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interviewC à vous· 10 juillet 2024 12 min

Les dîners secrets de la macronie et du RN - C à Vous - 10/07/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On se connaît peu. On a constaté à l'occasion du dîner, un dîner cordial, que nous avions des désaccords très profonds sur de nombreux sujets. - Vous aviez besoin d'un dîner pour le constater? - E.Philippe: Pourquoi...

J'aime bien rencontrer les gens. M.Le Pen fait plus de 30 % à l'élection présidentielle.

Ca ne me dérange pas de dîner avec elle. Je pourrais dîner avec elle ou J.-L.Mélenchon.

A chaque fois, je leur ferais part de désaccords profonds sur des sujets nombreux. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, C.Chaffanjon.

Vous avez cosigné l'enquête "Dîners secrets de la macronie et du RN: les liaisons dangereuses". Ca fait beaucoup réagir. Les dîners confirmés par E.Philippe...

Avant d'en venir aux réactions et conséquences politiques, un mot sur le déroulement des dîners, leur récurrence, leur organisateur, T.Solère, ancien conseiller d'E.Macron, ancien député, aujourd'hui conseiller régional.

Il aurait reçu chez lui plusieurs fois J.Bardella et M.Le Pen.

Il vous racontait le ballet des berlines en bas de chez lui, les gardes du corps qui font le pied de grue encore récemment. - C.Chaffanjon: Oui.

Il y a eu plusieurs dîners. Il y a celui assumé par E.Philippe, en décembre, avec M.Le Pen et T.Solère.

C'est dans l'appartement d'un quartier parisien presque à la vue de tous. Il n'y a pas de grande discrétion, même si c'est un travail de le sortir. Quelque part, c'est assumé.

En mars, il reçoit S.Lecornu. C'est le ministre des Armées. - A.-E.Lemoine: Il dîne avec M.Le Pen. - C.Chaffanjon: Oui.

Quelques jours avant, il dîne avec J.Bardella, également avec T.Solère. - A.-E.Lemoine: S.Lecornu dément. - C.Chaffanjon: Mais on maintient.

J.Bardella était chez T.Solère le 12 juin, 3 jours après l'annonce de la dissolution.

T.Solère est un ancien conseiller. C'est toujours quelqu'un qui a l'oreille du président, qui est très proche de G.Darmanin, le ministre de l'Intérieur, et de S.Lecornu. - J.-F.Copé: Il est proche de tout le monde. - C.Chaffanjon: Ils sont amis.

Ils partent en vacances ensemble. Ils ont des anecdotes communes de vie au-delà de la politique. - A.-E.Lemoine: Vous parlez de dîners secrets pas très discrets.

C'est le cas de celui du 16 mars. Les voisins appellent la police. En pleine nuit, ils sont réveillés par le bruit du départ de la voiture de M.Le Pen qui s'était garée quasiment sur le trottoir. - C.Chaffanjon: Ce sont des personnalités protégées.

Elles ont des voitures qui les suivent pour leur sécurité. Ca stationne et ça fait du bruit. - A.-E.Lemoine: Qu'est-ce que T.Solère et J.Bardella ont pu se dire le 12 juin, quelques jours après la dissolution? - C.Chaffanjon: Pendant les élections législatives, il y a eu des tractations et des désistements qui ont concerné le RN, Les Républicains, la majorité présidentielle.

Il y a notamment le cas de B.de Rozières, qui a tweeté en disant qu'elle avait été appelée par T.Solère et G.Attal.

Ils ont démenti, mais elle raconte qu'on lui a proposé des postes de ministre en échange de son retrait. On n'a pas d'enregistrement...

C'est assumé par E.Philippe, S.Lecornu, qui ne raconte pas le contenu de ces discussions, même si on maintient...

Ce qui est important, c'est de souligner la particularité de ces dîners. - A.-E.Lemoine: C'est de la compromission? - C.Chaffanjon: J'ai entendu M.Le Pen en parler, en disant que c'était d'une banalité sans nom.

Ca fait tout à fait son jeu. Il n'y a plus aucun problème à organiser des dîners sans témoin, sans garde-fou. S.Lecornu est ministre des Armées.

Ce n'est pas n'importe qui. C'est un ministère régalien. Il est en 1re ligne dans la guerre en Ukraine.

C'est connu et documenté que la responsable du RN a des relations et des accointances avec la Russie. V.Poutine a appelé à soutenir le RN au moment des élections législatives.

Tout cela pose des questions. - A.-E.Lemoine: Votre réaction dans un instant, J.-F.Copé, mais d'abord, les réactions de la classe politique.

On leur a demandé de se positionner par rapport à ces dîners. - V.Pécresse: Je ne suis pas sectaire.

Je parle avec mes adversaires, mais j'ai le sentiment que quand on va dîner avec quelqu'un, c'est un peu qu'on est proches. - G.Darmanin: Je n'aurais pas dîné avec M.Le Pen. - A.Bergé: Je n'y serais pas allée si j'avais été invitée. - N.Morano: Je n'ai pas honte de dîner avec M.Le Pen mais j'ai des désaccords avec elle. - F.Bayrou: A l'égard du pays, c'est un mauvais signal. - A.-E.Lemoine: F.Bayrou parle même de fossé infranchissable.

C'est le terme que vous pourriez employer? - J.-F.Copé: Ce n'est pas cohérent.

Ce n'est pas cohérent d'avoir un dîner secret avec M.Le Pen alors qu'on est engagé dans un combat politique. J'aurais préféré une rencontre officielle. - A.-E.Lemoine: Publique. - J.-F.Copé: A ce moment-là, c'est une consultation.

Ca allait forcément générer ce type de polémique. - A.-E.Lemoine: Ca renforce le RN? - J.-F.Copé: Oui.

Je suis d'accord avec ce que dit C.Chaffanjon. Par définition, ça banalise et ça donne une importance politique tout de suite forte.

Mon point, c'est de dire qu'il vaut mieux dire qu'on a déjeuné, dîné, qu'on a rencontré madame Le Pen pour dire qu'on s'est entretenus d'un certain nombre de sujets et en l'assumant. - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'on a besoin de dîner avec un adversaire politique pour se rendre compte qu'on n'est pas d'accord avec ses idées, comme le dit E.Philippe? - J.-F.Copé: Ce sont des partis, j'y reviens toujours, populistes, que ce soit le RN ou LFI. - C.Chaffanjon: Là, il n'y a pas de dîner avec LFI, avec la gauche. - J.-F.Copé: Ca ne ferait même pas scandale tellement on a banalisé la relation avec Mélenchon.

Au-delà de ça, le vrai sujet, c'est que nous ne parlons pas la même langue. Ce sont 2 couloirs parallèles. C'est toute la difficulté.

Là où il nous faut beaucoup de temps pour expliquer une réforme parce que les sujets sont complexes, eux vont vous dire que c'est facile. Comme madame Le Pen dit qu'il y a 15 millions d'immigrés qu'on ne contrôle pas, ce qui est un peu excessif, que monsieur Mélenchon va dire: "A bas les capitalistes et les bourgeois..." On va dire: "Ce n'est pas grave, c'est eux, Mélenchon et Le Pen." Quand on fait une erreur sur le prix du pain au chocolat...

L'exigence donnée aux uns n'a d'égale que l'indulgence donnée aux autres, les extrémistes. - A.-E.Lemoine: Ca va être reproché à E.Philippe. - C.Chaffanjon: Ca commence déjà à lui être reproché.

G.Darmanin a expliqué qu'il n'aurait pas dîné avec M.Le Pen.

Ca fait quelque temps que G.Darmanin commence à prendre ses distances avec E.Macron.

Ca va être une occasion pour tous ceux qui ont envie d'abattre E.Philippe dans le cadre de cette course aux petits chevaux dans la succession à E.Macron de s'en servir allègrement.

C'est évident, d'autant plus qu'il l'a assumé de manière assez spectaculaire hier. En 2021, un autre conseiller d'E.Macron, B.Roger-Petit, qui est aujourd'hui conseiller mémoire...

Il avait déjeuné dans un restaurant parisien avec M.Maréchal. Ca avait fait un scandale en Macronie.

Tout le monde lui avait reproché. Tout le monde s'était insurgé du fait qu'une personnalité de l'Elysée puisse flirter avec une personnalité de la droite, de l'extrême droite identitaire, intégriste. Il a toujours été à son poste.

C'est pour ça que je pense que certains de Macronie se le sont autorisés parce qu'E.Macron les a confortés à jouer ce jeu. - E.Tran Nguyen: On va parler de T.Solère.

Vous disiez qu'il connaissait tout le monde. C'est vrai qu'il a des réseaux phénoménaux. C'est un ancien de l'Elysée, un ancien député, ex-conseiller du président.

Il avait pris ses distances après avoir accumulé 13 mises en examen dans une affaire toujours en cours dont il conteste le bien-fondé. "Le Point" affirme qu'il était revenu en grâce en décembre après avoir été l'un des seuls à alerter le président que le projet de loi immigration serait rejeté par l'Assemblée. Il disait: "Je fais le lien entre le président et des personnalités diverses, d'A.Montebourg à M.Le Pen." C'est le baron noir de l'Elysée? - C.Chaffanjon: On avait titré "le baron noir" sur B.Roger-Petit.

E.Macron aime bien ce type de personnalités un peu sulfureuses, qui lui donnent le sentiment d'avoir des coulisses. Ce n'est pas un grand stratège politique.

Ce n'est pas un grand secret de le dire. Il est arrivé à l'Elysée sans avoir jamais été élu auparavant, sans n'avoir jamais fait campagne, battu les circonscriptions...

Ils ont une connaissance de la garde électorale, de la classe politique, ils ont des réflexes...

Ca marche ou pas, mais en tout cas, il a le sentiment d'avoir des techniques et des stratégies, des secrets d'alcôve que lui ne maîtrise pas forcément. Je pense qu'il n'était jamais vraiment parti et tombé en disgrâce. Il a toujours été un petit peu là.

Vous parliez du mois de décembre, au moment de la loi immigration...

G.Darmanin, qui est un proche de T.Solère, était tout à fait sur cette ligne, à l'époque.

Il commençait déjà à dire que la dissolution était absolument inéluctable et qu'il faudrait y venir. G.Darmanin a passé 6 mois à conseiller aux parlementaires de retourner dans leur circonscription pour commencer à faire campagne.

Il y avait cette bande, mais ce n'était pas la seule. Il y avait aussi les fameux conseillers qui instauraient un climat autour d'une potentielle dissolution qui nous a amenés là où on en est. - A.-E.Lemoine: "Dîners secrets de la macronie et du RN: les liaisons dangereuses", c'est la une de "Libération".

Je vous remercie d'être venue nous en parler. Vous avez 10 secondes pour ajouter un mot. - J.-F.Copé: T.Solère est un personnage de roman.

Il y en a toujours eu dans la Ve République. Sa force est d'être proche de tout le monde. Il était très proche de B.Le Maire, d'E.Philippe, un peu de moi, à certains moments...