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interviewLe Média — Podcasts· 22 novembre 2021 68 min

Contre-matinale #39 | Cinquième vague, vague autoritaire ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Salut à toutes et à tous et bienvenue sur Le Média TV. Nous sommes le lundi 22 novembre 2021 et c'est notre première matinale de la semaine. Une matinale qui n'existe et ne survivra que grâce à vos abonnements, à vos dons ponctuels ou récurrents grâce à votre soutien. Pour en savoir plus, allez sur le media tv.fr slash soutien. Le week-end a été assez riche en actualité. La rue a bougé en France, à Paris, mais aussi en Guadeloupe. La rue a bougé en Europe, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, etc. La rue a bougé, mais quelle rue ? Quel mot d'ordre oriente les colères ?

Quelles aspirations profondes sont portées par ceux qui n'en peuvent plus de la gestion autoritaire d'une crise sanitaire qui revient à chaque fois que l'on l'imagine derrière nous ? La rue a bougé, les forces de l'ordre ont réprimé. Jusqu'où iront-elles ? Jusqu'où iront les pouvoirs de plus en plus remis en cause par des opinions publiques de plus en plus défiantes ? Cinquième vague, vague autoritaire, c'est la question fil rouge que nous nous poserons aujourd'hui. La contre-matinale du Média, épisode 39, c'est parti. Aujourd'hui, c'est lundi et les lundis chez nous, on débriefe le week-end politique.

Je le ferai aujourd'hui avec Thomas Porte, président de l'Observatoire national de l'extrême droite et membre de la direction de Génération, Génération avec S. On évoquera ensemble l'acte anniversaire des Gilets jaunes et la manif nous toutes perturbée par des activistes d'extrême droite. On parlera aussi de la Guadeloupe, des manifs anti-pass sanitaire en Europe et du lancement de la campagne de Fabien Roussel, notamment candidat du Parti communiste français à l'élection présidentielle qui vient. On parlera également du lancement du programme de la France insoumise, l'avenir en commun.

En deuxième partie de matinée, j'évoquerai avec notre journaliste Thomas Dietrich le week-end mouvementé qu'a connu le Burkina Faso, où des foules de jeunes en colère ont entravé dans la ville de Kaya, un convoi militaire français qui se rendait au Niger voisin. Pourquoi ? Parce que ces jeunes veulent le départ des troupes françaises du Sahel, considèrent que l'opération Barkhane est inefficace contre le terrorisme, voire qu'elle en est complice. Bref, c'est une actualité très importante, stratégique même d'un point de vue géopolitique, mais la presse française en parle assez peu, alors qu'il s'agit quand même du plus gros engagement militaire de la France dans le monde.

Mais nous, on est là et on en parlera, mais commençons, comme d'habitude, par la titrologie. Inflation, chaud de vent, c'est le grand titre du quotidien Libération, illustré par l'image d'un ticket de caisse qui brûle dans la main d'un consommateur. Énergie, immobilier, matières premières en Europe, mais surtout aux Etats-Unis, les prix connaissent une hausse jamais vue depuis des années. En France, l'inquiétude monte, résume Libé. Libé qui raconte qu'à Matignon, on fait le dos rond. On mise sur le caractère provisoire de l'inflation. Il y a une augmentation des prix, mais le pouvoir d'achat des Français a augmenté pendant cinq ans.

Ces mots sont de Alexandre Holleroy, chef de file de La République En Marche, à la Commission des finances à l'Assemblée nationale. Bref, ils osent tout, hausse des prix à Libé, hausse des contraventions au Figaro. Stationnement, limitation de vitesse, réglementation, ces mesures qui accablent les automobilistes, écrit le quotidien traditionnel de la droite, propriété de la famille Dassault, qui serait lornier, si l'on en croit Mediapart, par Vincent Holleroy. Selon le Figaro, toutes ces contraintes dégoûtent les Français de la voiture et pire, horreur suprême, provoquent un attentisme des consommateurs, ce qui est un coup dur pour les constructeurs.

Les ventes de voitures neuves ont baissé de 30% par rapport à l'année dernière et ça a l'air très grave, si l'on en croit le Figaro. L'humanité, comme on pouvait s'y attendre, met à sa lune le lancement de la campagne de Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français. C'est Fabien Roussel, une gauche qui carbure au social, titre « Le quotidien d'inspiration communiste », ce qu'il faut retenir de son meeting, son caractère offensif, dit Luma, sur le pouvoir d'achat et sur le travail. Et de son côté, la croix nous emmène en Éthiopie, un pays au bord du gouffre.

Les espoirs soulevés par l'élection du Premier ministre Abiy Ahmed, dont on rappelle qu'il a été le prix Nobel de la paix en 2019, ces espoirs s'éloignent. Les rebelles tigréens menaceraient désormais la capitale. Les indés, j'ai retenu deux titres aujourd'hui. D'abord, celui du premier épisode d'une enquête de l'ONG du journalisme d'investigation. Disclose, les mémos de la terreur. Je vous lis l'intro de l'enquête. Disclose a obtenu des centaines de documents secrets issus du plus haut sommet de l'État. Il révèle la responsabilité de la France dans les crimes de la dictature d'Abdel Fattah al-Sissi en Égypte. Et le premier épisode de cette série est littéralement glaçant.

Son titre, « Opération Cirli ». En gros, plusieurs centaines de documents classés « Confidentiel Défense » que Disclose est parvenu à consulter, établissent que la France a mis au service du pouvoir égyptien dix hommes, quatre militaires et six anciens militaires reconvertis dans le privé, des mercenaires. Ce qui est important de souligner quand on voit tout le cinéma qui nous est offert parce que des mercenaires russes seraient mobilisés en Centrafrique et au Mali.

Dix hommes donc et un avion, un avion léger de surveillance et de reconnaissance qui devrait servir à contrer les terroristes, mais aide le pouvoir égyptien à neutraliser via des avions armés, des avions égyptiens cette fois-ci, des civils souvent âgés seulement de 18 ans, des civils vivant de la contrebonde et de trafic de cigarettes, de drogue, de riz ou de produits de maquillage dans une zone déshéritée frontalière avec la Libye. Des assassinats sommaires donc. En 2020, la présidence égyptienne se vantait d'avoir neutralisé 10 000 véhicules et tué 40 000 personnes en l'espace de sept ans dans ce type d'opération.

Des personnes qui, on le rappelle, n'ont aucun lien prouvé avec le terrorisme international. A brevet de notes décrivant à quoi servent les renseignements fournis au régime égyptien, les dirigeants français ferment les yeux, d'autant plus qu'en avril dernier, l'Égypte et la France signent un méga contrat de 4 milliards d'euros portant sur la vente de 30 avions de combat. Les faits décrits par Disclose ont commencé en 2016 sous François Hollande et continuent aujourd'hui sous Emmanuel Macron.

Et ce lien de continuité dans le domaine spécifique de l'armement et plus précisément de ce qui se passe en Égypte est, comme on peut l'imaginer, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense de François Hollande et chef de la diplomatie d'Emmanuel Macron. On passe à un titre de Mediapart, c'est un reportage à pointe à pitre en Guadeloupe. Son titre, « Violence en Guadeloupe, l'obligation vaccinale, c'est l'affront de trop », Mediapart raconte. Au départ, des soignants et des pompiers hostiles à l'obligation vaccinale ont lancé une grève illimitée. Désormais, la mobilisation déborde dans ses revendications et également sociale, dans sa violence avec des pillages et des incendies.

Dimanche, des membres du RAID et du GIGN doivent arriver sur l'île, paralysée. Dimanche, c'était hier et nous sommes lundi. Les images qui nous parviennent, en tout cas de Guadeloupe, sont troublantes et donnent une impression dérangeante d'affrontements de nature quasi-coloniale. On regarde.

7:19
Invité

Pour aller plus loin, nous avons contacté Patricia Pioche,

8:05
Présentateur

secrétaire générale adjointe de l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe, à l'origine avec plus d'une trentaine d'organisations de la grève générale qui s'est aujourd'hui transformée en émeute généralisée. Nous avons d'abord voulu qu'elle nous explique les racines de la colère.

8:19
Invité

Ce qui nous a réunis tous au départ, c'était l'obligation vaccinale que M. Macron a instauré, en tout cas annoncé, courant du mois de juillet, le 12 juillet je crois. On s'est réunis tous contre cette obligation vaccinale et le pass sanitaire. Et depuis, donc le 17 juillet, nous marchons comme ça en Guadeloupe chaque samedi. Et chaque jeudi, nous faisons des meetings pour dénoncer le fait que nous sommes contre l'obligation vaccinale et le pass sanitaire. Mais il est vrai que sur notre plateforme de revendication, au-delà de l'obligation vaccinale et le pass sanitaire, nous avons d'autres points, comme le problème de l'eau. D'accord ?

En Guadeloupe, nous avons une eau qui n'est pas bonne, donc qui est de mauvaise qualité. Elle est clodéclonée, mais aussi parfois nous avons des matières fécales. Mais aussi, nous n'avons pas de l'eau en quantité. Souvent, il y a des coupures d'eau. D'autres problèmes, le sargasse qui nous envahit et entraînent des problèmes respiratoires. Le problème des jeunes qui sont au chômage massivement chez nous, 60% d'entre eux sont au chômage. Et encore le problème de l'hôpital qui manque de moyens. D'accord ? Donc c'est pour toutes ces raisons-là que nous nous sommes mobilisés.

9:51
Présentateur

Petite parenthèse, les sargasses sont des algues flottantes en état de décomposition des menaces pour la biodiversité qui viennent s'échouer sur les plages de Guadeloupe, dégageant du sulfure d'hydrogène, un gaz à l'odeur nauséabonde qui est également mauvais pour la santé. Un problème qui a pris des proportions préoccupantes depuis une dizaine d'années. Fermeture de la parenthèse. Patricia Pioche nous explique qu'avant que la colère n'explose, il y a eu plusieurs tentatives de discussion avec un pouvoir central hexagonal qui s'est montré inflexible. Et on voit aujourd'hui des forces de répression au lieu d'essayer de dialoguer.

10:25
Invité

Cette mobilisation-là a commencé, mais on a écrit aussi. On a interpellé tous les pouvoirs, les pouvoirs de l'État, les pouvoirs aussi politiques. D'accord ? On a interpellé tout le monde. Le pouvoir de l'État même, on a envoyé un courrier avec notre plateforme. En septembre, le chef de cabinet du préfet nous a reçus. Il était question de nous recevoir à nouveau pour discuter de cette plateforme. Et bien, plus rien. On n'a pas eu de contact. D'accord ? Donc, comment je perçois ce qui se passe ?

C'est qu'au lieu, donc, après tant de mobilisation, après tous ces contacts, tous ces appels à dialogue qui ont été faits, au lieu, justement, de nous dire, bon, venez, nous allons discuter, voir ce qui est possible dans une négociation, on préfère nous envoyer les forces de l'ordre. Ça, c'est pas normal. Et je pense que, de toutes les façons, c'est la pratique coloniale. On envoie d'abord les forces de l'ordre et puis après, on verra si on discute quand il y aura quelques morts. Et on n'oublie pas dans notre histoire ce qui s'est déjà passé où ces forces-là n'ont pas hésité à tirer sur la population. En mai 67, on n'est même pas obligé d'aller jusqu'à mai 67.

Il n'y a pas longtemps, nous avons un citoyen qui est décédé par la violence des gendarmes, Jean-Claude, en 2020. Donc, ça fait un an, il n'y a pas eu d'arrestation. On a eu beaucoup de personnes qui sont tombées comme ça, de Guadeloupe et qui sont tombées comme ça par les balles du pouvoir colonial.

12:01
Présentateur

La Guadeloupe est l'une des régions les moins vaccinées de France avec 43% de la population cible qui a reçu au moins une dose de vaccin. Nous avons demandé à Particia Pioche pourquoi, de manière spécifique, dans cette région et plus généralement dans les Antilles françaises, il existait une telle hostilité à l'obligation vaccinale.

12:20
Invité

Pourquoi on ne veut pas de l'obligation vaccinale ? Parce que c'est une obligation vaccinale. Parce qu'en fait, cette loi est liberticide. Parce que dans la mesure où on ne te donne pas le choix, on te dit que tu as une obligation de te faire vacciner. Alors que se faire vacciner, c'est un acte médical que chaque personne doit faire avec une conscience éclairée. C'est-à-dire que je choisis de me faire vacciner parce que je sais que ça va me apporter quelque chose de positif. Ce n'est pas le cas ici. Les gens qui veulent se faire vacciner peuvent se faire vacciner. Mais ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, je ne vois pas pourquoi ils doivent aller se faire vacciner.

On est sur une toute petite île et le nombre de personnes qui sont déjà morts à cause du vaccin ou qui ont eu des règles à 75 ans ou qui ont eu des boutons ou qui sont paralysés, c'est une petite île. On nous a bien empoisonnés avec le corps des cornes, on ne fait pas confiance au gouvernement. Oui, il y a cela. Mais je crois surtout aussi, comme je vous l'ai dit, c'est que le Guadeloupéen veut être libre. Vous vous rendez pas compte, si vous voulez aller à un restaurant, il faut que vous montriez un papier. Mais on se croirait sur le gouvernement Vichy. Bientôt, quand il va falloir traverser la route, on va nous demander un papier. Ce n'est pas normal. C'est surtout ça aussi.

Ce n'est pas normal qu'on soit arrivé à ce niveau-là. Et ce d'autant plus qu'ils sont tous sur nous pour qu'on puisse se faire vacciner. Mais personne ne s'inquiète par rapport au clore des cons. Personne ne s'inquiète par rapport au nombre de jeunes qu'on a qui ne bossent pas ici. Personne ne s'inquiète par rapport au fait qu'on est en Guadeloupe premier dans toutes sortes de maladies. Personne ne s'inquiète de ça. Donc, toute cette énergie qu'on met à vouloir nous faire vacciner, même les hommes politiques ici, qui sont nuls, même ces hommes politiques-là qui nous disent « Allez-vous faire vacciner, allez-vous faire vacciner.

» Pourquoi la même énergie, on ne l'a pas mise pour faire en sorte qu'on ait de l'eau chez nous, et de la bonne eau, et faire en sorte aussi que le gouvernement français mette les moyens qu'il faut pour voir comment on fait reculer le clore des cons dans notre terre.

14:24
Présentateur

Patricia Pioche nous a expliqué comment, de manière spécifique en Guadeloupe, le chômage massif des jeunes et aussi la réforme de l'assurance chômage, poussée dans une période particulièrement troublée par l'exécutif Macron, contribuent à échauffer les esprits.

14:37
Invité

La situation en Guadeloupe, sociale et économique, est explosif. Aucun département français, d'accord, ne peut supporter autant de taux de chômage de jeunes, ou même de tout le monde, la population, sans qu'il y ait de débordement. En plus, avec les nouvelles lois de la réglementation concernant le chômage, on va encore à Guadeloupe, parce qu'ils ne vont pas toucher la location chômage. Et il faut savoir qu'en Guadeloupe, déjà, sans cette loi, on était un des départements où le nombre de personnes percevant les indemnités de chômage était le plus faible. Le taux de couverture de personnes percevant l'indemnisation était le plus faible, et le plus faible.

Il va être encore plus faible, plus faible encore. Donc, on va se retrouver avec d'autres familles qui n'ont pas de quoi se nourrir correctement. C'est forcément explosif. Et ça, malheureusement, en face de cela, nous n'avons pas de réponse. Et nous n'avons aucun pouvoir, aucune autorité capable de répondre à ces besoins-là.

15:48
Présentateur

Voilà, j'espère que ces éclairages, en tout cas ce point de vue venu directement du terrain guadeloupéen, vous auront permis d'en juger un peu mieux. Il faut ajouter que, dès ce lundi, la Martinique aussi se met en grève générale sur à peu près les mêmes mots d'ordre que la Guadeloupe voisine. Retour sur le plateau, donc, avec à mes côtés Thomas Porte. Thomas Porte est le président de l'Observatoire national de l'extrême droite. Il est membre de la direction de Génération. Ensemble, nous débrieferons l'actualité politique du week-end. Et on commence justement par les événements en Guadeloupe.

Sur Twitter, Thomas, tu as estimé qu'Emmanuel Macron fut le choix de la répression et du passage en force. Selon toi, décréter le couvre-feu pour des raisons de mouvements sociaux témoigne du degré d'autoritarisme de ce gouvernement.

16:34
Thomas Portes

Oui, je pense que la réponse qui a été apportée par Emmanuel Macron d'annoncer l'envoi à la fois, effectivement, tu l'as dit, de décréter le couvre-feu, l'envoi du GIGN et de forces armées, c'est un mépris total et c'est un peu une gestion coloniale de la crise, puisque ça a été rappelé dans votre intervention. Il y a effectivement la question de la vaccination et du pass sanitaire, mais il faut se rappeler que dès 2009, en Guadeloupe, il y avait eu des mobilisations massives sur déjà à l'époque une plateforme unitaire sur des revendications sociales, sur l'augmentation des salaires, sur des services publics, sur des moyens pour l'école.

Ça avait été annoncé par le gouvernement, il y avait eu un accord et depuis, rien n'a été fait. Et aujourd'hui, la crise du Covid, en fait, elle a exacerbé les inégalités, elle a accentué la pauvreté. Et on parle par exemple de gestes barrières en Guadeloupe, mais on a quasiment un tiers de l'île qui n'a pas accès à l'eau potable. Donc on se demande aujourd'hui comment on peut avoir des gestes barrières et se laver les mains quand on n'a pas accès à l'eau potable. On a un taux de chômage pour les jeunes de moins de 25 ans qui est quasiment de 60%, ce qui est extraordinairement élevé, un des plus hauts quasiment dans le monde.

Donc on voit que la crise sociale, elle est très importante et on ne va pas répondre aux revendications de cette plateforme unitaire qui est mobilisée depuis des mois parce qu'avant de passer à la grève générale, il y a eu des marches, il y a eu des meetings, il y a eu des propositions de discussions et le gouvernement n'a même pas répondu, il n'a même pas entamé de dialogue avec ses interlocutrices et ses interlocuteurs.

Donc aujourd'hui, l'étape d'après, c'est la mobilisation et une fois de plus, comme ce qui se fait malheureusement en France, la seule réponse du gouvernement c'est la répression et on voit qu'il y a aussi à l'oeuvre en face une radicalisation puisque quand vous êtes méprisé que vous portez une plateforme qui est large et unitaire avec une trentaine d'organisations et que la seule réponse du gouvernement c'est l'envoi du GIGN et Gérald Darmanin qui se félicite de ça sur les réseaux sociaux, dépendre aux préoccupations de ces gens-là, il faut leur apporter des moyens urgents, la situation sanitaire est extrêmement préoccupante aussi donc il faut débloquer des moyens d'urgence pour les personnes qui vivent là-bas sinon on va aller vers une catastrophe donc c'est vraiment pas sérieux la réponse du gouvernement aujourd'hui.

18:26
Présentateur

Alors quelque part il y a une sorte de mobilisation des moyens symboliques de la colonialité de part et d'autre d'ailleurs le gouvernement réagit comme une sorte de gouvernement colonial et la réaction de l'autre côté aussi c'est en fait de rappeler le caractère structurellement colonial de ce gouvernement et on a l'impression que ça nous amène vers une sorte d'impasse politique.

18:49
Thomas Portes

Oui effectivement puisqu'il y a quand même un passif et une histoire donc des deux côtés il y a des rappels historiques et je le redis la gestion de la crise telle qu'elle est faite aujourd'hui par la France elle n'est pas acceptable elle rappelle des choses qui ont été faites dans le passé c'est-à-dire que à toutes les revendications sociales, économiques qui sont demandées par des organisations syndicales par des mouvements associatifs et des collectifs sur place on répond par la répression et par la force armée.

Donc on voit bien que malgré ce qui s'est passé dans l'histoire on a toujours tendance à ce que l'État français réprime ces gens-là quand ils ont des revendications et effectivement de l'autre côté il y a aussi un sentiment qui est décuplé puisqu'on a l'impression qu'en 2021 ils sont toujours méprisés ils se considèrent parfois comme des citoyens de seconde zone puisque l'État n'apporte pas de réponse concrète donc on voit qu'on est aujourd'hui dans une confrontation très forte entre des attentes de la population locale qui sont légitimes et un gouvernement français qui ne veut pas apporter de réponse je crois qu'il faut aujourd'hui que la situation se débloque parce que je le répète il y a une urgence sanitaire, sociale et économique et on ne peut pas laisser ces territoires-là dans l'État dans lequel ils sont aujourd'hui donc il faut que l'État aille à la table des négociations qui reçoivent les organisations syndicales vous avez reçu une représentante dans votre émission ce matin qui vous expliquait très bien cela où elle dit qu'ils appellent à la grève générale ils se mobilisent depuis des mois ils n'ont pas eu le début d'une réponse du gouvernement je crois que c'est pas pour un gouvernement macroniste qui se targue depuis son arrivée au pouvoir en 2017 d'être celui du compromis de l'écoute du dialogue et de la prise en compte des différentes positions des uns et des autres on voit une fois de plus qu'entre les mots et les actes il y a une différence et aujourd'hui effectivement le fait qu'il n'y ait à la fois pas de réponse et qu'il y ait une répression organisée par l'état français ça crée des tensions ça crée aujourd'hui des phénomènes qu'on a connus ces dernières nuits sur l'île mais il faut aussi souligner une chose c'est à dire qu'on est en train d'avoir une couverture médiatique qui instrumentalise les faits qu'on voit à la nuit de violence

20:41
Présentateur

les manifestants de nuit ne ressemblent pas aux manifestations

20:43
Thomas Portes

de jour mais on fait semblant de ne pas le voir mais c'est une stratégie qu'on a connue aussi sur d'autres mobilisations sociales c'est à dire qu'on va faire le focus sur une minorité qui dégrade et qui fait des pillages qu'il faut évidemment condamner et d'ailleurs les organisations syndicales locales ont dit qu'elles n'avaient rien à voir avec ces personnes là et que les revendications qu'elles portaient étaient pacifiques et qu'elles se mobilisaient par la grève et qu'elles appelaient à poursuivre le mouvement donc il faut aussi faire attention à ne pas tomber dans le jeu médiatique qui laisse croire que là-bas tout est organisé pour casser les pieds c'est pas vrai la base de la mobilisation ce sont pour des revendications à la fois de santé de services publics d'éducation d'augmentation des salaires on a un tiers de la population qui vit sous le seuil de pauvreté c'est-à-dire avec moins de quasiment 1010 euros par mois

21:23
Présentateur

ça peut aussi expliquer les pillages parce que il y a cette question du taux de pauvreté il y a la question de la réforme de l'assurance chômage qui est une bombe à retardement et a été en Guadeloupe en France en général mais plus spécifiquement dans les territoires où le chômage est très élevé il y a également la question de la hausse des prix de l'inflation traditionnellement les prix sont beaucoup plus élevés dans les territoires outre-mer que dans l'Hexagone et là en fait les prix sont partis pour monter et encore c'est une autre bombe à retardement Bien sûr

21:54
Thomas Portes

puisqu'on a aujourd'hui des situations où des gens n'arrivent plus à se nourrir n'arrivent plus à accéder à des biens de première cécité puisqu'ils n'ont plus les moyens et puis il y a aussi un phénomène qui est latent depuis des années il y a un peu une économie pas parallèle mais qui est un peu informelle et qui aujourd'hui ne bénéficie pas des dispositifs d'aide mis en place par l'État donc ça laisse une très grosse partie de la population en dehors de ces aides-là dans une précarité extrême et je le redis les inégalités et la pauvreté subies par les personnes là-bas elle n'est pas née avec la crise du Covid simplement elle a été comme dans beaucoup de territoires exacerbée mise en lumière et accentuée et il n'y a pas eu de réponse politique de premier choix si ce n'est aujourd'hui les annonces d'une répression enfin il faut quand même mesurer les choses on décrète un couvre-feu pour des mouvements sociaux c'est quand même d'une extrême gravité

22:40
Présentateur

alors on rappelle que tu as été un acteur de la primaire écolo porte-parole de Sandrine Rousseau qui est aujourd'hui un soutien de la campagne de Yannick Jadot lequel Yannick Jadot soutient plutôt le choix du gouvernement d'envoyer des forces de l'ordre supplémentaires en Guadeloupe il l'a dit hier sur LCI

22:55
Invité

en tête des sujets que vous listez sur lesquels vous voulez avancer fortement il y a les enjeux sanitaires on va commencer par la situation en Guadeloupe avec une cinquantaine d'agents du GIGN du Red qui sont envoyés en renfort sur l'île après des nuits des meutes et de violences sur fond de contestation contre le pass sanitaire contre la vaccination obligatoire on va venir au fond de ces revendications mais il y a la violence donc est-ce que vous adhérez à la réponse sécurité apportée actuellement par le gouvernement ?

Je condamne toutes les violences et notamment les violences les destructions de magasins de bâtiments publics d'habitations de logements tout ça est terrible tout ça est intolérable et il est normal que l'état engage des forces pour rétablir la paix en Guadeloupe

23:45
Présentateur

Alors comme on pouvait s'y attendre Yannick Jadot n'est pas sur la même ligne que Sandrine Rousseau qui a tweeté la chose suivante ce qui se passe en Guadeloupe porte le nom de révolte révolte à laquelle on répond par l'arrivée du GIGN et du Red il et elle porte des revendications populaires la force ne peut être la réponse Emmanuel Macron Jean-Luc Mélenchon a lui aussi tweeté son désaccord complet avec Yannick Jadot le gouvernement est responsable du blocage de la situation après près d'un mois de manifestation sans dialogue et en suspendant les soignants non vaccinés les troupes et les unités GIGN et Red envoie signal une intention détestable estime-t-il Fabien Roussel aussi du parti communiste et sur une autre longueur d'onde et toi Thomas on imagine que tu n'es pas d'accord avec ton candidat

24:31
Thomas Portes

je pense que il y a deux choses dans ce que dit Yannick Jadot il dit qu'effectivement il contemne les violences et je crois que là il n'y a pas de sujet là-dessus mais je crois qu'il se trompe quand il dit qu'aujourd'hui il faut se féliciter ou il faut être en accord avec le gouvernement qui envoie le GIGN et des forces armées en Guadeloupe parce que c'est ce que j'ai dit tout à l'heure on ne répondra pas aujourd'hui à la crise qui est traversée en Guadeloupe et aux revendications de Ziderata de celles et de ceux qui sont mobilisés par une répression on n'étouffe pas une contestation populaire par la force on sait que ça ne marche pas et je crois que c'est pas c'est pas aujourd'hui digne de ce qui se passe là-bas c'est un mépris total pour celles et ceux qui se mobilisent qui alertent depuis depuis des mois parce qu'il faut quand même il faut vraiment le dire parce qu'on a l'impression qu'on découvre un peu dans les médias aujourd'hui depuis 3-4 jours ce qui se passe là-bas mais ces gens-là sont mobilisés depuis des mois à travers des marches des meetings d'organisations de manifestations pour dire attention ça ne va pas nous avons besoin de moyens il y a une colère sociale qui est latente et qui couvre dans le pays et si vous ne répondez pas à la plateforme revendicative ou si même vous n'ouvrez pas de négociations ce qui n'a pas été fait ça peut être un mouvement explosif et aujourd'hui le gouvernement français comme il le fait souvent aussi laisse un peu pourrir la situation et on finit par une grosse mobilisation sociale par des grèves générales qui sont là aussi je le redis le fruit de ce qui s'était déjà passé en 2009 où déjà il y avait eu beaucoup de choses mises sur la table personne n'avait répondu et la situation est explosive donc je crois que la réponse elle doit être dans la négociation et il faut répandre à la plateforme revendicative qui est aujourd'hui sur la table qui est je crois d'une justesse absolue

26:04
Présentateur

De toute façon il est évident que pour faire redescendre l'attention mieux vaut avoir disons le plaidoyer des acteurs de la plateforme pour faire redescendre l'attention de toute façon alors on a l'impression que sur plusieurs sujets hier la proposition de Montebourg de bloquer les fonds familiaux vers les pays qui ne se soumettent pas aux QTF de la France avant-hier sur le nucléaire bref sur tout un tas de sujets la gauche est désolée pourtant tout le monde espère tout le monde parle d'unité comment y arriver ?

26:34
Thomas Portes

ça c'est une question difficile et je ne suis pas sûr de livrer la réponse ici aujourd'hui mais effectivement quand on regarde les sondages ne valent pas résultat mais quand on regarde aujourd'hui la situation de la gauche un peu dans les sondages et qu'on voit les différents pourcentages des candidats et des candidats bon ça ne fait pas très très lourd dans la balance je crois que l'unité elle est désirée par une majorité il y a beaucoup de citoyens aujourd'hui ou de syndicalistes ou de gens qui appellent à cette unité là et qui ne comprennent pas pourquoi il n'y a pas de rassemblement maintenant moi j'ai toujours été un militant du rassemblement mais le rassemblement pour le rassemblement ça ne marche pas je crois que si on veut créer les conditions aujourd'hui d'avoir une ligne politique majoritaire à gauche qui transe des perspectives et qui gagne c'est une unité de rassemblement sur une clarté une radicalité politique sur des points très précis il faut acter un certain nombre de désaccords qu'il y a entre les responsables politiques de gauche sur différents sujets mais je crois que les gens ils se retrouveront dans un contenu de rassemblement que s'il y a aussi une clarté politique si on fait une addition de logo pour dire ben voilà il y a tel et tel parti qui sont aujourd'hui ensemble et on va y aller alors que les gens savent qu'on est d'accord sur à peu près rien par exemple sur une plateforme commune je crois que ça ne marchera pas donc il faut acter un programme radical clair qui nous rassemble et c'est le travail qui doit être fait dans les prochains mois maintenant chaque organisation a son candidat on est dans une élection présidentielle c'est aussi le jeu démocratique de pouvoir présenter son candidat moi je n'ai pas tout de suite là-dessus mais il faudra regarder très précisément ce qui se place et je crois que dans le contexte aussi la gauche a une responsabilité c'est-à-dire qu'on ne doit pas créer les conditions il faut créer les meilleures conditions pour ne pas laisser ce pays le pire basculer dans les mains de l'extrême droite voire retomber dans les mains d'Emmanuel Macron avec les ravages qu'on connaît et qu'il y aura encore pour les cinq prochaines années pour des millions de citoyens

28:15
Présentateur

hier en tout cas c'était le lancement de la campagne de Fabien Roussel du parti communiste français qui essaye d'affirmer un ancrage social mais aussi une forme d'en même temps sur les sujets dits régaliens on écoute deux petits extraits de sa prestation à dimanche politique

28:28
Invité

nous ne voulons plus de la gauche qui a renié qui a trahi ça c'est qui ?

mais c'est ceux qui ont gouverné c'est ceux qui ont gouverné en 2012 avec François Hollande et les écologistes et qui ont été portés au pouvoir et qui ont déçu et qui aujourd'hui font qu'en partie la gauche est aussi faible aujourd'hui je veux tourner la page et je veux construire un nouvel espoir et une nouvelle gauche des socialistes et des écologistes et je veux construire une nouvelle gauche celle qui va répondre aux attentes du monde du travail et celle qui va mettre les valeurs universalistes au cœur de la République pour l'égalité des droits de tous les sujets vous plaisez même à la droite c'est presque compromettant pour vous Valeurs Actuelles a été plutôt sympa pour vous Alain Finkielkraut vous a trouvé plutôt c'est presque inquiétant non ?

non mais ça prouve qu'au moins je rassemble largement et au-delà pour l'instant ce n'est pas les sondages mais il y a un phénomène disons d'intérêt

29:22
Présentateur

bref Fabien Roussel a parlé à Dimanche Politique sur France 3 et également sur LCI il a parlé Thomas les deux extraits en fait ils se fracassent l'un sur l'autre quasiment alors stratégie centriste entre guillemets ou alors recentrage à gauche on a l'impression que dans ces thématiques Fabien Roussel hésite encore

29:48
Thomas Portes

je ne sais pas si il hésite mais pour avoir regardé un peu de loin le meeting qu'il a tenu hier à Stalingrad à Paris je crois qu'il a fait un discours qui était très à gauche et très ancré sur la revendication du monde du travail il a fait un certain nombre de propositions comme le triplement de l'ISF l'augmentation du SMIC la nationalisation de certains secteurs notamment bancaires donc je crois que c'est une bonne nouvelle et je crois que le parti communiste a toujours eu dans son ADN les questions sociales les questions populaires les questions environnementales aussi donc je pense que c'est une ligne politique qu'il faut tenir je crois qu'il y a aussi des points de convergence et je le dis ici avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et ça serait on a du mal à comprendre que alors qu'il y a eu un candidat commun en 2012 et 2007 aujourd'hui il y a une division de ces deux candidatures là donc j'espère que dans les prochaines semaines on pourra avoir j'ai envie de dire la possibilité de retrouver le chemin de l'unité comme on a évoqué il y a quelques minutes pour créer les conditions d'avoir un rassemblement le plus large possible mais je crois que les annonces faites par Fabien Roussel hier sur toutes les questions sociales et sociétales elles vont dans le bon sens elles sont de nature à porter des aspirations et des revendications qui aujourd'hui répondent à l'intérêt général et aux besoins des populations et mettent un coup d'arrêt aux logiques libérales qui sont à l'oeuvre et qui sont mortifères

31:02
Présentateur

en parlant justement de Jean-Luc Mélenchon le week-end politique a aussi été marqué par la sortie du programme l'avenir en commun donc de l'union populaire un programme qui est remanié par rapport à celui de 2017 mais bon c'est toujours le même fond un programme qui a été vendu dans les rues et dans les librairies dans un tweet Jean-Luc Mélenchon s'en est félicité l'avenir en commun mon programme pour 2022 1000 points de vente militant ce week-end 10 000 exemplaires vendus dans les rues et le record de toute vente d'essais politiques en librairie Thomas est-ce que tu penses que le débat en vue d'éventuels désistements d'éventuels rapprochements ou fusion à gauche sera plus aisé quand les différents programmes seront sur la table ou alors est-ce que ce sera trop tard ?

31:40
Thomas Portes

Je crois que je ne parlerai pas de désistements ou de fusion parce que c'est toujours un peu péjoratif c'est-à-dire que ce n'est pas l'un qui va se désister pour l'autre c'est au contraire créer les contenus et les conditions pour avoir un rassemblement et je crois que chacun et chacune a sa place dans ce rassemblement de la gauche maintenant effectivement une fois qu'on aura les programmes politiques des uns et des autres il y aura aussi beaucoup plus de clarté on peut être en désaccord avec Jean-Luc Mélenchon mais il faut reconnaître que la France Insoumise a travaillé sur un programme qui est très construit je crois qu'il y a plus de 690 propositions à l'intérieur qui a été évidemment nourrie par celui de 2017 mais enrichie notamment par toutes les propositions de loi qu'ont fait les députés pendant le quinquennat d'Emmanuel Macron il a été le fruit d'auditions de syndicalistes de collectifs citoyens et de différentes personnalités donc c'est vraiment un programme qui est extrêmement riche qui est concret qui est précis qui trace des perspectives et effectivement on attend de voir aujourd'hui les programmes politiques qui seront sur la table il y a une plateforme qui existe pour Europe Écologie Les Verts Yannick Jadot a aussi son programme le Parti Socialiste on a un peu du mal à voir aujourd'hui ce qui va se dessiner le Parti Communiste Français met un certain nombre de propositions sur la table je crois qu'il faudra regarder très précisément ce que les uns et les autres proposent pour cette élection présidentielle et voir si effectivement on peut avoir les possibilités d'un rassemblement sur une plateforme commune radicale et claire qui change la vie des gens parce que c'est aussi ça le sujet c'est-à-dire que les gens ils attendent une perspective politique qui demain qu'elle va être au pouvoir majoritaire va changer leur vie quotidienne parce que Fabien Roussel le dit bien dans son extrait c'est-à-dire que beaucoup de gens ont voté pour François Hollande à l'époque de bonne foi d'ailleurs en disant on veut un candidat de gauche et il va nous changer la vie il va améliorer nos conditions bon il a fait l'inverse de ce qu'il avait dit et donc le non-respect de la parole publique ça abîme aussi durablement la politique et vous avez des gens qui aujourd'hui vous disent mais moi j'ai voté pour Nicolas Sarkozy j'ai voté pour François Hollande et j'ai voté après pour Emmanuel Macron et en vérité la politique qui est menée est toujours la même donc on a aussi besoin de montrer aux gens que quand on va être élu le programme pour lequel on a été élu on va l'appliquer de A à Z

33:37
Présentateur

Alors la gauche est désunie et pendant ce temps à LR il y a une sorte de guerre des chefs et aussi une course à l'échalote vers les thèmes fétiches de l'extrême droite immigration, sécurité sécurité, immigration hier encore il y avait un débat entre les candidats à la candidature de LR et ce débat a beaucoup ressemblé à celui de la semaine dernière dont on avait parlé la semaine dernière justement avec Marion au Beauvalet on regarde des extraits

33:59
Invité

que je veux diviser par trois quand on voudra faire venir quelqu'un de sa famille il faudra que cette personne parle français mais parle vraiment français autrement Madame Hamot il n'y a pas d'intégration possible et il faudra aussi avoir un passeport républicain ça suffit pardonnez-moi la langue pour se sentir français je n'ai pas fini justement mais attendez dans n'importe quel pays vous ne parlez pas la langue vous ne pouvez pas vous intégrer c'est comme ça aussi que grandit le communautarisme et d'autre part il y a l'idée d'un passeport républicain quelqu'un qui vient en France même pour rejoindre sa famille on adhère au principe républicain aucune loi religieuse n'est égale ou supérieure à la loi de la République et la femme est l'égale de l'homme ce sont ces principes-là prétablir l'ordre la police c'est son rôle mais aucun moyen ne doit être mis de côté et s'il faut des symboles pour garder les halls d'immeubles avec des militaires et bien faisons-le parce que la République elle est plus importante que les censeurs qui nous interdisent d'agir j'ai été très surprise par ces propos de Ramayat parce que quand elle était ministre de Nicolas Sarkozy elle venait tous les mardis dans la salle Colbert la salle Colbert c'est la salle à l'Assemblée Nationale dans laquelle se réunissent tous les députés du groupe majoritaire et visiblement à l'époque elle ne se sentait pas micro-agressée et par ailleurs aujourd'hui elle vit à Washington alors elle doit se sentir micro-agressée tous les jours parce que George Washington il avait des esclaves et il les avait depuis l'âge de 11 ans l'âge où il a perdu ses parents donc il y a un moment voilà moi je suis désolée je ne dénigre pas mon pays et surtout il y a un code d'honneur je ne le dénigre pas quand on habite à l'étranger

35:40
Présentateur

alors Thomas tu es président de l'Observatoire national de l'extrême droite comment observes-tu à ce titre l'évolution de la droite dite traditionnelle jusqu'où courra-t-elle après l'extrême droite par exemple en dernière position Valérie Pécresse s'emprénait à Ramayad parce que Ramayad estimait qu'elle se sentait micro-agressée par par la statue de Colbert à l'entrée de l'Assemblée nationale etc et donc finalement ça revient à remettre en doute quasiment son amour pour son pays bref on n'en finit pas jusqu'où ça ira

36:10
Thomas Portes

je crois qu'il faut qu'il rajoute deux chaises dans les débats et qu'il mette Eric Zemmour et Marine Le Pen autour de la table parce que quand on voit les propositions et les propos qui sont tenus enfin là j'entendais il faut être vraiment français mais qu'est-ce que ça veut dire être vraiment français Eric Ciotti qui parle d'envoyer l'armée dans les quartiers pour garder les holdings la semaine dernière on a eu Valérie Pécresse qui nous parlait de tests osseux sur les mineurs des passeports de langue enfin bon on a entendu bon toutes les revendications de l'extrême droite elles ont été reprises par ces gens là et puis bon il faut quand même noter qu'on fait des débats qui durent en général 2h30-3h les débats des républicains sur ces chaînes là on passe 2h15 à en parler du voile de l'immigration de la sécurité de la laïcité et on parle jamais des choses qui préoccupent les français sur le pouvoir d'achat sur les services publics sur l'environnement donc il y a une extrême droitisation du débat qui est extrêmement préoccupante parce que c'est à dire que là on parlait de l'opénisation des esprits à l'époque mais je crois que la zémorisation du débat public elle a imprégné le débat des républicains comme jamais il faut quand même se souvenir qu'à l'époque il y avait Bertrand et pourtant c'est pas mon candidat il avait quitté les républicains parce qu'il était justement en désaccord un peu avec cette radicalité un peu qui considérait trop d'extrême droite au sein des républicains et aujourd'hui il revient il porte des propos qu'Éric Zemmour pourrait tenir donc ça c'est inquiétant parce que ce qu'il veut dire c'est que ce courant idéologique de l'extrême droite il gagne du terrain il engraine des pans entiers de la société et aujourd'hui il guide l'agenda politique et idéologique de ce pays et quand on voit les débats des républicains on a quand même de quoi être inquiet sur ce qui se passe aujourd'hui dans la société française parce que c'est vraiment quand j'entends les propos là je crois qu'il y a deux ou trois ans on aurait entendu de tels débats de tels propos il y aurait eu d'énormes réactions de toute la classe politique pour condamner ce qui est dit là et on a quand même des candidats et je termine là-dessus qui tranquillement reprennent à leur compte la théorie du grand remplacement disent que ça existe disent que c'est pas tabou on a Eric Chotty qui fait que défendre Eric Zemmour à longueur de débat bon ben ils ont qu'à organiser une primaire ensemble avec Eric Zemmour et Marine Le Pen ce sera plus simple

38:12
Présentateur

alors ce week-end la rue a bougé à Paris il y a eu la manif anniversaire des gilets jaunes et aussi la manif nous toutes contre les violences sexistes et sexuelles une manif durant laquelle on a déploré des violences qui sont manifestement parties de groupuscules d'extrême droite on regarde quelques images

38:26
Invité

alors Thomas

39:12
Présentateur

je rappelle donc que tu es le président de l'observatoire national de l'extrême droite tu es toujours très attentif à l'activiste de l'extrême droite dans la rue comment tu interprètes ce coup d'éclat à la manif nous toutes quelles étaient d'ailleurs les forces en présence parce que c'est assez brumeux il y a eu plusieurs explications qui ont tourné sur les réseaux sociaux

39:28
Thomas Portes

c'est pas la première fois que des groupuscules d'extrême droite font le coup de poing dans des manif progressistes on se rappelle tous quand il y avait eu la mobilisation du collectif Adama à Place de la République où Génération Identitaire avait déroulé une banderole au sommet de la Place de la République ils essayaient plusieurs fois d'infiltrer les manifestations bon là c'était un groupe qui s'appelle Némésis qui se dit comme identitaire et féministe et qui est venu dans la manifestation avec des pancartes où on avait des slogans racistes en gros pour dire que toutes les agressions sexuelles et tous les viols et tous les propos sexistes étaient la responsabilité de l'immigration et des étrangers et donc il y a eu quelques agressions notamment on le voit sur vos images il y a des responsables d'un syndicat étudiant d'extrême droite qui s'appelle La Cocarde aussi qui était identifié donc on voit qu'il y a une tentation violente de ces groupuscules là de passer à l'action ça se traduit dans les manifestations ça se traduit un peu partout dans certaines villes où on voit des actions violentes et il y a aussi on parlait tout à l'heure du climat politique du débat des républicains mais je crois que le fait que toutes ces idéologies infusent qu'on ait des propos haineux qui soient tenus à longueur de journée qu'on ait un pseudo candidat à la présidentielle qui soit condamné deux fois pour racisme et qui prenne la parole publiquement ça encourage ces gens là aussi à penser à l'action il y a un sentiment de liberté qui leur donne envie de passer à l'action je crois que les images sont extrêmement parlantes elles sont extrêmement violentes et il faut aussi saluer la réaction du service d'ordre de la manifestation et notamment il y avait aussi le mouvement antifasciste la jeune garde qui était présente pour protéger les manifestantes qui étaient dans les rues parisiennes pour porter des revendications qui étaient légitimes donc il faut être extrêmement attentif avec ça il ne faut pas le prendre à la légère et encore une fois l'extrême droite elle montre que son idéologie elle est à la fois de haine et elle est violente

41:05
Présentateur

il y a aussi eu les gilets jaunes les gilets jaunes qui ont essayé de marquer le coup mais qui semble un peu disons dont l'agenda semble un peu contrarié par l'agenda électoral quelque part est-ce que tu penses que les gilets jaunes peuvent revenir avec la hausse des prix et un certain nombre de thématiques qui ont permis l'émergence il y a quelques années

41:26
Thomas Portes

je ne sais pas s'ils vont revenir parce que déjà pour être tout à fait sincère il n'y avait pas beaucoup de monde qui les avait vu arriver dans l'espace public et on n'avait pas mesuré l'ampleur de cette mobilisation là qui a quand même été longue maintenant les revendications qu'ils avaient mis sur la table à l'époque contrairement à ce qu'on avait laissé croire ils ne parlaient pas d'immigration et de sécurité ils parlaient de pouvoir d'achat de services publics d'accès aux soins de pouvoir comment ils se déplacer quel travail quel salaire et bien trois ans après ces revendications elles n'ont pas été elles n'ont pas été prises en compte il n'y a pas eu de réponse du gouvernement là il y a une étude qui est sortie cette semaine qui dit que sous le quinquennat Macron les 1% les plus riches ont quasiment gagné 3500 euros par an de pouvoir d'achat et les 5% des ménages les plus pauvres ont perdu jusqu'à 40 euros donc on voit bien que le creusement des inégalités s'est accru maintenant est-ce que ça va repartir ou pas je ne sais pas mais en tout cas la colère sociale dans ce pays sur les inégalités sur le manque d'accès aux soins et sur les perspectives qu'on offre aux gens et avec l'accumulation des réformes vous avez cité tout à l'heure la réforme de l'assurance chômage qui est quand même un des symboles de ce gouvernement qui fait la chasse aujourd'hui aux chômeurs et non au chômage et est un des points d'orgue du macronisme donc je pense que le couvercle de la colère sociale il est toujours là voir comment il va s'exprimer ça je ne sais pas mais en fait les revendications légitimes qu'ils avaient posées sur la table elles sont toujours là et il faudra un jour ou l'autre y répondre parce qu'on ne peut pas accepter que dans la cinquième puissance économique du monde on ait 10 millions de pauvres 12 millions de précaires énergies des gamins qui fassent la queue devant les banques alimentaires parce qu'ils n'arrivent pas à nourrir il faut répondre à ces gens-là

42:51
Présentateur

Alors ce week-end a aussi été marqué par des manifestations et des répressions de manifs antipass sanitaires en Europe à Rotterdam aux Pays-Bas où les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles faisant quelques blessés graves à Bruxelles et aussi en Autriche très clairement il y a là une tentation autoritaire mais tu te veux prudent on en a parlé avant l'émission notamment parce que selon toi ces manifs sont au moins dans certains pays téléguidés par des forces d'extrême droite dont l'agenda est très loin d'être humaniste mais la colère elle est elle sourd quand même quelque part du peuple on a l'impression

43:22
Thomas Portes

Non mais vous avez raison mais effectivement parce qu'il y a certains pays on parlait de l'Autriche quand on regarde qui c'est qui appelle à la manifestation c'est des organisations politiques d'extrême droite donc il faut être extrêmement vigilant à ce qui se passe ce qui ne signifie pas que tous les gens qui sont dans la rue sont d'extrême droite loin de là mais c'est vrai que ce week-end il y a eu des mobilisations qui étaient d'une ampleur très importante dans différents pays européens et il y a eu une tentation effectivement des gouvernements de répondre uniquement par l'autoritarisme par la répression enfin on voit quand même qu'il y a des endroits où on tire à balles réelles ou pas sur les manifestants donc ne serait-ce que tirer même avec des balles non réelles sur des manifestants s'en interroge et je crois que ça en dit long sur aujourd'hui l'état aussi de l'Union Européenne et des politiques qui sont menées dans tous les états où on veut concasser toute forme de mobilisation sociale qu'on ne veut pas répondre aux préoccupations des gens parce que c'est un peu comme ce qui se passe en Guadeloupe derrière les mobilisations contre le pass sanitaire il y a aussi la mobilisation pour les services publics hospitaliers il y a la mobilisation pour plus de moyens pour la hausse des salaires et tout un certain nombre de revendications qui sont portées aussi derrière et qui reviennent par la porte de la crise Covid puisqu'elles étaient sur la table avant et elles sont toujours là et elles sont exacerbées donc je crois qu'il faudra apporter des réponses concrètes là-dessus et il ne faut pas il faut regarder avec attention ce qui se passe parce qu'effectivement il y a une colère qui est aujourd'hui très importante et quand il n'y a pas de réponse des gouvernements à cette colère souvent populaire et sociale il peut y avoir une traduction dans les urnes après pour des votes qui sont d'extrême droite parce qu'il y a un sentiment de ne pas être pris en cote d'amendant de dire on va voter un peu pour le pire donc il faut être extrêmement vigilant à tout ce qui se passe

44:51
Présentateur

Merci beaucoup en tout cas Thomas pour ton éclairage et merci d'être aussi disponible pour le Média TV Il y a également eu des échauffourés et ce qu'on pourrait appeler des tirs de sommation au Burkina Faso ou des foules de jeunes en colère ont bloqué le chemin d'un convoi de l'armée française dans la ville de Kaya un convoi qui s'en allait au Niger il s'en est fallu de peu pour qu'un carnage semblable à celui du 9 novembre 2014 en Côte d'Ivoire dans une telle configuration qu'un carnage comme celui de 2004 en Côte d'Ivoire se produise dans une telle configuration l'armée française avait tiré sur des jeunes et tué plusieurs centaines d'entre eux il n'y a jamais eu de procès ni en Côte d'Ivoire ni en France pour ces faits de 2004 finalement on a compté aujourd'hui quelques blessés à Kaya mais c'est un signal d'alarme jusqu'à quand l'armée française restera investie sur des territoires où elle est désormais contestée de manière radicale on débriefera avec notre journaliste Thomas Dietrich bon connaisseur du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest qui a suivi tout ça durant ce week-end mais avant ça regardons un court reportage de BF1 TV une chaîne de télévision locale qui traduit un peu l'ambiance qui règne

45:55
Invité

réaction tout de suite Kaya dans le centre nord où on a frôlé le pire aujourd'hui les manifestants projetaient de s'attaquer au convoi militaire français un ultimatum avait même été donné au troisième jour donc du blocage du convoi dans la foulée les soldats français ont effectué des tirs de sommation il y a eu des blessés mais aussi une bonne nouvelle pour les manifestants et bien le gouvernement annonce le retrait du convoi du territoire burkinabé Mamounata Kabouri le convoi militaire français ne passera pas depuis hier Kaya résiste et résiste encore avec des vagues de protestations qui se sont multipliées ce matin les manifestants décidés à repousser le convoi hors le temps donnent des ultimatums pour un repli définitif c'est éprouvant alors les soldats français craquent et font des tirs de sommation pour intimider c'est la débandade et des blessés sont enregistrés selon nos confrères de l'AIB l'agence d'information du Burkina mais c'est sans compter avec la témérité de populations déterminées à sortir des griffes de la domination française elles ne veulent plus de troupes françaises sur le sol burkinabé et restent fermes peu après la foule grossit encore et encore le gouverneur de la région du centre nord et le maire de Kaya qui était sur les lieux la veille reviennent à la charge cette fois au nom du gouvernement l'armée française ne dormira pas cette nuit à Kaya mieux elle quittera le territoire burkinabé annonce Casimir Segda il est environ 16h30 les fils et filles de Kaya sont toujours positionnés attendons le départ du convoi premièrement

47:56
Présentateur

je voudrais partager avec toi mon étonnement que cette actualité soit si peu finalement couverte par les médias français dès lors qu'on accepte les médias destinés principalement à un public africain comme France 24 et RFI alors que ce qui s'est passé est quand même important oui

48:13
Invité

c'est assez inquiétant même pour l'état de notre démocratie et l'état de notre presse parce que l'opération Barkhane alors elle est en train d'être déployée mais ça a compté jusqu'à 5100 soldats français c'est la plus grosse opération militaire française dans le monde c'est un coût important pour le contraire 1,2 milliard d'euros par an c'est un coût humain aussi il y a 57 soldats français qui sont décédés depuis 2013 donc ce qui s'est passé au Burkina Faso depuis jeudi avec ce convoi de l'armée française qui a été bloqué par des manifestants normalement ça doit faire la une des journaux ça devrait engendrer des débats sur l'opportunité ou non de la présence militaire française au Sahel est-ce que finalement on contribue à ramener la stabilité dans cette région du monde on contribue à aggraver les choses pour remettre un peu les choses dans le contexte et raconter ce qui s'est passé parce qu'il y a pas beaucoup de gens qui soient au courant donc il y a un convoi logistique assez important qui est parti de Abidjan en Côte d'Ivoire de l'armée française et qui remontait vers le Niger et vers le Mali pour aller à Gao qui est une des principales bases françaises au Mali et donc ce convoi remonte la Côte d'Ivoire arrive au Burkina Faso et les populations apprenant qu'il y a un convoi de l'armée française qui traverse le Burkina se mettent à faire des barricades à Ouaga et puis cette ville qui est située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou sur la route du Niger qui s'appelle Kaya et donc des manifestants pacifiques il faut le préciser vont ériger un barrage et bloquer le convoi de l'armée française qui va être bloqué pendant plus de 48 heures à Kaya et ce qui se passe c'est que la tension est extrême le ton monte à un moment on ne sait pas trop pourquoi visiblement quand les français se seraient retranchés dans une ancienne mine certains manifestants auraient essayé de découper le grillage il y a eu des tirs de sommation alors c'est assez étrange parce que ces tirs de sommation ont fait 4 blessés par balle dont un qui a été blessé à la joue il n'y a pas eu de mort et finalement les autorités français Jean-Yves Le Drian le ministre des affaires étrangères a demandé au président burkinabé Roque Caboret d'intervenir pour essayer de résoudre cette situation qui était inextricable parce que les manifestants demandaient à ce que le convoi retourne et ne continue pas vers le Mali qui retourne en Côte d'Ivoire puisque l'armée française n'est plus désirable selon ces manifestants et selon cette partie de la population burkinabée donc les autorités burkinabées sont intervenues et le convoi a fait demi-tour ce qui est quand même un camouflet assez important et ce qui pose question parce que cette voie-là cette sorte de voie sacrée un peu comme on avait à Verdun où on approvisionne tout ce qu'on ne peut pas amener par avion depuis la Côte d'Ivoire jusqu'au Sahel si demain on ne peut plus l'utiliser parce qu'il y a des manifestants qui élèvent des barricades contre la présence militaire française comment on va continuer à mener l'opération Barkhane qui est l'opération de lutte contre le terrorisme

51:10
Présentateur

au Sahel Donc la question de la légitimité de la présence française du fait qu'il y a quand même un gros sentiment disons anti-armée française dans cette zone elle est posée pourquoi les jeunes burkinabés de Kaya de Ouagadougou mais aussi les jeunes au Mali voire en Côte d'Ivoire sont-ils aussi hostiles à la présence militaire française ? Bon déjà c'est une présence qui est un peu anachronique puisque ce sont des pays qui sont indépendants mais quelles sont les raisons de la colère ? Alors

51:38
Invité

je pense qu'il y a une raison principale ça veut dire les français l'armée française est là pour combattre le terrorisme depuis 2013 début 2013 donc on est là depuis 8 ans il y a l'opération Serval puis l'opération Barkhane je disais qu'il y avait des moyens importants qui avaient été engagés on est venu au départ pour bouter les islamistes hors du Mali ce qui pouvait être une mission noble et peut-être que furtivement on a pris l'armée française pour des libérateurs mais au fur et à mesure l'armée française est devenue une sorte d'armée d'occupation Robespierre disait personne n'aime les missionnaires en armes et je crois que c'est vrai ça veut dire que la jeunesse aujourd'hui la jeunesse malienne la jeunesse burkinabée même si la présence de Barkhane est beaucoup moins nette au Burkina qu'au Mali voilà se révolte et veut reprendre son destin en main et on a marre d'avoir une armée étrangère une armée française qui est présente surtout que les résultats de Barkhane c'est quoi c'est à dire que quand vous prenez la zone rouge du ministère des affaires étrangères les cartes sur cette région du monde les zones déconseillées aux voyageurs ça n'a cessé de s'étendre c'est à dire que le terrorisme s'est étendu on est parti du nord du Mali pour atteindre la région des trois frontières entre le Mali le Niger le Burkina le Burkina est touché depuis 2016 par une présence djihadistes au nord à l'est quelques jours avant que ce convoi ait été bloqué par les manifestants il y avait eu l'attaque d'une gendarmerie par des djihadistes liés à Al-Qaïda où plus de 50 gendarmes qui étaient affamés sous-équipés ont été tués donc évidemment il y a une colère pourquoi l'armée française qui est là depuis huit ans n'arrive pas à résoudre la situation n'arrive pas à vaincre le terrorisme et ça laisse libre cours à tous les fantasmes y compris toutes les fake news en disant que oui l'armée française est complice des terroristes ce qui n'est pas vrai peut-être qu'à certains moments on a eu des relations un peu ambiguës avec des milices qui elles-mêmes jouaient double jeu avec les terroristes mais il ne reste pas moins qu'on n'arme pas on ne soutient pas directement les terroristes le problème c'est qu'on n'arrive pas à vaincre parce que c'est une guerre asymétrique parce que finalement le Sahel est en notre Afghanistan et on ne pourra pas gagner cette guerre elle ne se gagnera que de manière endogène par le développement par des régions où aujourd'hui l'emprise des terroristes est forte et on n'a jamais construit l'essentiel c'est-à-dire la santé des routes des écoles des hôpitaux la légitimité de l'Etat la légitimité de l'Etat et la responsabilité de la France est grande en ayant mis en place des régimes qui souvent n'avaient cure du bien-être de leur peuple je ne parle pas forcément au Burkina puisqu'au Burkina il y a eu l'élection démocratique de Roque Caboret en 2015 après des années Compaoré après des années du dictateur Compaoré qui avait été soutenu par la France et qui a été renversé par une révolte populaire en 2014 ce qui se passe au Burkina ce n'est pas un hasard si ça se passe au Burkina c'est le pays des hommes intègres c'est le pays de Thomas Sankara qui a été renversé sans doute avec l'aide de François Mitterrand et de la France de l'époque et c'est un pays qui est vraiment très attaché à sa souveraineté à son indépendance c'est pour ça qu'il n'y a pas forcément il y a des interventions militaires françaises mais il n'y a pas forcément de cantonnement militaire français il n'y a pas de base militaire excepté celle des forces spéciales mais c'est quand même une présence qui est plus modeste c'est pas pour rien mais il y a véritablement une colère des populations contre cette France qui finalement n'arrive pas à rétablir la sécurité au Sahel et qui même continue à soutenir certains autocrates en place qui par exemple on l'a vu en avril quand Emmanuel Macron s'est rendu au Tchad à doubler le fils des billes qui venait de faire un coup d'état pour prendre la suite de son père et les populations sont prises finalement en tenaille entre d'un côté ces régimes autoritaires qui sont soutenues par la France et de l'autre côté ces terroristes et au milieu de ça ils n'ont aucun espoir

55:27
Présentateur

Alors ces événements se déroulent dans un contexte de défiance généralisée contre la France et les récentes déclarations de Jean-Yves Le Drian sur le Mali mais bon en fait la question sahélienne est une question globale ces récentes déclarations de Jean-Yves Le Drian n'ont rien arrangé on l'écoute

55:44
Invité

Au Burkina où un convoi militaire a été bloqué est-ce que la France est toujours bien accueillie en Afrique ? Il y a des manipulateurs là aussi par des réseaux sociaux par des fausses nouvelles par l'instrumentalisation d'une partie de la presse qui joue contre la France certains parfois même inspirés par des réseaux européens Est-ce qu'il n'y a pas une dégradation des relations entre la France et l'Afrique ? Entre la France et l'Afrique ?

Non je ne crois pas je pense que plus globalement je reviendrai sur le Sahel mais plus globalement les initiatives qui ont été prises par le président de la République au mois de mai dernier sur l'élaboration d'un New Deal pour l'Afrique parce que la question pour l'Afrique là maintenant ça va être la question de sortie de crise les Etats-Unis viennent de faire un plan de relance considérable l'Europe vient de faire un plan de relance considérable et alors l'Afrique qu'est-ce qui va se passer ?

Et donc il importe d'avoir les outils nécessaires pour permettre que l'Afrique fasse un saut qualitatif dans son développement en sortie de crise Mais pour revenir quand même sur le Burkina parce que quand vous entendez

56:55
Thomas Portes

armée française dégage est-ce que ça ça ne veut pas dire que la France c'est plus sa place là-bas ?

56:59
Invité

Oui c'est aussi ce qu'on entend en République centrafricaine parfois et c'est aussi parfois ce qu'on entend au Mali il y a des réseaux qui sont spécialisés là-dedans Je pense que sur le fond au Sahel avant de repasser sur l'Afrique en général les choses sont très claires Il y a 5 pays dont les autorités responsables qui pour 4 d'entre elles pas pour le Mali sont élus dans des résultats électoraux qui ont été constatés et qui ont été reconnus 5 pays demandent à la France d'intervenir pour les aider à lutter contre le terrorisme et nous répondons à leurs demandes avec l'appui des Nations Unies avec l'appui des Nations Unies et avec l'appui des Européens que la grande nouveauté par rapport à la question que vous me posez c'est que les Européens sont là non seulement dans la formation des forces armées de ces 5 pays mais aussi physiquement par des forces qui sont capables de lutter contre le terrorisme 10 pays européens il y a quelques années vous n'auriez jamais vu ça

57:55
Présentateur

Alors Thomas donc Jean-Yves Le Drian sur la question globale du Sahel qui disons essaye d'être droit dans ses bottes et sur la question du Mali en fait un extrait qu'on n'a pas vu où en gros il condamne et il met en garde les autorités maliennes qui en fait sont des autorités de transition et qui disons sont manifestement en train d'essayer de se rapprocher de la Russie notamment via l'entreprise de mercenaires comment tu juges la prise de parole de Jean-Yves Le Drian sur ces questions africaines ?

58:31
Invité

C'est un biais psychologique assez fascinant quand même c'est-à-dire que je pense que ça serait intéressant d'amener des psychiatres au Quai d'Orsay et au ministère de la Défense français et de les laisser étudier parce que c'est un vrai cas d'école et Jean-Yves Le Drian qui est le tenant de la vieille France-Africa papa sort de faucard au petit pied et l'exemple le plus intéressant on est dans le déni total c'est plus le syndrome de fachoda comme il y avait au XIXe siècle on voyait les anglais nous piquer nos collines en Afrique c'est le syndrome Wagner Wagner du nom de cette société militaire privée russe qui n'a aucune existence officielle mais qui est très liée au Kremlin et qui est présente sur de nombreux théâtres de guerre Syrie en Centrafrique et effectivement les autorités maliennes ont envisagé de conclure un contrat avec ces sociétés de mercenaires ce qui a suscité l'ire de Paris et le Drian en ce moment il voit des russes partout ils sont obsédés par les russes ils expliquent tout par les russes c'est-à-dire que la perte de puissance de la France son précaré qui se réduit comme peau de chagrin la colère de la population qui s'est exprimée à Kayam et qui s'exprime ailleurs tout ça on l'explique qu'on dit oui mais en fait c'est les réseaux sociaux c'est des trolls russes c'est des mercenaires russes qui manipulent tout ça alors oui pour une petite partie mais en fait c'est très raciste de dire ça c'est très colonialiste c'est-à-dire que les africains n'auraient pas leurs propres pensées ne pourraient pas exprimer une volonté de souveraineté sans être manipulés par un marionnettiste qui serait une grande puissance et puis derrière c'est très très commode ça veut dire que comme on s'est trouvé un bouc émissaire voilà tout ça c'est la faute des russes ça évite qu'on se regarde dans le miroir ça évite qu'on balaie devant sa porte ça évite qu'on regarde nos fautes nos erreurs nos aveuglements qu'on a depuis des années en Afrique je parlais tout à l'heure du soutien inconditionnel aux dictateurs ces dictateurs-là qui poussent certaines personnes en manque d'espoir dans les bras des terroristes je pourrais parler du franc CFA qu'on a vite fait un ravellement de façade mais c'est resté le même je pourrais parler encore des bavures de l'armée française parce que ce qui crée la défiance ça peut être aussi les bavures comme il y a eu à Bounti au Mali en ce début d'année où l'armée française l'aviation française a bombardé un mariage tue en 22 civils et quand l'ONU a fait une enquête et a dit ah en fait c'était pas du tout des jettis c'est un mariage la France par la voix de la ministre des armées Florence Parly a traité l'ONU menteur donc finalement ce qui se passe aujourd'hui la perte d'influence de la France c'est pas un grand plan machiavélique de la Russie pour prendre le précaré c'est pas le grand remplacement de la France en Afrique c'est simplement le grand n'importe quoi de la France qui laisse la porte ouverte on parle de la Centrafrique où effectivement le président centrafricain s'est allié avec les Russes et notamment cette société Wagner à quoi c'est dû ?

la France en 2016 elle a interrompu son opération militaire elle a plié l'armée bagage elle a laissé la Centrafrique dans le chaos le plus absolu 80% du territoire a été contrôlé par des milices donc le pauvre président centrafricain s'est retrouvé tout seul avec une armée nationale qui était incapable de lutter contre les terroristes et il s'est tourné vers les Russes et d'ailleurs c'est même Emmanuel Macron qui lui a dit bon ben allez-y nous on ne peut plus rien faire pour vous aller voir les Russes pour voir s'ils n'ont pas quelques instructeurs ou quelques armes à vous donner et c'est comme ça que les Russes ont mis le pied dans la porte moi je pense que on a beaucoup expliqué dans les médias français quelques médias français qui ont parlé des incidents à Kaya on a dit oui mais tout ça ça peut être instrumentalisé Jean-Yves Le Drian a relié un peu cette rumeur qui pour moi est affrontée oui il y a des gens sur les réseaux sociaux moi je pense que c'est la colère d'un peuple les Burkinabés et même au-delà la colère des Sahéliens qui demandent des comptes d'ailleurs qu'on n'aura jamais demandé vraiment leur avis sur la présence militaire française qui veulent savoir qu'est-ce que fait cette armée française pour leur sécurité parce que je parle du Burkina c'était quand même un pays qui jusqu'il y a 5 ans était stable avait conquis la démocratie en 2014 en versant Blaise Compaoré qui tout d'un coup s'est plongé dans le chaos le plus absolu et que c'est un pays qui est riche aussi on l'oublie souvent il y a le coton il y a l'or et bien évidemment les djihadistes se précipitent sur les mines d'or et essayent d'exploiter de manière artisanale parce que là ça leur fait des rentrées et on oublie aussi souvent le côté économique de tout ça c'est-à-dire que c'est assez marrant de voir la première société qui exploite de l'or au Burkina Faso Endover Mining pour des raisons fiscales ils sont domiciliés au Canada ils sont détenus par un milliardaire égyptien mais le PDG c'est qui ?

c'est un français bien de chez nous bien connu d'ailleurs qui s'appelle Sébastien de Montessu qui est l'ancien directeur des études d'Areva mis en examen dans l'affaire Uramine je ne sais pas si tu te souviens ce scandale où on a acheté fort cher 1,8 milliard d'euros au frais du contribuable des mines en Centrafrique en Afrique du Sud-Namibie qui ne valait pas un COPEC et ce monsieur-là participe au pillage à l'exploitation de ces ressources minières au Burkina Faso et bien évidemment il y a des soupçons de non-paiement d'impôts d'évasion fiscale on sort l'or sans payer forcément les taxes au gouvernement burkinabé et le Burkina aujourd'hui continue à vivre dans la misère la plus noire c'est un des dix pays les plus pauvres du monde on n'arrive pas à financer une armée à avoir une armée qui est capable de lutter contre les djihadistes alors avant de donner des grandes leçons qu'en fait Jean-Yves Le Drian je pense qu'il faudrait comme disait Thomas Sankara permettre de faire un pas avec le peuple plutôt que dix pas sans le peuple ça veut dire donner laisser les burkinabés avoir les moyens de leur propre développement exploiter leurs mines utiliser leurs ressources pour construire un état un état qu'on avait d'ailleurs détruit dans les années 90 par les plans d'austérité du fonds monétaire international qui a complètement cassé l'administration et c'est une des raisons pour laquelle aujourd'hui le Burkina se retrouve si démuni face à des terroristes et obligé de faire appel

1:04:50
Présentateur

à de l'aide extérieure un pas avec le peuple plutôt que dix pas sans le peuple je pense que c'est un conseil qui pourrait être donné sur la politique africaine mais également en Guadeloupe en France de manière générale et dans tout le monde occidental finalement aujourd'hui où la crise sanitaire est un véritable défi pour les démocraties pour justement tout ce système qui consiste finalement à gouverner avec avec l'acceptation du peuple et aujourd'hui ça ne marche pas forcément et on est vraiment inquiet de la dérive autoritaire qui est charriée donc par cette crise Covid

1:05:32
Invité

et pour finir sur le Sahel il faudrait qu'il y ait un débat à l'Assemblée nationale française c'est-à-dire il y a quand même eu un convoi qui a été bloqué il y a eu des tirs qui ont blessé des Burkinabés il faudrait qu'on puisse débattre de Barkhane et que ce ne soit pas seulement des débats qui ne débouchent sous rien c'est-à-dire qu'on puisse vraiment dire mais dans quoi on s'engage parce qu'on engage quand même l'honneur de la France la France par son inaction par son déni se salit pour moi au Sahel et il n'y a pas besoin d'être stipendier par les Russes pour le dire moi je suis fier d'être français je suis fier de mon pays mais j'ai honte de ce qui se passe actuellement de voir cette France qui finit par être détestée par les populations africaines et qui comme dirait Magro n'est plus une figure secourable pour tous les hommes

1:06:18
Présentateur

Merci beaucoup Thomas merci d'avoir été avec nous et de nous avoir éclairé sur ce qui s'est passé ce week-end au Burkina Faso Voilà la compte matinale du Média c'est terminé pour aujourd'hui restez connectés au Média car à 19h ce sera le nouvel épisode de l'instant porché notre émission économique hebdomadaire demain je serai encore vous avec vous dès 7h du matin bien entendu la compte matinale se consomme en direct et en replay partagez mettez des petits pouces bleus et si vous le pouvez soutenez-nous et rendez pérenne cette compte matinale qui ne repose que sur vous notre public donnez-nous de la force donnez-vous de la force à demain et rendez-vous de la force

1:06:55
Locuteur

et rendez-vous de la force