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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 31 août 2024 9 min

La fin de 50 jours d’attente insoutenable ? Marc Ferracci est l’invité du 31 août 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Et j'accueille donc Marc Ferracci. Bonjour à vous, monsieur Ferracci. Et bienvenue dans ce cadre qui célèbre les Jeux Paralympiques. Alors les Jeux Paralympiques, c'est une compétition dont on connaît l'heure, on connaît les médaillés. Ça fait quand même une grande différence avec l'attente du Premier ministre. Ça fait maintenant 50 jours, plus de 50 jours, que les élections ont eu lieu. Et on ne sait toujours pas. Vous qui êtes donc, je le disais, un dirigeant du groupe Ensemble pour la République, mais aussi, on le sait moins, mais vous êtes un proche du Président de la République.

Est-ce que vous pouvez nous dire si on va enfin avoir la fumée blanche ce week-end et connaître le nom du Premier ministre ?

0:47
Marc Ferracci

Écoutez, ce week-end, je ne sais pas, mais en tout cas, la décision est imminente. Vous l'avez dit, il y a eu une trêve olympique, paralympique, qui a justifié aussi qu'on prenne un petit peu de temps. Et puis, on a besoin de prendre du temps aussi parce qu'on doit trouver la personne idoine, c'est-à-dire la personne qui permettra de donner à notre pays de la stabilité. La stabilité, ça veut dire, très concrètement, ne pas se faire censurer par l'Assemblée nationale. On sait que la candidate du nouveau Front populaire, Lucie Castet, présentait toutes les caractéristiques de quelqu'un qui allait se faire censurer très vite.

Le gouvernement prend le temps de trouver quelqu'un qui ne sera pas dans cette situation-là.

1:18
Présentateur

Est-ce que le Président n'a pas un petit peu outrepassé son rôle ? Vous dites vous-même, Lucie Castet allait se faire censurer très vite, mais en fait, c'était à l'Assemblée de le faire et non au Président de le faire a priori et avant même de façon préventive. Est-ce qu'il est resté dans son rôle constitutionnel, selon vous ?

1:35
Marc Ferracci

Tout à fait, parce que la Constitution prévoit deux choses. D'abord, que le Président nomme le Premier ministre et il le nomme, au fond, comme il l'entend le faire, afin d'assurer, et c'est un autre élément que la Constitution lui demande, afin d'assurer la continuité de l'État, la continuité des services publics. Qui dit continuité, dit stabilité. Si vous nommez quelqu'un qui se fait censurer tout de suite...

1:57
Présentateur

Mais comment c'est à l'avance ? Excusez-moi de vous couper, M. Castet.

1:59
Marc Ferracci

Eh bien, parce qu'il y a eu des consultations auprès des principaux leaders politiques, auprès des principaux groupes politiques, et ces consultations ont amené à la conclusion qu'une grande majorité de députés allaient voter contre ce gouvernement, et surtout contre le programme du nouveau Front populaire. C'est l'élément le plus important.

2:16
Présentateur

C'est ce que vous répondez, par exemple, à François Hollande, un ancien président de la République, excusez du peu, qui a parlé de faute institutionnelle en parlant de la décision avouée du Président Macron de ne pas nommer Lucie Castel.

2:29
Marc Ferracci

Écoutez, moi, je ne partage pas cette approche et cette expression de faute institutionnelle, parce que si je lis bien ma Constitution, eh bien, je lis, dans l'article 5, pour être précis, que le Président est garant de la continuité des services publics, et au fond, d'une certaine forme de stabilité, ça suppose de prendre le temps de nommer quelqu'un qui ne soit pas censuré.

2:45
Présentateur

Et la comparaison avec les Rois de France, avec Patrice de MacMahon, ce président de la Troisième République à qui l'on avait demandé de se soumettre ou de se démettre, il y a des personnalités à gauche, il y a aussi des constitutionnalistes qui soulèvent ce point, qu'est-ce que cela vous inspire ?

2:59
Marc Ferracci

Ça m'inspire, au fond, un peu d'écume, c'est l'écume du débat politique, du débat médiatique. Vous savez, quand, dans quelques heures, dans quelques jours, le Premier ministre sera nommé, on passera à autre chose. On passera, au fond, à ce qu'attendent les Français, c'est-à-dire qu'on se préoccupe de leurs problèmes très concrets, le logement, la santé, le pouvoir d'achat. Je pense que toute cette polémique sera derrière nous.

3:20
Présentateur

Les Français n'en veulent pas au Président de prendre son temps lorsque la France insoumise agite des menaces de destitution. Pour vous, je reprends votre expression, c'est de l'écume ?

3:30
Marc Ferracci

Vous savez, la destitution, c'est prévu par notre Constitution, son article 68. C'est quelque chose d'extrêmement grave. Aujourd'hui, nous sommes dans un processus et un contexte qui est effectivement exceptionnel. On n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale. Aucun des groupes n'a gagné la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Mais nous ne sommes pas dans une situation insurrectionnelle. Le pays n'est pas dans une situation de conflit. Et le Président est dans son rôle, encore une fois, en prenant le temps de nommer un Premier ministre. Donc cette histoire de destitution, c'est un chiffon rouge qui est très agité par la France insoumise.

Mais même, même les allées de la France insoumise au sein du Nouveau Front Populaire et le Parti Socialiste en particulier n'en veulent pas. Vous qui le connaissez bien, le Président, vous pensez qu'il a pris maintenant sa décision ? Je pense qu'il est très proche de l'avoir prise. Et en tout état de cause, il a besoin de la prendre. Il a besoin aussi de l'expliquer, je pense. Et il y aura probablement une prise de parole du Président pour expliquer aux Français pourquoi ça a duré et vers où nous allons.

4:25
Présentateur

Alors vers où nous allons ? Le nom qui revient le plus souvent pour l'instant, c'est celui de Bernard Cazeneuve qui a été Premier ministre et le dernier Premier ministre de François Hollande, un socialiste en rupture de banc avec son ancien parti. Vous dites vous aussi que c'est le favori pour Matignon ?

4:37
Marc Ferracci

En tout cas, c'est quelqu'un dont le nom revient beaucoup pour deux raisons, je pense. D'abord parce qu'il marquerait la prise en compte du fait que les Français veulent du changement. Et il faut le dire et le redire, la majorité sortante a perdu les élections. Et donc il faut que ce changement s'incarne. Et M. Cazeneuve est issu de la gauche, il incarne une forme de changement. Et puis la deuxième raison, c'est qu'il a aussi, en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur, affirmé un certain nombre de positions, de fermeté sur le volet régalien, sur l'ordre public, sur l'universalisme républicain.

Et ça, c'est quelque chose qui peut aussi parler à une sensibilité qui est plus une sensibilité de droite. Donc peut-être que c'est la bonne personne, je ne sais pas le dire.

5:15
Présentateur

Mais avec quelle majorité gouvernerait-il M. Ferracci, Bernard Cazeneuve ? Il y aurait effectivement votre groupe, enfin vos groupes du bloc du centre. Mais ensuite, les socialistes n'en veulent pas, la droite a priori ne voterait pas pour lui.

5:28
Marc Ferracci

D'abord, les socialistes sont divisés sur ce sujet. Il y a une partie des socialistes. Une partie des socialistes, je pense, verrait cette hypothèse d'un bon oeil. Encore une fois, je ne dis pas que ce sera le choix de présence. Je pense qu'une partie de la droite républicaine pourrait vivre avec un candidat de ce type. Je ne dis pas Bernard Cazeneuve, ce ne sera pas forcément lui, mais de ce type. Et ensuite, le sujet, c'est est-ce que l'esprit de responsabilité va prévaloir ? Est-ce que les députés de la droite républicaine, de la gauche républicaine, et évidemment du bloc central auquel j'appartiens, vont se mettre ensemble pour faire adopter des textes ?

Encore une fois, sur des choses très concrètes, je pense qu'il faut qu'on revienne à des choses très concrètes. Il y a une attente sur le pouvoir d'achat. Qu'est-ce qu'on fait sur le pouvoir d'achat ? Qu'est-ce qu'on fait pour que les salaires augmentent ? Nous, nous avons des propositions.

6:10
Présentateur

Mais les autres n'ont aussi, M. Ferragi. Bien sûr. Est-ce qu'il n'y aura pas une majorité contre vous ? C'est ça la question ?

6:14
Marc Ferracci

Justement, vous avez posé la bonne question et la bonne équation. La question, c'est de ne pas avoir une majorité contre soi dans ce contexte politique très compliqué. C'est de ne pas avoir 289 députés qui votent la censure d'un gouvernement. Et ça, je pense qu'on peut y arriver, à la fois en ayant un gouvernement qui mêle des ministres de la droite républicaine, de la gauche républicaine et peut-être également du bloc central.

6:34
Présentateur

C'est-à-dire que vous voulez rester, vous, ex-majorité, dans ce gouvernement alors que vous avez été battu en juillet dernier ?

6:40
Marc Ferracci

Je pense que si on parle de coalition, ça suppose qu'il y a des sensibilités diverses. Mais en revanche, il ne peut pas y avoir un Premier ministre issu du bloc central. C'est une absolue certitude. Parce que ça, les Français ne le comprendraient pas.

6:52
Présentateur

Il faut du changement. Et un Premier ministre de droite, comme le suggère Nicolas Sarkozy dans une interview au Figaro, il dit que c'est la droite qui devrait tendre la main et proposer un nom pour Matignon.

7:02
Marc Ferracci

Je pense que c'est aussi une hypothèse. La droite doit accepter de gouverner. D'abord parce que l'esprit de responsabilité doit prévaloir. Le pays a besoin de stabilité. Et puis aussi parce que c'est un honneur de gouverner la France. Vous savez, vous me faites l'honneur de me recevoir au pied de l'arc de triomphe parce qu'on a un contexte exceptionnel qui est celui des JO et des Jeux Paralympiques. Ça nous dit aussi que notre pays est capable de choses extraordinaires. Et donc on doit aussi avoir une forme d'enthousiasme à servir les Français dans ce contexte-là. On est capable de faire des choses extraordinaires.

Donc moi, j'invite tous les Républicains sincères, de droite et de gauche, à participer au gouvernement et surtout à se mettre autour de la table pour définir une feuille de route et un projet qui convienne aux aspirations des Français.

7:40
Présentateur

Et ce projet, donc, si je vous ai bien compris, Emmanuel Macron va l'annoncer sans doute dans les prochaines heures. Et vous dites qu'il a, très probablement, et vous le connaissez bien, pris sa décision maintenant.

7:50
Marc Ferracci

Je pense que la décision est très proche d'être prise. Je vais me répéter. Je suis désolé de me répéter. Non, je vous en prie. Parce que je ne vais pas préempter à la fois le calendrier, le timing de l'annonce du président. Mais il est possible qu'on sache ce week-end. Mais en tout état de cause, on a besoin d'aller très vite. Aussi parce qu'on a besoin d'être sur la table un budget pour le Parlement. Ça, c'est très important.

8:07
Présentateur

Merci beaucoup, Marc Ferraci. Merci à vous. C'est donc la fin de ces 4 vérités ce matin. C'est la suite de Télématin après cette courte pause publicitaire. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.