Suicide forcé : la face cachée des violences conjugales
Nathalie Arthaud Au micro : Anne-Élisabeth Lemoine, Elsa Tran Nguyen, Laurent SénéchalSource d'origineTranscription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
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Questions et réponses
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- 3:00OuverteRéponse directe
Vous signez aujourd'hui un livre-enquête sur ces mots qui tuent, le harcèlement, l'emprise, qui conduisent des femmes au suicide. C'est l'histoire de K.Rady, qui est le point de départ de cette enquête, comme une prise de conscience?
- 5:00OuverteRéponse directe
Certains experts osent le mot "féminicide parfait". Les faits sont très difficiles à prouver.
- 8:00OuverteRéponse directe
Pourquoi les femmes pensent à mourir plutôt qu'à quitter ces hommes toxiques?
- 11:00OuverteRéponse directe
Une loi a été votée en 2020. Elle punit les responsables de suicide forcé à une peine qui peut aller jusqu'à 10 ans de prison. Ce texte est peu connu et rarement appliqué.
- 12:00RelanceRéponse directe
Il n'y a pas eu de circulaire d'application. 971 affaires depuis 5 ans. Il faudrait quoi, pour agir?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00M.FinesFait
« En 2020, la France est l'un des 1ers pays à inscrire au code pénal l'infraction de harcèlement par conjoint ou ex. Il est passible de 10 ans de prison quand la victime se suicide. »
- 6:00M.FinesChiffre
« J'ai été amenée à témoigner sur Netflix, sur B.Cantat. En retravaillant cette histoire, je me suis rendu compte qu'il y avait 906 femmes victimes de suicide et de tentatives de suicide, et 143 hommes. »
- 7:00M.FinesFait
« C'est difficile à prouver parce qu'il n'y a pas de preuves et d'indices. C'est une succession de mécanismes insidieux, invisibles. »
- 9:00M.FinesFait
« Il me manque. Il est mon bourreau. Je veux partir et il me manque... "Qu'est-ce qu'il m'arrive?" »
- 12:00E.Tran NguyenChiffre
« 971 affaires depuis 5 ans. »
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Rendez-vous avec M.Gaye demain soir sur Arte, doc extraordinaire et le concert de 76. - A.-E.Lemoine: Tout le monde est convaincu.
Tout de suite, le Bonus de Lorrain. On parle ce soir d'un phénomène grave et largement sous-estimé... - L.Sénéchal: Des femmes poussées au suicide par leur ex-conjoint.
C'est une autre forme de féminicide a écrit "Le Parisien". Il existe un cas emblématique, même si Bertrand Cantat est présumé innocent, c'est le suicide de sa 1re femme, dont la chanteuse Lio était l'amie et la confidente. - B.Cantat au sein d'une tragédie avec le suicide hier de K.Rady, son ex-compagne.
Le chanteur de Noir Désir se trouvait au domicile de son ex-femme. Il a été entendu par la police, comme le veut la procédure. Elle avait fortement soutenu B.Cantat quand celui-ci avait été condamné après la mort de M.Trintignant. - L.Sénéchal: En 2020, la France est l'un des 1ers pays à inscrire au code pénal l'infraction de harcèlement par conjoint ou ex.
Il est passible de 10 ans de prison quand la victime se suicide. Cet été, le parquet de Bordeaux a rouvert l'enquête sur le suicide de K.Rady.
Il se réinstalle chez sa 1re épouse plus tard. 2 ans plus tard, le 10 janvier 2010, K.Rady est retrouvée pendue. 16 ans après sa disparition, Lio se trouve toujours coupable. - Lio: Je ne savais pas quoi faire.
Je me trouve misérable. Je ne l'ai pas écoutée. Elle m'a parlé en disant qu'elle regrettait et que ce n'était pas facile.
J'ai fait simplement "ben oui". Elle a fini par se suicider. C'était presque "chronique d'un suicide annoncé". - A.-E.Lemoine: Bonsoir, M.Fines.
Vous signez aujourd'hui un livre-enquête sur ces mots qui tuent, le harcèlement, l'emprise, qui conduisent des femmes au suicide. Vous parlez de la face cachée des violences conjugales. C'est l'histoire de K.Rady, qui est le point de départ de cette enquête, comme une prise de conscience? - M.Fines: J'ai été amenée à témoigner sur Netflix, sur B.Cantat.
En retravaillant cette histoire, je me suis rendu compte qu'il y avait 906 femmes victimes de suicide et de tentatives de suicide, et 143 hommes. Ca fait presque 3 fois plus que les féminicides. Personne n'en parle.
La justice passe à côté. Nous avons une loi qui n'est quasiment pas appliquée. Comment peut-on pousser quelqu'un au suicide?
Comment c'est possible? - A.-E.Lemoine: Certains experts osent le mot "féminicide parfait".
Les faits sont très difficiles à prouver. - M.Fines: C'est difficile à prouver parce qu'il n'y a pas de preuves et d'indices.
C'est une succession de mécanismes insidieux, invisibles. C'est beaucoup de la violence psychologique. C'est très difficile à prouver.
C'est ce qu'on appelle le "gaslighting", qui va pousser une femme à perdre la raison, qui peut l'amener jusqu'à l'hôpital psychiatrique. On la rend folle ou on dit qu'elle est folle. C'est par exemple, le dénigrement systématique comme les insultes: "Tu es moche.
Tu ne sais pas cuisiner." C'est une espèce de destruction psychologique. Les témoignages sont effrayants.
C'est comme une bombe à fragmentation. Ca détruit les femmes de l'intérieur. Finalement, ces femmes détruites et isolées de leur entourage, elles sont dans une souffrance extrême.
La seule issue, c'est la mort. - A.-E.Lemoine: Chacune des femmes que vous avez rencontrées ou dont on vous a confié le calvaire, raconte à chaque fois la même chose: le harcèlement insidieux, jamais frontal, le harceleur qui se pose en victime.
La question que vous abordez dans cette enquête, c'est: pourquoi les femmes pensent à mourir plutôt qu'à quitter ces hommes toxiques? Ca, vous l'avez compris parce que vous avez vécu une relation destructrice que vous comparez à une addiction. - M.Fines: Ca m'est arrivé.
J'ai essayé de m'en sortir. J'ai essayé de partir. Je n'arrivais pas à partir.
Je me suis dit: "Je vais demander à la justice de m'aider. A la violence d'après, je porte plainte." J'ai porté plainte.
Pendant que le tribunal était en train de délibérer, juste avant le jugement, je me rends compte que j'ai une espèce d'addiction, de sensation de manque. Il me manque. Il est mon bourreau.
Je veux partir et il me manque... "Qu'est-ce qu'il m'arrive?" J'ai cherché et j'ai enquêté pour essayer de savoir comment ça se passe.
Je suis tombée sur plusieurs phénomènes. Je me suis rendu compte que le cerveau est en quelque sorte un dealer. C'est notre dealer.
Il balance des substances comme la dopamine, les endorphines...
Il y a la Boîte de Skinner. C'est un psychologue, qui, dans les années 30, met des rats dans une boîte. En ne leur donnant pas de manière régulière à manger, il les rend fous.
C'est l'incertitude, de ne pas savoir si l'homme qui vous ouvre la porte va vous insulter ou vous donner des preuves d'amour. C'est l'alternance qui crée l'addiction. - E.Tran Nguyen: Une loi a été votée en 2020.
Elle punit les responsables de suicide forcé à une peine qui peut aller jusqu'à 10 ans de prison. Ce texte est peu connu et rarement appliqué. - E.Tran Nguyen: Il n'y a pas eu de circulaire d'application.
C'est 971 affaires depuis 5 ans. Il faudrait quoi, pour agir? - M.Fines: J'ai toujours été choquée et étonnée par la faiblesse des peines qui sont infligées aux hommes auteurs de violences.
Ce ne sont, en général, que des peines de sursis. Des gens qui sont condamnés à des peines de sursis ne sont pas condamnés. "Si je ne fais pas de prison, ça veut dire que je ne suis pas coupable et que j'ai rien fait." Concernant le suicide forcé, il faudrait qu'il y ait une formation.
Une avocate qui a fait beaucoup de choses pour faire voter le texte de loi, et qui a déposé 2 plaintes dans l'affaire contre B.Cantat sur l'affaire K.Rady...
Elle a fait des formations tous les mois à des gendarmes, mais seulement à des gendarmes. Elle va voir une vingtaine de gendarmes à qui elle explique ce qu'est le suicide forcé, et en quoi il faut faire attention et faire une autopsie de la victime pour savoir s'il n'y avait pas eu des plaintes avant. Tant qu'il n'y a pas ces formations, les procureurs passent à côté ainsi que la justice.
Elle ne fait pas de formation auprès des policiers, de l'Ecole nationale de la magistrature... - A.-E.Lemoine: D'où l'importance d'apprendre ces mots qui tuent. - L.Sénéchal: Vous aussi, Renaud, vous essayez d'influencer à votre manière des politiques.
La semaine dernière, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. ...
Du Vivaldi devant un parterre de politiques et de dirigeants. - R.Capuçon: Je ne suis pour rien dans ce qui s'est passé après. - L.Sénéchal: Votre idée est que le monde irait mieux