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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 6 octobre 2025 11 min

Lecornu démissionne... La stupeur et le chaos

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

ZzzQuil Sommeil ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. La France s'enfonce donc dans la crise, la pire qu'ait connue la Ve République, même au-delà. Un Premier ministre qui démissionne avant même d'avoir pu prononcer son discours de politique générale à l'Assemblée.

Ce soir, c'est un "C dans l'air" pour l'histoire avec des experts pour comprendre où en est-on arrivés là et quelles sont les options sur la table. Avant de débuter ce "C dans l'air", Je suis en face à face avec vous, D.Rousseau.

Vous êtes constitutionnaliste, professeur à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Un Premier ministre qui démissionne avant d'avoir fait son discours de politique générale, c'est du jamais-vu. - D.Rousseau: En effet.

Avec E.Macron, on est toujours au bord de la surprise. Il y a eu la surprise de la dissolution de l'année dernière.

Il y a eu la surprise de la nomination de S.Lecornu et, immédiatement, dans la nuit, la démission. - C.Roux: Avec une situation qui paraît ubuesque, avec des ministres qui ont été nommés hier soir et qui sont aujourd'hui ministres démissionnaires. - D.Rousseau: Et qui doivent rester en place pour gérer les affaires courantes. - C.Roux: Ils sont rétribués pour ça? - D.Rousseau: Oui.

Lorsqu'ils termineront leurs fonctions de ministres démissionnaires, ils toucheront pendant 3 mois aux alentours de 20 000 euros. - C.Roux: Ca veut dire qu'à l'heure où nous nous parlons, B.Le Maire est ministre démissionnaire des Armées. - D.Rousseau: Absolument. 14 heures...

Ministre démissionnaire le lendemain, mais en exercice pour assurer les affaires courantes. - C.Roux: La parole du président est évidemment attendue.

Que peut-il se passer, maintenant? S.Lecornu s'est rendu à l'Elysée.

On ne sait pas la nature des échanges avec le chef de l'Etat...

Peut-il être renommé par E.Macron? - D.Rousseau: Oui.

C'est ce qu'avait fait le général de Gaulle en 1962 lorsque le gouvernement avait été renversé. Le président de Gaulle avait renommé G.Pompidou Premier ministre.

Ce serait une dynamique absolument folle, de renommer un Premier ministre qui, lui-même, reconnaît qu'il ne peut pas gouverner parce qu'il n'a même pas attendu une motion de censure et un discours de politique générale. Il a démissionné immédiatement. - C.Roux: Il dit: "On ne peut pas être Premier ministre lorsque les conditions ne sont pas réunies." Il n'y a pas de chances qu'elles le soient davantage demain. - D.Rousseau: En effet.

Le socle commun se réduit en peau de chagrin. L'UDI en est sortie. Les Républicains sont divisés et sont au bord de la rupture avec le macronisme...

Il n'y a plus de rupture, ni de majorité ni de minorité. - C.Roux: Le PS appelle E.Macron à nommer la gauche à Matignon.

Voilà un feuilleton qu'on a déjà pu commenter ici même avec vous par le passé. Cette fois, les socialistes s'engagent à ne pas utiliser le 49-3. Est-ce que ça change quelque chose?

Est-ce qu'il y a plus de chances aujourd'hui qu'on ait un Premier ministre de gauche à Matignon? - D.Rousseau: Pas plus qu'avant.

On peut considérer qu'E.Macron a essayé Barnier, Bayrou, Lecornu, et ça ne marche pas. La seule possibilité pour lui, c'est effectivement d'élargir sur sa gauche.

Mais est-ce que Les Républicains accepteront? Est-ce que LFI acceptera un gouvernement qui irait des communistes à une partie de Renaissance et du MoDem? On est sur une grande difficulté à trouver des solutions viables.

Vous parlez de l'article 49-3. Très bien, on ne l'utilise pas, mais il y a d'autres articles de la Constitution qui sont aussi contraignants pour les parlementaires que l'article 49-3, comme l'article 47, l'article 40, qui interdit aux parlementaires de déposer des amendements qui aggravent les charges publiques ou qui diminuent les ressources...

Tout ça est un peu pipeau. - C.Roux: Et maintenant, on fait quoi?

J.Bardella dit ce matin qu'on ne peut pas retrouver de stabilité sans dissolution. J.-L.Mélenchon dit que nous sommes dans une impasse, qu'il faut revenir au seul souverain qui compte: le peuple. - D.Rousseau: Ou E.Macron tente l'expérience avec un gouvernement de gauche, ou bien il décide de dissoudre l'Assemblée nationale.

A ce moment-là, il y a des élections qui auront lieu dans un contexte totalement différent de celui de juin. En juin 2024, personne n'a compris pourquoi il y avait une dissolution, donc on a voté un peu n'importe comment. En 2025, s'il y a une dissolution, l'enjeu sera clair.

Ce sera pour ou contre le budget qu'avaient présenté F.Bayrou et S.Lecornu.

L'enjeu ne sera pas le même. C'est une possibilité, la dissolution. L'autre, je crois que je vous en avais parlé, c'est la situation de 1924, il y a un siècle, où on est dans une situation, quand on relit l'histoire, c'est assez amusant, presque mot pour mot...

En 1920, le bloc central... - C.Roux: Déjà... - D.Rousseau: On élit président De la République Alexandre Millerand, un président de la République qui veut imposer la primauté présidentielle, alors que la IIIe République est plutôt parlementariste.

En avril 1924, c'est le cartel des gauches qui remporte les élections et qui demande la démission d'A.Millerand parce qu'il avait été élu par la droite. Que dit A.Millerand? "Je ne veux pas démissionner.

Je vais nommer des ministres." Sauf qu'il y avait eu une grève des ministres. Tous les grands ténors de la IIIe République refusaient d'être ministres sous A.Millerand.

Il a démissionné en juin. - C.Roux: C'est le scénario que vous imaginez? - D.Rousseau: E.Macron nomme M.Barnier, il tombe.

Il nomme F.Bayrou, il tombe. Il nomme S.Lecornu, il tombe.

Toutes les propositions faites par E.Macron tombent. Donc, à un moment donné, la question se posera comme en 1924 et la démission du président de la République. - C.Roux: Vous dites qu'une partie du problème, aujourd'hui, c'est lui? - D.Rousseau: E.Macron s'est lui-même constitué comme problème par la dissolution de 2024. - C.Roux: X.Bertrand dit qu'il y a urgence à ce qu'E.Macron se remette à présider notre pays.

On en est là? - D.Rousseau: Effectivement.

Jusqu'à présent, le président de la République n'a pas pris en compte les résultats des élections ni européennes ni législatives. Présider, ça veut dire écouter le pays que vous voulez présider. - C.Roux: Est-ce que ce n'est pas fragiliser davantage nos institutions?

Ne pas terminer un mandat alors qu'on a été élu au suffrage universel...

Aujourd'hui, il a les outils institutionnels pour rester au pouvoir. Il a encore la légitimité que lui a donnée le peuple français en votant pour lui. - D.Rousseau: C'est pour ça qu'une solution serait de nommer un gouvernement qui irait des Ecologistes, des communistes, des socialistes et une partie de Renaissance, peut-être le MoDem...

Là, il n'aurait pas de majorité contre lui. Est-ce que ça tiendrait? Je n'en sais rien.

Mais si on veut éviter la remise en cause de la fonction présidentielle par une démission anticipée, c'est la seule solution possible. - C.Roux: Pourra-t-il être destitué?

Après la démission de S.Lecornu, les députés LFI ont demandé l'examen immédiat de la motion de destitution déposée par 104 députés. - D.Rousseau: Non...

La procédure implique qu'il y ait une majorité à l'Assemblée nationale et au Sénat, et elle ne sera pas obtenue. - C.Roux: Pendant que nous discutons des hypothèses posées sur la table, il y a un petit sujet et une urgence: la question budgétaire.

Avec les pistes que nous avons évoquées à l'instant, est-ce qu'on peut imaginer un budget déposé avant le 13 octobre? Visiblement, c'est la date butoir. - D.Rousseau: Tout va dépendre de la nomination ou non, rapprochée ou pas, du gouvernement.

Mais un gouvernement démissionnaire, même s'il reste plusieurs mois, on a bien vu avec M.Barnier, a la possibilité de déposer une loi spéciale qui permettra au gouvernement de prélever les impôts à l'identique de l'an dernier. - C.Roux: Donc il n'y a pas d'urgence, de panique, sur la question budgétaire? - D.Rousseau: On ne sera jamais dans la situation américaine.

Le gouvernement Peut faire voter une loi spéciale qui permettrait au gouvernement et à la France d'avoir un budget. - C.Roux: Pardon, mais lequel?

Celui de qui? - D.Rousseau: Celui de l'an dernier.

On reconduirait les dispositions de l'an dernier. - C.Roux: Je vous demande de mettre de côté votre statut de constitutionnaliste...

Quel est le regard que vous portez sur cette situation? - D.Rousseau: Affligeant.

Comment parler à nos étudiants, en cette rentrée, des institutions? Quand on voit vraisemblablement les bisbilles entre B.Retailleau et L.Wauquiez...

Qu'est-ce qu'il y a derrière eux? Qu'est-ce qu'il y a derrière tout ça? - C.Roux: Le Premier ministre a parlé d'egos. - D.Rousseau: Sans doute, et c'est affligeant.

C'est à désespérer de la politique, notamment pour nos jeunes. - C.Roux: Est-ce que ça fragilise nos institutions?

On n'en sort pas indemnes? - D.Rousseau: Oui.

Crise économique, sociale, démocratique, institutionnelle...

Tous les éléments sont réunis pour définir une crise de régime