Méga-bassines : le Sénat relance la guerre de l'eau
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est l'heure du second débat de ce sens public consacré à la loi d'urgence agricole votée au Sénat cette semaine. Va-t-elle rallumer la guerre de l'eau avant d'en débattre ? Jérôme Rabier nous détaille les mesures à la fois les plus emblématiques et les plus polémiques.
C'est une bataille sur le partage de l'eau qui se déroule au Sénat depuis maintenant deux jours. D'un côté, la majorité de droite et du centre qui veut donner aux agriculteurs un plus large accès à l'eau. Et de l'autre, une ministre de la transition écologique et des sénateurs de gauche qui appelle à ne pas céder sur les enjeux écologiques.
Premier point de crispation, le stockage de l'eau. Si le gouvernement était prêt à simplifier la création de retenues comme les méga-bassines, le Sénat a voté le principe du doublement du stockage pour l'agriculture d'ici 2035. « Quand va-t-on sortir de ce dogme qui consiste à ne plus pouvoir utiliser l'eau alors qu'il n'y en a jamais autant eu en France que par rapport aux autres pays européens ? » Doubler le Le stockage, c'est bien trop pour Monique Barbu qui dénonce un modèle pas adapté.
Il risque de déséquilibrer un texte qui se voulait équilibré au moment même où la sécheresse s'installe dans nos campagnes et où les français attendent de nous une gestion sobre et solidaire de leur patrimoine naturel. Autre point de friction, la gouvernance de l'eau. Les sénateurs ont voté pour que les agences de l ne relèvent plus exclusivement du ministère de l'écologie, mais que la tutelle soit désormais partagée avec le ministère de l'Agriculture et celui de l'économie.
Mais ils sont surtout votés pour qu'au niveau local. Les agriculteurs aient plus de poids dans les commissions locales de l'eau, les clés, au détriment de la place de l'Etat. Inacceptable pour la ministre.
En mettant l'Etat à 15, pourquoi pas à 10, pourquoi pas cinq et pourquoi pas à zéro enfin quelqu'un moment il va falloir aussi que chacun d'entre nous prenne ses responsabilités et en ce qui ne nous concerne nous ne sommes pas d'accord et nous le ferons savoir des propos Aux dénoncés par les sénateurs qui assument de vouloir donner plus de poids aux agriculteurs dans les décisions sur la gestion de l'eau. Mais il faudra ensuite trouver un accord avec les députés de l'Assemblée qui n'ont pas voulu aller aussi loin lors de l'examen du texte au palais bourbon une commission mixte paritaire est prévue le 16 juillet avec des discussions qui promettent d'être animés sur le sujet le sénat va-t-il rallumer La guerre de l'eau avec cette loi d'urgence agricole. On en débat avec Henri Gabanel, bonsoir.
Bienvenue, vous êtes sénateur RDSE, Rassemblement démocratique et social européen de l'héros et viticulteur Esther Creuser-Dellebourg, bonsoir. Et bienvenue, vous êtes économiste de l'eau enseignante à HEC et fondatrice de Waterweiser. Mathieu Brun, bonsoir, bienvenue, directeur scientifique de la fondation Farm, fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde.
Et Tam Tranui, heureusement est restée à mes côtés, directrice adjointe de l l'information de public sénat éditorialiste pour sens public. Est-ce qu'elle est dictée par le monde agricole, cette loi d'urgence ? C'est ce que je lis un peu partout, elle est même dictée par la FNSEA.
Qu'est-ce que vous répondez à ça ? – Parce que oui, très clairement, oui. Et je regrette parce que, je l'ai dit dans ma discussion générale, cinq lois en 19 mois, ça veut dire qu'on ne travaille pas comme il et on a perdu cette culture de politique prospective qui nous permettrait de prendre de la hauteur et à la fois de définir les enjeux de notre agriculture, qui sont effectivement l'adaptation au changement climatique, qui est une préoccupation prédominante sur notre agriculture, le revenu des agriculteurs et tout ce qui découle derrière, effectivement avec le foncier, etc.
On n'a pas fait ça et on travaille à un silo. Et là aujourd'hui on répond à une loi d'urgence agricole et notamment sur le volet de l'eau, alors que l'eau, elle seule, aurait mérité un projet de loi dans sa globalité. Parce que l'eau, ce n'est pas uniquement que l'agriculture, c'est l'eau potable, c'est l'industrie.
Et forcément en traitant ainsi l'eau, on va vers des conflits d'usage. C Alors c'est pour ça qu'on se pose la question d'une guerre de l'eau potentiellement rallumée. La question du partage de l'eau, elle devient de plus en plus critique d'une certaine façon.
Oui absolument. Alors déjà vous parlez de partage et pas de conflits, ce qui est une bonne chose parce qu'on a souvent tendance à ramener ça forcément à de la tension. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, on est confronté à un déjà une tension sur l'eau qui va être extrêmement forte.
On se rapproche évidemment de 2022 qui a été finalement l'année fondatrice pour une gestion accélérée de l'eau en France et le plan eau après en 2023. On sait que les conséquences vont être désastreuses économiquement pour les agriculteurs, on va le découvrir dans les mois à venir. L'industrie aussi va forcément devoir fermer des demi journée des journées etc donc il va y avoir un coût économique les centrales nucléaires commencent à ralentir parce que l'eau qu'elle rejette est trop chaude du coup pour la biodiversité donc il faut ralentir tout ça donc oui il ya une forme de il faut organiser l'eau et cette tension devient de plus en plus palpale ce qui est dangereux et c'est pour ça que j'apprécie vos commentaires monsieur le sénateur c'est que cette loi d'urgence agricole ne va pas dans le bon sens c'est la première fois que je suis inquiète et en plus elle vient avant les présidentielles donc il ya cette espèce de finalement de moratoire on va laisser passer pour ne pas avoir plus de tensions.
Mais on ne va pas dans le bon sens parce que...
Elle ne va pas dans le sens d'un meilleur partage ? Pas dans le sens d'un meilleur partage et pas dans le sens finalement de principe de précaution qui est il faut de la sobriété, ça veut dire produire pareil mais avec moins d'eau, il faut qu'on puisse partager les usages et anticiper, commencer à diversifier nos cultures, commencer à potentiellement aider les agriculteurs à transitionner et tout ça, il faut que ça arrive et pas seulement juste en silo. – Effectivement, avec un premier thème, on va essayer de les détailler.
On va parler en regardant un reportage tout à l'heure sur des systèmes d'irrigation beaucoup plus précis, pointus. Il y a des solutions et on essaiera évidemment de consacrer du temps à ces solutions. Déjà, quand on parle d'irrigation, Mathieu Brun, qu'est-ce que ça représente ?
Est-ce qu'il y a tant d'irrigation de ça dans nos exploitations agricoles aujourd'hui en France ? Merci pour cette question parce que je pense que c'est important aujourd'hui d'objectiver ce débat. On voit et on a l'impression que toute l'agriculture française est irriguée.
On a derrière nous des images d'une eau qui circule un petit peu dans tous les sens pour arroser ces cultures. En fait, c'est seulement 7 % de la surface agricole utile qui est irriguée. Ça concerne avec 15 % des exploitations agricoles.
Le reste, c'est la pluie. Et donc quand on voit les changements, les régimes de précipitation qui sont modifiés, en particulier dans le sud de la France où vous êtes installé, eh bien là, on a un vrai enjeu pour permettre à ces agriculteurs d'avoir accès à une eau, de changer des pratiques. Et ça, c'est évident.
Donc en fait, cette eau qu'on a l'impression de voir complètement prise, accaparée, on pourrait discuter des termes, privatiser aussi, on entend. Finalement, elle concerne un nombre restain d'agriculteurs et le paradoxe productif, c'est que finalement, c'est cette agriculture qui est la plus productive au niveau mondial. C'est 20 % des surfaces agricoles qui sont irriguées.
En France, on est à 7%. Mais c'est cette part-là qui produit le plus d'agriculture. Alors ça concerne le maïs, notamment, le blé en particulier, puis après les légumes, le maraîchage, les fruits, etc.
Mais c'est vrai que c'est concentré aussi sur des cultures – on va certainement en parler au cours de l'émission – qui, elle-même, pose problématique quand on se projette en termes d'adaptation au changement climatique. Est-ce qu'on pourra continuer de pratiquer ce type d'agriculture avec ces semences ou ces cultures-là ? L'un des points de conflit entre la majorité sénatoriale et le gouvernement, ce sont les capacités de stockage de l'eau, peut-être pour irriguer encore plus justement.
Écoutez la ministre de la Transition écologique hier, c'était lors des questions au gouvernement. Vous dites...
Vous dites...
Dans cet article 5a, qu'il faut doubler le stockage de l'eau. Aujourd'hui, nous stockons 15 milliards de mètres cubes, dont 12 milliards pour les grands barrages et 3 milliards dans des plans d de petite taille. Tous, bien entendu, ne servent pas exclusivement à l'agriculture, mais tous participent in fine à son approvisionnement en eau, doubler ce stockage de 15 milliards serait juste pharaonique doubler les infrastructures de stockage c'est le retour des méga bassines pardon d'employer un gros mot plus personne n'osait l'employé depuis des mois, voire des années.
Mais de quoi on parle ? Non, là je pense qu'il y a eu une confusion entre ce que disait la ministre et ce que disait le rapporteur. La ministre parlait globalement du stockage.
Le rapporteur parlait du doublement du stockage de l'eau réservée à l'agriculture, ce qui ne sont pas du tout dans les mêmes proportion. Il est un fait certain que, par rapport au changement climatique, l'agriculture pour certains produits, pour certaines matières premières, aura besoin un peu d'eau, de l'eau. Mais dans le débat, moi, en tout cas, c'est la question que j'ai posée, de l'eau pour qui et pourquoi ?
Parce qu'en fait, c'est la question qui se faisait. Et bien entendu sur certaines cultures très gourmandaneux, notamment le maïs qui est produit notamment dans les régions du sud-ouest où il fait de plus en plus chaud, il faudra quand même qu'il y ait des réflexions pour éviter et peut-être déplacer ces cultures. Est-ce que l'une des solutions c'est les méga-bassines ?
Je repose la question. Des solutions de stockage quand même assez massive ? La solution c'est notamment dans les méga-bassines et si vous parlez de Sainte-Sauline là on pompe dans la nappe pour remplir les méga-bassines, là on parle de stockage de l'eau de l'eau qui tombe.
Là on n'est pas du tout sur la même logique, sachant que par exemple dans mon département cette année et il y avait très longtemps que nous ne l'avions pas connu, on a eu une très bonne pluviétrie. Et là, l'eau, une fois que les sols se sont bien chargés en eau, tout est parti alors qu'on aurait pu peut-être en stocker un peu pour que maintenant Maintenant, effectivement, on puisse s'assurer parce que maintenant, on en a besoin. Donc vous me dites que c'est OK pour des bassines, pas pour taper dans la nappe phréatique, mais pour stocker l'eau de pluie ?
Voilà. OK, j'entends l'argument. Esther Creuser-Dellemont, effectivement, parce que le cycle de l'eau, il est quand même un peu perturbé ou pas.
D'ailleurs, c'est vous qui allez me dire si j'ai raison. Mais moi, j'ai cette impression qu'il y a parfois des précipitations beaucoup plus importantes et que peut-être c'est la solution de stocker ces précipitations alors qu'il y en a beaucoup moins à d'autres périodes de l'année. Oui ou non ?
Oui, absolument. En fait, il y a vraiment stockage et stockage. Et ça, ça a été très mal expliqué pendant la crise des mégabassines.
D'où cette espèce de fixation qu'on a et ce débat complètement explosif. Récupérer de l'eau de pluie dans des retenues collinaires qui sont tout à fait autorisées et qui sont très bien pour la nature. Ça, c'est très bien.
Effectivement, venir pomper l'eau des nappes phréatiques qui ont besoin de se recharger. Ça, c'est effectivement une maladaptation. Pourquoi ?
Parce qu'en fait, quand l'eau, elle s'infiltre dans les sols. Déjà, on a du mal à ce qu'elle rentre parce que les sols sont de plus en plus secs. Mais quand elle s'infiltre dans les sols, c'est pas simplement une baignoire en dessous du sol.
Elle va finalement faire plein de...
Elle va produire plein de services. Elle va faire de la biodiversité. Elle va recharger les nappes.
Elle va créer tout un écosystème. Et donc qu'il faut la laisser là. Donc l'enlever a beaucoup de conséquences sur ces sols.
Et même, ça enlève l'humidité des sols. Donc ça, c'est pas une bonne chose. Mais ce qui est important, c'est bassine ou pas bassine, retenue ou pas retenue.
Oui, l'agriculture va avoir besoin d'eau. Il va falloir qu'elle s'adapte. C'est un non sujet en fait de tout simplement il faut l'adapter maïs ou pas maïs on va devoir changer la question c'est comment est-ce qu'on peut être le plus productif avec chaque goutte d'eau qui tombe c'est ça que les agriculteurs doivent se poser comme question et on a un reportage qui illustrera ça tout à l'heure.
Vous citiez Sainte-Sauline, effectivement, c'est 2023, il y a ce projet dans les Deux-Sèvres qui devient une espèce de cristallisation de toutes les luttes politiques. Je vous propose une archive, c C'est une députée insoumise, Clémence Guettet, qui manifeste et dit que ces méga-massines sont dangereuses. C'est presque tous les mots sur un lieu.
Écoutons-la. Ça a été dit avant moi, mais ces bassinelles vont profiter à une minorité, au détriment de la majorité, au détriment de nous toutes et tous. Et je ne voudrais pas qu'on se réveille dans quelques dizaines d'années en se disant « mince, c'était vraiment une grosse connerie, on a détruit les nappes, il n'y a plus d'eau, il n'y a plus d agriculture, il n'y a plus moyen de se nourrir, donc c'est pour ça aujourd'hui qu'on lutte, c'est pour les années à venir. » Alors c'est devenu un gros mot effectivement Mathieu Brun, est-ce qu'on peut, on va boucler ce chapitre là, il y en a beaucoup d notre avenir, est-ce qu'on peut avoir des bassines ou des méga-bassines entre guillemets vertueuses, utiles et est-ce qu'on peut s'en passer ? « Je pense que ce qu'a décrit le sénateur va dans le bon sens, c'est-à-dire des zones de stockage de l'eau, on le voit partout sur la planète, nous on est sur l'Afrique du Nord qui a déjà bien anticipé ces enjeux d'adaptation au changement climatique en faisant des micros, des retenues collinaires, on imagine plein de techniques qui sont très innovantes qui demandent de l investissement, ça c'est certain, à l'échelle de l'exploitation.
Mais est-ce que ce n'est pas une façon de capter cette eau au seul bénéfice des agriculteurs ? Parce que c'est ça l'une des critiques qui est exprimée. Ça c'est très intéressant parce que la question de privatisation, d'accaparement, en fait, ce n'est pas comme ça qu'il faut regarder le débat.
Il faut regarder le débat autour de l'usage. Pourquoi est-ce qu'on utilise l'eau ? Comment est-ce qu'on l'utilise ?
Et ce qui compte, c'est d'avoir une vision territoriale. On a une loi, et vous le disiez, qui est nationale, très large, alors qu'entre l'héros où vous êtes et la Meurthe et Moselle, on a des différences énormes en termes de besoins et de stockage d'eau. Donc on a une loi unique qui ne répond pas à des enjeux territorialisés avec un besoin de concertation.
Après, la question de la méthode démocratique, là, est peut-être à à rediscuter. Tam, vous vouliez intervenir ? Oui, on parle pas mal de l'exemple espagnol en matière de réserve d'eau, une politique qui est accusée aussi d'avoir asséché les cours d'eau.
De quel stockage on parle concernant l'Espagne ? Est-ce qu'il y a quelque chose à apprendre de l'exemple ou du contre-exemple espagnol ? C'est entre les années 50 et 90, si je ne me trompe, il y a beaucoup de systèmes de retenue ou de méga-vaccines qui sont créés en Espagne.
Alors ils sont bien meilleurs effectivement sur la gestion de l'eau pour l'agriculture et d'ailleurs l'agriculture leur rend bien avec effectivement davantage de captation des eaux de pluie donc tout ce qui est eau non conventionnel davantage de recyclage et de réutilisation des eaux usées aussi ils sont beaucoup plus allés là Et notamment sur les côtés espagnols, on commence aussi à dessaliniser, forcément pour pouvoir venir irriguer. Donc en fait l'Espagne c'est un peu ce qui peut nous arriver dans 15 ou 20 ans, à cela près que, attention, quand on dessalinise ou quand on réutilise les eaux usées, ça ne règle pas le problème de sécheresse des sols en intérieur. Donc ils ont beaucoup plus subventionné l'eau, c'est pour ça qu'ils ont d'énormes problèmes sur l'agriculture, mais on a l'impression que finalement, ils vont y arriver grâce à la technique.
Attention, il y a plein de choses dans le modèle espagnol qui ne sont pas forcément désirables parce que c'est sur-technique. Et la désalinisation pour irriguer, vraiment là on arrive dans des solutions qui prouvent qu'on est en échec. – Alors il y a beaucoup de chapitres à abordé dans les minutes à venir.
Les fuites d'eau, vous nous en parlerez Tam dans un instant, mais là on va évoquer un thème qui est très important, c'est la gouvernance de l'eau et c'est Steve Jourdain qui nous rejoint tout de suite puisque le Sénat vient aussi, rebonsoir Steve de voter plusieurs mesures sur cette question de la gouvernance de l'eau. Bon alors c'est un peu obscur dit comme ça, de quoi s'agit-il ? Il y a une grande question Thomas, qui décide de l'eau en France parce que lorsqu'il n'a plus assez pour tout le monde et qu'on sait que les choses ne vont pas aller en s'arrangeant, il faut bien quelqu'un pour arbitrer, pour décider.
Qui décide si l'on privilégie par exemple l'eau potable, l'agriculture, l'usage industriel ou la protection des rivières ? C'est une question très politique. Et alors contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, c'est pas le gouvernement qui décide tout seul ?
Non, la France a inventé dès les années 60 une gestion originale. Le pays, on va le voir, est découpé en 7 grands bassins hydrographiques. Seine-Normandie, Rhône-Méditerranée, Loire Bretagne, etc.
Dans chacun de ces bassins, il existe une sorte de parlement de l'eau, le comité de bassin. Dans ce parlement, on retrouve tous ceux qui utilisent l'eau au niveau local. Il y a des élus, des agriculteurs, des industriels, des pêcheurs, des représentants de l'Etat, etc.
Et ensemble, ils fixent les grandes orientations de la politique de l'eau. Et donc le Sénat veut changer ses règles du jeu ? Les amendements votés cette semaine ne bouleversent pas cette organisation, mais ils changent les priorités qui doivent guider les décisions.
Le Sénat souhaite renforcer la voie des agriculteurs. Premier changement lorsqu'un grand document de planification de l'eau sera élaboré, il faudra désormais mesurer aussi ses conséquences pour les exploitations agricoles. Autrement dit, on ne regardera plus seulement les effets sur les rivières ou la biodiversité, mais aussi sur la capacité des agriculteurs à produire demain.
Et l'agriculture pèsera-t-elle davantage dans les décisions autour de cette politique C'est en tout cas la philosophie. Les sénateurs considèrent qu'avec les sécheresses à répétition, la politique de l'eau ne peut plus être pensée uniquement sous l'angle de l'environnement. Elle doit aussi répondre à un objectif de souveraineté alimentaire, autrement dit protéger la ressource, oui, mais aussi permettre aux agriculteurs de continuer à produire.
Dernière question Steve, le rôle de l'État, est-ce que ce rôle va évoluer ? Alors le Sénat souhaite que l'État joue davantage le rôle de chef d'orchestre ou d'arbitre en cas de conflit, par exemple quand ils faut protéger un captage d'eau potable, l'or habiterait entre plusieurs usages. Le préfet verrait son rôle renforcé.
En bref, Thomas, pour le Sénat, la politique de l'eau doit devenir à la fois plus agricole mais aussi plus étatique et ça fait enrager certaines associations de défense de l'environnement ainsi que certains élus locaux. Merci beaucoup Steve pour toutes ces infos. Je vais vous faire un aveu.
On a fait évidemment plusieurs débats autour de cette thématique de l'eau et de l'agriculture. Dans chacun des débats, d'ailleurs certains d'entre vous ou certaines y ont participé, on a loué l'exemple de la gouvernance de l'eau française. Pourquoi le remettre en question monsieur le sénateur ?
Je ne comprends Mais moi, je n'étais pas favorable à tout ça. Et effectivement, il y a une volonté de la majorité sénatoriale de mettre en avant l'agriculture avec la non-régression agricole, qui est quand même quelque question d'important, de ne pas être la variable d'ajustement, que l'agriculture ne soit pas la variable d'ajustement, etc. Ils ont changé donc la gouvernance au niveau des commissions sur le local de l'eau, etc.
J'ai du mal à comprendre leur logique. – Je vais être très concret, pardon. Pour l'instant, ça marche bien ?
Dans votre région ? – Oui, il n'y a aucun problème. Et je Je pense que, quand je dis que je ne comprends pas leur logique, certains sont pour la décentralisation et donner la confiance aux acteurs locaux de pouvoir, sur leur territoire, mener les bonnes politiques de Et maintenant, on veut remettre l'Etat et déséquilibrer au niveau des usagers, mettre le paquet sur l'agriculture.
Jusqu'à maintenant, ça s'est bien passé, je ne vois pas comment on peut changer, on devrait changer les choses. Moi, je ne suis pas d'accord. C'est un peu la même question pour tout le monde, Mathieu Brun.
Est-ce qu'il fonctionne si bien d'ailleurs, ce système de gouvernance, à l'instant T, avant la réforme Je ne suis pas un expert de ces sujets-là. Par contre, ce sur quoi il faut insister, vous allez me dire encore des chiffres, mais 10 % c'est l'eau qui est prélevée pour l'agriculture. 10%, 45 % pour refroidir les centrales thermiques et énergétique.
Demain, avec un besoin croissant en termes d'énergie, des usages, on va avoir encore plus besoin de cette eau. Donc on a quand même un enjeu à se redire finalement qu'est-ce qui nous nourrit, qu'est-ce qui est prioritaire ? Alors je ne sais pas dans quel sens il faut aller, mais cette gouvernance qui permet des compromis quand même assez durables avec des agences, avec un fonctionnement qui est aussi regardé depuis les pays du Sud et ailleurs est pour moi assez intéressant.
Est-ce qu'on peut relier ça à la souveraineté ? Effectivement, il y a l'aspect décentralisation. Et puis ce que disait Steve Jourdain à l'instant, redonner plus de pouvoir aux préfets et donc aux représentants de l'État à l'ère de la souveraineté alimentaire, on peut y trouver une cohérence, Esther Creuser-Delbos ?
Oui, alors effectivement on dit toujours que notre système, on nous l'envie, il est assez unique et c'est très très bien qu'on soit organisé par bassin parce que le bassin hydrographique c'est l'unité économique de l'eau et c'est très bien. En revanche, et je pense qu'on a tout ce qu'il faut entre les comités de bassin, l'ADREAL, les agences de l'eau, en vrai on a un millefeuille qui est suffisant mais on l'a construit à une époque où on avait tout simplement suffisamment d'eau pour faire tout ce qu'on voulait et donc on n'avait pas eu besoin de la compter ni réellement de l'organiser, de l'ordonnée et donc finalement le stress test qui nous arrive avec des étés rudes vient taper dans l'organisation de ce système et on se rend compte que dans les comités de bassin on n'a pas tout le monde qui vient, on n'a pas tous les agriculteurs, tous les industriels, tous les énergéticiens donc il y a une petite modernisation sans vouloir au ce qu'est le système première chose et deuxième chose dans ce que vous venez de dire ici cette gouvernance pourquoi elle est importante c'est que finalement aujourd'hui le partage des usages si on devait le faire sur l'électricité on l'aurait fait depuis longtemps et là c'est de l'eau on la découvre et donc la loi d'urgence agricole porte bien son nom c'est une loi d'urgence pour moi c'est pas c'est pas une loi qui doit durer dans le temps c'est pas une refonte du système c'est on vient ponctuellement venir pour les présidentielles donner une forme de joker pour dire oui les agriculteurs on ne veut pas rebloquer la france il y a eu le mercosur c'est terrible aujourd'hui être agriculteur parce qu'il n'y a pas une année qui est correct depuis 2022 il n'y a pas une année facile donc il faut absolument faire quelque chose et donc c'est là dessus urgence finalement pour moi ça n'a vocation à rester c'est qu'un ou deux ans mais derrière il faut transformer le système sinon peu importe qu'on ait une gouvernance magnifique ça ne changera rien effectivement c'est quand même ce stress test dont vous parlez vous vous le vivez dans votre région dans vos départements depuis depuis plusieurs années le stress hydrique oui on commence à effectivement c'est parti c'est arrivé de l'espagne c'est parti des po l'aude et aujourd'hui l'ouest est rolté donc on le subit mais est ce que vous avez changé pardon on nous interrompt oui on évoqué la question des cultures de qu'est-ce qui a déjà changé ce qu'il faut changer c'est nos modes de culture. Et là, moi, j'avais présenté, c'était passé en commission, mais ça a disparu en séance, un article sysquataire, parce qu'on parle d l'irrigation, on parle de l'eau, de stockage, mais on n'a jamais parlé de sol, qui me semble indissociable de l'irrigation.
Et j'avais déposé un article six quater pour justement la restructuration du sol en matière organique et évoluer dans les de l'eau, même si on augmente les surfaces irriguées jean-luc mélenchon candidat soumis à la présidentielle a détaillé aujourd'hui son idée de C'est une main tendue aux écologistes on est bien conscient de ça et voilà, ça fait partie des infos de ce jeudi Allez, comme promis, on parle de ce grand gâchis, Tam c'est ça ce que vous avez choisi d'évoquer pour nous Et oui, alors que nous prenons conscience chaque été un peu plus de la fragilité que de la ressource qu'est l'eau, alors que le débat médiatique à couteau tiré va donc porter sur les méga-bassines. On a commencé à en parler. Ça va parler sans doute de piscine On va éventuellement parler de l'arrosage automatique du voisin qui se déclenche en plein canière alors qu'il est en vacances.
Voilà, on le voit, ce sont uniquement des sujets qui vont de la petite crispation à la véritable guerre des tranchées. Sur ces sujets, personne n'est prêt à mettre de l'eau dans son vin et pourtant il n'y a pas besoin de creuser bien loin pour trouver une source d'économie de l'eau qui va mettre pour le coup tout le monde d'accord. Je veux parler bien sûr de nos réseaux d'adduction d'eau qui collecte l'eau, la traite, la rendent potable avant de la faire couler dans nos robinets, un réseau à travers lequel goutte-à-goutte à bas bruit nous perdons chaque année 1 milliard de mètres cubes d'eau 20 % de l'eau en moyenne.
Un litre d'eau sur 5 n'atteint pas son destinataire. Un litre d'eau sur 5 n'atteint pas son destinataire comment ça s'explique D'abord par le vieillissement de ce réseau de 900 000 kilomètres de canalisation. Quasiment les deux tiers du réseau ont atteint le demi-siècle et se battent contre la corrosion, les joints d'étanchéité qui lâchent.
Vous avez aussi la circulation, par exemple quand une canalisation est située sous une voie avec des poids lourds qui passent, elle souffre plus. Enfin vous avez la nature des sols qui peuvent bouger, les sols argilo-calcaires par exemple, c'est un phénomène encore aggravé par la sécheresse. Ce qui interpelle aussi dans Ce sont les disparités dans le territoire.
Les métropoles sont globalement mieux loties que la ruralité, où vous avez des territoires qui sont de véritables passoires. Les Périnèse orientale, par exemple, un rapport de la Chambre régionale d'Occitanie a montré que ce territoire perd 61 % de son eau dans ses canalisations. Un comble quand on songe qu'il est frappé par des sécheresses à répétition.
On peut aussi citer les Hauts-de-Pyrénées, le Quanta, les Vosges ou encore la à Guadeloupe. Bon, on va essayer de trouver des solutions. Il y a une urgence à résoudre ces questions.
Oui, car si l'eau s'évacue dans les sols avec ses fuites et finit donc quand même par retourner à la terre, il faut bien de l'énergie pour traiter cette eau. Toute cette énergie est donc gaspillée. Ajoutez que dans les territoires atteints par les sacheresses, cette eau est puisée dans un milieu naturel où elle manque.
Donc si vous en avez la moitié qui n'atteint pas le consommateur, c'est parfaitement absurde. Alors évidemment, il y a toujours une affaire de gros sous derrière tout ça. Résoudre ce problème demande des financements.
L'investissement nécessaire est estimé à entre 2 ,5 milliards et 3 milliards d'euros par an. Et le plan O, présenté en 2023 par Emmanuel Macron, dégageait seulement 180 millions d'euros par an pour reboucher les fuites les plus flagrantes, notamment les 170 points noirs recensés en France avec un taux de fuite supérieur à 50%. Alors 3 ans après, quel est le bilan ? 109 de ces 170 points ont amélioré leur rendement, se vante le ministère.
Mais enfin, qu'est-ce qu'on entend par améliorer le rendement ? J'ai cherché, c'est arriver à un taux de 50 % de fuite ou moins. Bref, il n'y a pas vraiment de quoi poivre. – Ah oui, on n'est plus au-dessus des 50%, c'est à 48%. – Si vous êtes à 48, c'est OK. – On est dans les 109 points où ça s'est amélioré.
Bon, OK, merci beaucoup. C'est vrai que ce chiffre-là, un litre d'eau sur 5 qui n'attend pas son destinateur, il est assez vertigineux. Mathieu Brun, est-ce que c'est un record français ou est-ce que c'est un peu partout pareil ? – Non, ce que vous décrivez, on le retrouve dans plein d'autres pays qui ont construit des grands barrages ou des endroits où c'est même bien pire et qui font mieux aussi parce que la ressource est très précieuse.
On parlait de l Espagne ou du Maroc par exemple. On a construit souvent des grands barrages avec un vrai enjeu d'évapotranspiration de l'eau, des infrastructures qui vieillissent et un coût d'investissement qui est énorme. On parlait de gouvernance de l'eau mais moi je je l'ai vu sur le terrain où à l'échelle locale on a des associations avec des agriculteurs qui gèrent cette eau, qui parlent de tarification, qui essayent d'agir pour trouver des solutions.
Mais ça demande un investissement énorme et en même temps il ne faut pas oublier qu'on est passé d'une irrigation quand même de confort, on ouvre la vanne, on met de l'eau, à aujourd'hui des pratiques qui ont permis d'économiser l'eau. On a de plus en plus de surfaces qui sont irriguées, mais elles le sont de moins en moins parce qu'on On a entamé aussi du côté des agriculteurs, donc des usagers, des économies certaines de l'eau. Il y a plein de questions.
Je vais les donner un peu en rafale. On ne va pas répondre à toutes, mais ça prouve que nos téléspectateurs, téléspectatrices sont passionnées par notre thématique. Jean-Marie de Lyon, quel serait le potentiel d'eau stockable lors des pluies hivernales ?
On est beaucoup sur les bassines dont on parlait tout à l'heure ou les retenues collinaires. Une autre réaction, je remonte pour la régie, merci de me suivre. Xavier qui nous écrit de Besançon, enlevez-moi d'un doute si ça va dans une bassine, ça ne va pas dans les nappes ?
Fréatique non, point à l'interrogation. Christian qui nous écrit de Nantes, l'eau qui tombe du ciel c'est un bien commun, personne ne devrait avoir le droit de l'accaparer pour son usage privé que ce soit l'agriculture ou l'industrie d'eau minérale et puis tiens j'en mets une autre Christian qui nous écrit de Quimper, pourquoi arroser en plein soleil et pas la nuit ? Est-ce que c'est vrai ça ?
Est-ce que ça existe toujours ça ? Alors fais moi chez moi de moins à moins et c'est vrai que l'aspersion est de moins à moins utilisée au profit du goutte à goutte. Effectivement le goutte à goutte, il y a moins d'évaporation la journée et bon nous dans le vignoble hérolté et languodossien aujourd'hui il y a du goutte à goutte enterré, donc qui va directement à hauteur de racine donc beaucoup plus efficient et qui subit moins de l'évaporation.
On sera dans une autre région pour aller goutte à goutte. On va partir en Provence dans un instant. Je voulais juste rajouter que les plantes, elles ont soif tout le temps.
Et donc quand il faut très chaud, c'est horrible de voir effectivement de l'aspersion et de l'eau sur des plantes en pleine journée. Mais elles sont comme nous, elles souffrent. Et donc malheureusement, il faut leur donner de l'eau.
Donc il y a aussi une logique à le faire. D'accord. Et juste un petit chiffre intéressant sur les fuites.
Juste pour rappeler que chaque année, c'est très très long de renouveler le réseau. On le renouvelle à peu près à hauteur de moins de 1%. Donc il nous faudrait 150 ans pour renouveler tout le réseau.
Donc oui, il faut réparer les fuites. Mais en parallèle, il faut quand même faire un effort sur notre façon d'utiliser sinon on ne s'en sortira pas. On a quand même des moyens technologiques plus...
Je me souviens d'une discussion avec des agriculteurs, c'était dans le Gers, où ils disaient « Mais le problème, c'est qu'on a perdu la mémoire des réseaux ». Et il disait « C'est important de garder, d'aller voir les anciens dans les villages qui souvent se souviennent de l'endroit où sont les canalisations ». Est-ce que c'est quand même...
Enfin bon, c'est moins vrai aujourd'hui. Avec les technologies, on peut peut aller trouver où sont les réseaux, les fuites, les détecter, etc. Ou est-ce que c'est toujours aussi compliqué ?
Non, c'est encore très vrai. Et puis il faut se dire que le réseau des structures de l'eau, il est aussi long que le réseau autoroutier en France. Donc vous imaginez à quel point c'est énorme et un petit point intéressant c'est que les nappes phréatiques ce n'est pas parce qu'on perd de l'eau dans nos réseaux que les nappes phréatiques se remplissent pas.
C'est deux sujets donc faire attention à ne pas amener les deux en disant bas c'est d'abord l'état qui doit régler les fuites avant nous demander de faire des efforts vraiment les deux sont différents, mais oui on sera de plus en plus équipés sur la donnée on est capable de savoir exactement ce qui se passe dans un tuyau mais dans les campagnes non, on ne peut pas aujourd'hui renouveler tout – Allez on, vous voulez intervenir, elle dit que donc de réparer les réseaux, c'est les moyennes financières. C'est pour ça que les métropoles sont dans l'avance par rapport aux territoires que vous venez de citer. – Mais qui veut payer ?
Parce qu'on a privatisé l'eau, il y a quand même donc elles sont obligées de faire petit à petit et c'est pour ça que ça ne prend pas autant de temps. Mais tout est une question de moyens parce que ça coûte énormément cher de refaire les réseaux. – Mais Esther Cossard-Delbourg, on a effectivement privatisé, il y a des grandes entreprises françaises qui ont devenu pour certaines des géants mondiaux, ce n'est pas à elle de rénover le réseau ? – Déjà, elle ne couvre pas tout le territoire, la majorité du territoire est quand même en régime publique, et ensuite, malgré tout cela, ce n'est pas qu'une question de « elle pourrait le régler », c'est qu'en fait tous ces réseaux-là sont interconnectés, donc vous avez ici du public qui va bien toucher du privé, etc.
Donc si le privé règle son problème mais qu'en aval et en amont, ce n'est pas réglé, pareil, le problème reste intact. – Allez, on va continuer de parler de solutions, d'innovation, vous avez les uns et les autres parlé de goutte à goutte, ça tombe bien, on ne savait pas quand vous alliez évoquer ça naturellement dans notre débat mais c'est le thème de Le reportage qu'on avait choisi avec Céline Schmitt, elle est donc partie en Provence. Elle est allée à la rencontre d'un producteur d'amandes.
Alors il a mis effectivement en place un goutte-à-goutte connecté. Regardez ce reportage. Pierre les déguste depuis sa tendre enfance.
C'est que du bonheur ! Sur le plateau de Balençol, il cultive fièrement ses 52 hectares d'amandiers. Vous voyez là ?
Vous avez tous les ingrédients d'un arbre en plein de santé. Déjà beaucoup de fruits, vous voyez les nouvelles pousses ici déjà, c'est là où l'année prochaine il y aura du fruit. Vous voyez l'écorce, on voit que le tronc il éclate, ça veut dire il grossit et tout ça on a cette évolution depuis 4-5 ans, depuis qu'on a mis l'irrigation à intérêt.
Le champ de Jean-Pierre est truffé de petits capteurs. Il mesure en temps réel la température du sol et son humidité pour calculer la quantité exacte d'eau à apporter. L'agriculteur peut contrôler au quotidien l'état de santé de ses arbres. « Voilà, il est là.
Ici on voit bien. Là il y a un petit ressort et lui il prend la dimension de la branche. Si jamais il est stressé, on a la dimension qui régresse.
Si jamais tout va bien, c'est la dimension qui augmente régulièrement. Mon grand-père a cultivé l'amandier, mes parents aussi. La méthode ancestrale c'est formidable, mais là aujourd'hui depuis quelques années on a la technique qui vient nous aider et on est très friands de ces nouvelles données, de cette nouvelle qualité de travail.
C'est parfait tout ça pour nous. Jean-Pierre a investi 300 000 euros dans cette installation. Aujourd'hui, sa consommation en eau a baissé de 30 % de quoi séduire les sceptiques.
Pour les aider à sauter le pas, les producteurs de Provence sont accompagnés par des ingénieurs en charge de la gestion de l'eau dans la région. Ils interprètent les données collectées par les capteurs et conseille les agriculteurs. Donc ce qu'on va faire, c'est qu'on va réhumecter, ajouter de l'eau comme ça à la base.
On va le voir sur l'application assez rapidement, le temps que l'eau arrive. L'irrigation, c'est pas forcément le sujet sur l'agriculteur a le plus d'expertise qui se passe en fait assez souvent, c'est que l'agriculteur a l'impression que le sol est sec, a l'impression que les feuilles commencent à souffrir de la sécheresse donc décide de lancer une irrigation alors que la vigne n'en a pas besoin. Et concrètement, on aura consommé trop d'eau pour derrière avoir une qualité de la production qui se sera dégradée.
Rendre plus efficiente la gestion de l'eau quand cette ressource est de plus en plus rare. Des ingénieurs et chercheurs du monde entier plancheront sur cette question lors du prochain sommet de l'irrigation à Marseille, en septembre prochain. Alors je ne me rends pas compte, et puis là la réponse dépend de la taille de l'exploitation, 300 000 euros quel retour sur investissement est-ce que tous les agriculteurs ont les moyens d'intégrer la technologie à leur pratique votre reportage a fini sur l'annonce du congrès de Marseille sur l'irrigation on va avoir un moment clé sur comment on finance cette transition parce que ça demande un coût important.
L'agriculture, c'est une activité risquée. L'agriculture dans un contexte de changement climatique, c'est encore plus risqué. Et on le voit depuis 10 ans, les achats en micro-irrigation ont bondi de plus 120%.
Donc ça veut dire qu'il y a un vrai engouement, il y a un vrai intérêt. Alors attention, parce qu'il y a des effets pervers, on pourra peut-être en discuter. C'est quoi ?
On regarde certains pays qui ont mis du goutte à goutte partout et en fait, on voit que les niveaux d'utilisation de l'eau ont augmenté parce qu'en fait, on utilise beaucoup plus d'eau, on a mis beaucoup plus de surface en culture. Alors dans des endroits où il y a des vraies concurrences sur l'eau, ça pose des soucis. Mais effectivement, la question de l'investissement, du financement, de l'adaptation au changement climatique, nous, on travaille sur le pourtour méditerranéen à la Fondation, c'est un vrai sujet d'accompagnement technique et d'accompagnement financier.
Et les banques elles-mêmes, elles essayent de trouver des solutions, essayent de trouver des moyens de dérisquer ces investissements qui sont 300 000 euros, c c'est colossal. Quand on doit en plus aujourd'hui voir le débat sur la vigne dans le sud de la France qui remonte complètement, on voit ces cartes où les biogéographies remontent. Avec le réchauffement climatique.
Il y a des régions où on commence à pouvoir faire du vin. Exactement et c'est surtout les cépages. Aujourd'hui, ce qu'on produit dans l'Hérault, dans 10, 15, 20 ans, ce sera autre chose.
On le voit avec l'olivier, avec le blé, avec des niveaux de rendement qui vont être complètement bouleversés. Donc il faut aussi regarder de l'autre côté de la Méditerranée comment on fait, quelles cultures on peut adopter On a l'amandier, on a le pistachier, on a le sorgho, on pourra peut-être en parler de ces cultures qui pourraient être intéressantes parce qu'elles viennent du sud. Effectivement.
Henri Cabanel, est-ce qu'il y a beaucoup de vos collègues qui ne peuvent pas se payer des systèmes comme celui-là. Ou d'autres innovations, d'ailleurs. Ils savent, tout le monde sait, vous les connaissez, ils sont informés, ils se disent « mais je ne peux pas, je n'ai pas les moyens ».
Alors moi j'ai beaucoup de collègues qui, avant d'avoir des outils de pilotage d'eau, aimeraient avoir l'eau déjà, qui ne l'ont pas. Mais aujourd'hui, effectivement, ceux qui ont l'eau s'équipent d'outils de pilotage et ça se démocratise à une vitesse grand V. Et ça, c'est quand même encourageant parce Parce que forcément, on ne va pas mettre de l'eau sur la même parcelle avec les mêmes quantités.
On est équipé de sondes qui nous préviennent d'effectivement s'il y a un manque d'eau ou pas. Donc c'est piloté et Et c'est sur les portables, sur les ordinateurs. Donc oui, il y a une vraie démocratisation.
Et l'agriculteur, on parlait de 300 000 euros d'émécissement, mais bon, il a combien ? 50 hectares d'amandier. donc je pense que c'est rentable pour lui parce que l'eau d'irrigation l'agriculteur il la paye quand même donc il y a un coût moindre que l'eau potable mais ça en coûte donc s'il peut s'éviter effectivement de payer moins d'eau à travers un bon pilotage, il le fait.
Encore beau ? C'est quand même une exploitation agricole sur 5 qui a accès à l'eau. C'est quand même assez réduit.
Attendez, je ne comprends pas Il y a 15 à 20 % des exploitations agricoles en France qui ont accès à l'eau d'irrigation. Les autres, elles dépendent de la pluie. Ah oui, d'accord, ce qu'on disait tout à l'heure sur le fait qu'il y avait finalement assez peu d'irrigation.
Tiens, je vais prendre trois autres questions. Beaucoup de réactions ce ce soir. Camille qui nous écrit de Marseille, comment on va s'assurer que les agriculteurs respectent les seuils de prélèvement d'eau stockée ?
L'Office français de la biodiversité n'a plus les moyens de le faire. Point d'exclamation. C'est vrai que les moyens de ces offices-là ont été un peu réduits.
Patrick qui nous désécrit de Gap, là aussi c'est un peu un coup de gueule. Le modèle agricole favorisé par cette loi consolide une pollution de l'eau. Je paye les agriculteurs leur production et leur pollution et éventuellement je ne peux même plus boire mon eau, ras-le-bol nous dit-il.
Et puis une autre question qui nous vient de Dieppe Quentin. L'État ne devrait-il pas investir dans la recherche agricole pour développer des méthodes d'agriculture moins consommatrice d'eau ? Je veux bien que vous répondiez à cette dernière question, Pierre Les deux premières en tête, je vais essayer de tout répondre en une.
Si vous voulez, vous savez faire ça. Première chose, effectivement sur le contrôle du respect de la régulation. Il y a très peu de contrôles qui sont faits pour accompagner des agriculteurs qui ont reçu des textos leur demandant d'arrêter d'irriguer un jour sur trois.
Je ne sais pas s'ils l'ont fait. De toutes les façons, personne n'est venu voir. Donc il y a un peu de la débrouille aussi là-dessus.
Mais c'est aussi la partie industrielle. Il n'y a pas que les agriculteurs qu'il faudrait contrôler. Donc c'est généralisé.
Et la deuxième chose, c'est que, attention, les questions, elles me font peur dans le sens où les agriculteurs qui ont tellement peur qu'on leur prenne leur eau, quand ils vont entendre ce genre de questions, vont se dire la population est contre moi, les médias sont contre moi. Hop ! J'essaye juste de maintenir ce que j'ai eu depuis tout Or, il faut qu'on soit dans un dialogue et je pense que l'agribashing ou de façon générale ce qui s'est passé avec les méga bassines est très dangereux pour notre souveraineté agricole, pour notre souveraineté économique, pour notre eau parce qu'on s'engueule tous au lieu de partager et la loi d'urgence agricole, pour moi c'est une réaction d'un monde qui a peur et qui a l'impression qu'on va leur enlever de l'eau. – Et alors sur l'État, l'investissement de l'État pour justement aider les agriculteurs à intégrer des solutions plus sobres ? – Là c'est dramatique. – Oui absolument, alors déjà effectivement ça coûte cher, on a beaucoup d'agriculteurs qui nous disent c'est bien gentil le goutte à goutte mais ça coûte cher et les rendements sont inférieurs donc moi j'en veux pas.
Et donc déjà il y a effectivement une acculturation sur l'eau pour les agriculteurs mais pour les industriels aussi. de combien j'en ai, comment est-ce que je pourrais transitionner, pourquoi cette eau elle est aussi précieuse et pourquoi je la paye un prix qui est inférieur de mille fois à ce qu'elle vaut réellement. Et en fait cette acculturation de l'eau doit venir avant d'envoyer de l argent.
Parce qu'en fait, si on avait tous cette compréhension de la valeur de l'eau, on ne la traiterait pas de cette façon. Et ensuite, il faut venir financer et transitionner. On n'enlève pas le maïs comme ça du jour au lendemain pour remplacer par des amandes et des olives.
Ça va prendre du temps. Mais la loi d'urgence agricole aujourd'hui ne prévoit pas une période de transition de 15 à 20 ans. Celui qui a 1000 hectares de maïs, ok, on va y aller tranquillement mais sûrement.
Ça, ça ne prévoit pas cette transition dans le temps et donc c'est pas que de l'argent qui va régler ça. Autre solution, peut-être, vous l'avez un petit peu évoqué, c'est la désalinisation de l'eau de mer. Tiens, on va prendre un exemple côté marocain.
On est à une soixantaine de kilomètres d'Agadir. à l'écouter. Grâce au dessalement de l'eau de mer, nous avons eu une impulsion qui nous permet de travailler et de nous développer encore plus.
Auparavant, nous étions limités par la quantité d'eau disponible dans à la fréatique. C'était un véritable obstacle, comme un mur qui nous empêchait d'augmenter la superficie de nos cultures. Mais Dieu merci, avec le début du dessalement de l'eau de mer, cela nous a donné l'énergie nécessaire pour doubler nos surfaces cultivées et notre production afin de répondre aux besoins des marchés internationaux et nationaux.
Vous êtes de l'autre côté de la Méditerranée, Henri Cabanaille. Est-ce que c'est une solution envisagée, envisageable ? Non, absolument pas.
Pourquoi pas ? Parce que je pense que...
Et je reviens sur ce que j'évoquais tout à l'heure, de ne pas dissocier l'eau du sol. Parce qu'effectivement, on ne pourra pas irriguer toute l'agriculture. Il y a 28 millions d'hectares en France, donc on ne pourra pas irriguer.
Donc il faudra bien qu'on prenne en considération la structuration du sol. Et là, je crois que...
C'est quoi ? C'est une sorte de fuite en avant ? Oui.
Je passe et je vais vous prendre Hier, il y a eu une question d'actualité adressée à la ministre de l'Environnement sur la climatisation. Elle a dit je ne suis pas contre la climatisation mais mettre la climatisation dans une maison qui n'est pas isolée ou qui n'a pas de volet, ça sert à Paris. Pareil pour l'irrigation, je ne suis pas contre l'irrigation mais mettre l'irrigation sur des sols déstructurés c'est comme mettre d'eau dans le sable.
On en consommera encore plus et ça ne sera pas efficace. Avant d'arriver à des solutions comme ça il faut travailler sur la réflexion qu'on doit avoir sur la reconstitution des sols. Donc ce n'est pas une option la dessalmanisation, ça peut marcher dans des pays encore plus au sud que le nôtre.
On le voit dans plein de géographies, mais là on se focalise sur la question du volume, on veut plus d'eau, on a besoin de plus d'eau et effectivement les agricultures marocaines sont confrontées à des sécheresses qui sont très difficiles. Mais là on peut vraiment se poser la question du modèle agricole qu'il y a derrière et quelles sont effectivement les portes, les fenêtres qu'on a mis en place pour sécuriser cette utilisation de l'eau parce que chaque valeur, chaque gout d'eau a une valeur extrêmement importante et il existe énormément de solutions, de pratiques qu'on peut mettre en place. Et le cas du maïs est aussi emblématique parce que c'est pas on arrose tout le temps parce que ça nous fait plaisir, c'est parce qu'il y a un moment dans l'année, notamment entre juin et août pour le maïs où l'épi de maïs se constitue, il a besoin d'eau.
Là, il a souffert de la canicule ces dernières semaines et donc on a un stress thermique plus un stress hydrique. Donc on a besoin d'avoir des outils de stockage de l'eau pour utiliser l'eau. La solution de la dessalinisation, il faut s'interroger sur le marché qu'il y a derrière, effectivement.
Allez, on termine là-dessus. Le débat est terminé. Merci beaucoup à tous d'y avoir participé.
Je vous dis à très bientôt sur Public Sénat. Voilà, c'est la fin de Sens public. Rendez-vous lundi pour une nouvelle émission, 18h-22h.
D'ici là, nos débats sur la plateforme publicsénat .fr. Très bon travail de la rédaction numérique de Public Sénat, évidemment.
Vous pouvez aussi nous écouter en podcast. Ça marche. C'est assez sympa d'écouter l'émission en podcast.
On ne voit pas la tête des présentateurs, c'est reposant. Allez, belle soirée.
Henri Cabanel