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interviewRMC — Face à Face· 29 juillet 2022 17 min

L'interview : Alexis Corbière - 29/07

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Alexis Corbière

Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Amandine Attalaya.

0:14
Présentateur

Il est 8h37 sur BFM TV RMC, bonjour Alexis Corbière.

0:17
Alexis Corbière

Bonjour, merci de m'avoir invité.

0:19
Présentateur

Merci à vous d'être avec nous ce matin, vous êtes député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. On va commencer par l'arrivée en France du prince saoudien Mohamed Ben Salman, reçu par Emmanuel Macron hier soir à l'Elysée. Est-ce que vous comprenez cette invitation ?

0:34
Alexis Corbière

Non. Moi, depuis plusieurs années, durant la pression de mandature notamment, j'ai demandé qu'il y ait une commission d'enquête sur l'implication de la France dans cette guerre du Yémen, dont on parle peu, vous en parlez parfois, mais les Français peut-être ne savent pas que depuis plusieurs années est engagée une terrible guerre dans laquelle les Émirats Arabes Unis, le Qatar aussi, mènent la guerre contre, on va dire, le peuple yéméni. Et il y a près de 377 000 morts aujourd'hui, près de 20 millions de personnes, selon les différents rapports de l'ONU, qui sont concernés. Et les Émirats Arabes Unis, notamment, utilisent du matériel militaire français, des canons César.

On a envoyé même des experts pour aider les militaires des Émirats Arabes Unis.

1:14
Présentateur

Et vous devriez que la France cesse de vendre des armes, notamment à la France ?

1:16
Alexis Corbière

Au minimum, il y a des traités internationaux dans lesquels nous devons, nous, cesser de participer à ce qui est considéré comme une catastrophe humanitaire. Ça, c'est le premier aspect. Et deuxièmement, MBS, comme on le surnomme, est quand même, selon les éléments qui sont aujourd'hui partagés par beaucoup, que ce soit des gouvernements, même les États-Unis le disent, engagés dans l'assassinat horrible de M. Khashoggi, ce journaliste qui était un opposant. Donc, quand même, je veux bien que le business a ses règles. Mais quand on est la France, le pays de la déclaration des droits de l'homme, que bien souvent, en plus, M.

Macron a eu fait la leçon dans certains débats sur soi-disant les uns et les autres qu'il fréquentait et qu'il ne fréquentait pas, c'était souvent à tort. Là, j'observe qu'il serre la main longuement à un homme qui a les mains tachées de sang. Et je pense que tout n'est pas permis.

2:00
Présentateur

Alors, vous connaissez les arguments de la France. J'entends bien. C'est pour essayer de négocier davantage de pétrole produit en Arabie Saoudite, une baisse des prix. Et en fait, si on fait le parallèle, simplement, ça peut sembler être deux poids, deux mesures, ce que vous dites, dans la mesure où, par exemple, vis-à-vis de Vladimir Poutine, vous dites à la France insoumise, il faut qu'on continue à lui parler. Vladimir Poutine est quand même considéré par de nombreuses personnes comme un dictateur. Et par exemple, si on fait un embargo sur le gaz, vous dites que ce serait désastreux pour le pouvoir d'achat des Français.

Alors, pourquoi on pourrait parler à Vladimir Poutine et pas à Mohamed Ben Salman ?

2:31
Alexis Corbière

D'abord, comprenez bien qu'il y a quelque chose qui est sur le long terme. C'est-à-dire qu'il faut sortir aussi du tout pétrole et de la puissance que prennent aujourd'hui ces monarchies pétrolières, dans lesquelles les droits de l'homme ne sont pas respectés. Donc, ce que je veux dire, c'est que si on voit petit angle uniquement dans la situation actuelle, on peut toujours rétorquer, mais au vu de la situation, il faut essayer de faire baisser le prix du pari du pétrole. Et nous, nous disons qu'il faut avoir un regard plus général. Deuxièmement, moi, je n'ai jamais apprécié Vladimir Poutine. Ça n'est pas mon ami. Jean-Luc Mélenchon n'a jamais serré la main longuement à M. Poutine.

La question aujourd'hui...

3:04
Présentateur

Non, mais Jean-Luc Mélenchon a par exemple rendu hommage à Fidel Castro par le passé, lorsqu'il est mort, ou il a rendu visite à certains dictateurs.

3:10
Alexis Corbière

Fidel Castro n'est pas responsable de la mort de 370 000 personnes.

3:12
Présentateur

Est-ce qu'on ne peut parler qu'à des démocraties ?

3:14
Alexis Corbière

Non, mais enfin, vous placez sur le même plan. Cuba, qui avait, avec la proximité des États-Unis d'Amérique, qui est un pays qui a essayé de résister à la domination américaine, qui pendant longtemps utilisait l'île de Cuba comme étant un lieu où la corruption, la mafia était là et le peuple cubain n'était pas respecté, même si Cuba n'est pas une démocratie, on peut quand même avoir un petit peu de géopolitique et considérer qu'on n'est pas obligé de s'aligner sur le discours des États-Unis d'Amérique. Non, mais on peut amener par moments. Je comprends la réelle politique.

On peut être amené, évidemment, et si nous dirigeons le pays, nous discutons avec des gens qui ne sont pas nécessairement nos amis. Toutefois, j'observe que là, dans le cas présent, on peut quand même considérer qu'on a un homme qui est particulièrement violent, qui est particulièrement brutal, qui profite même de son retour en grâce en raison de la montée du baril du pétrole. J'ai même vu que M. Biden en a fait les frais.

Vous savez qu'il y a quelques jours, j'ai oublié la date, ils ont décapité 81 personnes, ce qui n'était jamais vu, pour envoyer un signal de violence et de brutalité et dire aujourd'hui que vous êtes obligé de discuter avec moi, vous m'avez en quelque sorte marginalisé pendant une époque, vous allez non seulement vous infuser, que vous allez me recevoir, mais même je vais décapiter.

4:16
Présentateur

Il faut faire du cas par cas, c'est ça ? Et là, vous estimez qu'il est hors du cercle des personnes fréquentables ?

4:21
Alexis Corbière

Je pense que nous nous sommes mis dans une situation depuis des années, c'est le reproche que nous faisons à Emmanuel Macron, en raison du fait qu'il n'y a pas eu de transition écologique, d'essayer de sortir de cette dépendance vis-à-vis notamment de ces pays pétroliers, de relations économiques que nous avons avec eux, nous leur avons vendu des armes, je l'ai dit, de l'absence de discours.

Alors, à l'époque où la guerre à l'Uncréne ne s'était pas encore déclenchée, où le prix du baril de pétrole n'était pas si fort, mais nous sommes dans la main, si je puis dire, de ces monarchies pétrolières, c'est un volant d'entraînement de notre économie, la vente d'armes, sur lequel nous avons peu de regard, comment dirais-je, démocratique. C'est-à-dire que moi, je ne suis pas fermé à l'idée qu'on vende des armes, d'accord, mais je pense qu'il y a des traités internationaux qu'il faut respecter.

Et quand nous savons que notre matériel français, et je l'affirme à ce micro, même si la ministre des Armées me le contestait récemment, mais que nous avons vendu non seulement du matériel à ces pays-là, mais il sert aujourd'hui ce matériel à créer, je veux dire, 370 000 morts. Vous savez ce que ça veut dire ? Pour moi, je suis aux côtés du peuple ukrainien, mais je suis aussi aux côtés du peuple yéménite. Pour moi, il n'y a pas des vies qui valent plus que d'autres. Et je suis frappé par le silence dans lequel cette guerre se déroule, silence médiatique, et que même nous recevons celui qui est le boucher en chef de ce massacre.

Là-dessus, il y a quand même un pétrole qui a des mauvaises odeurs, si je puis dire. Alors, ce n'est pas simple.

5:28
Présentateur

Puisqu'on parle du pétrole. Non, non, mais ça évoque Total, par ailleurs, qui a fait des profits absolument énormes. C'est-à-dire que leurs profits ont triplé entre le premier semestre 2021 et le deuxième. Est-ce qu'il fallait les taxer ? Et comment on fait pour les taxer dans la mesure où ils font à peu près tous leurs profits à l'étranger ?

5:47
Alexis Corbière

Alors, il y a des pays qui taxent aussi le pétrole, les super-profits, pour être plus précis. C'est notamment le cas en Espagne, en Italie, je crois, en Grande-Bretagne également. L'autre soir, l'occasion du débat que nous avons eu sur le pouvoir d'achat, nous avons proposé que les super-profits soient quand même taxés. Quand même, ils sont faits à l'étranger. Total est un groupe français. 18,8 milliards de dollars pour le premier semestre. C'est un record, je rappelle qu'ils avaient fait déjà ce qui était un record l'année précédente, sur la totalité de l'année, je crois 15 à 16 milliards de profits.

Et ce qui me frappe, c'est que lorsque nous avons eu ce débat à l'Assemblée nationale, j'espère que ceux qui nous écoutent me suivent, c'est-à-dire que nous avons dit tout de même, il y a un effet spéculatif, y compris dans l'augmentation du prix du pétrole. C'est-à-dire que les groupes qui distribuent, et notamment Total, en profitent pour faire des sur-profits et reverser des dividendes à ces actionnaires de manière record. Et qu'il n'est pas normal que nous qui allons à la pompe, les Français, payent aussi une augmentation du prix du pétrole.

6:37
Présentateur

Là-dessus, le problème de votre idée de la taxe ?

6:39
Alexis Corbière

Je vais vous déterminer sur une chose, c'est que tout le gouvernement a applaudi le fait que Total a fait une opération de communication. Sans doute, sans t'en venir, les déçus profitent sur les 20 centimes.

6:49
Présentateur

Oui, mais pour finir simplement sur la réalité, parce que vous vous dites qu'il faudrait faire une taxe. Le problème de la taxe, dit le gouvernement en tout cas, c'est que c'est dans un an que les Français en toucheraient les fruits, qu'elles seraient redistribuées. Alors que là, les 20 centimes qui ont été obtenus de remise sur le litre de carburant...

7:04
Alexis Corbière

Ils n'ont pas été obtenus à la demande de Nathalie Aya.

7:06
Présentateur

Le gouvernement dit que c'est un bras de fer, grâce au fait que Total, pour que les gens comprennent bien, on n'est pas eu de taxe.

7:13
Alexis Corbière

J'ai bien compris. Est-ce que ce n'est pas plus efficace pour faire des achats des Français dans les médias ? Le bras de fer, c'est avec des petits biscottos. Combien ça coûte à Total ? 400 à 500 millions. C'est-à-dire qu'au même moment où ils font 18,8 milliards sur le premier trimestre de bénéfices, on va applaudir et remercier Total en participant d'ailleurs à une opération de communication. Parce que je rappelle que quand vous lisez le communiqué des dirigeants Total, c'est amusant. Parce qu'ils disent, on fait ce geste, et j'espère que les Français le comprendront, y compris la représentation nationale.

7:38
Présentateur

C'est toujours le principe du mieux que rien, mais vous vous dites 20 centimes, c'est vraiment trop faible.

7:42
Alexis Corbière

Non, mais j'invite chacun à voir les échelles. Quand un groupe fait sur le premier trimestre 18,8 milliards de dollars de sur-profit, est-ce qu'il faut applaudir le fait qu'il concède qu'il fera 400 millions de mois sur deux mois ? C'est octobre et novembre, et après ça passera à 10 centimes. Tout ça, comment dire ? Et le gouvernement doit exiger plus ? Ce n'est pas exiger, c'est légiférer et dire bon sang.

Quand vous faites des profits qui sont hors la normale, dans une période où les Français aussi hors la normale, si je puis dire, quand vous allez à la pompe, et sans doute si vous avez un véhicule, vous avez remarqué comme moi qu'on ne peut plus faire un plein en dessous de 100 euros, il n'est pas normal que les Français payent plus pour enrichir des actionnaires. Ça me semble, je veux dire, l'économie de marché peut avoir ses propres règles. Je ne suis pas contre le fait que des entreprises, évidemment, fassent du profit, mais des sur-profits, des profiteurs de crise, ça n'est pas tolérable.

Voilà, c'est nous qui payons, et ce n'est pas tolérable que les actionnaires de Total s'engraissent sur le dos des Français qui ont quand même actuellement une situation assez difficile.

8:36
Présentateur

Sur le projet de loi Pouvoir d'achat, il a été voté par le Parlement, est-ce que vous êtes déçu ?

8:41
Alexis Corbière

Oui, parce que finalement, derrière les effets d'annonce, qu'est-ce qu'il se passe ? Les mêmes recettes que précédemment, on va défiscaliser des possibles primes si elles sont accordées. Le gouvernement avait déjà dit cette méthode des primes, non pas d'augmentation des salaires, mais des primes. Les primes, c'est aléatoire. Les primes, vous savez, les gens le savent, c'est-à-dire qu'on les touche, on est content, mais sur la durée, ce n'est pas du tout la même chose, on ne cotise pas pour sa retraite. Quand vous les achetez, on regarde votre feuille de paie, on ne regarde pas combien vous avez touché en primes. Donc, il y a peu de stabilité.

Le gouvernement avait dit dernièrement, il avait déjà fait le coup des primes, ça n'a concerné que 4 millions de personnes sur 25 millions de salariés.

9:17
Présentateur

Néanmoins, c'est une hausse de pouvoir d'achat pour les Français.

9:19
Alexis Corbière

Mais attendez, je suis en train de vous dire que quand, dernièrement, ça a déjà été utilisé dans l'impression qu'il y en a 25 millions de salariés, seulement 4 millions de personnes en ont profité. C'est-à-dire, une personne sur cinq, 4 sur 5, pour le dire autrement, on n'en a pas profité. Il y a quand même des sacrés trous dans la raquette. Ce n'est même plus une raquette, c'est quasiment un cercle vide. Donc, nous, ce qu'on a dit dans ce débat-là, c'est que tout ça produit finalement assez peu de choses, y compris dernièrement, les 1 000, jusqu'à 1 000 euros de primes. La moyenne n'était que de 606 euros par primes. Bref, nous, on a proposé...

9:47
Présentateur

Je ne suis pas concentré sur un détail. Non, non, non, pas du tout. Parce qu'il y a plusieurs dizaines de milliards d'euros dans ce projet.

9:52
Alexis Corbière

Non, non, non, ce n'est pas le détail, justement,

9:54
Présentateur

c'est que tout le débat, Armandine Attalaya... Pourquoi, M. Corbière, vous êtes abstenu, vous n'avez pas voté contre, mais pourquoi vous êtes abstenu, par exemple, sur la hausse des minima sociaux, 4 %, pourquoi vous êtes abstenu sur le blocage à 3,5 % des loyers ? Parce que, cher Armandine... Comment vous allez revenir dans votre circonscription, pour finir, et dire à vos électeurs, j'ai préféré m'abstenir, alors que les gens du Rassemblement National, les députés du Rassemblement National, vont pouvoir dire à leurs électeurs « Moi, j'ai obtenu au moins ça et ça pour vous. »

10:20
Alexis Corbière

Non, ils n'auront rien obtenu, d'accord. Ils ont accompagné le gouvernement. Ils ont voté pour certaines mesures du gouvernement. Ils n'ont pas obtenu. Ils ont une opposition constructive, comme ils disent. Non, obtenir quelque chose, c'est quand, éventuellement, vous faites bouger le gouvernement. Le Rassemblement National était le bon élève du gouvernement, c'est-à-dire que, bien souvent, quand même, le gouvernement était en difficulté pour répondre, c'est le Rassemblement National qui répondait à sa place. Je vais vous prendre un détail, parce que c'est là-dessus que je voulais terminer. Prime, moi, je préfère salaire. Est-ce qu'on peut augmenter le SMIC de 11% ?

L'inflation, aujourd'hui, est à 6%. Je rappelle que ça reviendrait, finalement, à pas une augmentation énorme. C'est déjà arrivé dans l'histoire. Le SMIC a 1 105 euros. Le gouvernement nous a dit non. Et le Rassemblement National nous a dit non. Vous me retournez l'argument. Est-ce que les militants, les dirigeants même du Front National, du Rassemblement National, pour être précis, désormais, sont à l'aise pour dire aux gens qui votent pour eux, qui sont des gens modestes, les 2,5 millions de salariés qui touchent le SMIC, c'est-à-dire les gens vraiment qui sont des métiers durs, vous n'aurez pas d'augmentation du SMIC. D'accord ? Ça, c'est leur bilan.

Deuxièmement, ce que moi, je dis, c'est que ce sur quoi je me suis abstenu, c'est que quand il est déjà annoncé, les minima sociaux, ils devaient augmenter, ça devait être soit au mois d'octobre, soit au mois de janvier, février. Que l'inflation est telle que ça ne rattrapera même pas par rapport à l'inflation. Je ne vais pas être l'agent de communication du gouvernement et dire, oh là là, ce gouvernement agit, alors qu'en vérité, les actions qu'il prend sont essentiellement de la communication et seront quasiment effacées en septembre-octobre. Je ne suis pas un gogo, et je ne suis pas là une fois de plus pour être l'attaché de presse du gouvernement.

11:46
Présentateur

Oui, mais à quoi vous servez si vous n'obtenez pas dans les faits d'avantages, par exemple, de pouvoir d'argent pour les Français ?

11:51
Alexis Corbière

Je vais vous faire un aveu, nous ne sommes pas majoritaires à l'Assemblée nationale.

11:54
Présentateur

Est-ce que l'opposition, ça peut simplement être véhément dans l'hémicycle ?

11:58
Alexis Corbière

Je ne suis pas véhément. Demandez le SMIC à 1 500 euros. Vos collègues le sont. Non, non, le SMIC à 1 300 euros. Aujourd'hui, c'est à peine 200 euros de plus que le seuil de pauvreté. Est-ce qu'il est véhément de dire que dans ce pays, le travail doit être mieux rémunéré ? Le travail, les gens qui travaillent dur doivent pouvoir, à la fin du mois, au moins le salaire minimum, vivre dignement. Et dans toutes les grandes agglomérations, vous le savez très bien, 1 300 euros qui est le SMIC aujourd'hui, ça ne permet pas de vivre. Est-ce que c'est véhément que de le dire à l'heure où, aujourd'hui, vous avez des gens, les principales fortunes de France ont doublé ces dernières années ?

Donc là, on est face à un problème. Quand je prends l'exemple de Total, est-ce que les Français doivent être les gogos qui payent plus à la pompe alors que ce groupe fait des surprofits ? Et est-ce que moi, je dois être l'agent, une fois de plus, de promotion et de propagande du macronisme, qui est inactif, pour dire qu'ils sont formidables, ils agissent ? Moi, je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour faire entendre une exigence sociale qui monte très fort dans le pays, qui fabrique de la misère, de la colère.

Et si vous me trouvez véhément, et après tout, peut-être que j'ai ce défaut, c'est que par moments, je vois, j'ai une indignation sociale, indiscutablement, je vois 10 millions de gens sous le seuil de pauvreté, je vois des gens qui travaillent, qui ne s'en sortent pas, et je vois des inégalités qui se creusent. Et je vois un gouvernement qui prend la pause, mais qui n'agit pas.

13:10
Présentateur

Non, non, mais puisque vous dites « je ne suis pas véhément », peut-être que je le suis. Rapidement, de l'opposition, quand certains disent « Renaud Muselier, par exemple, qui soutient Emmanuel Macron, c'est une gauche sale et débraillée », Gabriel Attal, les extrêmes à bois, ça vous choque ? Vous dites « c'est le jeu, ils parlent comme ça, nous aussi on leur parle durement » ou c'est malvenu ce genre de...

13:31
Alexis Corbière

Est-ce que vous pensez qu'un homme qui a été porte-parole du gouvernement doit traiter l'opposition de chien ? Est-ce que M. Attal apprécierait que je le traite de roquet ?

13:38
Présentateur

Alors, il n'utilise pas le mot « chien »,

13:39
Alexis Corbière

il dit « aboie ». Pardon, alors écoutez, je suis peut-être bête, mais je ne connais qu'un animal qui aboie, c'est le chien.

13:44
Présentateur

C'est le grossier, vous dites, c'est ça ?

13:45
Alexis Corbière

Du moins, c'est marqué, oui, c'est méprisant. Personnellement, je n'aboie pas, je dépose des amendements, je les présente, je monte à la tribune, moi comme mes 74 amis. D'accord ? Alors, effectivement, je suis en désaccord avec ce que fait ce gouvernement ou réciproquement, ils ne sont pas d'accord avec mes arguments. Mais je crois que quand on est ministre, on doit faire attention à son vocabulaire. Quant à la gauche sale et débraillée de la part de Renaud Mujelier, vous savez, moi, dans la vie, je suis professeur d'histoire.

Ça fait 150 ans que les gens de droite, les belles personnes, insultent les représentants du bon ouvrier, les gens de la gauche, ils les trouvent sales, débraillés, on va fêter, commémorer la mort de Jean Jaurès le 31 juillet. Il était de son temps traité comme étant débraillé, personnellement, peut-être que je ne me trouve pas ni sale ni débraillé. Regardez mes amis. Alors, peut-être, on ne porte pas la cravate. Par exemple, certains de mes collègues la portent. Mais enfin, ce n'est pas l'habit qui fait le moine et ce n'est pas l'habit qui fait le parlementaire. C'est peut-être parce que passionnent les Français aujourd'hui. Exactement, vous l'avez dit.

Moi, je préfère les gens, vous savez, qui sont peut-être un petit peu dans le verbe, parfois un peu haut, mais qui font entendre ce qui monte dans le pays des préoccupations plutôt que des belles personnes qui parlent tout le temps. dites vouloir protester. Mais c'est important parce que c'est ça qui redonne la noblesse au Parlement. On arrive bientôt à la fin de cette interview.

14:53
Présentateur

Les JO arrivent dans deux ans en France. Donc, vous êtes élu, je le disais, de Seine-Saint-Denis. Donc, il y aura plusieurs infrastructures dans ce département. Est-ce que vous faites confiance au gouvernement pour l'organisation et notamment la sécurité pour que ça se passe bien ?

15:05
Alexis Corbière

Ils mettent les moyens. On va voir. On ne peut pas dire qu'ils aient brillé dernièrement durant la finale au Stade de France. Non, moi, surtout, ce qui m'intéresse, au-delà de cet aspect sur lequel, à ce stade, il y a des moyens qui sont mis significatifs. Je suis élu de Seine-Saint-Denis. J'aimerais aussi qu'il reste quelque chose pour la Seine-Saint-Denis, qu'il y ait des infrastructures qui restent, qu'il y ait de l'emploi pérenne. 150 000 emplois vont être créés. C'est prévu, non ? Oui, mais attends, 150 000 emplois, quel type d'emploi ? Et il risque de ne pas rester grand-chose pour le département de la Seine-Saint-Denis.

De la même façon, je vois qu'il y a des mots qui sont séduisants des JO écologiques et actuellement, que ce soit les jardins ouvriers au Bervilliers, l'artificialisation de certaines pelouses à la Courneuve, ce n'est pas très écolo ce qui se met en place. Qu'est-ce qui restera comme logements sociaux ? Parce que notamment la destruction de jardins ouvriers qui était un lieu écologique tout à fait intéressant pour bétonner à Aubervilliers, ce n'est pas vraiment ce qu'il y a de plus écolo. On le comprendra. L'artificialisation aussi du parc de la Courneuve, évidemment, sur le plan écologique, est une catastrophe.

Donc, il y a beaucoup d'annonces, mais je le répète, de la même façon, des JO pour un département comme le nôtre qui a besoin d'emploi d'emploi pérenne, pas seulement de petits jobs et d'hôtesses, qu'est-ce qui va rester ? Ce que je vois, c'est ce que j'ai dit à la ministre, des grands groupes internationaux vont faire du profit mais nos TPE, PME, notamment du département, n'obtiennent quasiment aucun marché. Donc, attention à ce que ces jeux ne soient pas les jeux de l'argent, ils le seront en vérité. On est déjà sur un budget...

16:22
Présentateur

Vous savez qu'il y a toujours beaucoup de retombées économiques pour les entreprises locales. On ne peut pas le savoir, c'est dans deux ans en plus.

16:27
Alexis Corbière

Non, mais j'ai le regard sur les JO dans les autres pays. En général, c'est une catastrophe. Ces JO devaient coûter 6,3 milliards. Ils sont déjà, je crois, à 7 ou 8. Et les prévisions, c'est que ce soit à 10 milliards. Vous savez, en général, c'est souvent la puissance publique qui vient compenser les erreurs. Donc, on va payer pour que des grands groupes fassent du profit. On est loin des valeurs du sport.

16:45
Présentateur

Merci beaucoup, Alexis Corbière, d'avoir été avec nous ce matin. Il est 8h53 sur BFM TV RMC.

L'interview : Alexis Corbière - 29/07 — Alexis Corbière · Pourquijevote