La pauvreté disloque la patrie !
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Locuteur 1Fait
« Après trente années interminables de société de chômage de masse qui a été le moyen pour le capitalisme de réaliser quelques objectifs qui étaient les siens, et notamment ceux de démantèlement des conquêtes sociales réalisées au lendemain de la guerre »
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« nous sommes en train d'entrer dans les eaux glacées de la pauvreté de masse »
- 3:00Locuteur 1Chiffre
« 300 000 sans abri, 4 millions de mal-logés, 8 millions de personnes qui ont recours à l'aide alimentaire »
- 3:30Locuteur 1Chiffre
« 600 000 qui subissent des coupures de gaz et d'électricité pour impayés de factures, 2 millions de personnes qui ont des coupures d'eau alors que c'est illégal de couper l'eau »
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« La pauvreté n'est pas le fléau des pauvres, c'est le fléau de toute la société »
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« vous avez mis 800 millions dans l'entraide sur 100 milliards d'aides, c'est tout qu'il faut changer »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Après trente années interminables de société de chômage de masse qui a été le moyen pour le capitalisme de réaliser quelques objectifs qui étaient les siens, et notamment ceux de démantèlement des conquêtes sociales réalisées au lendemain de la guerre, nous les Français comme bien d'autres pays, nous sommes en train d'entrer dans les eaux glacées de la pauvreté de masse, et on aurait tort de croire que le phénomène que nous affrontons va se limiter aux mois qui vont se présenter pendant lesquels la covid va frapper nos sociétés, dans dix ans, si aucune des conditions structurelles qui conduisent à la pauvreté de masse ne sont changées nous y serons encore, dans 20 ans nous y serons encore, en témoigne l'état dans lequel nous avons laisser s'enfoncer les territoires des Dom et des Tom, qui de ce point de vue préfigurent la situation générale de nos sociétés, ne sont pas une exception, mais une loupe grossissante des processus qui sont à l’œuvre. J'en parle avec toute la douleur qu'on peut imaginer, que la plupart d'entre nous ressentent, nous voudrions croire que ça ne durera pas, mais non, la covid nous a mis à l'épreuve, et cette épreuve, nous ne la surmontons pas, parce que les bases dont nous aurions besoin pour agir, celles qu'ont construit les générations précédentes, tant et si bien dans les gouvernements de gauche, que dans les gouvernements gaullistes, toutes ces bases ont été les unes après les autres détruites. Services publics privatisés, et progressivement maintenant nous en sommes au point où même les réseaux de la solidarité associative, caritative, sont eux-mêmes emportés, et qui m'aurait dit qu'un jour, je transformerais une permanence parlementaire, comme l'ont fait tous mes camarades, en lieux de collectes d'aliments et de vêtements, pour venir apporter de l'aide aux associations qui sont aujourd'hui la première et la principale ligne de front ?
On en est là ! Et je préfère dire à cet instant, oubliant les nécessités de la polémique politique, avec un gouvernement, c'est bien normal, c'est lui qui gère les affaires dans le moment où on se trouve, qu'en réalité, ma conviction la plus profonde et celle de mes amis, c'est que si on ne change pas les conditions de base d'organisation de la société, eh bien rien ne changera du tout, car à l'heure à laquelle nous parlons de cette pauvreté, des fortunes considérables continuent à s'accumuler, et apportent la démonstration que n'importe quel malheur de masse de la société ne les atteint pas, ne les concerne pas, et que pendant ce temps là, les bonnes affaires continuent. La pauvreté n'est pas un phénomène monétaire seulement, bien sûr c'est un manque de revenus, mais la pauvreté c'est un phénomène humain, c'est un phénomène de société, on n'est pas le même quand on vit sans pouvoir manger ni nourrir ses enfants, on n'est pas les mêmes si on ne peut pas se laver comme c'est le cas dans certains secteurs de la bonne ville de Marseille, on n'est plus la même personne si on a froid parce qu'on ne peut pas se chauffer, si on a pas d'électricité pour éclairer, non, on est pas le même, une enfance est ratée, une jeunesse est ratée, une vie est gâchée, et alors on prend place dans une société, la seule qui vous accepte, celle qui est entièrement détruite, et qui vous prend dans ses réseaux d'économie parallèle, d'arrangements, de combines de toutes sortes, et on ne peut pas jeter la pierre à ceux qui ont trouvé par ce moyen-là le moyen de survivre, alors qu'ils auraient voulu vivre autrement, vivre dignement, vivre de revenus normaux, de leur participation à la vie de la société. 300 000 sans abri, 4 millions de mal-logés, 8 millions de personnes qui ont recours à l'aide alimentaire, 600 000 qui subissent des coupures de gaz et d'électricité pour impayés de factures, 2 millions de personnes qui ont des coupures d'eau alors que c'est illégal de couper l'eau, mais les compagnies continuent à distribuer des petites gouttelettes pour dire que le flux continue.
La pauvreté n'est pas le fléau des pauvres, c'est le fléau de toute la société, car on ne vit pas innocemment dans une société qui vous place dans un océan de cette pauvreté, personne ne peut y vivre autrement que barricadé, que s'éduquant et éduquant ses enfants à l'indifférence aux autres. Qu'est ce que vous dites collègues ? Comme je suis content moi, de ne pas avoir de petits à la maison à m'en occuper.
Qu'est ce que vous dites quand quelqu'un gît à terre, n'a pas de logement et que votre gamin vous dit : "Alors qu'est-ce qu'on fait puisque tu nous a dit qu'on devait aider ? ", et que la réponse est qu'on ne fera rien, et bien voici la société qui est en train de se constituer sous nos yeux. J'achève, la pauvreté et la propagation du virus, la ville de Marseille vous en parlerait, si elle se référait à son histoire profonde, bien mieux que d'autres, car le souvenir dans l'histoire profonde de la grande peste de 1720, et du grand Saint-Antoine est encore là, la moitié de la population a péri, pourquoi ?
Parce qu'elle était hors d'état de se protéger, et encore aujourd'hui, c'est sur cette pauvreté que va passer le flux du virus pire qu'ailleurs. Voilà, il est temps, vite vite vite, vous avez mis 800 millions dans l'entraide sur 100 milliards d'aides, c'est tout qu'il faut changer, c'est les données dans lesquels on peut avoir un revenu qu'il faut changer, ces 800 millions ne sont pas suffisants, et j'achèverai, pour ne pas trop dramatiser le tableau, Monsieur le Ministre, vous et moi on a été habitués à connaître des mouvements sociaux structurés et organisés, personne ne peut savoir ce qui va se passer quand des dizaines de milliers de commerçants, d'artisans, de restaurateurs vont se trouver mis au pied du mur de la mort sociale qui leur est promise par la recrudescence du covid et des fermetures, je ne discute pas de leurs principes, dès lors, la Patrie va être exposée, dans des conditions particulièrement difficiles, à une force de dislocation qui viendra de l'intérieur. – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -
Jean-Luc Mélenchon