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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 7 avril 2021 33 min

Édouard Philippe : “J'ai appris combien présider est redoutablement difficile, bien plus que gouverner”

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Avec Léa Salamé, nous sommes heureux de recevoir ce matin deux invités. Le premier est un ancien Premier ministre, aujourd'hui maire du Havre. Le second fut le conseiller politique du premier. Il est aujourd'hui député européen. Tous deux signes, impressions et lignes claires chez J.C. Lattès. Question, réaction au standard, amis auditeurs, 01, 45, 24, 7000, mais aussi sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Edouard Philippe Gilles-Boyer, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter ce matin pour parler de ce troisième livre, souvent très drôle, que vous écrivez à quatre mains, comme sur les paquets de cigarettes ou les tableaux de Magritte.

Il y a un avertissement. Ce livre n'est ni une chronique, ni à proprement parler un récit des 1145 jours passés à Matignon, ni un essai, ni un ouvrage programmatique. Fin de citation. Alors maintenant donc que nous savons ce qu'il n'est pas, aidez-nous à comprendre ce qu'il est. Est-ce une lettre aux Français après huit mois de silence ? Avez-vous écrit un précis politique sur l'art de gouverner ? Avez-vous cherché à travers votre expérience à formuler un projet pour la France ? Ou est-ce plus prosaïquement ? Il y a, je pense, un public pour ça ? Une défense et illustration du rôle du premier ministre sous la cinquième république, Edouard Philippe. Il y a un public pour ça.

Oui, motivé, mais il y a un public.

1:24
Édouard Philippe

Il y a peut-être un public pour ça. Écoutez, c'est un essai en forme de récit. On n'a pas voulu faire un journal, on n'a pas voulu faire une chronique où on aurait raconté, probablement en utilisant des anecdotes croustillantes ou terribles, les choses que nous avons vues. Mais nous nous sommes dit, Gilles et moi, que nous avions eu la chance et l'honneur d'exercer des fonctions extrêmement prenantes, passionnantes, et qu'une fois que cette période était achevée, ça pouvait avoir du sens de montrer comment on prenait une décision et d'essayer, à l'occasion de certaines choses que nous avions vues ou vécues, de réfléchir à ce que ça voulait dire de gouverner.

Ce n'est pas du tout un précis ou un manuel ou une somme théorique sur l'art de gouverner.

2:17
Invité

Ce n'est pas Machiavel.

2:18
Édouard Philippe

Je me sens bien incapable de donner des leçons et je ne veux pas donner des leçons. Je veux simplement montrer à ceux qui nous liront qu'est-ce que c'est que de prendre une décision, par exemple, s'agissant de Notre-Dame-des-Landes, quelles sont les contraintes avec lesquelles vous devez composer et qu'est-ce que moi, lorsque j'étais Premier ministre, et Gilles, conseiller du Premier ministre, nous retenons de ces moments, de ces lieux aussi, de ces personnes aussi.

2:49
Invité

Il y a des portraits subjectifs. Vous dites qu'on a choisi, c'est un choix, il n'y a pas tout le monde.

2:56
Édouard Philippe

On ne parle pas de tout, on ne parle pas de tout le monde. Ça ne veut pas dire d'ailleurs qu'on n'aime pas ce dont on ne parle pas. Et ça ne veut pas dire que ce dont on ne parle pas serait moins important, pas du tout. Ça veut dire qu'on a gardé un certain nombre de choses et puis peut-être que le reste, ce sera pour la suite, on verra.

3:12
Invité

On peut lire des jolies pages sur Nicolas Sarkozy, de Moimbelle sur Philippe Devilliers, par exemple. Voilà ce qu'on peut dire aux auditeurs, ils se feront une idée. Gilles Boyer et Edouard Philippe, vous êtes inséparables depuis 20 ans. Les jeunes diraient que vous êtes BFF, best friend forever.

3:26
Édouard Philippe

Vous partagez le même humour, le même phlegme,

3:34
Invité

la même passion pour les grands hommes de Clémence Watt Churchill. Vous lisez les mêmes livres. Vous êtes fan des mêmes séries télé comme The West Wing ou Game of Thrones. Alors justement, est-ce que vous avez appris quelque chose ? Puisque vous nous donnez sur plusieurs pages vos panthéons, les grands hommes que vous aimez, les grandes lectures que vous avez faites, les grandes séries que vous avez regardées. Est-ce que vous avez appris quelque chose dans ces livres, ces séries, ces films sur l'art de gouverner ?

Ou au fond, faut-il faire l'expérience de la peur et du vide qui s'ouvre sous vos pieds quand vous accédez aux responsabilités et quand vous prenez des décisions pour comprendre ce qu'est le pouvoir ? La politique se prêtait extrêmement bien à la fiction. Elle a été beaucoup traitée, d'abord dans les pays anglo-saxons, aux Etats-Unis, en Angleterre. Et aujourd'hui, on a beaucoup de séries télé françaises ou de fictions françaises qui traitent du sujet politique. Et d'ailleurs, le défi pour les scénaristes, c'est d'imaginer des rebondissements qui dépassent la réalité que nous avons vécue, avec toutes les surprises que la vie politique française nous a réservées depuis 15 ou 20 ans.

Donc on raconte dans le livre que, en effet, certaines scènes de notre série culte, en particulier à la Maison-Blanche, que nous apprécions tous les deux beaucoup, à un moment donné, ont pu nous donner des idées. Bon, ça reste des fictions, ça reste des fictions. La réalité est tout de même très différente, plus prosaïque. Dans la Maison-Blanche, c'est un monde un peu idéal. Dans House of Cards, c'est l'inverse, c'est le cynisme absolu. Et la réalité, heureusement, est entre les deux. Votre livre nous emmène au cœur du pouvoir politique.

Édouard Philippe vous racontait, et c'est rare pour un politique de l'avouer, la peur immense qui vous a saisi au moment où Emmanuel Macron vous choisit comme Premier ministre. Vous avez perdu 6 kilos dans les jours qui ont précédé votre arrivée à Matignon. Vous écrivez, au matin du 15 mai, le maire du Havre avait perdu 6 kilos en 10 jours, avec cette manière très personnelle, et je dois dire un poil baroque, de parler de vous à la troisième personne dans ce livre, le Premier ministre, le maire du Havre.

5:26
Édouard Philippe

Nous, nous, nous.

5:27
Invité

Nous, nous, nous.

5:28
Édouard Philippe

Pardon, Aléa Salamoui. D'abord, je ne dis pas ça pour qu'on me plaigne, pas du tout. Je dis ça pour montrer l'angoisse qui peut vous saisir avant de passer à l'exercice de ses responsabilités. Et cette angoisse, à mon avis, elle est partagée par tout le monde. Je ne crois pas du tout être unique. Peut-être que le dire est un peu original, et encore, mais je suis certain que tout le monde est saisi par ce vertige, on va dire, des responsabilités qu'il va falloir exercer. Et si certains n'en sont pas saisis, alors ils me paraissent, eux, inquiétants.

Et par ailleurs, nous écrivons à la première personne du pluriel, ça n'est évidemment pas un nous de majesté, nous le disons d'ailleurs, c'est un nous collectif. Nous avons fait le choix, et c'est un choix littéraire et assez particulier, je dois dire, d'écrire à la première personne du pluriel. Pourquoi ? Parce que nous voulions porter à la fois le regard de celui qui avait les mains sur le volant, si j'ose dire, et de celui qui, à côté, l'aidait à avoir les mains sur le volant. Et donc, en écrivant à la première personne du pluriel, ce qui peut parfois donner un sentiment...

6:35
Invité

Un sentiment d'Alain Delon ? Non, non, non, non. Le Premier ministre a alors répondu à Emmanuel Macron en parlant de vous.

6:42
Édouard Philippe

Mais ça permet aussi d'éviter l'introspection personnelle, puisque par définition, nous écrivons à deux.

6:51
Présentateur

Ce livre nous emmène également au cœur du pouvoir politique en France, et le pouvoir politique en France, ce sont quatre personnes. D'un côté, le président de la République et le secrétaire général de l'Élysée, de l'autre, le Premier ministre et son directeur de cabinet. Un quatuor, un carré magique, écrivez-vous. Le fait, quand même, que les membres de ce club fermé qui décident de tout, soit quatre hommes, pas une femme, à peu près du même âge, venus du même moule, à savoir l'ENA, n'est-ce pas, Gilles Boyer, l'un des problèmes majeurs du pays aujourd'hui ? L'une des raisons de la défiance, du divorce, entre donc cette poignée d'hommes qui dirigent la France et le reste du pays ?

7:29
Invité

D'abord, mon sentiment, c'est que ces quatre personnes ne décident pas de tout. Daniel Demorand, je me permets de vous le dire. C'est évidemment... Enfin, de l'essentiel. Ils occupent chacun des fonctions éminentes et très importantes. Le président, évidemment, élu par tous les Français, le Premier ministre nommé par lui, et c'est leurs deux principaux collaborateurs nommés par eux. Et ce qu'on a voulu dire, je crois, c'est que lorsque ce quatuor fonctionne, l'État se met en ordre de marche, et lorsque ce quatuor dysfonctionne, très vite, ce dysfonctionnement peut redescendre à tout un tas de niveaux qui peuvent être extrêmement problématiques. Il a dysfonctionné sur la fin, ce quatuor ?

8:06
Édouard Philippe

Non, je... Oui ou non, sur cette question-là ? Pas du tout, je crois pas du tout. Alors, absolument pas. Je ne dis pas que certains peuvent être en désaccord avec les décisions que nous avons prises. Ça, c'est parfaitement légitime. Mais il n'a pas du tout dysfonctionné, au sens où la fluidité, la confiance, et je crois le souci de l'efficacité, a toujours prévalu. Mais je voudrais insister sur ce que vient de dire Gilles. Il a parfaitement raison. Le cœur du pouvoir, ça n'est pas ces quatre personnes. Ces quatre hommes, vous avez raison de le souligner.

8:31
Invité

Quatre hommes qui ont fait l'ENA, qui viennent du même moule, qui pensent pareil.

8:34
Édouard Philippe

Et qui ont travaillé dans le privé. Très bien. Et qui ne pensent pas systématiquement pareil. Parce que... Si vous pensez que parce que vous auriez fait, il y a 30 ans, les mêmes études, vous pensez la même chose, à mon avis, vous méconnaissez la part d'individualité et d'autonomie intellectuelle de chacun. Mais ce que nous avons voulu expliquer, c'est que derrière le président de la République, qui a la prééminence parce qu'il est élu et qui est numéro 1, derrière le Premier ministre, qui est le numéro 2, et qui a la responsabilité de la charge de gouverner, il y a d'autres personnes qu'on connaît moins bien, qui sont essentielles également, et avec lesquelles nous avons travaillé.

Et c'est une chose qu'il nous paraissait intéressante d'expliquer.

9:22
Invité

Le cœur de votre livre explore la différence et promeut la différence, si j'ose dire, entre présider et gouverner. Vous pointez la tentation des présidents de la Ve République de confondre les deux fonctions et de se mettre à gouverner. Vous le dites explicitement, même, en juillet 2020, c'est-à-dire au moment de votre limogesage, Edouard Philippe, de votre remplacement par Jean Castex, vous écrivez « L'intuition d'Emmanuel Macron paraît lui dicter d'entrer encore plus en avant, encore plus avant dans la gestion des affaires courantes. » Bref, de gouverner au lieu de seulement présider cette confusion, vous dites, c'est une erreur.

9:52
Édouard Philippe

Je ne parle pas de confusion, et nous décrivons avec Gilles cette tendance institutionnelle qui est intéressante, qui a été formulée, et je crois assumée par Nicolas Sarkozy, qui est maintenant, même si elle ne l'était pas à l'époque, défendue et assumée par François Hollande, qui dit, depuis qu'il n'est plus président de la République, qu'il faudrait supprimer le poste de Premier ministre, de considérer que, à cause du quinquennat, à cause de l'inversion du calendrier électoral qui fait que les législatives suivent six semaines après la présidentielle, la présidentielle, à cause des réseaux sociaux, au fond, tout remontrait au président, qui serait le seul comptable de l'action publique, et qu'il devrait donc, le président, gouverner.

10:34
Invité

Mais n'est-ce pas le cas, Édouard Philippe ? N'est-ce pas précisément ce qui se passe, notamment depuis quatre ans, qu'Emmanuel Macron est au pouvoir ?

10:40
Édouard Philippe

C'est ce que ont dit les deux prédécesseurs de l'actuel président de la République, Emmanuel Macron. Ça n'est pas ce que nous avons vu avec le président de la République pendant les trois ans avec lesquels j'ai eu l'honneur de travailler avec lui. parce que la lecture qu'il avait, qu'il a des institutions et que je partage, c'est qu'il y a une différence entre présider et gouverner. Et comme cette thèse de l'hyper-présidence prévaut assez largement dans l'opinion publique, nous avons voulu rappeler que notre lecture des institutions de la Ve République, c'était une distinction entre un numéro un qui a la prééminence, qui est élu par les Français, et un numéro deux qui fait autre chose.

Alors ça a changé ?

11:23
Invité

En juillet 2020, ça a changé. Il gouverne.

11:26
Édouard Philippe

Je termine. Si vous me permettez, je termine. Entre un numéro un qui a la prééminence, qui doit présider, un numéro deux qui doit gouverner, et notre sentiment, c'est que lorsque le numéro deux se pique de faire autre chose que de gouverner, ça ne marche pas. Et lorsque le numéro un essaie de faire en plus de ce qu'il a à faire, qui est redoutablement difficile, parce que moi, je peux le dire, j'ai appris une chose à Matignon, que je n'imaginais pas avant Matignon. C'est combien présider était redoutablement difficile, bien plus difficile que ce que j'imaginais, et bien plus difficile que de gouverner, à mon sens. Et je le dis très sincèrement.

12:03
Invité

Depuis juillet 2020, vous l'écrivez, il se pique de gouverner.

12:06
Édouard Philippe

Non, je dis que c'est peut-être, parce que je ne suis pas dans sa tête, je dis que c'est peut-être l'intuition qu'il a, et si c'est l'intuition qu'il a, il peut parfaitement avoir raison de la suivre. Et par ailleurs, j'observe que nous sommes, depuis juillet 2020, comme nous l'étions un peu avant, dans une période de crise sanitaire, telle que, par définition, on n'est pas dans le fonctionnement naturel et normal des équilibres.

12:28
Présentateur

Et puis gouverner, c'est assumer. Vous l'avez dit, Édouard Philippe, vous exposez dans ce livre le cheminement, ce qu'on pourrait appeler la rationalité de la prise de décision politique. Mais assumez-vous, vraiment, dans le chapitre Les raisins de la colère qui est consacré aux gilets jaunes, vous expliquez longuement les raisons de l'embrasement, la trop faible progression du pouvoir d'achat, la révolution technologique, l'insécurité culturelle. Vous écrivez même, les oppositions pointent à raison le risque de ras-le-bol fiscal des automobilistes.

Et vous ne loupez pas, Nicolas Hulot, qui est encore ministre, à l'époque, vous dénoncez son manque d'empressement à défendre la taxe carbone, comme si rien ne méritait qu'il s'abîma à défendre une mesure aussi nécessaire qu'impopulaire. Mais vous, Edouard Philippe, quelle est votre part de responsabilité dans cette crise ? Les gilets jaunes, c'est juste parce que Nicolas Hulot n'a pas défendu la taxe carbone ? Mais Nicolas Demorand, ce n'est pas du tout

13:21
Édouard Philippe

ce que nous écrivons dans le livre. Dans le livre, nous disons... Oui, mais je vous pose la question. Je vous réponds très tranquillement. Nous disons dans le livre qu'il y a eu des sous-jacents très anciens à la crise des gilets jaunes et évidemment des déclencheurs et que dans ces déclencheurs, il y a eu le rythme auquel nous avons choisi de faire monter cette taxe carbone et ça, c'est une décision gouvernementale et donc elle revient évidemment au chef du gouvernement qu'il y a eu aussi probablement les 80 km heure même si la question de la taxe carbone était plus en avant au moment du déclenchement des gilets jaunes que la question du 80 km heure.

Donc je ne m'exonère d'aucune responsabilité.

14:00
Invité

Vous la regrettez les 80 km heure ?

14:02
Édouard Philippe

Je ne regrette pas d'avoir voulu sauver des vies et je ne regrette pas d'avoir considéré que la sécurité routière avait besoin d'une mesure puissante pour continuer à améliorer les chiffres.

14:17
Invité

Même si elle a contribué à la crise des gilets jaunes avec la taxe carbone.

14:20
Édouard Philippe

Et ensuite, je le dis vraiment, je ne regrette pas d'avoir essayé de faire quelque chose pour diminuer le nombre de morts sur les routes françaises. Après, quand vous regardez les choses depuis le passé, quand vous les regardez rétrospectivement, vous avez parfaitement le droit de penser que vous auriez pu, compte tenu de tout ce que vous savez maintenant, faire les choses un peu autrement. Mais ça, c'est normal, c'est la vie. L'idée initiale de ne pas accepter avec une forme de fatalisme un nombre considérable de morts sur les routes françaises, je ne la regrette pas.

14:52
Invité

Gouvernez, c'est assumé, Edouard Philippe, sur l'épidémie de Covid-19 dont vous avez eu à gérer les premiers mois. On ne lit pas non plus véritablement de mea culpa à les atermements sur les masques, notamment tous vos ministres et vous aussi, qui êtes venus nous expliquer que les masques ne servaient à rien. Vous répondez, oui, c'est à cause de l'OMS qu'ils ne les recommandaient pas. Est-ce que ce n'est pas un peu court ?

15:10
Édouard Philippe

Je ne sais pas si c'est un peu court. Nous essayons là aussi d'expliquer comment nous vivons l'entrée dans cette crise sanitaire et nous essayons de dire, s'agissant des masques mais s'agissant de beaucoup d'autres sujets, les questions que nous posons, les décisions que nous prenons et les raisons qui sont au soutien des décisions que nous prenons. J'ai eu l'occasion de le dire et je le redis et c'est un des sujets qui est très délicat quand vous gouvernez, mais pas simplement quand vous gouvernez le pays. Les maires, waouh, j'ai le même problème.

Quand vous dites quelque chose, soit vous le dites de façon très mesurée, très nuancée, très prudente, notamment pour ensuite ne pas avoir à dire je me suis trompé. Mais quand vous faites ça, en général, les gens vous disent ah, ce n'est pas clair, ah, il est mou, ah, on ne comprend pas ce qu'il veut dire. Vraiment souvent. Et donc, quand vous passez un message sanitaire,

16:02
Invité

là vous avez été très clair sur les masques,

16:03
Édouard Philippe

ça ne sert à rien. Qui est le message sanitaire qui est formulé par l'OMS ? L'OMS, ce n'est pas un machin dont on se fiche parce que ce serait l'Organisation Mondiale de la Santé, c'est le gardien de la doctrine en matière sanitaire. Quand l'OMS vous dit le port du masque, c'est pour les soignants et le cas échéant pour les malades, vous le redites et vous le redites avec assurance. Est-ce qu'aujourd'hui, j'aurais préféré être plus danser ? C'est très facile à dire aujourd'hui, oui. Et quand il a fallu changer de pied, pardon, on a changé de pied, on a développé la production en France, on a accéléré les importations.

16:34
Présentateur

Encore un mot, Gilles Boyer, sur l'épidémie de Covid dépendant sur les masques, sur les médicaments, sur les respirateurs, maintenant sur les vaccins. Beaucoup de Français ont vécu cette crise avec le sentiment d'un grand déclassement du pays, voire le sentiment d'une humiliation. Est-ce que vous l'avez ressenti également ?

16:53
Invité

Là encore, on va réécrire l'histoire probablement après, j'ai envie de dire, et je me souviens des débats après la crise financière de 2008 où on avait entendu grosso modo à peu près les mêmes choses pour une crise de nature différente. Nous allons rencontrer d'autres crises et elles seront très différentes. Donc on peut se dire pour l'avenir qu'il faut qu'on se prépare au prochain Covid, mais probablement...

17:14
Présentateur

Oh mais là, c'est comme en anatomie, c'est un écorché, non, de la France qu'on a vécue ?

17:18
Invité

Oui, mais vous savez, comment dire, personne dans le monde n'était préparé à affronter ça ? On raconte dans le livre que les stocks de médicaments qui étaient constitués en période normale se sont révélés évidemment insuffisants et pas seulement chez nous, dans le monde entier, pour le simple fait de pouvoir endormir les malades les plus graves. C'est vrai, mais il y a eu un sentiment en France, est-ce que vous le partagez ou pas, Edouard Philippe, de cette humiliation, de ce sentiment qu'on a toujours été en retard, qu'on a toujours été dépendants ? Cette question de l'humiliation, on l'entend et on l'entend encore aujourd'hui chez beaucoup de Français.

17:52
Édouard Philippe

Et il faut l'entendre, même si sur le fond, je sais que le président de la République, le Premier ministre que j'étais, le Premier ministre actuel font de leur mieux, que les soignants font un travail extraordinaire, que les administrations qu'on aime bien critiquer et que parfois il faut critiquer parce qu'après tout elles sont redevables et elles sont comptables, ont fait de leur mieux et ont vraiment sur beaucoup de sujets très bien fait, même si tout cela est vrai et c'est vrai, le sentiment d'humiliation, le sentiment d'incompréhension

18:23
Invité

On n'a pas de vaccin, on n'a pas été capable d'en faire un vaccin.

18:26
Édouard Philippe

Le sentiment d'incompréhension est réel. Ce que je suggère et je pense que ce dont le pays a besoin, c'est d'abord évidemment de sortir et de sortir le plus vite possible de cette crise sanitaire. C'est probablement ensuite de réfléchir très sérieusement à ce qu'il faut corriger compte tenu de ce que nous avons appris. Mais c'est peut-être aussi et Gilles a raison de le dire de ne pas être toujours prisonnier de la dernière guerre et d'essayer d'imaginer celles qui peuvent arriver et c'est aussi un des éléments de ce livre. C'est-à-dire essayer de réfléchir à des sujets qui peuvent arriver demain qui sont dans le débat public qui devraient être dans le débat public.

19:05
Invité

Alors justement, quelques-uns de ces sujets.

19:09
Présentateur

Oui, dans ce livre vous persistez et signez sur la réforme des retraites avec l'âge pivot notamment chiffon rouge pour la CFDT cette réforme qui avait entraîné la plus longue grève depuis mai 68. Vous persistez Edouard Philippe à dire que c'est ce qu'il faut faire que cette réforme-là est la mère de toutes les réformes ?

19:31
Édouard Philippe

Je n'ai pas changé d'avis sur le fait que s'il n'y a pas une réforme qui peut être une autre réforme que celle que nous avons proposée mais s'il n'y a pas une réforme qui permet de sécuriser durablement le financement des retraites alors non seulement nous aurons un gros problème sur le financement des retraites mais en plus nous aurons d'autres gros problèmes liés aux mesures que nous devrons prendre pour garantir ce financement. Autrement dit ce que nous disons c'est que dire qu'il n'y a pas de sujet sur les retraites c'est mentir aux français.

20:09
Invité

Il faut la faire avant la fin du quinquennat cette réforme ?

20:12
Édouard Philippe

ça c'est une décision mais votre avis non mais c'est une décision redoutablement difficile qu'appartient au président de la république et au premier ministre qui dépend de la façon dont ils sentent le pays je ne sais pas je vais vous dire je ne sais pas s'ils doivent le faire maintenant ou plus tard ce que je crois profondément c'est que le pays doit se poser la question de la réforme des retraites à faire de son rythme de ses modalités pour y introduire plus de justice et probablement ne pas se mentir sur le fait que pour s'en sortir il faudra globalement que chacun travaille un peu plus longtemps et ça n'est pas populaire de le dire je sais et ça n'est pas très agréable de le faire peut-être je sais mais néanmoins j'ai la conviction et donc je l'exprime qu'on ne s'en sortira pas autrement.

20:59
Invité

Mais Edouard Philippe si vous êtes honnête cette question de la réforme des retraites cette question aussi de la dette dont vous dites ce sera la grande question des dix prochaines années ces questions-là est-ce que c'est pas ça au fond qui a expliqué au-delà de ce qu'on a dit sur la popularité votre popularité qui pourrait faire de l'ombre au président de la République est-ce que ce ne sont pas ces questions de fond qui ont décidé Emmanuel Macron à vous laisser partir je vous cite dans votre livre il n'était pas complètement évident non plus qu'il fallut rester écrivez-vous l'esprit de 2017 ce réformisme ambitieux matinée de volonté de dépassement politique d'Emmanuel Macron donc se heurtait désormais aux conséquences de la crise sanitaire n'est-ce pas là votre désaccord de fond avec Emmanuel Macron si vous êtes honnête c'est-à-dire que lui à un moment il a dit on arrête sur la réforme des retraites on arrête sur l'âge pivot pour la dette on fait le quoi qu'il en coûte et vous qui disiez non

21:44
Édouard Philippe

écoutez franchement je pense que ce serait plus intéressant de lui poser la question à lui parce que c'est lui qui a pris cette décision moi je lui avais dit que je proposerais la démission du gouvernement dès après les municipales et je lui avais dit d'ailleurs il le savait que s'il me proposait de rester je resterais que s'il voulait changer de premier ministre de politique de gouvernement et bien tout ça se passerait très bien après tout il était naturel que cette question se pose au moment de l'après municipal est-ce qu'il y avait des différences de fond il n'y en a pas eu pendant les trois ans que j'ai passé à Matignon il peut y avoir des différences d'approche de cheminement tactique bien entendu il n'y a pas eu de différence de fond je n'ai pas le sentiment je vais vous dire de façon très honnête je n'ai pas le sentiment que le président de la république est en matière d'ambition de transformation du pays renoncer à quoi que ce soit

22:36
Invité

il n'a pas renoncé à cet esprit de 2017

22:38
Édouard Philippe

je ne crois pas

22:39
Invité

pourquoi vous écrivez ça alors l'esprit de 2017 se heurte désormais aux conséquences de la crise sanitaire

22:46
Édouard Philippe

parce que c'est un fait enfin je veux dire quand on a et c'est une évidence quand vous avez un programme qui est un programme de transformation qui a pour objet de faire en sorte de réduire le déficit de par exemple transformer fondamentalement le système des retraites et que vous vivez la crise sanitaire que nous vivons par définition on met en arrêt un certain nombre de réformes pour se consacrer à la gestion de la crise sanitaire c'est l'évidence et d'ailleurs de ce point de vue là moi je suis convaincu que les autorités publiques ont bien fait le niveau d'ambition une fois que la crise sanitaire est arrêtée une fois que nous en sommes sortis il doit rester élevé et je pense qu'il est resté élevé

23:22
Présentateur

avant d'aller au standard donner la parole aux auditeurs d'Inter vous revenez évidemment dans le livre sur le départ de Matignon Gilles Boyer avez-vous compris les raisons d'Emmanuel Macron ou avez-vous trouvé

23:33
Invité

cette éviction injuste ? Non je trouve que dès le début Edouard à son niveau et moi au mien savions que la fonction elle est inscrite dans une forme de précarité et qu'il est tout à fait naturel c'est arrivé dans le passé à des gens très bien qu'un président décide qu'à un moment donné il doit changer de gouvernement et de premier ministre c'est dans la nature des choses et dès le début C'était injuste ? Non non je ne trouve pas dès le début je crois dépassionné et il n'y a pas d'injustice puisque c'est le choix d'un homme qui fait un choix politique et c'est lui qui a été élu pour faire ce choix Pardon Nicolas Demorand

24:08
Édouard Philippe

il y a même quelque chose d'un peu comment dire le prenez pas mal mais d'un peu indécent à parler d'injustice il y a des choses qui sont injustes en France aujourd'hui il y a des gens qui ont la trouille parce qu'ils ont perdu leur emploi il y a des gens de l'injustice je peux concevoir qu'il y en ait beaucoup dans le pays vous pouvez concevoir qu'il y en ait différentes formes aussi bien sûr bien entendu mais ce n'est pas du tout le registre dans lequel nous l'avons vécu et je ne crois pas que ce soit comme ça qu'il faille le poser

24:31
Présentateur

Allez on est au standard maintenant avec David bonjour et bienvenue Oui merci de prendre On vous écoute

24:38
Locuteur non identifié

Alors ce n'est pas vraiment une question moi je voulais juste dire que j'ai voté Chirac en 1995 j'ai voté Hollande j'ai voté Macron au second tour et la perspective de 2022 elle est quand même assez flippante je voulais juste vous dire monsieur Philippe peut-être qu'il est temps de prendre vos responsabilités et que si vous vous présentez moi je voterai pour vous

25:00
Présentateur

Merci David ça n'était pas une question espérons que nous aurons une réponse Edouard Philippe

25:06
Édouard Philippe

Bah écoutez d'abord bonjour David Je vais vous répondre David en vous disant que derrière votre question j'entends un attachement profond à la France et à l'action publique Non non mais je suis sérieux David il pourrait très bien dire j'en ai ras-le-bol je ne voterai plus

25:27
Invité

Non il dit qu'il vote pour vous C'est pas ce qu'il dit il dit prenez vos responsabilités c'est ça qu'il vous dit

25:31
Édouard Philippe

et donc voilà j'ai le sentiment David d'avoir pris en 2017 mes responsabilités et certains y compris dans mon ancienne famille politique me l'ont beaucoup reproché parce que c'était le moment du dépassement parce que je croyais à ce que le président de la république proposait parce que pendant trois ans j'ai essayé tous les jours d'être évidemment le plus loyal possible et le plus efficace pour tenir ses engagements et pour respecter l'intérêt général

25:54
Présentateur

David vous interroge sur le futur on parle rétrospectivement depuis le début de l'entretien le futur n'est pas obscène on peut poser des questions dessus

26:02
Édouard Philippe

le futur n'est pas du tout et la question de David est très fondée je dis juste à David que je suis moi d'une loyauté totale à ce que j'ai choisi et que je suis aujourd'hui d'une liberté totale que je ne veux pas être celui qui souhaite l'échec de ce que j'ai essayé de faire entre 2017 et 2020 parce que ce serait incongru parce que ce serait même dangereux parce que ça ne me ressemble pas et que si je peux à ma place avec mes convictions peut-être avec ceux qui ont envie de travailler avec moi contribuer non pas simplement à l'élection présidentielle c'est très important mais à poser dans le débat public les questions que nous devons trancher en tant que nation si nous voulons nous en sortir dans ce cas là j'aurai le sentiment en effet de prendre mes responsabilités mais pardon David la question on a plein de gens qui réfléchissent à la présidentielle aujourd'hui on a Xavier Bertrand qui est candidat on a Jean Lassalle qui est candidat on a Marine Le Pen qui est candidate on a Nicolas Dupont-Aignan qui sera candidat sans doute on a Jean-Luc Mélenchon on manque de plein de trucs en France mais alors on ne manque pas de candidats honnêtement donc il n'y aura pas

27:09
Invité

Édouard Philippe qui viendra se rajouter à cette kyrielle de non

27:11
Édouard Philippe

Édouard Philippe il dira un certain nombre de choses quand ? je recommence à parler quand il les dira je voudrais qu'on parle de fond c'est ce qu'on a tenté de faire bien sûr et je vous en remercie je voudrais que personne ne doute de ma loyauté ni de ma liberté je sais que dans le monde politique affirmer des choses ne rassure jamais ceux qui par définition sont inquiets que ceux qui sont inquiets regardent bien ce que je suis ma loyauté ma liberté et mon envie de servir le pays

27:47
Invité

Bruno Le Maire qu'on recevait hier à ce micro a dit qu'il était impatient de lire votre livre et il s'adresse à vous il vous dit il n'y a qu'une seule ligne claire en référence au titre de votre livre il n'y a qu'une seule ligne claire Édouard Philippe c'est soutenir le bilan d'Emmanuel Macron soutenir Emmanuel Macron pour sa réélection en 2022 il n'y a pas d'autre ligne claire il a raison ?

28:05
Édouard Philippe

je crois que ça résume assez bien sa position je crois que

28:09
Invité

et la vôtre

28:11
Édouard Philippe

mais moi pardon je suis peut-être je suis peut-être le dernier dans ce sens mais je vous le redis aujourd'hui c'est la crise sanitaire derrière l'élection présidentielle il y aura à agir pour marquer le pays pour le transformer pour éviter qu'il ne tombe dans le ravin c'est des questions qui sont extrêmement sérieuses je sais la passion que le monde politique et parfois la presse et parfois les français rarement peuvent avoir pour la tactique je suis convaincu que nous devons collectivement réfléchir à notre stratégie nationale et si j'avais voulu écrire un livre sur l'élection présidentielle je l'aurais fait peut-être tout seul peut-être que nous l'aurions fait avec Gilles ça n'est pas ce que nous avons voulu faire nous avons voulu et nous voulons poser des débats dans l'espace public parce que nous pensons que c'est indispensable voilà

29:09
Présentateur

vous permettez encore une question sur le thème moral et politique vous dites souvent et toujours et même ce matin que vous êtes et avez été loyal à Emmanuel Macron tout le temps vous étiez à Matignon et depuis très bien alors si Emmanuel Macron avait été loyal à François Hollande il n'aurait pas été président de la république vous soulignez dans le livre l'audace de sa transgression celle d'Emmanuel Macron qui est aussi une trahison au fond la loyauté n'est-elle pas un défaut en politique Edouard Philippe

29:39
Invité

vous avez deux heures

29:40
Édouard Philippe

heureusement j'ai plus l'âge de faire des dissertations de philosophie ça c'est maintenant alors répondez par un aphorisme écoutez tous ceux qui pensent que et parfois autour du président qui ont peur que le président de la république se trouve dans la même situation que François Hollande à mon avis méconnaissent profondément qui est le président de la république il n'est pas François Hollande il ne lui ressemble pas

30:12
Invité

et vous ne ressemblez pas à Emmanuel Macron moi je ressemble à moi

30:15
Édouard Philippe

je suis différent et c'est très bien comme ça

30:17
Invité

je sais bien qu'on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment Edouard Philippe mais aujourd'hui dans un moment où la France est ainsi fracturée et angoissée n'est-il pas de votre responsabilité de montrer un peu plus de lignes claires et peut-être un peu moins d'impressionnisme votre manière d'esquiver les questions sur 2022 sur votre soutien ou pas à Emmanuel Macron est-ce que ça manque pas un peu de franchise de sincérité voire même un peu de courage

30:36
Édouard Philippe

écoutez vous appréciez comme vous voulez la façon dont je m'exprime moi j'observe que très souvent y compris sur ce plateau vous dites que tous les mots de la 5ème république viennent de l'hyper présidentialisation vous dites que tous les mots de la politique viennent de toutes ces aventures personnelles sur lesquelles on disserte sur lesquelles voilà vous dites que cette démesure des politiques français qui pensent qu'ils sont nés pour entendre l'appel que la France exprime à leur égard sont au coeur des problèmes de la république française vous le dites vous Léa Salamé vous le dites vous Nicolas Demorand et bien pourquoi on ne partirait pas du principe que vous avez un peu raison et pourquoi on n'essaierait pas plutôt d'essayer de veiller à ce que des idées auxquelles on tient c'est mon cas c'est vraiment mon cas soit présente au moment du débat public et ensuite voilà et je trouve que alors on peut on peut m'en faire le reproche et je doute pas que certains le feront mais je trouve qu'être cohérent avec ce qu'on pense c'est assez réconfortant

31:40
Présentateur

pour finir sur un sourire il n'y a qu'un seul moment dans ce livre où vous vous éloignez l'un de l'autre c'est dans une note de bas de page à propos du verbe sucer vous nous expliquez Gilles Boyer à propos du verbe de susciter

31:54
Invité

vous voulez dire non non non c'est à propos des lapsus

31:59
Présentateur

d'Edouard Philippe c'est ça

32:00
Invité

tu dis sucer tout le temps dans ses discours non pas tout le temps quand même vous exagérez non non je me distancie à deux moments d'abord quand Edouard Philippe a perdu 6 kilos moi je les ai plutôt pris c'est vrai je dois vous l'avouer et ensuite en effet on rappelle mais sous une note un peu humoristique l'élapsus dont Edouard a parfois été coupable on va dire il n'y a pas que les mires

32:23
Présentateur

toute une liste de synonymes au verbe susciter dans toute la classe politique d'ailleurs c'est fréquent

32:29
Invité

allez dernière question quel bouton de manchette vous avez mis ce matin Edouard Philippe vous nous les montrez

32:34
Édouard Philippe

des boutons de manchette à l'enseigne d'une d'une marque de bière que j'aime bien

32:40
Présentateur

écoutez merci il n'y a pas de message non merci à tous les deux nous espérons que cet entretien suscitera le désir de lire ce livre Edouard Philippe Gilles Boyer merci impression et ligne claire Jean-Claude Lattès

32:52
Invité

France Inter