Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Agriculture, est l'invitée de On n'arrête pas l'éco
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Questions et réponses
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- 0:19OuverteRéponse directe
Dans votre esprit, la souveraineté alimentaire, qu'est-ce que ça veut dire et ça va jusqu'où ?
- 2:36RelanceRéponse partielle
Est-ce que pour être souverain, il faut produire plus, quitte à alléger certaines contraintes écologiques ?
- 4:15OuverteRéponse directe
Mais la difficulté, vous le savez bien, c'est la transition. Et là, il y a des agriculteurs qui vous disent...
- 4:39OuverteRéponse directe
Ça va être quoi, votre nouvelle feuille de route, la nouvelle philosophie, la feuille éco-phyto ?
- 6:58RelanceRéponse directe
Question très directe, est-ce que ça, ça permet de dire l'agriculture, c'est la priorité... ?
- 7:48OuverteRéponse directe
Est-ce qu'intérêt général majeur, ça veut dire que c'est ça la priorité ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:25Invité politiqueFait
« La souveraineté alimentaire, c'est la capacité à nourrir sa population. »
- 0:53Invité politiqueFait
« Est-ce que ça veut dire qu'on produit 100% de ce qu'on mange ? Pas du tout. »
- 1:40Invité politiqueFait
« Les fragilités ? Alors d'abord, c'est les engrais. »
- 2:03Invité politiqueFait
« Les protéines végétales que l'on donne à nos élevages, c'est beaucoup de soja. »
- 2:26Invité politiquePromesse
« Plan de souveraineté pour l'élevage, plan de souveraineté pour les fruits et légumes, plan de souveraineté pour les blés durs. »
- 2:31Invité politiquePromesse
« Je suis en charge d'élaborer un plan de souveraineté pour les engrais dans les semaines qui viennent. »
- 4:49Invité politiqueFait
« Dans ce que vous mentionnez, on parle de molécules qui sont interdites en Europe. »
- 11:34Invité politiqueChiffre
« L'accord du CETA, c'est 400 millions d'euros dans la poche de nos agriculteurs. »
- 11:46Invité politiqueFait
« Ça fait sept ans que cet accord est appliqué et nous avons pu constater qu'il est bon pour la France. »
Temps de parole
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La ministre déléguée à l'agriculture et à la souveraineté alimentaire est notre invitée. Bonjour Agnès Pannier-Runacher. Bonjour Alexandra Benseille. L'objectif de souveraineté agricole et alimentaire sera inscrit dans le projet de loi présenté vendredi prochain au Conseil des ministres. Vous avez entendu avec nous le reportage. Il y a débat sur la définition. Alors dans votre esprit, Agnès Pannier-Runacher, la souveraineté, qu'est-ce que ça veut dire et ça va jusqu'où ?
La souveraineté alimentaire, c'est la capacité à nourrir sa population. Le test de souveraineté alimentaire qu'on a eu, c'est quand on a traversé la crise du Covid et qu'on a dû, sur nos mérites propres, s'assurer qu'on était capable d'organiser l'alimentation de nos populations et de nos élevages alors qu'une partie des flux d'approvisionnement étaient bloqués dans le contexte du confinement planétaire. Est-ce que ça veut dire qu'on produit 100% de ce qu'on mange ? Pas du tout. Mais ça veut dire qu'on est capable de produire suffisamment pour alimenter nos populations. Donc c'est, je dirais, en termes de calories, parce qu'on peut faire des substitutions.
Nous ne serons jamais, par exemple, autoportants sur des productions tropicales, même si nous avons des productions dans l'outre-mer.
La banane, oui, mais on ne fera jamais d'ananas, c'est une avocat.
On doit être capable d'apporter les légumes et les fruits si des flux devaient se tarir dans certaines directions. Et c'est ça l'objectif que nous devons avoir. Et ce que nous voyons, ce que nous avons vu pendant la crise du Covid, c'est qu'on a une souveraineté alimentaire et on a une souveraineté agricole. Mais on a des points de faiblesse. Les fragilités ? Alors d'abord, c'est les engrais. Ensuite, et on l'a vu aussi avec l'attaque de la Russie, l'agression russe en Ukraine, parce que les engrais sont beaucoup importés de Russie, de Biélorussie, de cette partie du monde. On a une fragilité sur l'alimentation de nos élevages.
Les protéines végétales que l'on donne à nos élevages, c'est beaucoup de soja. Et donc, on doit redévelopper des protéines pour ces élevages. Et effectivement, fruits et légumes, on a également mentionné le blé dur. Par rapport à ça, nous agissons avec des plans de souveraineté qui précisément adressent ces différents secteurs. Plan de souveraineté pour l'élevage, plan de souveraineté pour les fruits et légumes, plan de souveraineté pour les blés durs. Et je suis en charge d'élaborer un plan de souveraineté pour les engrais dans les semaines qui viennent.
Alors justement, est-ce que pour être souverain, il faut produire plus, quitte à alléger certaines contraintes écologiques ? C'est d'ailleurs ce que vient de faire Bruxelles avec la nouvelle politique agricole commune. Alors pas du tout.
Pas du tout, parce que lorsqu'on simplifie des procédures, ou lorsqu'on met du pragmatisme, je vais vous donner un exemple. Dans l'application stricte de la PAC, le Pas-de-Calais, une partie des agriculteurs qui ont les pieds dans l'eau aujourd'hui, perdraient leurs aides PAC parce qu'ils n'ont pas fait les assolements d'hiver. Et ils n'ont pas fait les assolements d'hiver parce qu'ils sont les pieds dans l'eau et qu'ils ne peuvent pas planter. Ça, ça s'appelle des éco-régimes.
Lorsqu'on a une application stricte des règles qui ne tiennent pas compte du fait que nous sommes sur du vivant, qu'il y a un impact climatique, et qu'en fait, pour obtenir les mêmes objectifs de baisse d'émissions de gaz à effet de serre et de protection de la biodiversité, il y a des chemins différents. Il faut tenir compte du moment où on peut planter, du moment où on peut récolter, du moment où on peut entretenir les haies. C'est un autre exemple. Alors, on est à côté de la plaque. Nous, ce que nous voulons, c'est ne pas perdre l'objectif de protection de la biodiversité et de lutte contre le dérèglement climatique pour une raison simple.
Ce sont les agriculteurs qui en sont la première victime. La plupart, une partie non négligeable des problèmes, je pense aux Pyrénées-Orientales, par exemple en viticulture, c'est le dérèglement climatique, c'est la sécheresse. Dans le Pas-de-Calais, c'est les inondations. Donc, arrêtons d'opposer agriculture et écologie parce que la solution, elle passe justement par la défense ou par un chemin d'amélioration de la biodiversité et de lutte contre le dérèglement climatique.
Mais la difficulté, vous le savez bien, Agnès Pannier-Runacher, c'est la transition. Et là, il y a des agriculteurs qui vous disent, je pense à ceux qui font des cerises, des pommes, des noisettes, ils vous disent, mais on est dans une impasse, même les betteraviers avec la jaunisse. Il y a des situations où les interdictions nous empêchent de soigner nos cultures. Il y a des cultures qui viennent d'ailleurs et qui ne sont pas soumises aux mêmes interdictions que nous. Ça va être quoi, votre nouvelle feuille de route, la nouvelle philosophie, la feuille éco-phyto ? Est-ce qu'on va réautoriser des substances ? Alors, on va être très clair.
Dans ce que vous mentionnez, on parle de molécules qui sont interdites en Europe, auxquelles les agriculteurs nous disent, nous, nous n'y avons pas accès, et nous avons le sentiment que nos voisins européens y ont accès. Et là, il y a de la déloyauté, une concurrence déloyale. Et ça, nous allons le prendre point à point parce qu'il faut regarder dans le détail de quoi il s'agit. Ça peut être tout simplement un produit pour lequel le producteur du produit n'a pas demandé l'autorisation de mise sur le marché français. Donc, ce n'est pas un problème d'interdiction. C'est un problème d'autorisation de mise sur le marché qui n'a pas été étendu à tel ou tel usage. Vous avez une très grande...
Je donne cet exemple-là, il peut en avoir d'autres. Une très grande diversité de situations. Moi, ce que je veux faire sur ça, ce que j'ai lancé, c'est un comité qui réunit l'ensemble des parties prenantes où on va prendre molécule par molécule, usage par usage pour voir où le bas blesse. Est-ce que c'est les autres pays qui trichent ? Est-ce que c'est nous qui n'utilisons pas l'ensemble des instruments qui sont à notre disposition ? Est-ce que nous ne l'allons pas assez vite pour mettre en place des alternatives ? Je vous donne un exemple.
Vous avez des molécules de remplacement pour remplacer certains phytosanitaires sur lesquels on a des convictions qu'ils peuvent être cancérigènes et toxiques pour la reproduction, etc. Ce n'est pas rien quand même. Et nous n'avons pas encore les homologations pour les mettre sur les marchés. Si vous n'avez pas la solution pour pouvoir remplacer ce qui ne fonctionne pas, ce qui est interdit, ce n'est pas possible. On met les agriculteurs dans les impasses. Donc on va les sortir de ces impasses. Au cas par cas, la semaine prochaine, on sera sur le poireau et le chou. Vous voyez, c'est très concret. L'agriculture, c'est très concret. C'est hyper concret. Et il faut apporter ces solutions.
Et il faut admettre qu'on a des chemins techniques, des itinéraires techniques à construire et qu'il y aura des dérogations. Toujours dans le cadre de la loi, on ne sort pas de la loi. Il y aura des dérogations, il y aura des extensions d'autorisation de mise sur le marché de certains produits, il y aura des reconnaissances et il y aura aussi des questionnements qu'on adressera à la Commission européenne quand d'autres pays utilisent de manière beaucoup trop large des dérogations sur des produits interdits.
Toujours dans le projet de loi qui sera présenté la semaine prochaine, l'agriculture sera déclarée d'intérêt général majeur. Question très directe, est-ce que ça, ça permet de dire l'agriculture, c'est la priorité, donc les retenues d'eau, les méga-bacines, ça sera la priorité face aux oppositions, ça y est, on pourra faire plus vite ? D'abord,
le terme méga-bacines est en soi idéologique. ça s'appelle des stockages d'eau. Ça fait des années que ça existe, depuis que le monde est monde, nous stockons de l'eau et les hommes se rapprochent des endroits où il y a de la réserve en eau, ça peut être des rivières, ça peut être des mers, etc., pour des raisons évidentes de culture et d'alimentation des populations. Donc arrêtons d'employer des termes valises qui permettent d'effrayer le chaland et en particulier l'urbain bobo qui lui n'est pas dans les champs à devoir faire pousser les cultures et alimenter et nourrir la population.
Et la deuxième chose, compris sur le vocabulaire. Oui, non, non,
parce que je pense qu'il faut être un peu précis.
Est-ce qu'intérêt général majeur, ça veut dire que c'est ça la priorité ?
Intérêt général majeur, ça veut dire qu'on ne peut pas, si vous voulez, utiliser le fait que, je prends l'exemple des énergies renouvelables parce qu'on a eu le même débat. sur les énergies renouvelables, on considère qu'il ne faut pas prouver que c'est une activité utile pour empêcher la mise en œuvre d'un projet d'énergie renouvelable. Vous voyez, ça s'appelle la raison d'intérêt public majeur. Eh bien, c'est la même démarche, c'est-à-dire qu'il ne faut pas prouver qu'on est utile à la nation. L'agriculture est par essence utile à la nation. Ensuite, ça n'enlève rien au fait que les normes environnementales s'appliquent.
Mais on ne dit pas que c'est une activité dispensable et donc, par principe, dès lors que ça a un impact environnemental, c'est très compliqué de le faire. Ça rééquilibre le débat et je pense que c'est essentiel parce qu'à un moment, on en vient à un point où, au nom de l'environnement, on a des actions
qui sont contraires à l'environnement. Agnès Pannier-Runacher, parmi les inquiétudes des agriculteurs, il y a ces importations massives de poulet, d'œuf, de sucre en provenance d'Ukraine. Alors, un accord européen vient d'être dévoilé pour plafonner ces importations qui sont sans droit de douane. Le vote a lieu lundi. Est-ce que la France va voter pour ou contre ? Nous, nous soutenons
le fait de mettre des plafonnements aux exportations depuis l'Ukraine. Nous sommes solidaires de l'Ukraine, mais nous ne sommes pas naïfs. Ces exportations ont beaucoup augmenté. Nous sommes à un point, elles déstabilisent le marché agricole européen. Par ailleurs, parce qu'il faut être aussi cohérent, nous allons et nous prenons derrière la présidente de la Commission européenne le fait de remettre, de taxer, de remettre des droits d'ouane en l'occurrence, les exportations depuis la Russie. Parce qu'en fait, il faut reprendre le sujet du début. Qu'est-ce qui se passe en Ukraine ? C'est un très grand producteur de céréales et de manière générale agricole.
L'Ukraine avait des débouchés vers la mer Noire. Ces débouchés sont bloqués par la Russie. Du coup, ça pousse tous les stocks vers l'Europe et donc l'Europe se retrouve dans une situation de quasi surproduction, surproduction égale prix qui baisse. Eh bien, nous allons faire en sorte de mettre les exportations russes à un prix beaucoup plus cher, comme ça, on les repousse elles-mêmes vers d'autres marchés de façon à assainir le marché européen et nous défendrons nos agriculteurs. À partir du 1er juin, on sera capable de mettre en place des clauses de sauvegarde sur les exportations ukrainiennes.
Alors, est-ce que le plafonnement des exportations ukrainiennes à l'heure actuelle tel que c'est écrit, ça vous convient ou la France ?
Ça nous convient sur une partie des produits agricoles. Le président de la République l'a dit, nous considérons que sur les céréales, ça ne va pas assez loin. D'abord, en termes de référence d'année prise en compte puisqu'on prend les années 2022 et 2023 où les exportations ont explosé. Donc, en fait, on dit qu'il faut que ça soit encore plus élevé qu'en 2022 et 2023. Nous, on souhaite qu'on part aussi l'année 2021 de façon à comparer à quelque chose d'un peu plus raisonnable, régulier. Et deuxièmement, on souhaite que l'accord soit étendu aux céréales.
Dernière question, le CETA rejeté au Sénat, Agnès Pannier-Runacher. C'est inacceptable. Qu'est-ce que ça montre
ce rejet de l'accord du CETA ? Que des gens qui ont porté cet accord sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy, puis ont porté cet accord sous le gouvernement de François Hollande, aujourd'hui, par pur opportunisme politique, ferme la porte à un accord qui est bon pour les agriculteurs. L'accord du CETA, c'est 400 millions d'euros dans la poche de nos agriculteurs. C'est la viticulture qui a des débouchés. C'est l'industrie laitière au travers des fromages qui a des débouchés. C'est le bœuf qui a des débouchés. Ça fait sept ans que cet accord est appliqué et nous avons pu constater qu'il est bon pour la France. Donc, qu'est-ce que ça montre ?
Ça montre que la majorité est aujourd'hui le seul parti de gouvernement et que nous, nous sommes les seuls à effectivement avoir une ambition pour la France au sein de l'Europe.
Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l'Agriculture et à la Souveraineté Alimentaire, merci d'avoir été dans On n'arrête pas les cours. Merci.
Merci. Merci.
Agnès Pannier-Runacher