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interviewBFMTV· 6 septembre 2024 21 min

"Une décision grave": l'interview de Manuel Bompard après la nomination de Michel Barnier à Matignon

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Manuel Bompard

Bonjour Manuel Bompard, merci d'être dans ce studio ce matin pour répondre à mes questions et pour réagir à la nomination de Michel Barnier. Vous êtes non seulement député des Bouches-du-Rhône, mais aussi coordinateur de la France Insoumise. Pas content, mais franchement, moi j'ai quand même envie de commencer par ça. Si vous aviez négocié, si vous aviez accepté d'aller parler, de vous ouvrir, vous n'en seriez pas là quand même.

0:21
Présentateur

Mais c'est une plaisanterie, non ? Madame Casté, qui était la candidate qui a proposé le nouveau Front populaire, immédiatement après sa nomination par le nouveau Front populaire comme candidate à la fonction de Premier ministre, a envoyé un courrier à l'ensemble des groupes parlementaires à l'Assemblée nationale pour leur dire « on peut se voir pour discuter de comment nous avons l'intention de gouverner, de trouver des majorités à l'Assemblée nationale pour faire adopter des textes de loi ».

0:44
Manuel Bompard

Mais je ne me trompe pas, vous aviez dit, Jean-Luc Mélenchon, mais aussi vous-même, tout le programme du nouveau Front populaire, rien que le programme du nouveau Front populaire. C'est ça que vous appelez de discuter ?

0:52
Présentateur

Mais Apolline de Malerme, nous avons dit une chose très simple. Parce que moi je veux bien qu'on essaye de m'expliquer que la décision du Président de la République, qui est une décision très grave, de nier, de voler le résultat des élections législatives. Nous sommes pendant les Jeux paralympiques, avant il y avait les Jeux olympiques. Quand une personne arrive dernier d'une compétition, elle n'a pas la médaille d'or à la fin, vous voyez ? Or, le Président de la République vient de décider de nommer un Premier ministre issu d'une formation politique qui a fait 6% aux élections législatives et qu'à 40 députés à l'Assemblée nationale.

Donc vous pouvez essayer de m'expliquer, si vous voulez, aux gens qui nous écoutent que c'est de ma faute, mais je crois que tout le monde a compris que c'est de la faute du Président de la République qui a décidé tout simplement de s'asseoir sur le résultat des élections législatives. Et vous pouvez dire, Manuel Bonpard n'est pas content, mais à la limite c'est pas le sujet. Le sujet, c'est une décision très grave qui a été prise.

Parce que si vous commencez à accepter l'idée que dans notre pays, il y a des élections, à l'issue de ces élections, il y a une formation politique qui arrive en tête et que vous avez un Président de la République parce qu'il ne veut pas abandonner le pouvoir, parce que lui ne veut faire aucun compromis, il n'accepte pas qu'on remette en cause des éléments de sa politique et il peut décider de balayer tout ça d'un revers de la main et de faire autre chose. Alors pardonnez-moi, mais on a quelqu'un qui a une pratique politique qui ressemble davantage à celle d'un monarque que celle d'un Président de la République.

2:03
Manuel Bompard

D'un monarque ? Vous iriez jusqu'à dire qu'il y a une forme presque de dictature ?

2:06
Présentateur

Je n'ai pas dit utiliser ce mot-là, mais quand il y a des élections... Écoutez, essayez de comprendre une chose, c'est qu'à la limite que moi je ne sois pas content, ce n'est peut-être pas ce qui vous importe le plus.

2:16
Manuel Bompard

Non, non, mais ça m'importe, au contraire, je veux dire, ça m'importe.

2:18
Présentateur

Madame, il y a 9 millions de personnes qui, aux élections législatives, ont voté en se disant on va faire en sorte que nos salaires augmentent. Il y a 9 millions de personnes qui ont voté en disant enfin on va pouvoir revenir sur la réforme des retraites et sur la retraite à 64 ans. Il y a des jeunes qui se sont impliqués pour la première fois aux élections législatives. Il y a eu une participation qui était beaucoup plus importante que sur les dernières élections. Donc il y a des gens qui se sont dit ça sert à quelque chose d'aller voter, je vais y aller, je vais dire mon mot. Et là pour vous tout ça, ça s'est écoulé ?

Et bien là il y a le Président de la République qui dit non, non, mais tout ça c'est pas important. Vous savez la démocratie, la République, c'est pas que des textes, c'est aussi une pratique, c'est aussi un esprit. Et qu'est-ce qui empêchait le Président de la République de dire bon le nouveau Front Populaire est arrivé en tête, certes c'est une majorité relative, je les nomme, je leur donne l'objectif de constituer un gouvernement. Et ensuite le nouveau Front Populaire doit faire ses preuves, doit trouver des majorités à l'Assemblée Nationale. Et nous étions prêts à le faire. Il vous laisse votre chance.

Mais bien sûr, c'est comme ça que ça fonctionne dans toutes les démocraties européennes. Toutes, sans exception. Il n'y a aucun exemple dans lequel la formation politique qui n'est pas arrivée en tête n'est pas choisie pour constituer un gouvernement.

3:22
Manuel Bompard

Alors pardon, mais pour préciser ça, en effet, lui donner mandat de constituer, mais dans la plupart des pays, on ne nomme pas avant d'avoir constitué. C'est au fond ce qui s'est passé cet été. C'est-à-dire que c'est d'ailleurs la raison pour laquelle pendant de nombreuses semaines, parfois même mois, certains de nos voisins n'ont tout simplement pas de gouvernement.

3:38
Présentateur

Excusez-moi de vous corriger, mais si vous prenez par exemple ce qui s'est passé en Espagne, en Espagne c'est la droite qui était sortie en tête. On a d'abord, le roi d'Espagne a d'abord donné mission en quelque sorte à la droite de trouver une majorité. La droite n'a pas réussi. Ensuite, c'est le deuxième à qui on a fixé cette mission. Mais ce n'est pas tout à fait la même logique d'en d'autres. Ça a été le cas en Allemagne aussi. Mais pas en Belgique par exemple. Non, mais en Belgique pour l'instant, ils n'arrivent pas à constituer de majorité.

4:03
Manuel Bompard

Ils ont tenté et finalement ils sont repartis. Exactement.

4:06
Présentateur

Mais à chaque fois, la formation politique qui arrive en tête, on lui fixe cet objectif, cette mission. Et je veux dire ce qui est très grave aussi, c'est qu'il y a une trahison de l'esprit de l'élection législative. C'est qu'au deuxième tour de l'élection législative, il y a à peu près 15 millions de personnes qui se sont mobilisées en disant on ne va pas permettre à l'extrême droite de s'emparer du pouvoir.

4:26
Manuel Bompard

C'est le barrage républicain.

4:27
Présentateur

Et le président de la République vient d'inventer une règle qui a permis à l'extrême droite d'être le faiseur de roi. Et ce gouvernement, c'est un gouvernement Macron-Le Pen. Il ne peut voir le jour que parce que le Rassemblement National a décidé de lui donner sa bénédiction. C'est extrêmement grave parce que tous les gens qui se sont mobilisés pour empêcher l'extrême droite de s'emparer du pouvoir se sont fait trahir aujourd'hui par le président.

4:51
Manuel Bompard

Et Marine Le Pen n'hésitera pas à bien montrer que c'est grâce à elle que finalement il y aura un budget, qu'il y aura un gouvernement. Ça veut dire que ceux qui se sont déplacés pour le barrage républicain n'y croiront plus forcément ?

5:05
Présentateur

Je le crains bien sûr. D'autant plus que, pardonnez-moi, Michel Barnier, que certains essayent maintenant de faire passer comme une figure de compromis ou une figure qui serait un peu centrale ou centriste. Enfin, excusez-moi de vous le dire, mais M. Barnier a perdu la primaire des Républicains. Donc il est quand même le perdant d'une primaire d'un parti qui a perdu toutes les dernières élections. C'est quand même pour la légitimité, pour être Premier ministre, pardon, je pense que ça interroge. Et il l'a fait sur une ligne politique qui est une ligne politique qui se rapproche de celle du Rassemblement national. Il était pour la suppression de l'aide médicale d'État.

Il était pour la retraite à 65 ans. Enfin, je ne crois pas que ces messages-là, ce sont les messages que les électrices et les électeurs ont voulu envoyer au moment des élections législatives.

5:45
Manuel Bompard

Et maintenant, vous allez faire quoi ?

5:47
Présentateur

Eh bien, on va se mobiliser, on va se mobiliser dans la rue. Ça commence demain, demain samedi 7 septembre. On sera deux mois après les élections législatives. Et je pense que la participation à ces manifestations, ce n'est pas qu'une question de colère, c'est une question de dignité. C'est-à-dire que quand on a voté, quand on s'est engagé dans l'élection législative, on ne peut pas accepter qu'un homme seul, le président de la République, décide de balayer tout ça d'un revers de la main. Donc moi, j'y serai présent. J'appelle les gens qui nous écoutent à y participer pour défendre leur dignité, pour défendre leur honneur.

6:16
Manuel Bompard

Ce sera quoi le mot d'ordre, le slogan ? Est-ce que ce sera Barnier démission ? Est-ce que ce sera Macron démission ? Est-ce que ce sera tout le monde démission ?

6:22
Présentateur

Ça sera contre le coup de force d'Emmanuel Macron. Et ça sera pour faire respecter les aspirations qui se sont exprimées au moment des élections législatives. C'est une marche pour la démocratie. C'est une marche contre le coup de force d'Emmanuel Macron. Et ça, ça commence demain. Et c'est une première étape.

6:37
Manuel Bompard

Vous savez quoi, ça commence ?

6:38
Présentateur

Ça commence parce que je souhaite qu'ensuite il y ait d'autres étapes, bien évidemment.

6:42
Manuel Bompard

Parce que vous redoutez que celle de demain ne soit pas à la hauteur, ne soit pas massive.

6:45
Présentateur

Pas du tout, mais vous savez, rarement dans l'histoire de notre pays, il a suffi d'une manifestation pour faire infléchir ou faire plier le pouvoir en place. Donc non, je ne redoute rien. Je pense que les échos que nous avons sont plutôt positifs. Il y a à peu près 150 points de manifestation et de rassemblement partout en France. Et je pense qu'il y aura du monde demain dans la rue. Mais bien sûr, notre réponse, elle ne se réduit pas à ça. Et j'entends dire, oui, la France insoumise, vous voulez bloquer le pays. Mais c'est précisément l'inverse. Nous voulons permettre à ce pays de fonctionner.

Nous voulons faire en sorte que des réponses soient apportées aux problématiques qu'ont posées les Françaises et les Français au moment des élections législatives. Les salaires, les retraites, la transition écologique, le développement des services publics. Et ce n'est pas à Michel Barnier ou Emmanuel Macron qui vont pouvoir apporter des réponses à ça. Et à ceux qui se découragent, je veux leur dire, ne perdez pas espoir. Parce que chaque jour qui passe, voit le président de la République se rapprocher de la sortie.

7:37
Manuel Bompard

Se rapprocher de la sortie, est-ce que vous avez tenté de déposer une motion de destitution ? Ça n'a pas été ni débattu, ni vous pensez que ça le sera ?

7:48
Présentateur

Mais pas encore. Attendez, il y a des étapes dans cette procédure.

7:50
Manuel Bompard

Qui sont complexes quand même, vous le reconnaîtrez, ce n'est pas gagné.

7:53
Présentateur

Mais bien sûr que ce n'est pas gagné. Mais il n'y a aucune bataille qui est gagnée par avance. Ça, dans la vie de manière générale, vous savez, sinon on reste à la maison et on ne fait rien. Mais ce que je vous dis, c'est qu'il faut un dixième des parlementaires pour déposer cette résolution. Nous l'avons fait. Nous sommes 81 députés à avoir déposé cette demande de résolution pour qu'elle soit débattue à l'Assemblée nationale, pour la destitution du président de la République, c'est l'article 68 de la Constitution. Ensuite, il faut que ça soit examiné au bureau de l'Assemblée nationale. Pour l'instant, il n'y a pas eu de réunion du bureau de l'Assemblée nationale.

Mais au bureau de l'Assemblée nationale, le nouveau Front populaire est majoritaire. Donc je pense que notre procédure peut passer cette étape. Et ensuite, il faut un vote des deux tiers des députés à l'Assemblée nationale. Or, les députés macronistes représentent moins d'un tiers des députés à l'Assemblée nationale. Donc si les oppositions sont vraiment des oppositions...

8:35
Manuel Bompard

Si le RN vote avec vous, quoi ?

8:36
Présentateur

Non, pas seulement le RN. Si les oppositions sont vraiment des oppositions, là tout le monde sera mis au pied du mur. Mais si les oppositions sont vraiment des oppositions, alors oui, il est possible de faire avancer cette procédure de destitution. Mais ça ne sera pas possible sans soutien populaire. Et c'est pourquoi nous avons lancé une pétition. Et elle est déjà à 250 000 signataires. C'est sur macron-destitution.fr. J'invite les gens qui nous écoutent à la signer.

8:57
Manuel Bompard

Donc à manifester demain et à signer votre pétition. Manuel Bompard, vous avez parlé d'ailleurs des réunions qu'il y aurait à l'Assemblée. Qu'est-ce que vous avez répondu au courrier de Marine Le Pen qui vous invitait, le groupe LFI, mais comme tous les autres, à anticiper la rentrée et à faire une session extraordinaire pour pouvoir travailler ?

9:15
Présentateur

Mais vous prenez les choses dans le mauvais sens, si je peux me permettre. Parce que depuis le mois de juillet, les forces du nouveau Front populaire demandent à ce qu'une session extraordinaire soit réunie.

9:22
Manuel Bompard

J'ai du mal à comprendre parce que vous dites tout ce que vous êtes pour revenir bosser. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il bloque ?

9:27
Présentateur

Mais il bloque, c'est très simple madame. C'est que dans notre constitution, deux personnes, enfin deux corps, sont susceptibles de pouvoir convoquer une session extraordinaire. Soit le Premier ministre, il y en a un qui vient d'être nommé, pour l'instant il n'a pas fait cette annonce, soit une majorité des députés à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui, il y a une majorité des députés à l'Assemblée nationale. Ah donc c'est bien ça ? Oui, mais ensuite, il faut que le Président de la République signe un décret de convocation. Il y a deux cas dans notre histoire, pour les gens qui nous écoutent, pour qu'ils le sachent.

Il y a eu un cas sous Georges Pompidou qui avait refusé, il y a eu un cas sous Valéry Giscard d'Essin qui avait accepté. Donc la question est posée au Président de la République. Laissez-nous travailler, M. le Président de la République.

10:00
Manuel Bompard

C'est à l'utiliser de vous laisser revenir à l'Assemblée nationale.

10:02
Présentateur

Oui, mais de manière générale, vous avez perdu les élections européennes. Vous avez perdu le premier tour des élections législatives. Vous avez perdu le deuxième tour des élections législatives, M. Macron, vous avez perdu. Donc abandonnez le pouvoir, laissez les parlementaires décider.

10:15
Manuel Bompard

Sur la question des retraites, je recevais hier l'un des députés du Rassemblement national, Sébastien Chenu, vice-président du parti, qui disait que c'est une de nos premières mesures, et d'ailleurs dans notre niche fiscale, disait-il, c'est-à-dire cette niche parlementaire, c'est-à-dire ce moment où ils peuvent décider de l'ordre du jour de l'Assemblée, ce sera notre première proposition, supprimer la réforme des retraites. Est-ce que vous pourriez voter ce texte ?

10:41
Présentateur

Mais nous, nous avons, là aussi, excusez-moi, mais on peut prendre les problèmes dans le mauvais sens, mais la première chose que nous avons fait après le deuxième tour des élections législatives, par l'intermédiaire de Mathilde Panneau, qui est la présidente de notre groupe à l'Assemblée nationale, c'est que nous avons déposé une proposition de loi pour l'abrogation de la réforme des retraites.

10:54
Manuel Bompard

Vous la défendrez quand ?

10:54
Présentateur

Et nous demandons son inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, et nous demandons une session extraordinaire, on m'avait posé la question, en inscrivant cette proposition de loi à l'ordre du jour.

11:04
Manuel Bompard

Mais est-ce que vous avez aussi une niche parlementaire terrible ?

11:06
Présentateur

Oui, bien sûr, et si nous n'obtenons pas l'inscription à l'ordre du jour par la demande que je viens de vous formuler, nous l'inscrirons dans notre niche parlementaire. Mais attendez, ça me fait doucement sourire.

11:15
Manuel Bompard

Non, mais il y a quand même des chances que ça marche, parce que le Rassemblement national est prêt. Alors, je ne suis pas sûre que vous soyez prêt à voter le retrait de la loi retraite, même si vous êtes d'accord avec le fonds, si elle est déposée par le Rassemblement national. En revanche, le Rassemblement national a déjà dit que même si c'est vous, LFI, qui déposez cette demande de retrait de la réforme des retraites, ils la voteront, ils voteront avec vous.

11:38
Présentateur

Ça devrait vous interroger quand même, parce qu'on vient de nommer un Premier ministre qui est pour la retraite à 65 ans.

11:42
Manuel Bompard

Mais justement, là vous pourriez trouver une majorité.

11:44
Présentateur

Donc, c'est quand même qu'il y a un problème, puisqu'il y a une majorité, vous dites, des députés à l'Assemblée nationale qui sont pour abroger la retraite à 64 ans, et M. Macron nomme un Premier ministre qui est pour la retraite à 65 ans. Il y a quand même un petit problème démocratique là. Madame, pour le reste, le Rassemblement national, je me satisfais, si je puis dire, de voir qu'ils ont l'air d'avoir précisé et clarifié un peu leur positionnement sur les retraites. Parce que, pardon, pendant la campagne des élections législatives, je ne sais pas s'il y a une personne en France qui a compris quelle était la position du Rassemblement national sur les retraites.

12:12
Manuel Bompard

Qui a beaucoup évolué, c'est clair.

12:13
Présentateur

Notre position à nous, elle est claire. Nous sommes, un, en première étape pour abroger la réforme des retraites d'Emmanuel Macron, deux, pour revenir à la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisation. Parce que quand on arrive à 60 ans aujourd'hui dans notre pays, on a mal au dos, on est fatigué et on a envie de pouvoir partir à la retraite.

12:27
Manuel Bompard

Au-delà de, si on a compris, pas compris le RN, si le RN, non mais si aujourd'hui, non mais je suis bien d'accord, mais là, ce que je veux dire, c'est que je ne vous parle pas d'hier, je vous parle de demain. Si demain, le RN vote votre loi des retraites, vous serez content.

12:44
Présentateur

Ben, moi, je souhaite qu'il y ait une majorité de députés à l'Assemblée nationale qui votent l'abrogation de la réforme des retraites.

12:49
Manuel Bompard

Donc, ce n'est pas si mal quand le RN est là pour vous soutenir, vous ?

12:51
Présentateur

Mais ce n'est pas le sujet, madame.

12:52
Manuel Bompard

Vas-y, parce que vous nous dites que c'est un scandale, ils sont en train de soutenir, est-ce que ce n'est pas la corde du pendu ?

12:58
Présentateur

Non mais attendez, vous comparez le fait que sur une proposition de loi, le RN pourrait décider de voter notre proposition de loi. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je ne vais pas refuser leur voix. Et le fait que Marine Le Pen ait été mis par le président de la République dans le rôle de pouvoir lever le pouce ou baisser le pouce pour savoir si un gouvernement allait voir le jour ou pas, qui était une négation du front républicain qui a été exprimée au moment des élections législatives. Donc, pardonnez-moi, mais vous ne pouvez pas comparer les deux situations. Moi, ce qui m'intéresse, c'est les gens dans notre pays.

Et les gens, il y en a par millions qui ont voté en demandant l'abrogation de la réforme des retraites parce qu'il y en a par millions qui avaient manifesté contre la retraite à 64 ans. Eh bien, je souhaite que leurs exigences, leurs aspirations, elles puissent être satisfaites. Et en tout cas, ils peuvent compter sur nous pour cela.

13:40
Manuel Bompard

– Manuel Bompard, dans son discours hier, Michel Barnier a parlé de services publics, mais aussi de sécurité et de maîtrise de l'immigration.

13:50
Présentateur

– Il faudrait qu'il clarifie ses positions parce que, je vous le disais tout à l'heure, sur ce sujet-là, il a tenu des positions, y compris, vous savez, des positions qui étaient dans le texte initial de la loi immigration votée par le Rassemblement national à l'Assemblée, qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel, je pense. Notamment à la suppression de l'ennemi de caldétal, à la limitation de la venue des étudiants étrangers. Donc là, M. Barnier va devoir préciser les choses pour le reste. En matière de sécurité, par exemple, parce que j'entends parfois, oui, le nouveau Front populaire, ce n'est pas un sujet pour vous. Enfin, c'est une plaisanterie.

Le nouveau Front populaire, on avait dit depuis le début qu'une de nos premières mesures, ce serait de déployer immédiatement des brigades de police de proximité pour faire en sorte que les gens puissent vivre tranquillement, paisiblement. Donc, qui dit que ce n'est pas un sujet pour nous, ça a toujours été un sujet pour nous, mais pas à la manière avec laquelle la droite l'envisage. Donc, encore une fois, s'il y a...

14:38
Manuel Bompard

Donc, pour vous, sécurité, pouvoir d'achat, service public, ce sont les sujets prioritaires aujourd'hui ?

14:44
Présentateur

Mais je dis... Il y a beaucoup de sujets prioritaires. Vous savez, l'écologie, par exemple, il n'en a pas parlé. Or, tout le monde sait...

14:49
Manuel Bompard

Il a été ministre de l'écologie.

14:50
Présentateur

Oui, mais vu le résultat, excusez-moi, je ne crois pas qu'on puisse dire qu'il y a un bilan sur ce sujet. Vous savez quand même que...

14:56
Manuel Bompard

Vous estimez que même là-dessus, vous ne lui donnez pas un... C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui s'est toujours dit extrêmement concerné par ces questions-là. Ce qui, honnêtement, vous le direz quand même, à cette époque-là, chez les Républicains qui, à l'époque, étaient RPR, c'était plutôt audacieux.

15:09
Présentateur

Oui, mais madame, il ne suffit pas d'en parler. Enfin, je veux dire, le problème, c'est que tout le monde sait que chaque jour de perdu aujourd'hui pour lutter contre l'urgence, pour l'urgence écologique, climatique et environnementale... Le principe de précaution, pour vous, par exemple. C'est un jour qu'on ne pourra pas récupérer.

15:22
Manuel Bompard

Le principe de précaution, c'est une bonne chose.

15:24
Présentateur

Mais ça dépend sur quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire, le principe de précaution ? Quel exemple concret vous voulez me donner ? Par exemple, est-ce que vous considérez...

15:30
Manuel Bompard

On pourrait quand même lui donner le point. Vous pourriez quand même lui donner le point. Sur les OGM, sur les indemnisations des maisons inondées...

15:36
Présentateur

Vous voulez qu'on parle des OGM, madame ? Aujourd'hui, il s'organise au niveau européen, le fait qu'on réintroduise...

15:40
Manuel Bompard

Mais en fait, vous n'êtes jamais content, quoi.

15:42
Présentateur

Je ne suis pas jamais content, madame.

15:43
Manuel Bompard

Sur le reste, je comprends, mais sur l'écologie, là, vous pouvez quand même vous dire qu'il a fait une partie du boulot.

15:47
Présentateur

Mais madame, ce n'est pas moi le problème. Tous les experts, aujourd'hui, vous disent que dans la trajectoire sur laquelle on est aujourd'hui, on va vers un réchauffement de la température qui est au-delà de 3 degrés, de Paris, c'était Jacques Chirac à l'époque, où il fallait limiter, on s'était fixé l'objectif de limiter la hausse de la température à 1,5 degré. Donc, si vous voulez, je peux vous dire que c'est génial et que c'est super. Mais sauf que quand dans 50 ans, la mer aura augmenté, et dans 100 ans, on ne pourra plus vivre dans une partie du territoire national, vous irez demander à M. Barnier si finalement, son bilan était si bon que ça en termes d'écologie.

On lui posera la question.

16:22
Manuel Bompard

Est-ce que vous allez pouvoir lui poser, d'ailleurs, peut-être directement, puisqu'il a dit hier que dès aujourd'hui, il allait consulter les groupes, tous les groupes, a-t-il dit, de l'Assemblée nationale ? Est-ce que vous avez reçu une demande de rendez-vous ? Est-ce qu'il vous a appelé ?

16:35
Présentateur

On n'a pas été sollicité. Voilà ce que je peux vous dire, en tout cas, à cette étape.

16:39
Manuel Bompard

Donc, à cette heure-ci, à 8h49, il n'y a rien de prévu ? Non.

16:42
Présentateur

Et pour le reste, nos priorités politiques, vous les connaissez, et elles ne sont pas compatibles avec un gouvernement de Michel Barnier. Et donc, il est une évidence, et c'est ce qu'on dit l'ensemble des forces du Nouveau Front Populaire, que nous déposerons immédiatement une motion de censure et que nous la voterons.

16:55
Manuel Bompard

On l'a bien compris, vous le censurerez a priori ?

16:59
Présentateur

Moi, j'ai dit censure, mobilisation, destitution. Voilà les mots d'ordre.

17:03
Manuel Bompard

Vous n'avez pas de regrets d'un Bernard Cazeneuve ?

17:05
Présentateur

Non, mais encore une fois, d'abord, je vous ai dit, c'est le président de la République qui a fixé cette règle. Autez-moi d'un doute, on n'avait pas le choix contre Bernard Cazeneuve ou Michel Barnier, vous êtes d'accord ? Non, tout à fait, il y avait la possibilité d'avoir la valse. Premièrement, et deuxièmement... Et il a commencé par refuser Lucie Castel. Et deuxièmement, même si je vous disais, mais expliquez-moi, quel compromis était prêt à faire le président de la République ? Il était prêt à accepter l'abrogation de la réforme des retraites ? Toute la presse sait bien que ce n'est pas le cas. Est-ce qu'il était prêt ?

17:32
Manuel Bompard

Mais Bernard Cazeneuve avait dit que, pour le coup, il était pour l'abrogation de la réforme des retraites.

17:36
Présentateur

Certes, et c'est bien la raison pour laquelle il n'a pas été nommé Premier ministre. Donc ne dites pas que c'est de ma faute, puisque vous venez vous-même de faire la démonstration.

17:43
Manuel Bompard

Moi, je ne dis rien, c'est l'Elysée qui laisse entendre que comme vous avez immédiatement dit que vous censureriez...

17:47
Présentateur

Oui, ça, vous l'avez dit, c'est les éléments...

17:49
Manuel Bompard

Et que comme il y avait à la fois le RN... Non, mais c'est mathématique, c'est-à-dire que si le RN censure et que vous vous censurez...

17:54
Présentateur

Non, non, madame, c'est mathématique à partir du moment où vous introduisez une règle nouvelle qui n'a jamais existé, c'est qu'on ne peut nommer un Premier ministre qu'à partir du moment où le Président de la République a décidé que ce Premier ministre ne se ferait pas censurer. Mais il se prend pour qui le Président de la République ? C'est lui qui parle à la place des 177 députés.

18:07
Manuel Bompard

C'est la méthode, il y a eu un problème de méthode.

18:08
Présentateur

Mais bien évidemment, mais c'est une rupture avec tout ce qui s'est toujours fait dans notre démocratie. Enfin, si vous n'aviez pas dit tout de suite, vous et le Parti Socialiste,

18:14
Manuel Bompard

le Parti Socialiste, donc, est issu Bernard Cazeneuve, que vous le censuriez, il y avait quand même une chance qu'il...

18:19
Présentateur

Excusez-moi, pardonnez-moi, mais je pointe une contradiction dans votre discours. Vous venez de me dire...

18:22
Manuel Bompard

Moi, je n'ai pas de discours, j'ai des questions.

18:23
Présentateur

Oui, mais les questions...

18:24
Manuel Bompard

Et simplement, je fais des calculs mathématiques...

18:28
Présentateur

Apprenons les choses dans l'heure, sinon les gens ne vont pas comprendre, les gens qui nous écoutent. Bon, vous me dites, oui, vous auriez pu accepter Bernard Cazeneuve. Je vous dis, oui, mais Bernard Cazeneuve, même lui, avait fixé des exigences qui n'étaient pas acceptées par le Président de la République. La réforme des retraites l'a-t-il dit, par exemple. Le Président de la République n'était pas prêt à l'accepter. Donc, vous ne pouvez pas en retour me dire, c'est de votre responsabilité s'il n'y a pas de gouvernement, soi-disant, plus à gauche. Mais moi, je ne me suis jamais caché.

Ma candidate, c'était Lucie Casté, tout simplement parce qu'elle est la candidate qui a été choisie par le bloc qui est arrivé en tête. Maintenant, oui, vous me posez des questions, mais en vérité, les questions que vous me posez, je ne vous en fais pas le reproche. C'est normal, c'est votre rôle. Mais je vois bien qu'il y a une volonté de la part du camp macroniste d'hier, parce qu'ils ne sont pas très à l'aise dans leur basket d'avoir laissé l'extrême droite pour avoir décidé qui était le prochain Premier ministre, d'essayer de renvoyer la responsabilité à la gauche. Franchement, ça ne convainc personne.

Le responsable du coup de force, il a un nom, une adresse, comme on dit, il s'appelle Emmanuel Macron et il habite à l'Elysée.

19:21
Manuel Bompard

Et il habite à l'Elysée, on est bien d'accord. Mais vous ne m'enlèverez pas, et surtout pas vous, qui êtes bien meilleur en mathématiques que moi, qu'à partir du moment où vous avez affirmé publiquement que vous censureriez de manière automatique Bernard Cazeneuve et que le RN a dit la même chose, ça ne passait pas.

19:34
Présentateur

Ah mais certes ! C'est tout, c'est tout ce que je dis. Mais très bien, mais encore une fois, qui a d'où sort cette règle qu'on ne peut nommer un Premier ministre que si finalement, il y a une garantie donnée avant ? Je dis juste que ça ne passait pas, c'est tout. Ça n'existe nulle part. Manuel Montfort, Olivier Fordic, si jamais il y avait une... Moi, ce que je peux vous dire, c'est que si il y avait un gouvernement de Ciccasté, nous aurions convaincu une majorité...

19:53
Manuel Bompard

Et ça reste votre candidate ?

19:55
Présentateur

Mais bien évidemment, ça restera notre candidate, nous l'avons dit publiquement, tant qu'il y aura la même Assemblée nationale. Et donc nous voulons faire tomber le gouvernement et ensuite, nous referons la proposition que Luc Cacete...

20:05
Manuel Bompard

Aucune personnalité socialiste n'entrera dans le nouveau gouvernement, dit Olivier Ford. Pas besoin de vous demander, mais de votre côté, aucune du NFP.

20:13
Présentateur

De toute façon, nous avons dit tous la même chose, c'est que nous allons censurer le gouvernement. Ce serait un peu incongru de censurer un gouvernement dans lequel il y aurait quelqu'un du nouveau Front populaire.

20:20
Manuel Bompard

Merci Manuel Bompard d'être venu ce matin. Coordinateur de la France Insoumise, on l'a bien compris, vous appelez les Français à manifester. Demain, c'était quoi ? Mobilisation, manifestation, destitution ?

20:30
Présentateur

C'était mobilisation, censure, destitution. Vous pouvez venir dans la rue demain et signer la pétition sur macron-destitution.fr.

"Une décision grave": l'interview de Manuel Bompard après la nomination de Michel Barnier à Matignon — Manuel Bompard · Pourquijevote