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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 23 septembre 2025 23 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalDéfenseInstitutions & élections

Reconnaissance de l'État de Palestine : "Il y aura des représailles" diplomatiques de la part d'Israël, prévoit l'ancien ambassadeur Gérard Araud

Source d'origine 4 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:09OuverteRéponse directe

    Vous allez nous dire si vous croyez à cet État, comment vous voyez la suite, sa concrétisation ou les embûches sur le chemin de la paix.

  • 2:25RelanceRéponse directe

    Cette reconnaissance est-elle réaliste pour vous ? Ou alors, c'est un coup diplomatique du Président plutôt réussi, mais qui n'aura aucune conséquence ?

  • 2:35FerméeRéponse directe

    Vous, est-ce que vous y croyez, à cet État palestinien ?

  • 3:17RelanceRéponse directe

    Pourquoi Emmanuel Macron a renoncé à toutes ces conditions, notamment la libération des otages ?

  • 4:36FerméeRéponse directe

    Est-ce qu'il faut s'attendre à des représailles de la part d'Israël après cette reconnaissance ?

  • 8:14OuverteRéponse directe

    Que peut faire la France maintenant ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:54Invité politiqueChiffre
    « nous avons en face, nous avons un gouvernement israélien totalement intransigeant, qui est en train de lancer une nouvelle opération à Gaza, alors que depuis deux ans, plus de 200 000 Palestiniens, selon un ancien chef d'État-major israélien, ont été tués ou blessés. »
  • 2:05Invité politiqueFait
    « un gouvernement qui a dit, il n'y aura jamais d'État palestinien, cette terre nous appartient. »
  • 3:34Invité politiqueFait
    « comment voulez-vous libérer les otages aujourd'hui, alors qu'Israël, depuis deux ans, a rasé la bande de Gaza et n'y est pas parvenu ? »
  • 4:00Invité politiqueFait
    « le gouvernement israélien lui-même dit que sa priorité n'est pas la libération des otages, et dit au contraire, pour lui, c'est la victoire totale. »
  • 4:43Invité politiqueFait
    « Ce gouvernement, à l'évidence, poursuit deux objectifs. L'un, c'est le nettoyage ethnique à Gaza. Ils le disent, ils veulent rendre Gaza invivable. »
  • 5:19Invité politiqueFait
    « tous les jours, il y a des manifestations. La population israélienne proteste, demande les familles des otages, demande l'arrêt des hostilités et la négociation. »
  • 10:20Invité politiqueFait
    « Mais c'est une défaite parce que l'autorité palestinienne qui va représenter qui est l'État palestinien, l'autorité palestinienne combat le Hamas, c'est cela depuis des années. »
  • 11:01Invité politiqueChiffre
    « 6% des Gazaouis soutiennent encore le Hamas. »
  • 13:37Invité politiqueChiffre
    « en France, 57% des actes antiracistes, d'origine raciste, sont des actes aux dépens de nos concitoyens juifs. »

Temps de parole

  • Invité politique73 %
  • Présentateur15 %
  • Invité8 %

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0:01
Présentateur

La France reconnaît désormais l'État palestinien. Vous allez nous dire si vous croyez à cet État, comment vous voyez la suite, sa concrétisation ou les embûches sur le chemin de la paix. Vous qui connaissez parfaitement les arcanes de la diplomatie, vous qui avez été ambassadeur de France en Israël, aux États-Unis, aux Nations Unies. Mais d'abord, on écoute le président hier soir à la tribune de l'ONU à New York.

0:28
Locuteur non identifié

Nous sommes là car le temps est venu. Je déclare que la France reconnaît aujourd'hui l'État de Palestine.

0:37
Présentateur

C'est un discours historique et un moment historique, Gérard Harrault ?

0:46
Invité politique

Oui, je le crois. C'était un beau discours. Et en tant que Français, je pense qu'on pouvait être fier de ce discours. Mais j'essaye en permanence, un peu contre l'impossible, de dire que la reconnaissance de l'État palestinien, ce n'est qu'une petite partie de l'initiative de paix franco-séoudienne. Ça fait 6 à 8 mois que la France et l'Arabie saoudite travaillent ensemble pour obtenir le soutien des pays arabes, de la communauté internationale, qui disent très clairement, nous voulons exclure le Hamas de tout règlement de paix. Nous voulons avoir une autorité palestinienne légitime, fondée sur des élections.

1:23
Invité

Et on va dérouler jusqu'à 9h tous ces points absolument primordiaux. Mais il y a un point très important. On a vu évidemment la délégation palestinienne applaudir, Mahmoud Abbas en visio, mais on a aussi vu la chaise vide, non seulement des États-Unis, mais des Israéliens.

1:38
Invité politique

Oui, vous avez raison. Parce que souvent, on parle de la reconnaissance ou de l'initiative française dans l'absolu. La diplomatie, c'est la réalité. Or, la réalité, c'est que nous avons en face, nous avons un gouvernement israélien totalement intransigeant, qui est en train de lancer une nouvelle opération à Gaza, alors que depuis deux ans, plus de 200 000 Palestiniens, selon un ancien chef d'État-major israélien, ont été tués ou blessés. Et avec un gouvernement qui a dit, il n'y aura jamais d'État palestinien, cette terre nous appartient.

Donc, d'une certaine manière, face à cette intransigeance israélienne appuyée par les Américains, la France, avec tous ses partenaires, essaye de rappeler le droit international et le bon sens. Il n'y aura pas de paix s'il n'y a pas deux États.

2:25
Présentateur

Gérard Haro, vous dites que la diplomatie, c'est aussi la réalité, mais cette reconnaissance est-elle réaliste pour vous ? Ou alors, c'est un coup diplomatique du Président plutôt réussi, mais qui n'aura aucune conséquence ? Vous, est-ce que vous y croyez, à cet État palestinien ?

2:39
Invité politique

Alors, moi, ce que je pense, c'est que le Président de la République, et d'ailleurs avec tous nos partenaires, l'Arabie Saoudite, puis vous savez, il y a quand même derrière nous des pays comme la Grande-Bretagne, l'Australie, le Canada, qui ne sont quand même pas des pays hostiles aux États-Unis et à Israël. Donc, c'est une manière de dire aux Israéliens, voilà, on vous propose un cadre de négociation. Des Palestiniens qui sont légitimés, des Palestiniens qui se sont débarrassés du Hamas, si vous voulez négocier. Et donc, la question que vous posez, c'est la question qu'on doit poser au gouvernement à Jérusalem, et c'est vrai qu'aujourd'hui, ce gouvernement ne veut pas négocier.

3:17
Présentateur

Juste, Emmanuel Macron avait posé beaucoup de conditions en amont à cette reconnaissance, et finalement, il a renoncé à toutes ces conditions, notamment la libération des otages, etc. Pourquoi ?

3:27
Invité politique

Alors, non, vous savez, quand on pose des conditions, la première question à faire, c'est de dire, est-ce qu'elles sont réalistes ? Et comment voulez-vous libérer les otages aujourd'hui, alors qu'Israël, depuis deux ans, a rasé la bande de Gaza et n'y est pas parvenu ? Donc, on ne peut libérer les otages que si on s'engage dans un processus politique. Israël ne fait que du militaire, il faut faire aussi du politique, et comme Emmanuel Macron l'a dit, c'est de lancer un processus dont la logique est, comme je l'ai dit, exclure le Hamas et libérer les otages.

Mais vous savez, le gouvernement israélien lui-même dit que sa priorité n'est pas la libération des otages, et dit au contraire, pour lui, c'est la victoire totale.

4:09
Invité

Vous parlez du gouvernement israélien, l'un des premiers effets de cette reconnaissance pour l'instant, c'est la radicalisation de Benjamin Netanyahou, qui vient de lancer une grande offensive terrestre dans Gaza. On l'écoute, c'était dimanche.

4:19
Présentateur

J'ai un message clair pour tous les leaders qui reconnaissent un État palestinien après le terrible massacre du 7 octobre. « Aucun État palestinien ne sera créé à l'ouest du Jourdain. »

4:32
Invité

Il fera tout pour l'empêcher. Est-ce qu'il le peut encore, malgré la reconnaissance de plusieurs pays dans la France ?

4:36
Invité politique

Naturellement, vous savez, de nouveau, ça n'a rien à voir avec la reconnaissance. Ce gouvernement, à l'évidence, poursuit deux objectifs. L'un, c'est le nettoyage ethnique à Gaza. Ils le disent, ils veulent rendre Gaza invivable. Pourquoi rendre Gaza invivable ? C'est pour obliger les Palestiniens à partir. Et de l'autre côté, en Cisjordanie, ils harcèlent tous les jours de manière extrêmement violente la population palestinienne parce qu'ils veulent annexer la Cisjordanie. Donc un État est impossible, factuellement ? Pour l'Israël, aujourd'hui, avec ce gouvernement israélien, un État est impossible. Mais Israël, c'est aussi une démocratie.

Je trouve qu'on ne voit pas assez sur les écrans à quel point, tous les jours, il y a des manifestations. La population israélienne proteste, demande les familles des otages, demande l'arrêt des hostilités et la négociation.

5:28
Présentateur

Il y a une vraie opposition à Benjamin Netanyahou ?

5:31
Invité politique

Il y a une vraie opposition au gouvernement israélien et donc à Benjamin Netanyahou. Israël est une démocratie, une démocratie vibrante qui est sous le traumatisme du 7 octobre, qui pèse sur ce pays, sur lequel déjà pèse une histoire infiniment tragique. Et donc, Benjamin Netanyahou n'est pas éternel. Il y aura tôt ou tard des élections en Israël où les Israéliens, croyez-moi, régleront leur compte, notamment pour le fiasco du 7 octobre, c'est quand même un fiasco sécuritaire israélien énorme. Et donc, nous devons, le jour où l'électorat israélien se prononcera, leur dire, voilà, vous avez un interlocuteur pour négocier.

6:15
Présentateur

Il y a avoir ce plan de paix. En attendant, c'est Joshua Jarka, l'ambassadeur d'Israël en France, qui le disait sur RTL ce matin, la France devient un agent déstabilisateur au Moyen-Orient. Est-ce qu'il faut s'attendre à des représailles de la part d'Israël après cette reconnaissance ?

6:28
Invité politique

Vous savez, ce qui est excessif est insignifiant, on disait Talleyrand. Et donc, la diplomatie israélienne, en général, n'est pas une grande lectrice de Talleyrand. Et on peut le regretter. Mais oui, il y aura, je pense, des représailles. Alors, les représailles...

6:43
Invité

Par exemple, la fermeture du consulat, par exemple ?

6:45
Invité politique

Alors, ça dépend. Ils peuvent faire beaucoup de choses. Pour rendre impossible la vie de mes collègues diplomates, qu'ils soient à Tel Aviv ou à Jérusalem, la fermeture du consulat général de France à Jérusalem, pourquoi pas ? Mais j'espère... Quoi d'autre ? J'espère... Oh, ils peuvent, vous savez, ils peuvent. Tout simplement, à mon avis, d'ailleurs...

7:04
Présentateur

En matière d'échange de renseignements, de coopérations...

7:06
Invité politique

Alors, vous savez, dans le domaine du renseignement, les gens sont des pragmatiques. Et ils savent que c'est leur intérêt d'échanger. Et ils continuent d'échanger. Non, ils peuvent très bien... Mon successeur, l'ambassadeur de France à Tel Aviv, peut très bien ne plus avoir de contact. C'est-à-dire, vous demandez des rendez-vous, et plus personne ne vous reçoit. Je parle des officiels, hein. C'est tout à fait possible. Vous ghostez l'ambassadeur, quoi. Voilà. Tout à fait. On peut aussi ne pas donner de visa lorsqu'il faudra remplacer un diplomate. On nomme un nouveau, et les Israéliens ne lui donnent pas de visa. On peut aussi fermer...

Alors, vous avez le consulat à Jérusalem, qui, d'ailleurs, est un cas particulier, parce que ce n'est pas un consulat en Israël, je le rappelle, puisque nous ne reconnaissons pas la souveraineté israélienne sur Jérusalem et sur les territoires, et sur la Cisjordanie et Gaza. Vous pouvez aussi fermer le consulat de France à Haïfa. Donc, tout ça, je dirais que... Ils sont obligés, dans leur logique, de réagir. Et ensuite, on verra si c'est une réaction plus ou moins brutale. Mais en tout cas, il y a un espoir que je porte, c'est que ce soit de notre côté, œil pour œil, dent pour dent. Ils ferment un consulat, nous fermons un consulat.

8:14
Présentateur

Gérard Arroquet doit faire, que peut faire la France maintenant ? Hier, Emmanuel Macron a dit « J'attends que les pays arabes reconnaissent Israël ». Est-ce que c'est un vœu pieux ? Est-ce qu'on peut faire quelque chose dans cette direction ?

8:24
Invité politique

D'abord, vous savez, il y a un grand mouvement de rapprochement d'Israël avec Israël dans les pays arabes. Les trois principaux pays arabes sont en crise. L'Irak, parce que nos amis américains l'ont mis à bas. La Syrie sort à peine d'une guerre civile et le nouveau dirigeant ne cesse d'envoyer des messages qu'il veut parvenir à une coexistence pacifique avec Israël. Et le nouveau premier ministre du Liban, que je connais personnellement bien, j'étais son collègue à New York, est l'homme le plus modéré de la Terre et veut désarmer le Hezbollah. Donc je dirais que la question est plus du côté d'Israël parce que que fait Israël en Syrie ? Il bombarde. Que fait Israël au Liban ? Il bombarde.

Mais il y a beaucoup de pays arabes

9:10
Présentateur

qui ne reconnaissent pas Israël.

9:11
Invité politique

Vous savez, aujourd'hui, si l'on parle de la région, les monarchies du Golfe ont d'excellentes relations avec Israël, soit officielles, qu'ils ont reconnues, soit officieuses. Vous savez, on dit souvent l'Arabie saoudite, il faut qu'elle signe les accords d'Abraham. Mais la signature des accords d'Abraham...

9:28
Présentateur

Ce sont des accords entre les Émirats arabes unis et Israël. Voilà.

9:31
Invité politique

L'Arabie saoudite, je vais choquer les auditeurs, mais les Séoudiens, ça fait 20 ans qu'ils couchent avec les Israéliens. En réalité, les accords d'Abraham, ce serait simplement transformer une liaison en un mariage. Moi, j'ai été à Riyad et je rencontrais des Israéliens portant kippa dont l'avion arrivait de Jérusalem.

9:52
Invité

Que répondez-vous aux observateurs, pas seulement israéliens, qui considèrent que cette reconnaissance de l'État de Palestine est une victoire du Hamas ? Et là-dessus, on va se reconnecter aux archives très récentes, d'hier soir, du président de la publique hier à l'ONU. Voici ce que déclarait Emmanuel Macron.

10:06
Locuteur non identifié

Cette reconnaissance de l'État de Palestine est une défaite pour le Hamas, comme pour tous ceux qui attisent la haine antisémite et veulent la destruction de l'État d'Israël.

10:18
Invité

Victoire ou défaite pour le Hamas,

10:20
Invité politique

monsieur l'ancien... Mais c'est une défaite parce que l'autorité palestinienne qui va représenter qui est l'État palestinien, l'autorité palestinienne combat le Hamas, c'est cela depuis des années. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en tuant des centaines d'agents de l'autorité palestinienne. On le sait très bien. Et d'ailleurs, le président Abbas l'a répété hier en disant nous voulons exclure le Hamas de cette affaire. Mais le peut-il ? A-t-il un réel pouvoir,

10:46
Invité

Mahmoud Abbas ?

10:47
Invité politique

Mais vous avez le... En Gaza, surtout, c'est une question que vous devez poser à Israël. À Gaza, ce que vous avez, c'est une population qui n'en peut plus, qui manifeste tous les jours contre le Hamas, selon des sondages par téléphone, alors on peut... Je ne sais pas ce que ça vaut, 6% des Gazaouis soutiennent encore le Hamas. Et en réalité, ce qu'Israël aurait pu faire, mais n'a pas voulu faire parce qu'il fallait faire de la politique, c'était favoriser l'apparition d'une autorité alternative au Hamas dans la bande de Gaza. Il fallait faire de la politique. Mais Israël ne fait que du militaire parce que faire de la politique, c'était remettre sur la table la question de l'État palestinien.

11:25
Présentateur

Et une dernière question sur ce sujet. Mahmoud Abbas qui appelle le Hamas à rendre les armes, c'est un poids, ça ?

11:31
Invité politique

Oui, je pense que c'est un poids parce que derrière Mahmoud... Il n'y a pas que Mahmoud Abbas. Vous avez l'ensemble des pays arabes et l'ensemble des pays arabes qui disent, dans le cadre de la Ligue arabe, qui disent qu'ils sont prêts à participer à la gouvernance provisoire temporaire de la bande de Gaza. C'est un message fort. Et de nouveau, vous savez, quand un collaborateur me disait non, ça ne va pas marcher, je lui répondais toujours alors proposez-moi une autre solution. Et donc, ceux qui disent il fallait d'abord que le Hamas... Moi, chaque fois, je dis mais comme personne ne le fera, ça veut dire que vous vous opposez en réalité à toute initiative.

La diplomatie, c'est toujours des solutions qui sont temporaires, imparfaites, contingentes. On essaye, dans une situation toujours impossible, de faire au mieux et d'avancer. Et là, je pense que la France a avancé dans la bonne direction.

12:26
Présentateur

Le 830 France Info. Agathe Lambret, Paul Larouturou. Avec Gérard Harrault, ancien ambassadeur en Israël, aux Etats-Unis et aux Nations Unies, notamment, qui a la clé de ce conflit, Paul ?

12:37
Invité

Monsieur l'ambassadeur, vous n'êtes pas langue de bois. Vous aviez comparé Donald Trump à un vieux roi un peu capricieux, imprévisible et mal informé. Est-ce que le seul qui a la clé aujourd'hui, c'est lui, c'est Donald Trump ? Ce sont les Etats-Unis.

12:49
Invité politique

Oui, je crois que ce sont les Etats-Unis qui sont les seuls qui peuvent exercer une influence sur Israël. Je me rappelle quand j'étais ambassadeur à Tel Aviv. Israël manifeste la plus grande indifférence au reste du monde. Les Israéliens sont plus ou moins convaincus que le reste du monde est antisémite. Mais il n'y a qu'un allié qui, par son soutien, joue un rôle central en Israël et cet allié, ce sont les Etats-Unis.

13:16
Invité

Pardon, juste sur l'antisémitisme, il faut dire aussi qu'en France, il explose et que c'est aussi une réalité. Il y a énormément d'antisémitisme de par le monde.

13:23
Invité politique

Ah oui, c'est une épouvantable. Et d'ailleurs, ce n'est pas seulement en France, c'est aux Etats-Unis aussi où le nombre des actes antisémites a quadruplé. Ce que l'ambassadeur des Etats-Unis en France avait oublié en nous admonestant, c'est évident. il y a une... Aujourd'hui, je crois qu'en France, 57% des actes antiracistes, d'origine raciste, sont des actes aux dépens de nos concitoyens juifs.

13:45
Présentateur

Donald Trump, qui aime particulièrement les rapports de force que vous aviez comparés, donc, à un vieux roi un peu capricieux. Est-ce que cette reconnaissance d'Emmanuel Macron d'un Etat palestinien, ça peut le crédibiliser aux yeux du président américain, Emmanuel Macron, qui a assumé d'aller contre l'avis des Etats-Unis ?

14:01
Invité politique

Non, vous savez, Donald Trump, personne n'est vraiment crédible avec Donald Trump. Pour Donald Trump, il ne compte que les Etats-Unis. Il pense que les Etats-Unis ont la puissance pour imposer leur volonté. Il a, depuis maintenant, 2017, le président de la République a réussi à établir une relation de travail avec Donald Trump. J'en ai été le témoin. Ce n'est pas facile, mais il a réussi à la maintenir. Vous savez, avec Donald Trump, on peut toujours, on peut à peu près faire ce qu'on veut, sauf critiquer Donald Trump. Voilà. C'est critiquer Donald Trump, c'est la rupture. Si vous le faites publiquement, c'est la rupture.

Et le président de la République s'en est bien gardé, et cela avec beaucoup d'efficacité. Mais ils n'étaient pas là, les Etats-Unis, hier, pour l'écouter, le président français. Naturellement, parce que les Etats-Unis collent à la position israélienne. Ils sont en train, ils ont soumis à des sanctions la délégation palestinienne. C'est quand même assez paradoxal. Et ils ont empêché, interdit à la délégation palestinienne, de venir à New York pour l'Assemblée générale. Ce qui, d'ailleurs, est une violation du droit international. Parce que les Etats-Unis ont pris l'engagement de ne pas le faire. Ils n'avaient jamais empêché les Soviétiques de venir à New York.

15:14
Présentateur

Quel regard ils portent sur la France, les Etats-Unis en ce moment, les Etats-Unis, de Donald Trump ?

15:18
Invité politique

Alors, ça dépend de ce que vous appelez les Etats-Unis. Vous savez, Donald Trump, je dirais, porte le même regard à peu près sur tous les pays. C'est-à-dire que pour lui, les alliances ne comptent pas, les solidarités historiques ou de régimes ne comptent pas. C'est seulement le rapport de force. Est-ce que ça va rapporter aux Etats-Unis, souvent financièrement, commercialement ou militairement ? Donc, il a une indifférence totale aux Européens, mais aussi aux Asiatiques et aux Africains.

15:48
Invité

Et à la géographie, puisque Donald Trump a confondu à plusieurs reprises l'Arménie avec l'Albanie. Maintenant, il dit avoir mis fin au conflit entre le Cambodge et l'Harmonie. et on l'écoute. Le Cambodge et l'Arménie, cela venait juste de commencer et c'était grave. Imaginez ça. On a le Cambodge, l'Arménie, le Kosovo. C'est l'Amérique ou c'est juste Trumpien de méconnaître la carte du monde ?

16:13
Invité politique

Vous savez, je pense que, je vais être un peu paradoxal, si vous voulez comprendre ce qui se passe, il faut un peu oublier Donald Trump. Donald Trump est foutraque. Bon voilà, il fait ce genre de déclaration, mais si on se concentre sur ce genre de déclaration, on rate une chose essentielle. Cet homme, avec tous ses défauts, a une ligne politique très claire et cette ligne politique, il la suit. Et cette ligne politique, il le dit lui-même, c'est America first. Mais pour lui, America first, l'Amérique première, c'est en réalité America alone, l'Amérique seule.

C'est un nationaliste américain intransigeant qui pense que les Etats-Unis ont les moyens commerciaux, surtout d'ailleurs, plus que militaires, commerciaux, d'imposer leur volonté et ensuite, le reste ne compte pas. Et il est prêt à tordre le bras aussi bien des Britanniques que des Européens, quel que soit par ailleurs nous ce que nous pensons être, notre amitié.

17:05
Présentateur

Ces excentricités ne doivent pas dévier de l'essentiel. On entend ce que vous dites mais c'est frappant de voir à quel point on va vous poser la question. Est-ce qu'on passe tout à Donald Trump ? Parce qu'on se rappelle de Joe Biden qui avait notamment parlé du président du Mexique au lieu du président égyptien. Il avait dû justifier. Tout le monde lui était tombé dessus. Et Donald Trump, lui, il fait plusieurs lapsus. Il confond des choses. On a l'impression

17:27
Invité politique

qu'il se passe bien. C'est une très bonne question. Donald Trump est une catégorie en soi aux yeux des Américains. On passe tout à Donald Trump. Mais tout. Et lorsque j'étais aux Etats-Unis, je disais quand même, voyez, regardez ce qu'il a dit, des obscénités. Il vient d'insulter Biden alors que Biden a un cancer. Fils de... On ne va pas traduire

17:47
Invité

mais il a dit fils de...

17:48
Invité politique

Voilà. Exactement. Dans les termes les plus orduriers. Mais quand je disais ça à des Américains, eh bien, ils me regardaient en souriant en disant ça c'est Donald Trump. Voyez donc, il peut... Et moi j'ai vu des hommes politiques américains qui ont essayé de faire du Trump. Notamment Rubio, maintenant qui est secrétaire d'Etat quand il était candidat en 2016 et aussitôt dans les sondages, il s'est effondré. C'est-à-dire... Il n'y a que Trump qui peut faire du Trump. Oui, parce que Trump, aux yeux de tout le monde, il est authentique. Ce qu'il dit, c'est lui. C'est-à-dire, il ne calcule pas...

18:16
Présentateur

Et peut-être qu'il fait un peu peur aussi.

18:18
Invité politique

Il est transparent. Et les Américains... Il y a un qu'il fait peur

18:20
Présentateur

aux Etats-Unis qui peut-être qu'il fait peur.

18:23
Invité politique

Ah non, mais évidemment qu'il fait peur. Nous sommes dans une polarisation absolument hystérisée du conflit. On l'a vu avec l'assassinat de Charlie Kirk. Et la suite, maintenant, donc la polarisation ne fait que s'aggraver. Et Trump, et ça c'est intéressant parce que chez les populistes, c'est caractéristique. Au lieu d'essayer de réunifier le pays, au contraire, vous le divisez en disant, c'est nous, le camp du bien, contre eux et il n'y a pas de pont entre les deux camps.

18:50
Présentateur

Justement, vous faites référence à Charlie Kirk. Dimanche, Phoenix en Arizona, les Américains lui ont rendu hommage à cet influenceur militant trumpiste qui a été érigé en martyr de la cause des trumpistes. Écoutez, lors de cet hommage après qu'Erika Kirk, la veuve de Charlie Kirk, a déclaré qu'elle pardonnait à son assassin, Donald Trump a été beaucoup moins magnanime.

19:12
Locuteur non identifié

Il ne détestait pas ses opposants, il voulait le meilleur pour eux et c'est là que je ne suis pas d'accord avec Charlie. Je déteste mes opposants et je ne veux pas le meilleur pour eux. Désolé.

19:26
Invité politique

Qu'est-ce que vous dites quand vous entendez ça ? Trump est vindicatif et Trump est en train d'ailleurs, en utilisant le ministère de la justice américain, il est en train de harceler, de menacer ses ennemis.

19:37
Invité

Il est 8h55 sur France Info, c'est l'heure de la question qui a retrouvé sur les réseaux. Aujourd'hui, la question qui fait sourire les diplomates. Monsieur l'ambassadeur, vous avez dans vos livres partagé de très nombreuses anecdotes de vos différentes fonctions. Est-ce que ce matin, pour nous, dans 8h30, vous pouvez nous raconter une anecdote que vous n'avez jamais racontée ?

19:59
Invité politique

Eh bien, c'était le président de la République qui rencontrait Donald Trump et à un moment, Donald Trump dit mais pourquoi vous n'utilisez pas les OGM ? Les organismes génétiquement modifiés. Et donc, notre président de la République, en bon bureaucrate, point 1, point 2, point 3, point 4, c'était de la qualité tisser main à la française dont Donald Trump n'écoutait pas naturellement et à un moment, il répond mais regardez, nous, on utilise les OGM et on a une meilleure espérance de vie que vous. Or, toute personne normale sait que l'espérance de vie des Européens est 4 à 5 ans meilleure que celle des Américains.

Le président de la République s'est eu, vous n'alliez pas avoir un débat sur les espérances de vie entre le président de la République française et le président des Etats-Unis. C'était quand ça, juste ? Ça devait être, j'étais là-bas donc en 2018-2019.

20:51
Présentateur

Mais ça vous a quand même étonné qu'Emmanuel Macron discute avec Donald Trump ?

20:55
Invité politique

Non, il a été, lorsque je suis sorti de cette réunion pour vous répondre, c'était une réunion assez atterrante parce que je ne vous donne qu'un exemple mais tout était un peu du même style, je dis au président de la République mais qu'est-ce que vous en tirez monsieur le président de la République ? Et il répond mais Gérard, je n'en tire rien mais c'est l'homme le plus puissant au monde. Et c'est ce que le président de la République essaye de faire, c'est garder le contact avec Donald Trump, c'est l'homme le plus puissant au monde.

21:22
Présentateur

Gérard Harrault, vous avez été nommé en 2014 ambassadeur aux Etats-Unis, vous avez beaucoup fréquenté Barack Obama et aussi Donald Trump lors de son premier mandat. Qu'est-ce qui vous a frappé chez les deux ? C'est très différent d'avoir travaillé avec Donald Trump ?

21:35
Invité politique

C'était le jour et la nuit et je ne dis pas qui était le jour et qui était la nuit. Inversement, vous aviez d'un côté un Obama qui était le bureaucrat type qui allait se coucher avec 60 pages de notes et qui revenait à ses collaborateurs le lendemain. C'était une machine assez froide, contrairement à ce que pensent les Français d'ailleurs. C'était vraiment un technocrat. Loin de l'image du jeune

22:01
Présentateur

chaleureux.

22:03
Invité politique

Il n'était pas chaleureux du tout. Il était dans les relations humaines, tous ses collaborateurs, les membres du Parti démocrate d'ailleurs s'en plaignaient. Donc on avait vraiment une administration qui marchait au cordeau. Ensuite, Trump, si vous me permettez, la première fois que Trump va rencontrer Xi Jinping, moi je prends ma canne, mon chapeau, mes gants beurre frais et je vais voir le conseiller national de sécurité américain en lui disant mais qu'est-ce que vous avez mis dans la note d'entretien ? Et il me répond monsieur l'ambassadeur, Donald Trump n'a pas besoin de note d'entretien.

Donc ce qui voulait dire qu'il allait à l'entretien avec le président chinois où il y a quand même des sujets un peu compliqués, il y allait les mains dans les poches. Et ensuite, on a vérifié chaque fois qu'il rencontrait Emmanuel Macron ou les chefs d'État européens puisque mes collègues européens me le disaient, il y va, les mains dans les poches et il dit plus ou moins ce qui lui passe par la tête.

22:52
Présentateur

Merci beaucoup Gérard Harraud pour ces anecdotes. Merci d'avoir répondu aux questions de France Info.

22:58
Invité

Des anecdotes à retrouver sur YouTube. Merci beaucoup.