Face à Face : Céline Imart - 26/02
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe. 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Céline Imard. Bonjour Apolline de Malherbe. Votre nom ne dit pas grand chose encore aujourd'hui et ça a suscité ma curiosité parce que vous êtes désormais politique, candidate numéro 2 sur la liste LR aux Européennes et vous êtes agricultrice, vous êtes céréalière à Puy-Laurence dans le Tarn. Vous êtes responsable d'ailleurs départementale de la FNSEA et on va apprendre aussi à vous connaître et à savoir ce que vous allez ou non apporter à cette campagne. Je donne d'abord un tout petit peu votre parcours.
Vous êtes diplômée de Sciences Po et de l'ESSEC, une école de commerce à Paris. Vous avez travaillé dans la finance, dans le conseil et puis il y a 13 ans, vous avez décidé de reprendre l'exploitation familiale. Vous êtes donc vous-même, agricultrice, à la tête de cette exploitation. Vous avez déjà fait de la politique d'une manière ou d'une autre puisque vous avez croisé le fer ces dernières années avec Jean-Luc Mélenchon et avec Nicolas Hulot. Rien que ça, dans des émissions de débat notamment. Pourquoi ? Pourquoi désormais la politique ? Pourquoi LR ? Pourquoi les Européennes ? Pourquoi la politique d'abord ?
Je pense que je suis une femme de passion et de conviction. Et tous les engagements que j'ai pu prendre auparavant, les choix que j'ai pu faire, par exemple celui de reprendre l'exploitation familiale, ce sont toujours la passion et la conviction qui ont guidé mes choix. Aujourd'hui, ce que j'entends autour de moi, ce que je vis, je l'ai vécu en tant que responsable syndical pendant des années, je le vis en tant qu'agricultrice, que profession libérale, qu'indépendante. C'est une déconnexion totale entre les décisions qui sont prises, non seulement à Paris mais aussi à Bruxelles, et la réalité du terrain.
J'entends des gens autour de moi en permanence, des agriculteurs, des agricultrices, des commerçants, des artisans, des gens qui travaillent partout autour de moi, qui disent « Oh là là, mais qu'est-ce que c'est que ces politiques, ces réglementations complètement hors sol ? On n'en peut plus. » Et donc, je me suis dit, à un moment donné, il y a peut-être la question qui se pose de s'engager, pour essayer de faire bouger les lignes.
Et donc, allez directement vous-même aussi à Bruxelles, puisque vous avez immédiatement dit que c'était aussi là que les décisions se prenaient. Il y a plein de trucs dans ce que vous avez dit, et notamment, vous avez immédiatement parlé des artisans, des commerçants, c'est-à-dire pas uniquement du combat des agriculteurs. On va y revenir, ça veut dire aussi que pour vous, ce combat, il est assez représentatif, j'imagine, d'autres professions. Mais donc, pourquoi la politique ? Ça, j'ai compris. Pourquoi LR ?
Pourquoi LR ? Parce que c'est le parti dont les idées correspondent le plus à ma sensibilité. Parce que je pense que les positions qu'ils ont portées sur l'agriculture, notamment pendant cinq ans au Parlement européen, ont été très claires. Et il y a eu des votes qui ont vraiment soutenu l'agriculture. Si je prends par exemple le fameux vote sur la loi sur la restauration de la nature, aujourd'hui, on avait par exemple ce texte européen. qui prévoyait de geler 10% des terres agricoles pour les mettre en non-production. C'est le fameux Green Deal ? Ça correspond à un texte qui va appliquer le fameux Green Deal.
Et aujourd'hui, on a tous les députés de la majorité Renew, donc Renaissance, qui ont voté ce texte. Et les députés LR qui ne l'ont pas voté. Donc pour moi, ce sont des actes.
Donc ça veut dire que là, vous êtes tout de suite en train d'attaquer les députés Renaissance. Qui dirait aujourd'hui le contraire de ce qu'ils ont fait à Bruxelles ?
Moi, je n'attaque personne, je constate simplement qu'aujourd'hui, il y a des paroles et il y a des actes. Et pourquoi l'Europe ? Parce que c'est là que ça se joue ? Il y a beaucoup de choses qui se jouent à l'échelon européen. 80% de notre droit en France, qui pèse énormément sur les gens qui travaillent, sur les entreprises, sur les agriculteurs, est produit d'abord à l'échelon européen.
Tout à fait. Vous avez entendu cette colère. Vous serez, vous, au Salon de l'agriculture toute la journée aujourd'hui. Céline Imar. Quand vous avez vu les images de la visite d'Emmanuel Macron, particulièrement chahutée, voire violentée, samedi, vous êtes de quel côté ? Vous êtes plutôt quand même du côté du président de la République en vous disant, voilà, il faut qu'il puisse visiter le salon dignement. Ou est-ce que vous êtes plutôt du côté de la colère des agriculteurs ?
Si je dois vous répondre très clairement, je suis du côté de la colère des agriculteurs. Emmanuel Macron, en faisant ce qu'il a fait avec l'épisode de l'invitation des soulèvements de la terre, où il a été incapable de présenter ses excuses, où il a été incapable d'assumer les actes qui ont été posés par ses conseillers, aujourd'hui, c'est le pompier Pierre Romane. Il souffle sur les braises de la colère agricole depuis des mois. Il nous promet d'entendre la colère agricole depuis des mois. Là, il a décidé, avec Gabriel Attal, de dire au monde agricole, proposez-nous des mesures de simplification.
Aujourd'hui, dans le filaire où il dit, proposez-nous trois ou quatre mesures.
Aujourd'hui, ce n'est pas 150. Il ne faut pas qu'on ait trop d'idées, c'est trois ou quatre mesures. En fait, il traite le monde du travail et le monde agricole comme si c'était une grève à la SNCF. Ce n'est pas possible. C'est un double langage, c'est un double discours. Donc, il faut comprendre la colère des agriculteurs qui travaillent, qui essayent de faire remonter des propositions depuis les annonces de Gabriel Attal.
Et aujourd'hui, quand on les invite à un grand débat, en même temps que des éco-terroristes qui ont saccagé nos terres, qui ont saccagé les biens publics, des agriculteurs, les biens privés qui ont tapé sur des policiers, et aujourd'hui, de les mettre au même rang dans le débat sur les avancées de cette France agricole, c'est inadmissible. C'est inadmissible, et donc, vous comprenez cette colère, y compris de ceux qui, vraiment, étaient les moteurs de cette violence pendant le salon ? La question est... Moi, je ne cautionne pas les violences. Je pense que personne ne peut cautionner les violences.
Mais aujourd'hui, il faut quand même reconnaître que quand on souffle sur des braises, on attise une colère.
Ils étaient, pour vous, représentatifs. Je vous pose cette question aussi parce que ce matin, sur RMC, j'ai reçu la porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot. Je lui ai posé à peu près la même question qu'à vous, c'est-à-dire, est-ce que vous entendez cette colère ? Est-ce que, pour vous, elle est, en quelque sorte, justifiée ? Elle m'a répondu d'une manière très politique. Pour elle, il s'agit d'une centaine d'agriculteurs qui ont voulu attaquer, en quelque sorte, le président. Et d'ailleurs, pour elle, c'est signé, et c'est signé par les slogans qu'ils ont prononcés. Écoutez, Prisca Thévenot.
Nous avons eu, en face de ce moment important, solennel, national, une minorité, une centaine d'ultras, ultra-violents, qui étaient là, non pas pour dialoguer, pour échanger, mais pour en découdre. Et donc ça, nous devons être collectivement capables de le dénoncer. Quand j'ai entendu, samedi matin, vraiment extrêmement choquant, « Nous sommes chez nous, nous allons tout faire pour le dégager », à quel moment on tolère ce genre de phrase ? Quand elle dit, et qu'elle fait référence à « Nous sommes chez nous », elle veut qu'on entende aussi un slogan qui a lieu parfois dans les meetings du FN ou du RN, qui est « On est chez nous ».
Est-ce qu'en effet, cette colère n'est pas une colère manipulée, ou en tout cas proche du RN ?
Je ne pense pas. Après, il y a beaucoup de votes RN dans le monde agricole, mais comme dans toutes les couches et les catégories de la société aujourd'hui, je ne pense pas que ce soit un problème de politicisation des agriculteurs. Est-ce qu'il est de la part du gouvernement de dire que c'est le RN ? Absolument. Non, mais aujourd'hui, ce genre de débat, le fait de dire « Est-ce que ces agriculteurs, ils étaient politisés ou pas ? » Ça, c'est la partie émergée de l'iceberg. Et ça cache en fait les véritables sujets de fond qui sont aujourd'hui problématiques pour le monde agricole.
Vous comprenez donc cette colère ? J'avoue que je m'arrête un instant là-dessus, Céline Imar, parce que vous vous êtes engagée avec LR. LR, c'est quand même un parti de l'ordre qui, soudain, a une forme de, au minimum, de complaisance avec une expression
violente de la colère. Non, mais il n'y a pas eu... Enfin, il y a eu des épisodes de violence extrêmement poussées qui sont la partie émergée, encore une fois, d'un mouvement de colère qui sourd, qui grande depuis des mois. Mais on ne peut pas dire aujourd'hui que ce mouvement-là est incompréhensible. Ce sont des manifestations qui émergent parce qu'il y a certains agriculteurs qui craquent aussi, qui n'en peuvent plus. Et puis, vous savez, quand on a commencé à retourner les panneaux chez moi dans le Tarn, c'était une manière de dire notre colère, notre incompréhension face à ce monde. Vous avez participé à ces manifestations-là qui étaient donc au début
de ce mouvement.
Non, on a tiré un signal d'alerte. On a fait le buzz dans les médias. On a dit, attention, on nous demande beaucoup de choses. Il y a beaucoup de contradictions entre ce que disent les politiques, ce que font les administrations. Aujourd'hui, on a des réglementations qui ne vont pas. On n'a pas de revenus. On a un problème de considération. On retourne les panneaux parce qu'on marche sur la tête. Ça a fait le buzz. Mais on n'a pas été entendus. Et pour être entendus, il a fallu passer à la vitesse supérieure. C'est ça qui est regrettable aussi aujourd'hui.
C'est que si on n'arrive pas à capter l'attention en faisant vraiment une surenchère, en montrant qu'on est là, qu'il faut nous écouter, qu'on est des forces vives du pays, entre guillemets, et qu'on a des choses à dire, que notre problématique, c'est la problématique de toute la France et de tous les citoyens, parce que c'est ce qui se retrouve dans leur assiette trois fois par jour, on a dû arriver là pour se faire entendre.
Céline Imar, je le rappelle pour ceux qui nous rejoindraient, vous êtes le nouveau visage aussi de ces Européennes, numéro 2 sur la liste LR. Quand vous voyez les mesures qui ont jusqu'à présent été proposées, et y compris jusqu'à ces prix planchers dont a parlé Emmanuel Macron pendant sa visite samedi, est-ce la réponse que les agriculteurs attendent ?
Les prix planchés dans un deuxième temps, mais je reviens sur la première partie de votre question, les mesures. Aujourd'hui, ce qui a été pris, ce ne sont pas des mesures, ce sont des mesurettes. Ce sont des choses qui sont destinées à éteindre le feu. La trésorerie, sur le GNR, le vincement de la PAC ? Tout à fait, ce sont des petits chèques ici. La PAC aurait dû être versée pour tous les agriculteurs entre le mois d'octobre et le mois de décembre. On dit, il y a des retards. Ok, mais ça, c'est une avance de calendrier sur des choses qui auraient déjà dû être versées en décembre. Toutes les mesures qui ont été prises ne sont pas des mesures, ce sont des mesurettes.
Nous, ce que demande le monde agricole...
Le gouvernement dit quand même que c'est 400 millions d'euros
et ce n'est pas rien. Oui, mais c'est... Surtout dans le contexte où vous-même, les LR, vous n'arrêtez pas de dire qu'il faut maîtriser les coûts. Bien sûr, il faut maîtriser les coûts, mais 400 millions d'euros à l'échelle de ce qu'on peut donner aujourd'hui pour d'autres politiques, ce n'est pas grand-chose. Et puis, c'est surtout, ce n'est pas ce que réclame la profession. Ce sont des aides de trésorerie, mais c'est surtout ce que réclame la profession agricole. C'est vraiment des manières d'avoir du revenu.
Quel morceau de la profession d'ailleurs vous représentez ? C'est-à-dire, quand vous dites ce n'est pas ce que demande la profession, Emmanuel Macron vous lance en quelque sorte, vous relance la question en disant, aujourd'hui, dans les colonnes du journal Le Figaro, qu'il me donne trois ou quatre mesures, trois ou quatre propositions.
Vous retiendriez quoi ? Oui, il traite en fait le problème agricole comme il pourrait traiter une grève des cheminots. Nous, ce qu'on demande, c'est un changement de logiciel. Ce ne sont pas trois ou quatre petites mesures comme ça, mises à côté les unes des autres ou trois ou quatre chèques. Aujourd'hui, vous, Apolline de Malherbe, vous faites une matinale tous les matins. En gros, vous rendez une copie tous les jours. Nous, quand on est agriculteur, on rend une copie par an. C'est-à-dire que moi, je me suis installée à l'âge de 28 ans. Je vais probablement prendre ma retraite vers 68 ans. J'aurais rendu 40 copies dans ma vie. On est sur le temps long.
Aujourd'hui, quand on va obtenir, quand le gouvernement prétend obtenir une dérogation sur les jachères, les 4% de jachères à Bruxelles, c'est une dérogation de non. Comment voulez-vous qu'on se projette, qu'on fasse un plan d'entreprise ? On a des investissements qui nous engagent à 10 ans, à 15 ans, à 20 ans. On est aussi des chefs d'entreprise. On a besoin de savoir si la France veut encore de nous. On a besoin de savoir quelle vision, quel cap elle nous fixe à long terme et quel moyen elle va nous donner pour y parvenir. C'est un changement de logiciel qu'il faut aujourd'hui.
Quand il dit, Emmanuel Macron, qu'il va faire de l'agriculture un enjeu majeur, une sorte d'intérêt supérieur de la nation, est-ce une réponse à cette question ?
Alors ça, c'est ce qu'il propose de mettre dans la loi, je pense. Après, ce sont des mots. Nous, tant qu'on ne voit pas des actes, les mots, les grands concepts en disant on vous aime, on va placer l'agriculture au-dessus de tout, ça ne fonctionne pas. On ne peut pas faire des grandes déclarations d'amour à l'agriculture ou à toute une partie de la population en France. C'est très important
ce que vous dites. On veut savoir si la France veut encore de nous ?
Oui. Oui, bien sûr. Mais c'est aujourd'hui ce qui mine en fait le moral de beaucoup de monde. Quand on a des exploitations, souvent on les reçoit. On les reçoit d'une génération, de deux générations, de trois générations. Vous avez repris vous-même
l'exploitation familiale.
Oui, tout à fait. Moi, je suis la sixième génération d'agriculteurs installés sur ma ferme. C'est quelque chose dont je suis très fière. Et je pense qu'aujourd'hui, les agriculteurs qui ont reçu ce patrimoine, cette terre dont nous sommes les gardiens, sur lesquels nous essayons de produire, sur lesquels on fait de notre mieux, et on attend de savoir que la société veut de nous, aussi parce qu'on espère demain bonifier ce qu'on a reçu et le transmettre à notre tour à la génération qui viendra. Et vous allez me rapprocher
d'ailleurs cette histoire de reprise de ferme et comment est-ce que vous vous êtes retrouvés là. Mais je vous repose la question sur les prix planchers. Est-ce que vous êtes favorable ou non à ces prix planchers ?
Écoutez, je ne comprends pas les prix planchers. Alors déjà, on nous a dit il y a quelques semaines, Marc Fénaud nous disait oulala, c'est un système soviétique, c'est une très mauvaise idée. Le propre ministre de l'agriculture d'Emmanuel Macron effectivement y était opposé. Bon, je pense qu'il doit être au bord de la crise de nerfs. Aujourd'hui, on a Emmanuel Macron qui sous la pression de cette actualité un peu brûlante qui dit on va mettre des prix planchers. On ne sait pas ce que ça veut dire, quelle forme ça peut avoir. Est-ce que c'est un aboutissement de ce qui est prévu dans la loi EGalim ?
Donc ce sont des indicateurs de coûts de production à partir desquels on doit construire le prix des produits finis. Est-ce que c'est ça qu'il veut aboutir encore plus dans la loi ? Est-ce que c'est un système beaucoup plus réglementé ? Aujourd'hui, on ne sait pas ce que ça veut dire et ça, c'est le professionnel des effets d'annonce qui fait des annonces, des annonces avec des concepts et on ne sait pas comment on va construire derrière.
Pour l'instant, notamment la porte-parole du gouvernement encore une fois sur RMC ce matin, expliquez que ce serait vous les agriculteurs, c'est-à-dire l'interprofessionnel qui fixerait ces prix, que ces prix pourraient d'ailleurs évoluer au fil des mois en fonction du contexte, à la fois météo ou du contexte international et d'ailleurs que ces prix seraient fixés par département. Ça ne vous convient pas
comme première explication ou comme première méthode ? Je ne sais pas, je pense que ce sont des choses qui méritent d'être approfondies et étudiées calmement. Aujourd'hui, je pense que là, on est sur une politique du doigt mouillé qui essaie de raccorder, de proposer des pistes réelles à des effets d'annonce. Ce n'est pas sérieux. Il faut qu'on se pose, il faut que tout soit examiné, concerté, encore une fois, qu'on puisse se projeter sur des mécanismes qui sont sérieux et à long terme.
Céline Imar, quelle agricultrice êtes-vous ? Céréalière, dans le Tarn, grosse exploitation, petite exploitation ?
C'est une étiquette qui est considérée comme moyenne dans ma région de production qui est le loraguette. Ça veut dire combien d'hectares ? Moi, je cultive 240 hectares. Je fais des céréales. C'est plus que la moyenne. La moyenne et l'exploitation, sauf que vous prenez des exploitations de maraîchage qui font de la salade, des tomates ou autre, on aura une moyenne plus petite que sur une moyenne d'une exploitation céréalière. Peu importe. Aujourd'hui, ce n'est pas la taille qui va faire la valeur ajoutée d'une exploitation, c'est la qualité de ce qu'elle fait, des produits qu'elle a, c'est le revenu, la valeur ajoutée.
J'exploite des céréales, donc du blé dur qui va servir à faire des pâtes, à faire de la semoule, du blé dur qui va être notamment valorisé en farine. Je fais du sorgho, du tour de soleil, du colza pour faire de l'huile et je multiplie de la semence en maïs et aussi en luzerne. C'est vous qui conduisez le tracteur ? Oui. Oui, c'est vous, je veux dire,
c'est vous l'agricultrice ? Oui, oui, oui. Vous n'êtes pas mise dans un bureau à donner des ordres ? Vous avez des salariés ? J'ai un salarié à mi-temps depuis quelques mois, oui.
Un salarié à mi-temps et vous êtes l'agricultrice, vous vendez à qui ? Alors, je vends à des négoces et des coopératives, donc ils sont des organismes collecteurs.
et vous avez d'ailleurs été représentante, me semble-t-il, de l'inter-céréalière de votre département ?
D'inter-céréales au niveau national qui représente en fait toute l'inter-profession des céréales depuis les producteurs en passant par les collecteurs jusqu'aux transformateurs. Vous continuez d'ailleurs cette activité pendant la campagne ? Non, que ce soit au niveau, vous l'avez évoqué au début de notre entretien, que ce soit au niveau de la FDSEA, donc de la fédération départementale ou que ce soit au niveau d'inter-céréales, je me suis tout de suite mise en retrait de mes fonctions. Vous vendez en France ? Vous vendez à l'export ? Je vends à des organismes français, à des négoces et à des coopératives.
Et si je vous pose cette question, c'est aussi parce que quelle est votre position par rapport à la question des accords de libre-échange ? Ça a beaucoup cristallisé aussi une partie des colères, le Mercosur, les accords de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, la question des droits de Loine avec l'Ukraine. Quelle est votre position d'abord sur Mercosur et Nouvelle-Zélande ? Est-ce que vous, vous êtes défavorable à ces accords de libre-échange ? Est-ce que vous estimez qu'il faut simplement les geler le temps de négocier ? Ou est-ce qu'il faut carrément les jeter aux orties ?
L'accord de libre-échange en soi
n'est pas quelque chose
que nous rejetons.
Ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui,
quand on a des accords comme le Mercosur ou la Nouvelle-Zélande, auxquels, je rappelle, sur la Nouvelle-Zélande, les députés à l'air en place à Strasbourg ont voté contre. Là encore, c'est pour vous un des signes de cohérence ? Tout à fait. C'est un des signes de cohérence. C'est-à-dire que quand il y a des accords qui peuvent déséquilibrer des filières ou importer des produits qui sont beaucoup, moins dix ans, entre guillemets, en qualité, en normes environnementales, en normes sanitaires que ce qu'on peut produire en France, qui viennent déstabiliser nos marchés et nos filières, là-dessus, ce sont des choses qu'on ne peut pas accepter.
Après, il faut des traités de libre-échange, il faut du commerce. Nous, on commercialise nos vins, nos spiritueux, nos fromages, du lait. Il faut savoir aussi qu'il y a des bassins qui importent des denrées dont ils ont besoin parce qu'ils ne peuvent pas les produire chez eux. C'est un enjeu aussi de paix, de solidarité internationale. En revanche, on ne peut pas importer des produits entiers de maïs de millions de tonnes traités à la trazine au Brésil avec des OGM, avec des avions qui passent et nous, en fait, taper sans cesse sur nos producteurs en leur disant que c'est... Mais vous demandez quoi ?
Vous demandez que eux arrêtent d'utiliser ça ou est-ce que vous vous demandez est-ce que nous on puisse utiliser les mêmes ? Non, non, non, non, on demande de la réciprocité. Il faut que la concurrence soit loyale. Absolument. C'est-à-dire que nous, par exemple, si on a un accord avec le Canada où on va importer du cognac ou du foie gras, on ne va pas aller déstabiliser des filières entières d'agriculteurs au Canada.
En revanche, si on importe comme c'est le cas, puisque finalement, avec l'appui de Pascal Canfin et de tous les députés macronistes, on va importer beaucoup plus d'agneau de Nouvelle-Zélande, là, ça veut dire qu'on vient déstabiliser la filière Rovine, notre filière Rovine de qualité.
Céline Imar sur l'Ukraine, les accords douaniers avec l'Ukraine qui ont donc été renouvelés. Les accords, justement, vous disiez le mot de solidarité, des accords qui, au nom de la solidarité avec l'Ukraine, ont permis à ce que l'agriculture ukrainienne puisse donc venir à la fois en Europe mais aussi traverser l'Europe pour aller aussi vendre notamment des céréales justement aux pays du Maghreb. Quelle est votre position aujourd'hui ? Est-ce qu'il faut remonter les tarifs douaniers avec l'Ukraine ou est-ce qu'il faut continuer la solidarité avec l'agriculture ukrainienne ?
Ce n'est pas si binaire. On peut tout à fait être solidaires de la cause ukrainienne mais il est très clair que ce n'est pas à nous les agriculteurs français aujourd'hui de payer le prix de cette guerre tout simplement. Donc il faut être cohérent. Là aussi, on a des millions de tonnes de denrées qui rentrent qui viennent déstabiliser nos filières, nos marchés de la volaille, le marché du sucre et des céréales et il nous faut des mécanismes de sauvegarde qui soient extrêmement efficaces pour protéger notre propre filière. Mais ça veut dire quoi ?
Ça marche comment ? Est-ce qu'on remonte
quelque chose qui peut être activé ou sur la partie douanière ou sur une partie normative pour protéger simplement le marché ? Céline Imar,
est-ce que les Européennes ne vont se jouer que sur la question agricole ? C'est-à-dire qu'au-delà de vous d'ailleurs, on le voit bien, alors qu'ils se cherchent une tête de liste du côté des macronistes, la personne qu'ils envisagent, ils mettent en avant l'idée qu'elles les filles ou petites filles d'agriculteurs. On a l'impression que finalement, ces Européennes ne vont se jouer que sur cette question-là. Est-ce que vous avez un avis sur les règles budgétaires ? Est-ce que vous avez un avis sur la politique de défense européenne ? Est-ce que vous avez un avis sur la question de l'immigration ?
Elle ne va pas se jouer que sur la politique agricole, cette campagne. Aujourd'hui, elle va se jouer sur notre capacité à reprendre notre destin en main sur les sujets stratégiques que sont aujourd'hui l'agriculture. Parce que maîtriser son agriculture, son alimentation, aujourd'hui, c'est fondamental. Déléguer à d'autres personnes l'alimentation que l'on a sur notre territoire, c'est de la folie. Elle va se jouer sur la défense, bien évidemment, qui pose la question des frontières, qui pose la question de notre autonomie dans un monde en crise, dans un monde où la sécurité, la paix ne sont plus assurés.
Elle va se jouer, bien sûr, sur la politique économique, tout ce qui se joue aujourd'hui sur l'appauvrissement, la paupérisation des Français. Tout simplement, elle va se jouer sur beaucoup de domaines sur lesquels il faut reprendre son destin en main. Et l'agriculture en fait partie. L'agriculture, pour vous, en est l'un des symboles ? Bien sûr, l'agriculture est un symbole aujourd'hui et c'est certainement pour ça que beaucoup de Français soutiennent les mobilisations agricoles.
Elle est un symbole de cette France qui se bat, de cette France qui travaille, qui est étouffée par les normes, qui aujourd'hui n'est plus valorisée, n'est plus considérée par les décisions, par les décideurs, par les communicants qui prennent des décisions à la place des gouvernants, par les administrations. Et c'est ça aujourd'hui. C'est pour ça qu'on est aussi soutenus par la population. Mais l'agriculture est un symbole de tout ça. Elle ne concentre pas l'intégralité des problèmes. Il y a d'autres problématiques, vous l'avez rappelé, stratégiques, la santé. Aujourd'hui, on importe aussi des médicaments, on est dépendant d'autres pays. C'est la question
de la souveraineté que vous souviez. Bien sûr. Céline Imar, merci d'être venue nous accorder votre première interview nationale. Vous qui êtes donc agricultrice et désormais politique, on l'a bien compris, numéro 2 sur la liste des Républicains.
Céline Imart