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interviewC dans l'air· 13 septembre 2024 9 min

Barnier : le casse-tête du casting - Reportage #cdanslair 12.09.2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

À Reims, hier, Édouard Philippe a presque sorti le tapis rouge pour Michel Barnier. L'ancien Premier ministre avait invité le nouveau à la rentrée parlementaire de son groupe Horizon. Et visiblement, ça s'est très bien passé.

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Édouard Philippe

Il y aura des membres d'Horizon dans votre prochain gouvernement ? Bien sûr. J'ai été très touché par la queue que j'ai reçue de la présidence d'Édouard Philippe avec les deux présidents de groupe et tous les sénateurs et les députés. Sincèrement, j'ai été très touché et même ému par la queue que j'ai reçue.

0:26
Présentateur

Quelques heures plus tard, le maire du Havre est candidat à la présidentielle de 2027. Encence, son pote de droite. Michel Barnier, c'est un homme expérimenté, méthodique, droit. Qui sait ce que c'est que la discussion et le compromis, qui sait être ferme aussi. Je redis mon estime à Michel Barnier et ma volonté de l'aider autant que je peux à stabiliser cette situation politique et à avancer. Love story d'une droite qui n'y croyait plus et qui a désormais la responsabilité de choisir un gouvernement. Promis, c'est pour la semaine prochaine.

1:02
Édouard Philippe

J'ai ouvert ma porte, j'ai dit que j'étais prêt à recevoir tout le monde et je travaillerai avec tout le monde. J'ai dit dès le premier mot sur le perron de Matignon que je veux travailler dans le respect du Parlement et de toutes les forces. Je dis bien toutes les forces politiques qui le constituent parce que ces forces politiques, elles représentent des millions de citoyens.

1:22
Présentateur

Son gouvernement devrait en tout cas faire la part belle à sa famille politique, les Républicains, qu'il doit retrouver en fin de journée pour leur rentrée parlementaire. Les noms de Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau circulent. Tout comme celui d'Annie Gennevard, secrétaire général du parti, qui se dit intéressé par le ministère de l'Éducation. Un gouvernement, oui, mais avec quelle feuille de route s'agace Dominique de Villepin ?

1:45
Intervenant

La démarche est inversée par rapport à ce qu'on connaît en politique. Normalement, un premier ministre qui arrive, issu d'une majorité, eh bien, on connaît sa ligne politique, on sait ce qu'il va faire. Là, on a un premier ministre qui va composer un gouvernement et qui va solliciter des ministres sans qu'on sache la politique qu'il va mener.

2:01
Présentateur

Les orientations politiques de Michel Barnier étaient aussi dans toutes les têtes lors de la rentrée des députés du groupe Ensemble pour la République. Face à un premier ministre issu de la droite et validé par le Rassemblement national... Vous restez, vous partez. Les poids lourds de la Macronie se montrent plutôt fuyants. Pour l'aile gauche de Renaissance, Michel Barnier est un premier ministre sous surveillance. Je dois reconnaître, et je l'ai dit, que j'ai été assez refroidi par sa campagne aux primaires des LR il y a maintenant un peu plus de deux ans, notamment ses positions sur l'immigration qui étaient quand même un peu jusqu'au boutiste.

Bon, maintenant, on lui donne le bénéfice du doute, on verra. Je l'ai dit, ma confiance n'est pas automatique, mais j'attends évidemment qu'il nous présente à la fois ce qu'il souhaite faire et avec qui il souhaite le faire. Des macronistes sur la défensive face au retour surprise d'une droite cornérisée depuis 2017 et désormais à Matignon, à trois ans de la prochaine présidentielle.

2:56
Intervenant

Alors, nous allons revenir sur ce reportage et les problématiques qui sont soulevées. Mais juste un mot, Cécile Cornudet, on parle du casse-tête de ce gouvernement. Déjà, il se laisse le temps jusqu'à la fin de la semaine prochaine ? Il a donné une échéance ? Oui, voire... Bon, il a dit la semaine prochaine, en gros, je m'y mets. D'accord. Il a dit... Il ne s'est pas engagé à ce que ce soit fini absolument cette semaine. La semaine prochaine, il a l'air d'avoir envie de prendre le temps. Et de fait, c'est extrêmement compliqué. On voit mal aujourd'hui comment il va vraiment réussir à faire quelque chose d'équilibré. Pourquoi c'est quelque chose d'équilibré ?

Parce que, pour que ce soit équilibré, il voudrait qu'il y ait des LR, il voudrait qu'il y ait le camp macroniste, et il voudrait qu'il y ait des personnalités de gauche. Alors, déjà, les personnalités de gauche, c'est extrêmement difficile, parce que tous les partis ont dit qu'on n'y sera pas. Donc, il est obligé... Les partis de gauche. Les partis de gauche. Il est obligé d'aller prendre une personnalité ou deux, un peu en rupture de banc de parti. Donc, on parle... On voit que Ségolène Royal s'est beaucoup mise en avant, mais je ne crois pas qu'elles soient envisagées. En revanche, Manuel Valls, point d'interrogation à la Défense, je ne sais pas.

J'ai l'impression que ça peut être envisagé. Ensuite, il y a le camp macroniste. Alors, les philippistes ont envie d'y aller, il l'a dit clairement, parce que, en gros, le positionnement qui est en train de se voir le jour, c'est celui qui avait envisagé Édouard Philippe pour lui-même, d'arrimer la droite au camp, au centre, et de partir comme ça, en essayant d'élargir au dernier moment, mais de faire le socle d'une nouvelle majorité. Donc, ça ressemble à ce qu'il voulait, au fond. Alors, ça arrive tôt, mais il embarque quand même, en espérant que ça lui profitera en définitive. En revanche, chez Renaissance, là, c'est plus compliqué.

Il y a des vraies interrogations sur la bonne stratégie à suivre. Marc Lazard disait qu'on assiste à l'implosion du bloc central, avec des lignes qui commencent à s'affirmer et à s'afficher clairement. Oui, parce que ce qui est peut-être en germe, c'est le retour du clivage gauche-droite. En réalité, on a un LR pur jus à Matignon et on a, au Parlement, une gauche très forte. Édouard Philippe, il s'inscrit sans problème dans le clivage à droite. En revanche, pour le « et » en même temps, c'est très compliqué. Où est-ce qu'ils vont ? Ils ne savent pas trop.

Et donc, il y a eu tout un débat hier au Burex du parti Renaissance, le Burex, leur bureau, leur instance, leur conseil des ministres à eux, sur est-ce qu'on a vraiment intérêt ? Est-ce qu'il faut qu'on joue le gouvernement ? Est-ce qu'il faut qu'on se batte pour être au gouvernement ? Et manifestement, il y a des personnalités comme Elisabeth Borne qui ont été approchées et qui pensent qu'il vaut mieux jouer en dehors du gouvernement. Ou est-ce que le vrai pouvoir sera à l'Assemblée ? Et c'est là où il faudra essayer de redéfinir une ligne. Donc, chez les macronistes, ce n'est pas si évident. Et en plus, Michel Barnier veut des têtes nouvelles.

Il a dit hier, manifestement, aux journées parlementaires d'Horizon, il a dit, je ne prendrai pas des gens qui sont en poste depuis plus de six mois. Ça, ça veut dire, si vraiment il fait ça, ça veut dire pas d'armes à noms, ça veut dire pas... Voilà, donc ça peut vouloir dire Rachida Dati, votre arme, mais bon, ça réduit quand même le spectre. Et puis, il y a les LR. Alors, les LR, ça reste compliqué aussi. Peut-être pour des raisons différentes, parce qu'ils veulent tous y aller et que tout d'un coup, ils étaient complètement en rupture de banc. Et ils voient que, voilà, le pouvoir est attendu.

Y compris les têtes d'affiches des LR, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Valérie Pécresse, David Bécresse, son candidat à l'entrée, à la participation à un gouvernement. Ils sont tous très intéressés, effectivement. D'abord, ça fait douze ans que les Républicains sont dans l'opposition. Quelque part, pour eux, c'est absolument inespéré. Ce qui se passe, Marc Lazard le rappelait. Les Républicains, aujourd'hui, c'est un parti qui a beaucoup, qui a descendu à chaque scrutin des démarches et qui a fait moins de 5% à la dernière élection présidentielle, qui n'a plus que 47 députés.

Donc, qu'un l'un des leurs se retrouve à Matignon et qu'il puisse occuper les principaux ministères, pour eux, c'est félicitement inespéré. Il y a une députée qui me racontait que, ce week-end, elle avait croisé beaucoup de militants et il y avait une joie formidable. Voilà, parce que c'est... Le retour au pouvoir. Bien sûr. Et donc, c'est pour eux l'occasion de montrer qu'éventuellement, leur politique peut produire des résultats et puis de revenir au premier plan comme un parti de gouvernement. C'était un peu inenvisageable pour Laurent Wauquiez, qui avait commencé à dire, après les élections, on ne participera à rien, on fait deux pas en arrière et le voilà prêt à rentrer au gouvernement.

En 15 jours, c'est allé très vite. Effectivement, au départ, c'était pas de soutien et on soutiendra... Pas de participation au gouvernement et on soutiendra les textes au cas par cas. Et puis maintenant, effectivement, on en est à une participation de sa part au gouvernement, à un des principaux postes. Avec Laurent Wauquiez qui a fixé des lignes rouges. Parce que chacun fixe des lignes rouges à Michel Barnier. C'est bien pour ça que l'équation est très compliquée. Parmi les lignes rouges, vous en parliez à l'instant, lui, il dit qu'il ne veut pas la reconduite de ministre de l'ancienne équipe. Donc il en a deux, trois. Il ne leur veut pas de gauche non plus.

Non, mais c'est toute la difficulté pour Michel Barnier. D'abord, il a passé cette semaine à beaucoup écouter les lignes rouges, les demandes, l'état d'esprit des différentes composantes de la majorité relative qu'il va conduire désormais. Et c'est sûr que faire à la fin la somme de tout cela, ce n'est pas évident. Caroline Michel-Aguerre. Oui, Laurent Wauquiez, il faut le rappeler, s'est retrouvé quand même un peu coincé. C'est-à-dire, à un moment, il a eu peur que ses militants et ses troupes lui reprochent d'avoir finalement conduit un premier ministre de gauche à Matignon. Donc là, un peu coincé, il se dit, tant qu'à y aller, allons-y vraiment.

Et c'est vrai qu'il y a cet appel d'air pour cette génération d'hommes politiques qui avaient quand même l'habitude d'avoir les meilleurs postes, d'avoir des ministères, qui a vraiment vu passer les trains pendant une décennie et qu'il a une espèce d'appel d'air de se dire y aller. Et en même temps, Laurent Wauquiez est ennuyé, puisque, comme on le sait, lui aussi vise 2027. Donc, il ne faut pas non plus qu'il soit complètement associé à ce bilan, que Michel Barnier peut aussi potentiellement être une figure qui puisse être un concurrent.

Donc, tout ça donne quand même l'impression d'un pas de deux où tout le monde se regarde, se jauge du coin de l'œil, tout en ayant en tête que potentiellement, ça ne va peut-être pas durer aussi longtemps que ça, parce qu'il va y avoir l'échéance du budget et plus on attend, plus ça va être compliqué, plus tout le monde va être tendu et que finalement, on retourne dans les urnes, peut-être dans neuf mois. Donc, il y a vraiment un jeu de poker menteur.