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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 3 mars 2024 26 minContradictoireActualité / polémiqueAgriculture & alimentationEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Colère des agriculteurs : à qui profite la crise ?

Au micro : Hervé GardetteSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 50 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:22OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous voulez lui dire au président ?

  • 2:29RelanceRéponse partielle

    Comment est-ce qu'on peut expliquer cette colère qui ne tarit pas malgré les efforts du gouvernement ?

  • 5:35FerméeRéponse directe

    La colère agricole profite-t-elle au Rassemblement National ?

  • 7:07RelanceRéponse directe

    Comment expliquer que malgré les engagements du gouvernement, la colère ne tarit pas ?

  • 9:16OuverteRéponse directe

    Cette colère se dirige-t-elle contre la mondialisation ou contre l'Europe ?

  • 12:31OuverteRéponse directe

    A-t-on l'impression qu'on sacrifie notre agriculture aujourd'hui ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:09PrésentateurFait
    « On est baladés par ces gens-là, les ultralibéraux, ils veulent signer le Mercosur. »
  • 0:24InvitéFait
    « Qu'on est en train de crever, qu'on ne peut plus survivre, une conférence étrangère déloyale. »
  • 0:46InvitéFait
    « Emmanuel Macron a été copieusement hué et chahuté samedi dernier lors de l'inauguration du Salon. »
  • 0:52InvitéFait
    « Le chef de l'État avait promis un grand débat avec le monde agricole, ça a tourné au grand déballage. »
  • 1:10InvitéFait
    « Le Rassemblement national séduit le monde rural. »
  • 1:48InvitéFait
    « Céline Imard est céréalière dans le Tarn, membre de la FNSEA, le tout-puissant syndicat agricole. »
  • 3:26InvitéFait
    « La domination de la co-gestion dans les chambres d'agriculture par la FNSEA est toujours là. »
  • 4:41InvitéFait
    « Ça a été cousu de fil blanc, en réalité de fil jaune, de fil de bonnet jaune, si vous voulez. »
  • 5:16InvitéFait
    « Moi, je ne fais pas de politique, mais je suis d'accord à 80% avec ce que dit le Rassemblement national. »
  • 7:55InvitéFait
    « On a affaire, il me semble, à un mouvement social européen. »
  • 21:42InvitéChiffre
    « La PAC, c'est 9 milliards d'euros pour l'agriculture française. »
  • 22:58InvitéChiffre
    « Il faut 26 millions d'hectares pour nourrir les Français. Il y en a 8 millions aujourd'hui qui sont en dehors de France et d'Europe. »

Temps de parole

  • Invité28 %
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  • Invité 318 %
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  • Invité 516 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Culture, l'esprit public, Hervé Gardette. On est baladés par ces gens-là, les ultralibéraux, ils veulent signer le Mercosur. On fout le bordel, c'est tout. Macron, il faut qu'il dégage, il râle, tracent en Élysée, pleine Nord, sinon il nous abandonne un peu. Qu'est-ce que vous voulez lui dire au président ?

0:24
Invité

Qu'on est en train de crever, qu'on ne peut plus survivre, une conférence étrangère déloyale. C'est notre monde, il nous pourrit notre monde, il nous le pourrit. Ils veulent tout exporter, toute la bonne cam' qu'on fait, à portée de la merde qui continue. On va crever, on crève, on est là pour montrer qu'on crève. On s'y bouscule chaque année au Salon de l'agriculture à Paris, on s'y bouscule et on s'y fait bousculer. Emmanuel Macron a été copieusement hué et chahuté samedi dernier lors de l'inauguration du Salon. Le chef de l'État avait promis un grand débat avec le monde agricole, ça a tourné au grand déballage. Ambiance fort différente le lendemain pour Jordan Bardella.

Le président du RN, tête de liste aux prochaines européennes, a pu déambuler parmi les stands en mode popstar. Un accueil bien plus chaleureux qui témoigne d'une réalité électorale. Le Rassemblement national séduit le monde rural. Au premier tour de la présidentielle 2022, c'est dans les campagnes que Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores. Alors il fut un temps où le Salon était pourtant la chasse gardée de la droite dite traditionnelle. On se souvient des visites marathon et gargantuesques de Jacques Chirac. C'est aussi dans le monde agricole d'ailleurs que le RPR ou l'UMP allaient recruter quelques ministres, comme par exemple François Guillaume ou Christian Jacob.

Et ce n'est évidemment pas un hasard si les Républicains viennent de propulser une agricultrice en deuxième position sur la liste conduite par François-Xavier Bellamy aux européennes. Céline Imard est céréalière dans le Tarn, membre de la FNSEA, le tout-puissant syndicat agricole. C'est aussi d'ailleurs la carte de la paysannerie qu'a choisie la majorité présidentielle pour le scrutin du mois de juin en offrant la tête de liste à l'eurodéputé Valérie Ayet. Alors si celle-ci est une pure politique, sa trajectoire familiale est ancrée dans le terroir. Fille, petite fille et sœur d'agriculteur. Un CV au poil pour la com' du parti Renaissance.

L'agriculture, c'est peut-être une surprise, s'annonce donc comme un des sujets majeurs des prochaines élections européennes sur fond de division des organisations syndicales en France et de crispation générale de la profession un peu partout en Europe. Alors colère agricole, à qui profite la crise ? Le salon d'agriculture, en tout cas Thierry Pêche, et les tensions autour de ce salon, est-ce qu'il profite visiblement d'abord au Rassemblement National ? Si c'est ça la question, la réponse est oui, on peut passer à la suivante. Peut-être que vous allez un peu développer. On va développer un peu, mais je pense que vous avez suggéré une réponse assez pertinente dans votre question Hervé.

On avait un problème, on a un problème agricole qui est extrêmement complexe avec beaucoup de contradictions et ce qu'on a entendu dans votre sujet n'est qu'une partie de la réalité. Il y a effectivement des agriculteurs qui souffrent, il n'y a pas que des agriculteurs qui souffrent non plus. Il y a beaucoup d'inégalités aujourd'hui au sein de l'agriculture entre les filières, à l'intérieur des filières, entre les territoires, à l'intérieur des territoires, à tous les niveaux. C'est un monde qui se balkanise, l'agriculture. Enfin, on a ce problème. À ce problème vient s'ajouter un problème syndical. Il faut quand même regarder les choses. C'est un monde syndical divisé.

La domination de la co-gestion dans les chambres d'agriculture par la FNSEA est toujours là, mais on voit bien que derrière, le paysage se fragmente, se durcit et que les conflits s'aiguisent. Et d'ailleurs, une partie du comportement de la FNSEA s'explique, par son souci de ne pas abandonner des parts de marché trop importantes à la coordination rurale, qui est le nouveau venu dans l'histoire, enfin depuis quelques années maintenant, et qui est, disons, la famille d'extrême droite du syndicalisme agricole. Je pense d'ailleurs que la FNSEA a saisi cette espèce d'histoire invraisemblable. Ils ont invité à un grand débat sur l'agriculture, les soulèvements de la terre.

On n'a jamais su s'ils avaient été vraiment invités. Mais c'était du pain béni pour la FNSEA qui ne voulait surtout pas participer à cette discussion. Bon, donc vous avez un problème syndical. Et puis vous avez un problème politique qui est venu se greffer là-dessus, qui a éclaté au grand jour dans la séquence que vous avez décrite vous-même, venue du Président de la République, puis venue de Jordan Bardella. Ce qui est assez inattendu, d'ailleurs. Mais non, ce n'est pas inattendu. Pas par rapport au Salon, mais au fait que ça soit devenu un enjeu, par exemple, du prochain scrutin pour les Européennes. Ça, on va y venir. Je ne suis pas du tout sûr de ce que vous dites, mais on va y venir.

Mais enfin, ça a été cousu de fil blanc, en réalité de fil jaune, de fil de bonnet jaune, si vous voulez. Au Salon, moi j'avais des amis qui s'y trouvaient. Lorsque Bardella est arrivé, il y a quelqu'un sur le stand de la coordination rurale qui a dit « Enlevez les bonnets, on y va ». Il ne faudrait surtout pas laisser penser qu'on est complice d'un truc politique, mais on l'est en réalité. Et d'ailleurs, vous avez des déclarations, c'est des pudeurs de gazelle, comme aurait dit l'autre, le patron de la coordination rurale qui dit « Moi, je ne fais pas de politique, mais je suis d'accord à 80% avec ce que dit le Rassemblement national.

» Et d'ailleurs, mon fils était candidat aux législatives sous la bannière Rassemblement national, et j'ai soutenu mon fils, mais je ne fais pas de politique. Tout est comme ça. Christophe Barthès, député aujourd'hui de l'Aude, ancien de la coordination rurale, climatodénialiste, etc. Bon, il y a une vraie caisse de résonance entre la coordination rurale et le Rassemblement national. En votre question, est-ce que ça va être un sujet de la campagne pour les Européennes ? Ça l'est, là, aujourd'hui, au moment où nous parlons, ou dans quelques heures, Jordan Bardella fait son premier meeting de campagne à Marseille. Le 9, Valéry Ayet fait le sien. On va voir.

Mais il y a quand même d'autres candidats à la discussion sur l'Europe, et notamment celui qu'on a évoqué dans la première partie de l'émission, l'Ukraine. Ça risque aussi, compte tenu des évolutions sur le terrain, d'être un sujet de discussion. Les deux sujets sont en partie liés, d'ailleurs, sur la caisse de la discussion. Les céréales, du poulet... Oui, en partie, mais en partie seulement. On n'a pas le temps d'évoquer le cœur du sujet, mais il y a, si vous voulez, le triangle d'or de la question agricole, c'est son triangle des Bermudes. Le triangle d'or, c'est d'arriver à réaliser la souveraineté alimentaire, la transition agroécologique et la justice économique.

Il y a effectivement des agriculteurs qui crèvent de faim, et on a besoin d'eux, donc ce n'est pas durable. Or, ça, c'est aussi le triangle des Bermudes. À chaque fois que vous vous approchez d'un des points du triangle, vous vous éloignez des deux autres. Et c'est ça qui ne va pas, si vous voulez, qui est très, très difficile à résoudre. Mais bon, j'y reviendrai peut-être plus tard. Le gouvernement n'a pourtant pas ménagé ses efforts pour essayer de répondre à cette colère agricole. Suppression de la taxe sur le GNL, gaz naturel liquéfié, poste dans le plan éconcidant... Non, c'est sur le gaz au niveau routier. Oui, pardon, vous avez raison.

Nouvelle loi Egalim, inscription de la souveraineté alimentaire dans la loi, prix plancher, trésorerie d'urgence, aide budgétaire, beaucoup d'efforts, et pourtant on a l'impression que ça ne sert à rien. Comment est-ce qu'on peut expliquer ça, Anne-Lorraine Bujon ? C'est-à-dire que malgré les engagements du gouvernement auprès du monde agricole, cette colère, elle ne semble pas tarir. C'est justement parce qu'il y a une très forte politisation, aujourd'hui, justement, de ce monde agricole ?

Oui, moi, le sentiment que j'ai, c'est que le gouvernement a cherché à apporter des réponses, à apporter des réponses très vite, et sans doute d'ailleurs des réponses qui sacrifient les enjeux et les besoins de long terme à des solutions de court terme qui ne vont pas résoudre grand-chose et qui vont même aggraver la crise dans laquelle on est. Mais moi, je pense que c'est parce que le gouvernement mesure, justement, les conséquences politiques de cette colère, le fait que le mal vient de très loin. Et je ne serai pas forcément d'accord avec Thierry. Moi, je suis très frappée, justement, par le caractère transnational du mouvement de colère des agriculteurs.

On a affaire, il me semble, à un mouvement social européen. Alors, on a beaucoup dit, quand est-ce qu'on aura un vrai espace public européen ? Quand est-ce qu'on aura des débats politiques au Parlement européen qui traduisent les clivages politiques de fonds ? Bon, ben là, je pense qu'on y est. Donc, il y a évidemment une très grande diversité des situations selon les pays. L'agriculture ne joue pas le même rôle, n'a pas le même poids, mais on sait qu'il y a d'autres grandes puissances agricoles en Union européenne. Et donc, moi, je vois quand même, si vous voulez, pour prendre les choses de manière très macro, très grand angle, mais que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Et que, pour le dire très vite, on est quand même dans un mouvement de réaction contre une mondialisation libérale et ses effets sociaux. C'est vrai à travers les groupes sociaux, c'est vrai à travers les secteurs économiques, et c'est vrai dans toute l'Europe. Et ce qu'on peut regretter, c'est que cette réaction à la mondialisation, parce que l'agriculture s'est industrialisée massivement, c'est quand même une partie du problème.

Face à tout ça, on ne peut que se désoler de voir que cette colère, pour l'instant, profite à la droite ou à l'extrême droite, un peu partout, et pas du tout à ce qu'on aurait pu penser, qui était une gauche alter-mondialiste qui dénonçait tout ça depuis des années. Peut-être aussi, Anne-Laurent Dujan, parce que cette colère, elle se dirige pas seulement contre la mondialisation, mais aussi contre une certaine idée de l'Europe. Toute la bataille contre l'excès de normes qui viennent de l'Union européenne, c'est aussi une des motivations de cette colère.

Bien sûr, contre l'excès de normes, contre la bureaucratie, et comment ne pas être d'accord avec les agriculteurs quand ils n'en peuvent plus des normes. Ça, je pense qu'on va tous être d'accord avec eux. Mais moi, ce que je trouve très troublant dans la séquence actuelle, et pour revenir à la politique française, c'est que personne ne nous dit ce qu'elle visait, ses normes. Alors, quand même, la question de la biodiversité, la question du carbone, la question de la pollution, des enjeux sur la santé, et personne n'est prêt à assumer ce qu'on essayait de faire avec ses normes environnementales.

Alors, il y a peut-être eu un effet de contretemps, si vous voulez, entre l'ambition européenne avec cette politique de la ferme à la fourchette, qui n'a même pas commencé à prendre effet, mais qui a provoqué une réaction viscérale, en fait, parce qu'on a eu le sentiment que ça allait être trop de réglementations, trop de contraintes. Mais là, notre gouvernement réagit en disant, bon, bon, bon, d'accord, alors on enlève tout ça, on dérégule tout ça, mais où sont les objectifs de long terme, enfin, cette transition écologique ? Il va falloir la faire, quand même. Jean-François Colosimo.

Oui, pour revenir sur l'événement, d'abord, ne soyons pas dupes, quand même, les gens qui voulaient empêcher le président d'entrer, c'est les mêmes gens qui faisaient cortège le lendemain à Jordan Bardella, n'est-ce pas ? Il y a aussi, quand même, en politique, il y a aussi de l'agite propre, et voilà. La deuxième chose, c'est que le président a montré, quand même, qu'il allait à la baston, il est resté.

Bon, évidemment, il y avait beaucoup de CRS, il y avait le service de sécurité de l'Elysée, mais, malgré tout, il est resté 12 heures, donc, je pense que, de ce point de vue-là, il faut voir aussi, dans les équilibres d'images, qu'il y a eu une démonstration, malgré tout, d'insistance, qui n'est pas complètement nulle, non plus. Le troisième point que j'ai observé, moi, dans l'événement, c'est que Jordan Bardella, qui dit qu'il est un homme d'ordre, a traité le président de paranoïaque, de complotiste, et, si vous voulez, lorsqu'on veut accéder aux charges supérieures, on ne commence pas par les détruire, en psychiatrisant ceux qui les détiennent, dans l'instant.

Et là, je trouve que, là aussi, on voit qu'il y a, alors, pour le coup, sur les institutions, un manque de maturité, c'est le moins qu'on puisse dire, qui est tout à fait flagrant, quand on se dit prêt et apte à gouverner, n'est-ce pas ? Ensuite, sur le fond de l'agriculture, l'agriculture, c'est la pointe émergée de ce triangle des Bermudes, dont parle très bien Thierry, l'agriculture, c'est très simple, on va sacrifier une grande partie de notre agriculture, comme on a sacrifié hier une grande partie de notre industrie, alors, évidemment, dans une situation qui paraît, à ceux qui sont mis dans cette souffrance, totalement ubuesque, injuste, est tout à fait déléante.

Mais vous avez l'impression qu'on sacrifie notre agriculture aujourd'hui, Jean-François Collet ? Quand on est parti, on va la sacrifier, vous n'allez plus avoir les petits agriculteurs d'aujourd'hui. Certains et pas d'autres. Les petits agriculteurs d'aujourd'hui, qui ont 200 têtes de brebis, et qui n'arrivent pas à payer un salaire, à moins de les soutenir artificiellement, et d'en faire une espèce d'exercice muséographique, la ferme d'antan, que vont-ils devenir, n'est-ce pas ? C'est ça, le vrai drame.

Alors, par rapport à ça, le Rassemblement National progresse dans cette catégorie, parce que, et les partis du gouvernement de gauche, et les partis du gouvernement de droite, ont perdu leur base populaire. La paysannerie, c'était le RPR d'antan, n'est-ce pas ? Vous l'avez dit. Et de ce point de vue-là, se pose aussi une question. Ensuite, Anne Lorraine a raison, c'est un mouvement européen. C'est un mouvement qui touche tous les pays d'Europe, ou presque. Et on voit d'ailleurs que lorsqu'il y a des partis qui s'annoncent comme d'extrême-gauche, comme le Bundis de Sarah Wagenech, eh bien, ce sont des partis... Ou ça, en Allemagne, en Allemagne.

...qui adoptent, en fait, sur l'immigration, sur le protectionnisme, sur la quête au vote des démunis et désespérés, tout à fait la même rhétorique. Ça, il faut quand même le voir aussi. C'est aussi un véritable phénomène. Voilà. Donc, face à ça, je pense qu'on ne peut pas mettre des cotères sur une jambe de bois. Pensez notre agriculture, qui a fait la France. Paysans, paysages, pays. L'agriculture a fait la France. La repensez complètement. Voilà. Mais là aussi, on tombe, malheureusement, sur de mauvaises habitudes. Et la co-gestion d'agriculteurs avec la FNSA me semble une très, très mauvaise chose.

Cette crise agricole, Sylvie Kaufmann, française et européenne, elle met aussi en lumière d'autres clivages sur des points importants. La souveraineté, la question de l'identité, la question du protectionnisme. Ça va au-delà d'agriculture, finalement. Oui, oui, absolument. Juste un tout petit aparté avant de vous répondre. En écoutant mes amis parler, je me dis que c'est quand même assez remarquable cette équivalence qu'on fait dans les médias et en politique en général dans cet événement entre la séquence président de la République et le lendemain la séquence Bardella. Je veux dire, il n'y a pas d'équivalence entre les deux.

Le président de la République, c'est lui qui est en charge de tout. Il doit assumer les décisions qui ont été prises et qui l'ont prises ou qui ont été prises au niveau européen. Jordan Bardella, c'est le président d'un parti politique qui n'a jamais été au pouvoir. Voilà, je trouve ça assez extraordinaire qu'on fasse cette équivalence vraiment entre les deux. En même temps, il y a un duel politique. Oui, oui, ça installe le duel absolument. Ce ne sont pas seulement les médias qui le créent. Non, non, tout à fait. D'ailleurs, Gabriel Attal, si j'ai bien compris, est venu dès le dimanche soir pour contrebalancer alors qu'il était prévu qu'ils viennent plus tard au salon de l'agriculture.

Donc, il y a effectivement, je suis tout à fait d'accord avec vous, il y a un vrai duel, mais ça montre à quel point Jordan Bardella réussit finalement lui aussi à installer ce duel. Sur la question européenne, oui, absolument. Si vous comparez la campagne, la situation aux dernières européennes en 2019 et aujourd'hui, c'est extraordinaire. Le changement, 2019, c'était avant le Covid, c'était avant la guerre en Ukraine, enfin la guerre totale, la guerre à grande échelle en Ukraine. Et donc, beaucoup de choses ont changé depuis en raison de ces deux événements majeurs.

Et la question de la souveraineté, justement, et notamment de la souveraineté alimentaire dans ce qui nous préoccupe aujourd'hui, est devenue majeure. Donc ça, c'est vraiment, ça montre à quel point il a fallu évoluer très rapidement, à quel point les partis politiques et les gouvernements sont obligés de s'adapter plus vite qu'ils n'ont. Trop vite, en réalité, ils n'ont pas eu le temps de prendre vraiment conscience d'épouser tous ces changements. Il y a l'inflation, conséquence en grande partie de la guerre en Ukraine qui est un gros facteur dans le malaise dans cette crise agricole. Après avoir rapporté beaucoup d'argent. Oui, absolument.

Parce que la montée des prix des denrées alimentaires, il y a un an, c'est un gros bénéfice pour l'agriculture française. Pas tous. Pas tous, mais on a un excédent commercial record en 2022 du fait de... Oui, mais là, on voit aussi, ça met aussi en lumière les inégalités au sein du monde agricole. L'ouverture du marché européen aux produits ukrainiens, ça, c'est aussi une nouvelle donnée. Et puis, il y a cette montée du mouvement anti-Green Deal, anti-pacte vert, anti-écologiste, anti-norme environnementale qui a été... que l'extrême droite dans toute l'Europe a enfourché allègrement et qui est vraiment aujourd'hui un grand pôle de clivage.

Et je dis toute l'Europe, on a vu donc le succès de ce nouveau parti aux Pays-Bas aux élections de l'année dernière qui ne s'est pas confirmé d'ailleurs aux élections législatives de novembre aux Pays-Bas. Donc, tout ça est fluctuant. Mais voilà, donc on a une... on a une remise en cause de la PAC qui est... et c'est là aussi qu'on voit l'hypocrisie du Rassemblement National parce qu'en 2019, le Rassemblement National qui s'appelait encore le Front National, je pense, non, pas encore, était déjà le Rassemblement National, avait...

ne soutenait absolument pas la PAC et là, il se trouve en porte-à-faux parce que finalement, la PAC bénéficie beaucoup aux agriculteurs, en particulier à une partie d'entre eux. donc, quelle est la vraie politique du Rassemblement National sur l'Europe et sur la PAC ? Comment concilier la lutte contre le réchauffement climatique et une agriculture française dynamique et souveraine ? Donc, on se retrouve...

Là, on voit que le Rassemblement National a atteint ses limites et tout ça sert d'une certaine manière les thèses du Rassemblement National mais on se trouve vraiment au cœur de ce problème qui est cette transition écologique impose finalement de changer de modèle agricole et ça, ça ne se fait pas en quelques mois avant une élection européenne. Et on voit bien la difficulté qu'il peut y avoir justement à essayer de trouver une issue à cette crise agricole.

Thierry Pech, quand on voit, vous l'évoquiez tout à l'heure, le paysage morcelé quand même du syndicalisme agricole français, la FNSEA qui reste le syndicat majoritaire avec sa version jeune des jeunes agriculteurs, il y a donc la coordination rurale à droite et la confédération paysanne à gauche pour être un peu schématique. Comment est-ce qu'on arrive à résoudre un tel problème quand on a finalement des visions de l'agriculture mais qui sont aussi des visions de la société quelque part aussi divergentes ? Je ne sais pas. Il y a une option qu'il ne faut pas négliger, c'est qu'on fasse la politique de l'agriculture française sans les syndicats un jour.

La co-gestion, si elle commence à dysfonctionner autant, il y a d'autres façons de faire. On pourrait très bien, ce n'est pas une opinion que je défends mais je trace cette perspective, on pourrait très bien dire on va dealer avec les gros, avec la balle de la chaîne, avec l'agroalimentaire, les transformateurs, les collecteurs, les distributeurs, etc. Et eux vont donner des ordres ou des signaux aux producteurs. Et on va privilégier une grande exploitation et dans le grand mouvement de renouvellement des générations, on va laisser faire la transmission des terres aux exploitations existantes de façon à avoir des très grandes exploitations. Une agriculture plus californienne, si vous voulez.

Mais là, vous mettez le feu dans les campagnes. Mais vous mettez le feu, non, vous mettez fin à l'idéal du romantisme agricole français, c'est-à-dire la petite ferme, la petite exploitation familiale. Et c'est ça que représente la coordination rurale aujourd'hui. C'est ça que représente encore la confédération paysanne aussi d'une autre façon. mais il y a une autre agriculture qui existe, il y a d'autres modèles économiques, d'autres modèles d'entreprendre dont on ne parle jamais, c'est celle qui exporte, qui fait du business et qui ne se porte pas si mal. Je veux dire, regardez l'immagrin, regardez les grands céréaliers de la Beauce, ça va pour eux, merci.

Et là, en l'occurrence, quand eux rigolent, en général, les éleveurs font la tête parce que précisément, leurs bêtes mangent un peu des céréales aussi et du fourrage, etc. Donc, ce que je veux dire, c'est que ne nous imaginons pas que le système actuel soit là pour l'éternité. Il y a d'autres façons d'organiser une politique agricole que je ne souhaite pas, mais il y en a d'autres. Je voudrais juste revenir sur un truc. L'Europe, il faut arrêter les fakes, il faut arrêter. Le Green Deal n'y est pour rien du tout. Anne Lorraine l'a dit, Farm to Fork n'est même pas encore entré en application. D'autre part, il a été vidé comme une huître par les conservateurs.

Le retournement de Manfred Weber, le texte Restauration de la nature, pareil. Donc, en gros, ce qui est mis en cause dans la politique européenne n'a rien à voir avec le Green Deal, c'est la PAC. Mais la PAC, c'est 9 milliards d'euros pour l'agriculture française. On est les premiers en bénéficier, les deuxièmes sont les Espagnols, ils ont 5 milliards. Je ne suis pas sûr qu'on ait envie de remettre ça en cause et d'ailleurs, je n'entends pas de remise en cause sérieuse là-dessus. Ce qu'on remet en cause, c'est les jachères, en réalité, les 4% de terres non productives imposées aux exploitations sujets européens pour ces gens-là. Et là, ils ont un point qu'il faut leur rendre.

C'est vrai que la politique commerciale européenne a longtemps cru à l'ouverture inconditionnelle des marchés et doit aujourd'hui intégrer un peu moins de naïveté, les clauses miroirs, ce qu'on appelle l'accès qualifié au marché, de façon à faire un peu l'égalité des conditions de concurrence entre nos producteurs et les producteurs qui sont leurs concurrents ailleurs. Ce n'arrive pas le fait qu'il y a aussi de la concurrence au sein de l'Union européenne entre les agriculteurs. Bien sûr. Et là, à mon avis, d'une police réglementaire beaucoup plus crédible et beaucoup plus active. Mais on parle de souveraineté alimentaire, juste un mot, parce qu'on se paye de mots.

Si la souveraineté alimentaire, c'est la capacité du système agricole à servir en calories et en protéines les Français, c'est-à-dire à les nourrir, eh bien, notre système actuel, avant même qu'on parle Green Deal, etc., il n'est pas du tout en situation de souveraineté. Il faut 26 millions d'hectares pour nourrir les Français. Il y en a 8 millions aujourd'hui qui sont en dehors de France et d'Europe. Voilà. Il y a d'ailleurs des interrogations, un débat sur ce que recouvre aussi ce terme de souveraineté.

Vous qui êtes sensible aux définitions, au vocabulaire, Jean-François Colosimo, souveraineté alimentaire, souveraineté agricole, ça ne veut pas forcément dire autosuffisance pour un pays, ça veut aussi pouvoir dire capacité d'exportation. On y met un petit peu ce qu'on veut derrière ce terme. Le mot souveraineté, c'est un mot très politique, appliqué à l'agriculture. Je crois que... Non, ça ne veut certainement pas dire l'autosuffisance absolue, ça veut dire ne pas créer de dépendances qui ont des incidences très négatives sur l'écosystème. Voilà. C'est plutôt ça.

Bon, ensuite, moi, ce que je vois, quand même, c'est la PAC, oui, c'est formidable, mais c'est moins formidable depuis 1993 et la soumission aux règles de l'OMC. La PAC, il y a deux PAC, il y a avant et après 1993 et avant l'ouverture de tous les marchés et donc, ce n'est pas tout à fait la même PAC, donc le chiffre reste énorme, mais les effets ne sont pas les mêmes. Le deuxième point, c'est que le monde paysan lui-même, je dirais, a ses propres problèmes. Vous voyez, on pourrait penser que la coopérative, c'est un bon système, que la coopérative, c'est un bon système pour pallier l'isolement.

Mais la vérité, c'est qu'il y a 2000 coopératives en France, mais il y en a 3 ou 4 qui font 85% du chiffre des coopératives. Donc, on ne peut pas empêcher cet effet de concentration. Comment cet effet de concentration peut-il être fait sans, avec moins de souffrance pour les gens qui sont dans la seringue ? C'est ça la véritable question. Anne-Laurene Bejon. Un mot sur la question de la souveraineté et puis l'Europe et puis la France. La question de la souveraineté et de tout ce qu'on lit dans le contexte de cette crise agricole. Moi, je comprends qu'effectivement, dans l'agriculture, on a un énorme problème de dépendance à l'égard de l'étranger pour tout l'amont de notre système agricole.

et on a un énorme problème de concentration et de monopole en aval. Donc, ce besoin de take back control qu'on entend chez des agriculteurs et qu'on entend partout depuis 2017 en Europe et à travers les secteurs économiques et à travers les groupes sociaux, je crois qu'il faut le prendre très au sérieux. La question de la souveraineté pour moi va être centrale dans les élections européennes mais il ne faut pas la laisser aux souverainistes parce que ce serait trop simple. Et un tout petit mot sur la France parce que dans cette crise il y a une chose qui moi me désole c'est que le terme décroissant est devenu comme une insulte.

Alors, moi je ne suis pas économiste, je ne suis pas particulièrement décroissante mais dans quel monde est-ce que tout d'un coup être décroissant ça voudrait dire être un ennemi public ? Je vous propose qu'on en fasse un sujet de débat prochainement. Merci beaucoup à tous les quatre. Alnorene Bujon, Thierry Pech, Jean-François Colosimo et Sylvie Kaufman. Émission préparée par Anne-Claire Bazin réalisée par Luc Jean-Rénaud avec à la prise de son aujourd'hui Noé Chabanne.

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