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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 28 novembre 2021 18 min

Marc Fesneau : "L'autonomie, ce n'est pas la question de l'indépendance"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Avec Karine Becker, nous recevons Marc Fénault, bonjour. Bonjour. Ministre délégué chargé des relations avec le Parlement depuis 2018, vous êtes également numéro 2 du Modem. Beaucoup de sujets à évoquer avec vous ce matin, je voudrais qu'on commence par la crise aux Antilles, Guadeloupe puis Martinique. La nuit de vendredi à samedi a été marquée par de nouvelles violences. Alors la contestation a d'abord visé les contraintes sanitaires, contre l'obligation vaccinale pour les soignants, contre le pass sanitaire. Elle se double maintenant de revendications sociales et pour y répondre, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a proposé hier d'ouvrir le débat sur l'autonomie de la Guadeloupe.

Il le fait, dit-il, à la demande des élus locaux. Hier, droite et extrême droite ont vu un aveu de faiblesse de l'État. Marc Fénault, est-ce que c'est une concession pour ramener le calme, ce qui pour l'instant ne semble pas fonctionner par ailleurs ?

0:45
Marc Fesneau

Pas du tout, je pense que la volonté du gouvernement exprimée par Sébastien Lecornu est une volonté assez simple. D'abord, rétablir l'ordre, parce qu'au fond vous avez raison, c'est parti de sujets sanitaires. Et par ailleurs, on a vu se développer, au-delà des sujets sanitaires et des manifestations et des points de blocage qu'il pouvait y avoir, un certain nombre de gens qui avaient des comportements qui n'étaient en rien liés à la situation sanitaire ou aux problèmes sanitaires, mais liés plutôt à des phénomènes de violence et de bande.

Et d'ailleurs, quand vous discutez avec ceux de nos compatriotes qui vivent là-bas, ils nous disent la même chose, qu'il y a des phénomènes de bande contre lesquels il faut lutter. Donc, d'où les moyens de police et de gendarmerie qui ont été déployés sur place pour rétablir l'ordre, à la Guadeloupe comme à la Martinique. Mais l'autonomie ? J'y viens, la situation est stabilisée. Deuxième élément, il y a des sujets sociaux et économiques qui ne sont pas nouveaux d'ailleurs.

On a de façon structurelle dans ces territoires une distorsion à la fois de pouvoir d'achat par rapport à la métropole, et donc on a besoin d'un taux de chômage en particulier sur les jeunes qui est très élevé, ce qui fait que Sébastien Lecornu a proposé un certain nombre de dispositions en faveur des jeunes. C'est du long terme, on voit bien qu'on est pour vous. Des emplois aidés notamment. Des emplois aidés notamment.

Et puis sur la question de l'autonomie, au fond, il ne dit pas différemment de ce que nous disons dans d'autres territoires, métropolitains ou ultramarins, c'est qu'il y a un certain nombre d'élus qui disent, sur certains sujets, sur certaines compétences, on souhaiterait pouvoir les exercer en plus grande proximité. Et c'est la question qui a été levée sur la question sanitaire. En disant, est-ce qu'on ne pourrait pas, je rappelle que d'ailleurs, dans la crise sanitaire qui est à l'oeuvre, il y a un certain nombre des mêmes élus républicains qui réclamaient plus d'autonomie dans leur territoire pour pouvoir mieux oeuvrer en termes sanitaires.

2:12
Locuteur non identifié

Est-ce qu'on parle de la même autonomie ?

2:14
Marc Fesneau

On parle, pour moi, et pour Sébastien Lecornu, et pour le gouvernement, de la même autonomie. Sauf que quand on est sur les territoires...

2:19
Locuteur non identifié

Quand on parle de l'autonomie dans les régions, et quand on parle d'autonomie dans une île, domienne...

2:22
Marc Fesneau

Oui, mais vous avez raison, Périne Bacar, ça n'a pas la même résonance quand on parle, pour certains, quand on parle des territoires ultramarins que quand on parle de la métropole, mais au fond, c'est la même volonté qui est à l'oeuvre. C'est la volonté de faire en sorte qu'on essaie de, en fonction des territoires, en fonction de la différenciation qu'on essaie de mettre à l'oeuvre, de faire en sorte que l'autonomie de compétences, d'exercice des compétences... L'autonomie, ce n'est pas la question de l'indépendance. Je vois bien que certains veulent faire un amalgame.

2:46
Locuteur non identifié

Ça va juste derrière, quand même.

2:48
Marc Fesneau

Pas du tout, parce que j'ajoute que dans un certain nombre de territoires, ultramarins ou autres, on a donné plus d'autonomie dans la gestion des compétences, et que ça n'a jamais été lié avec la question de l'indépendance.

2:56
Présentateur

Est-ce que c'est une manière de dire aux élus de Guadeloupe, « Prenez vos responsabilités, arrêtez de vous tourner en permanence vers Paris ? »

3:01
Marc Fesneau

Mais je pense que dans cette relation entre l'État central et les collectivités territoriales, en Outre-mer comme ailleurs, il faut que, à cette liberté donnée, dans l'exercice des compétences, vienne faire écho une forme de responsabilité. On voit bien, par exemple, le sujet de l'eau, qui est un sujet prégnant dans ces territoires, qui est pourtant dans les mains des élus locaux, et on voit bien que cette question n'a pas été résolue.

3:23
Présentateur

Ils ont les moyens de résoudre ce problème localement, et que les élus ne l'ont pas fait, c'est ce que vous nous dites ?

3:27
Marc Fesneau

Manifestement, c'est une compétence qui est exercée par les élus locaux, comme d'ailleurs partout ailleurs sur le territoire métropolitain, et donc il faut qu'on fasse en sorte que, quand on a une compétence, elle soit exercée réellement, et que chacun puisse prendre ses responsabilités.

3:39
Présentateur

Ils ne sont pas à la hauteur, les élus locaux de Guadeloupe, dans cette crise ?

3:41
Marc Fesneau

Je n'ai pas dit ça. Je dis que, dans les compétences qui sont exercées par les élus, il faut qu'ils exercent pleinement leurs compétences. Quand il y a une difficulté, il faut qu'on en parle avec l'État central, ou avec l'État représenté dans ses territoires, rien n'est jamais parfait. La politique du gouvernement, parfois, il y a des choses qu'il faut ajuster. Parfois, dans la politique des collectivités locales, il y a des choses qu'il faut ajuster. C'est bien ça qui doit être à l'oeuvre. Puis, je pense qu'il y a un besoin de rétablir la confiance.

Je n'oublie pas que c'est un territoire, et ce n'est pas sous ce gouvernement, je pense en particulier à la Guadeloupe, avec l'affaire de la Chlordécone, qui a créé une relation de défiance très lourde avec l'État.

4:13
Présentateur

Qu'on a peut-être sous-estimée ?

4:14
Marc Fesneau

Et qu'on a sans doute sous-estimée à l'époque, dans les décisions qui ont été prises, et qui ne datent pas de ce gouvernement. Et donc, il faut rétablir aussi la confiance entre les citoyens, les habitants, les collectivités et l'État. Et c'est ça qui est à l'oeuvre, me semble-t-il.

4:25
Locuteur non identifié

On a quand même le sentiment qu'en agitant le spectre d'une autonomie, ça sert à fracturer un petit peu la classe politique guadeloupéenne, voire à faire peur à une partie des citoyens guadeloupéens. Oui ou non ?

4:37
Marc Fesneau

Je ne crois pas du tout. Je crois que la volonté qui s'est exprimée de la part du gouvernement est une volonté de dialogue et de dire, ouvrons tous les sujets qui sont nécessaires d'ouvrir pour que l'action publique soit meilleure dans ces territoires qu'elle ne l'est aujourd'hui. Et la question de comment on exerce mieux les compétences de manière plus autonome est une question, me semble-t-il, intéressante à mettre sur la table.

4:58
Présentateur

Est-ce que le ministre doit maintenant se rendre sur place ? Il a parlé longuement aux guadeloupéens. Est-ce qu'il faut aller en Guadeloupe maintenant ?

5:05
Marc Fesneau

Je crois qu'il a dit et d'ailleurs déclaré pas plus tard que ce matin dans un organe de presse qu'il préparait une venue sur les Antilles. C'est pas rapide quand même. Non attendez, qu'il préparait une venue. Alors moi je pense que l'idée de venir sans savoir ce qu'on y a à y dire et sans avoir dialogué préalablement et sans regarder ce qu'on veut y faire, je pense que c'est pas forcément utile. On a déjà d'ailleurs eu des expériences de cette nature. Où on vient, on repart et finalement on n'a pas résolu la situation.

5:29
Présentateur

Mais c'est un problème aujourd'hui, un ministre ne peut pas aller en Guadeloupe ?

5:32
Marc Fesneau

Non, non, non, mais c'est pas qu'il ne peut pas y aller, il peut y aller. Il y est allé d'ailleurs à plusieurs reprises, y compris dans des phases épidémiques et il n'y a pas si longtemps que ça, à vrai dire. Donc simplement, pour préparer son déplacement, il n'est pas mal qu'au fond on puisse concerter au préalable.

5:43
Locuteur non identifié

Alors, ensemble citoyens, c'est le nouveau mouvement de la majorité qui sera officiellement lancé demain avec un meeting en soirée à Paris à la Mutualité qui regroupera La République En Marche, le Modem, Horizon, le nouveau parti d'Edouard Philippe, Agir. Est-ce qu'on peut dire qu'on a là la nouvelle machine électorale du futur candidat Macron ?

6:04
Marc Fesneau

On a surtout le rassemblement qui se figure, qui se rend visible de ceux et celles qui, dès 2016, en 2017 et un peu après 2017, ont choisi de se rassembler autour de la candidature, puis de l'élection et de la mise en œuvre de la politique d'Emmanuel Macron. Je trouve que ce qu'on a fait là dans ce travail de rassemblement est un travail utile. Évidemment, ça s'inscrit dans la logique de la préparation des élections présidentielles, attendons que le président passe part de ses intentions. Mais évidemment, cette majorité doit se rassembler et montrer ce qu'elle est.

Et puis, évidemment, de travailler sur ce que sera la future assemblée et donc la future majorité autour du président de la République. Je rappelle simplement qu'en 2017, le rassemblement s'était opéré autour d'Emmanuel Macron, d'un parti en création qui était La République En Marche, et du Modem qui était venu s'adjoindre au mois de janvier et février dans cette logique et dans cette dynamique.

Et puis, un certain nombre de forces politiques, enfin de gens qui venaient d'autres forces politiques, je pense évidemment à Edouard Philippe, venant plutôt de l'horizon de la droite, d'ailleurs il l'avait dit comme tel, ont décidé de soutenir cette politique, au premier rang duquel Edouard Philippe, puisqu'il en a été Premier ministre de ce gouvernement. Et donc, c'est bien qu'on fasse figurer les choses et qu'on puisse dans cet ensemble faire vivre à la fois la diversité, mais aussi montrer la cohérence de l'engagement qui est le nôtre.

7:14
Locuteur non identifié

Mais comme c'est un mouvement qui est fait pour soutenir le candidat quand il se déclarera Macron, puis se partager des circonscriptions électorales dans la perspective des législatives, on a le sentiment là encore que c'est un nouveau mouvement qui a vocation à durer pas très longtemps.

7:28
Marc Fesneau

Non, ce n'est pas la logique des choses. Il y a plusieurs temps dans notre affaire, il y a un temps qui est le temps de la présidentielle, il y a le temps des législatives, et par ailleurs il y a besoin de consolider dans le paysage politique qui n'a pas bougé au fond depuis 2016-2017. Il s'est profondément fracturé, mais il ne s'est pas réorganisé. On a besoin de réorganiser. Moi je pense que le dépassement n'est possible que s'il y a un pôle central qui est suffisamment puissant et fort. Ce pôle central, il a historiquement, récemment en tout cas dans l'histoire récente, deux pôles qui sont la République En Marche et le Modem.

Et puis autour de cela, il y a des gens qui sur la gauche ou sur la droite ont envie de participer d'un rassemblement plus large. Mais il faut à la fois consolider le pôle central, et ça, ça s'inscrit par-delà la présidentielle et par-delà les législatives.

8:06
Locuteur non identifié

Mais ça c'est ce que voulait initialement François Bayrou, et il n'a pas réussi à faire ça.

8:10
Marc Fesneau

Non, pas du tout, parce que dans ce qu'on est en train de construire, il y a à la fois ce rassemblement au travers d'ensemble citoyens, et à l'intérieur, la capacité pour Horizon et Agir par exemple sur le flanc droit, si on peut dire, et pour La République En Marche et le Modem, de se rassembler et d'aller plus loin dans des coopérations pour au fond consolider le pôle central.

8:27
Présentateur

En 2017, le candidat Macron avait promis l'introduction d'une dose de proportionnelle aux législatives, ce qu'il n'a pas fait, c'était d'ailleurs l'un de vos combats au Modem. Emmanuel Macron disait à l'époque, la proportionnelle, ça permet des coalitions de conviction plutôt que des coalitions d'appareil. Est-ce que vous êtes en train de faire une coalition d'appareil ? Non, c'est une coalition, avec l'ensemble citoyen.

8:45
Marc Fesneau

J'ai essayé exactement, mais je vais le redire, d'essayer de... De faire la démonstration inverse. De faire la démonstration inverse, c'est-à-dire que c'est une coalition de conviction. Et c'est ça qu'on est en train de faire figurer. Donc merci de me donner l'occasion de le redire. Et par ailleurs, je réponds sur la question de la proportionnelle. Je pense que c'est une question qui reste d'actualité, que je souscris pleinement aux mots qui sont ceux du président de la République à l'époque candidat, et qui sont ceux de notre famille politique, du mouvement démocrate, depuis des années.

9:09
Locuteur non identifié

Mais d'actualité, pas avant l'élection présidentielle 2020, on est d'accord là maintenant.

9:12
Marc Fesneau

Non, je ne crois pas que là on soit dans un... Mais c'est une question d'actualité au sens qu'elle doit nous préoccuper. Elle doit faire partie d'ailleurs d'un ensemble de sujets qu'on doit mettre sur la table, qui sont les sujets démocratiques. Je suis à la fois ministre des Relations avec le Parlement et de la participation citoyenne. Il me semble que ces sujets-là, la proportionnelle, elle permet à la fois de représenter la diversité des opinions et de permettre au fond qu'une coalition...

9:29
Présentateur

Nicolas Sarkozy voulait le faire, François Hollande voulait le faire, Emmanuel Macron voulait le faire.

9:32
Marc Fesneau

Eh bien, peut-être que nous y arriverons dans le débat présidentiel. Et ensuite, c'est vrai que c'est toujours un moment... Il y a le séquençage de cette affaire. Le moment où on décide de le faire est un moment important. La proportionnelle reste pendante. Au fond, quand vous regardez quasiment dans tous les modes de scrutin, y compris pour les sénateurs, la proportionnelle est à l'œuvre, il ne reste plus que l'Assemblée nationale. Et donc, je pense qu'il faut qu'on travaille sur ce sujet-là.

9:54
Locuteur non identifié

Alors, quatre hommes pour incarner et diriger ce mouvement, ensemble citoyens, pas une femme. Est-ce que cette erreur va être corrigée ?

10:02
Marc Fesneau

Depuis le début, alors évidemment, ça n'a pas été public à date. Depuis, nous travaillons sur une structure exécutive qui soit une structure exécutive strictement paritaire. Et donc, la structure exécutive sera strictement paritaire.

10:14
Locuteur non identifié

Mais les présidents sont toujours observés de très près.

10:16
Marc Fesneau

Mais la question, c'est le pilotage de démarrage qui est fait par les premiers ministres, anciens ou actuels, par François Bayrou, responsable du Modem et le président de l'Assemblée nationale. Mais la question paritaire reste prégnante pour nous et donc, il y aura bien la parité dans les instances exécutives de l'ensemble qui est créé.

10:32
Locuteur non identifié

Mais les instances exécutives, elles vont compter combien de personnes, par exemple ? Une vingtaine. Une vingtaine. Donc, en fait, on trouve toujours les femmes dans les masses, mais dans les postes à responsabilité, elles ne sont pas là.

10:41
Marc Fesneau

Mais là, on vous dit quelque chose qui est juste. C'est qu'au fond, ça interroge à chaque fois sur la même chose. C'est-à-dire que plus on approche des fonctions très, très hautes, puisque c'est l'expression que vous prenez, et moi, là, pour le coup, la parité est à l'oeuvre. Mais c'est une question sur laquelle il faut qu'on travaille. Ceci étant, reconnaissons aussi...

10:57
Présentateur

Quand vous dites ça, c'est une question sur laquelle il faut qu'on travaille. Ça veut dire qu'on a échoué.

11:00
Marc Fesneau

Non, parce que je pense que c'est un processus en construction. Je vais vous dire pourquoi. C'est pareil. C'est pas ce qu'Emmanuel Macron avait dit en 2017. Non, non, parce que, d'abord, quand vous regardez la majorité qui s'est constituée en 2017, elle est beaucoup plus paritaire, en particulier dans les groupes de la majorité, quasiment dans le groupe La République En Marche, c'est la parité absolue. Vous avez trois femmes... Oui, mais les femmes sont absentes à l'Elysée, elles sont absentes à Matignon,

11:19
Locuteur non identifié

elles sont absentes à la présidence de l'Assemblée nationale.

11:21
Marc Fesneau

Vous avez trois femmes qui sont présidentes de commissions. Ce que je veux dire par là, c'est qu'on n'est pas encore au bout du chemin, mais on a diablement progressé depuis 5 ans en particulier, et peut-être même 10 ans quand on regarde les choses. Et donc, ça révèle ce que vous dites, je ne vais pas vous dire le contraire, mais en même temps, on voit bien qu'on a profondément avancé sur ces sujets de parité depuis 5 ans.

11:39
Locuteur non identifié

Organiser un meeting demain soir en pleine reprise épidémique, est-ce que c'est Covid-O compatible et Covid-O responsable ?

11:46
Marc Fesneau

On va le rendre Covid-O compatible et Covid-O responsable. D'abord, évidemment, de respecter les gestes barrières, et par ailleurs, la demande qui sera faite du pass sanitaire, je pense que ce qui n'est pas une obligation en tant que telle, mais je pense que c'est bien que nous donnions nous aussi l'exemple. Vous demanderez le pass sanitaire pour rentrer, c'est ça ? Et vous refuserez l'accès à des militants qui n'auraient pas leur pass sanitaire. C'est la logique du pass sanitaire, mais je pense que ça, c'est une démarche volontaire. Parce que ce n'est pas obligatoire, effectivement.

Et en même temps, on voit bien qu'il y a d'autres réunions publiques qui se déroulent la semaine prochaine, qui seront de même nature, et sur lesquelles il faudra aussi qu'on les laisse se dérouler. Je veux dire, il faut qu'aussi le processus démocratique puisse se faire, il y a des gestes barrières, il y a des protocoles qui peuvent être mis en œuvre, et c'est ça auquel il faut faire confiance.

12:24
Présentateur

Marc Fénaud, vous êtes en charge des relations avec le Parlement, la cinquième vague de Covid en cours, et un nouveau variant, Omicron, apparu dans le sud de l'Afrique, qui est en train de se propager, ce qui pose la question de la vaccination à travers le monde, puisque tant que les taux de vaccination resteront aussi bas dans les pays les plus pauvres, deux nouveaux variants vont apparaître. Nous voilà une nouvelle fois renvoyés à notre égoïsme.

12:44
Marc Fesneau

Je veux dire qu'il y a deux choses dans ce que nous traversons actuellement. Il y a d'abord la vague que nous connaissons aujourd'hui en Europe, ce n'est pas une vague d'Omicron, c'est une vague de variants Delta. Donc la première chose auquel il faut qu'on essaie de faire face...

12:55
Présentateur

À part l'en Inde, pays où les taux de vaccination...

12:57
Marc Fesneau

Oui, mais je vais répondre à votre question. Mais il faut déjà qu'on fasse face, nous, à ce variant Delta, c'est la troisième dose, ou le rappel vaccinal, c'est les gestes barrières, c'est tout ce qu'on vient d'évoquer rapidement. Il me semble que là, on a déjà ça, et ça c'est maintenant. Par ailleurs, effectivement, on a l'apparition d'un nouveau variant, et à chaque fois, ça a été dit d'ailleurs sur votre antenne tout à l'heure, ce matin assez tôt aussi, à chaque fois ça procède de la même chose, ça part d'endroits, de pays où le taux de vaccination est trop faible.

Tant qu'on n'aura pas, et ça montre bien que les égoïsmes nationaux, dans ce sujet comme dans d'autres d'ailleurs, ne servent à rien, tant qu'on n'aura pas un taux de vaccination qui sera très élevé dans le monde, et pas seulement dans nos pays qui sont au fond les plus développés de ce point de vue-là, on aura un problème parce que les variants se développent, les mutants se développent, et donc à chaque fois, venant d'ailleurs, viennent des mutants. Et donc, il faut qu'on soit vigilant. Et quant à Omicron, qu'est-ce qu'on a besoin de vérifier ?

On a besoin de vérifier son degré de dangerosité, son degré de contagiosité, et par ailleurs, si les vaccins actuellement à l'œuvre couvrent totalement ou partiellement ce nouveau variant. C'est ça qu'il faut qu'on vérifie, et on sait qu'il faut 10 à 15 jours pour savoir et pour avoir des réponses précises à ces sujets-là. Il faut maintenant prendre des mesures de précaution à date, c'est ce qu'on fait actuellement au travers de la fermeture d'un certain nombre d'espaces aériens, enfin de frontières avec des pays qui sont manifestement les lieux, les foyers d'Omicron, et à partir de là, on verra la stratégie qu'il faut déployer.

Mais je répète, on a d'abord le variant Delta, Omicron est un deuxième sujet, mais vous avez tout à fait raison, ça pose la question de la solidarité internationale que le président de la République a portée depuis le début. Je vous rappelle que dès qu'on a parlé de vaccins, le président a dit qu'il faut parler des pays qui ne peuvent pas y avoir accès directement, parce que ça, c'est un élément important de la stratégie.

14:30
Locuteur non identifié

Mais solidarité internationale, ou est-ce qu'il faut demander à Pfizer de baisser les prix des vaccins ?

14:35
Marc Fesneau

Mais il faut, c'est Pfizer et d'autres, d'ailleurs il n'y a pas que Pfizer. Parce que là, c'est la troisième dose, et puis il y en a peut-être une quatrième. Mais la solidarité internationale, elle s'exprime aussi par le fait que nous ayons les moyens au niveau mondial, peut-être, d'apporter, produire un vaccin, ça a un coût, faire de la recherche et du développement, ça a un coût, ce ne sont pas des choses qui sont complètement déliées de contingences économiques, que nous ayons une exertion, une solidarité par des moyens financiers que sont ceux de nos pays, ne me paraît pas illogique.

14:59
Présentateur

Marc Fénaud, je voudrais qu'on évoque le cas de Nicolas Hulot. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol et agression sexuelle après les accusations portées par trois femmes dans l'émission Envoyée spéciale. C'était jeudi soir, la période concernée va de 1989 à 2001. Les faits sont couverts par la prescription. Nicolas Hulot nie ses accusations. En 2018, le journal L'Hebdo avait révélé une première affaire. A l'époque, Nicolas Hulot était membre du gouvernement. Emmanuel Macron l'avait, à l'époque, appelé, je cite, à tenir bon dans un moment, disait-il, difficile. Sans un mot pour la plaignante, est-ce que c'était une imprudence, voire une erreur ?

15:33
Marc Fesneau

Non, je ne crois pas du tout qu'il fallait poser des problèmes comme ça. La difficulté dans ce genre de choses, c'est que, et je sais que vous partagez sans doute ce point de vue, ça ne peut pas être sur des plateaux télévisuels ou de radio qu'on règle des questions qui sont des questions de justice. La justice a besoin, au fond, d'un peu de silence, pas de surmédiatisation et elle a besoin de contradictoires.

15:51
Présentateur

Donc vous n'allez pas faire cette enquête ?

15:52
Marc Fesneau

Non, attendez, je n'ai pas dit ça. Mais la justice ne peut pas être sous le feu médiatique permanent. Je pense qu'on a déjà des tas d'expérience dans ce domaine comme dans d'autres où la surexposition médiatique ne rend pas une justice sereine. Il faut que la justice puisse passer. Je trouve très bien qu'à chaque fois, désormais, on déclenche une enquête pour voir si les faits sont bien prescrits, s'il n'y a pas des possibilités.

Et puis vous me permettrez d'aller plus loin sur le sujet, en revanche, parce qu'au-delà qu'on ait dit ces choses-là, et le fait qu'on ne rentre pas, pour moi, je pense, dans le débat public et médiatique sur les affaires personnelles, en tout cas individuelles, il me semble que ce qui est frappant, y compris dans les témoignages qu'on a vus sur France 2 jeudi, qui était à la fois très émouvant et très bouleversant, c'est que toujours le même phénomène est à l'œuvre, globalement, je parle. C'est une forme d'omerta qui règne, un sentiment de culpabilité où, au fond, il y a une espèce de force de la puissance masculine, dans ce domaine-là, qui fait qu'on intériorise un abus de...

On intériorise ou on extériorise peu une force d'abus de pouvoir.

16:48
Locuteur non identifié

Mais vu ce que vous dites, vous n'avez pas le sentiment que l'exécutif a trop protégé Nicolas Hulot ?

16:52
Marc Fesneau

On a toujours été... Non. Ce qu'il faut protéger, c'est le processus judiciaire. C'est ça qui est important. Et le processus judiciaire, il appelle le contradictoire, d'abord le respect et l'écoute de la parole de la victime, et il faut écouter la parole de celles, en l'occurrence de celles, qui ont des choses à dire dans ce domaine, et après, il faut que la justice passe, il faut qu'il y ait du contradictoire. Et donc, il faut toujours respecter ça, et ça ne peut pas être sur un plateau de radio ou un plateau de télévision.

Mais en revanche, je vois bien les phénomènes qui sont toujours à l'œuvre, et moi, je voudrais saluer le courage de ces femmes, qui parfois, d'ailleurs, très tard dans le processus, et certains même leur reprochent, mais non, il faut saluer cette parole qui est une parole libératrice. C'est heureux qu'enfin, cette parole puisse se libérer. Ça permettra, je pense aussi, à chacun d'entre nous d'avoir un regard différent, parce que ce qui est frappant, c'est celles qui disent dans ces témoignages, je n'ai pas voulu dire, parce que je me suis dit, il est trop puissant. Et ça, c'est quand même un problème terrible dans une société comme la nôtre, et une société démocratique comme la nôtre.

17:42
Présentateur

Merci à vous, Marc Fénaud, ministre des Relations avec le Parlement, invité de France Inter ce matin. Bonne journée à vous.