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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 22 mars 2023 8 minComplaisantActualité / polémiqueRetraitesSécuritéJustice

Jacques de Maillard : "Les répertoires de mobilisation des manifestants circulent de façon transnationale"

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Bonjour Jacques de Maillard. Vous êtes professeur de sciences politiques à l'université de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines, également directeur du CESDIP.

  • 0:39OuverteRéponse directe

    Cette technique hongkongaise se résume en une formule, be water, soyez de l'eau. C'est quoi l'idée ?

  • 1:51OuverteRéponse directe

    Et donc concrètement, ça consiste en quoi ? Il faut se disperser en petits groupes ?

  • 2:27OuverteRéponse directe

    Et il y a aussi une communication presque en temps réel qui se fait. Comment on fait pour s'organiser ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Les forces de l'ordre multiplient les interpellations. Est-ce qu'elles se justifient ?

  • 4:25OuverteRéponse directe

    L'écart est plus important que par le passé dans d'autres contestations ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:08InvitéFait
    « Certains jeunes qui manifestent contre la réforme des retraites et surtout le recours au 49.3 disent s'inspirer de techniques hongkongaises vues ces dernières années lors de mobilisations contre la mainmise chinoise. »
  • 0:42PrésentateurFait
    « L'idée de ce mouvement hongkongais c'était d'être fluide, insaisissable pour les forces de police. »
  • 4:00PrésentateurChiffre
    « Pour Paris, je voyais 292 interpellations, 9 déferments près de la justice. Le bilan consolidé du parquet, c'est 425 seulement, 52 poursuites judiciaires. »
  • 4:34PrésentateurChiffre
    « On a eu des chiffres extrêmement importants en 2019 sur les gilets jaunes, qui étaient encore plus importants que ça et qui, là, avaient suscité une véritable mobilisation. »
  • 6:19PrésentateurFait
    « Le nouveau préfet de police a communiqué sur une nouvelle méthode, où on n'est plus à distance, beaucoup moins dans la confrontation que son prédécesseur. »

Temps de parole

  • Présentateur72 %
  • Invité28 %

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0:01
Présentateur

France Inter. Mathilde Munoz. Le 5-7.

0:08
Invité

Il est 6h20 de Hong Kong à Paris. Certains jeunes qui manifestent contre la réforme des retraites et surtout le recours au 49.3 disent s'inspirer de techniques hongkongaises vues ces dernières années lors de mobilisations contre la mainmise chinoise. Bonjour Jacques de Maillard. Bonjour. Vous êtes professeur de sciences politiques à l'université de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines, également directeur du CESDIP, c'est le centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales. Alors cette technique hongkongaise se résume en une formule, be water, soyez de l'eau. C'est quoi l'idée ? C'est d'agir comme des vagues, d'être fuyant le plus possible ?

0:42
Présentateur

Oui, l'idée de ce mouvement hongkongais c'était d'être fluide, insaisissable pour les forces de police. Donc il y avait cette idée-là de la mobilité pour éprouver les capacités d'action de la police. Il y avait aussi de déjouer les interdictions de manifester. Il faut quand même dire que à Hong Kong, ces interdictions étaient massives, impératives et extrêmement autoritaires. Donc le contexte était quand même différent. Et à Hong Kong, il y avait une dimension, ça a duré très longtemps, ça a duré plus d'une centaine de jours, qui était associée à une démarche culturelle et artistique, avec des murs décorés de la musique, qui ont fait, je dirais, la popularité du mouvement.

1:20
Invité

Donc là, dans les témoignages qu'on a vus, un témoignage de jeunes français, essentiellement des jeunes d'ailleurs, qui disent s'inspirer de ces techniques-là, il n'y a pas tout le contexte évidemment, tout le décorum musical que vous évoquiez. Là, on est juste purement sur comment on fait pour échapper à la police.

1:33
Présentateur

Voilà. Donc il y a une dimension effectivement de fluidité au sens visiblement de mobilité des manifestants. Bon, on ne s'inscrit pas du tout encore dans la durée qu'a connue Hong Kong. Et le nombre de manifestants concernés est également beaucoup moins important à ce que l'on sait.

1:51
Invité

Et donc concrètement, ça consiste en quoi ? Il faut se disperser en petits groupes, c'est ça ? Plutôt dans des quartiers avec des ruelles, pas des grandes places ? En tout cas, c'est ce qu'ils expliquent.

1:59
Présentateur

Voilà. C'est d'une certaine façon une technique qui n'est pas nouvelle. Oui, ça ne te semble pas révolutionnaire comme idée, effectivement. Exactement. Les répertoires de mobilisation des manifestants ne se renouvellent jamais complètement. Mais c'est vrai qu'ils circulent aussi, dans une certaine mesure, de façon transnationale. Donc on voit très bien l'inspiration hongkongaise sert aussi à en oublir cette façon de se mobiliser.

2:27
Invité

Et il y a aussi une communication presque en temps réel qui se fait. Ils utilisent des réseaux, des plateformes. Comment on fait justement pour s'organiser ? Parce qu'ils disent, on se disperse et puis quelques minutes après, on essaye de se retrouver quelques rues plus loin dans un autre quartier. Ça se passe comment ?

2:42
Présentateur

C'est tout le charme de ces mobilisations qui se déroulent avec à la fois une présence physique, commune présence physique, et en même temps ce suivi permanent sur les réseaux sociaux qui se joue quand même sur un double registre. C'est à la fois, voire un triple registre, c'est à la fois une façon de communiquer entre les manifestants, c'est une façon de communiquer à l'extérieur aussi. Mais je disais triple registre parce qu'il y a également la communication en temps réel qui se fait par les forces de l'ordre dans le suivi qu'elles exercent sur ces manifestants.

3:16
Invité

Alors justement, les forces de l'ordre, parlons-en, face à ces manifestations, la police multiplie les interpellations. Est-ce qu'elles se justifient ces interpellations ? Vous êtes très très critiqués, que ce soit par le syndicat de la magistrature, le syndicat des avocats de France, même la défenseur des droits aussi partagent son inquiétude.

3:32
Présentateur

Alors, la critique qui est faite, qui a été très récurrente sur les mobilisations de gilets jaunes, ça a été les interpellations préventives. C'est-à-dire qu'on interpelle, on garde à vue, on garde à vue relativement longtemps, suffisamment longtemps pour empêcher de manifester. Là, quand on regarde les premiers bilans, la difficulté, c'est qu'on a peu de données, qu'on a des retours individuels. C'est vrai que ces inquiétudes ont quand même un fondement. Quand on regarde les chiffres de jeudi, on a eu quand même, pour Paris, je voyais 292 interpellations, 9 déferments près de la justice. Le bilan consolidé du parquet, c'est 425 seulement, 52 poursuites judiciaires.

Donc, vous voyez, il y a quand même un écart important qui conduit à s'interroger sur la légitimité de ces interpellations et de ces gardes à vue.

4:25
Invité

L'écart est plus important que par le passé dans d'autres contestations ?

4:29
Présentateur

On a eu des chiffres extrêmement importants en 2019 sur les gilets jaunes, qui étaient encore plus importants que ça et qui, là, avaient suscité une véritable mobilisation. Ça avait même été mis en mots par le procureur de Paris, qui avait théorisé, en quelque sorte, ces interpellations préventives.

4:48
Invité

Donc, là, l'idée, c'est quoi ? C'est d'intimider pour faire peur et décourager les manifestants de recommencer ?

4:54
Présentateur

Il y a une dimension potentielle d'intimidation et puis, tout simplement, de retenue. Vous êtes retenu en garde à vue, donc vous êtes dans une situation de prévation de liberté qui vous empêche de rejoindre la manifestation.

5:07
Invité

Est-ce qu'il y a une culture du chiffre aussi ? Est-ce que ces interpellations, c'est destiné à montrer que la police fait bien son travail ?

5:15
Présentateur

Là, je dirais que cette dimension est toujours présente. Là, je dirais qu'elle n'est pas aussi cruciale. C'est-à-dire que la police n'a pas à communiquer sur, justement, parce qu'on peut toujours mettre en regard le nombre d'interpellations du nombre de poursuites judiciaires. Donc, en tous les cas, aujourd'hui, là, au moment où on se parle, je ne dirais pas que c'est central, cette dimension de la culture du chiffre. En revanche, recourir au garde à vue pour retenir et empêcher de manifester, là, on a quelques signes qui peuvent l'attester.

5:52
Invité

Comment pourrait se faire la gestion du maintien de l'ordre différemment ? Est-ce que la police pourrait faire autrement ?

5:57
Présentateur

La difficulté, c'est qu'on est dans une situation qui est toujours pour partie inédite pour les forces de l'ordre. Donc, les forces de l'ordre sont, en quelque sorte, dans une logique d'apprentissage. Ils pratiquent les rétextes, c'est-à-dire des retours d'expérience, qui les conduisent à s'adapter. Là, ce que l'on a vu à Paris, c'est que le nouveau préfet de police a communiqué sur une nouvelle méthode, où on n'est plus à distance, beaucoup moins dans la confrontation que son prédécesseur.

6:24
Invité

C'est quoi ? C'est la technique de la NAS ? C'est ça l'encerclement ? Ça en fait partie ?

6:27
Présentateur

Alors, la NAS, c'est quand même une technique plus proactive. Il avait communiqué sur l'idée que les forces de l'ordre étaient moins visibles, moins provocatrices. En revanche, elles interviennent de façon ciblée. Là, elle fait moins appel aux fameuses Bravem, vous savez, ces véhicules, ces motos, avec deux agents dessus et avec une logique d'interpellation qui est extrêmement forte. Donc ça, c'était la logique initiale. Là, ce que l'on commence à voir, c'est potentiellement un changement de logique. On a beaucoup plus de Bravem, on a des retours vidéo sur ces interventions avec des coups de matraque.

Donc, on peut s'interroger sur une logique plus proactive, plus centrée sur l'utilisation de la force qu'elle ne l'était. Oui, on a d'autres façons de le faire, en communiquant beaucoup plus en continu et en amont avec les manifestants et avec une utilisation de la force qui se fonde sur des règles déontologiques.

7:25
Invité

Merci beaucoup Jacques de Maillard, professeur de sciences politiques à l'université de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines. Vous êtes le directeur du CESDIP et je cite aussi votre livre qui est paru le mois dernier. C'est tout récent aux presses de Sciences Po, Police et Société en France. Sous-titrage Société en France