Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewJean-Luc Mélenchon· 29 septembre 2021 110 min

Conférence de Jean-Luc Mélenchon à l'ESCP

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Hier, nous recevions M. Pascal Boniface, fondateur de l'Institut des relations internationales et stratégiques. Nous lui avons proposé de vous poser une question. La voici. Désolé. On aurait donc une dernière question pour vous, adressée à M. Mélenchon, que nous recevons demain. Est-ce que vous avez une question à lui poser ?

0:20
Auditeur

Oui. S'il est toujours opposé à l'avion du futur franco-allemand, est-ce que ce n'est pas un moyen de pouvoir peser par rapport aux États-Unis ? Parce que si on n'a pas cet avion, est-ce que la France pourra le faire seule et est-ce qu'on ne va pas être balayé ? Donc est-ce que cet avion... Je connais ses positions par rapport à l'Allemagne, etc. Mais est-ce que l'avion du combat futur qui est négocié entre la France et l'Allemagne n'est pas un moyen de lutter contre l'industrie militaire américaine qui le voit comme un concurrent ?

0:59
Jean-Luc Mélenchon

Bon, je commence par dire que j'ai beaucoup de respect pour Pascal Boniface, qui a fait la démonstration à de nombreuses reprises de sa capacité à résister aux pressions jusqu'aux plus odieuses qui ont été faites contre lui et son institut. Et bon, nous nous connaissons, donc autant que tout le monde le sache. Alors je réponds à sa question. J'espère que tout le monde ici est branché sur l'aviation. Je suis contre le fait qu'on fabrique un avion de combat avec les Allemands, pour plusieurs raisons. Parce que l'Allemagne est un partenaire déloyal avec nous, Français. Quand nous avons confié Eurocopter à une direction allemande, on s'est fait immédiatement piller.

Quand nous avons fait Airbus ensemble, on a eu droit au commandement que vous connaissez. Et un certain nombre de délocalisations absolument insupportables. Et surtout, quand nous avons fait ensemble la fusée Ariane, non seulement l'Allemagne n'a pas réservé ses commandes de tir de satellite à l'objet commun qu'est la fusée Ariane, mais depuis, il a été décidé, il y a maintenant 15 jours, la délocalisation de la production des moteurs de la fusée, qui est une spécialité des ingénieurs et des techniciens français, en Allemagne. Donc je considère l'Allemagne comme un... c'est un partenaire, c'est évident, c'est notre voisin.

Mais qui n'a pas donné les signes de loyauté permettant d'avoir confiance dans le fait qu'une coopération ne correspondrait pas à un pillage de savoir-faire, ce qui est leur pratique coutumière. Pour ce qui concerne la fabrication d'avions, alors on l'appelle du futur, on l'appelle comme on veut, hein. Bref, il s'agit de mettre au point un nouvel avion de combat. Et soi-disant, c'est toujours le même prétexte, pour contrebalancer celui-ci, celle-là, blablabla, blablabla. En réalité, ça se finit toujours de la même manière. Les Allemands sont les moteurs en Europe de l'allégeance au système de l'OTAN.

Alors vous avez le droit d'être favorable à l'organisation du traité de l'Atlantique-Mort, c'est pas mon cas. D'abord parce que cette alliance a été créée d'abord pour faire face à l'Union soviétique, dans une conception belliqueuse de la relation à l'Union soviétique. Et qu'il n'y a plus d'Union soviétique. Donc qu'est-ce que cette organisation du traité de l'Atlantique-Nord vient faire aujourd'hui pour mener des guerres en Afghanistan ou en Libye, où il n'y a pas trace d'Atlantique, et où simplement nous suivons le convoi militaire des Nord-Américains ?

Donc je ne crois pas une seconde que les Allemands soient dans l'idée de fabriquer un avion pour contrebalancer je ne sais quel avion nord-américain. Dans ces conditions, je me souviens que la France est le seul pays européen capable de produire, pardon c'est assez sordide, il s'agit d'instruments militaires, qui est capable de produire un avion de combat. C'est le Rafale. Et il a été conçu d'un bout à l'autre par les systèmes français, nos ingénieurs, nos techniciens, le fabuleux logiciel CATIA, qui est le plus grand logiciel de l'ère moderne, qui a été mis au point par la société Dassault Systèmes. Et nous savons faire ça. Et cet avion reste un avion de pointe en tant qu'avion de combat.

Alors après, il faudrait engager... Ça c'est la première raison, je vous réponds franchement, non. Et voilà pourquoi. Je ne crois pas à la sincérité d'un partenaire tel que la République fédérale d'Allemagne pour fabriquer un avion de combat. Et vous avez intérêt à vous poser des questions avant plutôt qu'après. Je vous donne un exemple. Nous sommes les alliés de nos chers amis américains. Et lorsque nous avons refusé d'aller faire la guerre avec eux la deuxième fois en Irak, eh bien ils ont décrété, vous ne vous en souvenez pas, personne n'a fait attention, un embargo sur le matériel militaire.

Il se trouve que le porte-avions Charles de Gaulle actionne une catapulte qui est une fabrication d'une société dorénavant américaine. Eh bien donc, les États-Unis d'Amérique ont décidé qu'ils ne nous fourniraient plus de catapultes. Imaginez-vous, vous pensez ce que vous voulez d'un porte-avions, mais une fois que vous l'avez, c'est pour le faire fonctionner. Si au moment où vous avez besoin de votre catapulte, vous ne l'avez pas, vous pouvez aussi bien armer une péniche, vous aurez le même résultat. Parce qu'en porte-avions, ça ne marche que si la catapulte est là. Et je passe sur bien d'autres matériels militaires de cette nature.

Au demeurant, comme les États-Unis ont l'habitude de considérer du fait de leur loi que même le paiement en dollars crée un lien qui vaut application de la loi d'extraterritorialité, nous sommes réellement dans leurs mains. Donc je ne crois pas une seconde, je dis bien une seconde, que les Allemands soient prêts à tenir tête aux États-Unis d'Amérique, fussent une demi-seconde. Ce n'est pas vrai. Et dans chaque circonstance, ils l'ont prouvé. J'ai donné quelques exemples. Je pourrais vous en donner un autre. C'est lorsque nous avons décidé de faire des satellites d'observation. Pardon, j'ai oublié le nom de ce satellite, c'est très connu. C'était l'équivalent de GPS.

Il y a l'équivalent d'un GPS européen. Eh bien, aussitôt, les Nord-Américains ont décidé qu'il fallait qu'on change l'orbite de ces satellites. Alors, pourquoi, à votre avis ? Pourquoi ? Qu'est-ce que ça peut bien leur faire ? L'espace ne leur appartient pas. Ben si, c'est que dans le cas où ils voudraient neutraliser les bandes d'émissions qui partent de cette orbite autour de la Terre, ben, ils ne voudraient pas s'immobiliser eux-mêmes. Donc, c'est clairement pour pouvoir se donner la possibilité d'interrompre les communications que nous établissons avec ces satellites qui sont extrêmement performants.

Au demeurant, on s'était accordé à nouveau avec les Allemands sur le fait que nous faisions l'optique et eux, les radars. La première chose qu'ils ont fait, c'est de passer un contrat d'optique dans leur propre pays, à leurs propres entreprises, plutôt qu'au système que nous avions mis en place. Voilà toutes les raisons pour lesquelles, je pense que, en matière de défense nationale, la clé absolue est la souveraineté. Et l'idée qu'on puisse partager la souveraineté en matière de défense nationale est une illusion absolue.

Et souvent, j'ai entendu souvent, deux ou trois fois, des responsables politiques qui n'avaient pas trop réfléchi à la question, expliquer qu'on devait étendre le parapluie nucléaire français aux 28 pays de l'Union européenne. C'est une sottise sans nom d'imaginer 28 personnes avec un doigt sur le bouton de la défense nucléaire. Naturellement, c'est une image, ça ne se passerait pas comme ça. Mais c'est absurde, car ça nous ferait à nous obligation d'endosser absolument toutes les querelles de voisinage des 28 Etats membres, 27 moins nous, hein, des 27 Etats membres.

Eh bien, pardon, mais je n'ai pas envie de partager les querelles de voisinage avec les Etoniens, les Lituaniens, les Estoniens, qui sont en guerre ouverte absolue dans leur esprit avec la Russie, pour des raisons historiques qu'on peut comprendre et apprécier. Mais je vous signale qu'à l'heure à laquelle nous parlons, nous avons 350 militaires qui sont là-bas sur la frontière pour la première fois depuis Napoléon Ier. Nous y avons 10 avions, et nous sommes installés dans la périphérie des batteries anti-missiles qui sont installées en Pologne, que nous avons, grâce à M. Hollande, qui n'y avait pas réfléchi et qui n'avait aucune idée sur le sujet, laissé s'installer en Pologne.

Or, installer des batteries de missiles anti-missiles en Pologne, cela signifie qu'on met 75% des systèmes de défense des Russes sous la menace de tir. Par conséquent, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont prévu la riposte. Et comme les Nord-Américains ne trouvaient pas ça suffisant, ils ont annulé le traité qui limitaient et interdisaient la production de missiles qui sont entre 500 et 5000 km. Autre idiotie, parce que, évidemment, comme ils ont aboli ça, les Russes se sont mis en fabriquée. Et pendant la dernière guerre avec la Syrie, les Russes ont réussi un exploit technique qui a consisté à tirer depuis la mer Noire un missile et à atteindre des cibles en Syrie.

Je vous mets tous ces éléments pour que, même si vous n'êtes pas spécialiste de ces questions, vous entendiez que ce sont des questions où il faut être extrêmement technique et précis. Parce que sinon, on se berce avec des histoires et on ne tient pas compte des réalités dans lesquelles on évolue. Donc, tant qu'il n'y a pas une nation européenne avec un Parlement souverain, tant que nous ne sommes pas une nation, et pour l'instant, nous ne sommes pas une nation, et je ne vois pas qu'on s'en rapproche, il ne peut pas y avoir autre chose que des accords communs de défense militaire.

Et ces accords doivent être extrêmement précis, parce qu'on ne doit pas engager sa parole d'aller au secours des autres si on n'est pas disposé à le faire en toutes circonstances. Et pour ma part, je ne suis pas d'accord avec la logique de l'escalade de la guerre avec les Russes, et je ne suis pas d'accord avec la logique d'escalade de la guerre avec les Chinois, nouvelle guerre froide qui n'a aucun sens, et qui est alimentée par une propagande continuelle qui nous fait tourner le dos à la nécessité d'avoir des relations rationnelles avec les Chinois. des rapports de force, bien sûr, il y en a toujours, mais il faut les faire dans les formes diplomatiques, pas dans les formes militaires.

Aujourd'hui, la réalité du monde, c'est 50% des dépenses militaires du monde sont faites par les États-Unis d'Amérique, 80% si on compte tous les pays de l'OTAN. Par conséquent, nous autres Français, qui ne sommes pas un peuple belliqueux, qui n'avons pas l'intention d'agresser qui que ce soit dans le monde, mais de nous défendre absolument, résolument, et totalement, si un seul centimètre carré de notre espace qui est notre territoire était agressé, nous devons être indépendants. Je terminerai en vous disant que vous autres et votre génération, en particulier, à réfléchir à tous les moyens de parer l'extension des logiques de guerre.

Il est vraisemblable que les systèmes d'armement qui sont mis aujourd'hui en circulation, la plupart d'entre eux, sont, comment je peux dire ça poliment, largement obsolètes. Pourquoi ? Vous venez de voir une guerre perdue, qui est une guerre asymétrique entre les États-Unis d'Amérique et les Afghans. Elle est perdue. C'est une guerre perdue. Pourtant, la puissance militaire des États-Unis est des dizaines de milliers de fois supérieure à tout ce que les Afghans pouvaient aligner. On a jeté sur l'Afghanistan la plus grosse bombe conventionnelle de l'histoire, qui est l'équivalent de la bombe d'Hiroshima en forme conventionnelle. Et malgré tout ça, on n'est arrivé à rien.

Donc, est-ce qu'en cas de conflit majeur entre puissances organisées, entre puissances développées, les armements qui sont mis en mouvement ont une efficience militaire ? Pour ma part, j'ai les plus vifs doutes. Et croyez-moi, ça me coûte de vous le dire. Le système français repose exclusivement sur la dissuasion. D'ailleurs, pour un coup, un autre coup, et il est mortel. Naturellement, ça n'a pas la même signification pour nous français, pour qui l'arme nucléaire est une arme stratégique, que pour un pays... Et nous, c'est simple, une arme stratégique, et ça veut dire... On tire, bien sûr, hein. Mais une fois qu'on tire, c'est qu'on est déjà fini. Parce qu'on a été agressé.

Un coup au but, plus France. Un coup au but sur la centrale de nos gens, plus de France. Un coup au but sur une centrale, celle du Buget, plus rien dans la vallée de la Chimie, la vallée du Rhône. Un coup au but sur la centrale de... de blague, et c'est la même histoire. Donc on parle de choses très sérieuses, très graves. Or, il est vraisemblable que notre unique arme de dissuasion, que sont les sous-marins, on laisse de côté les avions, ça sert à rien, ils n'auraient même pas le temps de décoller avec leur bombe. Il nous reste donc les sous-marins. Aussi longtemps qu'on ne peut pas détecter les sous-marins, c'est une arme de dissuasion.

C'est-à-dire, si tu me frappes, je te frapperai, il t'en coûtera cher. Mais si tu me frappes et tu sais que j'aurai aucun moyen de te frapper, il est clair que tu me frapperas d'autant plus volontiers. Est-ce que nous sommes certains que les capacités d'acoustique, les capacités de repérage font que nos sous-marins ne sont pas détectables ? Eh bien, cette certitude, nous ne l'avons plus. Et si nous ne l'avons plus, alors c'est comme si nous allions sur un champ de bataille où il y a des gens qui ont des mitrailleuses et que nous, on arrive avec une arbalète. C'est le même rapport de force. Donc, cette question a à voir avec l'avion, parce que l'avion, et tout ça, est lié.

Quel est le système de défense auquel on fait confiance ? Les Nord-Américains ont décidé que c'est dans l'espace que ça se passait. La France, sans qu'on en ait discuté 5 minutes au Parlement, a décidé d'avoir un état-major de l'espace. Ce qui signifie que nous avons accepté de déroger aux traités internationaux qui interdisaient la militarisation de l'espace. Ce qui veut dire que tout le monde a compris que c'est là que ça va se passer. Depuis l'espace, on peut neutraliser des installations au sol. Depuis le sol, on peut neutraliser des installations dans l'espace.

Ces moyens de neutralisation abolissent l'utilité des armes conventionnelles qui sont reliées entre elles par des systèmes de communication. Je veux vous dire tout ça pour vous dire que on vous jouera toujours le violon de « Ah, ce sont nos amis ! » Et si Mélenchon n'est pas d'accord, c'est qu'il veut la guerre avec les Allemands. Je ne veux pas la guerre avec les Allemands. Vous avez remarqué qu'à chaque fois, c'est eux qui les déclenchent, et pas nous. Mais enfin, c'est le souvenir de l'histoire. Mais je ne veux pas qu'on raconte des histoires et qu'on m'embobine. Je suis candidat à être président de la République.

Je ne me laisserai pas embobiner par des romans sur le couple franco-allemand sans vérifier de quoi on parle. Et je pense qu'ils n'ont pas la fiabilité pour qu'on fasse des armes ensemble.

13:39
Présentateur

Merci beaucoup pour cette réponse. Il semble que vous avez déjà anticipé nos questions sur l'Europe de la défense. Donc on va très vite passer à une autre partie de notre conférence, étant donné que nous avons un planning assez serré. La sortie du nucléaire et les énergies fossiles. Ce sont deux grandes parties de votre programme décrits dans les cahiers de l'Avenir en commun. Quelques chiffres d'abord. Nous avons 71% de notre mix électrique, qui est nucléaire, et 41% de notre mix énergétique, qui l'est. Mis à part ces considérations, l'éolien et le photovoltaïque, donc deux autres énergies qui sont renouvelables cette fois-ci, coûtent 60%, voire 200% plus, cher à produire que le nucléaire.

Donc sans le nucléaire, est-ce vraiment réaliste d'avoir un mix énergétique à la fois renouvelable et abordable ?

14:29
Jean-Luc Mélenchon

Oui, c'est la question qu'ont dû se poser ceux qui sont passés du bois à l'électricité. Je veux dire que changer la source d'énergie est aussi vieux que l'histoire de l'humanité. Par conséquent, la question à se poser, ce n'est pas de savoir si c'est réaliste, c'est de savoir si c'est nécessaire. Nous avons créé un équipement nucléaire de haut niveau. Il y a 58 réacteurs dans le pays. Ceux qui l'ont fait ne l'ont pas fait pour nuire aux autres. C'est le contraire. Donc il ne s'agit pas de leur jeter la pierre. Mais il s'agit de tirer la leçon du fait que c'est dangereux. Bien sûr, on peut se réconforter en se disant que la probabilité que ce soit très dangereux est faible.

Mais quand il y a un accident, même si c'est 2% de possibilité qu'il ait lieu, le résultat, c'est 100% de dégâts. Imaginez que des accidents, il y en a 2 ou 3 par mois en France. Des incidents, fuite de ceci, arrête cela, etc. Ça, c'était la tradition. Entre-temps, on a privatisé la maintenance. On a jusqu'à 50 entreprises sur un site nucléaire pour faire de la maintenance. Autrement dit, le danger d'une erreur humaine s'accroît. L'erreur humaine est centrale dans le nucléaire. Tremile Island, c'est une erreur humaine. Un type qui ne voyait pas les boutons parce qu'il avait un trop gros bide.

L'accident de Tchernobyl, c'est quelqu'un qui a voulu pousser à bout la machine pour voir s'il arrivait à contrôler. Ben non, la réponse est non, il ne l'a pas contrôlée. Et vous connaissez le résultat. L'accident japonais vient d'un tsunami. Tout le monde avait dit, ah mais non, ça, ce n'est pas possible. Ben si, c'est possible. La preuve. Par conséquent, ça n'est pas rationnel de dire il n'y a pas de risque. Il y a du risque dans tout. Mais à nous d'évaluer raisonnablement et responsablement quels risques nous encourons. Si nous avons un problème à la centrale de nos gens, il s'agit pour nous de déplacer 12 millions de personnes. C'est les personnes qui habitent dans la région parisienne.

Je ne sais pas qui parmi vous est capable d'organiser un truc pareil. Mais je sais qu'en France, chouïa réaliste. Si on a un problème avec la centrale de Blaille, c'est tout le bassin de la Gironde. Il y a 800 000 personnes qui sont là, qu'il faut faire partir. Donc ce n'est pas raisonnable de dire, ça n'arrivera pas, donc on n'en parle pas. Si, on en parle parce que, d'une manière ou d'une autre, nous y sommes condamnés. De plus, le nucléaire génère des déchets que personne ne sait traiter. Comme entre-temps, on a tari les ressources de la recherche fondamentale, il est évident qu'on n'a pas beaucoup avancé sur comment on fait pour refroidir des déchets nucléaires.

On se les garde pendant 12 000 ans ou 20 000 ans. Est-ce que c'est rationnel ? Est-ce qu'une question comme celle-là ne mérite pas d'être posée ? Et je pourrais continuer. De l'uranium, on n'en produit pas en France. On a donc en Azerbaïdjan et puis au Niger. A quel prix on le ramène, s'il vous plaît ? Vous avez vu M. Hollande déguisé avec son chapeau et son gros machin. Ça veut dire que nous le ramenons au prix de concessions politiques absolument insupportables.

17:27
Présentateur

Ce sera le même problème avec les terres rares, pour les éoliennes et le photovoltaïque ?

17:31
Jean-Luc Mélenchon

Alors attendez, j'y viens. Mais je termine d'abord sur le nucléaire. Non mais si ça vous est indifférent de savoir qu'on cède une dictature, celle de l'Azerbaïdjan, moi ça me pose problème, parce que le jour où je ne suis pas d'accord, ben j'ai plus d'uranium. Bon. Et 90% de notre uranium vient d'eux. Après, j'ajoute que les circonstances nouvelles dans lesquelles nous évoluons, c'est-à-dire la crise climatique. La crise climatique, 4 réacteurs sur 10 ont été mis à l'arrêt, parce qu'il n'y avait pas assez d'eau dans la rivière, et que la température était trop élevée. Donc ça sont des réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il y a donc deux paris.

On dit, ben on continue, parce que ça va s'arranger. Je vais faire remarquer que l'électricité qui va sortir de l'EPR, elle coûte 3 fois plus cher que le reste de l'électricité. Je voudrais faire aussi, puisqu'on parle de prix, je voudrais faire remarquer que pour prolonger la vie de nos 58 réacteurs nucléaires, il faut qu'on intervienne pour qu'ils passent de 40 ans de durée de vie à 60. Vous êtes tous d'accord ? Pour continuer une machine de 20 ans de durée de vie. Ça coûte 150 milliards. Qu'est-ce que vous préférez ? 150 milliards pour recaréner les 58 réacteurs nucléaires, ou bien 150 milliards pour mettre au point le dispositif qui compense l'énergie nucléaire. Quel dispositif ?

Il n'est pas vrai qu'on ne sache pas faire. Le scénario NégaWatt nous donne des pistes extrêmement sérieuses planifiées jusqu'à l'an 2030. Moi j'ai été amené en ayant à faire ça tout de suite. Pourquoi ? Parce que je ne veux pas qu'on enterre le projet. Et que les différents lobbies qui sont là, qui représentent plusieurs dizaines de milliers de personnes, petit à petit, enterrent l'idée qu'il faut passer à autre chose. Et puis après on vous a engagé, les premières dépenses sont faites, les premiers mètres cubes ont été coulés de ciment ou de béton. Donc il faut arrêter ça et passer à autre chose. Quelles sont les pistes ?

Le mix énergétique, le thermique, les hydroliennes qui sont une capacité immense. Alors hydrolienne c'est un non-savant, mais avant ça s'appelait moulin, il y en avait partout. La capacité d'extraire de l'eau l'énergie dont on a besoin, du mouvement de l'eau, c'est quelque chose qui est gratuit, et le mouvement de l'eau est également gratuit, il est donné par la pente. Donc moi je suis partisan de ça. Je comprends qu'on n'en soit pas partisan, mais je demande qu'on m'oppose des arguments qui soient autre chose que ça va coûter plus cher. Parce que faire des usines, faire des moulins, c'était plus cher que de brûler du bois. Ça sera toujours plus cher, et ça sera sans cesse plus cher.

En 2050, nous serons 10 milliards d'êtres humains sur la planète. Il est absolument impossible d'imaginer qu'on va consommer le niveau d'énergie qu'on consomme aujourd'hui pour 10 milliards d'êtres humains dans la même quantité et la même proportion. Parce qu'il n'y aura plus de planète du tout. Donc il faut tourner la page. Bien sûr c'est un défi technique, je ne vais pas vous dire que c'est simple. Ce matin j'étais avec des polytechniciens et ils me demandaient de présenter mon plan. Alors je vais présenter un plan, parce que là nous sommes dans la phase où le programme va être publié, puis nous allons passer au plan.

Mais je leur ai dit, vous savez ce qui va se passer, c'est que c'est vous qui allez faire le boulot. Parce que les ingénieurs c'est vous. Moi ma spécialité c'était la poésie du 16ème siècle, d'accord ? Donc c'est pas le nucléaire. Je suis un homme politique, j'ai appris au long de ma longue vie d'engagement politique toutes sortes de choses dans le social, mais dans les sciences non, c'est pas là que j'ai fait les plus grands progrès. Quoique j'ai quelques idées sur le sujet, mais jamais je me permettrai de dire on va faire comme ci, on va faire comme là. Je ne suis pas ingénieur. Mais c'est votre métier. Vous me demandez à moi de prévoir ce qu'on va faire. Oui je prévois.

La planification écologique, je prévois le changement, parce que c'est une nécessité. Mais c'est à vous techniciens de dire comment on va faire. Et vous allez trouver. Parce que je les connais, alors ils ont rigolé. Je les connais, ils inventeraient n'importe quoi. Ils sont très forts. Ils sont d'un très haut niveau. Et il n'est pas vrai que la ressource énergétique manque dans le pays. Donc, si on construit un mix raisonnable, qu'on arrive à fermer d'un côté tout en ouvrant de l'autre, fermer des réacteurs nucléaires pour mettre en place d'autres ressources, j'ai parlé de la géothermie, il paraît que ça déclenche des tremblements de terre.

L'affaire n'est encore pas bien claire à mon avis, mais si ça déclenche des tremblements de terre, on ne le fera pas. On passera donc par d'autres choses. L'hydrolienne ou les éoliennes. Les éoliennes, parlons-en. Nous sommes, pour des raisons mystérieuses, incapables d'en fabriquer nous-mêmes. Incapables de les installer, incapables de tout. Pourquoi ? Parce qu'on a tout vendu et que les brevets sont partis avec. Alors, moi, j'avais imaginé de nationaliser tout ce qui, de près ou de loin, touchait à la production d'hydroliennes, avec l'idée surtout d'installer des hydroliennes offshore, c'est-à-dire en mer.

Parce que si vous les mettez à terre, les inconvénients avec les populations sont tels, comme il ne s'agit pas non plus de gouverner à coup de trique, quand on les met en mer et au loin, on peut penser que les inconvénients, aussi bien pour les êtres humains que pour les autres êtres vivants, seront moins grands. Ce n'est pas si compliqué que ça de faire des hydroliennes offshore. Autrefois, nous possédions les moyens de le faire avec Alstom. Le premier champ d'hydroliennes en mer qui a été installé aux États-Unis d'Amérique l'a été par une entreprise française. Entre-temps, ils l'ont racheté, en mettant en prison le directeur pour nous aider à réfléchir. Voilà comment ça s'est passé.

Alors, les hydroliennes, pourquoi les éoliennes, j'ai arrêté ? Parce que des ingénieurs sont venus me voir, qui sont des ingénieurs d'entreprises allemandes, qui, eux, fabriquent. Et ils m'ont dit, ne perdez pas votre temps à nationaliser ça. Les pales d'éoliennes, on ne les transporte pas. C'est trop grand, 90 mètres. Donc on les produit sur place. Et comme on les produit et on les installe sur place, on crée une flotte de maintenance. Donc, vous gagnez sans sortir en rond de votre poche. Et ils m'ont dit, en plus, on vous donnera les plans, parce qu'il n'y a pas non plus de plans français, des grands courants aériens qui permettent de faire fonctionner ces machines.

Donc, il ne faut pas croire que nous soyons... Le plus important, c'est de jamais renoncer. Jamais se dire, je ne sais pas, je ne peux pas, donc je suis abattu. On a toujours fait comme ça. Dans le village où j'ai habité pendant 2 ans, dans le Jura, chaque fois qu'il s'agissait de faire quelque chose, il y avait toujours les anciens pour dire « Ah ben non, on a toujours fait comme ça ! » Alors, il ne fallait rien faire d'autre que ce qu'ils avaient toujours fait comme ça. Nous, on sait qu'on sait faire.

Tant qu'on a le haut niveau dont vous êtes une des parties, le haut niveau de compétence, de qualification technique, les ingénieurs, les ouvriers intermédiaires, parce que c'est le plus important, vous ne faites rien, tout bel ingénieur que vous êtes, si vous n'avez pas le cadre intermédiaire, l'ouvrier hautement qualifié, que produit l'enseignement professionnel du pays. Tant que nous avons ça, nous pouvons régler tous les problèmes. Et s'il le faut passer par une phase de sobriété imposée, on passera par cette phase.

Je préfère qu'on éteigne la lumière sur les autoroutes et qu'on éteigne les enseignes lumineuses, plutôt que de continuer, parce qu'on a toujours fait comme ça, le même gâchis effroyable, parce que je vous témoigne du fait qu'on n'a pas toujours fait comme ça. Voilà.

23:58
Présentateur

Merci beaucoup. On a quand même une question subsidiaire sur ce sujet-là. C'est qui assumera le prix de ces énergies qui sont bien plus élevées, étant donné que, par exemple, le nucléaire, en termes de mégawattheure, coûte 50 euros à produire, et que l'éolien et le photovoltaïque, c'est 80 et 140 euros. Qui va assumer ce prix-là ?

24:17
Jean-Luc Mélenchon

Oui, moi, je... Oui, si vous voulez. Mais enfin, on m'avait dit il y a quoi ? Il y a 10 ans que j'étais déjà là. À la bataille d'Alésia, non. Mais il y a 10 ans, oui. Et je peux vous dire, on nous dit, ah, le photovoltaïque, c'est absolument impossible, ça coûte trop cher, etc. Bon, ben, le niveau maintenant, du coup, du photovoltaïque, atteint celui des productions ordinaires. Alors, le photovoltaïque soulève d'autres problèmes d'environnement. Plus le fait que les Allemands ont tous aidés aux Chinois pour pouvoir continuer à vendre leurs grosses voitures là-bas, et que ce qui arrive, c'est du matériel chinois.

Mais j'ai vu de mes propres yeux quand une petite équipe d'EDF avait mis au point un système qui travaillait à la luminescence, c'est-à-dire pas à la lumière du jour, mais à ce qui était luminescent. La première chaîne de montage avait été assemblée, elle était écologiquement plus supportable que d'autres, ça vous donnait le résultat suivant. La tour nouvelle qui se trouve à Marseille, si elle avait été équipée avec de tels panneaux, aurait produit l'électricité de tout le premier et le deuxième arrondissement de Marseille. Si on prend Paris, ça veut dire que sur la tour Montparnasse, si on change tous les vitrages et qu'on y met des vitrages de cette nature, on va irriguer toute la zone.

Qui va payer ? Tout le monde, évidemment, mais certains plus que d'autres. Et c'est ce que je peux vous répondre. Parce que d'une manière générale, nous ne sommes pas un pays pauvre. Nous sommes un pays plein de pauvres, il y en a 10 millions, mais nous sommes un pays extraordinairement riche. Donc il n'est pas vrai que nous n'ayons pas les moyens de nous payer un modèle de production énergétique plus respectueux de la nature. Ce n'est pas vrai, à condition, bien sûr, de consentir la dépense qu'il faut faire. Et ensuite, vous achèterez. Je vais vous donner un exemple immédiat.

Le gaz devait coûter moins cher grâce à la main invisible du marché et à la libre concurrence qui fait les merveilles qu'on sait. Le résultat, c'est qu'il coûte plus cher que jamais. Eh bien, je vous donne cet exemple. Engie, qui le vend. Il y a 3 millions de Français qui se chauffent au gaz. D'accord ? Si on prend, écoutez bien, 10%, je ne prends pas tout, hein, 10% des profits réalisés par cette entreprise, j'ai la possibilité de donner à chaque ménage qui se chauffe au gaz 500 euros. 500 euros, je dis bien 10% des profits d'Engie. 500 euros. 500 euros, c'est ce que les familles payent en plus depuis 5 ans.

Ce calcul, il peut être mis en cause, pourquoi pas, mais en tout cas, il aide à réfléchir à l'idée que, d'une manière générale, tout dépend de la manière avec laquelle on répartit la richesse produite. Et si on permet qu'elle s'accumule à un pôle sans être distribuée sur les autres, on a forcément ce résultat-là. Je voulais vous le dire en ajoutant que ces entreprises privées, dont je ne vais pas dire que du mal, moi, je ne suis pas partisan de la nationalisation de tous les moyens de production, ce n'est pas mon programme économique, hein, mais je suis quand même obligé de dire que les entreprises privées n'ont pas joué le jeu pendant les 10 dernières années.

Elles ont augmenté de 70% la distribution des dividendes et réduit de 5% l'investissement pendant qu'il leur pleuvait de l'argent du matin au soir dessus. Cet argent est parti dans la distribution de dividendes et l'année dernière, ils ont même distribué en dividendes des éléments de la trésorerie de l'entreprise et des fois même pire que ça. C'est pour vous dire, ne faites... Moi, je ne fais pas confiance. C'est peut-être confus. Je peux reprendre. Je parle trop vite. Excusez-moi. Les dividendes ont été augmentés et les investissements ont été diminués dans le moment où il faudrait augmenter les investissements.

Par conséquent, la nécessité, c'est d'investir massivement et ce sera au détriment des dividendes parce que vous ne pouvez pas le faire au détriment des salaires qui ont déjà été comprimés d'une manière maximale pendant 10 ans. La nécessité pour l'État, stratège et organisateur, c'est de trouver un moyen de faire fonctionner l'économie mixte, mixte, ça veut dire avec du privé et du public, dans des conditions où chacun peut trouver son air d'expansion. Ce que nous offrons avec notre programme aux entreprises, c'est de la visibilité. La visibilité, c'est un des éléments de gestion.

Si vous ne savez pas dans quelle direction va aller l'action de l'État ou si vous entendez dire que l'action de l'État sera sans objet particulier, comme ça a été le cas avec le crédit impôt recherche qui a été utilisé principalement par les banques, bonjour la recherche, ou bien le crédit, le machin CICE qui a été mis dans le droit commun, qui était une part de la masse salariale qui venait en déduction des impôts. Ce sont des sommes faramineuses. L'État s'est appauvri volontairement de 38 milliards d'euros.

Mais la mauvaise nouvelle, elle n'est pas seulement pour l'État et les contribuables, qui vont s'entendre répéter sans arrêt qu'on dépense beaucoup et beaucoup trop, alors que les recettes ont été affaiblies, mais elle est aussi pour le système productif lui-même. Si vous partez de l'idée, quand vous êtes un entrepreneur, que vous n'avez aucune idée de ce qui va se passer l'année prochaine ou l'année suivante, ce n'est pas pareil que si vous tombez sur un gars comme moi qui vous explique voilà le genre de machine que nous allons produire, voilà les process de production que nous allons modifier.

Vous êtes des gestionnaires, donc je suppose que la prévisibilité pour vous, ça fait partie de vos plans. Alors si vous êtes dans la finance en fichier, parce que vous faites un coût, un eau sous la marque, l'autre marche pas, mais quand vous êtes dans la production, non, vous accumulez du capital en machine, en mur, en gens que vous embauchez, etc. et donc plus la prévisibilité est grande, plus votre plan de marche économique est assuré. Voilà pourquoi j'estime que ma formule permet une bonne intelligence du développement économique en ayant un système d'économie mixte où il y a du secteur privé et du secteur public, puissant évidemment.

29:58
Présentateur

Monsieur Mélenchon, vous décrivez le libre-échange comme un pillage économique, notamment détruisant l'industrie en France. Est-ce que vous pensez réellement que le protectionnisme puisse être la solution ?

30:11
Jean-Luc Mélenchon

Le quoi ?

30:12
Présentateur

Le protectionnisme que vous défendez.

30:14
Jean-Luc Mélenchon

Bon, écoutez, j'ai connu, là à nouveau, c'est une période où les Français, l'économie française, sous l'impulsion de M. Giscard d'Estaing, faisait le pari que c'est en s'incluant dans l'économie mondiale qu'on atteindrait les meilleures performances et que refuser cette insertion, c'était une façon de se protéger artificiellement. Il y avait eu des formules à l'époque. Le Premier ministre s'appelait M. Raymond Barr. Il avait dit « Ah, plus aider les canards boiteux ». Bon, toutes sortes de canards se sentaient boiteux et se sont sentis à juste titre menacés. Il se trouve que j'habitais à l'époque dans le Jura et j'avais sous les yeux la contradiction des deux formes de capitalisme.

Dans le Jura, dans le Haut-Jura, vous avez l'industrie de la lunette et du diamant. Je mets de côté le diamant, c'est la lunette qui nous intéresse. Tout le patronat de la lunette était à mort pour le libre-échange en disant « Ben nous, des lunettes, on ne va pas en mettre de force à chaque Français ». Donc, si on veut avoir des chaînes de production qui fassent du gros débit, il nous faut que vous leviez tous ces droits de douane. Il faut que... Évidemment, parce que quand vous vous dites « J'amène mes lunettes », les autres disent « Ben nous, on amène ça, donc vous levez les droits de douane ».

Et ça a été la grande illusion à partir des années 70 jusqu'à la fin du XXe siècle, en partie le début du XXIe, mais moins maintenant parce que tout le monde s'est aperçu quand même qui avait une limite à cette histoire, c'est qu'évidemment, le principal facteur de compétitivité n'était pas la performance technique. Qu'un conducteur ou un microprocesseur fabriqué en Chine ou en France, c'est le même. Par contre, ce qui n'est pas le même, c'est le prix de revient de l'objet en question.

Essentiellement, parce que dans un pays, on va mettre des obligations environnementales et on va mettre des cotisations sociales pour protéger la santé des travailleurs, leur éducation, leur capacité d'accès au moyen de production par les routes et toutes ces choses et l'école. Et dans d'autres pays, on va en tenir aucun compte. Et donc, le facteur de compétitivité va être la dose de misère et de ruine qu'on arrive à répandre autour de soi, pas la performance technique. Or, l'idée initiale du libre-échange comme moteur de l'économie, c'était l'avantage comparatif. Alors, celui-là pouvait faire du vin, pas l'autre. Celui-là faisait du blé, mais pas celui-ci.

Et on échangeait au meilleur prix parce que si, quand vous n'étiez pas capable, pardon de prendre cet exemple, de faire du vin, vous en produisiez quand même, il est de moins bonne qualité et coûte plus cher. On partait donc essentiellement de comparaisons où l'avantage technique ou l'avantage naturel jouent un rôle. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, ce n'est pas vrai. Par conséquent, le seul avantage, il est social et environnemental, c'est-à-dire le report sur la société du coût social et du coût environnemental de la production. Cette externalisation des coûts est une constante du capitalisme de notre époque qui fonctionne partout comme ça.

Et notamment, par exemple, dans la rémunération du travail, j'ai participé au débat sur les 35 heures. Je vous garantis que même pour les plus endurcides d'entre vous, il y a de quoi avoir des frissons dans le dos parce que ceux qui défendaient le travail, le calcul du temps de travail, ne comptaient comme temps de travail que stricto sensu le temps productif. Donc, ils considéraient que se rendre au travail en passant par un souterrain, c'était une promenade, ça ne comptait pas. La pause pipi, la pause de sandwich, pareil, et ainsi de suite.

Donc, on ne comptait plus rien que ce que faisait l'ouvrier ou l'ouvrière, au point que d'ailleurs, dans certaines entreprises, ça aboutit à la suppression de certaines pauses que ça n'a pas tenu longtemps parce que les êtres humains étant faits comme ils sont, il n'y a pas moyen d'échapper à certaines obligations. Donc, voilà dans quel environnement se pose la question du protectionnisme. Donc, moi, je suis pour le protectionnisme. Mais bon, après, il ne faut pas être fou. Il ne faut pas tout, d'un coup, tout fermer. Ça n'a pas de sens. Et puis, d'ailleurs, est-ce qu'on serait capable de tout faire ? Non. Donc, il faut négocier. Je suis donc pour qu'on négocie tout.

C'est pourquoi, à un moment donné, on avait appelé ça le protectionnisme solidaire. Bon, comme si une formule qui est incompréhensible, bon, il vaut mieux avoir des mots où on comprend. Donc, je proposais, moi, qu'on commence, et c'est ce cas dans le prochain programme, c'est comme ça que ça s'appelle, parce qu'on l'a actualisé, ça s'appelle le protectionnisme écologique. Bon, alors, je vais vous donner un exemple. Bien populaux, plus un seul jean a porté en France. Pourquoi ? Parce qu'un jean, aujourd'hui, il se balade dans 12 pays avant d'arriver chez vous.

Il fait 65 000 km et il lui faut la quantité de flotte pour être mis au point correspondant à la consommation d'un être humain pendant 7 ans. Donc, on arrête de faire venir des jeans et on les fabrique nous-mêmes. Est-ce qu'on peut ? Oui, il y a déjà des entreprises qui le font en France. Donc, je suis pour qu'on négocie segment par segment. Il y a des choses qu'on ne sait pas faire, qu'on ne peut pas faire aujourd'hui. Alors là, bon, on discute. Alors, si l'interlocuteur dit « Ah oui, mais M. Mélenchon, nous, ok, nos jeans ne passent plus, mais alors, vos fraises ne passent plus. » Ah, il faut regarder. Qui c'est qui va manger les fraises si on en fait assez, etc., etc.

Aujourd'hui, nous avons toutes sortes de productions, des termes d'échange pour vous donner ça aussi comme exemple. Quand je marque dans mon programme « 100% bio », qu'est-ce que vous croyez que je fais ? Je vais discuter après avec les gens, avec les élus, je reconnais des paquets, les maires de tous bords, je m'en fous de savoir quelle est leur étiquette. La plupart du temps, dès qu'il s'agit des gosses, tout le monde est d'accord. On tâche tous de faire pour le mieux qu'on soit de droite, qu'on soit de gauche, bon, à part quelques illuminés ici ou là. Mais en général, la vieille règle anthropologique qui fait qu'on se préoccupe de nos petits s'applique à tout le monde.

C'est normal que tout le monde puisse manger bio. Oui, d'accord, superbe. Très bien. Et puis après, on discute. Et l'un d'entre eux me dit « Tu sais, il n'y a pas une carotte à moins de 200 km parce que personne n'en plante. Il n'y a donc plus d'agriculture vivrière et la France n'est plus souveraine en agriculture vivrière. 50% de ce qu'on mange est importé. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi en contrepartie, on va fabriquer du maïs pour aller nourrir des vaches qui se trouvent à l'autre bout de la terre ? Pourquoi on fait ça ? On peut avoir une réflexion. C'est pas... Alors évidemment, je sais, c'est attentatoire au principe du libre commerce.

Et d'ailleurs, l'Union européenne nous impose dans les traités cette liberté de commerce. Dire par exemple que seulement la production locale et la production bio, c'est contraire au traité. Alors après, venez me dire « Ah ben, vous voulez quitter l'Europe parce que j'ai déjà entendu 100 fois. » Non, on désobéira. Opt out. Ça existe. Peut-être que la question de l'Europe va venir aussi sur ces aspects extrêmement techniques. Mais là, voilà pourquoi je dis le protectionnisme, ce n'est pas quelque chose qui est impensable ou ingérable. On a fait comme ça pendant des décennies. Donc on peut reprendre un peu plus ouvert. Certainement qu'aujourd'hui, on est beaucoup plus dépendant.

Pourquoi ne produit-on pas certaines céréales qui donnent de la protéine en France ? Pour une raison. Quand on a créé le marché commun et la politique agricole commune, les Américains sont venus et nous ont dit « Alors ça, c'est pas possible. » et d'ailleurs, ils ont obtenu une brèche, une seule, le soja. Résultat, on n'en produit pas. On peut produire en France non pas du soja, mais d'autres plantes qui sont productrices de ce que pourrait nous donner le soja pour les animaux à supposer que ce soit comme ça qu'on veut les élever. Voilà quelques exemples. Deuxièmement, si je dis « Plus de pesticides en France, que je ferais ? » Interdiction. Du phosate, machin chose, terminé.

Bon, les paysans vont dire ce qui est évident. Des paysans qui restent, parce qu'il n'y en a pas assez et quelques-uns d'entre vous devront s'y intéresser. Que vont-ils dire ? Mais qu'est-ce que vous nous faites ? Vous nous interdisez de mettre des pesticides, les autres en mettent, donc ils produisent moins cher. Très bien, ça ne rentrera plus. Ah oui, mais il faut produire à côté de ça. C'est ce qui s'est produit pour les cerises il y a deux ans. Premier temps, on commence par dire « Ah ben, plus du produit, machin chose. » Mais on oublie d'interdire celui des autres. Donc maintenant, on interdit les importations et donc, à nouveau, il y a un marché pour la cerise.

Vous payez un peu plus cher. Très bien. Très bien. Je veux dire, ça a aussi interpellé cette notion que moins cher, c'est mieux. Pourquoi ? Pourquoi moins cher, c'est mieux ? Moins cher, ça n'existe pas. Vous le payez quelque part. Ce que vous payez moins cher, vous ne le payez pas en droits sociaux. Vous ne le payez pas en droits environnementaux. Alors ça suffit, la religion du moins cher. Je vais vous dire ce qui s'est passé socialement pendant les soi-disant 30 glorieuses. Pendant les 30 glorieuses, on a augmenté le pouvoir d'achat des ouvriers et des travailleurs dont on ne voulait surtout pas qu'ils se mettent en mouvement. On a augmenté leur pouvoir d'achat sans augmenter la paye.

Comment on a fait ? En baissant les prix de la production agricole qui sont passés de 20% d'un budget à 9% pendant cette période. C'est les paysans et les paysans tout seuls qui ont payé la différence. Voilà comment ça s'est passé. Par conséquent, si le prix de la nourriture augmente, vous devrez gagner plus. C'est la raison pour laquelle j'ai dit depuis le début qu'augmenter le SMIC c'était écologique parce que ça conduit à la possibilité d'acheter de meilleures qualités. Alors, j'attends bien sûr qu'on me démonte le contraire, qu'en payant les gens toujours moins, ils vont pouvoir consommer des choses toujours meilleures. Parce que ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai.

Les gens ne se nourrissent pas d'une alimentation qui a conduit au développement en même pas 20 ans une augmentation de 46% des diabètes dans ce pays. et des épidémies d'obésité. C'est lié exclusivement à la malbouffe. Et ça coûte, parce qu'après tout, il faut toujours parler de chiffres sans s'occuper des êtres humains. Ça coûte 8 milliards aux caisses d'assurance maladie. Alors, si vous aimez les chiffres, en voilà un qui devrait faire réfléchir à l'idée que ça coûte moins cher que les gens se nourrissent mieux à la condition qu'ils soient mieux payés. Et à la condition, je finis là-dessus, qu'il y ait des paysans.

Parce que, une des difficultés sur laquelle peut buter mon plan et mon programme, c'est qui va le faire. C'est une grande question. J'ai vu beaucoup de mes amis au pouvoir dans d'autres pays du monde. Alors, on décidait toutes sortes de choses. Ça tombait bien. Il n'y avait personne pour le faire. Nous, nous avons la chance d'avoir une organisation des qualifications qui nous permet de faire à peu près tout. Mais dans l'agriculture, non. Il nous faut 400 000 paysans, même si je baisse. Ça fait 300 000 paysans. Mettons 300 000 paysans de plus. Aujourd'hui, il y a moins de paysans qu'il n'y a d'étudiants.

Mais vous ne pouvez pas aller voir quelqu'un, je vais vous dire vous, je ne vais pas aller comme ça dans la rue, dire 1, 2, 3, 4, 5, toi, tu es paysan. 1, 2, 3, 4, 5, toi, tu vas à la terre. Non, ce n'est pas possible. Il va falloir que vous ayez envie d'y aller. Parce que sinon, vous ne ferez pas bien le travail. Et puis, parce qu'on n'est pas dans une société autoritaire. Il faut donc que les gens aient envie d'y aller. Vous ne pouvez pas dire aux gens, écoutez, là-bas, tu as une vie de chien. Alors, tu es un homme, il n'y a pas une femme qui veut venir vivre avec toi parce que c'est une vie qui n'est pas intéressante. Et si tu es une femme, pareil pour ce qui est du matou. Voilà.

Alors, c'est ça, plus pas de vacances, plus pas de ceci, pas de cela. Et après, tu t'arraches les cheveux parce que tu passes plus de temps à aller à l'accueillette des subventions qu'à faire de l'agriculture. Ça, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. On ne convaincra personne d'aller faire ça. Par contre, des salaires décents, une capacité d'avoir des roulements au travail, la priorité à l'agriculture vivrière. Voilà les priorités absolues. Il faut que la France retrouve sa souveraineté alimentaire.

Il faut qu'on ait la quantité de carottes, de poirons, d'artichauts, de patates, de tout ce que vous voulez dont on a besoin pour nourrir les Françaises et les Français et surtout nos petits. Voilà pourquoi le protectionnisme, c'est l'outil de ça. Le reste, c'est du pipeau. Si vous ne faites pas de protectionnisme, vous trouverez toujours une marchandise moins chère qui rentrera chez vous, produite par des miséreux et un jour viendra où les miséreux se rebellent et on trouve des plus miséreux dans le pays d'à côté. C'est exactement ce qui est en train de se passer en ce moment en Asie entre les Chinois, les Vietnamiens, les Pakistanais, les Indiens, etc. Et vous avez vu ce que ça a donné.

La plus grande grève générale du monde a eu lieu aux Indes. Elle vient d'avoir lieu. On n'en a pas parlé une seule seconde ou que ce soit dans quelques médias que ce soit parce qu'on est tellement européocentrés que le pays le plus peuplé de la planète, c'est aujourd'hui l'Inde, n'intéresse personne quand il y a 250 millions de gens qui sont en grève générale, notamment des paysans. Et pourquoi le sont-ils ? Parce qu'on leur a dit c'est la concurrence libre et non faussée les petits. Alors on ouvre les frontières et arrivent toutes sortes de produits agricoles qui tuent sur place toute économie locale.

Et quand vous tuez, ça veut dire des dizaines de gens qui doivent quitter le village, qui vont à la ville, croupir et qui ensuite émigrent, etc. C'est-à-dire les fléaux modernes ont pour origine la destruction des sociétés. et la destruction de leurs structures sociales qui sont toutes liées aux cycles fondamentaux de l'activité humaine. Voilà.

42:23
Présentateur

Désormais nous allons passer à un sujet majeur pour les prochaines élections présidentielles. En effet, dans un récent sondage de l'IFOP publié en avril 2021, les enjeux sécuritaires influeront 86% des votes des Français. Est-ce que vous estimez qu'il y a un réel problème fondamental d'insécurité en France ? Et si oui, comment y remédier ?

42:48
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, je vais vous dire une chose pour vous. Ne supportez pas qu'on vous prenne pour des imbéciles, quelles que soient vos opinions politiques. Si on doit se faire voler pour la troisième fois l'élection présidentielle à jacasser pendant des heures sur l'insécurité, la migration et l'islam, on perd notre temps. Et on le fait perdre à tout le monde quand on est confronté à un des plus grands défis que la civilisation humaine n'est jamais rencontrée qu'est le changement climatique. On n'en a pas parlé pour l'instant, il va falloir qu'on en parle. Alors je viens sur l'insécurité. Je peux vous répondre de deux manières.

La première, qui sera de vous dire de quoi parlez-vous, de quelle insécurité. Les violences physiques ? C'est de ça dont on parle. En partie, oui. Sinon quoi ?

43:41
Présentateur

Globalement ça, oui, mais on peut... Mais ?

43:44
Jean-Luc Mélenchon

Vous n'allez quand même pas me dire que l'insécurité financière vous pose un problème.

43:49
Présentateur

Non, on ne pensait pas à ça.

43:50
Jean-Luc Mélenchon

C'est à moi que ça en pose un.

43:52
Présentateur

Non, on pensait aux agressions physiques, aux vols et aussi les violences envers les femmes.

43:57
Jean-Luc Mélenchon

Voilà. Alors on va déjà séparer les violences envers les femmes de toutes les autres. Parce que la nature des violences qui sont faites contre les femmes a un ressort d'une extrême puissance dans un fait culturel qui est antérieur à la société politique qu'est le patriarcat. Par conséquent, la manière de lutter contre cet aspect de la violence est beaucoup plus exigeant que n'importe quelle autre forme de police. Il suffit de voir que dans les récents... les récents féminicides, à chaque fois, on trouve la même situation de départ. À savoir que ceux qui ont eu à en connaître n'ont rien fait. Rien !

Et parfois, eux-mêmes étaient responsables d'agressions et de violences contre leurs propres compagnes. Je veux quand même le rappeler quand tout le monde sort ses violons. Bon, bref. Ça, on le met à part. Nous avons besoin, d'après les estimations des organisations qui traitent ces sujets, d'un milliard pour lutter contre les féminicides. Eh bien, vous avez à choisir. Vous répondez c'est trop cher ou vous répondez qu'il y a des sujets qui ne sont jamais trop chers parce qu'il faut régler le problème. On ne peut plus accepter que continuer à la cadence à laquelle on le voit des meurtres qui sont la face apparente d'un ensemble d'autres violences.

Et on doit se poser la question de savoir aussi comment on éduque les jeunes garçons pour qu'ils soient incapables de maîtriser la violence qui est entre eux pour la personne qui est la plus proche d'eux et sur laquelle ils ont un sentiment de propriété, gloire à la propriété, un sentiment de propriété tel qu'ils ne supportent pas la moindre mise à distance ou la moindre contestation de cette domination ou de cette propriété. J'ai appartenu à une génération et à un milieu culturel, les Méditerranéens, où être un garçon, c'était tu pleures pas. Et si tu pleurais, tu te prenais une baffe on te dit maintenant tu sais pourquoi tu pleures. Il y avait un culte viriliste.

Les garçons n'exprimaient pas de sentiments. Elles ne devaient pas le faire. Je sais le prix qu'on paye de ça après, quand on est un homme, comme ils disent. Il faut se rendre compte que le stéréotype masculin est aussi contraignant, envahissant, limitant, mutilant que d'autres stéréotypes. Jamais autant que le stéréotype féminin parce que le stéréotype féminin c'est un stéréotype dominé. Donc depuis le début jusqu'à la fin il n'est question que de domination. Donc ça c'est un problème qui n'est pas seulement statistique, pas seulement de violence, de police, non. C'est un problème de la forme de la civilisation au moment où nous sommes, qu'est-ce qu'on décide de faire ?

Si on décide de bifurquer, il faut qu'on mette à contribution les scientifiques qui ont été le plus méprisés, les sociologues, les ethnologues, les anthropologues, qui eux tous ont des clés de réponse qui peuvent nous permettre, les psychologues, ça va de soi, qui peuvent nous permettre de savoir où le problème est, comment il se constitue et comment on arrive à ça. Parce que non, ce n'est pas un acte naturel de tabasser à mort sa compagne. Non, ce n'est pas un acte naturel de l'assassiner. Il faut donc que toute une série de facteurs soient mis en mouvement et c'est ces facteurs qui nous intéressent et la manière de les interrompre. Ça coûte un milliard, paraît-il.

Si ça coûtait deux milliards, on les trouverait. Ça coûte ce que ça coûte, mais ça ne peut pas continuer. Parce que la violence qui est là, elle contamine toute la société. La même origine de la violence va venir sur d'autres sujets et contaminer les comportements. Je viens aux autres formes de violence. Alors évidemment, là, ça y va, en ce moment. Alors vous avez des gens comme M. Zemmour qui vous expliquent que c'est des quartiers entiers, des gens qui parlent de leur religion ont une vocation personnelle, à tabasser, tuer, voler, piller, que sais-je encore. Tout ça n'existe pas. Si vous comparez les violences physiques aux autres problèmes d'insécurité, vous serez surpris.

Et ne croyez pas que je cherche à m'y aiser. Je ne suis pas en train, si peu que ce soit, d'excuser quelque violence que ce soit. Mais alors, j'interrogerai un système qui nous fait passer une loi par an sur la sécurité, le terrorisme et l'immigration qui, la plupart du temps, sont reliés par un même fil d'explication par ceux qui déposent ces lois. Une par an, en moyenne, depuis 30 ans. Et comme moi, je suis parlementaire depuis fort longtemps, je l'ai tous vu passer. Mais je n'en ai jamais vu une seule fois venir nous faire le bilan de la précédente loi et dire, ça, ça ne valait rien du tout. Toujours moins de liberté, toujours plus de contrôle, toujours, toujours, toujours.

Et quel résultat ? Eh bien, ça ne marche pas mieux qu'avant. Et ils disent que c'est pire. Donc ils devraient s'interroger. Comment est organisée la police ? Ça vaut la peine d'y réfléchir. Et ce n'est pas être anti-flics que de contester une organisation défaillante. On l'a fait et on le fait tous les jours à propos des enseignants. Ils font trop ci, pas assez ça, ceci, cela. Même pour la santé. Mais alors, dès qu'il s'agit de police, c'est terminé. La raison s'éteint. Et tout le monde, tremblant de peur devant le syndicat des commissaires de police ou du syndicat des officiers ou du syndicat Alliance, ferme sa grande bouche ou va défiler avec eux. Je ne le ferai pas.

L'utilisation des forces de police est totalement stupide. 5 000 personnes pour la police judiciaire, 7 000 pour les BAC, c'est-à-dire pour des gens qui sont censés faire du flagrant délit. 60 % de leur activité est occupée à contrôler combien vous avez de barrettes de shit dans votre poche. 60 % du temps de travail et des interpellations qui sont faites. Tout ça est absurde du début à la fin. Et évidemment, pour qu'ils se tiennent tranquilles, on n'arrête pas de leur céder des trucs. Vous êtes dans un pays où un capitaine de police, c'est quand même déjà un grade, qui a donc fait BAC plus 3. Il est cadre A. D'accord ?

BAC plus 3, en principe, et c'est vrai, c'est des gens qui ont quelque chose dans le crâne. En tout cas, une capacité à manier un certain nombre de choses. Il commence à 2 400 euros. Il commence à 2 400 euros. 1 400 euros. Un instituteur ou une institutrice il commence à 1 400 euros. Vous trouvez ça normal ? Ça vous paraît être une hiérarchie conforme à l'idée que vous faites de la vie ? Eh bien, pas moi. Je ne trouve pas ça normal. Alors, je veux bien qu'on paye bien certains, mais je suis surtout pour qu'on en paye bien certains autres, dont on a absolument besoin et en très grand nombre. Quant aux forces de police, voici comment je réglerai le problème.

Les BAC seront dissoutes et nous aurons des gardiens de la paix. J'ai bien dit gardiens de la paix. désarmés. Et nous aurons une police judiciaire. Il y a 7 000 personnes dans les BAC. Ça fait 7 000 personnes disponibles pour faire autre chose. Les BRAV seront dissous. Les BRAV, si vous savez ce que c'est, c'est les gens qui montent sur une moto. Ils sont volontaires pour monter sur la moto avec une matraque. Et si vous, vous êtes en train de manifester et que la moto passe, le coup de matraque, c'est pour vous. Moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Ce n'est pas de la police pour moi, ça. Je ne suis pas d'accord.

Le maintien de l'ordre, il n'y a qu'en France qu'on a le droit de tirer des flashballs. Il n'y a qu'en France qu'on a le droit de tirer des grenades. Ni en Allemagne, ni en Belgique, ni en Angleterre, ni en Suède. Nulle part, on utilise des moyens pareils comme ceux qui sont employés en France. 32 personnes éborgnées. La première fois, vous pouvez dire « Ah ben, c'était pas voulu ». Au bout de 32 fois, non, c'est une stratégie, pas un coupable d'arrêter. Alors non, ça, ça suffit. On organisera tout ça totalement différemment. J'en ai assez qu'on contrôle les gens sur la base de leur couleur de peau parce que quelqu'un qui est noir a 6 fois plus d'occasion d'être contrôlé que d'autres.

Moi, je n'ai jamais été contrôlé de ma vie. D'accord ? Personne ne m'a jamais demandé les papiers au hasard dans la rue. Et vous, je ne sais pas si ça vous est arrivé souvent, mais si vous consultez quelques-uns de vos collègues, vous allez voir. Vous aurez le même résultat que celui que j'ai vu. Younous Omarji, président de la commission des régions au Parlement européen, réunionnais, noir de peau, il a droit à un contrôle chaque fois qu'il prend le train à la gare du Nord. Pourquoi lui ? Ben, parce qu'il est noir. Eh ben, je ne supporte pas ça. Et je pense que ça a à voir avec les questions de sécurité.

Si on a de la peur de l'insécurité, tout est permis, alors vous ne vivrez plus dans une démocratie parce que c'est sans fin. Je termine en vous disant la chose suivante. Combien il y a de morts d'homicide par an ? 888. Combien il y a de morts au travail ? 787 années. Combien de personnes sont mortes de maladies professionnelles et en accident du travail ? 1200. Il y a plus de monde qui meurent dans ce pays du fait de son activité professionnelle que dans les violences physiques. Ça n'exclut pas et ça n'excuse pas les violences physiques. Mais ça nous oblige, nous tous, en tant qu'êtres rationnels, à réfléchir sur des bases rationnelles de ce que nous appelons l'insécurité.

Parce qu'il y a l'insécurité physique et elle est insupportable. Je vais vous dire que ceux qui déplorent le plus cette insécurité, c'est ceux qui sont confrontés à la BAC. C'est-à-dire ces quartiers où on peut consommer du gazil-larand comme c'est le cas en ce moment, qui est une consommation tragique. J'ai connu, il y a 30 ans de ça, l'époque où les gamins à la sortie de l'Écosse n'y faisaient de la colle. On s'était battus dans mon quartier, j'étais conseiller général du coin. Pour repérer qui amenait la colle, qui le faisait, etc., on a réussi à en venir à bout. Aujourd'hui, les parents n'ont par-dessus la tête du gazil-larand et de toutes ces choses.

Donc ne croyez pas qu'il y ait des quartiers où tout le monde se réjouit de la délinquance. Ce n'est pas vrai. De même que personne n'est heureux de voir des bandes régler leur compte à coup de revolver ou à coup de fusil. Demandez-vous pourquoi 6 millions d'armes circulent dans ce pays. Pourquoi des gamins de 14 ans peuvent se tuer et être tués ? C'est bien parce qu'on est incapable de faire stopper le commerce et le trafic des armes. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a de si compliqué à choper des gens qui trimballent des armes ? Qu'est-ce qu'il y a de si compliqué ?

Il faut peut-être plus de monde, plus de renseignements humains, plus la volonté implacable d'en finir et pas de considérer que oui, bon, après tout, il faut bien que tout le monde vive, etc. Parce que je pourrais vous en parler pendant des heures sur la manière dont certains responsables de la sécurité ont tendance à relativiser ce qui arrive aux autres. Donc la sécurité, l'insécurité est un problème mais je refuse qu'on ne parle que de ça et que ce soit le problème central de la vie. Le problème central de la vie, c'est la malbouffe. C'est pas d'instituteur à l'école. C'est une mauvaise paye. C'est un logement qui est une passoire thermique.

Voilà les problèmes de l'existence quotidienne de millions de gens dans ce pays. Il y a 10 millions de pauvres, 8 millions de gens qui relèvent de l'aide alimentaire, quoi qu'en ait dit les vérificateurs de BFM, dans un pays qui n'a jamais été aussi riche de toute son histoire. Il y a donc bien quelque chose qui cloche. Vous n'êtes pas obligés d'être d'accord avec ma vision radicale des choses, mais la réponse d'après laquelle les chômeurs sont responsables du chômage, les pauvres de leur pauvreté et les femmes des coûts qu'elles reçoivent a peut-être fait son temps. Peut-être qu'on peut passer à un autre mode d'analyse et d'explication plus rationnel, plus concret et plus précis.

54:50
Présentateur

Merci beaucoup pour cette réponse.

54:52
Jean-Luc Mélenchon

Pardon, je me passionne. Si vous êtes loin, alors je parle plus fort.

54:57
Présentateur

Une dernière question avant de passer à un mot de conclusion. C'est bientôt fini. Mais vous nous aviez dit que vous étiez très énergique. Très énergique. Donc que vous aviez l'énergie pour finir. D'après les derniers chiffres de l'INSEE, on compte effectivement 6,7 millions d'immigrants en France. On va y venir. Face au modèle de créolisation que vous proposez, Éric Zemmour vous opposez jeudi dernier le modèle de l'assimilation. Qu'est-ce donc que la créolisation dont vous parlez ?

55:35
Jean-Luc Mélenchon

Bon, Zemmour raconte n'importe quoi. En général et dans le détail. son but son but c'est de faire peur. Alors évidemment il s'appuiera sur une expérience vous allez sur tel ou tel marché les gens sont curieusement habillés. Alors qu'est-ce qu'on va faire ? La police du vêtement va faire l'Iran à l'envers. Eux ils mettent des voiles nous on les enlève. C'est aussi stupide que ça. Bon. L'immigration est à un taux proportionnel à la population constant en France. Et nous avons pris de mauvaises habitudes sémantiques. Par exemple nous parlons de la deuxième génération de l'immigration. Des fois même de la troisième. Pour ce qui me concerne je suis déjà quand même arrivé à la quatrième.

Mais tout ça n'a aucun sens. Passer la première génération qui est émigre en France s'applique le droit du sol. Ne croyez pas qu'il vous donne spontanément le droit d'être français du seul fait que votre mère vous a mis au monde en France. Il faut attendre l'âge de 18 ans merci monsieur Pascua. Avant c'était le droit du sol. Une invention qui date de 1315 et du roi Louis X et qui a été confirmée par le roi François Ier. C'est vous dire que c'est pas d'aujourd'hui le droit du sol. Et ça correspond à une certaine idée de la civilisation humaine. Dans le cas de ces deux rois il y avait un intérêt matériel en plus des grands principes ça aide toujours quand il y a un intérêt matériel.

Mais en gros les grandes frontières d'organisation culturelle de l'Europe c'est en deçà des lignes de l'Empire romain la cité au-delà la horde et la tribu. Les deux mots n'ont pas de connotation négative dans ma bouche. C'est un mode d'organisation de la vie en commun. Là où c'est la horde et la tribu c'est le droit du sang. Ton père était ostrogot et ben toi t'es ostrogot aussi. Ta maman aussi ça ça compte moins mais si ton papa est ostrogot te blâ ostrogot. Ça c'est la tribu.

De l'autre côté des lignes de l'Empire romain c'est en gros pour résumer et faire vite 212 l'édit de Caracalla qui dit tout le monde tous ceux qui vivent à l'intérieur des frontières de l'Empire tout le monde est citoyen de Rome. Bon. Cette idée est attachée à la cité. La cité t'es là tu votes si t'es riche si tu fais partie des corporations des bourgeois etc. C'est comme ça que ça s'est construit. La logique des cités donne le droit du sol t'es là t'es né là t'es citoyen de là citoyen veut dire tu as le droit de participer à la décision.

Parce que la différence entre les étrangers et les autochtones c'est essentiellement ils sont tous les deux vivants ils ont tous les deux mangent du pain tous les deux mangent du camembert etc. Mais l'un a le droit de décider politiquement et pas l'autre. Il vote et pas l'autre. Donc la différence est politique au point de départ. C'est elle qui marque cette différence parce que sinon on est tous très différents chacun d'entre nous est un cas particulier. Donc arrêtons de parler d'autre chose que de ceux qui émigrent maintenant et qui sont en proportion constante dans la société française depuis la Saint-Glinglin. Alors après quand on regarde de plus près mais là c'est une discussion.

En 1950 un français sur dix avait un grand-père étranger. Un sur dix. Aujourd'hui un sur quatre. So what ? Au nom des trois autres vous êtes quoi ? Ou au nom de seulement celui qui n'est pas dans la bonne lignée ? Moi mon idée c'est que le droit du sol s'applique. Et quand t'es français t'es français point barre. Ce que dit M. Zemmour est ingérable. Parce que d'ailleurs il s'est dégonflé je lui ai dit mais vous avez parlé de la rémigration là vous pouvez pas nous expliquer comment vous comptez faire ça ? Ça m'intéresse. Foudre dehors cinq millions de personnes c'est pas rien.

Vous avez intérêt à ce qu'ils viennent tous du même endroit parce que sinon vous n'avez pas fini de les raccompagner de tous les côtés. Mais j'ai déjà demandé une fois on m'a dit les clandestins c'est un scandale combien il y en a ? Alors les autres disaient 800 000 pour faire peur à tout le monde. Les autres disaient oh ben il doit bien y en avoir 200 000 bon 200 000 800 000 on coupe au milieu 400 000. Bien nous allons tous les foutre dehors. Qu'est-ce qu'on va faire ? On va leur courir après. Ah problème. À quoi est-ce qu'on reconnaît un étranger d'un sans-papier d'un étranger qui a des papiers ou d'un français qui a l'air d'un étranger aux yeux d'un policier ? Compliqué.

Ça va occuper du monde. Pendant qu'on passe notre temps à les capturer on ne s'occupe pas de ceux qui rentrent. Et puis une fois qu'on les a capturés il faut les faire repartir il faut les trier. Qui c'est qui va faire tout ça ? Et vous avez intérêt à ce qu'ils retournent tous au même endroit. Ça fait combien de bateaux ? Combien d'avions ? Combien de trains ? C'est absurde ! Ça n'a pas de sens ! C'est absolument impraticable. Alors à quoi bon discuter de quelque chose qui en toute hypothèse ne pourra jamais se faire à supposer qu'on veuille le faire ? Moi je suis contre.

Vous vous êtes peut-être pour ou vous êtes contre comme moi à cet instant parce que cette idée n'est pas répartie entre les traditions politiques du pays. Vous avez des gens de droite qui ne supportent pas le discours raciste parce qu'ils sont fondamentalement antiracistes. Et vous avez des gens de gauche qui ont des fois les genoux un peu mous. Hein ? J'en connais. J'en vois des manifs avec des fascistes. Bon. Non. Donc c'est pas... La latéralisation n'est pas si tranchée qu'elle en a l'air. Je ne céderai jamais. Pas seulement parce que mes ancêtres étaient de pauvres diables venus du fond de l'Andalousie ou de la Sicile. Hein ? Pas que ça.

Mais parce que c'est la négation d'un principe auquel je crois fondamental qui est la base de l'humanisme et du républicanisme français. À savoir que les êtres humains sont semblables quant à leurs besoins donc égaux en droits. Alors évidemment, certains droits ne sont pas étendus à tout le monde. J'en suis d'accord. Je ne suis pas en train de dire qu'on va supprimer les frontières, les passeports et les visages. Je n'ai jamais dit ça. Certains, oui, tiennent cette position. Ce n'est pas du tout mon avis. Pas du tout mon avis.

Je pense que si on faisait ça, dire qu'il n'y a plus de frontières, on aurait en quelque sorte une concurrence sauvage entre travailleurs et tous les acquis sociaux voleraient en éclats en deux temps, trois mouvements. Donc, on doit avoir une attitude maîtrisée. Une attitude maîtrisée, c'est une attitude rationnelle. Qu'est-ce que vous voulez faire de mieux que ce que je vous raconte depuis maintenant quatre ou cinq ans ? Primo, faire en sorte que les gens n'aient pas besoin de partir de chez eux.

Arrêtez de croire, je ne parle pas pour vous, que les gens sont là au village en se disant, bah tiens, on hésite entre les Suédois et les Français pour savoir lesquels ont la meilleure protection sociale. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. Vous êtes poussés par la misère. L'aîné s'en va ou bien le cadet. Toute la famille cotise pour qu'il puisse partir et personne ne sait où il est. Pendant des semaines et des semaines, vous attendez l'angoisse au ventre de savoir si votre gamin est mort ou vivant. C'est ça la réalité de l'immigration. Et maintenant, ceux qui partent, ce sont ceux de la classe moyenne et de la classe moyenne supérieure.

Ce que vous seriez, vous, qui êtes assis là dans ces chaises, dans ces pays-là. Et pensez à vous ou à vos gosses et demandez-vous comment vous aimeriez qu'on les traite si jamais on les retrouvait dans un canot, dans la flotte. Eh bien, vous direz comme moi. Un, on préférerait qu'ils ne s'en aillent pas, qu'ils puissent rester chez eux, vivre chez eux, dans leur paysage, dans leurs envies. Et s'ils ont envie de partir, qu'ils puissent partir. Et quand ils sont partis, alors les traiter en frères humains.

Et je n'ai rien d'autre à dire que ça, qu'il faut traiter ces semblables comme ces semblables et pas comme des animaux, des objets, en les mettant dans des cages avec des gosses pendant trois mois comme on vient de le décider puisque maintenant, on peut maintenir en prison avec les parents des enfants pendant trois mois. Voilà ce qui a été décidé. Alors, j'admets qu'on ne soit pas d'accord. Je comprends parfaitement. Et qu'on puisse m'accuser d'être un rêveur. Mais je demande quel est le réalisme de ceux qui passent leur temps à foutre la trouille à tout le monde et qui sont incapables de dire ce qu'ils feraient le cas échéant.

Alors, Mme Le Pen peut inventer tous les référendums qu'elle veut. À un moment donné, elle se brisera sur une réalité humaine. Et pire, alors je ne sais pas lequel des deux est le plus méchant et le plus mauvais, M. Zemmour qui veut qu'on ré-émigre les gens. Mais qui veut faire ré-émigrer ? Ceux qui ont un grand-parent ? Deux grands-parents ? Un papa ou une maman qui n'est pas de la bonne nationalité à ses yeux ? Qui ? Alors il dit à les Asiatiques que ça s'assimile. Parfait, il n'en a pas rencontré depuis longtemps. Il n'a pas été dans le 13e arrondissement de Paris. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Je viens maintenant assimilation, créolisation.

La créolisation, ce n'est pas une ligne politique, ce n'est pas un projet politique. Ça vous plaît ou pas vous vous créolisez ? Tout seul, ça se fait tout seul. La créolisation, c'est des gens qui partent de cultures un peu différentes et, chemin faisant, ils fabriquent une culture commune. Personne ne domine personne. Et on produit quelque chose de commun. La France est le prototype de la nation construite sur la créolisation. Nous sommes les seuls de toute l'Europe à nous être autoproclamés gallo-romains. Il n'y a pas un autre pays qui s'est amusé à mettre romain derrière son nom. Les Espagnols auraient pu dire nous sommes des ibero-ostrogo-romains.

Ils ont donné trois empereurs de la période classique plus le philosophe Sénèque. Ce n'est pas rien quand même. Plus Vespasien, l'inventeur des toilettes publiques. Ce n'est pas lui qui l'a inventé. Mais c'est lui à qui on doit la formule parce que les gens disaient quand même c'est un peu dur les toilettes publiques payantes et Vespasien a répondu l'argent n'a pas d'odeur. C'est de là que ça vient. Je dis ça parce qu'on est dans une école de commerce comme ça, ça vous stimule. Bref, j'oublie Vespasien. Mais donc nous nous sommes vantés depuis le début d'être une société créole entre les Gaulois et les Romains. Et je suis élu de Marseille comme vous le savez.

Le mythe fondateur de Marseille c'est un marin grec qui vient et qui épouse la fille du chef qu'il a choisi lui plutôt que tous les autres qui étaient très intéressants Gaulois qui étaient là. Et donc on donne le site à... C'est un mythe bien sûr. Peut-être qu'il a une réalité. Mais ce sont des symboles de l'identité française. Les Français n'ont jamais mis comme condition la couleur de peau. Ils ne pouvaient pas. Ils sont de toutes les couleurs. Les Français depuis je ne sais pas combien de temps. Ce n'est pas la religion. Il y en a cinq. On s'est entretués comme des fous pendant trois siècles entre catholiques et protestants.

Quant aux Juifs, on avait l'habitude de les persécuter donc personne ne le mentionnait. Mais c'est en 1400 que les Juifs de Toulouse payent pour ne plus être giflés une fois par an. Parce qu'une fois par an, on giflait les Juifs. Ça faisait partie du folklore local. C'est ça. Nous avons donc surmonté ces abominables guerres de religion. Cette essentialisation de la différence. La nation française s'est construite dans la rupture avec le cléricalisme. Et ce n'est pas une déclaration anti-catholique que je suis en train de faire. Les premières bastons, c'est avec Robert le Pieux. C'est en 600. Lui, il a cédé. Ensuite, la grosse bataille, c'est 1300.

Le roi Philippe le Bel contre le pape Boniface. Ensuite, ça a été le roi des Français étant protestant. Henri IV qui faisait un catholique peu convaincant puisqu'il n'arrêtait pas de se convertir. C'est chez nous que ça s'est passé. Puis, la première grande révolution que nous faisons, ce n'est pas une révolution pour les Français. C'est une révolution pour l'humanité. C'est ce qu'on raconte. Et c'est les premières lois de séparation des Églises et de l'État. Jamais, les Français ne sont constitués comme peuple par une appartenance, une singularité religieuse, de peau, ni même de langue. Entendez-moi bien ce que je vous dis, ni même de langue. 29 pays ont le français comme langue officielle.

Ce n'est donc pas la langue française qui fait de nous des Français. La langue française est la langue en usage commun et elle appartient à tous ceux qui la parlent. De la même manière que j'ai pu dire l'autre soir et je le pense profondément, qu'est-ce qu'un prénom français ? C'est un prénom porté par un Français. Et si c'est Mohamed ? Eh ben c'est Mohamed. Et si c'est Alaric ? Eh ben c'est Alaric. Et si c'est Gwen ou si c'est je ne sais quoi ? C'est un prénom porté par un de nos compatriotes. C'est un choix de la famille. C'est un droit sacré de placer ses enfants sous la protection d'un prénom si on estime que ce prénom va l'aider à vivre. Et c'est ce que pensent tous les parents.

Voilà pourquoi moi je ne lâcherai pas un millimètre de terrain. Je ne veux rien savoir. Cette ligne politique ne nous mène nulle part. La politique que je propose c'est celle qui tient et part du fait que premièrement intégration lui il dit non c'est assimilation. Intégration ça veut dire que les gens eh ben ils trouvent leur place dans la société. Ils vont faire ceci ils vont faire cela ils vont avoir une activité utile un travail. Ils vont être éduqués. Les gosses vont apprendre à parler correctement notre langue. Et si possible arriver à la performance moyenne ce qui n'est pas trop dur en orthographe et en grammaire.

Et puis une fois qu'on vous dit là eh ben ça y est on parle français on se marie des français on s'aime avec des français on tout ça se mélange et ça vous donne la créolisation. L'assimilation ça n'a pas de sens. Le seul processus d'assimilation qui est jouable humainement c'est la créolisation. Sinon à quoi voulez-vous assimiler ? J'ai pas envie d'être assimilé à un Alsacien. Ça m'intéresse pas. J'ai le droit non ? J'ai pas envie. Et puis vous pourriez vous dire vous là-bas là qui rigolez moi j'ai pas envie d'être corse. Etc. L'assimilation suppose qu'il y a un modèle et qu'on doit être conforme à ce modèle. Mais ça c'est le coup des racines hein. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Alors c'est au fil de réfléchir le plus intensément sur ce genre de bêtises. Ça veut dire que le futur est un passé toujours recommencé. La tradition s'impose et l'invention est à suspecter. La frontière des ethnies ça a toujours été le corps des femmes. Toujours. Puisqu'on parlait de patriarcat tout à l'heure. Si vous partez de l'idée qu'il y a un modèle à partir duquel on construit la société c'est les épousailles et le fait de donner des enfants au monde qui va être la frontière sur laquelle va se disputer la propriété du sol entre ceux qui se sont reconnus le droit du sang. C'est aussi vieux que la civilisation humaine.

Alors nous les français on a fait une chose bien bien bien c'est ça la révolution de 89. Et maintenant on va la renier. Et qui le fait ? Je termine là-dessus parce que j'ai des comptes à régler. Qui le fait ? Un monsieur qui vient vous dire alors les femmes de musulmans ceci cela lui il pense que les femmes ont un cerveau moins important que celui des hommes. Il l'a dit il l'a écrit il a fait un livre dessus il a encore dit qu'il était contre le droit à l'avortement il l'a dit à circonstances exceptionnelles qui va décider des circonstances exceptionnelles ?

Moi j'ai une réponse chaque femme individuellement lui il a une autre réponse la société je ne suis pas d'accord le corps d'une personne lui appartient et vous n'imaginez même pas d'imposer une dépendance de cette nature au corps d'un homme à l'égard de la société. Alors vous l'imaginez très facilement pour les femmes pourquoi ? Pourquoi monsieur Zemmour ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas dans votre vie ? Vous soyez obligé de parler de virilité tous les cinq minutes toutes les pages de vos bouquins ça et les obsessions c'est quoi le truc ?

Vous avez le devoir même même si vous n'aimez pas ce qu'on prend on parle vous n'êtes pas d'accord avec mes idées mon programme et le reste mais sur ce point je pense qu'on est très nombreux à être d'accord et que c'est pas une affaire d'étiquette politique c'est une affaire de perception qu'on a de la vie de sa valeur du goût des choses et du contact aux autres voilà pourquoi cette histoire d'immigration est un piège pour vous scotcher à des questions que vous ne pouvez pas régler vous n'avez pas d'autre solution que de vivre ensemble nous n'en avons pas d'autre et nous n'avons pas d'autre raison de penser au futur qu'en espérant qu'on va pouvoir finir le faire alors après bon vous avez le droit d'être anti-clérico c'est mon cas et ça vaut pour toutes les religions ce qui fait que je me fais un maximum d'ennemis de tous les côtés à la fois mais je tâche de le faire dans des conditions qui sont celles du réel aujourd'hui insulter à longueur d'année les musulmans comme on est en train de le faire de toutes les manières possibles c'est un crime contre la patrie républicaine des français parce que nous parlons à 5 millions de nos compatriotes c'est à peu près aussi monstrueux que si on le faisait pour les catholiques en disant vous êtes des cathos bon à rien grenouille de bénitier etc etc c'est aussi offensant et qu'on dit ah bon vous appelez Marie c'est malin bon voilà c'est insupportable donc il faut parler dans un contexte aujourd'hui il y a une forme d'anticléricalisme que je ne pratiquerai plus parce que j'estime qu'elle ne fait rien avancer elle va crisper les gens et opposer les gens et pas du tout aider les progrès de la raison et de la convivialité voilà ça sera tout pour l'instant

1:11:46
Présentateur

merci pour vos réponses juste avant de passer aux questions du public comme convenu en début de conférence nous vous laissons la parole quelques instants si vous le souhaitez

1:12:07
Jean-Luc Mélenchon

j'ai un petit défi intellectuel pour vous voilà partout où je passe je le raconte comme ça ça fait réfléchir nous sommes entrés avec le changement climatique dans une ère absolument nouvelle aucune autre génération n'a eu un défi pareil devant elle je ne m'étends pas je pense que vous êtes tous à peu près au courant sur les conséquences de ce changement le climat est un système métastable et il a changé parce que ses conditions initiales ont changé mais nous ne savons pas il est commencé et il est irréversible on peut en limiter les effets on peut espérer mais on n'est plus en état de l'empêcher parce que l'inertie fait que ce système est lancé sur un certain nombre de paramètres comme le réchauffement la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère etc etc changement a lieu il est irréversible et il provoque parmi bien d'autres effets je vous laisse tous les catastrophes naturelles tout ça une question nous est posée en tout cas pour les responsables politiques nous sommes entrés dans l'ère de l'incertitude structurelle tous les savoirs traditionnels sont pris à revers pourtant c'est le moment où on en parle le plus des savoirs traditionnels ils sont pris à revers dès qu'il s'agit de la nature je donne un exemple je l'ai déjà donné souvent ceux qui m'ont entendu je l'ai pris de m'en excuser en Amérique latine côté pacifique quand un coquillage apparaît sur les rivages on sait que dans les deux mois qui suivent il va pleuvoir pourquoi ?

parce que ce coquillage s'échoue après le passage des courants chauds par dessus les courants froids ou l'inverse je ne me souviens plus très bien et ces bestioles remontent et à ce moment là les sociétés agricoles du coin quand ils voyaient les coquillages couraient la bourrée pour pouvoir profiter de la pluie aujourd'hui les deux le tapis roulant chaud froid ralentit voire se stoppe c'est vrai sur la côte pacifique avec le courant le nino et de notre côté le gold stream ça veut dire que tous les savoirs traditionnels fondés sur l'observation des cycles de la nature sont pris à revers les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets si le coquillage apparaît ça ne veut pas dire du tout qu'il va pleuvoir dans deux mois la chaîne des causes et des effets telles qu'elles pouvaient être analysées par les savoirs traditionnels est rompue il ne nous reste que le savoir scientifique pour pouvoir garantir un certain nombre de connaissances et de prévisions sans prédicibilité on ne peut rien organiser ce n'est pas vrai que dans le domaine économique c'est vrai dans tous les domaines de la vie humaine mais là aussi le savoir traditionnel le savoir scientifique est pris à revers parce que lui-même sait qu'il est de nature probabiliste entre une cause et en effet il n'y a pas une ligne directe d'enchaînement il y a une probabilité à une cause A correspond à un effet B à 99% ou à 99,5 c'est pourquoi vous avez l'impression que la cause et l'effet sont liés dans une règle d'absolue rigidité ce n'est pas vrai mais enfin bon à 90% ça va c'est toujours la même chose bon c'est très important parce que nous avons à partir de là deux difficultés si le système climatique change ce qu'il est en train de faire nous ne savons pas dans combien de temps il tombera sur une formule stable c'est à dire un nouveau point d'équilibre il va fluctuer les évolutions ne seront pas linéaires mais c'est acoustique et donc on est devant l'incertitude la décision politique a besoin de certitude pour être prise je parle avec un ami qui est géologue je lui dis qu'est-ce qui se passe le doux est à sec qu'est-ce qu'on doit faire répond j'en sais rien lui c'est quand même toi le géologue c'est pas moi oui il me dit bien sûr je lui dis est-ce qu'on peut arrêter l'imperméabilisation des sols il me répond bah oui tu peux faire ça si tu veux mais c'est pas sûr que ça suffise ou que ce soit adapté première limite le savoir scientifique bute sur des phénomènes dont le caractère stochastique est de plus en plus important deuxième élément la collecte des informations scientifiques dépend de longues chaînes d'interdépendance exemple je me trouve récemment sur le lac Titicaca il y a là une expédition française qui travaille avec les facs boliviennes ils ont installé un système d'observation sur la flotte ils sont connectés à d'autres c'est des informations de premier intérêt à une cadence extrêmement élevée donc le niveau de prévision qui peut se faire sur le temps sur le lac est extrêmement élevé mais ça dépend des liaisons électroniques et internet si cette liaison est coupée ils sont coupés des autres informations qui leur permettent d'établir une prévision scientifique donc le changement climatique peut avoir un impact sur les conditions dans lesquelles les savoirs scientifiques vont être établis par les appareils qu'on installe et transmis sans lesquels deux tels savoirs ne sont pas disponibles vous entrez donc dans une ère d'incertitude pour le philosophe que je suis l'intérêt de l'affaire si j'ose dire après avoir tourné ça dans tous les sens il se trouve que pour des raisons qui me sont personnelles je me suis intéressé à ces phénomènes non linéaires dans les années 90 parce que quand j'ai découvert que contrairement à ce que je croyais le déterminisme n'était que probabiliste et bien maintenant si vous n'êtes plus sûr des formes que les choses vont prendre de la série des événements il ne vous reste plus qu'une certitude savoir ce que vous voulez si vous décidez que quand toutes les installations ont sauté parce qu'on a eu un épisode climatique tumultueux comme dans le sud du pays ça va se multiplier vu que la mer méditerranée se réchauffe plus vite que les autres mers du monde et que donc des pluies diluviennes tombent sur une nature qui n'en a jamais reçu autant et en plus complètement imperméabilisée beaucoup imperméabilisée dans toutes sortes de zones et bien tout va donc s'écrouler alors vous choisissez qu'est-ce qu'on fait et vous ne savez pas s'il va re-pleuvoir et vous ne savez pas si ça ne va pas recommencer dans 3 mois ou dans un jour ou dans 8 jours vous pouvez décider que ben ma foi la première fois on nettoie on répare la deuxième fois débrouillez-vous et la troisième fois quelqu'un va dire écoutez moi j'en ai marre de vos histoires je mets ma propre station j'ai oublié le nom le machin mon groupe électrogène parce que moi je me débrouille tout seul le gros malin de la série et c'est juste que pour avoir du carburant on dépend aussi de chaînes d'interdépendance les pièces de rechange aussi et tout le coup de chie tout pareil mais enfin il peut le croire et puis il n'y a plus d'eau potable parce que les canalisations ont sauté donc je me mets mon propre réservoir donc vous avez un choix qui est purement moral philosophique autant que politique chacun pour soi ou tous ensemble le collectivisme ou l'individualisme vous voyez je ne dis pas l'égoïsme il ne faut pas froisser ceux qui pourraient être de cette famille hein qu'est-ce qui va se mettre en oeuvre c'est une question morale et philosophique si l'électricité est rompue je la répare autant de fois qu'il faut si la canalisation d'eau est rompue je la répare autant de fois qu'il faut pour que tout le monde absolument tout le monde puisse avoir de l'eau tout le monde puisse avoir de l'énergie électrique à sa disposition mais je pourrais aussi bien dire écoutez dès que vous vous mettez ailleurs puisque c'est là je veux que ça se passe mal vous n'avez qu'à partir ailleurs c'est à dire faire la logique habituelle le chômeur est responsable de son chômage le pauvre de sa pauvreté et l'inonder de l'inondation c'est des principes de philosophie et de morale la morale et la philosophie redeviennent au premier plan des facteurs objectifs de la décision politique et de la décision humaine aucun d'entre nous ne peut passer à côté de cette réflexion qu'est-ce qui compte le plus pour lui la vie que nous avons en commun ou celle qu'il va essayer de tirer d'affaires et vous autres vous avez plus de responsabilité que d'autres parce que vous faites partie de ce qui est considéré comme l'élite c'est à dire vous faites partie de ceux qui dirigent de ceux qui décident et votre manière de vous comporter de répondre à ces questions morales et philosophiques ont un impact dix fois plus grand que d'autres catégories qui ne seront pas dans les fonctions de commandement qui vont être les vôtres et donc il faut que dans les enseignements et dans votre propre pratique de l'existence vous gagnez en épaisseur humaine gagner en épaisseur humaine ça veut dire des arts des lettres de la musique de la réflexion philosophique et de la réflexion morale on a quelques résolutions

1:20:48
Présentateur

qui arrivent on va désormais passer à la dernière partie de cette conférence les questions vos questions donc n'hésitez pas à lever la main on aura quelques membres

1:20:57
Jean-Luc Mélenchon

de tribune

1:20:59
Présentateur

qui vous interroge

1:20:59
Auditeur

bonjour monsieur le ministre merci d'être venu jusqu'ici et puis bravo pour l'ambiance je dois dire qu'il y avait plus d'ambiance à votre conférence qu'à ma bar misva donc je suis un peu jaloux je voudrais vous faire réagir sur une anecdote qui m'est arrivée assez récemment et qui est assez réelle pour savoir ce que vous en pensez ça va être court la dernière fois je suis sorti de mon entraînement de rugby et je voulais aller rejoindre mes amis au bistrot et j'ai voulu faire une pause par une boulangerie pour manger un jambon beurre un jambon beurre c'était à 200 mètres d'ici entre le terrain d'entraînement et le bar dans lequel nous allions donc je suis rentré dans la boulangerie j'ai dit à la boulangère bonjour madame est-ce que je pourrais avoir un jambon beurre s'il vous plaît et elle m'a regardé droit dans les yeux et elle m'a dit ici on ne sert plus de jambon beurre j'ai demandé pourquoi elle m'a dit parce que c'est halam mais si vous voulez j'ai un poulet mayonnaise alors je sais bien que Eric Zemmour fantasme qu'il ne dit que des conneries mais que le grand remplacement n'existe pas mais mon jambon beurre lui il a été grand remplacé par le poulet mayonnaise et donc je voulais savoir si je vote Mélenchon est-ce que je pourrais recommencer à manger des jambon beurres dans la boulangerie à 200 mètres d'ici à Paris intra-muros ou est-ce que non parce que c'est pas possible ou parce que vous vous en foutez merci monsieur le ministre

1:22:13
Jean-Luc Mélenchon

je dis non mais je connais le quartier j'ai eu mon siège là dans la rue là c'est pas halal c'est cachère non mais bon il y a une rivalité non mais vous n'avez pas eu de bol ça c'est la première leçon que je tire de votre anecdote alors est-ce que moi président vous pourrez avoir du jambon beurre bah s'ils en vendent oui hein mais c'est pas moi qui vais décider qu'on va fabriquer du jambon beurre ou pas qu'est-ce que vous voulez c'est la liberté du commerce après tout c'est une école de commerce ici alors après ce que je peux faire je peux être un peu sournois je me mets d'accord avec vous et on décide de bloquer le prix du jambon beurre et d'augmenter celui du poulet à la mayonnaise on va déséquilibrer la liberté de l'or non il est évident que que voulez-vous si les gens se mettent à ne plus vouloir faire ceci ou cela pour des raisons religieuses c'est bien dommage et moi je suis pas pour ça mais oui on va devant leur porte et on mange du jambon mais sinon dites-moi ce qu'on fait attendez mais moi je suis attendez je comprends ce que vous voulez me dire je plaisante vous-même vous plaisantiez vous avez dit que c'est une anecdote plaisante bon alors j'apprends pour ce qu'elle est une anecdote plaisante je vous réponds qu'est-ce que vous comptez faire je vais quand même pas aller de boutique en boutique envoyer mes pandores dire là il n'y a pas de jambon beurre comment ça se fait vous êtes en suspect bon et puis après le vendredi je vais aller dans le restaurant dire quoi il n'y a pas de viande il n'y a que du poisson bigot bon on peut pas alors ce qu'il faut faire c'est qu'il y ait des gens comme vous je sais pas moi qui vont dix fois dans la boutique et qui dit je voudrais un jambon beurre il n'y a que du poulet mayonnaise berck et vous partez et vous revenez avec votre copine avec votre copain avec qui vous voulez bon mais ça s'appelle l'offre de la loi et de la demande c'est moi qui dois expliquer un truc pareil ici ah bah bon alors alors répondez-vous maintenant pour être sérieux pour être sérieux moi je réponds franchement vous qu'est-ce que vous dites qu'il faut faire

1:24:23
Auditeur

j'ai pas entendu

1:24:29
Jean-Luc Mélenchon

non mais attendez prenons sérieux la réponse cet homme répond il a réfléchi donnez lui le micro s'il vous plaît vous voulez bien que moi j'arrive à entendre sinon j'entends rien du tout

1:24:39
Auditeur

moi je pense que la réponse à ça c'est que c'est que quand on vient dans un pays on s'assimile et qu'on s'adapte aux règles du pays dans lequel on est accueilli et que donc même si on n'est pas d'accord pour servir du jambon je voudrais pas la forcer mais qu'elle se dit j'arrive en france le jambon beurre c'est le sandwich le plus vendu tous les ans en france non ça a été doublé par le burger bien sûr mais bon avant c'était ça peut-être que ce serait le moment de lui dire vous venez en france il n'y a pas de problème mais quand vous venez en france et que vous êtes boulangère vous servez des jambons beurre à ceux qui vous en demandent parce que c'est la culture

1:25:06
Jean-Luc Mélenchon

moi c'est ça ma réponse alors non mais attendez il faut entendre moi je comprends ce que vous voulez me dire sauf que c'est tout simplement pas réalisable parce que les juifs de France ne mangent pas de jambon beurre et les juifs de France sont français depuis plus de 1000 ans d'accord et c'est comme ça ça fait partie de la religion de même moi j'ai été élevé dans la religion catholique le vendredi on mangeait pas de viande on mangeait du poisson alors à quoi dois-je m'assimiler alors après vous dites quand les gens viennent il vaut mieux qu'ils vivent comme les autres bah oui il vaut mieux mais vous pouvez pas leur imposer et si nous commençons à dire aux gens vous rentrez en france si vous mangez du jambon beurre honnêtement autant leur dire écoutez on veut ni de musulmans ni de juifs dans notre pays sans oublier ceux qui sont végétariens bon donc non mais c'est pour ça moi je comprends ce que vous voulez dire parce qu'il y a des gens qui se sentent en insécurité quand ils ont l'impression que ce à quoi ils sont habitués n'a plus lieu et c'est vrai que c'est déstabilisant mais la réponse elle est forcément rationnelle vous voyez bien qu'il n'y a pas de réponse rationnelle à un sujet comme celui-ci vous pouvez dire il vaudrait mieux que personnellement je vois un tas de choses qui vaudraient mieux que mais qu'est-ce que j'y peux rien ce que je peux faire c'est par la contagion l'exemple bon voilà ne croyez pas que la peur du jambon beurre soit réservée aux musulmans parce que non c'est un peu plus compliqué voilà je sais que je ne vous ai pas répondu mais vous non plus alors donc un partout vous ne savez pas quoi faire et moi non plus alors comme je ne suis pas un fanatique du jambon beurre ça me manque moins qu'à vous quant au poulet mayonnaise le poulet oui la mayonnaise non c'est très mauvais pour ma ligne

1:26:50
Auditeur

bonjour monsieur j'ai une petite question à droite je voulais rebondir bon ça va être je voulais rebondir un peu sur tout ce que vous nous avez dit

1:27:10
Jean-Luc Mélenchon

c'est une blague à deux balles pour dire bon il ne faut pas dire la droite quand je suis là quand on dit il y a la gauche et l'autre côté ça vaut rien je suis d'accord allez-y on a démarré au jambon beurre alors on y va quoi

1:27:26
Auditeur

non moi je ne serais pas aussi rigolo que ça je voulais juste rebondir un peu sur tout ce que vous nous avez dit et notamment sur la question bon pas que de l'immigration mais aussi des violences et compagnie et vous avez dit si par exemple on n'a pas de retour des immigrés parce que vous ne voyez pas de possibilité à ça mais que en plus de ça on doit les considérer comme nos frères quand ils arrivent en France quand on voit aujourd'hui que ces personnes qui arrivent en France pas tous mais pas mal arrivent en France et leur culture leur culture vient avec eux et je ne peux pas dire qu'ils ne s'assimilent pas parce que vous n'aimez pas ce terme mais ils ne s'intègrent pas à notre culture et en plus de ça vous voulez qu'on désarme et qu'on réduise les effectifs de ceux qui viennent maintenir une sécurité à la fois dans ces zones là mais aussi en France et donc maintenant avec ces trois éléments on est d'accord un que le projet de créolisation c'est une utopie et deux que votre programme donc met la république et tout simplement notre démocratie en danger

1:28:25
Jean-Luc Mélenchon

j'ai pas compris pourquoi je mets la démocratie en danger parce que pour l'instant ceux qui la mettent en danger c'est ceux qui réduisent les libertés et sous faire erreur c'est pas les immigrés

1:28:40
Auditeur

alors ça moi je suis pas d'accord mais moi dans ma question dans ma question c'est ça met en péril la démocratie parce que ces personnes là elles participent pas au processus démocratique un autre processus qui est un processus qui est mis en France depuis des centaines d'années et donc elles arrivent en France et elles implantent leur culture etc et elles ne participent pas à ce processus or vous justement vous voulez qu'on les intègre comme nos frères bon ils veulent pas s'intégrer c'est compliqué de les intégrer de les chute s'il vous plaît donc c'est compliqué de les considérer comme nos frères et et justement vous voulez qu'ils s'intègrent mais on sait qu'ils ne s'intégreront pas c'est ça se voit que ça ça ne marche pas depuis des vingt des trentaines d'années non mais d'accord j'ai dit pas tout le monde nuance j'ai pas dit tous ok et donc vu qu'ils ne participent pas au processus démocratique c'est pour ça que je parlais de mise en péril de la démocratie

1:29:32
Jean-Luc Mélenchon

je crois que vous vous trompez assez profondément et je voudrais essayer de vous donner des arguments rationnels pour vous le faire comprendre quand vous dites d'abord les mots il faut les utiliser c'est comme ça dans le moment avec précision intégrer c'est prendre sa place dans la société par le travail par l'école bon ça tout le monde le fait tous ceux qui viennent et il n'y en a pas tant que ça tâche d'avoir du travail et font souvent les travaux les plus durs que les autres des fois ne veulent pas faire mais enfin passons même sur ça qu'est-ce qui vous permet après de dire que ces personnes n'ont pas de goût pour la démocratie telle que nous-mêmes nous la concevons c'est-à-dire le droit d'avoir une opinion de la traduire dans un bulletin de vote et d'avoir des représentants je voudrais vous faire remarquer qu'il y a peu il y a eu pour parler que de ça dans tous les pays du maghreb tous les pays du maghreb des insurrections citoyennes en faveur de l'extension de la liberté et des hommes des femmes ont pris des risques pour défendre le droit à la liberté ce fut le cas en Tunisie lorsqu'a été renversé le gouvernement de monsieur Ben Ali et que la constitution qui a été votée derrière est une constitution dans laquelle pour la première fois le pouvoir politique est pensé séparément du pouvoir religieux c'est dit et écrit dedans qui fait qu'on a dit que cette constitution était la plus avancée de tout le maghreb vous avez eu pendant deux ans et c'est toujours pas fini en Algérie des mouvements en faveur des libertés démocratiques et comportant toutes les autres questions notamment celle de la place que peuvent prendre les berbères dans la société algérienne ce fut le cas au Maroc il n'y a pas d'exception il n'y a pas de peuple qui aime la tyrannie ça n'existe pas ils y sont contraints et si nous devions faire une police qui devrait se préoccuper du vêtement et de la nourriture nous serions dans la situation de ceux que nous combattons nous combattons par exemple en tout cas intellectuellement naturellement il ne peut pas être question d'une bataille physique mais nous ne sommes pas d'accord avec le régime théocratique de l'Iran je ne cite que l'Iran pour n'être désagréable à personne ici mais des régimes théocratiques il y en a quelques-uns dans le monde qui sont fondés sur l'ethnie ou sur la religion dominante est-ce que nous allons faire nous la même chose mais dans l'autre sens c'est-à-dire comme je le disais tout à l'heure pour le faire d'une manière un peu piquante comme ça en disant alors eux ils obligent tout le monde à mettre un foulard et nous on va obliger tout le monde à l'enlever ce n'est tout simplement pas jouable ne mélangeons pas les expressions s'intégrer c'est prendre une place dans la société dans une société qui est aussi profondément en crise que l'est la nôtre je veux dire déstructurée socialement parce que les contrats de travail sont de plus en plus précaires parce que la quantité de travail salarié diminue alors que les besoins de travail vont en augmentant et que la richesse accumulée est considérable figurez-vous qu'on a divisé par deux le temps de travail moyen en France pendant le siècle dernier en multipliant par 50 la valeur des richesses produites donc il y a quand même un petit problème de répartition quand vous êtes sur une société malade alors tout va mal et la machine à intégrer qui ne concerne pas que les immigrés qui viennent d'arriver qui ne sont pas si nombreux que ça nous concerne tous j'ai vécu dans un monde où on était à peu près certain d'avoir un emploi à l'âge adulte je ne sais pas comment font votre situation est un peu particulière mais tant de jeunes que je connais qui vivent sans savoir de quoi ils vivront le mois d'après qui n'ont pas droit à un logement autonome qui vivent soit en colocation soit chez les parents c'est le sort de millions de gens dans ce pays et qui sont comme dirait l'autre des français de souche ça m'a toujours fait rigoler parce que la souche franchement on pouvait trouver une autre idée que de comparer le corps social à une souche c'est-à-dire un organe mort donc ce que je dis c'est que nous avons un devoir et il faut me répondre sinon qu'est-ce qu'on fait d'autre quand des gens sont en péril en mer on les sauve c'est une loi qui est aussi vieille que le code maritime et qui ne s'applique pas que aux gens qui sont en train de traverser la méditerranée ou tenter de le faire c'est le plus grand cimetière du monde 30 000 personnes y sont mortes ça concerne tout le droit maritime et une fois que les gens sont débarqués ben tout simplement on les traite humainement et on examine les cas et il y a ceux qui repartent et puis ceux qui vont rester et puis je vais aller plus loin une fois que j'aurais dit ça pour vous dire c'est pas rationnel de dire que je mets en danger la démocratie pourquoi ?

parce que les personnes dont on parle d'après vous seraient atabiquement hostiles au process démocratique je ne crois pas je crois que comme nous ils aiment la démocratie alors évidemment les uns et les autres ont des idées différentes vous savez moi j'ai jamais cru que parce que quelqu'un a été immigré elle était de gauche je ne crois pas ça toutes les opinions sont là et dans certains secteurs il y a une prédominance de l'opinion religieuse en relation avec le fait que toutes les autres structures collectives se sont effondrées et que les personnes qui s'occupent des autres personnes sont souvent motivées par des raisons religieuses on peut essayer à chaque fois de comprendre de quoi on parle pour autant ça ne fait pas d'après moi de la religion le lien nécessaire à la cohésion d'une société je n'ai jamais été d'accord pour qu'on proclame que l'Europe aurait des racines chrétiennes ni même que les racines soient la seule partie intéressante d'un arbre moi je crois plutôt au feuillage qui est tourné vers la lumière je le dis parce qu'après tout une image peut s'opposer à une autre mais pour terminer avec ce que vous disiez donc ce n'est pas vrai que ce soit les gens comme moi qui mettent en danger la démocratie et la république la mettent en danger ceux qui veulent mettre des critères ethniques de tri entre les gens ceux qui veulent faire des exclusives religieuses après qu'on ait passé trois siècles de guerre civile en France entre catholiques et protestants ceux qui réduisent les droits individuels sous prétexte de lutte contre l'insécurité et ne cessent de mettre en place des organes et des moyens de contrôle toujours plus étendus aujourd'hui depuis la loi Valls il y a tous les 200 ou 300 mètres une station qui peut enregistrer la totalité des conversations du secteur moi ça me fait bien rigoler parce que avec une méthode pareille il vaut plus de monde après pour dépouiller les résultats que pour les collecter mais l'intelligence artificielle va bientôt permettre puisque tout le monde est pour qu'on mette des caméras partout et bien l'intelligence artificielle va permettre de reconnaître en permanence tout le monde tout le temps bon vous avez le droit de trouver ça génial moi non j'aime pas ça et je n'aime pas les contrôles permanents qui sont faits sur tout le monde et c'est curieux que ce soit un collectiviste qui vous parle de liberté individuelle face à des gens qui se réclament de la liberté et passent leur temps à la réduire mais je mets tout ça pour dire bon non je ne crois pas que je sois un danger pour la cause que je sers je ne vais pas faire mes états de service mais je vous dis juste ça moi je considère par contre que votre point de vue si vous permettez lui est dangereux parce qu'il va essentialiser les êtres humains attendez non on va merci pour les applaudissements mais j'installe notre relation dans une relation de respect même si je suis choqué et dans l'argumentation rationnelle si on fait ça on va faire de la France un immense camp surveillé surveillé par des gens recrutés à six de moyenne alors vous faites comme vous voulez mais moi j'aime pas ça et je le dis franchement j'ai pas peur ils me font pas peur je le dis franchement je ne suis pas d'accord pour qu'on soit un des pays les plus encadrés par la police et la gendarmerie de toute l'Europe je ne suis pas d'accord je ne crois pas à ce mode de fonctionnement je crois que l'autocontrôle je crois que la manière de fonctionner crée les conditions qui permettent une sécurité collective ou pas et que quiconque vienne m'expliquer qu'on a obtenu de meilleurs résultats depuis qu'on a augmenté sans fin les effectifs les payes les moyens de toutes sortes et que la situation est pire maintenant qu'elle était avant donc on peut rationnellement se dire il y a quelque chose qui tourne pas rond essayons de trouver une autre solution le premier qui ose dire ça on le traite aussitôt d'antiflic non on le fera quand même et moi je sais que dans la profondeur du pays et dans vos têtes que vous soyez d'accord ou pas avec moi sur le reste sur des questions comme celle-là il y a une grande transversalité et je ne cacherai pas monsieur que je sais très bien qu'il y a des gens qui viennent de la famille politique dont je suis issu la gauche qui savourent les effets de menton la coercition la surveillance et le reste le souvenir de monsieur Valt est assez frais répété maintenant tous les jours pour qu'on s'en souvienne mais je vais terminer sur une chose à votre avis quelle est la force d'une nation quel est l'instrument de sa puissance les uns pensent que c'est une puissance militaire c'est une vue de l'esprit à cette étape il faut être capable de se défendre c'est une certitude d'autres pensent que c'est les résultats du commerce extérieur dans ce cas notre modèle suprême est la république fédérale d'allemagne ses grosses bagnoles ses outils et ses machines outils c'est pas mon idée pour moi la puissance elle vient du rayonnement philosophique scientifique et moral et culturel d'une nation soyons les plus puissants possibles dans ces domaines et nous serons acceptés reconnus des fois craints comme disait l'empereur Tibère qui me haïssent pourvu qu'ils me craignent je le fais pour moi aussi c'est ça qui sera l'instrument de notre puissance et j'ajoute un dernier élément le nombre le nombre en 2050 nous serons la première nation en nombre d'Europe on le sera avec des immigrés de la 3ème 4ème 5ème 6ème 7ème génération et que peut-être ne mangeront pas de jambon beurre ce qui est une erreur de leur part car c'est bien bon point c'est un atout de puissance plus un peuple est nombreux plus la ressource intellectuelle est étendue plus les moyens de produire rencontrent un marché étendu par conséquent le nombre est un argument de puissance les peuples qui déclinent en nombre sont condamnés à décliner dans tous les compartiments dans tous les compartiments le nombre nous importe et notre capacité à faire France de tout bois est un des éléments de notre puissance plus notre peuple sera uni et plus nous serons en état de résister aux catastrophes qui viendront sur nous et plus nous serons en état d'aider les autres et puis enfin regardez la réalité de la France de ce qu'elle est aujourd'hui si l'on met de côté le commerce extérieur et je ne sais quoi encore l'ère de créolisation qui se présente à nous c'est la francophonie 29 pays dans le monde l'ont comme langue officielle par conséquent c'est à votre génération d'inventer la francophonie des peuples où ce ne serait pas la langue de l'impérialisme français ou la langue de la France-Afrique mais la langue qu'on a en commun 80% des francophones de 2100 quand nous serons 700 millions à parler la langue commune se trouveront en Afrique par conséquent la littérature la poésie la musique avec des paroles dans la langue commune viendront de ce continent qu'est-ce qu'il faut que je dise que c'est une horreur que je n'en veux pas qu'il n'en est pas question que nous devons ramener tout au bignou et à la flûte dont nous avons été ça n'a pas de sens tout le monde le sait d'ores et déjà la musique se créolise elle est universelle d'ores et déjà le français est une langue qui est en évolution par les apports est-ce que vous savez par exemple que dans le français il y a 400 mots d'arabe il y a 400 mots d'espagnol il y a 800 mots d'italien la langue française est une langue créole mais on n'a pas envie de le savoir et ceux qui disent que la langue française doit être parlée dans sa tradition sont incapables de lire un texte en langue française qui a simplement trois siècles ou deux siècles parce que la langue a bougé la langue française est la propriété commune de tous ceux qui parlent français voilà où à mon avis je mets les symboles de la puissance et vous saurez une chose dans les guerres coloniales nous avons été vaincus par des gens qui se réclamaient des principes de la révolution française contre ceux qui étaient censés être les héritiers et qui ne les pratiquaient pas si bien qu'un jour j'ai dit à la tribune de Sénat nous avons perdu la guerre d'Algérie parce que nos valeurs n'étaient pas portées par nos armes et nous méritions de perdre c'est une parole très dure à dire pour un pied noir que je suis mais c'est une parole qui est conforme à l'idée que je me fais du mouvement général de la marche de l'humanité et de mon devoir en tant qu'homme en tant que responsable politique priorité à ceux qui nous rassemblent mettre en second plan ce qui nous séparera ce qui nous différenciera on ne peut pas à la fois être pour l'intégration l'assimilation et l'universalisme et passer son temps à trier les gens d'après des couleurs de peau ou des religions ça n'est pas compatible c'est une hypocrisie que ceux qui veulent faire ça l'assument et qu'ils disent qu'ils sont pour une société d'apartheid qu'ils disent qu'ils ne veulent pas laisser rentrer en France ceux qui ne sont pas conformes à la religion dominante de ce pays qu'ils l'assument mais qu'ils cessent de venir faire semblant de nous prendre à revers et de nous opposer notre universalisme à notre pratique la créolisation n'est pas la négation de l'universalisme je vais vous donner la parole je vais arrêter c'est le moyen concret de l'universalisme entre le différentialisme à la Zemmour et un universalisme abstrait qui blesse les gens au nom d'une impérative d'assimilation il y a autre chose la vie elle-même la musique l'art la littérature la poésie la science qui sont toutes des langues universelles toutes sans exception à commencer par la science qui vous intéresse vous plus que d'autres

1:43:20
Auditeur

on a une dernière question ici dernière question ici alors moi j'ai une petite question concernant le deuxième tour de la présidentielle donc j'aimerais savoir si le même cas de figure se présente donc à savoir à la présidentielle de 2017 donc Emmanuel Macron face à Marine Le Pen ou encore Éric Zemmour face à Emmanuel Macron est-ce que vous appelleriez à voter pour Emmanuel Macron et si oui pourquoi et sinon pourquoi également merci

1:43:55
Jean-Luc Mélenchon

mais j'aurais préféré d'autres hypothèses et je vous aurais demandé entre monsieur Zemmour et moi qui vous préférez parce qu'il y a déjà des gens qui se sont prononcés ils ont dit Zemmour hein comme ça c'est clair je pense pas que ça soit votre cas mais les attitudes suicidaires sont connues alors qu'est-ce que je ferais moi moi je pense que je suis pas le plus mauvais stratège vous admettrez sur la scène politique c'est pas moi le le plus inefficace je viens encore de vous le prouver je vous signale que si on regarde le dernier sondage sans la hargne qui m'entoure en permanence dans les milieux médiatiques le deuxième tour il est à portée de main pour moi c'est madame Le Pen qui fixe la hauteur du de la perche elle est à 16 et moi à 13 monsieur Zemmour a 13 monsieur Bertrand a peut-être 14 voilà donc c'est à portée de main faites-moi confiance pour utiliser aussi bien que je peux la situation et la politique c'est un art de mouvement pas seulement un art d'opposition pourquoi je dis ça par opposition à ceux qui viennent ils ont la grosse la grosse cocarde moi je suis le parti qui que quoi etc ben pas de bol tout le monde s'en fout on est maintenant dans une situation extrêmement volatile monsieur Zemmour a pas fini de monter parce qu'il est en train de siphonner madame Le Pen et comme il siphonne un peu ses pauvres et l'air qui savent plus comment s'en sortir bon il a quelques perspectives devant lui alors ma situation est moins enviable puisque la totalité de la gauche traditionnelle occupe au moins la moitié de son temps à dire du mal de moi et à me tirer dans le dos chaque fois que je me trouve dans une épreuve un peu compliquée on vient de le voir avec le débat Zemmour mais en même temps il fallait que ce débat ait lieu parce qu'il a déclenché un choc des affects pardon madame si vous ne croyez pas que je tourne autour du pot je vais me dire à ma conclusion il a déclenché des affects qui ont électrisé la scène politique et repolitisé la scène politique et tout d'un coup vous avez vu que des gens à travers moi se sont sentis vengés leur dignité remise sur la table en face de quelqu'un qui insultait tout le monde sans que personne ne puisse lui répliquer et vous avez vu que c'est un petit garçon de son côté des gens se sont enragés pire que jamais et aussi leurs affects sont entrés en ligne de compte et soudain un tas de politiciens qui ne comprennent rien à ce qu'est la vie des peuples et qui confond l'administration des choses et le gouvernement des peuples réalisent que les affects sont des idées et les idées sont des affects être antiraciste c'est une idée et c'est aussi un affect des fois c'est d'abord un affect et ensuite ça devient une idée parce qu'on ne sait pas nommer le fait qu'on aime son petit camarade ou sa petite camarade passionnément et qu'on le considère comme membre de sa propre famille et tout d'un coup un jour ah on découvre qu'ah oui on n'est pas de la même religion mais on s'en fout on n'est pas de la même couleur mais on s'en fout parce que c'est mon pote c'est ma pothèse tout va bien quoi d'accord et bien c'est comme ça que ça se passe les affects deviennent des idées les idées deviennent des affects c'est ça qui s'est passé l'autre soir c'est pour ça que vous aviez 9 millions de personnes qui sont passées sur cette émission c'est le fait politique le plus important depuis 5, 6, 7, 10 ans peut-être que d'avoir eu ce choc et chacun a pu voir que derrière il y avait une conception du monde la dernière fois en 2017 et je ne répondrai que pour 2017 le deuxième tour est arrivé dans les conditions dont vous vous souvenez alors on a d'abord dit que j'étais tellement dépressif que j'étais incapable d'articuler trois mots pas du tout on m'avait dit attendez le plus tard possible car on est sûr de rien vous êtes dans un mouchoir de poche ce qui correspondait au pronostic que j'avais fait sur cette élection que ça se terminerait dans les avant-tours dans les alentours de 20-19 c'est à peu près ce qui s'est fait et ensuite moi je venais de créer la France Insoumise qui était un mouvement qui est un mouvement autour d'un programme et d'un candidat lié au programme premier tour deuxième tour il y a un deuxième tour je n'ai pas l'autorité qui me permet de dire aux gens faites ceci ou faites cela je fais le pari qu'ils savent ce qu'ils ont à faire et d'ailleurs j'organise un vote en ligne et qui comporte deux choix possibles voter Macron ou s'abstenir et massivement l'emporte le vote Macron pas massivement mais l'emporte le vote Macron ce qui prouve que j'ai eu raison de faire attention et de ne pas usurper l'autorité qui m'était donnée par 7 millions de voix pour considérer que mon point de vue était le point de vue de tout le monde ce que j'ai fait à titre individuel je le sais je suis allé voter ce jour là mais je ne vous le dirai pas ce que j'ai fait parce que je me sens être le représentant de 7 millions de personnes qui se sont instantanément divisées en 3 groupes ceux qui ont été voter Macron ceux qui se sont abstenus et puis ceux qui ont été mettre un bulletin de vote marqué Mélenchon dessus ce qui ne servait strictement à rien et qu'à compter dans les bulletins nuls c'était leur manière de s'y opposer j'en ai par dessus la tête d'avoir à choisir entre quelqu'un qui pense que Pétain n'a livré que les juifs étrangers et celui qui pense que c'est un grand militaire voyez-vous c'est quelque chose que j'ai là en travers de la gorge je ne suis pas d'accord pour considérer Maurras comme un grand intellectuel c'est un criminel antisémite Philippe Pétain est un traître à la patrie et un antisémite voilà ce qu'ils sont et moi on me demandera de dire lequel est le moins pire dans ces variétés je sais ce que moi je ferai peut-être je ne suis pas sûr de savoir dans ce cas là c'est pourquoi la solution la plus raisonnable c'est que je sois présent au deuxième tour pour m'éviter ces tourments merci

1:49:37
Locuteur

merci