À l'air libre (258) : Damien Abad : les nouvelles révélations de Mediapart
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 60 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Quels sont les nouveaux éléments de votre enquête sur Damien Abad ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Peux-tu décrire le témoignage de Laëtitia en détail ?
- 10:00FerméeÉludée
Damien Abad a-t-il répondu à vos questions ?
- 14:00OuverteRéponse directe
Quelle est la réaction du gouvernement après ces révélations ?
- 18:00RelanceÉludée
Pourquoi Damien Abad n'a-t-il pas répondu à vos questions ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 9:00LaëtitiaFait
« Il aurait poussé sa tête vers son entrejambe. »
- 12:00Damien AbadFait
« Je n'ai jamais violé une seule femme de ma vie. »
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Bonsoir, bienvenue, c'est "À l'air libre", l'émission quotidienne de Mediapart. Au sommaire aujourd'hui : Mediapart publie ce mercredi 14 juin de nouvelles accusations de violences sexuelles concernant le ministre Damien Abad. Restera-t-il au gouvernement ?
L'enquête est à lire, en tout cas, sur Mediapart. Elle est signée Marine Turchi et Ellen Salvi. Elles sont avec nous ce soir.
Elles sont désormais trois femmes à accuser Damien Abad, le ministre des Solidarités, de viol ou de tentative de viol. Damien Abad, c'est l'ancien président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale. Il est actuellement candidat aux législatives pour la majorité d'Emmanuel Macron, et dimanche, dans la cinquième circonscription de l'Ain, il est arrivé en tête au premier tour, dix points de plus que la candidate NUPES.
Ellen, visiblement, les électeurs de sa circonscription ne lui tiennent pas rigueur de ses agissements - supposés. - Non, pas tellement. Et d'ailleurs, pendant sa campagne, Damien Abad n'a pas tellement souffert de l'affaire qui avait été révélée par Marine.
Sur le terrain, James Gregoire, notre journaliste, a pu le constater, c'est plutôt l'indifférence générale, à la lumière, un peu, de toute la tonalité de cette élection, qui primait. Alors, on en vient à votre enquête, l'enquête que vous avez publiée ce soir et coécrite toutes les deux. Marine, le 21 mai dernier, sur Mediapart, tu avais publié les témoignages de deux femmes, Margaux et Chloé, qui accusent le ministre des Solidarités de viol.
Ce soir, dans votre enquête, une troisième femme évoque une tentative de viol. C'est une enquête détaillée où, par ailleurs, de nombreux élus, de nombreux témoins proches de ces femmes, notamment, s'expriment pour la première fois. Vous qui nous regardez ce soir, nous allons traiter des violences sexuelles, l'écoute de l'émission peut donc être difficile.
Marine, cette femme dont on parle, ce nouveau témoignage, elle s'appelle, on va l'appeler, disons, plutôt, Laëtitia. En 2009, elle présidait la fédération des Jeunes Centristes dans son département. Damien Abad, c'était alors le président national de cette organisation.
Il venait d'être élu député européen. Alors, dans votre article, c'est intéressant, Laëtitia décrit, dans ce mouvement politique, à cette époque-là, un climat politique, je cite : "malsain et sexiste, où la drague était institutionnalisée", c'est ce qu'elle dit. Et puis, elle dit que Damien Abad "a vrillé", je cite, lorsqu'il est devenu député européen, qu'il est, je cite encore, "tombé dans un sentiment de toute-puissance et d'impunité permanente".
Et c'est à ce moment-là, dit-elle, qu'il serait devenu "collant" avec elle. Ce sont ses termes. Oui, alors, elle explique que d'abord, régulièrement, quand ils se croisaient à des réunions du parti, il avait l'habitude de venir vers elle pour lui dire bonjour et de lui faire la bise, et qu'à cette occasion, il mettait en avant ses mains et qu'elle pensait qu'il allait la prendre par les épaules, et qu'en fait, il touchait, selon elle, avec ses bras et ses mains, sa poitrine, et se frottait à elle.
Elle dit qu'elle lui a demandé d'arrêter, qu'elle lui a fait la remarque, qu'elle lui a dit que ce n'était pas possible, et qu'à chaque fois, il se serait réfugié derrière son handicap, en disant : "Ce n'est pas de ma faute, regarde", en montrant ses mains, ou qu'il aurait dit, à une autre occasion : "Désolé, mais tu as une poitrine trop grosse, c'est compliqué." Ça, c'est son récit à elle. Et puis, elle parle d'une autre rencontre, d'un mariage d'un responsable du Nouveau Centre qui aurait eu lieu dans l'Aveyron.
C'était le 31 juillet 2010. Elle nous a transmis le faire-part de ce mariage. Ce qu'elle dit, c'est qu'il aurait commencé, sur la piste de danse, en fin de journée, début de soirée, à vouloir danser avec elle alors qu'elle ne le souhaitait pas, à se frotter à elle.
Elle dit qu'il aurait, justement, à nouveau, à cette occasion-là, frotté ses bras contre sa poitrine à elle, qu'il aurait ensuite tenu des propos inappropriés, du type : "Je veux te baiser", et puis qu'il aurait insisté pour la rejoindre...
Pour qu'elle le rejoigne dans sa chambre. Laëtitia dénonce aussi d'autres faits, plus graves, qui seraient survenus lors d'une soirée au premier semestre 2010. Alors, d'abord, Damien Abad, on va le voir dans votre enquête, lui aurait offert un verre, au fond duquel elle dit avoir vu "quelque chose".
Suspicieuse, elle dit être allée immédiatement "recracher" sa gorgée aux toilettes. Un peu plus tard, à la sortie des toilettes, Laëtitia raconte que Damien Abad l'attendait derrière la porte. Le député l'aurait poussée dans une pièce en face.
Il lui aurait dit des insanités, des termes très crus : "Tu vas la sentir passer, elle est énorme. Vas-y, suce-moi." On aurait cru, dit-elle, "qu'il était dans un film hard".
Elle affirme qu'il aurait poussé sa tête vers son entrejambe. "Son sexe n'était pas sorti, mais son pantalon était ouvert", dit-elle. Elle poursuit : "Ma tête était coincée sous son bras et contre son torse, je ne pouvais pas me défaire, j'avais peur, j'étais sidérée.
Je me suis débattue, je l'ai frappé dans le ventre." Bon, évidemment, c'est un témoignage très difficile, et ce qui est intéressant, dans votre enquête, c'est que ce témoignage, il est confirmé, à des degrés divers, par des témoins de la scène. Oui, alors, Laëtitia nous explique qu'au fil des années, elle s'est confiée à un certain nombre de personnes, certains de ses proches, mais aussi des élus, des cadres du parti centriste, et puis aussi des amis, des conjoints qu'elle a eus durant ces années-là.
On a retrouvé, déjà, l'ancien militant centriste qui, d'après son récit, a fait irruption dans la pièce où elle se trouvait, ce soir-là, avec Damien Abad, durant la tentative de viol qu'elle dénonce. Alors, on l'a retrouvé, et qu'est-ce qu'il nous dit ? Il nous dit que lui, justement, il a eu une discussion en février dernier, trois mois avant notre article, avec Laëtitia, et que Laëtitia lui a dit, alors qu'ils se remémoraient leurs soirées de l'époque chez les Jeunes Centristes : "Mais tu sais que ce soir-là, tu m'as sauvé la vie ?" Et donc à cette occasion, elle lui a relaté ce qu'elle dénonce aujourd'hui, et puis lui a eu comme un flash, il s'est souvenu être rentré dans une pièce, s'être trompé en pensant aller aux toilettes, et avoir eu l'impression d'interrompre quelque chose.
Voilà, donc il nous a dit qu'il ne doutait pas de son témoignage, que lui-même, à l'époque, avait mis en garde, d'après ce qu'il dit, Damien Abad, sur son comportement avec les femmes. Et puis, on a d'autres témoignages. Évidemment, la mère de Laëtitia, à qui Laëtitia s'est confiée très vite, en 2010, puis elle lui en a reparlé, à d'autres occasions, les années suivantes.
Sa mère dit qu'elle était extrêmement choquée et perturbée lors de ces confidences. Son médecin, à Laëtitia, qui, lors d'une consultation, en 2015, a reçu la jeune femme, qui lui aurait dit, justement, qu'elle était victime de faits de la part d'un homme politique important. Elle n'a pas donné le nom, mais elle a étalé son témoignage, elle lui a donné son témoignage.
Et puis, il y a des élus qui témoignent ouvertement, par exemple le sénateur, ancien Les Républicains, Olivier Paccaud, qui était dans l'équipe de Xavier Bertrand lors de la primaire LR. Lui, il se souvient que Laëtitia lui avait parlé, il y a quelques années, sans doute vers 2017, 2018, d'une tentative d'abus de Damien Abad, "sans être très précise", dit-il. Mais après, elle lui en a reparlé dans les années suivantes, et notamment après la nomination au gouvernement de Damien Abad, avec, cette fois, un grand nombre de détails.
Et puis, plus largement, on a recueilli les témoignages de quatre élus et un militant centristes à qui elle s'est confiée au fil des années, en 2017, en 2018, et puis, plus récemment, au moment de la nomination de Damien Abad au gouvernement. Et puis, Pierre-Yves, un ami à qui elle s'en est ouverte de manière assez détaillée. Il m'a relaté, vraiment, toutes les confidences très détaillées de Laëtitia en octobre 2020.
Donc beaucoup de témoignages pour ce qui concerne le témoignage de Laëtitia, qui est l'information principale de l'enquête de ce soir, même s'il y en a beaucoup d'autres. D'ailleurs, on va y venir. Évidemment, Marine, pour cette enquête, tu as cherché à contacter Damien Abad.
T'a-t-il répondu de façon générale, et sur le cas précis de Laëtitia ? Alors, déjà, on l'avait contacté pour la première enquête, celle du 21 mai. À ce moment-là, il avait refusé notre demande d'entretien, mais il avait répondu une réponse globale écrite qu'on avait publiée en intégralité dans Mediapart.
Il démentait les accusations de viol qu'avaient formulées Margaux et Chloé. Cette fois-ci, silence radio. Ça fait deux jours qu'on essaye de joindre Damien Abad, son avocat, Benoît Chabert, le cabinet d'avocats, le collaborateur de Benoît Chabert, la conseillère de presse de Damien Abad au ministère, que j'ai eue plusieurs fois, que j'ai sollicitée plusieurs fois.
On leur a proposé, aussi, un délai supplémentaire, s'ils le souhaitaient, pour pouvoir prendre le temps de répondre. On n'a pas eu de réponse à cette proposition qu'on a faite. On n'a eu aucune réponse à nos 14 questions extrêmement détaillées.
Il faut préciser que Damien Abad a lu mes demandes, les messages que j'ai pu lui envoyer sur l'application Telegram. Il les a lus, c'est mis sur les messages. Vous savez, il y a les petites activations de lecture des messages.
Il n'a pas souhaité nous demander un délai, il n'a pas souhaité répondre. Donc c'est vrai que cette stratégie d'évitement, elle questionne. Pourquoi aucune réponse à nos multiples questions, à toutes ces accusations qui méritaient des réponses, des explications, des commentaires, et peut-être nous donner d'autres éléments qui auraient pu contredire, peut-être, certains faits, et qu'on aurait pu intégrer à cette enquête ?
Alors, le témoignage de Laëtitia, il s'ajoute à celui de deux autres femmes, qui s'appellent Margaux et Chloé. Je l'ai dit au début de l'émission, deux témoignages que tu avais déjà publiés dans ta première enquête, Marine, qu'on avait d'ailleurs diffusés dans cette émission, leurs témoignages en vidéo. Et on va réécouter celui de Margaux, une ancienne militante centriste de 35 ans qui a porté plainte pour viol en 2017.
Pendant un peu plus de six mois, on s'est envoyé des SMS de temps en temps. C'était plutôt un flirt. Moi, j'étais charmée par lui.
Ensuite, il s'est montré plusieurs fois assez insistant. Il m'a invitée chez lui, à Lyon. J'ai accepté, et puis j'ai trouvé une excuse pour ne pas y aller, parce que je n'étais pas à l'aise.
Et puis, il s'est de nouveau invité chez moi à l'hiver de l'année où je porte plainte contre lui pour viol. Il s'est invité chez moi, en insistant, mais j'ai accepté. Et puis, ce soir-là, on a eu une relation sexuelle, consentie au départ, plus consentie ensuite, et c'est pour ça que je porte plainte.
Et l'affaire, cette plainte, elle avait été classée sans suite. On avait expliqué ça dans la dernière émission. Deuxième témoignage, celui de Chloé, une femme de 41 ans qui a fait, en mai 2022, un signalement à l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique.
Elle dit s'être réveillée en sous-vêtements et en état de choc dans la chambre d'hôtel de Damien Abad. C'était à l'automne 2010, selon elle. Je me souviens nettement qu'il a commandé du champagne, et je me souviens d'avoir...
Mais vraiment, très nettement, d'avoir bu ce verre. Et je me souviens très nettement de n'avoir aucun souvenir entre le moment où j'ai bu ce breuvage et le lendemain matin, quand je me suis réveillée dans un état d'angoisse, de malaise, de...
De dégoût, d'incompréhension totale. Euh...
Dévêtue. Dans cet hôtel qui jouxtait le bar. Je lui ai demandé : "Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ?" Il m'a dit non.
Euh...
Je n'ai pas...
À ce moment-là, je n'avais jamais été dans cette situation de black-out. Le signalement de Chloé a été transmis aux partis LR et LREM, puis au parquet de Paris, qui a décidé, en l'état, de ne pas ouvrir d'enquête, faute d'éléments permettant d'identifier la victime des faits dénoncés. Marine : Margaux, Chloé, maintenant Laëtitia.
Y a-t-il des éléments de similarité, et si oui, lesquels, entre ces trois témoignages ? Oui, et plus largement, entre nos deux enquêtes et tous les témoignages qui figurent dans ces deux enquêtes, il y a plusieurs similitudes. D'abord, elles décrivent toutes un élu, un député insistant, qui propose des rencontres à, parfois, plus de minuit, qui propose des rencontres, des visites nocturnes, dit Laëtitia, au Parlement européen, qui est insistant, alors même que parfois, elles le remettent en place ou elles disent non.
L'autre élément, c'est, pour deux d'entre elles, Chloé et Laëtitia, il y a la question de savoir si elles ont pu être droguées. Tu viens de le dire, Chloé a eu le sentiment, quand elle s'est réveillée dans cette chambre d'hôtel avec Damien Abad, d'avoir été droguée, puisqu'elle a fait un black-out après avoir, dit-elle, bu une coupe de champagne qu'il lui aurait offerte. Elle décrit l'état cotonneux, groggy, dans lequel elle se trouvait le lendemain, qui n'était pas, dit-elle, un état de gueule de bois, et qui était vraiment un état très spécial qu'elle n'avait jamais vécu.
Et puis, aujourd'hui, le témoignage de Laëtitia, qui dit qu'elle a vu quelque chose au fond de son verre qui lui a semblé assez suspect pour qu'à l'époque, elle aille aux toilettes recracher cette gorgée et se rincer la bouche, et se pose la question auprès de personnes à qui elle s'est confiée à l'époque. Elle a déjà émis cette possibilité auprès des personnes à qui elle s'est confiée et qui nous l'ont confirmé. Et puis, évidemment, il y a la défense de Damien Abad, on va en reparler, mais qui, dans un certain nombre des témoignages qu'on lui a soumis pour la première enquête, a mis en avant son handicap, en expliquant que physiquement, il ne pouvait pas effectuer, dit-il, les gestes qu'on lui prête sans l'aide de sa partenaire.
Justement, on l'écoute. Damien Abad, le 23 mai, juste après tes révélations. Depuis, il n'a pas changé de version.
Je conteste les accusations à mon encontre avec la plus grande des fermetés. Toutes les relations sexuelles que j'ai pu avoir dans ma vie ont toujours été mutuellement consenties. Ces accusations m'infligent, comme à mon entourage, une blessure profonde.
J'ai toujours évité de mettre mon handicap en avant. J'ai été contraint, malheureusement, de le faire aujourd'hui pour me défendre et même de dévoiler mon intimité en détails en expliquant que les faits qui m'étaient imputés étaient matériellement impossibles. Ce sont ici ma dignité et mon intégrité qui s'en trouvent atteintes.
Je le répète avec fermeté, je n'ai jamais violé une seule femme de ma vie. Alors, ce handicap qui l'empêcherait de faire ce qu'on lui reproche, voilà ce qu'en dit Margaux, qu'on a entendue tout à l'heure et qui a déposé plainte pour viol contre lui, une plainte classée sans suite. Déjà il utilise une défense très pratique, très classique, c'est : "Si je ne peux pas contraindre une personne physiquement, c'est que je ne l'ai pas violée." Et c'est faux, ce n'est pas la définition juridique.
Le fait de continuer à faire ce qu'il m'a fait alors que j'ai dit non, c'est un viol. Il n'y a pas besoin qu'il ait eu la force de me plaquer au sol ou qu'il ait eu une arme. Heureusement, le viol, c'est plus large que ça.
C'est pas forcément un inconnu dans un parking. Donc il a déjà dit ça en transformant la réalité et ensuite, c'est dégueulasse pour toutes les personnes handicapées de prendre ça comme un étendard. Il se découvre de son handicap quand il le veut en disant : "Je peux faire tout comme tout le monde, c'est pas un problème.
Je suis champion de ping-pong chez les valides", ce qui est vrai, et de l'autre côté : "C'est dur, je peux rien faire, vous comprenez, je ne peux pas violer, il faut que la personne soit d'accord." Bah non, il y a plein de manières de rompre un consentement. Marine, que peut-on dire de cette défense de Damien Abad ?
Ce qui est certain, c'est que si de nouvelles personnes nous ont contactés elles-mêmes, pour certaines, y compris des témoins, c'est parce que, disent-ils, ils ont été ulcérés par la défense de Damien Abad sur son handicap, qui ne lui permettrait pas d'effectuer les gestes qu'on lui prête aujourd'hui. Chloé dit notamment une chose, c'est que, elle vous l'a dit durant l'enquête, après les faits, dans la chambre d'hôtel les faits qu'elle dénonce, elle dit qu'elle a été contrainte de lui rattacher ses lacets. Donc elles n'ont jamais dit, que ce soit Margaux ou Chloé, qu'il les avait déshabillées lui-même, par exemple.
Chloé, elle dénonce, elle, une admission de drogue, en tout cas le sentiment d'avoir sans doute été droguée. Donc on a l'impression, du côté de Damien Abad, qu'il caricature un peu les témoignages de Margaux et Chloé. Chloé n'a jamais dit qu'elle a été transportée dans un hôtel.
Elle a dit qu'elle avait le sentiment d'avoir été droguée. Ça, c'est le premier point. Mais effectivement, beaucoup de gens nous ont dit durant la suite de cette enquête que la défense de Damien Abad, qui se réfugiait derrière son handicap, les mettait en colère par rapport à ce qu'ils ou elles ont pu constater de leur côté, y compris des assistants au Parlement européen, on va sans doute en reparler.
Oui, et on reste un peu sur, justement, des éléments de révélations dans cette enquête, parce que, dans ce papier, dans cette enquête, cet article que vous publiez ce soir sur Mediapart, il y a aussi Louise, qui est une ancienne Miss pays de l'Ain, qui, Marine, a elle aussi accepté de témoigner. Oui, alors elle nous a raconté son histoire. Louise, elle était, il y a quelques années, Miss pays de l'Ain.
Elle passait un certain nombre de concours de beauté localement dans l'Ain, où Damien Abad est élu local. Il est député de la circonscription. À l'époque, Damien Abad est dans certains jurys auxquels elle candidate.
Après l'une de ses victoires, il la contacte sur Facebook, d'après des échanges qu'on a pu consulter, et puis il va engager un dialogue en la félicitant pour son élection, en lui disant qu'il est dans le jury du concours qu'elle doit passer sur Miss pays de l'Ain. Et puis il va s'enchaîner un dialogue qui va durer assez longtemps, qui va s'étaler, avec parfois des interruptions, sur cinq années entre 2014 et 2019. Ce qui est très notable dans ces échanges, c'est que d'un côté, on a une jeune femme de 23 ans qui est un peu impressionnée par ce député qui la contacte lui-même sur Facebook, qui sait qu'il est dans le jury dans lequel elle candidate, des concours dans lesquels elle candidate et puis qui, elle, va s'adresser à lui en tant qu'élue.
Elle dit qu'à l'époque, elle était en recherche d'un réseau professionnel et qu'elle l'a vu comme un contact politique De l'autre, on a Damien Abad, qui a 34 ans, qui est député et puis qui, lui, va proposer des rencontres hors des événements officiels, des rencontres personnelles, le plus souvent le soir, parfois à minuit. Une fois, il va même lui demander de venir dormir au domicile de ses parents à Nîmes, dit-il, une grande maison, une grande piscine, donc on voit le décalage entre les deux. Ce qu'elle dit, c'est qu'il a été très insistant, qu'elle a décliné toutes les rencontres personnelles, que quand elle le croise, c'est des événements officiels dans le cadre de son titre de Miss pays de l'Ain.
Et puis, elle va se confier très rapidement à sa colocataire, à son père, à d'autres proches et puis aussi à une ancienne Miss qui elle-même nous a dit que Louise se sentait harcelée par les messages de Damien Abad, qu'il insistait, qu'elle déclinait, qu'il réinsistait, et que, du coup, elle lui avait dit d'en parler au comité, ce qui, pour Louise était, dit-elle, inenvisageable étant donné qu'il y a des liens étroits entre le comité et les élus locaux et que c'était parfois difficile, et surtout à l'époque, d'être entendue. Ce qui est notable, c'est que quand même, à plusieurs reprises, Damien Abad propose des rencontres, parfois à plus de minuit, et qu'elle lui fait part de son malaise plusieurs fois, qu'elle lui dit qu'elle est mal à l'aise, inquiète de savoir, finalement, pourquoi il l'invite à se voir à minuit. Elle lui dit clairement qu'elle ne se sent pas séduite.
On apprend aussi dans cette enquête, c'est un autre élément de cette enquête, que Damien Abad, deux jours après être nommé au Gouvernement, a appelé une jeune femme, qu'on va appeler Émilie, et c'est une jeune femme, là où c'est intéressant, que tu avais évoquée, dont tu avais évoqué l'histoire dans un mail envoyé à Damien Abad avant la publication de ta première enquête. Alors, explique-nous. Oui, le 21 mai, j'envoie mes questions précises à Damien Abad pour la première enquête.
Dans ces questions, il y a une question qui concerne les faits que dénonce Émilie. Je le questionne là-dessus, et ce qu'on apprend aujourd'hui, c'est que ce même jour, Damien Abad a pris son téléphone pour appeler Émilie et que, d'après nos éléments, il lui aurait demandé si elle avait parlé à Mediapart. Ce qu'elle aurait dit, c'est qu'elle n'a pas parlé à Mediapart, mais qu'elle pourrait lui proposer une porte de sortie, de dire qu'il s'est excusé, ce qui n'était pas le cas, mais de dire qu'il s'est excusé.
Ce n'est pas ce que Damien Abad a fait dans la réponse à Mediapart, mais surtout, ce qu'elle découvre, elle, ensuite, c'est que dans les colonnes du Figaro, il a fait état du fait qu'il aurait un comportement toujours respectueux envers les femmes. Par la suite, il l'a, les jours suivants, recontactée par message et ce sont des éléments qu'on a pu consulter et vérifier. Et puis, il lui aurait demandé, justement, enfin, il lui aurait dit qu'il était victime de quelque chose d'immondes et d'injuste.
Mais dans le même temps, alors même qu'elle évoque dans les messages les faits qu'elle dénonce, qui sont un comportement déplacé qu'il aurait eu il y a quelques années, eh bien lui, il ne nie à aucun moment ces faits et ça, c'est quand même très intéressant. Ensuite, le 26 mai, jour férié, l'Ascension, c'est son beau-frère et collaborateur, à Damien Abad, Magnuson Lopes, qui va lui-même appeler trois fois d'affilée cette femme qui est membre, je ne l'ai pas dit, mais qui est membre du parti LR, et puis elle ne va pas décrocher. Ensuite, c'est Damien Abad lui-même qui va contacter encore la jeune femme, Émilie.
Et après un seul échange, elle va ne plus répondre. Donc évidemment, ces messages, ces appels, dans le contexte de nos questions, interpellent évidemment beaucoup. Il faut savoir qu'il était ministre, à ce moment-là, Damien Abad, que son collaborateur, qui est son beau-frère, est aussi vu comme son fidèle collaborateur.
Et donc on peut se questionner sur ces éléments. Magnuson Lopes, on l'a joint. Il nous a expliqué qu'il n'avait appelé qu'une fois Émilie, ce qui est faux d'après nos éléments, et puis que c'était un coup de fil comme ça, amical, parce qu'ils ont toujours eu, dit-il, des relations amicales et qu'il n'y a jamais eu aucun problème entre eux et non plus avec Monsieur Abad.
Ça, c'est sa parole à lui. En tout cas, ces messages, aujourd'hui, nous nous interpellent dans un contexte très sensible où Mediapart posait des questions sur un certain nombre d'agissements présumés. Oui, c'est à dire que toi, tu avais évoqué une histoire dans un mail finalement envoyé à Damien Abad, et derrière, finalement, on a le ministre et un de ses proches qui contactent directement cette personne.
Donc est-ce qu'on peut...
On peut quoi ? Quelle hypothèse ? On peut parler de pression, pour vous ?
Quelle hypothèse vous posez ? Nous, ce qu'on a simplement posé, c'est les faits sur la table. C'est ces messages, c'est ces appels qu'on a pu documenter.
On a posé cette question à Damien Abad : "Quelle était votre intention dans ces messages ?" Il n'a pas répondu à cette question et c'est important de dire qu'il n'a pas répondu. En revanche, son collaborateur estime que c'était un coup de fil simplement amical.
Sauf que d'après nos éléments, il l'a tout de même appelé trois fois d'affilée, un jour férié, sans laisser de messages écrits. Alors, Hélène, on va passer à un aspect politique et c'est intéressant parce qu'il y a beaucoup d'élus qui sont interrogés dans cet article. Mais si on en reste à l'aspect gouvernement, après les révélations de Marine qui faisaient suite en fait à la nomination du Gouvernement, la Première ministre, la nouvelle Première ministre, Élisabeth Borne, avait réagi.
On réécoute. Bien évidemment, je n'étais pas au courant. Je vais être très clair, sur tous ces sujets de harcèlement, d'agression sexuelle, il ne peut y avoir aucune impunité et il faut continuer à agir pour que les femmes qui peuvent être victimes d'agressions ou de harcèlement puissent libérer leur parole, qu'elles soient bien accueillies pour déposer plainte.
Moi, j'ai découvert l'article de Mediapart hier. Je n'ai pas plus d'éléments que le fait que l'affaire a été classée sans suite. Je peux vous assurer que s'il y a des nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de cette décision.
Hélène, ça, c'était juste après la nomination du Gouvernement, il y a trois semaines. Depuis, qu'est ce qui s'est passé ? Politiquement, absolument rien.
Damien Abad est toujours en poste. Il est aussi candidat dimanche prochain, qualifié au second tour des législatives, et d'ailleurs bien qualifié puisqu'il est arrivé en tête avec plus de 33 %. Au sein du Gouvernement, on est un peu, si vous voulez, dans la même configuration qu'on a pu connaître par le passé avec d'autres enquêtes et d'autres révélations sur les violences sexistes et sexuelles dont étaient accusés des ministres, notamment Nicolas Hulot, notamment Gérald Darmanin.
Et à chaque fois, y compris pour d'autres affaires qui ont visé certains de ses proches qui concernaient d'autres faits, je pense notamment à Monsieur Dupont-Moretti, à chaque fois, Emmanuel Macron a invoqué la question de la présomption d'innocence, qui est une vraie question par ailleurs, mais qui ne qui ne balaie pas l'autre question qui est celle des accusations et de la parole des femmes. D'autant plus pour un sujet qui est censé être la grande cause du quinquennat. Donc, côté Damien Abad, il ne s'est pas tellement passé grand-chose, politiquement.
D'autant plus que, pour être tout à fait transparente, les candidats d'Ensemble, la fameuse coalition présidentielle, et y compris d'autres membres du Gouvernement, qui connaissent pas vraiment Damien Abad...
Il faut voir qu'on est vraiment dans un nouveau Gouvernement où en fait, Damien Abad, c'est quand même la personne qui vient de LR, qui leur a tapé dessus pendant cinq ans, donc ce n'est pas non plus...
Ce n'est pas non plus pour le moment la grande cohérence et union gouvernementale. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'au début, il y a une forme de tétanie, je dirais, c'est-à-dire que plus personne n'a bougé pour voir comment les choses se passent. Et ensuite, ils ont eu, pendant la campagne, des premières remontées de terrain.
Et de façon parfaitement cynique, ils étaient plutôt soulagés, en fait, qu'on ne les interpelle pas tellement sur...
Alors, pas toujours, justement, on va le voir. 9 juin dernier, il y a quelques jours, à Gaillac, dans le Tarn, Laura, une jeune lycéenne, qui interpelle Emmanuel Macron. Résultat, Hélène, cette lycéenne, les gendarmes lui ont rendu visite dans son lycée.
Oui, dès le lendemain de cette interpellation. En fait, il y a deux gendarmes qui sont arrivés au lycée technique dans lequel Laura étudie pour l'interroger. Nous, on a eu Laura le surlendemain matin par téléphone, et elle était...
Elle décrivait vraiment une séquence très compliquée pour elle à gérer, surtout à quelques jours du bac, parce qu'il faut se rappeler quand même que c'est une jeune femme et qu'il y a eu beaucoup de bruit médiatique autour de ça et que ça n'est pas toujours simple à gérer, d'autant dans un moment de pression comme le bac, qu'on a tous connu. Et effectivement, il y a des gendarmes qui...
Deux gendarmes qui sont venus l'interroger. La gendarmerie du Tarn, qui est concernée, a ensuite envoyé un communiqué, un message pour dire que, en fait, leur démarche visait simplement à aller au-devant de cette personne qui avait confié, en marge de cette interpellation du président de la République, qu'elle avait été elle-même victime, voir si elle avait besoin d'un accompagnement, si elle avait envie de porter plainte. Le communiqué de la gendarmerie disait : "Nous tenons à nous excuser auprès d'elle si notre démarche d'aller à sa rencontre au lycée pour échanger a été mal perçue et qu'elle considère que nous avons été maladroits." C'est le moindre mal.
C'est très compliqué pour une jeune femme de 18 ans d'être interpellée dans l'enceinte de son propre lycée. Et ça envoie un signal politique particulier. Et ça envoie un signal politique particulier, d'autant plus particulier, en fait, que selon le récit de Laura, et je tiens quand même à le préciser, le récit de Laura tel qu'elle nous a rapporté, en fait, la discussion avec les gendarmes, met un petit peu à mal cette version-là.
C'est-à-dire que, d'après elle, quand les gendarmes sont arrivés, ils l'ont immédiatement interrogée sur ce qui s'était passé la veille, confer l'interpellation du président de la République. Elle s'en est expliquée, elle a simplement dit sa démarche, qu'elle voulait poser une question au président de la République, parce qu'elle est engagée à titre personnel sur ces sujets et qu'elle ne comprend pas. C'est le propre de tout citoyen et citoyenne de pouvoir faire ça quand ils en ont l'occasion, et les gendarmes, la gendarme, en l'occurrence, lui aurait répondu que c'était, je cite, "pas des choses à faire".
Je cite selon les propos de Laura. Qu'est-ce que ça dit globalement ? Et d'ailleurs, on le voit dans la séquence, et dans le changement de visage d'Emmanuel Macron.
Ça dit deux choses. Ça dit une déconnexion absolue entre les revendications de la jeunesse aujourd'hui, très intéressée par différents sujets qu'on porte ici à Mediapart, évidemment le sujet de l'écologie, mais la question des violences envers les femmes, et que finalement la réponse qui est faite par le pouvoir est une réponse très décalée par rapport aux revendications et à la nécessité aujourd'hui d'entendre la parole des femmes. On va du coup revenir...
Tu parlais de "tétanie politique" au gouvernement sur le cas Damien Abad. En lisant votre enquête du soir, il y a un autre élément dont on n'a pas trop parlé encore en ce moment, c'est que on a l'impression que, au contraire, beaucoup de gens commencent à parler. Vous citez un nombre impressionnant d'élues de différents partis, de différents endroits, qui témoignent à visage découvert, enfin, qui témoignent "on", comme on dit, donc, avec leurs noms, leurs prénoms, leurs qualités, et notamment Brigitte Fouré.
Brigitte Fouré, ce n'est pas n'importe qui au centre, c'est la maire d'Amiens. Elle est membre de l'UDI. Elle était au fameux mariage de juillet 2010 dans l'Aveyron où Laëtitia, dont il est question dans votre enquête ce soir, aurait été victime d'une tentative de viol de la part de Damien Abad, et elle dit : "J'ai vu qu'il avait un comportement que j'ai trouvé complètement déplacé, inapproprié.
Il l'importunait, c'était des avances vraiment lourdes, insistantes, incongrues." Et ce mot "lourd, insistant", en fait, il revient énormément dans les témoignages que vous avez recueillis. Au Nouveau Centre, au parti des Républicains, au Parlement européen, à l'Assemblée nationale, tous les endroits qu'a côtoyés Damien Abad comme élu, qui font souvent question de ces termes, de comportement lourd et insistant avec les femmes.
Et puis, dans votre enquête, parmi d'autres, il faut vraiment lire l'enquête de Mediapart, il y a d'autres élus de premier plan qui qui témoignent, par exemple l'ancien président de la délégation de l'UMP au Parlement européen. Il s'appelle Jean-Pierre Audy, c'est une personnalité, c'était une personnalité au sein du Parlement européen dans la droite française, et il témoigne. "J'ai le souvenir d'avoir entendu dire par certains assistants que Damien Abad avait parfois des comportements que l'on pourrait qualifier de lourds dans des soirées à l'extérieur du Parlement européen." Marine et Hélène, il faut signaler pour que ces deux enquêtes, vous avez parlé à des dizaines de personnes, et finalement, il y a beaucoup de témoignages qui vont dans le même sens.
Ça veut dire qu'on commence à comprendre aujourd'hui qu'à LR, que dans les partis centristes, dans les organisations centristes, quelles que soient les années, beaucoup de gens étaient au courant. Chez LR, en tout cas, c'est assez évident. Marine l'avait déjà évoqué dans une précédente enquête.
Il y a un épisode qui a beaucoup marqué les Républicains. - Un dîner. - Un fameux dîner, qui a eu lieu à l'automne 2020 et que dans cette enquête-ci, nous avons réussi à retracer, notamment grâce aux témoignages en "on", comme on dit, de plusieurs députés qui y participaient, plusieurs députés LR, et du coup, on a pu en savoir plus sur la teneur de ce dîner, sur la façon dont les choses s'étaient passées.
En clair, pour le résumer à gros traits, Damien Abad s'est un peu invité dans cette soirée où figuraient des députés qui n'étaient pas franchement ses proches. Il sortait, selon les témoignages des participants, d'un pot plus ou moins arrosé. Il est arrivé, il s'est installé, plus tard dans la soirée, en deuxième partie de soirée, face à une collaboratrice, et il a commencé à tenir des propos qualifiés par le député LR Ian Boucard de "totalement irrespectueux".
Ces propos, plusieurs participants nous les ont rapportés. En clair, il aurait dit à la jeune femme... qu'elle devrait venir le voir plus souvent dans son bureau, que...
Il a fait ensuite des sous-entendus par rapport à sa tenue, et d'autres phrases. Et c'est là où on retrouve, finalement, les autres témoignages, où ça recoupe de temps en temps. D'autres phrases à caractère sexuel auraient été prononcées et elles sont citées, de mémoire, par plusieurs participants à ce dîner.
Donc, c'est exactement la même chose que ce que Marine disait : "je voudrais te baiser", "je veux voir ta chatte", enfin, des propos orduriers. On a, effectivement, du coup, interrogé Pierre-Henri Dumont, Ian Boucard, Raphaël Schellenberger, qui étaient tous trois présents à ce dîner. Tous trois donnent la même version de ce dîner.
Qui sont des élus LR de premier plan, - des parlementaires. - Ce sont des élus LR, et qui ont tous trois été très choqués par la teneur de ces propos. Pierre-Henri Dumont, par exemple, nous dit : "Un président de groupe..." - Parce que c'est important. - Il était président du groupe.
Il était président du groupe LR à l'époque, donc patron de cette fameuse collaboratrice. Pierre-Henri Dumont dit : "Un président de groupe, ne devrait pas dire ça. C'est profondément scandaleux." Et Ian Boucard, justement, insiste sur la dimension gênante et hiérarchique de cette situation.
Il dit : "Ce sont des propos vulgaires et d'autant plus inacceptables qu'il était son patron." Et il se souvient, d'ailleurs, que ce soir-là, après que la jeune femme ait recadré...
Parce que c'est ce qui s'est passé. Quand le propos le plus ordurier a été dit, elle l'a fermement recadré, selon les témoignages. Et lui, il décrit une collaboratrice qui était très interrogative, vis à vis de son travail et de sa position hiérarchique, qui se demandait si elle n'était pas allée trop loin en le recadrant de cette façon.
Donc ça, c'est un épisode qui a vraiment marqué les esprits chez LR, d'autant plus - et Marine l'avait raconté dans sa première enquête - que, à la suite de cet épisode, le secrétaire général de LR, Aurélien Pradié, a confronté Damien Abad. Et là, je te laisse...
Oui, il faut bien préciser qu'aujourd'hui, Damien Abad pourrait dire : "Maintenant, ce sont des adversaires politiques. Ils sont de mon ancien parti. Je suis passé dans la majorité présidentielle." Sauf qu'effectivement, en novembre 2020, Aurélien Pradié, secrétaire général de LR, député, nous avait déjà indiqué durant la première enquête que lui, il avait eu vent de cet épisode et avait questionné et confronté Damien Abad, dès novembre 2020, sur cet épisode du dîner.
D'après son récit, Damien Abad lui aurait dit : "je me suis excusé, c'est pas vrai", ce à quoi Aurélien Pradié aurait répondu : "Alors, tu t'es excusé ou ce n'est pas vrai ?" Et puis, la discussion se serait arrêtée là. Moi, j'ai questionné Damien Abad à deux reprises sur la confrontation avec Aurélien Pradié et sur, aujourd'hui, tous les éléments de récit du dîner d'après plusieurs participants.
Il ne répond pas, il ne donne aucun élément. On a questionné aussi la collaboratrice de Damien Abad, qui était présente au dîner. Elle n'a pas souhaité nous relater ce qu'elle a vu, pas vu, ou, en tout cas, ce dîner.
Par contre, elle nous dit qu'elle, durant de 10 ans de travail avec Damien Abad, elle n'a rien constaté comme comportement inapproprié à son égard et elle ne l'a jamais entendu, dit-elle, prononcer de tels propos sexuels ou obscènes. Il faut préciser en toute honnêteté qu'on a eu aussi des gens parmi le Nouveau Centre, ou autres, qui nous disaient, eux, n'avoir rien constaté concernant le comportement de Damien Abad. On cite, dans l'article, Hervé Morin, le président du Nouveau Centre, on cite d'autres personnes élues au Nouveau Centre qui nous disent que durant leurs années communes avec Damien Abad au Nouveau Centre, ils ou elles n'ont pas constaté de comportements déplacés de sa part.
Et donc, cette enquête, elle est à lire dans son intégralité sur Mediapart, vraiment. Il faut évidemment vous abonner pour la lire en intégralité, mais abonnez-vous car c'est une enquête extrêmement complète avec, y compris, ces témoignages de personnalités politiques dont on a parlé. J'ai une toute dernière question de deux minutes.
Ces femmes, Chloé, Margaux, Laëtitia, elles disent toutes à des degrés divers, qu'à un moment ou à un autre, elles n'ont pas été forcément crues, parfois même pour certaines, que leur témoignage a été tourné en dérision, par moments. Qu'est-ce que ça nous dit ? Ben, ça dit beaucoup de, de manière générale, comment les partis politiques, comment la société accueillent ces témoignages qui dénoncent des violences sexuelles.
Il y a beaucoup, en tout cas, surtout à l'époque, - puisque là, on parle de faits... - 2009, 2010, souvent.
Voilà, qui datent de 2009, 2010, 2011, à une époque où ces accusations de violences sexuelles étaient soit tournées en dérision, soit banalisées, minimisées et où ces témoignages n'étaient pas reçus correctement. Donc, quand on parle du fait qu'il faut que les victimes parlent, que la libération de la parole se fasse, en réalité, la plupart du temps, - et cette enquête et celle d'avant le montrent - ces femmes, elles ont parlé. Elles ont parlé à l'époque, à leurs proches, à des élus du parti, à des amis, des conjoints, etc.
Donc la parole, elle a été dite. Est-ce qu'elle a été reçue ? Ça, c'est un peu la question.
Dans l'enquête d'aujourd'hui, Laëtitia raconte comment les personnes qui avaient vent de son témoignage faisaient des imitations, d'après elle, de Damien Abad frottant ses bras sur elle ou sa poitrine. Il faut bien prendre conscience de ça. Mais en tout cas, ce que je voudrais préciser, c'est que tous ces éléments, tous ces témoignages, on a questionné Damien Abad là-dessus.
Il a eu tous les éléments, tous les témoignages en main, pour pouvoir, s'il le souhaitait, contredire nos éléments, répondre, etc. On ne s'est pas contentés d'une demande générale. On lui a fait une demande extrêmement précise.
Il n'apporte aucune réponse sur ces éléments. Il n'a pas non plus accepté notre proposition de lui offrir un délai pour répondre, et ça, ça doit aussi nous questionner. Pourquoi on est face à un silence radio du ministre sur un sujet aussi important ?
Cette enquête, donc, elle est à lire sur Mediapart ce soir. Merci à toutes les deux d'être passées par ici. Demain, vous retrouvez Valentine Oberti.
Bonne soirée.
Damien Abad