Agnès Pannier-Runacher
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Radio Classique, l'invité de Dimitri Pavlenko, avec le Figaro.
Bonjour Agnès Pannier-Runacher.
Bonjour Dimitri Pavlenko.
Vous vous occupez beaucoup des vaccins en ce moment, évidemment on va en parler, mais d'abord peut-être les nouvelles mesures de freinage. Question que beaucoup de gens se posent, on ne va pas toutes les repasser en détail, mais en substance c'est un élargissement de ce que vivent déjà les gens dans les 19 départements, notamment d'Île-de-France, des Hauts-de-France, mesures qui sont étendues à l'ensemble du territoire.
Question que beaucoup de gens se posent ce matin, est-ce qu'on ne pouvait pas anticiper davantage, parce que là c'est vraiment le casse-tête pour de nombreuses familles, la réorganisation par rapport aux vacances scolaires qui sont décalées, la question est-ce que je peux poser des congés, est-ce que je suis en chômage partiel. Il y en a l'impression quand même d'une décision prise dans la précipitation, Agnès Pannier-Runacher.
Je crois que l'enjeu, et ça a toujours été le cas depuis le début de la crise, c'est de s'adapter à l'évolution de la circulation du virus. Donc la conséquence immédiate, c'est que les décisions sont prises au plus près des données dont nous disposons et aujourd'hui on constate une accélération de la circulation du virus, une montée du variant et il faut prendre des décisions. Mais je comprends très bien l'attente des Français d'avoir de la clarté, nous sommes en train d'y travailler.
Typiquement, oui, on peut discuter avec le dirigeant, l'équipe dirigeante de son entreprise pour recaler les vacances scolaires dans la nouvelle période, puisque aujourd'hui les vacances scolaires vont être les mêmes pour toutes les zones et cela peut très bien se faire, c'est même plus facile d'organiser le travail en ayant cette homogénéité des vacances scolaires. Ça a été discuté par les organisations syndicales et les organisations professionnelles hier. Oui, si on a des problèmes de garde d'enfants, on peut bénéficier du chômage partiel.
Pour la semaine prochaine uniquement, puisque ensuite la période des vacances recalées, là, le message du ministère du Travail, c'est de dire, posez plutôt vos congés, déplacez vos congés. Il y a plein de témoignages de gens qui disent, moi, on m'a dit, je ne pourrais pas avoir le chômage partiel dans ces semaines-là où tout le monde n'a pas forcément des solutions de garde pour les enfants.
Tout à fait, mais c'est pour ça que nous allons faire preuve d'agilité côté administration. Et encore une fois, c'est aussi un sujet des organisations syndicales et des organisations professionnelles. Et pour le coup, il y avait beaucoup d'envie de construire et de co-construire des solutions hier soir dans cette réunion autour d'Elisabeth Borne, ministre du Travail et de l'Emploi.
Alors, cette question du chômage partiel, d'ailleurs, qui est un point d'interrogation, en ce qui concerne les 15 jours de vacances, est-ce qu'il faut y voir une première limite posée au quoi qu'il en coûte ? On a eu ce chiffre donné par Bersim dès mercredi soir. Ça va coûter 11 milliards, ce mois de mesures de freinage généralisées, c'est-à-dire pas plus que le mois de novembre. 11 milliards, c'est un plafond, on ne veut pas que ça dépasse ?
Non, c'est une estimation. C'est-à-dire que Bersim fait son travail et pour chaque prise de décision, donne un horizon chiffré de façon à ce qu'on fasse très rigoureusement les choses. Mais ce n'est pas un plafond en tout état de cause. Et je crois que depuis le début de la crise, nous avons toujours accompagné, et les entreprises, et les interbordants, et les salariés. Et vous pouvez chercher en Europe, il n'y a pas beaucoup d'États qui sont allés aussi loin dans des dispositifs de sécurisation de l'emploi et des entreprises, aussi loin que la France. Et aussi rapidement.
Alors, il y a aussi ce cafouillage hier concernant les assistantes maternelles. 19h41, Matignon annonce qu'elles ne pourront pas garder les enfants. 23h, le contraire, on annonce le contraire. Finalement, tout ça va être rediscuté. Précisément, ça donne l'impression que je reviens à la sauce sur l'idée de décision prise dans la précipitation. On n'a pas pensé à tous les cas de figure. Or là, c'est précisément le sujet central, celui de la garde des enfants qui est en jeu.
Alors, c'est un sujet qui concerne pas tout le monde, puisque toutes les familles n'ont pas d'assistantes maternelles. Mais c'est vrai que sur le territoire national, on s'aperçoit qu'il y a certaines régions, je pense notamment la Bretagne, qui ont cette tradition d'avoir des assistantes maternelles. Et cela peut avoir des conséquences importantes sur l'organisation du travail dans ce type de région. Donc là encore, c'est plutôt le témoignage d'une écoute approfondie des partenaires sociaux. C'est-à-dire à la fois, il faut prendre des mesures sanitaires qui soient restrictives pour faire limiter les contacts sociaux et faire en sorte que le virus circule moins.
C'est notre intérêt collectif. Mais également, tenir compte des situations de terrain particulière. Et Adrien Taquet va mener une concertation aujourd'hui avec les représentants des assistantes maternelles, parce qu'elles-mêmes légitimement peuvent être inquiètes pour leur santé.
Oui, elles ont vu ces fameuses études qui disent qu'il y a plus de contamination chez les assistantes maternelles qu'à l'école.
Donc le sujet, c'est effectivement de clarifier ce point, de voir s'il y a des mesures sanitaires, des protocoles qui peuvent être appliqués. Et certaines suggèrent plutôt que ce soit sur la base du volontariat. Donc tout ça doit être travaillé, sera travaillé dans la journée. Adrien Taquet reçoit les partenaires sociaux autour de cet enjeu avec des réponses précises et rapides.
Agnès Pannier, une HM ministre déléguée à l'Industrie, vous vous occupez aussi beaucoup de vaccins. Dans le Figaro, Alain Fischer, ce matin, le monsieur vaccin du gouvernement, annonce l'objectif de 400 000 injections par jour pendant le mois d'avril. Alors, il y a eu cette alerte émise par l'OMS hier, qui trouvait que la campagne vaccinale en Europe était d'une lenteur inacceptable. Voilà les mots qui sont prononcés par l'Organisation mondiale de la santé. Elle appelle à renforcer la production, à réduire les obstacles de l'administration, à utiliser le maximum de doses. Vous qui vous en occupez, qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur ces trois points-là ?
La production, les obstacles administratifs, l'utilisation maximum des stocks.
Alors, peut-être un mot sur l'OMS d'abord. Deux commentaires. Premier commentaire, l'OMS parle d'Europe au sens très large, puisqu'elle inclut notamment la Russie, elle inclut certains pays d'Asie centrale, donc sa perspective est beaucoup plus large que l'Union européenne. La deuxième chose, c'est qu'il y a un hiatus dans cette communication, puisque c'est la même OMS qui dit « S'agissant de l'Union européenne, vous avez trop de doses, et il faut en donner aux autres pays. » C'est juste pour nuancer un petit peu ce propos. Ensuite, les trois objectifs que pointe l'OMS sont parfaitement importants, et c'est ce que nous portons nous, la production.
Dans quelques jours, la France va démarrer la production de vaccins. Au passage, un petit commentaire. Tous ceux qui pratiquent le nationalisme vaccinal et qui disent qu'il faut fermer les frontières, je pense au Rassemblement national, je pense à Mme Le Pen. Si ça avait été le cas, dans un pays comme la France, qui aujourd'hui n'a pas encore fabriqué la moindre dose de vaccins, ça veut dire zéro vacciné. Je renvoie ça à tous ceux qui critiquent aujourd'hui l'Union européenne. On peut certainement faire mieux, mais la production de vaccins est évidemment clé dans chaque pays. Et nos chaînes de production européennes sont en train de monter en puissance, on le voit.
100 millions de doses livrées au premier trimestre, fabriquées en Europe. 300 millions de doses livrées au second trimestre, fabriquées en Europe. Ça, c'est le premier point. Donc, les chaînes de production. L'administration, c'est le travail qui est porté par Olivier Véran, d'élargir le nombre de vaccinateurs, si je peux employer ce terme, les vétérinaires, les infirmières, les pharmaciens. Donc, avoir plus de personnes déployées sur le terrain dans un plus grand nombre de points qui puissent aller au plus près des Français pour les vacciner.
Et le troisième enjeu, c'est effectivement la confiance dans la vaccination et le fait d'avoir cette dynamique tous les jours, porté d'ailleurs par Olivier Véran et vous mentionnez l'objectif du professeur Fischer. 400 000 vaccinés par jour, c'est quasiment ce que nous avons fait vendredi. Et tout l'enjeu, c'est effectivement d'arriver à cette cadence qui est un gros travail logistique puisque en termes de livraison, le nombre de doses par semaine arrive. 3 millions de doses ont été livrées cette semaine. Nous sommes vendredi, elles ont été livrées. Encore faut-il que ces doses redescendent dans chaque point de vaccination et qu'il y ait des rendez-vous de vaccination en face.
Donc c'est tout l'enjeu et toute la logistique que nous portons pour les prochaines semaines.
Alors, sur la question des vaccins, j'ai d'autres questions, mais je suis un peu surpris quand même du lien que vous établissez entre nationalisme vaccinal, qui est une chose, et la question des frontières. Est-ce qu'au contraire, la France n'aurait pas gagné, au moins au début de l'épidémie, à fermer ses frontières, ce qui ne préjuge en rien de la politique vaccinale ? Ce sont deux sujets totalement différents. Je fais référence,
pardon, je me suis mal exprimée, je fais référence aux critiques qui sont portées contre l'Union Européenne sur le fait qu'elle n'ait pas fermé ses frontières pour la circulation des doses de vaccins. Si effectivement, chaque pays avait commandé pour sa pomme, et s'il avait failli dans chaque pays vacciner des doses de vaccins, la France n'en aurait pas été capable.
Pourquoi dites-vous ça ?
Parce que nous n'avons pas...
Les pays plus petits que nous, l'Israël, ont commandé massivement, n'ont aucun problème dans l'acquisition des vaccins.
Oui, mais parce que nous n'avons pas fermé l'exportation vers ces pays-là. Ce n'est pas eux qui fabriquent.
Vous me dites en termes de production... Je le dis,
la production, si vous fermez les frontières de votre pays, la France, aujourd'hui, n'est pas en capacité de produire ces vaccins. Elle va démarrer la semaine prochaine, mais elle n'a pas un seul site d'ARN messager. Et je le dis pour l'Europe. Et pourquoi nous avions besoin d'une Union européenne ? C'est pour avoir des chaînes de production européennes. Vous avez une partie qui est fabriquée en Allemagne, en Belgique, en Italie, aux Pays-Bas, en France, à partir de la semaine prochaine. Et c'est ça qui fait la force aussi de ce projet européen. C'est ça qui fait la force aussi de l'Union européenne qui approvisionne d'autres pays parce que la vaccination, elle est mondiale.
Bien sûr, l'Europe, le premier producteur mondial de vaccins, sachant qu'on ne produit pas tous les composants d'un vaccin, y compris dans l'Union européenne. Exactement.
Toutes les composants d'un vaccin sont produits en Europe. Ce sont les composants qui interviennent dans des matières premières, flacons, etc. qui viennent autour du vaccin qui, en revanche, peuvent venir du monde entier.
Un espagnol runaché, est-ce que la France pourrait éventuellement se passer d'AstraZeneca dans les mois qui viennent ? Le docteur Fauci aux Etats-Unis, alors statut un peu particulier pour AstraZeneca là-bas, ils ne sont pas encore approuvés, mais dit, on a les doses, ils vont sans doute être approuvés, a priori, on n'aura pas besoin d'eux. Vu les misères que l'on rencontre avec AstraZeneca, vous avez vu l'histoire de cette femme à Toulouse qui porte plein de contrics, la famille de cette femme décédée est d'une thrombose après une vaccination à AstraZeneca, est-ce qu'il ne serait pas plus judicieux de nous passer d'eux aujourd'hui en Espagne runachée ?
C'est les mêmes qui nous disent que c'est formidable ce qui se passe au Royaume-Uni où la vaccination est essentiellement portée par AstraZeneca et qui nous disent mais en même temps il faut se passer d'AstraZeneca. Je crois que le propos là aussi doit être plus nuancé.
Eux ont été massivement fournis aussi par AstraZeneca ce qui est moins le cas pour l'Europe. Ils ont été massivement vaccinés surtout,
massivement vaccinés et je dirais que la situation sanitaire a l'air plutôt positive et qu'on enregistre des cas de thrombose mais dans un nombre relativement réduit. Il faut être évidemment extrêmement vigilant mais attention là aussi au propos. AstraZeneca, on en a besoin jusqu'à la fin du premier semestre probablement parce que c'est un appui important 1,4 million de doses d'AstraZeneca cette semaine. C'est en plus un vaccin qui a un mérite c'est que sa chaîne du froid est relativement simple. C'est une chaîne du froid réfrigérée donc vous conservez les doses au réfrigérateur.
A partir du deuxième semestre les livraisons vont devenir très importantes en Europe et effectivement il n'est pas impossible qu'on n'ait pas besoin de ce recours à AstraZeneca. En tout état de cause ce qu'a fait l'Union Européenne c'est avoir un portefeuille de vaccins variés.
Mais vous conservez votre confiance en AstraZeneca c'est quand même un message important.
Oui tout à fait moi je ne suis pas médecin donc je fais confiance à l'agence du médicament européen. L'agence du médicament européen elle a la réputation d'être particulièrement dure dans ses évaluations. On a pu lui reprocher d'ailleurs certaines fois moi je crois qu'on doit la sécurité et l'efficacité aux Européens et aux Français.
Et l'agence du médicament européen a été très claire sur le vaccin AstraZeneca en disant que le bénéfice de ce vaccin par rapport aux risques encourus est suffisamment important pour justifier de l'utiliser et effectivement en émettant des points de vigilance parce qu'il faut suivre après chaque médicament que vous prenez vous devez être vigilant sur les effets secondaires éventuels. Mais aujourd'hui vous avez des millions de personnes plus de 10 millions de personnes dans le monde plus que ça qui sont vaccinées à l'AstraZeneca et vous le voyez ça se passe très bien et je pense que nous sommes très satisfaits de ce vaccin malgré tout.
Agnès Pannier-Runacher le calendrier vaccinal en substance va s'élargir dans les jours qui viennent pour les personnes de plus de 60 ans puis plus de 50 ans à un horizon du 15 mai. Est-ce qu'on peut imaginer une divine surprise que finalement on ait plus de doses que prévu et que l'élargissement de la vaccination à tous les adultes qui finalement sera peut-être la condition à un retour à une vie à peu près normale puisse intervenir au mieux au début de l'été parce qu'on a cet horizon de l'été mais qui va jusqu'au 21 septembre. Est-ce qu'on a l'espoir vous conservez l'espoir que le calendrier vaccinal puisse être accéléré ?
Alors, 30 millions d'adultes vaccinés d'ici la fin du mois de juin c'est deux tiers des adultes vaccinés. Donc ça donne une espérance effectivement de réduction de la circulation du virus massive dans les jours qui suivront cette vaccination. Et comme je vous l'indiquais le calendrier de livraison ne cesse d'augmenter puisqu'en fait les chaînes de production se mettent les unes derrière les autres en route encore une fois c'est une prouesse industrielle extraordinaire c'est long à faire un vaccin on est dans l'impatience
des derniers instants
on a des transferts technologiques qui prennent du temps il faut avoir les experts pour le faire c'est pour ça que l'enjeu aujourd'hui c'est pas d'avoir c'est pas un problème de propriété intellectuelle comme on l'entend beaucoup c'est un enjeu d'avoir les bras et les hommes et les cerveaux pour faire ces transferts et ces démarrages de production en juin en juillet en août on va recevoir énormément de doses de vaccins et on sera évidemment en capacité de vacciner je suis très confortable sur l'objectif de vaccination des adultes qui le souhaitent d'ici la fin de l'été
oui tout à fait en résumé il y a 15 jours à tenir avant que vraiment on soit dans une campagne de vaccination massive c'est ça le message qu'il faut comprendre
on est aujourd'hui dans une campagne où vous pouvez faire jusqu'à 400 000 doses on l'a fait vendredi 400 000 vaccinés par jour pour un pays qui a 5 fois moins de population que les Etats-Unis ça correspond aux 2 millions de vaccinés américains donc ce rythme là il est en train d'être pris la difficulté je le dis très simplement c'est que aujourd'hui les livraisons sont tendues et vous imaginez bien qu'une livraison de 500 000 doses de moins ce qui n'est pas considérable peut entraîner des grains de sable dans la campagne de vaccination et après on les récupère donc les laboratoires font leur maximum les livraisons arrivent mais un jour qu'ils glissent sur une livraison ça ne paraît rien du tout et c'est désorganisant pour la campagne vaccinale et c'est pour ça que nous suivons ça comme le lait sur le feu nous sommes à la manœuvre et aujourd'hui 3 millions de doses livrées cette semaine voilà ça arrive et ces doses redescendent pour la vaccination dans tous les centres de vaccination
Merci Agnès Pannier-Runacher la ministre déléguée à l'Industrie invitée ce matin de Radio Classique merci à vous bonne journée
Merci beaucoup
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Agnès Pannier-Runacher