symétriquement sur le volet conventionnel. Et pourtant, le contexte que j'ai évoqué au début de mon propos m'amène à une conclusion claire. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la trajectoire actuelle. Et je dois à la nation pour aujourd'hui mais aussi pour l'avenir l'assurance absolue que notre dissuasion demeurera crédible et qu'au moment des circonstances extrêmes, elle nous soustraira à tout chantage et toute capitulation.

l'évolution des défenses de nos compétiteurs, l'émergence de puissance régionale, la possibilité de coordination entre adversaires et les risques liés à la prolifération. Tout cela après un examen minutieux m'a conduit à cette conclusion, un réhaussement de notre arsenal est indispensable. Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine. Il serait inutile de prétendre entrer dans une coûteuse surenchère.

L'essentiel, comme je le disais, est que tout adversaire ou toute combinaison d'adversaires ne puisse entrevoir la possibilité d'une quelconque frappe à l'encontre de la France sans la certitude de se voir inflicher infliger des dommages dont il ne se relèverait pas. Il n'ait point besoin de symétrie des arsenaux pour cela. Notre doctrine refuse donc l'idée de report nucléaire gradué. L'armement nucléaire français est stratégique et exclusivement stratégique car il s'agit bien d'armes d'une toute autre nature que celle dont on pourrait user sur un champ de bataille.

La France depuis le président François Mitteran a ainsi abandonné tout concept d'emploi tactique des armes nucléaires et nous n'y reviendrons pas. Dans cette optique d'assymétrie assumée, la France a toujours envisagé pour son arsenal les seuils strictement cohérents avec l'efficacité opérationnelle de notre dissuasion. Ma responsabilité est d'assurer que notre dissuasion conserve et qu'elle conservera à l'avenir son pouvoir de destruction assuré dans l'environnement dangereux, mouvant et proliférant que je viens de rappeler. C'est pourquoi j'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal pour couper court à toute spéculation.

Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé. Pour être libre donc, il faut être craint et pour être craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal en témoigne. Mais pour être puissant, et c'est le deuxième temps de mon propos aujourd'hui, il faut être plus un et c'est d'Europe que je vais vous parler à présent. Notre sécurité ne s'est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire. C'est un fait évident de la géographie qui est là et qu'on ne peut négocier.

J'ajouterai d'ailleurs aujourd'hui plus que jamais l'indépendance ne peut être la solitude. Dans le domaine nucléaire, cela a été reconnu par tous mes prédécesseurs sans distinction. Mais aujourd'hui, les conditions sont désormais véritablement réunies pour en tirer les conséquences concrète. Pour expliquer ce point, permettez-moi de m'attarder un instant sur un élément central de notre doctrine nucléaire, les intérêts vitaux de la nation. La dissuasion nucléaire française à vocation à dissuader tout état. de s'en prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ? Nous ne les avons jamais énoncé précisément à dessin. Nos lignes rouges ne sont pas lisibles. Elles ne sauraient l'être.

À coup sûr, pourtant, nos intérêts, s'ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin, ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales. Peut-on envisager que la survie de nos partenaires les plus proches soit mise en jeu sans que cela affecte nos intérêts vitaux ou à l'inverse qu'une menace extrême en Europe ne concerne que nous-mêmes. Pour ces raisons fondamentales, les présidents successifs ont évoqué la dimension européenne des intérêts vitaux de la France. En février 2020, j'avais réitéré l'offre de tous mes prédécesseurs depuis le président François Mitteran d'un dialogue avec les pays européens qui seraient désireux d'approfondir avec nous cette dimension.

J'avais même proposé d'associer ces pays à des exercices de notre dissuasion. 6 ans plus tard, nous sommes dans un autre univers stratégique. Nous devons passer à une toute autre étape et formuler pour notre époque ce dont le général de Gaulle avait déjà l'intuition. Je crois pouvoir affirmer que nos partenaires y sont prêts. Nous avons d'abord resserré en juillet dernier les liens avec le Royaume-Uni, partenaire majeur et puissance nucléaire indépendante avec laquelle nous reconnaissons depuis 1995 qu'il n'y a pas de situation engageant les intérêts vitaux de l'une sans que ceux de l'autre ne soient affectés.

Nous avons renforcé nos coopérations nucléaires bilatérales, affirmer notre solidarité commune avec les Européens et ouvert la possibilité d'une coordination de nos dissuasions respectives. Dès cet hiver, de haut responsables britanniques ont assisté pour la première fois depuis l'existence de notre dissuasion à l'un des exercices de nos forces aériennes stratégiques. Mais notre ambition doit être plus grande car c'est la sécurité du continent, la nôtre, qui est en jeu pour l'avenir. Ces contacts ont été pris avec un premier groupe d'alliés à commencé bien entendu par notre partenaire essentiel l'Allemagne. Ils ont répondu favorablement à l'offre de la France.

Aujourd'hui, une nouvelle étape de la dissuasion française peut donc se concrétiser. Nous entrons sur le chemin de ce que j'appellerai la dissuasion avancée. Je préfère le dire tout de suite, il n'y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre Constitution, elle appartient au seul président de la République comptable devant le peuple français. En conséquence, il n'y aura pas non plus de partage de la définition des intérêts vitaux qui restera d'appréciation souveraine pour notre pays.

Et pour cette raison, comme dans les autres alliances nucléaires, y compris lorsqu'elles ont des plans et des procédures, il n'y aura pas de garantie au sens strict du terme. Une garantie rigide d'ailleurs serait imprudente. Elle abaisserait le seuil nucléaire. et réduirait d'autant l'incertitude de de nos adversaires. Avec la dissuasion avancée, notre doctrine conservera ses fondations originelles, son caractère strictement défensif, le refus de la bataille nucléaire, la rupture totale et assumée entre le conventionnel et le nucléaire. Il en va de même pour l'opportunité d'un avertissement nucléaire unique et non renouvelable.

Il sera toujours décidé à la seule discrétion de la France pour signifier très concrètement que le conflit vient de changer de nature et que la France entend par ce moyen préserver une ultime chance de rétablir la dissuasion. La France assumera donc toujours seule en intégrant à sa réflexion les intérêts de nos alliés, le franchissement délibéré du seuil nucléaire. La dissuasion avancée est une démarche progressive. Elle offre la possibilité pour les partenaires de participer aux exercices de la dissuasion.

Tout d'abord, cela pourra impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires. Elle pourra enfin prévoir le déploiement de circonstances d'éléments de force stratégique chez nos alliés. Et de la même façon que nos sous-marins stratégiques se diluent naturellement dans les océans garantissant une capacité permanente de frappe. Nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen.

Cette dispersion sur le territoire européen à la manière d'un archipel de force compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous. Elle renforcera notre défense en lui accordant du champ. Elle lui offrira une profondeur stratégique nouvelle cohérente des enjeux de sécurité en Europe. Sa valeur sera, je le crois très forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique avec nous et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion. Il a été clair dès le début pour nous.

et pour nos partenaires que cet effort viendrait en plus de la mission nucléaire de l'OTAN à laquelle je le rappelle nous ne prenons pas part. La dissuasion avancée que nous proposons est un effort distinct qui a sa valeur propre et qui est parfaitement complémentaire de celui de l'OTAN au plan stratégique comme au plan technique. Le travail que nous avons entamé sur ce projet avec les Européens s'est fait en pleine transparence avec les États-Unis d'Amérique et en coordination étroite avec le Royaume-Uni.

que les alliés qui nous ont témoigné leur confiance en travaillant intensément à ces futurs partenariat dans le respect de nos obligations internationales et tout particulièrement du traité sur la non prolifération des armes nucléaires en soit ici aujourd'hui remercié l'Allemagne sera un partenaire clé de cet effort. naturellement le plus ambitieux dans l'esprit du traité d'Ex La Chapelle. Les premières étapes de la coopération commenceront dès cette année et pourront inclure des visites de sites stratégiques et des exercices conjoints.

Dès à présent, d'autres pays ont accepté ce dialogue et au-delà de nos partenaires et amis britanniques et allemands déjà évoqué, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark s'y joindront. C'est une véritable convergence stratégique entre nos pays de nature à donner une réelle profondeur à la défense de notre continent. Les discussions sont aussi ouvertes avec plusieurs autres pays se poursuivront dans les semaines et les mois à venir. À l'image de ce que nous avons mis en place avec le Royaume-Uni, des organes d'échange au niveau politique vont être créés avec chacun de ces pays dès les prochains jours.

Cela suppose un travail commun sur la menace et le renseignement, des moyens de communication spécifiques, une organisation, mais aussi une compréhension commune des ressorts de l'escalade et de comment y faire face, en particulier dans sa phase conventionnelle. C'est pourquoi aussi la démarche de la dissuasion avancée de par sa nature Ac