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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 4 novembre 2021 25 min

Présidentielle, campagne célébrant "la liberté dans le hijab", écologie... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Bruno Retailleau. Bonjour Marie-Bernardo. C'est dans un mois, jour pour jour, et après 4 débats télé que votre parti, les Républicains, va élire son candidat à la présidentielle. Avez-vous fait votre choix ?

0:11
Bruno Retailleau

Non, je n'ai pas fait mon choix. Il va y avoir 4 débats. Le premier va démarrer d'ici quelques jours. Ces 4 débats vont nous permettre de découvrir les projets, les propositions et aussi la vision de chacun des candidats.

0:24
Invité

Vous êtes sérieux ? Vous avez un favori ?

0:26
Bruno Retailleau

Non, je suis absolument sérieux. Je suis absolument sérieux.

0:31
Présentateur

Une petite idée ? Vous avez bien une petite idée ?

0:33
Bruno Retailleau

Non, je reçois les uns près des autres au Sénat, en réunion de groupe, chaque mardi matin, chacun des candidats, pendant une heure. Et ça nous permet d'aller au fond, justement, de leur proposition. Mais j'attends de me faire une vision d'ensemble avant de trancher.

0:48
Présentateur

La direction du parti officialise aujourd'hui les noms des candidats qui ont obtenu les parrainages nécessaires pour concourir. Michel Barnier, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Philippe Juvin et Valérie Pécresse. Il n'y aura pas de surprise ?

1:01
Bruno Retailleau

Comment voulez-vous dire une surprise ?

1:04
Présentateur

On a les bons. Au congrès ?

1:06
Bruno Retailleau

Non, moi je regrette que Denis Paire, par exemple, qui représente la société civile, qui est un entrepreneur et qui porte aussi une idée de la liberté, ne soit pas présent parce qu'il n'a pas eu les parrainages. Mais sinon, non, il n'y aura pas de surprise. La surprise, ce sera pour le 4 décembre, évidemment, après le vote.

1:25
Invité

Vous sentez monter une Barnier-Magnat ? Ça a été dit ça et là ou c'est une invention ? Une Barnier-Magnat ?

1:33
Bruno Retailleau

Non, mais très franchement, on a des candidats de qualité. Michel Barnier a deux atouts pour lui. Celui d'être resté fidèle à sa papine politique et celui d'avoir un cursus, une stature. Mais que ce soit Xavier Bertrand, que ce soit aussi Valérie Pécresse et même Éric Ciotti ont aussi leurs atouts. Très franchement, les jeux sont très ouverts. Et une fois de plus, ce sont les débats, vraisemblablement, qui permettront de...

2:00
Invité

Vous pensez que ça va donner un petit coup de booster à cette campagne ? Ça traîne, ça traîne. 4 décembre, c'est loin.

2:05
Bruno Retailleau

Jean-François Quilly, vous prêchez un converti. Je me suis battu pendant un an. Je me suis battu pour dire aux instances de mon parti, de ma famille politique, qu'il fallait un calendrier resserré, qu'il fallait qu'on commence la rentrée de septembre en ordre de bataille et en attendant le mois de décembre. Je m'étais battu aussi pour une primaire qui soit très ouverte, pas seulement réservée aux militants, ils ont le droit de trancher. Parce que c'est une primaire en fait, ça. C'est une primaire, mais fermée, petite primaire. Il y aura quoi, un corps électoral de 100 000 ?

2:35
Invité

100 000, 120 000, bon.

2:36
Bruno Retailleau

La seule bonne chose, la bonne nouvelle, c'est qu'on aura un candidat unique puisque Xavier Bertrand a choisi de concourir aussi au Congrès.

2:45
Présentateur

Et vous savez ce qu'ils en attendent, vos militants, ces 100 000 adhérents de ces débats télévisés, ce qu'ils attendent aujourd'hui, sur quoi va se faire leur choix ?

2:52
Bruno Retailleau

Je vais vous dire, moi je pense que bien sûr les militants c'est fondamental, ils ont été fidèles, ils sont là et on a besoin d'eux. Mais il faut s'adresser aux Français. Vous savez un parti politique, une famille politique, c'est pas une fin. Ce qui est une fin c'est la France. Et la France va mal aujourd'hui. Et moi ce que j'attends des candidats et surtout du champion, celui qui ressortira justement des urnes le 4 décembre, c'est pas seulement un catalogue de mesures, c'est une vision de la France, c'est un souffle.

Ce que j'attends, moi, c'est que quelqu'un nous dise, quelqu'un se relève pour nous dire, certes, la France est en déclin, la France décroche, mais il faut refaire ce qui a fait la France, notre civilisation et notre modèle, l'État-nation. Une nation qui est morcelée, qui est communautarisée et un État qui est en lambeau. On l'a vu pendant la crise sanitaire. Et je pense encore une fois que ce souffle, il est important parce que c'est pas les milliards d'euros d'Emmanuel Macron qui redresseront la France. C'est une volonté collective, un souffle, un élan. Et pour cela, il faut que les Français sachent pourquoi ils sont ensemble et pourquoi on peut encore aimer la France.

3:53
Invité

Alors vous souhaitez un souffle, Bruno Retailleau, ce calendrier, vous l'avez contesté, 4 décembre, ça fait un peu loin. Pendant ce temps, un certain Éric Zemmour, journaliste, polémiste, pas encore candidat, ça y est, il est dans les sondages, loin, haut et fort, même au second tour dans certaines enquêtes. Qu'en sera-t-il le 4 décembre ? Il s'adresse à vos électeurs. C'est une partie de vos électeurs qui sont dans les salles pour aller écouter ce monsieur.

4:20
Bruno Retailleau

Je ne suis pas Madame Soleil, je ne peux pas vous dire simplement, évidemment, que le défaut de ce choix d'un calendrier très tardif, ça a été de créer un vide. Et ce vide a servi la pseudo-fausse candidature, vraie fausse candidature d'Éric Zemmour.

4:36
Invité

Parce qu'elle s'installe à vos yeux ou pas ? Elle s'installe ou pas ?

4:39
Bruno Retailleau

Elle s'installe, évidemment qu'elle s'installe. J'étais de ceux qui pensaient qu'il ne franchira jamais les 10%. Aujourd'hui, il est au-delà 10%. Est-ce que ce sera un phénomène durable ? Ce que je compte, moi, justement, c'est qu'avec la vision dont je vous parlais, parce qu'il faut à la fois une vision et il faut des mesures sérieuses, pas de démagogie, rassembler la France. Moi, j'ai un grand combat, je vais vous dire. J'étais un de ceux qui s'est porté en première ligne de ce combat contre l'islamisme. Et je sais de quoi je parle. Et j'ai fait voter au Sénat un certain nombre de textes, notamment sur le foulard, etc. Mais je pense qu'Éric Zemmour fait une erreur.

Il dit qu'il faut refaire des Français. Totalement d'accord. C'est ce que je viens de vous dire. Refaire des Français, refaire aimer la France. Mais si on veut vraiment lutter contre l'islamisme, tout en disant que finalement, la vocation de nos compatriotes français musulmans, c'est de devenir des islamistes, parce que le vrai islam, ce sera l'islamisme, vous fracturez et vous donnez raison aux islamistes qui disent non, il n'y a pas d'autre islam que le nôtre, que l'islam politique. Le vrai islam, c'est l'islamisme. Et il tombe dans le panneau. Donc je crois que ces raisons-là, il va falloir les expliquer. Mais franchement, il est fort de nos faiblesses.

Depuis des années, la droite a déçu son électorat. Parce qu'on a eu la trouille de porter des valeurs. Parce que vous nous avez, les médias, vous nous avez parfois intimidés. Vous nous avez, mais on s'est laissé aussi intimidés. Vous voyez ce que je veux dire ? Le politique manque correct. La pensée unique. C'est terrible. Et aujourd'hui, on a une France qui n'a jamais été autant à droite. Il y a un besoin de droite. Il faut que ma droite puisse correspondre et répondre à ce besoin de droite, de solution, de valeur de droite qu'ont les Français.

6:16
Présentateur

Je reviens un tout petit peu en arrière. Pourquoi dites-vous que l'État est en lambeau ?

6:19
Bruno Retailleau

Je dis que l'État est en lambeau parce que sur les trois grands services publics principaux qui appartiennent au cœur régalien des missions de l'État, l'État est en train de faillir. Le désordre dans les rues, c'est-à-dire l'insécurité. Jamais eu autant d'insécurité. Les six premiers mois de l'année, une catastrophe, 2000 agressions en moyenne par jour. Sur l'école, nous avons l'école républicaine qui est la plus inégalitaire pratiquement au monde, le classement PISA. L'école, service public et la santé. L'école qui est restée ouverte. L'école, bien sûr, bien sûr, absolument. J'étais un de ceux qui pensaient qu'il y ait toujours conforté le gouvernement dans cette ouverture de l'école.

J'ai toujours agi avec responsabilité. Regardez la santé. M. Delfraissier nous apprend qu'il y a un lit sur cinq à l'hôpital qui est fermé. Donc, vous avez un pays où on est champion de la dépense publique. Il n'y a pas un autre pays qui dépense autant. On donne de l'argent de l'argent qu'on prend en français à l'État et on a des services publics médiocres. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut refaire l'État. Il va falloir refaire l'État en débureaucratisant, c'est le cas de l'hôpital, en décentralisant parce qu'on l'a vu. Qu'est-ce qui a obtenu des masques ? Ce n'est pas l'État. C'est les collectivités locales, les communes, les départements, les régions.

7:27
Présentateur

Vous parlez des masques, vous avez évoqué l'hôpital. On va justement parler de la crise sanitaire. Dans une minute, c'est le temps du Filinfo. Étape décisive aujourd'hui dans le conflit sur la pêche entre Londres et Paris. Le ministre du Brexit se déplace en France pour rencontrer Clément Bonne, le secrétaire aux affaires européennes. La France espère toujours obtenir toutes les licences demandées pour pêcher dans les eaux britanniques. Des services vidés de leurs soignants en Guadeloupe. Jusqu'à 30% d'absentéisme à cause de nombreux arrêts de travail. Arrêt abusif selon la direction du CHU qui envisage de saisir le conseil de l'ordre des médecins.

En garde à vue pour viol sur mineur, le chanteur Jean-Luc Lahaye est visé par les plaintes de deux adolescentes. L'effet remonte à 7-8 ans. La fille du chanteur est aussi en garde à vue, soupçonnée d'avoir voulu étouffer l'affaire. Les mères des deux victimes, elles, sont soupçonnées de non-dénonciation de crimes et de complicité. Les émissions mondiales de CO2 se rapprochent de leur niveau d'avant la pandémie. Résultat d'une étude publiée en pleine COP26, après une baisse spectaculaire de 5,4% en 2020, elle réaugmente de 4,9% cette année. France Info Le 8.30 France Info, Jean-François Aquili, Marie Bernardo.

8:49
Invité

Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains au Sénat. Vous évoquiez la crise sanitaire, votre soutien à certaines mesures du gouvernement. Ce masque, il redevient obligatoire dès lundi dans les écoles de 39 départements. Vous soutenez cette mesure ?

9:03
Bruno Retailleau

Un peu plus même que 39. Je soutiens cette mesure, ça fait partie des mesures de précaution. Autant je suis attaché, moi, à la liberté. On va parler peut-être tout à l'heure, puisque cette nuit, les députés En Marche sont enterrinés, si j'ose dire, leur propre inutilité. Je dirai pourquoi tout à l'heure. Mais les mesures de précaution, le masque, c'est important. Ça fait partie des choses qu'il faut apprendre. Et notamment pour l'école, c'est fondamental si justement on veut garder des classes et des écoles ouvertes.

9:27
Invité

Donc là, il n'y a pas de discussion possible. Là, vous vous soutenez.

9:29
Bruno Retailleau

Mais j'ai soutenu, vous savez que c'est difficile, puisque moi, je suis le président, le patron du premier groupe au Sénat, donc majoritaire au Sénat, mais dans l'opposition d'Emmanuel Macron. Et pourtant, j'ai voté le pass en juillet, parce que je considérais que c'était extrêmement important, qu'il fallait une incitation à la vaccination. Je considère aujourd'hui qu'on a atteint cet objectif. Je me suis opposé, non pas au pass, mais le Sénat a émis un certain nombre de propositions qui viennent d'être rejetées. Et pourquoi je disais, il y a quelques instants, que j'accusais les députés en marche d'enteriner leur propre inutilité ?

Tout simplement parce que le gouvernement veut enjamber les présidentielles. Il veut pouvoir dire... Vous parlez de cette discussion...

10:08
Présentateur

Le recours au pass sanitaire qui est possible jusqu'à l'été prochain, vous vous venez le février.

10:12
Bruno Retailleau

C'est la prolongation de l'état d'urgence, pour faire simple. C'est la prolongation, le gouvernement voulait que ça soit jusqu'en 31 juillet. Et nous, on voulait que ça soit jusqu'au 28 février. Pourquoi ? Parce qu'on considère que...

10:21
Invité

Mais il y a un rebond possible de l'épidémie, quand ça sert de faire des chicaillages.

10:25
Bruno Retailleau

Ce n'est pas des chicaillages, c'est la démocratie parlementaire. A quoi ça sert un parlement ? On est des députés, des sénateurs, pas pour qu'ils fassent tapisserie dans un bel hémicycle, mais pour qu'ils contrôlent le parlement. Les députés en marche ont refusé de contrôler le parlement. Ce que l'on disait, nous, c'est de dire, écoutez, on ne va pas partir pendant plus de 8 mois sans que vous soyez contrôlés, vous, l'exécutif, vous, le gouvernement. Il faut savoir que pendant cette période de crise sanitaire...

10:47
Présentateur

Le contrôle du gouvernement, c'était de se laisser la possibilité de recourir au pass sanitaire jusqu'à l'été prochain.

10:52
Bruno Retailleau

Oui, mais vous voyez bien qu'on a toujours agi en responsabilité. On n'a jamais refusé au gouvernement les moyens de protéger les Français. Simplement, ce que je dis, c'est que pendant l'état d'urgence sanitaire, nous avons remis entre les mains du gouvernement des pouvoirs exceptionnels. Eh bien, dans une démocratie, la contrepartie de pouvoirs exceptionnels, c'est un contrôle plus resserré du parlement. C'est la raison pour laquelle on disait au gouvernement, écoutez, s'il y a besoin, nous, on revotera, il n'y a pas de problème, mais on se revoit, on fait une clause de revoyer le 28 février.

11:23
Invité

Vous remettez en cause les principes même de, on va fêter l'adversaire de la mort du général de Gaulle, de la Ve République, parce que c'est très présidentiel finalement.

11:30
Bruno Retailleau

Non, le général de Gaulle, d'abord, il allait devant le peuple, il n'avait pas peur du peuple, il faisait des référendums pour des décisions importantes. Et deux, le général de Gaulle respectait aussi le parlement. Certes, c'est un régime qui est mixte, mais jamais le parlement a été aussi peu respecté. Je vous donne par exemple un exemple, les ordonnances. Les ordonnances, c'est le gouvernement qui fait les lois. Eh bien, le général de Gaulle était un enfant de cœur par rapport à Emmanuel Macron. Il n'y a jamais eu autant d'ordonnances, pire même. Le général de Gaulle, quand il prenait une ordonnance, il revenait devant le parlement, pour que le parlement vote la ratification.

Emmanuel Macron ne le fait plus.

12:05
Invité

Vous le trouvez anti-parlementaire, le président Macron ?

12:08
Bruno Retailleau

Bien sûr, jamais le parlement n'a été autant méprisé. Vous avez là une nouvelle preuve, puisqu'il veut se passer du contrôle du parlement. Dans ce texte sur le pass sanitaire, moi je pense que c'est quand même des mesures qui contraignent beaucoup la liberté. Donc je crois qu'il faut qu'au contraire, le contrôle du parlement sur le gouvernement, sur l'exécutif, soit beaucoup plus resserré. Regardez les ordonnances, regardez les méthodes législatives expéditives. Tout passe désormais non plus avec deux lectures dans chaque assemblée, mais tout passe avec une seule lecture. Plus on peut se passer du parlement, mieux on se porte à l'Elysée. C'est ça la verticalité jupitérienne.

12:46
Présentateur

C'est le principe du stop and go, si j'ose dire, du pass sanitaire, qui vous chiffonne ? Parce qu'après tout, le gouvernement fait pareil avec le masque, le masque à l'école dont on parlait tout à l'heure.

12:54
Bruno Retailleau

Non, j'essaie d'être responsable. Je pense que le stop and go, c'est le virus. Le virus qui va et vient. Et donc ça réclame une vigilance. Encore une fois, les moyens de la vigilance, nous les avons toujours accordés au gouvernement. Mais là, ce que nous avons critiqué, par exemple, pour le pass, nous avons dit au gouvernement, ce que nous voulions, c'est commencer à sortir du pass. Parce qu'on ne peut pas s'habituer, on ne doit pas s'habituer à une société de contrôle permanent. Et le moment, parce qu'on sait très bien que le virus, ça sera un peu comme une mauvaise grippe. Dans dix ans, alors, on aura toujours le pass. Donc je pense qu'il faut dire aux Français.

Il faut être loyal avec les Français. D'abord, on a dit que le pass, ce serait pour les grands événements de plus de mille personnes. Ensuite, on a dit que ce sera pour la vie quotidienne. Ensuite, on a dit que ce sera temporaire. Et maintenant, ça va devenir permanent. Donc je crois que tout ça alimente, vous voyez, une forme de complotisme. Ceux qui disent, par exemple, et je ne suis pas de ceux-là, que le gouvernement profiterait de la crise sanitaire pour déployer une gouvernance très, très autoritaire, je pense qu'ils ont tort, il faut savoir raison garder. Mais très franchement, quand on voit comment les choses se passent, je trouve qu'on va trop loin. Il y a la liberté des Français.

Je pense que le pass, ça n'est pas une petite chose. Et malheureusement, ce que le Sénat avait proposé, avec un contrôle du Parlement resserré, avec la possibilité de territorialiser, c'est-à-dire territorialiser, c'est par exemple sur l'outre-mer, quand ça ne va pas bien, on regarde. Vous n'avez pas été entendu.

14:16
Invité

Vous n'avez pas été entendu, ça va repasser.

14:18
Bruno Retailleau

Je vais vous dire, la question ce n'est pas nous, la question c'est le Parlement. Et le Parlement, c'est la représentation des Français, la représentation nationale. En tant qu'individus, nous ne sommes rien. Collectivement, au Parlement, nous sommes le peuple.

14:29
Invité

Bruno Rutaillot, nous allons évoquer le climat dans un instant. Vous avez publié un ouvrage « Aurons-nous encore de la lumière en hiver pour une écologie du réel » à l'Observatoire. Nous allons en dire quelques mots. D'abord, deux sujets dans l'actualité. Le premier, c'est le retour au Mali de l'ancienne otage française Sophie Pétronin. Le gouvernement, justement, a parlé d'une forme d'irresponsabilité. Est-ce que vous partagez son avis ? Le mot est même trop faible, c'est une trahison.

14:55
Bruno Retailleau

Trahison, vous dites ? C'est une trahison. La contrepartie de sa libération, c'est une rançon. Je n'en connais pas le montant, rançon qu'ont payé finalement les Français par leurs impôts. La contrepartie de sa libération, ça a été l'élargissement, la libération de 200 djihadistes. La question que je pose sur ces 200 djihadistes qui ont été libérés, sortis de prison au Mali, pour qu'elles puissent regagner sa terre natale, la France, sa patrie. Combien de ceux-là ont tué des soldats français ? Non mais, combien de ceux-là ont tué des Français ? Elle retourne au Mali, elle peut être... Il faut ramener cette dame à Paris ? Non, on s'en désintéresse.

Je vais même vous dire qu'elle prenne la nationalité malienne. Voilà. En tout cas, plus un soldat français ne doit mettre sa vie en jeu pour pouvoir la sauver. C'est tout. Je suis très dur, mais écoutez les militaires. J'ai des amis qui sont militaires. Avec des familles derrière, qui ont perdu... Vous savez qu'on a des dizaines de militaires qui sont morts là-bas. Des familles endeuillées. Quelle peut être la réaction de ces familles, de ces militaires, qui vont jusqu'au sacrifice de leur vie, pour ce genre de personnage ? C'est une question que je pose. Bien sûr, je la respecte, en tant que femme. Elle fait des choix. Mais ces choix-là, ils ont des conséquences. Voilà.

16:13
Invité

Et vous avez dit trahison concernant Sophie Petronin. L'autre sujet, Bruno Retailleau, avant d'évoquer le climat une fois de plus, qui vous a choqué, c'est la campagne célébrant. Vous parliez tout à l'heure de l'islam et de l'islamisme. La diversité, la liberté dans le hijab, lancée la semaine dernière par le Conseil de l'Europe, retirée depuis, sous la pression de la France et de l'Allemagne. Vous dites quoi ? Tant mieux ?

16:33
Bruno Retailleau

Scandaleux. Tant mieux, tant mieux. Il faut voir si vraiment elle est retirée, parce que les informations hier soir étaient contradictoires. Mais c'est incroyable. Le Conseil de l'Europe, chargé, à travers la Convention des droits de l'homme notamment, de tenir et de valoriser nos propres valeurs. Et ces gens-là ont intégré la propagande islamiste. Que disent les frères musulmans ? Que disait récemment encore M. Tariq Ramadan sur le voile ? Que c'était une question de liberté. Leur publicité, c'était quoi ? C'était exactement la reprise de la propagande islamiste. Le voile, c'est la liberté. Je propose qu'on les envoie dans les pays qui sont tenus par les frères islamistes musulmans.

Et ils verront ce que cela donne comme liberté. Bien sûr que toutes les femmes voilées ne sont pas des islamistes. Mais tous les islamistes, tous les islamistes, veulent que leurs femmes soient voilées. Le voile est un emblème. Un emblème sexiste qui désigne la femme d'un rang inférieur à l'homme. Un symbole du séparatisme qui veut isoler, au sein de la communauté nationale, une communauté religieuse. Comme un corps étranger. Voilà ce que je veux dire. Et que le Conseil de l'Europe, avec une publicité financée par l'Union Européenne, en vienne là. Cela en dit très long sur les organisations internationales. Et à l'avenir, je pense qu'il ne faut pas s'arrêter là. Il y a des questions à poser.

17:59
Présentateur

Elle est suspendue, cette campagne. Le climat, on y vient. Bruno Retailleau, on reste ensemble après le fil info. De 9h moins 10, Laurence Méride. Le retour des visages masqués en classe pour l'un, le Cher, la Savoie ou encore la Réunion. Le port du masque redevient obligatoire à l'école dans 39 départements dès lundi. Au total, 61 départements concernés. Ceux dont le taux d'incidence dépasse les 50 cas pour 100 000 habitants. Malgré la crise épidémique, la pauvreté reste stable en France. Les inégalités ne se sont pas creusées l'an dernier. Selon la dernière étude de l'INSEE. Mais certaines situations de pauvreté ont pu s'aggraver.

La crise a eu par exemple un impact sur les bénéficiaires du RSA qui ont vu leur revenu diminuer de 7%. Quatre personnes en garde à vue pour l'agression d'un policier dans le Val d'Oise. Mardi soir, le fonctionnaire employé à la brigade des réseaux ferrés n'était pas en service et habillé en civil. Mais selon son témoignage, les agresseurs l'ont reconnu alors qu'il rentrait chez lui en train. Selon les informations de France Info, trois des quatre interpellés ont reconnu les faits. Le match nul du PSG face à Leipzig de partout en Ligue des champions de football hier soir. Les Parisiens rattrapés par un pénalty allemand dans le temps additionnel.

Et avec Bruno Retailleau, le patron des sénateurs Les Républicains. Vous avez pu entendre Bruno Retailleau, les dirigeants présents à la COP26, à la conférence des Nations Unies sur le climat, dire leur inquiétude. La Chine, le plus gros pollueur au monde, n'est pas là. Est-ce que c'est la chronique d'un échec annoncé ?

19:42
Bruno Retailleau

Bien sûr, vous avez raison. La Chine, c'est pratiquement 30%, 28% d'émissions de gaz à effet de serre. La Russie n'est pas là. Le Brésil n'est pas là non plus. Donc, ça donne à cette COP26 un peu triste allure. Pour autant, il faut se battre. Le compte à rebours a commencé. J'ai lu le rapport cet été du GIEC qui est extrêmement alarmiste. Et il faut le croire. On sait désormais, c'est établi, scientifiquement établi, qu'une des origines humaines, elle est maintenant prouvée. Et que malheureusement, on ne sait pas bien si l'objectif de la COP21 de Paris, c'est-à-dire 1,5 degrés Celsius, va pouvoir être observé.

20:23
Présentateur

Pour l'instant, il ne l'est absolument pas. On est sur 2,7, voire au milieu de 2.

20:26
Bruno Retailleau

On est au-delà de 2, bien au-delà de 2. C'est dramatique. Donc, il faut se mobiliser. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit cet essai. Parce que je crois que toutes les familles politiques, l'écologie, on ne peut pas la réserver en plus à une forme de gauchisme radical.

20:40
Invité

Vous avez écrit le gauchisme et la maladie infantile de l'écologie. C'est un peu sévère quand même, non ?

20:45
Bruno Retailleau

Non, ce n'est pas sévère. Je vais vous dire, malheureusement, ce que je constate, c'est que l'écologie a servi tous les délires d'une forme de gauche radicale. Quand un certain nombre de maires, par exemple, au nom de cette idéologie, veulent interdire les sympas de Noël, le Tour de France, veulent dégenrer les écoles, c'est de l'idéologie, c'est pas de l'écologie. Et si on veut mobiliser les Français, si les Français sentent que derrière l'écologie se cache une idéologie qui veut déconstruire la société, faire du wokisme, etc., ils ne fonctionneront pas.

Donc, moi, je pense que chaque famille politique doit se retrousser les manches, à commencer par la droite, parce que vous savez qu'on a à notre actif plein de choses. Le premier ministère de l'Environnement, c'est Georges Pompidou, l'Office National de la Forêt, les parcs nationaux, c'est aussi la droite. Mais on a un peu abandonné, je trouve.

21:29
Invité

Vous n'avez pas la sensation que droite et gauche ont quand même failli sur la question de l'environnement, depuis même le discours de Chirac, notre maison brûle.

21:36
Bruno Retailleau

Mais je veux distinguer. Justement, dans l'écologie que j'essaie de promouvoir, c'est à la fois une écologie qui se réconcilie avec la science et la raison, les chercheurs, les ingénieurs. Elle est humaine. Et c'est une écologie du réel. Humaine parce qu'elle considère que l'homme n'est pas une espèce comme les autres. Que c'est la nature qui nous a donné de facultés, d'intelligence, qui nous permet d'être le gardien des autres espèces.

Mais ce que je veux dire par là, c'est que la droite n'a pas failli, en ce sens que beaucoup de maires, de présidents de départements, je pourrais vous parler de la Vendée, On a en 15 ans, par exemple, économisé l'équivalent de deux barroches pour l'eau potable. On est un des départements où on a fait le plus d'économies d'eau, où on consomme le moins d'eau par habitant. Et je pourrais vous parler des déchets. Donc on a un autre actif. On a un autre actif plein de réalisations. Mais la droite n'a pas su au plan national, formuler, conceptualiser et donner cette vision, sa propre vision de la nature.

22:29
Présentateur

Pourquoi ? Qu'est-ce qui a péché ? C'était faute de conscience de l'urgence climatique aussi ?

22:32
Bruno Retailleau

Non, c'est plus. D'abord parce qu'il y a une gauche radicale qui s'en est emparée et elle nous a fait peur.

22:38
Présentateur

Pourquoi radicale ?

22:39
Bruno Retailleau

Radicale parce que je pense que... Regardez Sandrine Rousseau, vous l'avez écouté.

22:43
Présentateur

Europe Ecologie Les Verts, c'est un parti radical ?

22:46
Bruno Retailleau

Elle a failli gagner. Vous vous rendez compte ? Elle a pratiquement obtenu 50... Oui, je dis que le gauchisme est la maladie infantile de l'écologie. Certains n'ont pas pu abattre la société, faire de l'anticapitalisme avec les moyens politiques naturels. Ils se sont repliés. Quand M. Cochet, par exemple, comparait les allers-retours à New York en avion, en nombre d'enfants, c'était une politique malthusienne. Il installait cette idée que faire des enfants, ce n'était pas bon pour la planète. Autant demander à l'humanité tout entière de disparaître. Ça, cette écologie-là, je la combats. En revanche, je pense que la solution, c'est le gène humain. Je vous donne encore un exemple. Quoi ?

L'innovation ? Bien sûr, l'innovation. Il y a une société dans mon territoire, dans la région des Pays de la Loire, qui est en train de produire un béton décarboné. Vous savez que le ciment, c'est terrible. Avec une tonne de ciment, vous faites pratiquement une tonne de CO2. Là, il divise par six. Saint-Gobain est en train d'inventer notamment des verres, des vitres, qui vont permettre de filtrer les rayons du soleil pour diriger la chaleur vers l'intérieur. Une sorte de vitrage intelligent. Donc, faisons confiance au génie humain.

23:51
Invité

Et vous jaugerez les candidats, les impétrants du 4 décembre sur cette case-là, l'écologie, le développement durable. On a l'impression qu'à droite, c'est un peu un sujet en page science.

24:04
Bruno Retailleau

Tout à l'heure, je vous ai parlé d'un projet de civilisation. Je pense que moi qui suis... Je vis encore dans la commune où je suis né. Dans une commune rurale, dans une ferme, les plus beaux spectacles pour moi, c'est le coucher de soleil, où c'est une nature qui s'éveille. Cette nature préservée, elle nous parle à chacun d'entre nous. Ça fait partie de notre civilisation. Sentir, se balader dans la campagne, sentir des odeurs, écouter une fauvette, écouter... Non mais, le chant des oiseaux. Comme dans Vendée, là. Mais non, mais c'est un émerveillement. C'est le chant du monde. Et ça doit nous parler. Et c'est quelque chose que nous avons reçu.

Et quand on est de droite, cette valeur de transmission, cette valeur de conservation de notre patrimoine, le sens des limites qu'on doit s'imposer. L'homme n'est pas tout puissant. La technique ne doit pas être tout puissante. Autant je fais confiance à la science, autant je dis, attention, la technique peut être le meilleur et le pire. C'est ce projet qu'on doit aussi exprimer.

25:00
Présentateur

Et rendez-vous le 4 décembre, donc, jour de la désignation du candidat à la présidentielle du Parti Les Républicains. Merci beaucoup, Bruno Retailleau. Bonne journée.