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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 2 avril 2025 39 min

Inéligibilité de Marine Le Pen : le RN sans candidat ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Je vois Jordan Bardella qui au dernier moment annule son TGV, impression de tracte en dernière minute et cetera et il m'a répondu, vous savez, la question était tabou. Il m'a dit il était impossible en réunion de travail avec Marine Le Pen d'évoquer une possible condamnation. Marine Le Pen est un petit peu l'âme dirigeante du parti depuis des années.

Le grand remplaçant reste sur le banc pour l'instant. Il est pas encore sur le terrain de la présidentielle. Euh finalement, il a été candidat putatif 24 heures à peine.

Je pense que vraiment c'est une décision historique parce qu'on voit bien qu'on est dans un processus réel de normalisation, c'est-à-dire d'encadrement juridique de la vie politique et donc de professionnalisation mais de professionnalisation réglementée de la vie politique, ce qui n'était pas le cas avant. Vous avez une forme de je dirais de décadence ou de déclin de la classe politique aussi. Mais en même temps, c'est un bon signe.

Ça veut dire que la justice fait son travail. Il n'aurait que quelques mois pour se pour se préparer en vue de de 2027. Euh c'est pas un cadeau qui est en train de faire Marine Le Pen à Jordan Bardella, ça c'est clair.

Je rappelle que quand même quand la loi Sapin 2 est passée, je crois me souvenir que Marine Le Pen plaidait pour une inéligibilité à vie des élus condamnés. Que s'est-il passé ? Et bien Marine Le Pen a été déclarée inéligible et depuis lors elle mobilise ses soutiens contre ce qu'elle appelle une ingérence des magistrats dans l'élection présidentielle.

Elle a lancé donc explique le monde une guerria médiatique qui a pour effet dit toujours le monde de détourner les regards du fond du dossier et on a également appris qu'elle aurait droit à un procès en appel au printemps 2026. Bonjour Luc Rouan. Bonjour.

Vous êtes politiste, vous avez beaucoup étudié notamment le vote pour le Rassemblement national. Qu'est-ce que ça change cet appel au printemps 2026 ? Sur le fond, ça ne change pas grand-chose.

À la limite, ça peut aggraver la situation parce que dans le fond, effectivement, l'appel est supposé pour les requérants annuler les sanctions et revenir sur la décision de fond. Euh c'est pas du tout certain hein. Je dirais même la probabilité est beaucoup plus grande que euh la décision du fond soit confirmée.

Peut-être une suppression de l'exécution provisoire d'inéligibilité. Ça change quand même beaucoup de choses. Ça changerait des choses mais on ne sait pas ce que sera la décision de de la Cour d'appel concernant par exemple les sanction pénales notamment la prise en ferme.

Donc si par exemple en juin juillet 2026 Marine Le Pen est tout redevient éligible mais qu'elle est toujours condamnée à la prison ferme avec bracelet électronique à la maison par exemple pour un an, elle pourra pas faire la campagne électorale. Donc c'est pas évident. ne pourrait-elle pas elle ne serait pas ça serait compliqué quand même d'être chez soi avec un bracelet électronique pour aller dans les meeting et pour aller circuler à droite à gauche et faire la campagne.

Ça me paraît un peu un peu contraire au aux règles de droit pénal si vous voulez. Joe Aiden, on s'en souvient par exemple à l'époque du Covid, c'était une autre époque faisait campagne en visio depuis le garage de sa maison. Alors, Donald Trump ironisait à cet égard sur l'attitude de de Joe Biden, mais il avait été élu.

Oui, certes, mais enfin bon, là, c'est vrai que c'est quand même un coup très dur et c'est vrai que ça va compliquer énormément la campagne du Rassemblement national et surtout ça va poser la question de savoir si il serait pas préférable pour eux de mettre en avant tout de suite Jordan Bardella parce que c'est ça la question aussi qui va se poser très rapidement. Euh dans le fond euh c'est vrai que c'est un parti qui vit si si vous voulez Marine Le Pen est un petit peu l'âme dirigeante du parti depuis des années. qui a orchestré la transformation du parti qui l'a sorti de la périphérie qui était celle du du Front National vers un parti je dirais qui a élargi son électorat beaucoup plus je dirais avec des propositions plus sociales avec même si on peut les contester évidemment mais qui est sorti de de du néolibéralisme de l'ancien fond national qui a abandonné le frexite qui voilà donc il y a toute une évolution idéologique qu'on lui doit c'est vrai que c'est la force d'impulsion du parti.

Donc c'est un parti très vertical, très concentré sur sa patronne, elle est affaiblie et c'est vrai que ça peut considérablement déstabiliser le fonctionnement de ce parti, peut-être susciter aussi d'autres ambitions autour d'elle parce que effectivement Jordan Bardella est en première ligne. Il est d'ailleurs, je dirais assez fortement soutenu dans l'opinion de droite et d'extrême droite et a parfois même une meilleure image de de Marc que Marine Le Pen. Effectivement, il y a la solution Jordan Mardella.

Peut-être que d'autres vont penser que ils offriraient une meilleure solution encore, mais c'est vrai que la situation va être franchement déstabilisée et ça va être très difficile pour eux d'organiser la campagne. Si l'on en croit le le canard enchaîné, je cite le canard, elle ne s'attendait pas à ça, aurait-elle confessé. On on avait l'impression que euh effectivement du fait euh de la réponse à une QPC, enfin on pensait que l'exécution provisoire ne serait pas déclarée et bon finalement elle a été euh invoquée par les juges.

Est-ce que vous avez-vous aussi l'impression que du côté du RN, on avait pas préparé cette condamnation, cette sentence là ? Je pense que c'est une surprise. Je pense que c'est une surprise qui s'est d'ailleurs traduite par le fait que Marine Le Pen a quitté la salle d'audience avant même l'énoncé du verdict.

Donc, elle a bien vu que la situation était beaucoup plus grave que prévue. Je ne sais pas si sa défense a été franchement à la hauteur. Bon, ça on peut en discuter.

Mais c'est vrai que sur le fond, je pense qu'il s'attendait dans le fond à une forme de mensuétude. Finalement, il joue sur cette normalité du monde politique qui fait que dans le fond, on est un petit peu dans l'entreoi. Il y aurait peut-être eu bon une sanction symbolique, mais bon, c'était pas bien méchant et puis ça les empêchait pas de continuer comme avant.

Et là non, là je pense qu'il y a eu un coup d'arrêt et je pense que vraiment c'est une décision historique parce qu'on voit bien qu'on est dans un processus réel de normalisation, c'est-à-dire d'encadrement juridique de la vie politique et donc de professionnalisation mais de professionnalisation réglementée de la vie politique, ce qui n'était pas le cas avant. Donc là, je pense que c'est vraiment un tournant. Alors, parmi les déclarations de Marine Le Pen, il y en a une qui a fait beaucoup parler et elle a déclaré "Le système a sorti la bombe nucléaire car nous sommes sur le point de gagner.

Ils nous ont volé les législatives mais on ne se laissera pas voler la présidentielle." Oui. Alors ça c'est on pourrait dire bon c'est un peu l'argument populiste des juges politisés contre la volonté du peuple.

D'ailleurs, on a vu un peu l'international populiste se se mobiliser pour défendre Marine Le Pen, de Poutine à Trump en passant par Orban et cetera. Mais si vous voulez sur le fond, je pense que vraiment euh là on est dans une situation nouvelle où euh la la classe politique si si vous voulez le le RN est piégé par son propre processus de normalisation. C'est-à-dire que à la fois ils ont voulu se normaliser.

Bah dans ce dans ce cas-là, il faut il faut jouer bah il faut jouer le jeu des normes. Et puis vous savez, vous avez aussi autre chose, c'est-à-dire que dans le fond euh le RN se retrouve dans une situation où il était un peu en périphérie, il était un peu le chevalier blanc, il critiquait tous les autres partis politiques et dans le fond tous les arguments qu'il a utilisé pendant des années qui qui ont fait son succès finalement auprès de l'électorat se sont retournés contre lui. C'est-à-dire bah voilà, la justice est trop laxiste avec les délinquents, notamment ceux qui jouent avec les fonds publics.

Le monde politique est professionnel, il y a des arrangements de l'autre soi, il s'occupe pas des Français. Et là, qu'est-ce qu'on a ? Bah, on a quelqu'un qui dit "Bah voilà, je parle de ma carrière, je parle de mes ambitions élyséennes.

Voilà, on se retrouve donc il se retrouve un peu piégé." Et je rappelle que euh dans cette, si vous voulez, dans ce combat à la fois médiatique et rétorique, je rappelle que quand même quand la loi Sapin 2 est passée, je crois me souvenir que Marine Le Pen plaidait pour une inéligibilité à vie des élus condamnés. Alors, il aurait peut-être fallu l'entendre, je ne sais pas, mais si on l'avait entendu euh elle aurait été encore plus piégée, je pense.

Ou alors c'est utilisé par de méchants esprits, ce que vous venez de dire Luc Rouan. Mais en tout cas, ce que l'on se dit, c'est qu'il y a une décision importante prise par les juges. Est-ce que ce discours contre le gouvernement des juges, les juges qui n'ont pas seulement du pouvoir mais sont même tyranniques, est-ce que ce discours, il tient selon vous ?

Alors écoutez, il tient devant qui ? Alors ça c'est le problème de de l'auditoire de Yanx si vous voulez c'est que auprès de l'opinion je ne suis pas certain que ce discours tienne beaucoup parce que vous avez dans l'opinion française et on le voit bien dans les tous les travaux qu'on mène vous avez une demande d'autorité extrêmement forte notamment chez les plus modestes he vous avez une demande d'autorité vous avez une demande d'efficacité vous avez une demande de je dirais bah de respect de la norme hein ça c'est vraiment à l'origine de la satisfaction démocratique actuelle et et donc dans l'électorat même de Marie Le Pen, vous allez avoir alors il faudra bien sûr l'étudier mais vous allez avoir des je dirais des déceptions, vous allez avoir des interrogations parce que vous savez si on on condamne par exemple le fait que de petits délinquants soient pas vraiment poursuivis enfin soit poursuivi mais pas vraiment sanctionné euh vous pouvez pas vous voyez vous pouvez pas à la fois jouer il faut que tout le monde soit égalité mais en même temps il y en a d'autres qui sont plus égaux que d'autres. Donc là, ils sont un peu piégés dans cette situation et dans cette, je dirais, dans cette équité, dans ce problème de l'équité normative.

Et je pense que vraiment euh là, on touche le le cœur du problème. C'est-à-dire qu'effectivement euh vous avez euh alors bien sûr, on peut toujours condamner les juges, mais les juges, il travaillent à partir de euh d'un texte de loi qui a été voté à l'unanimité. Et je rappelle par ailleurs que dans ce processus de réelle normalisation de la vie politique, vous avez eu aussi des lois plus récentes comme celle de mars 2024 qui protègent aussi les élus par ailleurs contre les agressions qui leur permettent par exemple de se constituer plus facilement notamment les élus locaux partis civil et leurs familles et cetera en cas d'agression qui aggravent les peines pénales et cetera.

Donc il faut pas il faut sortir de cette vision du juge contre le monde politique parce que dans bien des cas les juges ont protégé aussi les élus notamment au niveau local. Donc vous voyez, il y a il faut quand même prendre en considération l'ensemble de l'évolution du droit, je dirais, de la vie politique aujourd'hui et de pas uniquement se focaliser sur le fait bah que tout simplement on a appliqué certes de manière très sévère et pour certains de manière injuste des normes qui étaient réclamées par tout le monde il y a encore quelques années. Mais même la France a soumise à protester Lucrouan en disant que cela aurait dû être laissé à l'appréciation du peuple.

Oui, mais alors vous savez si on commence à considérer que le peuple est un tribunal, on sait très bien à quoi ça ça ça mène, hein. Vous savez donc ça mène à quoi ? Et ben ça mène et ben ça mène au comité de salut publique, ça amène aux tricoteuses et ça mène à la place de la révolution et aux charrettes.

On sait très bien comment ça s'est passé en 93-94. Mais alors pourquoi pourquoi la France insoumise ? Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il invoqué cet argument ?

Ah ben de toute façon euh si vous voulez, ça fait partie euh d'une d'un argumentaire de critique de la démocratie représentative euh d'une volonté de mettre en avant une démocratie directe à tous les niveaux et bien sûr d'une forme de populisme de gauche qui consiste à donner tout le pouvoir au peuple en toute circonstan sur tous les sujets. Donc ça c'est un peu on retrouve évidemment toutes cette racines dans cette cette ce fil de intellectuel dans par exemple une partie du mouvement des gilets jaunes sur le le référendum d'initiative citoyenne sur le contrôle permanent du peuple sur toute activité politique par exemple la révocation des élus c'est quelque chose qui que le le la France insoumise a toujours réclamé donc effectivement vous avez une mise en cause de la démocratie représentative mais ça c'est c'est une position idéologique qui est la leure qui est forte qui peut se défendre. Mais c'est vrai que ça permet aussi de cacher un fait un fait important enfin je veux dire une je dirais une conception de la démocratie représentative qui dans le fond a toujours cette cette démocratie a toujours été limitée hein.

Elle a toujours été limitée juridiquement. Je reviens sur l'histoire. Effectivement, on va nous dire mais c'est scandaleux euh c'est au peuple de décider de de qui va être va être candidat.

Mais en fait, l'électeur choisit entre des candidats, mais le l'électeur ne choisit jamais le candidat, hein. Je rappelle que par exemple pour l'élection présidentielle euh pour candidater, il faut avoir 500 signatures. Et il y a beaucoup de petits candidats qui n'arrivent pas à avoir et pas si petits que ça, qui sont soutenus par une partie importante de la population qui n'arrivent pas à avoir leur 500 signatures et qui ne peuvent pas se présenter.

Bon, et c'est aussi la démocratie représentative, elle est aussi limitée sur le plan sociologique. C'est-à-dire qu'au-delà du droit, on sait très bien que dans le phénomène, enfin dans le mécanisme de la représentation, vous avez en fait des mandants d'un côté et des mandataires en quelque sorte entre guillemets sociaux je reprends le droit privé mais dans ces mandataires doivent plus ou moins appartenir à l'élite parce qu'on sait bien qu'il y a un transfert de compétences, c'est-à-dire il y a délégation de compétences pour traiter des affaires économiques, internationales, de sujets complexes et que là il faut des gens compéts, sérieux, plus ou moins experts. et qui pendant très longtemps on fait partie de la notabilité, hein.

Donc voyez, la démocratie représentative, ça jamais été une démocratie absolue. A toujours été encadré par le droit. Et là effectivement, on oublie tout cette tout cet argument, on oublie toutes ces dimensions limitées et relatives de la démocratie représentative et que bon, elle soit aussi limitée aujourd'hui par des normes qui en serrent la la professionnalisation du politique.

À mon avis, ça me paraît tout à fait tout à fait dans dans une évolution qui dans le fond banalise aussi le statut de l'élu et le transforme en professionnel ordinaire. Bon, on ne sait pas si Marine Le Pen portera ou non un bracelet électronique puisqu'il y a donc cet appel. Mais ça commence à faire beaucoup d'hommes politiques, d'hommes de femmes politiques qui ont un bracelet électronique Lucrouan.

Oui. Bon ben écoutez, c'est vrai que vous avez une forme de je dirais de décadence ou de déclin de la classe politique aussi mais en même temps c'est un bon signe. Ça veut dire que la justice fait son travail il y a pas si longtemps.

Vous savez quand même, il faut quand même rappeler aussi que pendant très longtemps, on était dans un monde d'arrangement. Vous savez, il y avait les liaisons dangereuses du temps de François Mitteran avec des hommes d'affaires pas pas toujours très nets, hein. Des gens qui commençaient à employer de bureau, qui finissaient par s'acheter des châteaux.

On se demande comment. Euh vous avez aussi toutes les affaires autour de Jacques Chirac. Euh voilà, la mairie de Paris.

Bon, mais on était dans l'entre soi, c'est-à-dire une espèce de voilà d'omerta un peu tranquille. On savait bien que bon, on fltait avec la ligne rouge ou la ligne jaune. Enfin, ça dépend la couleur.

Mais bon, voilà. Et là, c'est terminé. Et c'est vrai que vous avez un déclin social en fait du statut de l'élu aujourd'hui et qui est considéré comme un citoyen ordinaire.

Mais après tout, c'est ce que réclame le RN depuis très longtemps. Citoyen ordinaire, mais apparemment un citoyen ordinaire qui peut-être pour certains d'entre eux bien sûr ont plus fauté que d'autres. Alors certains ont peut-être plus fauté que d'autres mais je remarque que quand même d'après la magistrature, on a quand même accéléré le délai d'appel pour Marine Le Pen parce que la situation était particulière.

Donc, on voit bien que euh si vous voulez, il garde quand même un certain nombre de privilèges aussi vis-à-vis de la justice. Il est pas certain que pour un citoyen ordinaire, on est accélérer euh le euh les délais, on est raccourci les délais d'appel comme c'est le cas. Les matins de France Culture, Guillaume Erner, nos invités Pierre Stéphane Fort journaliste d'investigation, vous avez publié une biographie de Jordane Bardella le grand remplaçant aux éditions Studio Fact.

Luc Rouban, vous êtes directeur de recherche au CNRS. Mon camarade Jean les Marie vient de rappeler cette forme de trompisation de Marine Le Pen avec ces juges qui sont perçus comme étant politisé pour 68 % des personnes interrogées. Donc il n'y a pas que Marine Le Pen qui le pense.

Ah oui, certainement. C'est c'est dans le fond la caractéristique qui est attribuée à la justice essentiellement par les électorats de droite et d'extrême droite, hein, c'est beaucoup moins vrai pour les électorats macronistes, centristes ou de gauche. Mais c'est vrai que c'est toujours le procès du juge de gauche.

Bon, qui a été alimenté, c'est vrai, par toutes les polémiques retourant le le syndicat de la magistrature, notamment le mur des con et cetera. Voilà. Voilà.

Donc mur des cons. Donc voilà, il y a des il y a eu quand même pas mal de de bruit autour de ça. Mais si vous voulez euh je pense que derrière tout ça euh vous avez effectivement ils sont pris effectivement comme le disait très bien Jean les Marie, ils sont pris dans des contradictions terribles parce que si la justice doit être la même pour tous, bon bah elle est appliquée.

Voilà. Bon sinon bah voilà. Donc vous avez si vous voulez une espèce de de surgissement de toujours de cette idée selon laquelle bah le monde politique est différent.

Voilà, il faut être il faut être tolérant, il faut être on on c'est particulier. Voilà, on a été élu, c'est particulier. Or, je dirais d'un point de vue historique et sociologique, vous avez une désacralisation de l'élu maintenant aujourd'hui.

Et peut-être que ce que c'est que que le problème si vous voulez de fond, c'est dans le fond le décentrement du regard des électeurs. Moi, je regarde simplement un sondage récent, je crois qui a été fait pour une une chaîne d'information continue. Je crois que c'est BFM et je sais pas simplement quelques informations mais on demandait au aux enquêtés dans le fond quelle était leur position vis-à-vis de cette de cette condamnation.

Alors il y a 42 % qui disaient oui je suis d'accord c'est bien. 29 % qui disaient bah je suis contre. Mais le 3ème chiffre est très intéressant 29 % était indifférent.

Ça c'est très intéressant. Vous avez le tiers des enquiétés qui disent finalement je ça m'intéresse pas, je m'en moque. Et ça si vous voulez ça vient confirmer d'autres tendances qu'on voit notamment dans les travaux qu'on mène, c'est-à-dire une mise à distance du politique, une espèce d'inquiétude mais je dirais d'indifférence, de rejet qui n'est même plus de la méfiance qui est une forme de oui de je dirais de contournement hein. politique n'étant plus au centre de la vie sociale de des Français avec un recentrement sur la vie privée, sur l'entreprise, sur d'autres secteurs d'activité et là je crois qu'il y a un une évolution de fonds qui est en train de se produire où dans le fond cette centralité du politique est en train de disparaître.

Pierre Stéphane Fort bien entendu, la condamnation de Marine Le Pen, même si aujourd'hui il y a appel en 2026 pourrait laisser un espace politique à Jordan Bardella. Est-ce qu'il serait parti d'ailleurs trop vite ? Bah le grand remplaçant reste sur le banc pour l'instant.

Il est pas encore sur le terrain de la présidentielle. Euh finalement, il a été candidat putatif 24 heures à peine. Euh j'entendais ce matin monsieur Chenu sur sur France Inter qui disait "Une candidature Bardella en 2027, on n'est pas là-dedans." Et ça c'est déjà en fait le l'élément de langage qui est qui est répercuté un petit peu partout sur les plateaux.

C'est-à-dire Marine Le Pen va se battre jusqu'au bout, elle va dérouler toutes les possibilités judiciaires pour tenter de se présenter en 2027. Je dirais que c'est une stratégie à double tranchant parce que si à l'été 2026 Marine Le Pen était à nouveau condamné dans les mêmes terme et qu'elle était empêchée de se présenter en 2027, Jordane Bardella aurait très peu de temps pour se préparer à la présidentielle de 2027. L'un des l'un des principaux handicaps de Jordan Bardela aujourd'hui, c'est qu'il n'a pas de stature internationale et ça c'est important pour incarner évidemment une une présidentielle.

Il est allé en Israël. Il est il est allé en Israël, c'était un peu court. Et il aura finalement que quelques mois s'il devait Mais le chemin a été long.

Oui, le chemin a été long effectivement. Euh il n'aurait que quelques mois pour se pour se préparer en vue de de 2027. C'est pas un cadeau qui est en train de faire Marine Le Pen à Jordan Bardella, ça c'est clair.

Et puis pourquoi pourquoi fait-elle cela ? Parce qu'elle pense qu'elle va trouver une solution. parce qu'elle ne veut pas bien que sa place elle qu'elle convoitait soit occupée d'ors et déjà par Jordan Bardella.

Il est bien difficile de passer la main manifestement du côté de Marine Le Pen, même si elle a tout fait pour mettre en orbite Jordan Bardella pour en faire son plan B. Aujourd'hui, elle est pas du tout prête à laisser la place, c'est clair parce que c'était déjà le but. Dès qu'elle a su qu'elle aurait ce procès, on a pu dire qu'elle savait qu'elle risquait d'être condamnée et qu'il fallait donc Bien sûr, bien sûr.

L'instruction a duré 10 ans dans la dans l'affaire des assistants au Parlement européen. Elle a eu le temps de faire monter un duphin. Elle en avait besoin et puis il y avait d'autres affaires aussi au Rassemblement national ou au Front National.

Donc elle avait besoin d'un dauphin. Bah je pense notamment au financement des kits de campagne voilà dans dans lequel le parti a été condamné. Euh, elle avait besoin de faire monter un dauphin, un plan B, mais manifestement, elle veut pas elle veut passer la main pour l'instant.

Euh, je je discutais lundi soir avec un cadre du Rassemblement national, j'étais extrêmement surpris par en fait l'amateurisme, en tout cas l'improvisation suite à la condamnation de de Marine Le Pen, comme si personne au Rassemblement national n'avait anticipé cette condamnation. Pourtant, les journalistes dont moi l'interroge depuis plus de 2 ans déjà sur cette question. C'est ce que semble dire le le canard enchaîné, qu'elle n'était pas et et et je et ce cadre frontiste euh je lui dis "Mais vous étiez pas préparés ?" Enfin, je vois Jordan Bardella qui au dernier moment annule son TGV euh impression de tracte en dernière minute et cetera et il m'a répondu, vous savez, la question était tabou.

Il m'a dit "Il était impossible en réunion de travail avec Marine Le Pen d'évoquer une possible condamnation." Donc en fait, il y a quand même eu un dénif et chez Marine Le Pen, j'en ai marie. Et là, ce tabou est tombé.

Si je peux compléter ce que vous vous disiez, il est tombé. Et ça veut dire très concrètement que le Rassemblement national dans les prochains mois, au moins jusqu'au procès en appel, va devoir vivre avec ces deux scénarios. Le scénario d'une candidature de Marine Le Pen si elle était finalement relaxée, je dis bien si et évidemment tout de même le scénario d'une candidature du plan B comme Bardella.

Comment le parti peut-il traverser une période avec deux candidats putatifs ? La candidate naturelle, déjà trois fois candidate, qui se prépare depuis des années et celui qui attend son heure ? Ça ça va être une une question et un grand facteur de déstabilisation à l'intérieur même du Rassemblement national.

Lucrou ? Ah oui, absolument. C'est-à-dire qu'en fait le processus de normalisation du parti impliquerait logiquement à terme une délopénisation du parti.

C'est-à-dire qu'on tourne définitivement la page sur la famille Le Pen après la disparition du père fondateur. On aurait la disparition politique, je dirais, de de de son de sa leader centrale. Mais c'est vrai que cette personnalisation très forte au sommet qui a été un atout pour eux peut devenir maintenant un handicap.

Et peut-être que certains dans son entourage ont commencé à considérer que dans le fond on est passé d'un je dirais d'un avantage effectivement à que Marine Le Pen est devenu un inconvénient et un problème plus qu'une solution et là effectivement les choses peuvent se retourner. D'autant plus que la stratégie de normalisation, de dédiabolisation dont vous parliez, l'embourgeoisement, si j'ose dire, à l'Assemblée nationale, la stratégie de la cravate, elle est en train de voler en éclat du RN, elle est elle est brouillée désormais de depuis 24 ans par la dédiabolisation puis par la rediabolisation. Bah oui, on voit bien les discours antisystème presque faxieux qui se sont tenus hier à l'Assemblée nationale de la part de de certains députés RN.

Euh voilà euh la la le but de la stratégie de normalisation, c'était d'essayer de conquérir des électeurs républicains qui votent plutôt à droite pour faire 51 % euh un premier un second tour de présidentiel. Euh là, cette stratégie clairement elle est remise en cause. Pourtant, alors ça vaut ce que ça vaut, mais les les premiers sondages qui ont été faits sur Jordan Bardella au premier tour de la présidentielle donne des scores sensiblement équivalents à ceux de de Marine Le Pen.

De toute façon, aujourd'hui au Rassemblement national, qui a le costume un petit peu la carrure présidentielle à part Jordan Bardella ? personne. Enfin, je suis désolé de le dire, mais je pense qu'une candidature de Sébastien Chenu ou de Jean-Philippe Tangiy aurait du mal à dépasser les 5 ou 10 % clairement.

Donc oui, Jordan Bardella est populaire, il avait été élu avec 85 % des des voix président du parti. Il est très populaire chez les militants, pas sûr qu'il soit en mesure de faire 51 % à 31 ans en 2027. Alors, je je vais pas vous demander euh des réflexions sur l'âge du capitaine Luc Ruban, mais euh néanmoins Jordan Bardella aujourd'hui euh s'est exprimé avec des expressions très cadrées à chaque fois et on l'a entendu euh en interview, on l'a entendu en débat, il était peut-être moins convaincant en débat qu'en interview.

Qu'est-ce que vous en pensez ? Alors, ça c'est un des grands problèmes du Rassemblement national, je dirais quel que soit le candidat, c'est-à-dire que pour gagner une élection présidentielle, parce qu'en fait c'est ça le fond de l'affaire, il faut être capable effectivement de tenir le choc d'un débat qui est de plus en plus technique, de plus en plus spécialisé. Et on a vu comment Marine Le Penit quand même, je dirais euh très affaibli, s'est trouvé très affaibli face à Emmanuel Macron au débat du second tour en 2017 comme en 2022.

Et le problème de fond, c'est pas tellement l'âge du capitaine, c'est je dirais euh son savoir-faire et sa capacité à s'imposer comme un homme d'état. Parce que la situation politique aujourd'hui est celle quand même de conflit d'un éventuel retour de la guerre. On a le retour de la guerre en Ukraine évidemment, on a des tensions géopolitiques nouvelles qui nous ramènent un peu au début du 20e siècle ou voir au 19e siècle.

Euh donc on a une attente d'hommes d'État notamment dans l'électorat ou de femmes d'état. Et si vous voulez, ça implique une certaine compétence, une certaine expertise. Et c'est là où le Rassemblement national est faible.

Parce que si vous voulez, vous avez allez avoir vous avez des candidats ou des candidats putatifs qui n'ont pas euh les ressources sociales nécessaires pour s'imposer dans un débat au niveau national, c'est-à-dire des ressources qu'on va trouver du côté du patronat, des élites économiques, des élites culturelles, ils sont quand même très isolés et sont donc très faibles par rapport à des partis comme les Républicains ou le parti socialiste, voilà, et d'autres partis si vous voulez hein. Et donc ça c'est quand même le cœur de l'affaire, c'est que finalement on y lit quand même un roi ou une reine. On n lit pas simplement un gestionnaire ou voilà un je dirais un intervenant dans un colloque.

Pierre Stéphane Fort, vous en pensez quoi ? Puisque donc vous avez écrit une biographie de Jordan Bardella, le grand remplaçant aux éditions Studio Fact. Bon, comment s'est-il préparé jusqu'ici ?

Quelles sont ses compétences en matière internationale ? J'observe que du côté du RN, quand on a des amis pareils, on n pas besoin d'ennemis parce que les soutiens viennent de monsieur Bolsonaro, monsieur Poutine, monsieur Orban. Voilà qui me paraît être un un cadeau empoisonné.

Bon, vous pouvez rajouter Miley mais tous ces gens-là ont été élus. Alors, pas tous réélus mais d'autres d'ailleurs ont contourné les élections. Mais oui, ils ont été élus mais en fait ils incarnent quand même une internationale et libérale.

C'est c'est évident. On voit bien d'ailleurs Marine Le Pen qui convoque la mémoire d'Alexe Navalni en Russie. Pardon mais bon, je veux dire toute sa carrière Marine Le Pen a été prorusse.

Elle a reçu encore le soutien de Vladimir Poutine. C'est quand même une insulte à la mémoire d'Alex Navalni, au courage qu'il a pu avoir pour s'opposer à Vladimir Poutine. Bref, en tout cas en vue de 2027, pour rebondir sur vos propos, monsieur Ruban, effectivement, je pense que 2027 va sans doute se jouer sur des questions internationales dans un contexte de guerre potentielle en Europe.

Et pour vous répondre, est-ce que Jordan Bardella a les épaules pour rassurer le peuple français quant à sa voilà ses capacité à gérer des relations internationales tendues et difficiles ? C'est pas sûr. C'est ce que je vous disais en début d'émission, il a besoin de se construire une stature internationale et pour l'instant j'ai l'impression que Marine Le Pen ne lui en laissera pas l'occasion à moins d'être condamné à nouveau en appel.

Mais je justement est-ce que c'est aujourd'hui cela qui se profile du Crouan ? un candidat qui serait choisi du point de vue donc de ses réponses à l'international. Certainement.

Certainement. C'est-à-dire que c'est un petit peu aussi l'héritage dans le fond de du macronisme et on voit bien le positionnement actuel d'Emmanuel Macron. Il a replacé au centre du débat les questions internationales, la question de l'Europe et de je dirais de l'Union européenne par rapport au au dangers au aux tensions internationales actuelles.

Donc effectivement, vous avez une attente d'hommes et de femmes d'État. Euh malheureusement et alors là, je reviens encore un petit peu à la sociologie politique, ça va être de plus en plus difficile à trouver parce que les élites sociales aujourd'hui n'investissent plus le champ politique. Elles investissent le champ pardon des grandes entreprises privées, le champ des marchés financiers.

Mais la politique ce n'est plus tellement un, je dirais un vecteur de mobilité sociale ou de réussite ou même d'épanouissement personnel. Donc c'est laissé de plus en plus, je dirais, à une petite bourgeoisie. de un petit peu je le dis sans sans c'est pas péjoratif, c'est purement sociologique mais c'est pas ce n ce ne sont plus les élites de premier rang les notables d'autrefois et donc on le voit bien dans la transformation d'ailleurs ça a été le grand handicap d'Emmanuel Macron qui s'est retrouvé avec des députés qui ne connaissaient pas la vie politique qui ne connaissaient pas l'appareil d'État qui était bon on peut lui dire bon classe petite classe supérieure quand moi j'ai il se trouve que j'ai fait la sociologie des députés depuis un certain nombre d'années bah c'était pas du tout des patrons de grandes entreprises c'était plutôt des patrons de PME quelques avocats plus de haut fonctionnaires.

C'est terminé. Donc vous voyez, vous avez quand même une je dirais un effritement de de cette de cette classe politique et c'est vrai que là on a un problème de fond parce que cette classe politique devient de plus en plus médiocre. Jean les Marie, le jeu politique est rouvert, si on peut élargir un peu au-delà du Rassemblement national euh depuis lundi, depuis le le choc de ce jugement et de cette annonce, beaucoup de politiques s'interrogent et à vrai dire, ils ont beaucoup plus de questions que de réponses sur la manière dont l'espace politique à la droite de la droite mais à la droite plus largement va se redéfinir.

Alors évidemment, il y aura le jeu des ambitions individuelles. On peut imaginer que Éric Zémour, Marion Maréchal, d'autres encore regardent avec intérêt ce qui va se passer au RN. Mais plus largement, quel est l'espace par exemple éventuellement d'un Bruno Retaillot dans cette nouvelle configuration ?

Faut quand même pas perdre de vue que sur le plan des propositions, sur le plan programmatique, sur un certain nombre de sujets, la porosité a été très grande ces derniers mois entre le RN et LR par exemple. Qu'est-ce qui va se passer de ce côté-là ? Qui pourra prendre le le relais ? relais il y a à prendre à droite ?

C'est une question, il faut la regarder au-delà du Rassemblement national, je crois. Il y a une autre figure historique de la droite républicaine qui revient un petit peu dans le jeu politique qui pour le coup à les épaules donne d'état puisque c'est Dominique de Villepan qui en février si je ne m'abuse rentrait directement dans le top 3 des personnalités politiques préférées des Français du du jour lendemain. Il y a je pense que ça incarne ce ce besoin d'être rassuré de la population et c'est vrai que peut-être que si j'ose dire les les vieux fourneaux ont une carte à jouer pour 2027.

Lucan ? Oui, c'est possible. Mais bon, c'est vrai que Dominique de Villepin appartient quand même à je dirais un petit peu l'ancien monde, mais je je je voudrais revenir un petit peu sur ce que disait Jean les Marie parce que c'est vrai que le véritable enjeu, c'est la convergence des électorats de droite, de droite radical ou d'extrême droite.

Et là, c'est vrai que on a quand même sur le fond aussi une interrogation parce que autour du libéralisme parce que dans le fond Jordan Bardella politiquement, il est pas sur la même ligne que Marine Le Pen. Il est beaucoup plus proise, prolibéral. je dirais plus proche du trumpisme, peut-être plus attractif pour l'électorat de reconquête et on voit bien comment Sarah Knafo c'est vraiment investi dans l'élection de Trump et est allé aux États-Unis et nous a offert des de nombreux de nombreuses interventions sur les réseaux sociaux pour célébrer ce succès.

Donc on elle s'est investie. L'inverse n'est pas vrai. Oui, c'est possible.

Oui, vous savez c'est comme dans les colloqu Oui, vous savez c'est comme dans les colloques internationaux, on invite les les universitaires français mais enfin oui c'est bon ça je me permettrai par du crouan mais en en revanche ce que ce que je voulais dire c'est que euh le la tentation de récupérer une partie du prestige pour certains électeurs hein de Donald Trump ou de sa méthode est un sens unique. Oui bien sûr. Non, mais est évident que vous avez un modèle qui est celui du trumpisme actuellement pour la droite radicale qui quand même va influencer l'ensemble des droites, c'est-à-dire l'idée quand même de mettre le paquet sur la réforme de l'État, la réduction des dépenses publiques.

Et c'est vrai que France aujourd'hui, c'est un vrai sujet hein. C'est pas un sujet médiocre, c'est vraiment un sujet central. réduire l'endettement, réduire les déficits.

Euh l'idée et et là c'est un vrai un vrai problème parce que on se rend compte qu'il est difficile de réformer l'État en France. Euh vous avez si vous voulez une vous allez avoir une onde choc qui traverse quand même un certain nombre d'électorats jusqu'au centrice et même une partie de la gauche qui consiste à regarder le politique d'une autre manière, à le relativiser et donc là il y a quelque chose qui se joue. Donc effectivement euh il y a à la fois les éléments je dirais purement tactiqu de convergence des électorats de droite mais il y a aussi derrière une transformation des structures euh de représentation de l'électorat. qui dans le fond peut à la fois chercher des hommes d'état, de bons gestionnaires et là vous allez avoir des rôles qui vont se définir et il va falloir les investir ces rôles.

Il va falloir trouver les bons acteurs pour investir ces rôles et c'est vrai que pour l'instant on en a pas beaucoup. Pierre Stéphane Fort vous parliez des différences de ligne politique entre Jordan Bardella et Marine Le Pen pour les avoir pour avoir enquêté sur eux pendant un peu plus d'une année. Moi, de mon côté, j'y crois pas du tout.

Je me souviens très bien avoir lors d'une interview avec Marine Le Pen en septembre 2023, je lui pose la question très franchement et je lui dis "Est-ce que le madame Le Pen, est-ce que selon vous le bardisme ça existe ?" Et je me souviens encore de son regard amusé, de son petit sourire en coin et elle me répond avec ironie tiens, j'y avais jamais pensé, ça existera sans doute un jour. Puis je lui je lui dis "Mais tout de même, il est pour l'Union des droites, ce qui n'a jamais été votre cas." Elle m'arrête, elle me coupe, elle me dit "Monsieur, pour gagner une présidentielle, il faut faire 51 %." Voilà.

Donc pour moi, les différences idéologique entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, c'est de la cosmétique. C'est de la com pour essayer d'élargir l'assiette électorale du Rassemblement national en vue d'un second tour, voilà, de présidentiel. Mais pourtant si mes souvenirs sont bons, Pierre Stéphane Fort dans le grand remplaçant autrement dit dans la biographie que vous lui avez consacré à Jordan Bardella et vous montrer qu'il a des racines intellectuelles idéologiques différentes de celle de de Marine Le Pen.

Alors Marine Le Pen c'est d'abord la fille de son père mais lui était avant tout un identitaire au sein du RN. C'est vrai que Jordan Bardella a une sensibilité identitaire plus importante que Marine Le Pen. En tout cas, il l'assume plus clairement.

Là encore, j'y vois quand même une stratégie électorale qui permet d'aspirer l'électorat zemouristes puisque il va bien falloir réunir autour d'une candidature en 2027. L'électorat zemouriste, c'est il existe certes, mais c'est une faible part par rapport au 51 % que vous devez faire si je suis l'arithmétique de la présidentielle. Efftiv effectivement.

Mais il va falloir agréger tous ces votes. Euh je me souviens également avoir interviewé Jordan Bardella et je lui ai demandé quelle est votre stratégie vis-à-vis de la droite républicaine. Il avait été très cache.

Il m'avait dit ma stratégie c'est d'aspirer leur électorat. C'est clair et net. Donc pour arriver à 51 % il faut réunir les identitaires de chez Zemmour. euh une partie de l'électorat euh classique, disons républicain euh âgé qui se qui se qui se mobilise toujours pour les élections et puis euh la base la base euh du Rassemblement national sur un discours un petit peu plus social que tient Marine Le Pen.

Donc pour moi, il y a une répartition des rôles politiques qui est évidente entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Mais pour terminer, oui, Jordan Bardella a une sensibilité identitaire nettement plus développée que Marine Le Pen. Oui.

Un dernier mot, Luc Rouban à cet égard. S'il y a donc un bardellisme ou un bardellisme qui pourrait se dégager. Oh, écoutez, je pense que les réactions de de Marine Le Pen sont très significatives.

C'est-à-dire qu'apparemment tout procède de de cette immaculée conception du Rassemblement national qui est produite par Marine Le Pen. C'est vrai que elle est quand même très affaiblie et que dans une compétition électorale comme celle de l'élection présidentielle quand même la la la condamnation est quand même un coup très dur pour l'image de marque du parti parce que c'est vrai que notamment pour les milieux économiques, pour les milieux financiers, s'associe à des gens qui sont condamnés au pénal, c'est quand même difficile et si on n pas ce soutien et ben à mon avis ça devient très très difficile de mobiliser les classes moyennes et les classes supérieures qui vont aller voir du côté plutôt des républicains. Un dernier mot, Pierre- Stéphane Fort.

Et effectivement, quand bien même on appelle euh l'inéligibilité ne serait plus immédiate, euh Marine Le Pen resterait sans doute condamné au pénal puisque on a vu quand même le le dossier le dossier, il est accablant pour Marine Le Pen et une condamnation à 2 3 4 années de prison au pénal pour un candidat à la présidentielle, ça risque d'être un sacré fardeau. Votre biographie de Jordane Bardella, Pierre Stéphane Fort, le grand remplaçant, c'est aux éditions Studio Fact. Oui.