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Podcast / conversationFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 11 août 2026 44 minContradictoireActualité / polémiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesEurope & international

Fermes-usines : pourquoi la France choisit-elle d'agrandir ses élevages ?

Au micro : Antoine Dulster Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 26 %Attaque 50 %Défensif 24 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:29OuverteRéponse directe

    En quoi ce projet d'élevage de saumons est-il unique en France aujourd'hui ?

  • 6:28OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce nom Systémique pour votre ONG ?

  • 8:37OuverteRéponse directe

    Quelles implications localement ?

  • 10:16RelanceRéponse partielle

    Pourquoi ?

  • 11:45OuverteRéponse directe

    Ce projet peut-il encore être stoppé puisque la préfecture a validé le projet en l'état ?

  • 13:03OuverteRéponse directe

    Les mots ferme-usine ou méga-ferme, d'où viennent-ils et à quel débat renvoient-ils ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21InvitéFait
    « Le 4 août dernier, la préfecture de Gironde a donné son accord pour la construction d'une méga-ferme ou d'une ferme-usine à Verdons-sur-Mer, avec un objectif de production de 10 000 tonnes de saumons par an. »
  • 0:34InvitéChiffre
    « 250 emplois directs promis par ce projet à près de 280 millions d'euros. »
  • 3:52InvitéChiffre
    « On consomme 200 000 tonnes de saumons par an en France. On en produit quelques milliers de tonnes. »
  • 5:56InvitéChiffre
    « Si on prend un élevage danois aujourd'hui, il est en moyenne, en porc ou en poulet, trois fois plus gros qu'un élevage français. »
  • 8:50PrésentateurChiffre
    « La densité, elle est très importante. C'est minimum 80 kg de saumons par mètre cube d'eau. »
  • 9:28PrésentateurFait
    « Les saumons, ils mangent du soja, de la farine de poisson, mais aussi du krill. »
  • 11:03PrésentateurChiffre
    « Sur ces 77 sites, 90% étaient en infraction sur la qualité de l'eau dans les bassins et sur les rejets. »
  • 12:50PrésentateurChiffre
    « Lors de l'enquête publique, 97% des avis étaient défavorables et on a eu plus de 23 000 contributions. »
  • 16:27InvitéChiffre
    « Au Danemark, entre 2005 et 2020, la ferme moyenne elle a fait quasiment x3 en taille. »
  • 24:31Locuteur 1Fait
    « Juste une promesse de faire plus simple, plus efficace, le respect de nos normes pour ceux qui nous nourrissent. »
  • 28:35InvitéFait
    « il y aura une demande à laquelle il faut absolument répondre et donc on produit davantage et donc il faut industrialiser »
  • 31:47InvitéFait
    « on est face à une situation où on va manquer de biomasse »
  • 32:15InvitéChiffre
    « on importe la quasi-totalité de nos engrais pour fabriquer des céréales qu'on donne à manger aux animaux à hauteur de quasiment une tonne sur deux, voire deux tonnes sur trois »
  • 32:23InvitéChiffre
    « on importe la quasi-totalité des protéines de soja soit à peu près 3 millions de tonnes chaque année »
  • 34:05PrésentateurChiffre
    « un élevage de 10 000 tonnes de saumon c'est 2,5 millions de saumons »
  • 34:13PrésentateurFait
    « pour gérer les déjections d'un élevage de 2,5 millions de saumons, il faut une station d'épuration équivalente à une ville de 100 000 habitants »
  • 34:34PrésentateurChiffre
    « 80% de la viande qui est consommée en France qui vient d'élevage intensif industriel »
  • 37:18InvitéFait
    « la Farm to Fork a été globalement abandonnée à la fin de son premier mandat par Ursula von der Leyen »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Présentateur24 %
  • Invité 223 %
  • Invité 318 %
  • Locuteur 13 %
  • Invité 43 %

≈ 0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture, question du soir, Antoine Dulster.

0:06
Invité

Après les méga-fermes de bovins, de porcs, de volailles, c'est au tour des saumons de faire l'objet d'une installation d'élevage à grande échelle. Le 4 août dernier, la préfecture de Gironde a donné son accord pour la construction d'une méga-ferme ou d'une ferme-usine à Verdons-sur-Mer, avec un objectif de production de 10 000 tonnes de saumons par an. C'est considérable, mais dans le respect de normes environnementales strictes selon la préfecture. Cette méga-ferme suscite déjà des oppositions de plusieurs ONG et d'un certain nombre d'habitants, malgré les 250 emplois directs promis par ce projet à près de 280 millions d'euros.

Cette actualité nous donne l'occasion d'aborder plus largement les questions posées par ces élevages à grande échelle. A quelle logique répondent-ils ? L'argument de la souveraineté alimentaire suffit-il pour écarter les objections ? Pourquoi la France choisit-elle d'agrandir encore ces élevages ? Nous en discutons avec trois invités. Pierre-Marie Aubert, bonsoir. Bonsoir. Et merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes ingénieur agronome, directeur du programme politique agricole et alimentaire de l'IDRI, auteur d'un ouvrage que je mentionne donc, « Vers un nouveau modèle agricole, quelle transition pour la France et l'Europe ? » Chez Odile Jacob. Esther Duford, bonsoir.

1:15
Présentateur

Bonsoir.

1:16
Invité

Vous êtes avec nous à distance. Vous êtes cofondatrice et directrice de l'ONG systémique Antoine Doré. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes quant à vous sociologue chargé de recherche à l'INRAE, membre du laboratoire Agir. Merci à tous les trois d'être au micro de Questions du Soir. Le projet, c'est un projet de ferme de saumon qui va produire 10 000 tonnes de saumon par an. Une ferme avec un investissement total de 275 millions d'euros. C'est un projet qui englobe 250 emplois directs. Des emplois qui seront offerts au genre du territoire. C'est une aberration de faire une usine de la sorte dans un environnement où on a des plages, où les enfants pourront plus se baigner.

Cette année, on a pêché le maigre à 500 mètres des grues. Si il rejette ce taux, qui est complètement différent de la température qu'elle est actuelle, il va être perdu le maigre. Le maigre va rentrer ici et c'est peut-être une espèce qu'on va voir disparaître. Si tu veux sauver... Sur Salmon, moi, à titre personnel, je ne suis pas favorable.

2:36
Locuteur

Pourquoi ?

2:36
Invité

C'est un projet industriel qui n'est pas construit pour moi sur des fondements qui tiennent la route. C'est mon opinion, c'est tout. Voilà, elle vaut ce qu'elle vaut. Voilà un florillage signé de notre réalisatrice Fann Montet. Quelques échos de ce projet d'implantation de méga installations pour l'élevage de saumons. On entendait d'enors Paul Miliotis, responsable du projet Pur Salmon, dans un reportage de Blast, un pêcheur et des manifestants contre le projet de méga ferme sur France Info. Et en dernière, nous entendions la ministre de la Transition écologique, Monique Barbu, en audition au Sénat le 15 avril 2026.

C'est avec vous, Pierre-Marie Aubert, que j'aimerais, si vous voulez bien, débuter cette émission pour tenter de comprendre les enjeux de ce projet d'élevage. On parle de méga ferme, de ferme-usine. Alors, c'est un terme qui a une connotation peut-être plus militante. En quoi ce projet d'élevage de saumons est-il unique en France aujourd'hui ? En fait, ce projet d'élevage de saumons, d'abord, il est unique en France parce qu'il y a très, très peu d'aquaculture, encore moins d'aquaculture de saumons en France. Donc ça, c'est une première. Il y a eu plusieurs projets qui ont avorté à différents endroits, dans le Finistère et puis dans le Boulonnais.

Par ailleurs, il répond à ce qu'on pourrait voir comme une demande. On consomme 200 000 tonnes de saumons par an en France. On en produit quelques milliers de tonnes. Donc, bon, 10 000 tonnes de plus, enfin de moins à importer. On peut toujours dire que ce serait une bonne chose du point de vue de la balance commerciale. Rappelons que cette balance commerciale agro-industrielle, elle est déficitaire quasiment depuis cette année. Donc, ça répond au moins à ces questions-là. Après, il faut voir aussi que le saumon, comme d'une manière générale la production animale, c'est une production qu'on va appeler, avec un peu des gros mots, mais qui s'est commodifiée.

C'est-à-dire que quand on fait de la production animale, aujourd'hui, on produit de la viande, on produit du lait, on produit du poisson. On peut s'arrêter sur ce mot si vous voulez dire commodifié. Voilà, pardon, je laisse continuer. Et on produit ce qu'on appelle des commodités, c'est-à-dire des produits standards, qui s'échangent sur la base du respect des standards de production. Donc, il faut qu'ils aient un taux de protéinique, qu'ils aient un taux de gras de Z, etc., sur la base de leurs coûts de production. Si on ne peut pas s'aligner sur les standards et sur les coûts de production, on sort du jeu.

Et le marché sur lequel s'écoulent ces marchandises, c'est un marché d'abord européen, c'est ce qu'on appelle le marché commun, et puis c'est le marché mondial. Et ce qu'il faut bien comprendre, c'est que sur les 30 dernières années, ce processus de commodification qui fait que les produits animaux deviennent des marchandises complètement standardisées. Donc des matières premières, c'est vos comprennes. Exactement, c'est accéléré, tiré notamment par la production de poulet, on pourra y revenir.

Et dans ce mouvement-là, la France a plutôt été moins rapide que d'autres pays d'Europe du Nord, notamment, je pense au Danemark, aux Pays-Bas, à la Norvège pour le saumon, ou à l'Écosse pour le saumon, mais aussi à l'Allemagne. Et d'une certaine manière, si on prend ce qui se passe aujourd'hui en volaille en France, les acteurs des filières sont en train d'essayer de nous dire qu'il faut absolument rattraper le temps perdu. Il faut rattraper l'écart qu'il y a dans la taille des élevages. Et cette taille des élevages, et des outils après d'abattage et de découpe, elle est liée à une productivité et à une compétitivité qui est vue comme, à quelque part, indépassable, incontournable.

Si on veut rester, je donne juste quelques chiffres, et puis après on pourra passer éventuellement à la suite, mais si on prend un élevage danois aujourd'hui, il est en moyenne, en porc ou en poulet, trois fois plus gros qu'un élevage français. Si on prend une industrie d'abattage des coupes polonaise, elle est en moyenne trois fois plus productive qu'une industrie française. Alors, on va évidemment évoquer successivement tous ces dossiers, Pierre-Marie Aubert, et dans le courant de cette émission, on va prendre le temps de le faire justement. Esther Dufort, alors parlons, restons sur ce projet d'élevage de saumon, si vous voulez bien, avec vous.

Alors déjà, quelques mots sur le nom de votre ONG, Systémique. Alors, pourquoi ce nom ? Systémique, qu'est-ce que ça veut dire ?

6:31
Présentateur

Alors, Systémique, le but, en fait, c'est de pouvoir analyser les problèmes, notamment la consommation de poissons, à travers une approche systémique, donc en prenant en compte autant les impacts qui concernent les humains, que ce soit sur notre santé, sur notre économie, mais aussi sur les êtres humains qui peuvent vivre ailleurs qu'en France, mais les impacts aussi en termes de conditions animales et sur les écosystèmes, qu'ils soient marins ou terrestres.

6:55
Invité

Alors, je précise que Systémique, c'est écrit comme si la mer, en anglais, Stémique, voilà, donc c'est un jeu de mots pour nos auditeurs qui n'auraient pas peut-être eu cette question. Alors, je vous laisse poursuivre, pardon, je vous ai interrompu, donc on parlait de ce que vous faites dans cette ONG, précisément.

7:13
Présentateur

Alors, nous, Systémique, on fait le pont, en fait, entre l'océan et notre alimentation, et donc précisément, on travaille sur la consommation de poissons qui viennent des élevages intensifs. Notre porte d'entrée, c'est le saumon. La France est le premier consommateur européen de saumon, donc on travaille sur comment est-ce qu'on va transformer nos habitudes, nos modes alimentaires où on consomme beaucoup trop de poissons, notamment les poissons d'élevage intensif, mais aussi issus de la pêche industrielle.

Et notamment, on regarde aussi, finalement, les pires formes de pisciculture qui essayent de se développer pour rester dans cette tendance de on a besoin d'être plus compétitif, de produire plus. Et en l'occurrence, en France, on a des méga-fermes usines de saumon qui essayent de s'installer chez nous. Et donc, nous, on regarde pourquoi est-ce qu'on devrait avoir ce type de filière, quel est l'intérêt pour nous, est-ce que c'est compatible avec nos engagements climat, avec d'autres politiques publiques, est-ce que vraiment c'est bénéfique pour les territoires sur lesquels ces usines essayent de s'installer ? Et donc, ça fait maintenant 4 ans qu'on est impliqués sur ce sujet-là.

Et en l'occurrence, sur le projet Pure Salmon qu'on a étudié de très près puisque c'est un projet assez spécifique qui essaye de s'installer dans un environnement qui est très sauvage, très préservé, au cœur du parc naturel marin, du parc régional, terrestre. C'est une toute petite enclave qui est soi-disant industrielle et on aurait cette méga-usine qui viendrait produire 10 000 tonnes et on pourra revenir sur tous les impacts que cette usine a fait.

8:28
Invité

Alors, précisément, ces impacts, abordons-les, si vous le voulez bien, dès le début de cette émission puisqu'il faut entrer dans ce sujet par ce projet d'usine d'élevage. Quelles implications localement ? On peut préciser d'abord qu'il s'agit d'un projet sur terre et pas en mer ?

8:42
Présentateur

Alors, voilà, il faut bien comprendre qu'on a, là, on met des bassins sur terre qu'on remplit de saumons et d'eau et la densité, elle est très importante. C'est minimum 80 kg de saumons par mètre cube d'eau. En mer, il faut avoir en tête qu'on est autour de 20-25. Donc, c'est très important. Il n'y a aucune limite. C'est-à-dire que l'industriel peut faire 80-120 kg. Il n'y a pas de limite réglementaire aucune. Et donc, pour que ça fonctionne, on essaye de recréer l'écosystème océan. Il faut imaginer que l'océan c'est quand même un écosystème très complexe. Et donc là, on va venir pomper de l'eau, remplir ses bassins et rejeter quotidiennement de l'eau.

Une fois que les bassins sont remplis, tous les jours, il y a ce pompage qui se fait quotidien et ces rejets quotidiens qui se font. Qui dit élevage intensif dit que premièrement, ces saumons, il faut les nourrir. Et donc, on est sur un élevage qui est très dépendant aux importations. Les saumons, ils mangent du soja, de la farine de poisson, mais aussi du krill. Donc, on est sur un élevage dépendant aux importations, pleinement, donc très loin du concept de la souveraineté alimentaire. Et derrière, il faut gérer les déjections. Les déjections pour limiter les maladies.

Donc là, on a pas mal d'impact au niveau des rejets et surtout sur le territoire sur lequel Pure Salmon essaie de s'installer. On a un gros enjeu en termes d'eau. C'est-à-dire que les pompages en eau, ils menacent la nappe d'eau potable qui est en dessous de la nappe dans laquelle Pure Salmon souhaite pomper. Et c'est une menace qui a été identifiée par six instances scientifiques. Le BRGM, la commission locale de l'eau, le schéma d'aménagement de la gestion de l'eau, l'ensemble des scientifiques et neurologues ont indiqué qu'ils étaient défavorables à ce projet puisqu'il y a une vraie menace pour la nappe d'eau potable.

10:16
Invité

Alors Esther Dufour, pardonnez-moi de vous interrompre, je veux juste quand même préciser parce que Pure Salmon communique par voie de communiqué précisément et donc ils affirment pour leur part que cette technologie éprouvée, ce sont les mots qui sont écrits dans ce communiqué que je cite, garantissent un impact maîtrisé sur la biodiversité, que le bien-être animal est au cœur du projet et que son approvisionnement obéit à des normes strictes assurant au saumon une alimentation, je cite, responsable et traçable donc il y a quand même des garanties.

10:43
Présentateur

Alors les garanties ce sont juste simplement des affirmations de l'industriel, nous ce qu'on regarde c'est les preuves, ce sont les faits, en termes de faits, l'agence norvégienne de l'inspection de l'environnement en 2024 a inspecté les 77 sites qui sont des usines similaires de saumon qui ne produisent toujours pas 10 tonnes mais plutôt entre 1000, 2000 et un peu moins. Sur ces 77 sites, 90% étaient en infraction sur la qualité de l'eau dans les bassins et sur les rejets.

Donc on voit bien qu'on est plutôt sur du greenwashing, bluewashing comme on veut, où on affirme mais en fait derrière il n'y a aucune preuve, aucune étude indépendante qui a été faite et l'IFREMER justement en avril dernier a publié une note pour dire on n'a aucun recul scientifique qui nous permet d'assurer que ces usines de saumon sont bénéfiques et ne présentent pas du tout de risque. Au contraire, ils ont identifié 6 risques très importants donc nous ce qu'on demande c'est justement un moratoire pour que les scientifiques indépendants, l'INRAE et l'IFREMER puissent se pencher et évaluer l'intérêt de développer ces usines en France et pas qu'on soit un terrain d'expérimentation.

11:44
Invité

Esther Dufort, ce projet peut-il encore être stoppé puisque la préfecture a validé le projet en l'état ?

11:50
Présentateur

Alors ce projet peut-être encore stoppé premièrement nous on va aller devant les tribunaux avec une dizaine d'ONG avec qui on va porter un recours contentieux pour faire jurisprudence parce que c'est bien la première fois que ce type d'usine essaye de s'installer en France donc ça sera une grande première et puis derrière il faut avoir en tête que les habitants et les acteurs sur le territoire ne pensaient vraiment pas qu'une usine comme ça pourrait s'implanter chez eux et donc là on a l'ensemble des ostréiculteurs qui sont opposés au projet l'ensemble des commerçants entrepreneurs constructeurs de bateaux pêcheurs qui sont également opposés au projet et maintenant vous avez même un collectif d'élus du territoire qui au début était pour le projet mais qui là ont fini par comprendre les dangers très importants qu'il y avait pour leur territoire et ont changé d'avis et donc là c'est tout récent depuis que la préfète a pris cette décision à valider il y a un vrai retournement politique à l'échelle locale où en fait beaucoup d'élus rétropédales et refusent d'avoir ce projet sur leur territoire donc le projet il est particulièrement impopulaire et il faut avoir en tête que lors de l'enquête publique 97% des avis étaient défavorables et on a eu plus de 23 000 contributions donc c'est un projet qui en termes d'acceptabilité on est qui mobilise des oppositions en tout cas

13:00
Invité

qui suscite des oppositions alors Antoine Doré c'est au sociologue que je m'adresse et les mots sont importants puisque j'évoquais en introduction de cette émission alors plusieurs termes vous allez peut-être nous dire s'ils sont synonymes des méga-fermes ou alors aussi des fermes-usines d'où viennent ces termes et à quel débat envoient-il dans ces questions justement sur l'alimentation sur l'élevage sur l'agriculture oui alors le terme ferme-usine ou méga-ferme ce sont des notions en fait qui n'ont pas de définition scientifique juridique ou administratif qui seraient stabilisés ce sont des notions en fait quand on les regarde quand on regarde un peu l'histoire de l'émergence de ces notions notamment celle de ferme-usine ces notions c'est une notion la notion de ferme-usine ou factory farm en anglais puisqu'elle émerge d'abord en Grande-Bretagne cette notion c'est une notion critique qui va se développer au gré des mobilisations contre l'industrialisation des productions animales et donc en fait on voit d'abord un usage militant de cette notion de ferme-usine un usage militant mais qui va aussi se constituer en interaction forte avec certaines disciplines scientifiques ensuite plus tard ce qu'il faut déjà noter c'est qu'on a souvent tendance à résumer cette notion à un enjeu de concentration d'animaux une ferme-usine ça se définirait par le fait qu'il y ait beaucoup d'animaux donc même s'il n'y a pas de définition officielle quand on regarde l'usage et la manière dont les militants les mouvements sociaux les organisations de protection des animaux ou de protection de l'environnement s'en saisissent et donnent une consistance à ce terme-là on voit quand même voilà c'est pas non plus une notion complètement déniée de signification et ce qu'il faut noter c'est que déjà c'est que ça ne se résume pas à une concentration d'animaux ou au fait qu'il y ait beaucoup d'animaux ça désigne en fait le fait que les animaux mais aussi les éleveurs et les éleveuses qui en fait sont pris dans une organisation industrielle de la production plus généralement et donc c'est cette transformation de nos rapports aux animaux et aux activités de production de notre alimentation qui est au cœur des controverses soulevées par les acteurs qui forgent cette notion et qui s'en saisissent pour se mobiliser contre ces formes d'industrialisation de l'agriculture alors Pierre-Marie Aubert est-ce que ce dossier donc en l'occurrence de projet de méga projet d'élevage de saumon vous semble représentatif d'une tendance à la concentration dans l'élevage en France depuis quelques années et peut-être quelques décennies il est bien représentatif et c'est ce que j'ai essayé d'expliquer tout à l'heure c'est-à-dire qu'en fait on est sur un marché des productions animales qui est un marché de commodité de matières premières et qui au fond renvoie assez fidèlement à ce que Antoine m'a expliqué sur l'industrialisation des productions c'est-à-dire qu'on échange des produits qui sont parfaitement standards et notamment dans les productions animales il se trouve que on a beaucoup de possibilités de faire des économies d'échelle c'est-à-dire que quand on agrandit l'élevage on a effectivement des gains de productivité c'est un peu moins vrai sur les bovins et viande donc ça s'impose pour des raisons économiques mais sur la production laissière et la production de porcs et de poulets et probablement de saumons que je connais moins bien agrandir c'est faire des économies d'échelle c'est être plus productif et donc plus compétitif et donc plus à même soit de résister aux importations sur le marché intérieur soit d'exporter vers le reste du monde et de l'Europe donc effectivement cette concentration elle a eu lieu je le disais tout à l'heure très largement en Europe du Nord et en Europe de l'Ouest moins fortement en France je donne juste deux chiffres au Danemark entre 2005 et 2020 la ferme moyenne elle a fait quasiment x3 en taille en France plus 10% donc la concentration elle est beaucoup moins rapide dans le contexte français pour des raisons qui sont propres à la France il y en a deux une première raison c'est l'attachement de la France à ce qu'on appelle le modèle familial c'est-à-dire un homme et une femme ensemble qui gèrent une exploitation agricole et la deuxième chose c'est que sur les productions animales qui se concentrent globalement dans le Grand Ouest de la France avec des subtilités on a eu au milieu des années 90 fin des années 90 une décision importante sous le gouvernement Jospin de limiter la taille des élevages en fonction des surfaces disponibles par les éleveurs pour pouvoir en fait gérer ce qu'on appelle les effluents d'élevage en gros les déjections animales qui sont riches en matières organiques et qui si on ne peut pas les épandre sur une surface assez grande vont aller polluer les nappes phréatiques polluer les cours d'eau et polluer l'atmosphère donc ça aurait interrompu une tendance qui sinon aurait pu être très probablement alors est-ce qu'on peut faire le lien aussi on reste avec vous quelques instants Pierre-Marie Aubert si vous le voulez bien est-ce qu'il y a un lien avec le type de produit que l'on consomme par exemple dans la filière bovine est-ce que selon le type de viande qui est réclamée par la restauration la restauration rapide par exemple ça induit peut-être des changements dans les filières de production on pourrait vous poser est-ce que selon le type de produit que l'on consomme les habitudes prises par les français de ces dernières années on a déjà quelque chose qui prédispose à ces tendances évidemment il y a un lien entre la matière première et puis ce qu'on consomme à la fin et le cas le plus représentatif c'est peut-être la volaille jusqu'à la fin des années 90 l'élevage de volailles en France c'est un élevage on va dire de taille moyenne comparé à l'Europe du Nord et donc ça correspond à une forme de consommation c'est-à-dire le fait que 30 à 40% des français ils consomment le poulet essentiellement sous forme de poulet entier sur la table le dimanche et donc pour ça un élevage de petite taille qui va transformer il va juste abattre et mettre en forme le poulet le plumet le vidé ça suffit mais dans le même temps où les français consomment encore du poulet entier l'Europe du Nord et l'Europe de l'Ouest et encore pire le Royaume-Uni se sont mis en fait à consommer le poulet sous des formes qu'on appelle élaborées les aiguillettes de poulet le jambon de poulet les nuggets de poulet etc et en fait pour faire ces produits-là on a besoin d'un produit on a besoin d'un animal qui va avoir des blancs plus gros qui va pousser plus vite qui va être plus standardisé pour aller sur des outils de batage-découpe qui sont plus automatisés et qui devient donc une commodité et qui devient du coup parfaitement une commodité et là en fait l'élevage français il est en peine et quand les français se mettent à adopter ces pratiques-là l'élevage français bat de l'aile sans faire de mauvais jeu de mou et donc assez rapidement les importations explosent en France et la production française ne répond plus entre guillemets à l'évolution de cette demande qui va vers un produit extrêmement standardisé qui est une matière première ni plus ni moins Alors Esther Dufour je crois que vous vouliez réagir précisément sur ces questions de concentration

19:26
Présentateur

Oui tout à fait effectivement ce dont on parle quand on parle de concentration l'élevage de ce monde c'est vraiment un très bon exemple on est sur de la concentration c'est-à-dire qu'on a une poignée de multinationales qui maîtrisent le marché quand je dis une poignée c'est sept multinationales qui maîtrisent l'ensemble du marché c'est-à-dire que du saumon qui est produit en Norvège en Écosse ou au Chili finalement c'est les mêmes et ce sont des multinationales qui sont norvégiennes et quand on parle de production on va dire très forte on a concentré les saumons pour justement avoir des effets d'échelle et finalement faire plus de bénéfices il faut aussi avoir en tête que l'industrie du saumon en Norvège c'est la seule industrie avec le secteur du pétrole qui est taxée sur ses super profits ce qui est quand même la preuve qu'on est sur une industrie qui est très très très profitable et d'où le fait qu'on cherche à nous faire manger énormément de saumon à nous gaver de saumon et finalement on est aussi sur un élevage qui a été industriel depuis le début c'est-à-dire que c'est la Norvège qui a décidé dans les années 70 de se dire on va faire manger du saumon aux Européens aux Japonais et dès le début ça a été un mode d'élevage qui est purement industriel et derrière on a un fonctionnement qui est vertical c'est-à-dire que le leader Mowi est capable de produire les oeufs de saumon comme les aliments comme maîtriser la pêche pour avoir de la farine de poisson etc.

Donc il y a des le leader lui il décide de l'oeuf à l'abattage il a toute la chaîne la fumaison il vend sous cette marque donc on est quand même sur une filière qui décide finalement de nos modes alimentaires et c'est là où nous on a besoin de venir re-questionner pourquoi est-ce qu'on mange autant de saumon est-ce que c'est vraiment nos choix est-ce qu'en fait on ne nous les a pas imposés et quelle politique publique on pourrait avoir justement pour changer ça parce qu'en revanche c'est une industrie qui est dépendante très fortement des importations et les objectifs de la Norvège c'est quand même de multiplier par 3 leur production de saumon c'est-à-dire de produire 5000 tonnes de saumon à l'horizon 2050 ça paraît pour les scientifiques pour le moment pour pas mal d'instituts norvégiens impossible parce qu'il n'y a tout simplement pas suffisamment de ressources pour produire les aliments pour nourrir tous ces saumons donc on a derrière un vrai gaspillage alimentaire un vrai détournement des ressources où en fait toutes ces terres qui sont déforestées tous ces poissons qui sont pêchés déjà ils pourraient rester sauvages rester dans leur environnement parce qu'on a besoin que les écosystèmes sont fragiles et puis à minima sinon en fait c'est de la protéine de soja qui pourrait être dédiée directement aux êtres humains on pourrait avoir vraiment d'autres orientations plutôt que de se gaver de saumon

21:52
Invité

Alors Antoine Doré est-ce que vous rejoignez le constat qui vient d'être fait par Esther Dufort précisément ? Oui exactement alors je voulais revenir sur cette question aussi de concentration pour préciser un peu ce que je disais tout à l'heure sur le fait qu'en fait la dénonciation ferme de fermes-usines tel qu'il est mobilisé par les différents acteurs sociaux c'est avant tout en fait une dénonciation de la concentration des moyens de production donc c'est pas seulement la concentration des animaux qui deviennent de toute façon des moyens de production un peu comme les autres dans ce mode de production mais c'est aussi la concentration des capitaux des infrastructures de production etc.

Donc voilà ça c'est un point important à signaler c'est quelque chose qu'on a vu apparaître pour reprendre un peu cette histoire de la notion notamment de fermes-usines en France les auditeurs ont peut-être en tête les controverses qui avaient accompagné le projet de la ferme des mille vaches dans la Somme au début des années 2010 et bien en fait alors que ce terme et la contestation des fermes-usines telle qu'il s'est développé à partir des années 60 en Grande-Bretagne était plutôt porté par des acteurs issus plutôt du monde de la cause animale en fait l'importation on va dire en tout cas l'émergence et en tout cas la mise en visibilité publique de ce terme de fermes-usines en France on peut le situer au début des années 2010 notamment avec ce projet de la ferme des mille vaches qui va être porté par des acteurs un peu différents de ceux qu'on observe en Grande-Bretagne notamment le syndicat à la Confédération Paysanne et puis aussi une association locale qui cherche justement à dénoncer la concentration des animaux certes mais aussi cette concentration des moyens de production cette rupture avec le modèle de l'exploitation familiale et paysanne et aussi bien sûr les effets environnementaux d'un élevage fortement dépendant des attrants ça a été dit à la fois par Esther et Pierre-Marie et donc en fait la ferme-usine ça devient en France essentiellement un symbole enfin le terme ferme-usine devient un symbole de la remise en cause du modèle agro-industriel au nom notamment de l'environnement et aussi d'une certaine conception du métier de paysan des activités de production des aliments Alors dans cette discussion sur l'élevage et la concentration de l'élevage en France il faut évoquer une loi adoptée récemment par le Parlement la loi dite d'urgence agricole l'article 17 de cette loi prévoit le recours aux ordonnances pour déréglementer les élevages je vous propose d'écouter à ce sujet le ministre délégué à la transition écologique Mathieu Lefebvre

24:20
Locuteur 1

Mesdames et Messieurs les députés ce projet de loi répond à des difficultés concrètes auxquelles sont confrontés nos agriculteurs sans rien renier de nos exigences environnementales ni méga bassine dans ce texte ni méga poulailler juste une promesse de faire plus simple plus efficace le respect de nos normes pour ceux qui nous nourrissent et qui se lèvent tôt pour cela réduire la longueur des procédures administratives qui s'étalent sur plusieurs années qui retardent ou empêchent des projets pourtant indispensables pour adapter nos bâtiments d'élevage aux canicules améliorer le bien-être animal réduire les consommations d'énergie ou encore limiter notre impact environnemental tel est l'objet de l'article 17 qui est soumis à votre approvation Mesdames et Messieurs les députés Oui, il faut simplifier les procédures Simplifier, Mesdames et Messieurs les députés Cela ne signifie pas supprimer les règles ni écarter les élus ou les citoyens Cela signifie rendre les procédures plus lisibles et plus rapides et pouvoir construire plus rapidement des élevages pour ne pas dépendre de l'étranger sur lequel nous n'avons peu ou pas de contrôle Autrement dit l'enjeu qui est le nôtre ce soir Défendons, oui ou non la souveraineté de l'agriculture française

25:24
Invité

Voilà, ministre délégué de la transition écologique à l'Assemblée nationale le 20 juillet dernier On s'arrête avec vous Pierre-Marie Aubert sur cette notion de souveraineté alimentaire qui serait donc ici corrélée à cette idée de déréglementation des élevages Est-ce qu'il y a une direction politique claire, donnée et pour quels besoins des filières françaises ?

Le terme souveraineté alimentaire on pourrait parler d'une espèce de grand détournement si on veut parce que le terme souveraineté alimentaire il est forgé à la fin des années 90 au début des années 2000 par les mouvements sociaux et il désigne initialement finalement après plusieurs ajustements mais la capacité d'un peuple à définir par lui-même et pour lui-même comment est-ce qu'il est nourri et de quoi il se nourrit Parce que la PAC parlait sinon d'autosuffisance on parlait de nourrir les Européens mais pas forcément dans cette notion de souveraineté Exactement et là on nous parle donc c'est la souveraineté alimentaire telle qu'elle a été forgée c'est vraiment une notion politique c'est une question de gouvernance qui décide de ce qu'on met dans l'assiette et de comment ce qu'on met dans l'assiette a été produit et là en fait c'est mobilisé dans le débat public depuis maintenant 5 ans depuis le Covid sous l'angle de est-ce qu'on est en capacité de couvrir la consommation de la population en faisant comme si la consommation était une donnée exogène or la consommation elle est le produit de tout ce qui façonne nos environnements et vous comme moi ça a été dit tout à l'heure par notre intervenante on est dépendant d'une certaine manière on est influencé par les stratégies de marketing les stratégies des commandes de produits etc.

et donc si je prends le cas du poulet je m'arrêterai là la volaille aujourd'hui c'est plus 4% par an d'augmentation de la consommation de volaille sur 20 ans en moyenne lissée c'est-à-dire qu'on est sur une consommation qui explose littéralement on a pratiquement doublé la consommation annuelle de volaille par tête de pipe depuis 30 ans sans aucun rapport avec nos besoins nutritionnels aucun et donc du coup évidemment que le déficit commercial se creuse parce que par ailleurs une partie de notre production est orientée vers le grand export on pourra en parler après mais ce que je veux dire c'est qu'on parle de souveraineté alimentaire au nom du coup de ce décalage entre l'offre et la demande qui effectivement se creuse sans réinterroger les mécanismes de la demande Alors Antoine Doré je vous fais réagir vous aussi à ce terme à ces termes que nous venons d'entendre cette question donc de la souveraineté alimentaire s'impose-t-elle alors pour des raisons économiques aussi géopolitiques depuis peut-être le début de la guerre en Ukraine il y a quand même des questions de souveraineté alimentaire qui se posent de fait Oui alors moi ce qui m'interpelle aussi dans le contexte actuel est en fait le retour d'une forme de légitimation en tout cas politique de l'industrialisation de l'élevage au motif justement d'un impératif de souveraineté ce qui interpelle c'est que quand on fait un peu l'histoire aussi de l'élevage industriel certains auteurs économistes ou spécialistes en économie politique comme Benoît Daviron dans son livre Biomasse montrent notamment que l'essor de l'élevage industriel américain notamment après-guerre donc l'invention et le développement vraiment de ces élevages industriels notamment de poulet et de porc en fait ça constitue pas seulement une manière de répondre à une demande de viande croissante avec cette espèce d'automatisme de dire il y aura une demande à laquelle il faut absolument répondre et donc on produit davantage et donc il faut industrialiser non en fait ce que montre notamment Benoît Daviron et d'autres historiens agricoles etc c'est qu'en fait c'est aussi cette industrialisation une manière de résoudre des problèmes d'excédent agricole donc Pierre-Marie a insisté sur la dimension on va dire aval du côté du consommateur et si on regarde aussi du point du glamour des filières montrer qu'en fait ces élevages industriels c'est des manières de convertir de la biomasse et de convertir de la biomasse dans un contexte notamment d'entre deux guerres aux Etats-Unis où on commence la modernisation agricole finalement fonctionne très bien et on fait face à des crises ou des peurs en tout cas de crises liées à des excédents agricoles de production de céréales de production d'oléoprothéagineux et donc une manière de faire certains économistes experts de l'USID notamment aux Etats-Unis vont justement aussi concevoir et conceptualiser l'idée d'un développement de l'élevage comme manière de convertir d'absorber et de valoriser ces surplus de céréales et ça en pensant aussi ces flux de biomasse à des échelles internationales et donc les politiques agricoles de gestion des excédents ensuite c'est pas le seul c'est pas le seul facteur mais vont être quand même vont contribuer à créer les conditions du développement aussi de l'élevage industriel et juste pour donner une petite illustration sur le contexte français et juste rappeler aussi que la question de l'élevage alors qu'aujourd'hui dans un contexte justement guerre en Ukraine notamment sécheresse forte etc il y a une espèce de tension qui s'opère et l'enjeu de souveraineté arrive aujourd'hui dans un contexte assez anxiogène et du coup pas forcément très très sain dans une manière de construire des politiques publiques sur ces questions mais juste pour rappeler que en fait l'histoire de l'élevage industriel en France c'est aussi beaucoup une histoire de l'excédent des surproductions etc un exemple c'est dans les années 70 on produit tellement de lait qu'on doit gérer des montagnes de beurre des stocks considérables de poudre de lait etc et on instaure des quotas des quotas de production en 84 pour justement essayer de maîtriser directement ces productions et donc c'est intéressant d'avoir cette histoire en tête aussi pour mettre en perspective aujourd'hui ces espèces de mots d'ordre politiques qui cherchent à se ressaisir du terme de souveraineté comme une manière de légitimer des formes de production industrielle Pierre-Mario Berchoir voulait réagir précisément aux propos d'Antoine Doré Oui un très rapide rebond évidemment je vous crier à tout ce qu'a dit Antoine je rappelle juste que les surplus que mentionne Antoine ont été tellement énormes qu'ils ont entraîné une guerre commerciale incroyable entre les Etats-Unis et l'Europe une baisse des prix qui a affecté massivement tous les pays du sud donc ça a été quand même assez désastreux outre le développement de l'élevage industrielle ce que je voulais dire aussi c'est que le monde a changé et qu'aujourd'hui c'est l'inverse la situation c'est à dire qu'on est face à une situation où on va manquer de biomasse et on le sait c'est à dire que si vous prenez aujourd'hui les projections à 2035 c'est pas loin 2035 pour la France on n'a pas assez de biomasse pour faire tout ce qu'on a prévu de faire avec cette biomasse et dernière chose il faut aussi se rappeler que la main en train de produire cette biomasse et dont on l'utilise pour nourrir les animaux d'élevage c'est pas du tout souverain c'est à dire qu'aujourd'hui en France on importe la quasi-totalité de nos engrais pour fabriquer des céréales qu'on donne à manger aux animaux à hauteur de quasiment une tonne sur deux voire deux tonnes sur trois et on importe la quasi-totalité des protéines de soja soit à peu près 3 millions de tonnes chaque année un peu plus pour nourrir des vaches laitières des volailles et maintenant demain des saumons donc la souveraineté revendiquée elle est quand même relativement factice dans le sens où en fait elle repose sur des importations massives des dépendances massives de l'ensemble du système alimentaire Alors Esther Dufort je vous fais réagir vous aussi à ces termes employés dans cette loi dite d'urgence agricole la souveraineté alimentaire ça pose de fait des problèmes écologiques puisque le texte est en examen à conseil constitutionnel actuellement notamment pour ces questions qu'est-ce que ça vous inspire précisément ce qui vient d'être dit autour de cette notion de souveraineté alimentaire

33:00
Présentateur

Alors nous la souveraineté alimentaire pour rebondir un peu sur cette thématique qui est très souvent avancée pour justifier notamment l'installation de projets comme celui de Purcellman on regarde aussi en fait est-ce qu'on a besoin de manger autant de saumon de poulet de porc etc et le saumon très clairement en fait on peut vivre sans c'est vraiment finalement une consommation de confort c'est un choix de confort qui n'est pas d'ailleurs possible pour tout le monde puisque c'est un produit quand même qui coûte relativement cher donc on est très loin d'un intérêt général en termes de pour satisfaire des besoins nutritionnels on peut largement se passer de saumon donc quand on nous amène cet élément pour justifier l'installation de ce type de projet on voit bien que c'est quand même assez fallacieux en revanche derrière il y a des intérêts économiques il y a une industrie qui n'a plus d'espace en mer parce que l'eau se réchauffe l'océan va mal on est en pleine crise climatique et donc ce sont des poissons d'eau froide on cherche des nouveaux espaces et la terre finalement c'est un nouvel espace pour les industries et on a peut-être du mal à se représenter mais quant à l'heure on parlait effectivement de la ferme des mille vaches un élevage de 10 000 tonnes de saumon c'est 2,5 millions de saumons donc pour gérer les déjections d'un élevage de 2,5 millions de saumons il faut une station d'épuration équivalente à une ville de 100 000 habitants ce qui paraît complètement fou et vu que ce sont des petits animaux qu'on invisibilise facilement qui n'ont pas les mêmes cris qu'une vache un porc etc on a l'impression que c'est pas grand chose alors qu'en fait c'est quand même massif et finalement on vient rejoindre la même dynamique où on va produire des poissons issus de l'industrie et qui rejoignent finalement ce chiffre qu'il faut bien avoir en tête on a quand même 80% de la viande qui est consommée en France qui vient d'élevage intensif industriel donc c'est souvent le consommateur il y a une tendance à se dire je mange moins je mange plus de la viande locale etc les chiffres nous disent complètement le contraire mais parce qu'aussi on a des modes alimentaires qui changent qui se transforment on mange beaucoup plus transformé beaucoup plus à l'extérieur donc et derrière on met beaucoup de poulet beaucoup de saumon et ça c'est les études qui nous le montrent parce que c'est facile c'est rapide à mettre dedans mais derrière on a des impacts aussi sur la santé et ça ce qui est terrible quand même à bien avoir en tête c'est que là où il y a un manque de compatibilité c'est entre nos politiques publiques d'alimentation donc notamment la stratégie d'alimentation nutrition climat la SNC avec par exemple on a cette stratégie d'aquaculture d'avenir en France qui a été pondue jusqu'en 2027 et bien dans cette stratégie on aurait dans l'aquaculture durable le développement de ces élevages terrestres de saumon alors qu'il y a eu zéro vérification sur est-ce que c'est vraiment durable soutenable est-ce que c'est compatible est-ce qu'on a besoin de manger autant de saumon c'est là où se situent les vraies questions

35:36
Invité

alors nous avons évoqué justement l'Europe et ça vient d'être fait par vous Esther Dufour à plusieurs reprises dans cette émission il faut mentionner une stratégie européenne qui date de 2020 intitulée Farm to Four qui s'agissait de transformer à l'échelle de l'Europe le système alimentaire écoutez ce qu'on disait l'eurodéputé une eurodéputée néerlandaise en 2021 aujourd'hui nous parlons de nourriture de cette source d'énergie vitale qui nous alimente tout comme les carburants qui alimentent nos usines et nos voitures notre système alimentaire doit opérer une transition car la manière dont nous nous nourrissons aujourd'hui compromet notre avenir en investissant dans une transition vers une alimentation davantage à base de végétaux nous pouvons épargner des souffrances aux animaux lutter contre les maladies liées à l'alimentation préserver de précieuses terres agricoles et la biodiversité et limiter l'impact climatique de ce qui se trouve dans nos assiettes en proposant des aliments dotés d'étiquettes claires et d'un prix juste et transparent nous pouvons permettre aux consommateurs de faire des choix plus éclairés pour l'environnement les animaux et leur propre santé le choix durable doit être le plus abordable et surtout la stratégie américaine de la ferme à l'assiette Farm to Fork doit ouvrir la voie à une politique alimentaire commune garantissant la cohérence des mesures c'était l'eurodéputée du groupe de la gauche du Parlement européen Anja Ascamp en 2021 alors Pierre-Marie Aubert où en est cette stratégie européenne je crois que ça n'a pas été une glorieuse réussite comment expliquer cet échec alors où est-ce qu'elle est 6 pieds sous terre 12 donc la Farm to Fork a été globalement abandonnée à la fin de son premier mandat par Ursula von der Leyen c'était un texte extrêmement ambitieux extrêmement avec une forme de cohérence en tout cas à ma connaissance il n'en existe pas d'équivalent dans le reste du monde qui prenait une perspective qu'on pourrait appeler de système alimentaire c'est-à-dire qui regardait ce qu'on pourrait faire dans l'agriculture en fonction des enjeux alimentaires et en fonction de ce que l'industrie agroalimentaire pourrait faire ou de comment elle pourrait évoluer en regardant un petit peu la partie commerciale donc elle fixait des objectifs assez ambitieux essentiellement sur le plan environnemental sur le plan nutritionnel c'était quand même moins clair même si on disait qu'il fallait manger moins gras moins sucré moins salé il y avait derrière cette stratégie qui n'est pas contraignante le projet de renouveler d'adopter quasiment une trentaine de nouveaux textes et notamment un texte qui s'appelait un projet de loi cadre sur les systèmes alimentaires durables qui aurait pu aller dans le sens de ce que disait cet eurodéputé c'est-à-dire aller vers une perspective européenne et conjointe sur l'alimentation durable qui aurait peut-être posé quelques garde-fous quelques lignes directrices sur justement l'équilibre protéique entre les produits animaux les produits végétaux la nécessité de réduire le niveau de transformation des aliments la nécessité d'éviter les aliments trop gras trop sucrés trop salés etc on n'y est pas du tout allé le projet de loi cadre a été abandonné il n'a même pas passé le régulatory scrutiny board c'est un instance de la commission et les autres textes ont été abandonnés au fil de l'eau notamment au fil des contestations par le monde agricole par rapport à ces questions européennes de façon très très générale Pierre-Marie Aubert comment s'articule cette transformation sur plusieurs décennies de l'agriculture française vous en avez déjà parlé depuis le début de cette émission voilà on est dans un processus de longue transformation on a le sentiment que quelque chose ne se passe pas ce qui ne se passe pas vu depuis les acteurs économiques français c'est que la France les acteurs français ont du mal à résister sur un grand nombre de marchés sur le marché intérieur européen on parle beaucoup de Mercosur mais en réalité le principal problème des agriculteurs français c'est leur position de marché sur le marché européen il faut savoir que sur des productions aussi j'allais dire françaises que le fromage ou la farine on est devenu déficitaire par rapport sur la balance commerciale en intra-européen ce qui est absolument incroyable ça tient aux formes de l'agriculture mais ça tient aussi à notre outil agro-industriel et ça on ne peut pas le mettre sous le tapis c'est un vrai sujet c'est à dire qu'aujourd'hui on a du mal à valoriser ce qui sort des fermes de sorte à ce que les agriculteurs gagnent bien leur vie et que les industriels puissent fournir de l'emploi dans les territoires etc.

donc on ne peut pas le mettre sous le tapis en même temps aujourd'hui ce qui semble le plus évident du point de vue politique et économique c'est de faire comme les voisins c'est à dire une logique de concentration et de spécialisation qui va permettre d'aller chercher de la compétitivité prix ça paraît évident et pour autant on n'est pas vraiment sûr de pouvoir gagner à ce petit jeu et donc la vraie question pour moi me semble plutôt être de comment est-ce qu'on va un plutôt essayer d'aller accompagner des évolutions de la demande vers du coup ça a été dit par la députée tout à l'heure pour rendre ce qui est le plus sain le plus durable le plus accessible et le plus simple pour les consommateurs et deux comment est-ce qu'on va porter cette discussion au niveau européen parce que la France toute seule elle ne fera rien dans l'Union Européenne compte tenu des ligues de marché Alors Antoine Doré je vous fais réagir aussi à la fois sur cette articulation entre des politiques européennes et puis une agriculture française qui semble avoir du mal à avancer précisément à embrayer dans cette grande transformation Oui alors bon cet échec un peu de cette stratégie Farm to Fort c'est effectivement quelque chose qu'on constate dans les enquêtes notamment quand on s'intéresse justement alors j'ai conduit avec une collègue une enquête sur une initiative citoyenne européenne qui visait à interdire l'élevage en cage par exemple donc ça c'était une des initiatives c'était une des grandes réussites des organisations de protection des animaux qui avaient réussi à obtenir on va dire l'engagement de la commission européenne à produire une loi visant à bannir en fait toute forme d'élevage en cage à un horizon qui n'était pas complètement stabilisé et puis voilà ce projet a été enterré les choses vont peut-être rebouger mais bon pour l'instant les choses sont complètement enterrées ce que je voulais souligner par cet exemple de cette initiative citoyenne européenne c'est qu'en fait cette espèce de parenthèse autour de Farm to Fort qui a été une sorte presque de parenthèse un peu enchantée quand on la regarde maintenant avec le recul on se dit que effectivement ça ressemble un peu à une parenthèse enchantée elle mettait justement en avant notamment la figure du citoyen avec cette idée notamment d'initiative citoyenne européenne où des citoyens ont signé une pétition plus d'un million dans plus de sept pays européens pour demander à transformer ce genre de loi et bien juste pour faire vite l'idée c'est qu'enfin on sortait un peu de cette figure du consommateur on est tous en tant que citoyens européens justement des citoyens et des consommateurs le problème des enjeux d'industrialisation et de l'élevage c'est qu'on met souvent en avant les acteurs sociaux comme étant soit l'éleveur d'un côté soit le consommateur qu'il faudrait responsabiliser et que tout ça ne serait finalement que la conséquence des comportements du consommateur Pierre-Marie Aubert a bien signalé en début d'émission que le comportement du consommateur n'est pas quelque chose de spontané il est aussi construit organisé par des acteurs industriels des professionnels du marketing notamment etc et donc ça il faut le souligner mais surtout ce qui est urgent et important à faire c'est bien de remontrer tout le système d'acteurs qui constitue le système alimentaire aujourd'hui où le consommateur n'est pas l'unique responsable et décisionnaire et il faut pouvoir réintégrer la place du citoyen dans ces questions ce sera le mot de la fin et le temps nous manque malheureusement pour faire réagir à votre propos Esther Dufort mais nous vous réinviterons et grand merci à tous les trois Pierre-Marie Aubert Esther Dufort Antoine Doré merci d'avoir été au micro de questions du soir et grand merci à toute l'équipe Inès Bouffartic-Sébastia Louis-Scognard Thomas Mninstock Adèle Triol Colline Guillot à la réalisation fin de montée avec Théo Mingasson à la technique Olivier Arnais Merci