Guerre au Moyen-Orient : la France doit-elle s'impliquer ? | Parlement Hebdo - 27/03/2026
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous. Très heureux de vous retrouver pour ce nouveau numéro de "Parlement hebdo". Le Parlement vient de reprendre ses travaux après la pause des élections municipales. - Vous connaissez la formule, un débat entre un député et un sénateur.
Nous accueillons Pouria Amirshahi, député de Paris, membre du groupe Ecologiste et sociale à l'Assemblée nationale. Face à vous, Christian Cambon, sénateur Les Républicains du Val-de-Marne et ancien président de la commission des affaires étrangères de la défense du Sénat. - Vous débattrez de la guerre au Moyen-Orient.
Sébastien Lecornu a annoncé une hausse rapide des moyens de nos armées. Ce conflit provoque une flambée des prix de l'essence en France. Les oppositions appellent le Gouvernement à prendre des mesures.
L'exécutif réfléchit à des mesures ciblées. - La guerre au Moyen-Orient s'est invitée au Parlement ce mercredi. - L'ordre du jour appelle les déclarations du Gouvernement sur la situation au proche et Moyen-Orient. - A l'assemblée, mercredi, le Premier ministre ne minimise rien. - Ce qui se joue aujourd'hui au proche et Moyen-Orient est une guerre qui s'étend et qui peut aller jusqu'à une forme de globalisation. - Face à un conflit qui montre les limites des Etats-Unis, Sébastien Lecornu dit qu'il y a urgence à renforcer les capacités militaires de la France. - Il faut actualiser dès le mois d'avril les capacités militaires de la France. - Des commandes supplémentaires sont prévues dans les quatre prochaines années.
Sur le plan géostratégique, le Premier ministre rappelle, la France reste dans une posture défensive et de soutien à ses partenaires mais refuse toute intervention dans le conflit. - La France ne participera pas à des opérations de guerre pour ouvrir ce détroit par la force. Elle ne se laissera pas entraîner dans une guerre qu'elle a choisie. - Une analyse globalement partagée sur tous les bancs. - A l'heure actuelle, même si le rétablissement du détroit d'Ormuz est nécessaire, je ne vois pas comment cela peut se faire sans devenir parti prenant au conflit, ce qui n'est pas souhaitable. - A gauche, certains critiquent la France. - Rien de ce que vous faites n'est à la hauteur de notre nation.
Vous laissez des nations bafouer le droit international. Vous restez les bras croisés. - Point commun entre toutes les interventions, une attitude manifeste sur la situation au Liban. - Pouria Amirshahi, 36 milliards d'euros de plus pour nos armées d'ici 2030.
Pour vous il y a urgence à renforcer les capacités militaires de la France ? - Les capacités de défense, oui. L'accélération à laquelle on assiste aujourd'hui le nécessite.
Mais il ne faut pas investir que dans les missions et le surarmement. Il faut se défendre contre les cyberattaques. Ca mérite des investissements.
Le Premier ministre a évoqué les munitions, des équipements militaires...
Dont on ne sait jamais dans combien de temps ils vont vieillir. Deuxième remarque, oui, mais à la condition que ce ne soit pas pris sur le budget qui supporte des services publics, la qualité de vie... - Il va y avoir des investisseurs privés qui vont intervenir dans France munitions. - C'est peut-être un problème.
Je voudrais savoir de qui on dépend. Ce n'est pas une question neutre. On parle de souveraineté et d'indépendance nationale.
Je veux savoir avec qui la France peut s'allier ou à qui elle peut demander des investissements. Je vois trop d'Etats dépendants, y compris de compagnies américaines. - Christian Cambon, Sébastien Lecornu a annoncé une accélération de la hausse des moyens des armées, est-ce qu'il faut aller vers une économie de guerre et comment on finance cet effort militaire ? - Déjà, je pense qu'il est important d'accélérer le développement de nos outils de défense.
J'avais eu l'honneur d'être le rapporteur de la dernière loi de programmation militaire qui avait sanctuarisé 413 milliards. On avait discuté sur les 13 milliards qui étaient assez incertains. Mais il y avait déjà un geste important.
On peut reconnaître après, lorsqu'il terminera son double mandat, d'avoir doublé les dépenses consacrées à notre défense. Il faut aller plus loin car tout le monde sait que la défense française se caractérise par la multiplication de nos compétences dans tous les domaines. Mais nous n'avons pas de profondeur, d'épaisseur.
Par exemple, sur les missiles complexes, fin 2025, nous avions réserve ce qui a été tiré la semaine dernière en Ukraine. Ca laisse à penser qu'il faut aller plus loin. Nous avons dit à plusieurs reprises qu'en matière de munitions, il fallait véritablement reconstituer le stock.
Une partie et partie vers l'Ukraine aussi. Nous continuons notre répartiteur depuis quatre ans vers l'Ukraine. Il était nécessaire d'aller plus loin. - Pour le rôle de la France, Sébastien Lecornu a été clair, on ne se laissera pas entraîner dans la guerre.
La France peut-elle néanmoins tenir longtemps cette position défensive alors même qu'elle va organiser une rencontre pour voir comment sécuriser le détroit d'Ormuz avec la Grande-Bretagne. Vous craignez que la France se laisse entraîner dans la guerre ? - Je pense que le monde pourrait se faire entraîner dans cette guerre malgré lui.
On assiste à un agenda dicté par des nationalistes d'accaparement. On l'a vu avec Poutine qui veut l'Ukraine, Nétanyahou qui veut la Palestine, Trump qui met la main sur le pétrole vénézuélien d'abord puis qui cible le gaz et le pétrole iranien. On voit bien que les conséquences sont mondiales.
Le rôle de la France est de veiller à faire en sorte qu'on empêche cela. Pour cela, il faut être plus offensif. - Vous montrez les muscles ? - Par exemple, en convoquant une conférence internationale à Paris avec des alliés.
Je pense à l'Espagne qui est un allié européen fort et solide et qui n'a pas froid aux yeux lorsqu'il s'agit de dire qu'ils n'iront pas coopérer et servir de marchepied à la stratégie israëlo-américaine. La France se doit d'être garante du droit international. Ce ne sont pas des mots qui n'ont pas de sens.
Ce qui aujourd'hui ceux qui aujourd'hui enfreignent les négociations pour permettre au monde de se réguler, ce sont les Etats-Unis et Israël, après que la Russie ait agressé l'Ukraine il y a quatre ans. La France doit alerter les consciences. - Est-ce que nous avons les moyens d'influer sur la situation ?
Christian Cambon ? - L'Europe n'est pas en situation aujourd'hui de peser sur les décisions à partir du moment où la force des empires a emporté le droit international. L'Europe est porteuse du droit international.
Ce qui s'est passé à Téhéran n'est pas conforme au droit international. Il nous reste la présence de nos forces armées qui peuvent aider après la fin du conflit, après un cessez-le-feu. Nous pouvons sécuriser notamment le détroit d'Ormuz.
Après, il y a une dimension diplomatique. Mais on voit quand même dans ce domaine...
Le président de la République avait proposé que Paris soit le lieu de rencontre mais finalement, ça n'aura pas lieu ici mais plutôt au Pakistan...
On le regrette et à la fois, on va faire en sorte que l'Europe se fasse entendre. Mais elle a beaucoup de difficultés. D'abord car dans l'Europe, tout le monde n'a pas le même point de vue. - La présidente bonne Von der Leyen a accepté la politique de changement de régime en Iran.
L'Allemagne a condamné ces interventions. La France doit prendre des initiatives. - Trump a eu raison de frapper ce régime sanguinaire ? -On ne règle pas...
Je vais vous le dire autrement. Trump s'en fout du peuple iranien. Ca fait 40 ans que le peuple est en révolution permanente.
Depuis 2009 il y a des mobilisations monstrueuses pour se défaire de ce régime. Quelle aide leur a-t-on apporté ? Rien.
Or il y a des pays qui auraient pu être solidaires, en accélérant les procédures de visa...
On va faire croire maintenant que deux fascistes, dont un recherché par la cour internationale, les libère ? - Qui règlent les problèmes du monde par ses stratégies guerrières ? Dans ce cas, on peut penser que poutine ahurissement, Ukraine ?
La question ne se pose même pas. Il est urgent de mettre à l'ordre du jour que face à l'accélération du réchauffement climatique, que Trump veut séparer toutes les ressources. - Est-ce que la France a été trop attentive aux crimes d'Hezbollah ? - La situation en Iran est connue depuis longtemps et on sait et on voit les méfaits que l'Iran a commis dans cette région en multipliant les proxy, ces groupements qui provoquent une déstabilisation.
On le voit aussi en Irak qui aurait dû se reconstituer après la guerre qui l'oppose à l'Iran. Les chiites sont là pour déstabiliser et empêcher l'élection d'un Gouvernement. C'est quand même un état qui agit de manière négative pour ne pas dire de manière terroriste.
Il ne faut pas avoir peur des mots. - La solution, ce n'est pas la force... - Combien il y a eu de conférence internationale ? - On caractérise le régime de Hezbollah comme un régime assassin.
Vous avez fait référence à l'Irak, la reconstruction de l'Irak, c'est après l'invasion illégale des Etats-Unis. Qu'est-ce que ça a produit ? Daesh. - On peut craindre le même scénario... - Bien sûr.
C'est le dessin de Monsieur Netanyahu. Tout le monde sait que le Hamas a été à la manoeuvre pour permettre de grandir. Si on veut vouloir cadrer l'Iran, contraindre l'Iran, il y avait l'occasion en 2015.
Le traité sur le nucléaire iranien. Qui l'a remis en cause ? Monsieur Trump.
Ce que je ne comprends pas c'est qu'on n'ait pas assez d'analyses pour le dire, éclairer l'opinion de cette stratégie de Donald Trump. La France doit faire face et front à Monsieur Trump. - Après on parle d'énergie. - Aux yeux du droit international, rien ne colle.
L'initiative américaine, qui n'a...
On nous demande de venir à l'aide des Américains. Les Américains se sont lancés seuls dans cette opération. Sur le plan du droit international, il y a beaucoup de bonnes consciences qui considèrent que les Etats-Unis font le mauvais travail.
C'est la position d'un certain nombre de forces politiques. - On ne va pas aider les Etats-Unis à faire le mauvais travail. - Ce n'est pas notre guerre.
Ca a été dit et redit. Il faut rester sur cette position. Ils doivent assumer le moment venu leurs responsabilités.
Nous ne pouvons pas entrer aux côtés des Etats-Unis. - On va quand même évoquer l'aspect énergétique de cette guerre. C'est très important pour les Français.
Avec la hausse du prix de l'essence. Le Gouvernement réfléchit à des mesures ciblées pour nos compatriotes. Il se montre hésitant sur la communication de l'ampleur de cette crise. - Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier. - Evidemment, un choc pétrolier n'est pas une bonne nouvelle pour les comptes de l'Etat.
Je le regrette. - Un choc pétrolier, les mots du ministre de l'économie sont forts pour qualifier la crise anecdotique énergétique. Roland Lescure revient sur ses déclarations. - Je regrette d'avoir utilisé ce terme.
En aucun cas c'est la situation française. - Un débat, mais surtout des questions, mercredi au palais du Luxembourg, les sénateurs de tous bancs ont interpellés le Gouvernement sur les mesures qu'il compte mettre en place pour les Français face a l'augmentation des prix à la pompe. - Quelles pistes pour nos concitoyens les plus modestes et nos entreprises les plus fragiles ? - Pouvez-vous nous préciser ce que le Gouvernement français compte faire pour limiter l'impact de cette crise ? - Que compte faire réellement le Gouvernement pour soulager la facture de nos concitoyens ? - Si des dispositifs de soutien ont été mis en place pour les secteurs en première ligne comme les transporteurs ou les pêcheurs, rien pour le moment ne concerne les Français.
Le Gouvernement réfléchit à des mesures. - Nous sommes complètement conscients de la situation pour les Français. Nous devons être efficaces.
On pourra réfléchir sur la baisse de TVA...
Il faut regarder ce qui n'a pas fonctionné dans le passé. GAN le Gouvernement devrait annoncer dans quelques jours les nouvelles aides. Il exclut les baisses de taxes ou de plafonner le prix. - Est-ce qu'on peut parler de choc près pétrolier ? - Ca a des répercussions mondiales.
Ca avait déjà commencé chez nous car nous sommes très dépendant, en Ukraine en 2022 avec le blé. Ca continue avec le pétrole de façon spectaculaire. Le détroit d'Ormuz, il faut qu'il soit débloqué.
Avant que Monsieur Trump intervienne, il n'était pas bloqué. La France a raison de ne pas vouloir souscrire à cette stratégie pour éviter que la crise s'accélère. Comme on y fait face ?
Je n'ai pas compris la réponse du Gouvernement. Il ne donne aucune indication sur ce qu'il faut faire. Il a dit : " La mesure sur la TVA..." - Une baisse de la TVA sur les carburants. - Je ne suis pas favorable.
La question est posée par La France Insoumise de blocage des prix, le Gouvernement a répondu en disant : "Ce n'est pas ciblé." Ciblé-le. Ce n'est pas compliqué.
Peut-être qu'il se pince un peu les doigts en ayant refusé la taxe Zucman. Ce serait peut-être le moment pour les grandes fortunes et des grandes entreprises de montrer leur patriotisme. Je ne crois pas qu'ils en aient fait état. - Que répondez-vous à cette juste suggestion ? - Je ne vais pas réalimenter le débat.
Je pense effectivement que les mesures qui visent à baisser les taxes de la TVA ou la taxe sur les produits pétroliers n'a aucun effet. A chaque fois que ça été utilisé, c'est revenu en boomerang sur ceux qui les avaient iniciées. Ca crée des profits pour ceux qui n'en ont pas besoin.
Si on fait baisser pour tout le monde le prix à la pompe, c'est sympathique, mais je pense qu'il faut cibler les bénéficiaires de ces aides. On parle des grands rouleurs, je crois que de base, c'est au moins 12 000 km professionnels par an. Ce sont les transporteurs, les pêcheurs, les agriculteurs, sur le fioul et aussi sur les engrais.
Je pense qu'il faut cibler cela. Mais arrêtez de faire ce qu'on a fait en 2022 où ça nous a coûté des milliards. Pourquoi ne pas faire la même chose que les autres pays ?
On cite toujours les pays comme l'Espagne et l'Italie. Ils sont dans une situation financière qui n'est pas la même que la nôtre. On a des centaines de milliards de dettes.
Arrêtons. Si c'est pour payer avec de la dette ce genre d'avantage que j'accepte de payer un peu plus. Il faut aider ceux que ça touche directement. - Certains parlent de la mise en place d'un chèque énergie.
Mais c'est très coûteux. Qu'est-ce que vous proposeriez ? - Il faut cibler, je renverse le raisonnement.
Si on va au-delà des 12 000 km à jour, si on va au dessus, à l'année...
Ceux qui vont bénéficier des aides, ce sont ceux qui roulent le plus. Ceux qui prennent des hélicoptères régulièrement...
Faire des aides sectorielles au monde de l'agriculture et de la pêche, on sait le faire. Ce n'est pas ça le sujet. On a assez d'expérience accumulée en France sur ces deux secteurs stratégiques français pour avoir une politique ciblée.
Je parle de ressources exceptionnelles car ça peut avoir des impacts sur les finances publiques...
Ca veut dire rechercher des ressources optionnelles en mettant en place une contribution exceptionnelle qui va chercher de l'argent par exemple au prorata dans les entreprises directement bénéficiaires ou productrices de l'énergie. - Est-ce qu'il faut chercher l'argent vers les pétroliers ? Quand on voit que le prix du baril augmente, ça augmente tout de suite mais quand ça baise, c'est pas tout de suite. - Il y a beaucoup de contrôle.
Il est évident qu'au niveau des distributeurs, il y a des actions à mener. Je pense que l'Etat est prêt à demander aux industries pétrolières de contribuer. Prenez l'exemple de l'Italie.
Elle a baissé ses taxes. Où est-ce qu'elle a pris l'argent ? Sur l'éducation.
Est-ce que c'est ce que l'on veut ? Il faut faire très attention. Il y a des mécanismes qui fixent le prix.
Ce qui convient de mesurer, c'est de prendre en compte le fait que ces hausses doivent être compensées pour les gens qui en souffrent le plus. Ca peut être très bien fait et il peut y avoir une contribution des industries pétrolières. - Contribution... - Il me semble qu'on doit aussi sortir du débat...
On est en urgence. On ne peut pas chaque fois se mettre dans des situations de ce type. La vraie question qui est posée, c'est que nous sommes complètement dépendant aux énergies fossiles.
Elles sont dangereuses, polluantes... - On le dit depuis des années. - On est très dépendant...
Le transport maritime pour le cheminement de certaines marchandises...
Le pétrole et le gaz. Deuxièmement, ce que ça pose pour nous à cette étape historique plus que jamais, de géopolitique renouvelée, ces nouvelles, c'est la question c'est la question de notre souveraineté. Les moyens qui seront pris pour faire face a la situation, c'est une transition énergétique.
C'est le plus urgent. - Donc, plus de nucléaire. - Pas que.
Les énergies renouvelables... - Je le dis avec respect, chaque parti a le droit de défendre sa doctrine, dans les dernières années, on est influencé par la politique du président de la République.
Il avait demandé la fermeture de certaines usines nucléaires. Ce sera le mot de la fin. Merci d'avoir participé à ce débat.
A la semaine prochaine.
Christian Cambon