Trump, Ukraine, COP29, antisémitisme… Nathalie Loiseau est l’invitée du 9 novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Nathalie Loiseau, députée européenne, membre du parti Horizon. Effectivement, on va parler d'un milliardaire, de Donald Trump. Et c'est quoi finalement l'ambiance au Parlement européen depuis mercredi, depuis que l'on sait que Donald Trump va revenir à la Maison Blanche ?
Bonjour, Jessica. En fait, c'est le moment de l'Europe. Aujourd'hui, l'élection de Donald Trump fait tordre le nez à beaucoup. Mais c'est nous qui avons le choix. Soit on subit, il y aura une forme de scénario catastrophe parce que Donald Trump n'aime pas l'Europe, n'aime pas les Européens. veut imposer des tarifs douaniers aux Européens, veut abandonner plus ou moins l'Ukraine. Soit on agit. Et c'est le moment de se réveiller.
Mais ça, on le dit toujours, on agit. Ce n'est pas la première fois qu'on dit que c'est un électrochoc pour l'Europe. On l'avait dit au moment du début de la guerre en Ukraine. Et comment on agit ?
Mais vous avez raison. On a fait des choses pour l'Ukraine, mais pas assez, pas assez vite. Vous savez, certains de nos partenaires européens ont été un peu comme ceux qui tombent d'une fenêtre et qui disent, avant de s'écraser au sol, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien. Ils attendaient que ce soit, qu'il y ait toujours aux Etats-Unis un président bienveillant, pro-européen. Il n'y a pas de doute, c'est fini. Aujourd'hui, on est face à une réalité. On a absolument les capacités de nous prendre en main. On est un continent riche, un continent de solidarité. L'Union européenne est là pour organiser cette solidarité. Maintenant, ce qu'il faut, c'est de la volonté politique.
Est-ce qu'il faut prendre Donald Trump au sérieux lorsqu'il dit, il l'avait dit dans un meeting au début de cette année, 2024, si vous êtes attaqué demain, il ne faudra pas compter sur nous pour venir vous aider ? C'est-à-dire qu'il romperait finalement toute la tradition atlantique de l'OTAN, notamment. Est-ce que c'est du sérieux pour vous ?
Le seul fait qu'ils le disent, ça fragilise l'OTAN. Et le seul fait qu'ils le disent, ça justifie une défense européenne plus forte. Moi, je travaille là-dessus depuis 5 ans. Il y a des choses qui se sont faites. Maintenant, il faut accélérer. Il faut y aller sans hésiter. Il faut foncer. On peut le faire. Moi, j'étais en début de semaine au salon Euronaval qui se tenait à côté de Paris. On a d'excellents ingénieurs. On a d'excellentes industries de l'armement. On a une menace à nos portes.
Il y en a des pays qui ont des avions américains. Par exemple, l'Allemagne. On est interdépendant avec ce pays de très longue date. Qu'on soit interdépendant, c'est une chose. Qu'on continue à souhaiter l'être sans construire davantage notre autonomie.
Souvenez-vous, depuis 2017, la France, par la voix d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements successifs, a parlé d'autonomie stratégique. Tout le monde, aujourd'hui, nous regarde en disant qu'ils avaient raison. C'est bien de parler. Maintenant, il faut agir.
Donald Trump a dit qu'il pouvait régler le conflit en Ukraine en 24 heures. Il est question d'un appel téléphonique avec Vladimir Poutine. Qu'est-ce qu'il faut y voir ? Un signe d'espoir ou, au contraire, un signe de reddition ? Ça veut dire que Vladimir Poutine risque d'avoir ce qu'il souhaitait, peut-être une partie du territoire ukrainien. Est-ce que c'est votre crainte ? Est-ce que vous pensez que c'est ce que souhaite Donald Trump ?
Donald Trump se moque de l'Ukraine, se moque de l'Europe. Ça ne l'intéresse pas. Et il n'aime pas les guerres. Il aime beaucoup les guerres commerciales, mais il n'aime pas les guerres militaires. Personne n'aime les guerres militaires. Simplement, notre intérêt, nous, Européens, c'est que la Russie ne gagne pas.
Et là encore, comment faire sans l'Amérique qui est aujourd'hui le premier contributeur, à la fois financier et militaire, de l'armée ukrainienne, si elle s'en va ?
Aujourd'hui, on est à égalité, nous, Européens, avec les Américains. Il faut qu'on fasse beaucoup plus vite. Et beaucoup plus, évidemment, un Français va me dire qu'on n'a pas envie que le contribuable français paye à la place des Américains pour envoyer des armes à l'Ukraine. Je le comprends. Je n'ai pas envie qu'on prenne de l'argent aux hôpitaux, aux écoles, pour envoyer des armes à l'Ukraine. Mais aujourd'hui, en Europe, il y a 300 milliards de dollars d'avoirs russes qui sont gelés dans les banques européennes. Ces avoirs russes, il ne faut se faire aucune illusion. La Russie ne doit pas les récupérer. Il faut les confisquer.
Il faut les utiliser, mais tout de suite, pour acheter des armes pour l'Ukraine. Bien sûr qu'il y aurait une négociation...
Mais ça, ça peut changer le cours des choses, Mme Oiseau.
Aujourd'hui, les difficultés de l'Ukraine, c'est que les armes arrivent trop lentement et en quantité insuffisante. Renverser le cours des choses, c'est permettre à l'Ukraine de négocier en position de force, en position de dignité.
C'est notre intérêt. Pour les défenseurs du climat, cette élection est également vue comme une véritable catastrophe. Est-ce qu'on connaît les positions climato-sceptiques de Donald Trump, sa volonté de refaire partir à fond les forages, gaziers et pétroliers notamment ? Est-ce que c'est un coup d'arrêt inéluctable à la lutte contre le réchauffement climatique ? On sait qu'il y a une COP29 qui va se tenir à partir de lundi à Bakou, en Azerbaïdjan. On va y venir. Quel est votre sentiment là-dessus ?
Alors là-dessus, il faut essayer de convaincre Donald Trump parce qu'on a beaucoup de désaccords avec Donald Trump. Mais le travail aussi de nos chefs d'État, de nos chefs de gouvernement, c'est de dialoguer avec lui, de le convaincre. Le président Macron n'est pas le plus mal placé. C'est celui qui connaît le mieux Donald Trump en Europe. C'est celui qui est là depuis le plus longtemps. Le convaincre qu'aujourd'hui...
Il s'est même perdu, enfin il s'était déjà retiré des accords de Paris en 2016.
Oui, mais entre-temps, l'Amérique s'est mise à investir dans le renouvelable, à un intérêt économique, à la transition écologique. Et c'est ça qu'il faut faire comprendre à Donald Trump. C'est que s'il fait machine arrière toute, il va porter atteinte à l'économie américaine. Vous allez me dire que ce n'est pas un argument très relevé, mais c'est le type argument que comprend Donald Trump.
Cette COP 29, elle va donc avoir lieu dans un pays que la France critique, notamment pour son conflit avec l'Arménie. Emmanuel Macron ne se rendra pas à Bakou. Il a raison. En revanche, la ministre, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, qui sera, elle, du 21 au 24 novembre. Est-ce que...
Et elle a tort. Elle a tort. Cette COP à Bakou, c'est une COP de la honte. L'Azerbaïdjan ne veut toujours pas signer de traité de paix avec l'Arménie. L'Arménie a mis sur la table tout ce qui pouvait permettre un traité de paix. L'Azerbaïdjan a commis le premier nettoyage ethnique du 21e siècle en poussant à l'exil 100 000 Arméniens au Karabakh.
Donc il faut boycotter cette COP, y compris au niveau ministériel.
C'est au niveau ministériel qu'il faut la boycotter. Que des diplomates travaillent pour faire avancer la lutte contre le changement climatique. Très bien, c'est leur travail. Ils y sont, ils pourront le faire. Que des ministres s'y rendent, c'est ce qu'attend le président Azerbaïdjan et Aliyev. Une bonne chose, Emmanuel Macron n'y va pas, Olaf Scholz n'y va pas, Ursula von der Leyen n'y va pas, Joe Biden n'y va pas. Tant mieux. Mais franchement, moi ce que je souhaiterais, c'est que notre ministre n'y aille pas non plus.
Sur le dossier du Proche-Orient, la future administration Trump, on en reparle, sera plus proche de la ligne Netanyahou. On le sait que c'est son prédécesseur. Ce conflit qui s'exporte maintenant en Europe, sur les terrains de sport et dans les rues, on l'a vu, ce qui s'est passé à Amsterdam, la haine antisémite au grand jour, je cite un des titres de la presse ce matin. Qu'est-ce que ça vous inspire, ce qui s'est passé là-bas ?
Écoutez, c'est un pogrom, c'est une chasse aux juifs en Europe, à côté de la maison d'Anne Franck à Amsterdam. Vous vous rendez compte ? Vous vous rendez compte de cette abomination, cette indécence, c'est insupportable. Et je voudrais que tous les dirigeants européens, mais aussi tous les responsables politiques européens français, sans exception, prennent conscience que l'antisémitisme, il n'est pas résiduel. Il est en train de revenir et qu'il faut le combattre. Nous qui sommes le continent qui avons...
Mais comment on combat notamment sur les terrains de sport, parmi les supporters ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Tolérance zéro. Tolérance zéro au racisme.
Vous avez vu cette banderole au Parc des Princes à l'Occalion ?
Moi j'ai entendu hier certains dire, oui mais il y avait eu des supporters israéliens qui avaient eu des propos racistes. Bien sûr que c'est insupportable les propos racistes. Malheureusement, les supporters de foot qui ont des propos racistes, pas la première fois. Est-ce que c'est une raison pour faire une chasse à l'homme ? Est-ce que c'est une raison pour les pousser dans les canaux à Amsterdam ? C'était purement antisémite, c'était haineux, ça ne faisait absolument pas avancer la cause des Palestiniens. Il faut lutter contre ce recours à la violence.
Est-ce qu'il faut lutter par exemple en prenant des mesures de sécurité ? Il y a un questionnement sur la tenue d'un match France-Israël le 14 novembre en France.
Il n'y a pas de questionnement. Ce match doit avoir lieu. On ne va pas capituler devant des violents, des haineux, des intolérants. Il faut que ce match ait lieu. Évidemment, dans des conditions de sécurité renforcées.
Merci beaucoup Nathalie Loiseau, eurodéputée, membre du parti Horizon d'Edouard Philippe. C'est la suite de Télématin. Bonne journée à tous.
Nathalie Loiseau