Menace de censure : une diversion pour Marine Le Pen ? - C à Vous
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le budget serait rejeté. Dans les temps impartis par la Constitution, ça ouvre une période très complexe institutionnellement et politiquement. - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'on peut évaluer les risques réels de cette triple crise, politique, démocratique et institutionnelle? - C.Sapin: S'il n'y a pas de changement dans le budget, dans la copie présentée par le gouvernement de M.Barnier, il y aura censure.
Les voix du RN se porteront sur une motion de censure de la gauche et si la gauche est au complet, le gouvernement tombera. C'est quelque chose qui n'est pas nouveau. Très tôt, M.Le Pen avait posé des conditions à sa bienveillance vis-à-vis du gouvernement Barnier.
Il y avait l'ouverture du dossier de la proportionnelle pour les prochaines législatives, le fait que le RN devait être traité comme les autres. Il y avait aussi un geste sur le pouvoir d'achat. Rien n'a été accordé. - A.-E.Lemoine: Sauf la loi sur l'immigration. - C.Sapin: Elle a été poussée par B.Retailleau, mais il s'est gardé de dire que c'était pour suivre la copie du RN.
Le gouvernement n'a pris aucun compte des propositions du RN sur le budget et n'a poussé aucun de ses amendements, pensant que le RN n'adjoindrait jamais ses voix aux troupes de J.-L.Mélenchon et que pousser le pays dans une crise institutionnelle serait contradictoire avec l'entreprise de dédiabolisation et d'institutionnalisation de M.Le Pen.
Le gouvernement se rend compte qu'il a sous-estimé...
Le RN a déjà voté des motions de censure portées par la gauche, mais ses électeurs sont chaque jour plus nombreux à demander la chute de M.Barnier. - A.-E.Lemoine: Ca donne de la pression...
Ca encourage le RN à mettre la pression sur le gouvernement. - C.Sapin: Exactement.
Si M.Barnier ne tombe pas avant Noël sur le budget, il est parti pour rester jusqu'à 2026 à coups de godilles parlementaires, en ne poussant que des textes consensuels. S'il se maintient, pas de dissolution.
S'il n'y a pas de dissolution, pas de nouvelles élections que réclame M.Le Pen. - A.-E.Lemoine: M.Barnier va faire de la câlinothérapie, va promettre son moment à 20h à M.Le Pen? - T.Berteloot: Sans doute ça et peut-être lui donner un peu d'espace différent de celui dans lequel elle est embourbée en ce moment, le procès des assistants fictifs.
Ca fait aussi une diversion de dire "je suis en difficulté mais il ne faut pas oublier que j'ai un pouvoir, celui d'appuyer sur un bouton". - A.-E.Lemoine: Elle hésite encore aussi parce qu'il s'agit de ne pas effrayer les retraités et les CSP+ qui désapprouvent l'action du gouvernement mais qui auraient peur d'une crise.
Il ne faut pas apparaître comme l'artisan du chaos quand on veut représenter l'ordre. - C.Sapin: Il y a 2 électorats au RN.
Il y a l'électorat historique, les classes populaires, qui veulent la chute du gouvernement Barnier depuis le premier jour. Il y a un nouvel électorat, que le RN tend à séduire, plus âgé, des CSP+, des retraités. C'est pour ça que M.Le Pen n'a pas voté la motion de censure après le discours de politique générale de M.Barnier, mais les choses ont changé.
Elle voit que les CSP+ et les retraités ont été beaucoup pointés dans les efforts qu'il faudra porter pour réduire les déficits. Barnier est beaucoup moins populaire chez ces CSP+ et ces retraités. Si M.Barnier ne tombe pas, en janvier, il y a une loi contre l'immigration et le trafic de stupéfiants.
Si ces 2 lois sont portées par B.Retailleau, elles pourraient rapporter à la droite. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen agite une menace de censure alors qu'elle est elle-même menacée d'inéligibilité.
Pas facile de trouver l'équilibre. D'un côté, il y a la quête de respectabilité et de l'autre, les vieux réflexes: attaquer violemment l'institution judiciaire. - T.Berteloot: Depuis les réquisitions de mercredi dernier, M.Le Pen et la plupart des cadres du RN sont allés un peu partout dans les médias pour expliquer ce qu'ils disent depuis le début, qu'il s'agit d'un procès politique intenté contre M.Le Pen pour la faire tomber.
Rarement un candidat ne s'est présenté 4 ans avant une élection. Elle n'avait aucune obligation de le faire. - A.-E.Lemoine: Elle a envoyé un message. - T.Berteloot: Son argument a tenu jusqu'à aujourd'hui.
Le ministère public a rappelé que ces réquisitions pouvaient être suivies ou non par les juges et que les condamnations sont un peu relatives. Elle va garder son poste de députée du Pas-de-Calais jusqu'à la fin s'il n'y a pas de dissolution. La seule chose, si les juges appliquent cette peine d'inéligibilité au moins de 5 ans, car elle peut aller jusqu'à 10 ans, c'est qu'elle ne pourra pas se présenter à la présidentielle. - A.-E.Lemoine: Ils n'avaient pas vu venir la mesure d'exécution provisoire. - C.Sapin: M.Le Pen et son entourage se préparaient à une peine d'inéligibilité.
On dit qu'ils ont utilisé des fonds du Parlement européen pour le parti. Cependant, ce à quoi elle ne croyait pas, c'est cette mesure d'exécution provisoire qui a pour effet direct de l'empêcher de se présenter à la présidentielle de 2027. Une simple peine d'inéligibilité ne le fait pas.
Il y a des délais de recours. Cette réquisition du parquet a fait changer à 180 degrés la stratégie de M.Le Pen.
Elle avait 2 façons d'appréhender ce procès. La 1re, c'était de faire une défense normale, venir à l'audience, se défendre par le biais de ses avocats. Elle a dit: "Je respecte et j'ai confiance en la justice de mon pays." Il y avait le 2e choix qu'elle adopte depuis ces réquisitions du parquet, qui est de faire le procès médiatique du procès.
C'est pointer une justice partiale, des juges politiques qui veulent l'empêcher de se présenter à la présidentielle. C'est une stratégie qui va à l'encontre totale de son entreprise d'institutionnalisation et de dédiabolisation depuis des années. - A.-E.Lemoine: Les avocats du RN n'ont pas anticipé ça.
Quand on regarde les dossiers de politiques en justice poursuivis pour détournements de fonds, l'exécution provisoire est demandée à chaque fois et prononcée par les juges. - T.Berteloot: Elle est cette fois extrêmement motivée par le ministère public.
L'instruction a duré 9 ans, en partie à cause des recours, 45 recours faits par le parti et les cadres, les avocats, avec parfois des recours contre des décisions qui avaient été déjà rendues pour d'autres. Il y avait un comportement dilatoire, a considéré le parquet. Ils avaient énormément de temps pour se préparer.
Ils ont découvert quasiment le 1er ou le 2e jour que la prévention s'établissait de 2004 au 31 décembre 2016. Ca intégrait la loi Sapin 2 avec cette peine d'exécution provisoire. C'est voté par les députés et décidé par un tribunal qui juge au nom du peuple.
Pas l'exécution provisoire. - A.-E.Lemoine: Ces réquisitions ont renforcé le soutien des sympathisants RN pour M.Le Pen ou L.Aliot.
C'est ce qu'a constaté dimanche France 2 à Perpignan, ville dirigée par le vice-président du RN. - C'est 11 millions de personnes en France. C'est scandaleux!
Il y aura des répercussions. - Pour cet électeur, si M.Le Pen a fait une bêtise, elle doit réparer, mais ça n'ébranle pas du tout sa confiance. - Elle dit que c'est la mort du parti. - Pas du tout.
Les gens ne changeront pas d'avis. Il y a monsieur Bardella, derrière. C'est son bras droit. - Pour vous, ce serait aussi bien? - Bien sûr. - A.-E.Lemoine: J.Bardella serait l'alternative naturelle si M.Le Pen devenait inéligible.
C'est presque dans cette optique qu'elle l'a choisi? - C.Sapin: Exactement.
J'en ai acquis la conviction il y a quelques semaines quand j'ai fait un entretien avec M.Le Pen dans "Le Point". On parlait du procès qui arrivait et de la possible condamnation.
Il y a cette phrase qui m'a marqué: "La 1re responsabilité d'un chef est de pallier sa disparition et de faire en sorte que la structure qu'il dirige survive à sa disparition, à sa mort, quelle qu'elle soit." Ca éclaire d'une lumière nouvelle l'ascension de J.Bardella.
C'est un militant inconnu de tous. En 2019, il est tête de liste aux européennes. En 2020, vice-président du parti et en 2022, président élu. - P.Cohen: Il adhère en 2012. - C.Sapin: Dans la tête de M.Le Pen, le fait d'être la seule incarnation...
Condamner M.Le Pen revenait à décapiter le RN. Maintenant, il y a J.Bardella à sa tête, ça ne fait que renforcer un réflexe populiste qui installerait directement J.Bardella en plan B. -T.Berteloot: Il y a un changement dans l'idée qu'il a le rôle du dauphin.
Jusqu'à présent, il était fait pour permettre l'ascension du chef et rien de plus. D'ailleurs, J.-M.Le Pen avait cette phrase très connue: "Le dauphin est fait pour s'échouer." Il y a un changement dans cette idée de créer ce binôme parfait que le RN s'est trouvé avec M.Le Pen qui représente l'ancienne garde, le nom Le Pen, et J.Bardella, qui ne connaît pas l'histoire du parti, qui ne savait pas que J.-M.Le Pen était antisémite.
Tous les 2 sont à peu près complémentaires. Maintenant, je ne sais pas si J.Bardella a les épaules pour aller plus loin.
On a vu aux dernières législatives que le poste de Premier ministre était un costume très grand. Ils avaient soi-disant un plan Matignon préparé depuis un an, ce qui n'était pas du tout le cas. Le voir faire une course à l'Elysée, avec de grands déplacements... - A.-E.Lemoine: Il y a eu un élément de réponse lundi sur BFM. - E.Tran Nguyen: Il a fait une gaffe.
Il affirme qu'une personne condamnée ne peut être candidate à une élection nationale. - J.Bardella: Ne pas avoir de condamnation à son casier judiciaire est pour moi une règle numéro 1 quand on souhaite être parlementaire de la République. - Et si M.Le Pen est condamnée? - J.Bardella: Avec des si...
Il y a un appel. - Si M.Le Pen est condamnée, même s'il n'y a pas d'inéligibilité ou d'exécution provisoire, il n'y a pas de candidature possible pour elle. - J.Bardella: Si au début de l'année, les juges décident de condamner...
Peu importe la condamnation. Il y aura un appel. - S'il y a condamnation, il n'y a pas de candidature et ça vaut pour tout le monde. - J.Bardella: Evidemment, mais M.Le Pen est innocente. - E.Tran Nguyen: Invité à réagir ce matin sur RTL sur cette séquence, M.Le Pen a loué la relation de confiance qu'elle avait avec J.Bardella, mais ça tombe mal dans le contexte actuel. - T.Berteloot: On peut parler de bourde. - P.Cohen: On est sûrs?
Ou alors, un machiavélisme très poussé. - T.Berteloot: Il a l'air assez pris de court et étonné de ses propres déclarations. - P.Cohen: C'est un bon acteur. - C.Sapin: Il n'a à mon sens ni l'envie ni l'intérêt de "tuer la mère".
Il perdrait 100 % des cadres et 80 % des électeurs, d'autant plus que à qui sait attendre, tout vient à point. - A.-E.Lemoine: C'est fou, ce qui s'est passé sur ce plateau. - T.Berteloot: Déjà, J.Bardella semble ignorer que M.Le Pen a des lignes sur son casier judiciaire.
Elle a été condamnée en 2011, L.Aliot aussi. W.de Saint-Just, conseiller régional, a été condamné en 2021.
On se souvient de cette candidate investie alors qu'elle avait, en 1995, fait une prise d'otages. Là, ils sont revenus sur les déclarations de J.Bardella.
J.-P.Tanguy disait: "Il faut voir aussi quel est le type de condamnation." - P.Cohen: Bardella a dit que moins de 2 ans ferme, ce n'était pas grave. - A.-E.Lemoine: Il y a une grille, maintenant. - P.Cohen: Les mains propres, mais pas... - T.Berteloot: J.-P.Tanguy a dit que s'il y avait une condamnation de M.Le Pen, ce serait une condamnation factice parce que c'est un procès politique.
On n'accepte pas au RN cette décision judiciaire, quand bien même elle serait sur le casier judiciaire de M.Le Pen. - A.-E.Lemoine: Une dernière question sur le contexte.
M.Le Pen est très inquiète de la santé de son père hospitalisé depuis quelques jours. Ca joue aussi dans le contexte personnel? - C.Sapin: Ce qui est certain, c'est qu'elle ne se souviendra pas de ce mois de novembre comme le meilleur mois de sa vie.
C'est un contexte très compliqué, personnel, politique.
Marine Le Pen