Macron : les coulisses d'un rétropédalage - C à Vous - 06/12/2018
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« Si nous ne trouvons pas les bonnes solutions, alors nous n'appliquerons pas cette taxe. »
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« Le gouvernement ne proposera pas au Parlement de rétablir ses dispositions fiscales dans le projet de loi de finances. »
- 1:03InvitéPromesse
« Si un accord intervient, si et seulement si un accord intervient, nous l'inscrirons dans le projet de loi de finances rectificative prévu au printemps. »
- 1:35InvitéFait
« La hausse de cette taxe est désormais abandonnée dans le PLF 2019. Elle ne sera pas dans le PLF 2019 et toute solution devra être issue du débat. »
- 2:27PrésentateurFait
« Ces trois augmentations de taxes qui étaient prévues au 1er janvier 2019, elles sont annulées pour l'année 2019. »
- 3:39Locuteur non identifiéFait
« Il va parler d'écologie populaire. »
- 3:48Locuteur non identifiéFait
« Il paraît que c'était inscrit. Il paraît que c'était écrit noir sur blanc. »
- 4:53Invité politiqueFait
« Les paramètres, évidemment, c'est céder face à la violence de quelques-uns, c'est le paramètre de l'opinion publique aussi. »
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Pour tenter d'apaiser les tensions avec les gilets jaunes, l'exécutif a donc reculé, un recul en deux temps. On revient sur les coulisses de ce recul avec le chef du service politique de France Inter, Yaël Gauze.
Bonsoir Yaël Gauze. Alors, dans l'armée, n'est-ce pas, général, on apprend l'art du repli en bon ordre, en politique. On pratique souvent le recul dans le désordre. Et vous avez parlé d'un recul en deux temps, moi je dirais plutôt en quatre temps. On va l'essayer. J'ai écouté votre papier ce matin sur Inter. Récit de cet abandon. 15h08, Edouard Philippe, à la tribune de l'Assemblée nationale, hier, la hausse est suspendue. Elle est quasiment enterrée, mais pas tout à fait.
Je le dis ici, si nous ne trouvons pas les bonnes solutions, alors nous n'appliquerons pas cette taxe. Et c'est la raison pour laquelle le gouvernement ne proposera pas au Parlement de rétablir ses dispositions fiscales dans le projet de loi de finances. Si un accord intervient, si et seulement si un accord intervient, nous l'inscrirons dans le projet de loi de finances rectificative prévu au printemps, prévu de longue date d'ailleurs, au printemps.
Nous n'appliquerons pas, sauf si. Voilà. Là, on est à peu près clair. Le débat se prolonge à l'Assemblée nationale. Il est 19h39 exactement. Dernière prise de parole du Premier ministre qui prononce une phrase dont la portée échappe à ceux qui l'écoutent. Alors écoutez bien, Edouard Philippe parle de l'inscription de la hausse dans le projet de loi de finances, c'est-à-dire le budget 2019.
La hausse de cette taxe est désormais abandonnée dans le PLF 2019. Elle ne sera pas dans le PLF 2019 et toute solution devra être issue du débat.
Vous avez entendu le mot « abandonner » mais pas de réaction. La phrase n'est pas d'une clarté aveuglante. L'AFP notamment, l'agence France-Presse, ne réagit pas. Alors à 20h, l'Elysée prend son téléphone, appelle plusieurs médias dont France Info qui en fait un push, une alerte à 20h08. La hausse n'est pas suspendue mais annulée. Oh, les journalistes, annulée. Mais il manque une expression publique. Alors c'est Emmanuel Macron lui-même qui décroche son téléphone pour appeler son ministre François de Rugy, lequel va faire face à 4 gilets jaunes sur le plateau de BFM. C'est le quatrième temps du recul. Annulée.
Ces trois augmentations de taxes qui étaient prévues au 1er janvier 2019, elles sont annulées pour l'année 2019. Comme ça, il n'y a pas d'entourloupe. Parce que le président, je peux vous dire, je l'ai eu au téléphone il y a quelques minutes, il m'a dit, les gens ont eu l'impression qu'il y avait une entourloupe. On leur disait c'est une suspension mais après, hop, ça reviendra après. Voilà, là c'est annulé, c'est clair.
Yael, le Premier ministre dans la lumière, le Président de la République dans la coulisse. Est-ce que la réalité est conforme à l'image projetée, c'est-à-dire un Président qui semble pousser au recul, un Premier ministre qui freine, même si au final c'est bien lui, Édouard Philippe, qui est le premier annonce l'abandon ?
Parce qu'Édouard Philippe, derrière, c'est lui qui va gérer les comptes publics, le budget à venir et faire rentrer les milliards manquants, 4 milliards maintenant, dans les caisses de l'État. Donc il se pose des questions. Effectivement, sauf que là, les Français, les gilets jaunes ont besoin d'une clarté dans le message. Et là, l'Élysée, furieux, il faut que ce soit clair. Annulation et on avance d'un pas pour déminer la journée de samedi qui les inquiète. En réalité, derrière, depuis 15 jours, on a comme un consentement décalé au fait de lâcher du lest. C'est-à-dire que le mardi 27 novembre, c'est le discours le plus important, c'est la première réponse d'Emmanuel Macron au gilet jaune.
Il va parler d'écologie populaire. C'est l'information essentielle, celle-là. Ça, c'est essentielle. Dans la première version du texte, il y a la volonté d'inscrire suspension des hausses de texte. Il paraît que c'était inscrit. Il paraît que c'était écrit noir sur blanc. Mais seul le prononcé fait foi en politique. Vous connaissez la formule consacrée. Et le prononcé, ce n'est pas ça. Il n'y a pas le moratoire. – Alors, sous la pression, dit-on, d'Édouard Philippe et d'Alexis Collère, le secrétaire général de l'Élysée. – Mais l'arbitre ultime, le chef, c'est lui qui arbitre, c'est quand même le président de la République.
Donc, il commet l'erreur de temporiser, puisqu'après, le conflit va s'aggraver, s'envenimer. Mais Édouard Philippe a été à l'origine, quand même, d'une résistance. Pourquoi ? Le débat, il est extrêmement puissant au sommet de l'État. Si vous reculez, est-ce que vous tuez votre quinquennat ? Et toute chance de pouvoir mener votre politique jusqu'au bout ? Si vous reculez pour mieux sauter l'obstacle et pouvoir continuer à réformer, c'est le débat qu'il y a eu entre les deux. Et on a ce décalage dans le temps.
Il faut dire qu'avant aussi, il y a eu une déception sur la main tendue des corps intermédiaires, de la CFDT, dans la première interview d'Édouard Philippe, le 18 novembre, je crois, 20h de France 2, il dit non, enfin, il dit, ce n'est pas la solution. Ça, ça fait beaucoup de dégâts dans la majorité, composé beaucoup d'anciens socialistes, et dans laquelle la CFDT joue un rôle aussi.
Les paramètres, évidemment, c'est céder face à la violence de quelques-uns, c'est le paramètre de l'opinion publique aussi. Est-ce que l'opinion publique, est-ce que le soutien au mouvement des Gilets jaunes allait décroître ? C'était l'espoir, il y a encore une semaine, mais ça n'a pas décru, du tout, et encore aujourd'hui. Est-ce que, d'après vos informations, hier encore, Édouard Philippe tenait sur la ligne de la suspension plutôt que de l'annulation, d'où ces deux prises de parole à 4 heures d'intervalle, 3 heures d'intervalle ?
C'était le blackout, pour tout vous dire, c'est l'Élysée qui a repris vraiment en main la communication en expliquant qu'il n'y avait pas de problème, que tout ça avait été vu ensemble, de concert, etc. Je crois, il faut vérifier, mais je crois qu'au Sénat, la formule, parce qu'il y a un autre débat qui a suivi aujourd'hui au Sénat sur les Gilets jaunes, la formule n'a pas été plus claire sur le mot annulation. A vérifier, mais je crois qu'il est resté dans un langage de parlementaire, budgétaire, avec la loi de finances, à venir. Techno ?
Techno, et ça aussi, ça ne concerne pas que lui, mais c'est une des critiques récurrentes dans la séquence actuelle, le profil trop techno des gens qui entourent Emmanuel Macron.
Est-ce qu'on peut dire, Yael Gauze, que le paradoxe, c'est qu'on a une divergence majeure au sommet de l'État, une divergence sur une crise qui, elle-même, est majeure, or, ce couple président-premier ministre était un couple qui fonctionnait de façon très loyale et très bien jusqu'à présent, et que la difficulté pour Emmanuel Macron, c'est éventuellement de trouver un remplaçant à Édouard Philippe qui soit aussi loyal et apparemment dépourvu d'ambition.
C'est ça, et de croire qu'il est le fusible évident. Non, aujourd'hui, je dirais que depuis Nicolas Sarkozy, il n'y a plus vraiment de Premier ministre fusible. Ce sont les présidents qui endossent directement l'impopularité. Aujourd'hui, les dernières courbes montrent que c'est Emmanuel Macron qui prend de plein fouet. Édouard Philippe chute avec lui, mais il ne le protège pas de ce point de vue-là. Donc, qui derrière pour remplacer, il n'y a pas de bonne solution. Quand ? Pourquoi ?
C'est vrai que si ça s'aggrave, le test c'est samedi de toute façon, si ça s'aggrave samedi, il faudra, alors il y a plusieurs options sur la table, vous savez, référendum, dissolution, démission, et la quatrième, la plus logique, grand remaniement. La question, c'est de savoir s'il faudra le faire, si ça se passe mal, il faudra peut-être le faire, avec qui, quand, avant Noël, pour les élections européennes. Là, c'est vraiment au fil de l'eau.
Et en attendant, on guette une éventuelle prise de parole du président de la République. On en parlait il y a un instant avec le général Levinier. Édouard Philippe prend la parole tout à l'heure à TF1, au 20h. Mais le président, lui, Jacqueline Gourault, ce matin disait sur BFM, je crois, il doit parler, il devrait parler d'ici samedi, le président. Pour l'instant, pas d'autres informations, pas plus que Jacqueline Gourault.
Merci beaucoup, Yael Goss, pour votre présence sur le plateau de C'est à vous. C'est alors du 5 sur 5 de Maxime Switek.
Emmanuel Macron