Vincent Capo-Canellas : « Si on bloque les prix à la pompe, on va le payer sur nos impôts demain »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Vincent Capocanelas, bonjour. Bonjour. Vous êtes sénateur centriste de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission des Finances du Sénat. On commence par la guerre au Moyen-Orient et forcément cette dramatique nouvelle. On a appris la mort d'un premier soldat français dans ce conflit lors d'une frappe au Kurdistan irakien, l'adjudant-chef Arnaud Frayon du 7e bataillon de chasseurs alpins de Vars. Quelle est votre réaction ?
D'abord, je veux m'incliner devant la mémoire de l'adjudant-chef Frayon, avoir une pensée pour ses proches, pour ses camarades de combat aussi, et en particulier ceux qui sont blessés. La France, comme beaucoup de nations, va payer un tribut pendant cette guerre, qui est une guerre qui menace l'ensemble de la région, mais qui également peut impacter beaucoup de pays. Et c'est une guerre à répercussions mondiales. Donc, évidemment, pensée pour les troupes, les proches. Et puis, je crois qu'il faudra tirer les enseignements de ce bombardement par drone, semble-t-il, et analyser les choses.
Et je crois que le chef de l'État et le gouvernement vont nous donner des éléments particuliers là-dessus, de compréhension, voir quelles leçons on doit en tirer.
En tout cas, une milice irakienne pro-iranienne a estimé, a en tout cas affirmé, a ciblé les intérêts français dans la région. Est-ce que la France doit s'impliquer davantage dans cette guerre au Moyen-Orient ?
Il faut rappeler que nos forces qui sont en Irak sont là pour lutter contre le terrorisme, et que c'est dans le cas d'une coalition. La France n'est pas aujourd'hui partie au conflit contre l'Iran. Mais on voyait que l'Iran essaye d'embraser le monde. Simplement, il le fait en attaquant tous les pays et toutes les forces armées, toutes les bases militaires qui sont proches. Il le fait aussi en essayant de manipuler les cours du pétrole, en affectant les installations pétrolières du secteur. Voilà, il y a une situation militaire qui est très évolutive. Je crois qu'il faut en tirer toutes les leçons posément. Regardez quelle est l'analyse que nous en faisons.
En fait, est-ce qu'il y a une riposte à conduire ? À quel moment ? Aujourd'hui, nous ne sommes pas belligérants. Nous sommes là dans une logique de protection, de protection de nos intérêts, de nos compatriotes, et des pays avec lesquels nous avons des accords militaires. Mais évidemment, il y a un engrenage dans lequel nous pousse l'Iran. Je crois que la France doit prendre la mesure de cet engrenage. Évidemment, nous pensons aujourd'hui à nos militaires, à ceux qui sont engagés, à ceux qui assurent notre protection, à protection de nos intérêts. Et voilà, je crois que l'exécutif doit regarder la situation. Il y a eu mercredi…
Donc la question d'une éventuelle riposte doit se poser ?
Bien évidemment. Dans ces cas-là, il faut regarder la situation clairement et s'interroger sur quel est le niveau de riposte. Il y a plusieurs types de riposte qu'on peut mener là-dessus. Mais je crois que c'est l'analyse militaire qui doit d'abord primer.
Est-ce que vous craignez, dans ce conflit au Moyen-Orient, qui a été lancé par les Américains, les Israéliens, finalement une guerre qui s'enlise, une guerre sans fin ?
On voit bien que le président Trump, lorsqu'il a engagé ce conflit, pensait sans doute que ça irait assez vite et qu'il y aurait un effondrement du régime. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. On voit que les Iraniens s'étaient préparés et qu'ils essayent effectivement de faire une déflagration plus que régionale pour conduire les États-Unis à « lâcher » ou à se déclarer vainqueur un peu vite, comme parfois le fait M. Trump. C'est ça l'idée. Donc tout le monde joue avec le temps. Évidemment, on pense aussi au peuple iranien qui lutte aussi pour la démocratie, pour pouvoir se faire entendre et pouvoir s'exprimer un jour par la voix des urnes. Mais on pense à eux parce qu'ils souffrent aussi.
Tous les pays de la région aussi, et un certain nombre de pays, je pense notamment au Liban, mais pas seulement, qui doivent avoir la solidarité. Donc voilà, finalement, la logique des Iraniens, c'est de tenir suffisamment de temps pour que les États-Unis finalement finissent par se dire qu'il ne faut pas rester.
On a l'impression que là encore, les Européens sont spectateurs de cette stratégie militaire de Donald Trump.
Alors, la France et les Européens n'étaient pas favorables à une intervention à ce stade-là et de cette manière-là. C'était une décision unilatérale des États-Unis et d'Israël. Donc nous avons une position à la région qui est traditionnellement plus équilibrée. Il y avait un sujet quand même avec le risque nucléaire que représentait l'Iran. Les États-Unis ont choisi de frapper. Voilà, donc le président de la République, le ministre des Affaires étrangères, le chef du gouvernement ont annoncé une position défensive, mais en même temps de présence et de défense de nos intérêts. Et évidemment, ça évolue au jour le jour.
On voit bien quand il s'agit malheureusement des événements militaires de cette nuit et de ce drame avec la mort d'un de nos soldats. Eh bien, on voit bien aussi que sur le plan économique, avec le cours du pétrole, il y a beaucoup de variations. C'est une situation qui peut déraper encore plus à tout moment. Voilà, donc il faudra ajuster notre position. Il y aura à un moment donné une phase parlementaire. Le Premier ministre a commencé à recevoir les prisons de groupe mercredi. Je pense que tout ça mérite une évaluation au quotidien. Le chef de l'État a pris une attitude responsable qu'il faut saluer.
Mais bien évidemment, les Français sont très concernés par tout ce qui se passe et en mesure les répercussions.
Et oui, des Français qui sont touchés notamment par la hausse du prix à la pompe, du prix de l'essence. Et justement, on va en parler avec vous, Johan Delera, puisqu'on a constaté, depuis le début de cette guerre, une flambée des prix à la pompe. Et on va essayer de comprendre comment se décompose le prix d'un litre de carburant en France.
Exactement. Et pour comprendre, on va prendre l'exemple du sans-plomb 98. Selon les données du gouvernement en moyenne en France, le litre coûtait hier 1,96 € à la pompe. Un prix qui dépend de trois facteurs. Premier facteur, le coût des matières premières et du raffinage. Ça représente 30% du prix total, soit 59 centimes. La matière première, c'est évidemment le pétrole brut. Le raffinage, c'est le traitement visant à transformer ce pétrole en carburant utilisable dans les moteurs de nos véhicules. Le deuxième facteur, c'est le stockage, le transport et la distribution de ces carburants dans les stations-services. Ça représente 15 à 20% du prix total. On va arrondir à 30 centimes.
Et puis, troisième et dernier facteur, les taxes. Elles pèsent énormément, 50 à 55% du prix total. Ça fait donc 1,07 € le litre, plus de la moitié du prix.
Alors, comment expliquer cette flambée des prix à la pompe ?
Eh bien d'abord, ça dépend essentiellement des deux premiers facteurs que je viens de vous présenter. Sur le coût de la matière première d'abord, pour déterminer le prix du pétrole brut, on utilise comme référence le baril de Brent. C'est le nom d'un gisement de pétrole en mer du Nord. Il sert de référence mondiale. Sa valeur est très sensible aux crises. Elle a fortement augmenté avec la guerre au Moyen-Orient. Le 26 février, le baril de Brent se vendait 71 dollars. Et aujourd'hui, on flirte avec les 100 dollars. Et ça, ça a une vraie conséquence pour l'économiste Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières.
Il dit qu'à chaque fois que le baril augmente d'un dollar, c'est un centime le litre supplémentaire à la pompe. Et puis, deuxième facteur, ce carburant, il faut bien le transporter pour l'amener dans les stations-services. Et pour cela, les distributeurs utilisent du carburant qui est donc plus cher, qui répercute ensuite sur les prix à la pompe.
Des distributeurs de carburant qui sont dans le viseur du gouvernement.
Effectivement, ils étaient convoqués hier à Bercy. Certains sont accusés de profiter de la guerre au Moyen-Orient pour augmenter leurs prix de façon abusive. Et ça, ça ne passe pas pour Maude Bréjeon, la porte-parole du gouvernement.
Les augmentations qu'on a constatées en début de crise doivent aujourd'hui être atténuées par l'évolution du cours. Dit autrement, les baisses doivent être répercutées aussi vite que les hausses.
Alors, depuis le début de la semaine, le gouvernement a contrôlé les prix dans plus de 600 stations-services. 5% ont fait l'objet de sanctions. Alors oui, les marges sont excessives dans certaines stations, mais c'est loin d'être la norme. Deux tiers des ventes de carburant sont réalisées par la grande distribution qui vend quasiment à prix coûtant. En moyenne, la marge des distributeurs se situe à 1 à 2 centimes le litre.
L'État a-t-il quand même des solutions pour agir sur le prix ?
Oui, et pour cela, il faut se tourner vers le troisième facteur. Les taxes, je vous l'ai dit, elles représentent 55% du prix de l'essence. Il y a d'abord la TVA, elle s'élève à 20%. Si on reprend donc notre exemple du samplon 98 à 1,96 euro le litre, ça fait 39 centimes de TVA. À cela, il faut ajouter une autre taxe. L'axi sur les produits énergétiques, environ 35% du coût total, ça fait 68 centimes. Alors pour alléger les prix à la pompe, le Rassemblement national demande au gouvernement de baisser la TVA sur les carburants de 20 à 5,5%. Le problème, c'est que c'est interdit par le droit européen. Le REN propose alors une autre solution, baisser l'axi sur les produits énergétiques.
Cette fois, le gouvernement a les moyens légaux de le faire. Mais il ne veut pas, car baisser les deux taxes, ça serait un gros manque à gagner. Pour l'État, un manque à gagner est beaucoup trop lourd. 17 milliards d'euros selon lui. L'exécutif qui ne peut pas vraiment se passer de cette somme dans le contexte d'économie budgétaire, ce qui lui laisse donc une marge de manœuvre très limitée. Une question pour vous, monsieur le sénateur. Le gouvernement qui ne veut pas donc baisser les taxes, est-ce qu'il ne faudrait donc pas plutôt bloquer les prix comme le propose la France insoumise ?
Alors, ce n'est pas le gouvernement qui fixe les prix. Si on revient au blocage des prix, on reviendra très longtemps en arrière. Ça a laissé d'assez mauvais souvenirs, parce que dans ce cas-là, il n'y a pas de concurrence, il n'y a pas de volonté de produire plus, il n'y a pas d'intérêt finalement à alimenter le marché. Et ensuite, les solutions qui peuvent être présentées présentent deux difficultés.
On a un problème budgétaire, c'est-à-dire que si on se met à baisser les taxes avec des marchés qui sont très volatiles, on risque, et ça a été le cas dans le passé, entre guillemets, pardon, de boire un bouillon financier et de se retrouver avec beaucoup moins de recettes et durablement et de creuser nos déficits. Il faut faire attention, parce que le risque, c'est qu'on paye demain plus cher en impôts qu'on aura payé en prix de l'essence aujourd'hui. Donc il y a un premier obstacle qui est financier, qu'il faut bien regarder. Ensuite, il y a un sujet parlementaire quand même, parce qu'il faudrait, selon ce qu'on fait, outiller des mesures.
Et à l'Assemblée nationale, ça me paraîtra particulièrement difficile à faire aujourd'hui. Donc le gouvernement est parti plutôt sur une logique d'autorégulation du marché, avec d'un côté un plafonnement volontaire, il faut regarder comment ça marche, les grands centres de distribution et grandes centrales ont annoncé des baisses de 30 centimes. Il faut qu'on les regarde et qu'on les constate. Ça, c'est un point. Ensuite, il y a une volonté de débloquer des stocks stratégiques et donc, en gros, d'alimenter le marché avec des prix qui soient de plus bas niveau. Et donc, il faut qu'on regarde comment tout ça évolue.
Mais c'est vrai qu'on le disait tout à l'heure, tout ça change au jour le jour. Et tous les matins, on regarde les évolutions. Total a annoncé, par exemple, des fermetures qui représentent 15% de sa production, semble-t-il, dans la nuit ou hier soir. Voilà, donc tout ça va évoluer. Mais moi, je suis plutôt favorable à une autorégulation avec des prix consentis, avec un plafond, autant qu'on pourra le faire. Attention, si on le fait par voie législative.
Il faut faire confiance aux acteurs du marché pétrolier, dont certains sont accusés de spéculation. La première démarche, c'est de leur imposer des contrôles
et de veiller à ce qu'il y ait une autodiscipline là-dessus. Après, s'il nous faut baisser les taxes, j'appelle à la très grande prudence. Évidemment, on pense à tous ceux qui doivent prendre la voiture, parfois en zone rurale aussi, ou tous ceux qui sont en travail décalé et qui n'ont pas le choix. Mais attention, parce qu'on va le payer très cher demain. Et l'expérience a été plusieurs dizaines de milliards dans le passé. Souvenons-nous qu'en 73-74, on a eu un doublement à l'époque des prix. Donc là, on est sur une hausse qui a été forte. On peut cesser quelques jours encore pour regarder la situation.
Mais j'invite à la prudence, parce que je voudrais pas qu'on paye demain plus cher encore. Mais quand on voit que... Si on déclenche trop de mesures budgétaires.
Quand on voit que tout de suite, au lendemain du début de cette guerre au Moyen-Orient, on a vu les prix à la pompe augmenter. Il y a eu un effet vraiment très rapide, alors qu'il y a des stocks de carburants moins chers, achetés moins chers sur le marché, qui étaient présents. Mais on a vu les prix tout de suite augmenter. Donc est-ce qu'il faut faire confiance au marché ?
C'est un marché mondial. C'est très volatile. On le voit tout particulièrement. Il y a à peu près 20% de production en moins en ce moment. Donc ça ne peut pas ne pas avoir d'effet sur les prix. Il faut contenir cette augmentation tant qu'on pourra le faire. Les centrales ont pris des engagements. Regardons comment elles les tiennent.
Le gouvernement contrôle les distributeurs. Mais est-ce que déjà, par commencer, il ne faudrait pas qu'il soit un peu moins gourmand, notamment sur les taxes, plus de la moitié du prix ? Est-ce que c'est acceptable ?
Écoutez, il y a un mystère. Parce qu'aujourd'hui, tout le monde cherche qui est en train de spéculer. Je crois que le gouvernement a demandé de faire une transparence là-dessus et de regarder comment ça fonctionne. Moi, je ne souhaite pas que ce soit le consommateur qui paye la facture pour les différentes chaînes de la production à la distribution. Bien évidemment, il faut que tout le monde soit transparent là-dessus. Ça, ça me paraît le point le plus clair.
Il y a une troisième voie aussi proposée par la gauche, c'est de donner des aides aux foyers les plus modestes. Est-ce que ce serait aussi une bonne solution, compte tenu aussi du contexte économique qui est compliqué ?
Écoutez, on a une difficulté quand même de fond qu'il ne faut pas oublier, c'est-à-dire qu'on a 3 500 milliards de dettes, nous sommes regardés par les marchés financiers, et si on en vient à prendre des mesures, il faut qu'elles soient très circonscrites, parce que si on nous vaut une voie d'eau financière, on va le payer plus cher et très très vite. Donc là-dessus, j'appelle vraiment à une infinie prudence.
Mais est-ce que les Français peuvent comprendre que quand même avec cette hausse des prix, il y a une hausse mécanique des rentrées fiscales pour l'État ? Est-ce que les Français peuvent comprendre que l'État s'enrichisse sur cette guerre ?
Alors l'État n'est pas riche, l'État est impécunieux, l'État est incapable d'assurer un certain nombre de besoins essentiels aujourd'hui, malheureusement.
Non, mais il y aura des gains fiscaux avec cette guerre.
Il n'y a pas de gains, on n'a que des déficits. On n'a que des déficits qui continuent à se creuser. Aujourd'hui, si l'État était riche, ça se saurait là-dessus. Donc attention, l'État de nous n'existe plus, nous n'en avons plus les moyens. Donc il faut trouver une bonne régulation du marché pour essayer d'obtenir que les prix restent tels qu'ils ont été annoncés, avec moins de 2 euros pour le sans-plomb, 2,09 euros à dit total pour le diesel. C'est déjà beaucoup. Il y a des répercussions sur d'autres secteurs économiques. Il faut qu'on évalue tout ça. Mais attention, je veux dire, si on donne aux Français des chèques, aujourd'hui, on va le payer très vite.
Et pas seulement les générations futures. Assez vite, nos finances vont devenir ingérables. Et on a vu les difficultés qu'on a eues à boucler les budgets. Aujourd'hui, on ne sait plus faire des chèques.
On va parler du rapatriement des Français bloqués au Moyen-Orient, en Asie, et notamment du secteur aérien, sur lequel vous travaillez au Sénat beaucoup, Vincent Capocanelas. Et nous sommes en duplex avec Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne, commandant de bord, instructeur spécialiste de ce secteur aérien, de ce secteur aéronautique, et président d'Aviation Sans Frontières. Bonjour, Gérard Feldzer. Bonjour. On commence avec une question sur le rapatriement. On l'a vu de ces milliers de Français bloqués au Moyen-Orient.
À cause de cette guerre, des vols de rapatriement organisés par le gouvernement, mais aussi des vols commerciaux, comment on gère ce risque d'organiser ces vols, alors qu'il y a des missiles qui pleuvent dans le ciel, dans cette région ?
Oui, d'abord, il y a énormément de pays qu'on ne peut pas survoler pour des risques évidents de tirs de missiles, etc. De serait-ce que par erreur, quelquefois, c'est déjà arrivé qu'un avion se fasse shooter alors que ce n'était pas prévu, parce que ça demande quand même beaucoup de compétences. Et puis, il y a une dissimulation, une multiplication des missiles et des possibilités de missiles. Moi-même, dans le temps, quand j'ai fait quelques Beyrouths, par exemple, on a vu que l'atmosphère est très, très tendue. Donc, on fait appel à volontariat pour les pilotes. Et on a une préparation des vols extrêmement pointue pour une sécurité accrue.
La principale préoccupation, c'est d'assurer la sécurité. On dépose avant le vol, à la préparation des vols, un plan de vol, d'un plan de vol qui est à la connaissance de toutes les aviations civiles des pays survolés. Et là, vous avez l'autorisation ou pas de mettre en route et de partir. Et puis, vous devez être en contact permanent avec le PC opérationnel pour savoir si vous pouvez vous poser dans de bonnes conditions. Et si vous prenez la décision, le commandant de bord peut toujours prendre la décision de faire demi-tour, ça s'est déjà vu, ou de choisir un autre terrain de destination.
– Alors, des syndicats de pilotes, notamment Air France, demandent la suspension des vols de rapatriement de leur compagnie pour ces raisons de sécurité. Vous comprenez cette demande ?
– Oui, enfin, on pourrait en discuter, mais les pilotes d'Air France, en l'occurrence, ne sont pas des guerriers, ce ne sont pas des militaires. Donc, il faut pouvoir trouver des volontaires pour le faire, si c'était autorisé. Encore une fois, il faut assurer la sécurité des passagers, il ne faut pas les embarquer dans des problèmes à risque aujourd'hui. Donc, c'est assez délicat. Il faut prévoir également du kérosène supplémentaire au cas où on serait détourné, au cas où on aurait à attendre un créneau. Tout ça, c'est complexe parce que tous les plannings des pilotes sont chamboulés. Il faut trouver des volontariats, des disponibilités, des gens qualifiés sur la machine.
Et puis, il y a les temps de vol qui sont limités par la réglementation. On ne peut pas faire d'aller-retour, par exemple, parce qu'on dépasse 9, 10 heures ou 12 heures de vol. Donc, tout ça, c'est assez compliqué. Il faut gérer en temps réel. C'est une grande responsabilité et une grande réactivité qui est demandée au personnel.
Vincent Capocanella, sur ces vols de rapatriement des Français, notamment organisés par le gouvernement, mais aussi par les compagnies, c'est bien géré, ce rapatriement, depuis une dizaine de jours ?
Tout ça est géré par une cellule de crise qui réunit les différents ministères, la Direction Générale de l'Aviation Civile, notamment, les compagnies, en particulier Air France. Et il y a une préoccupation de sécurité. C'est d'ailleurs la préoccupation majeure, la sécurité des vols, la sécurité des passagers, des personnels. C'est la préoccupation majeure de tout le secteur du transport aérien, bien évidemment. Et dans ce contexte-là, les vols, aujourd'hui, sont par principe interdits, dans les pays qui sont touchés par le conflit. Et il y a des autorisations qui sont données, qui sont données cas par cas.
Gérard Felser lui disait un instant, parfois, on peut autoriser un vol, et puis, au vu de la situation, demander au vol de se détourner, voire de revenir. Donc voilà, tout ça est géré sur la base du volontariat. Et donc, il y a un principe d'analyse des risques, de décision collective, par l'autorité, qui est l'État, en lien avec les compagnies. Là-dessus, je salue les personnels qui, sur la base du volontariat, choisissent d'opérer ces vols. Voilà, on a le devoir de solidarité vis-à-vis de nos compatriotes qui sont dans la région, et d'essayer de les ramener en France. On voit aussi des compagnies locales qui reprennent à leur rythme, aussi, et des aéroports qui réouvrent des lignes.
Donc, tout ceci va se faire progressivement, mais c'est très encadré. Et je veux dire que, à la direction générale d'investissement civile, au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, tout ceci est regardé de très près, bien évidemment.
On parlait du prix du carburant, tout à l'heure, Gérard Felser, les compagnies Air France et KLM ont annoncé, justement, qu'elles allaient augmenter le prix de leurs billets d'avion pour les vols longs courriers à cause de la hausse du prix du kérosène. Cette guerre au Moyen-Orient, ça pourrait diminuer le trafic aérien ?
Oui, il y a une facture au bout du compte pour les compagnies aériennes. Le coût du carburant, c'est à peu près 30 à 50 % du prix du billet. Ça dépend si ce sont des compagnies low-cost ou des compagnies régulières ou du moyen ou du long courrier. Donc, la facture risque d'être assez lourde pour les compagnies et c'était à elles seules, et notamment Air France, de le supporter. Donc, ça tombe assez mal alors que le transport aérien dans son ensemble, avant la guerre, était plutôt en tendance vers l'équilibre, sinon les bénéfices.
Vincent Capocanelas, le secteur aérien va être impacté par ce conflit au Moyen-Orient, d'autant que cette zone, notamment les Émirats, forment un hub de transit crucial dans le transport aérien international.
Alors, il y a un effet double aujourd'hui, c'est-à-dire moins de vols, un certain nombre de hubs dans cette région du Moyen-Orient qui sont très affectés par des fermetures d'aéroports ou des réductions de vols. Et puis, on a cet effet sur le kérosène. Alors, sachant que le kérosène, lui, il a doublé parce que c'est particulier au niveau du pétrole. Il y a un système de raffinage particulier pour le kérosène qui a des caractéristiques propres. Et donc, ça ne peut pas ne pas avoir d'effet sur le prix. Jérôme Felser, qui connaît très bien ce secteur-là, l'a rappelé à l'instant, c'est au moins 30% du prix du billet. Donc, les compagnies doivent s'aligner.
C'est un secteur qui est à faible marge. Donc, ça va affecter l'économie générale. Mais il faut avoir en tête que le pétrole est aussi dans beaucoup de composants de notre quotidien, y compris dans ce que nous achetons et parfois dans des choses que nous n'avons pas à l'esprit. Et donc, ça va affecter l'économie. Donc, ce conflit aura des répercussions globales sur le transport. On parlait ce matin aussi, j'écoutais à la radio du secteur maritime aussi, transport maritime. Voilà. Donc, ça va affecter l'économie générale.
Et je veux saluer, moi, la résilience de tous les personnels qui sont dans les aéroports, dans les compagnies, dans les services de l'État, qui gèrent cette crise du mieux possible. Mais le secteur va devoir s'adapter à une nouvelle donne. Et finalement, on vit un changement de monde. On le vit brutalement. On voit le retour des impérialismes et on voit un désordre économique mondial.
Merci beaucoup, Jean-Raphaël Zerd, d'être intervenu dans notre émission. Je rappelle que vous êtes président d'Aviation sans frontières. Vincent Capocanales, on finit par un mot sur les élections municipales. On est à deux jours du premier tour. Qu'est-ce que vous retenez de cette campagne de premier tour ? Peut-être une forme de tension, de violence dans la campagne, notamment dans certaines villes ?
Alors, ce sont des campagnes locales et on revient sur des sujets qui sont d'intérêt local, les services publics, la sécurité, le vivre ensemble, des projets de territoire. Et c'est le cœur battant de la démocratie et c'est l'endroit, la commune, où on mène des projets concrets pour les gens. Quand on parle de médiathèque, quand on parle de crèche, quand on parle d'équipement public, de voirie, ça parle à nos concitoyens. Moi, ce que je souhaite, c'est que tout le monde puisse s'exprimer. Et j'ai une pensée pour les candidats, pour les élus locaux aussi, qui sont sur le front du quotidien dans ce monde si compliqué.
Alors, malheureusement, il y a des dérits dans les campagnes et il faut évidemment les dénoncer. Il y a un changement un peu de paradigme, comme on dit aujourd'hui, à savoir qu'avec les réseaux sociaux, il y a une forme parfois de libération, de pulsion. Ceux qui étaient avant dans le café du commerce, on le retrouve sur des réseaux sociaux, ça c'est particulièrement condamnable. et pour autant, on a aussi des gens qui donnent de leur temps, qui se dévouent. Moi, je crois qu'il faut voter pour les candidats qui sont sur le terrain, qui pensent à la ville, qui pensent à l'intérêt de la ville, à l'intérêt général.
Et on a vraiment besoin aujourd'hui, dans un monde si bouleversé, d'avoir des acteurs locaux qui soient responsables, dont la parole compte et est crédible. Et c'est pour cela qu'il faut voter.
Un mot sur l'enjeu pour votre camp, le bloc central, finalement, il a quand même quelques villes à perdre, avec des villes qui sont quand même dirigées par le bloc central, notamment pour le parti d'Edouard Philippe, mais également pour le parti UDI, votre parti. Voilà, vous craignez des pertes de villes ?
On a beaucoup d'élus locaux qui sont sur le terrain, qui ont, je suis mis au corps, le service de la population. Et je pense que leur travail va être reconnu et c'est une phase importante. Voilà, on avait eu plutôt un bon cru la dernière fois. Donc, on a cœur de défendre le travail qui a été mené. Moi, j'ai confiance, ma préoccupation est plutôt sur le système d'alliance après au deuxième tour. Il faudra aussi être responsable dans certaines grandes villes pour que chacun crée les conditions du succès.
Et c'est ça qui va être déterminant parce qu'après, il y aura d'autres échéances derrière, mais cette échéance municipale, elle mérite qu'on soit tous unis et les extrêmes doivent être combattues. Elle est finie d'un côté, le RN de l'autre.
Et cette soirée du premier tour d'élection municipale sera à suivre sur notre antenne sur le canal 8 de la TNT pour une soirée spéciale dimanche à partir de 19h30 et puis lundi matin avec une matinale spéciale et Orianne Mancini et tous nos partenaires de la presse locale pour analyser ces résultats. Merci beaucoup Vincent Capocanelles d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Vincent Capo-canellas