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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 14 novembre 2018 23 min

Dominique de Villepin : "Trump a joué sa carte, sa carte c'est quoi ? C'est la division des Européens"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, un ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères, nombreux dossiers à aborder, vous pouvez intervenir au 01 45 24 7000 sur l'application France Inter et les réseaux sociaux. Bonjour Dominique de Villepin. Bonjour. Merci d'être à notre micro, on a pu voir hier à quoi ressemblaient les matinées aux Etats-Unis, car cette fois la trompe de tweet de Donald Trump a ciblé la France.

Emmanuel Macron et sa faible popularité, le chômage, la France qui parlerait allemand si les Américains n'étaient pas intervenus dans les deux guerres mondiales, les 20 Français pas assez taxés et le final, make France great again. Même s'il y a déjà eu des tensions entre nos deux pays avec le refus de la France d'entrer en guerre en Irak, votre discours à l'ONU en 2003, Pierre Asky le rappelait à l'instant, « Avez-vous déjà vu une charge pareille dans l'histoire des relations franco-américaines ? »

1:03
Dominique de Villepin

C'est la version moderne d'autres charges, mais c'est vrai que par tweet, la rage et la fureur s'expriment de façon particulièrement crépitante. Je crois que c'est très révélateur de ce qu'est le trompisme et de ce qu'est la personnalité de Donald Trump. C'est quelqu'un qui fonde son approche du monde, ses rapports avec les États et ses rapports avec les dirigeants sur des rapports de force. Et donc il cherche en permanence à être à l'offensive et à avoir l'ascendant. On l'a bien vu dans sa gestion de sa dernière rencontre avec le président Macron. Et là, il avait le sentiment sans doute de perdre un peu la main, de s'être retrouvé de façon un peu isolée lors de cette commémoration de Paris.

Et donc je crois qu'il a voulu par tweet régler un certain nombre de questions. Il y avait une première question qui était la mise en cause, et qui était importante pour lui, la mise en cause de son attitude vis-à-vis des marines américains et de sa non-présentation au Bois-Béleau. Pour cause de mauvais temps. Pour cause de mauvais temps. Donc là, c'était une façon d'écarter d'un revers de main ces accusations qui avaient fait beaucoup de bruit aux États-Unis. Il y avait un deuxième objectif qui est sans doute répondre à l'humiliation qu'il a ressentie pendant ces cérémonies.

A la fois de ne pas être au centre de ces cérémonies, alors que manifestement on le voit dans ses tweets, pour lui, le grand acteur de tout cela, Première Guerre et Deuxième Guerre, ce sont les États-Unis à qui la France doit tout, devrait tout. Et sans quoi, rien n'aurait été possible. Notre liberté ne serait pas acquise. Il a en partie raison. Face à cela, il y a un autre élément d'humiliation qui est la mise en cause du nationalisme américain par le président français. Il a dû sentir pendant ces cérémonies qu'il était celui vers lequel les yeux étaient braqués et qui subissait de ce fait un certain nombre de critiques.

2:56
Présentateur

Et la petite phrase ?

2:57
Dominique de Villepin

Il y a une petite phrase, effectivement. Sur l'armée européenne ? Il y a une petite phrase sur l'armée européenne. Est-ce que cette petite phrase était maladroite ? Je ne crois pas qu'elle était maladroite. Je crois que le président français est fondé à regarder vers l'avenir et à voir comment les Européens peuvent être plus forts et fonder leur puissance. Et je crois que, de ce point de vue-là, Trump a joué sa carte. Et sa carte, c'est quoi ? Il faut la regarder en face. C'est la division des Européens.

Dans le fond, cette opposition entre progressiste et nationaliste qu'Emmanuel Macron a poussée tout au long des derniers mois et dont certains imaginaient qu'elle pourrait être le clivage des prochaines élections européennes de mai, elle arrange Donald Trump. Et c'est là-dessus qu'il a voulu appuyer. Il s'est dit, très bien, Emmanuel Macron se pose en champion des progressistes. Moi, je suis le champion des nationalistes et je vais jouer de ces divisions de l'Europe. Et c'est une carte maîtresse pour Donald Trump que de pouvoir jouer en particulier de sa relation avec les pays d'Europe centrale et d'Europe de l'Est parce qu'il détient ainsi les clés de la non-avancée de l'Europe.

Et un troisième élément qu'il ne faut pas oublier, au-delà des divisions de l'Europe, c'est que Donald Trump pousse ses intérêts. Et on le voit bien dans sa sortie sur le vin. Il a très fortement mis l'accent contre l'Allemagne à travers les voitures, la sidérurgie. Et nous, c'est le vin. En l'occurrence, s'il se trompe complètement de dossier, parce que nous ne sommes pas en cause dans le sujet du vin puisque les Français, de toute façon, ne boiront pas plus de vin américain et qui n'en boivent le grand enjeu pour les Etats-Unis, c'est le Royaume-Uni. C'est le marché de destination. Et au-delà de la France, le négociateur, c'est Bruxelles, c'est l'Europe.

Donc, il aborde mal la question, mais il mêle le tout volontairement pour poursuivre sa stratégie.

4:38
Présentateur

Emmanuel Macron a-t-il raison, vous venez d'en parler, est-ce qu'il a raison de dramatiser les enjeux avant les Européennes, d'opposer progressistes et nationalistes, de dire au fond, ce sera moi ou le chaos, et le chaos étant Orban, Salvini et les autres ?

4:52
Dominique de Villepin

Alors, je crois que, sur ce point précis, le président de la République française n'a pas raison. Il n'a pas raison parce que cette dramatisation-là conduit à une polarisation. Et dans le fond, elle conduit à affaiblir l'Europe et à l'empêcher d'avancer sur quelques sujets, que ce soit compte tenu de nos règles d'unanimité. On est bloqué. On est dans un système bloqué et de plus en plus fragilisé alors qu'il y a mille et un défis pour l'Europe à relever à travers le monde. Donc, je crois que cette polarisation, en l'occurrence, elle ajoute à la division et elle ajoute à l'impuissance de l'Europe.

5:28
Présentateur

Vous ne pensez pas que c'est un bon argument, au fond, de dire, dans cette montée généralisée des populismes en Europe, en Amérique latine, c'est eux ou nous ? Est-ce que ce n'est pas malin ou en tout cas porteur ?

5:40
Dominique de Villepin

C'est un argument électoral. Je ne pense pas, y compris sur ce terrain, que ce soit un bon argument. Pourquoi ? Parce que c'est exactement ce qu'attendent les populistes. Plus vous leur donnez d'attention, plus vous clivez avec les populistes, plus les populistes ont d'énergie pour s'affirmer contre vous. Et donc, en l'occurrence, je crois que c'est un schéma perdant-perdant. Perdant pour l'Europe, perdant pour la France dans ce combat. Je crois que l'unité, l'unité de l'Europe est une figure imposée pour la France. Le président de la République doit partir de l'idée que nous n'avons pas d'autre choix que de défendre l'unité.

Et c'est à partir d'une stratégie différente, d'exemplarité, d'avancée, et notamment avec l'Allemagne. C'est pour ça que l'un des points très importants de toute cette polémique, c'est la réponse d'Angela Merkel au Parlement européen. Quand elle parle d'armée européenne et d'une vision qu'il faut défendre en commun, parce qu'il y a beaucoup de chemin à faire pour avancer vers cette idée, elle rend un grand service à Emmanuel Macron, et elle montre une direction qui me paraît essentielle. Il faut donner l'exemple sur ce sujet, parce que c'est une des clés de la puissance européenne, l'armée.

Mais il y a un autre sujet qui n'est pas du tout abordé et qui pourrait constituer la base d'une nouvelle démarche pour Emmanuel Macron, puisque maintenant il semble passer de l'opposition entre populiste et progressiste à la défense.

7:00
Présentateur

A une critique de l'ultralibéralisme aussi.

7:01
Dominique de Villepin

Une critique de l'ultralibéralisme, mais surtout la défense de la souveraineté européenne. Voilà un concept, voilà une idée stratégique qui me paraît tout à fait compatible avec la défense de l'unité européenne. Et qui pourrait être avancée notamment pour bâtir une grande Europe de la puissance, notamment dans le domaine économique et technologique. Voilà un domaine où nous ne devons pas laisser la place à la Chine et aux Etats-Unis, notamment sur l'intelligence artificielle, alors que nous perdons du terrain tous les jours un peu plus.

7:27
Présentateur

Mais est-ce que les forces populistes en Europe veulent ça ? Souveraineté, souveraineté partagée, quelle qu'en soit la modalité ? Est-ce que ça n'est pas le concept de la souveraineté européenne ?

7:37
Dominique de Villepin

C'est pour ça, M. Demorand, qu'il faut être habile. Il faut être habile et ne pas tomber dans le panneau. Si nous confrontons les populistes aujourd'hui, une fois de plus, compte tenu de la colère qui monte en Europe, et on le voit en France avec cette affaire des Gilets jaunes, nous nourrissons la colère, nous nourrissons le mécontentement et nous donnons des arguments pour que le bébé soit jeté avec l'eau du bain. Donc il faut de ce point de vue d'être habile, il faut contourner l'obstacle et se lancer dans une stratégie positive qui permette de faire valoir tout ce que l'Europe pourrait faire.

Et l'Europe a des défis nombreux à relever dans son pourtour et à l'intérieur pour répondre mieux à sa population.

8:13
Présentateur

Est-ce que vous voyez s'installer, comme le disait hier un auditeur de France Inter, une internationale nationaliste ? Une internationale composée de pays européens et pas des moindres, des Etats-Unis et désormais du Brésil aussi, de Bolsonaro ?

8:27
Dominique de Villepin

Il y a le retour d'une compétition idéologique et des systèmes dans le monde. Et on le voit avec l'affirmation des systèmes autoritaires qui apparaissent à beaucoup plus efficaces, davantage capables de contrôler leur société, de répondre aux besoins des sociétés que les régimes des démocraties libérales. Et au-delà de ce premier clivage que vous évoquez, il y a la Chine, il y a la Russie, il y a la Turquie, et bien d'autres pays dans l'Europe centrale et l'Europe de l'Est qui ouvrent la voie à cette nouvelle façon, cette nouvelle gouvernance qui semble donner des leçons, une fois de plus, aux démocraties libérales.

9:00
Présentateur

Mais ça peut être une alliance de substitution entre tous ces pays par rapport à d'autres alliances plus anciennes ?

9:06
Dominique de Villepin

C'est une alliance à l'intérieur de laquelle il y a beaucoup de divisions et beaucoup de différences, mais qui met en difficulté les démocraties libérales qui ont énormément de mal aujourd'hui à marquer des points, à être efficaces et à dominer un certain nombre de questions nationales. On le voit avec le tweet de Donald Trump qui met l'accent là où ça fait mal sur la popularité d'Emmanuel Macron et sur le chômage en France. On voit bien que notre problème à nous tous aujourd'hui, les démocraties, c'est le manque de résultats, le manque de succès, tant sur le front intérieur que sur le front diplomatique. Nous ne donnons pas le sentiment d'être capables de relever les défis.

9:42
Présentateur

Le manque de résultats d'Emmanuel Macron, est-ce que vous êtes de ceux qui disent « Donnez-lui du temps, donnons-lui du temps, il ne peut pas. Rome ne s'est pas faite en un an et demi. »

9:50
Dominique de Villepin

Mais le temps, justement, c'est ce que n'a pas la démocratie. La démocratie, elle a un temps compté. Le régime autoritaire, il a une durée beaucoup plus grande et il peut planifier à 10 ans, à 20 ans. Regardez le 19e congrès qui donne à Xi Jinping la possibilité, dans la durée, d'inscrire son action. Ce n'est pas le cas des démocraties. Les démocraties, elles doivent arbitrer en permanence entre le court terme, le moyen terme et le long terme et faire en sorte que la population soit suffisamment en appui de ce qui est fait pour que cela tienne.

10:20
Présentateur

Comment vous expliquez ? Quel regard vous portez sur ce mouvement du 17 novembre des Gilets jaunes ? Vous, la rue, vous avez bloqué à l'époque où vous étiez Premier ministre avec le CPE. Vous aviez dû reculer face à la pression de la rue. Est-ce que vous y voyez des similitudes ? Est-ce que vous comprenez cette colère sociale ? Qu'est-ce que ça vous évoque ?

10:36
Dominique de Villepin

Il y a très peu de similitudes pour une raison très simple. C'est que le mouvement auquel je faisais face était un mouvement structuré, organisé avec des syndicats, étudiants, ouvriers avec des formations politiques y compris à l'intérieur de ma propre formation politique qui était censée soutenir ma majorité. Donc on était là devant quelque chose de très identifié. Là, c'est différent. Et c'est en cela que c'est beaucoup plus prévisible. La situation d'aujourd'hui ne relève pas d'un calcul. Elle relève d'une colère. Et on a vu l'addition des mécontentements et c'est le risque aujourd'hui, cette agrégation qui peut à un moment donné créer une force qui soit un véritable problème.

11:11
Présentateur

Comment vous l'expliquez, cette agrégation de mécontentement ? Comment vous expliquez... Alors on peut parler des affaires de cet été, de l'affaire Benalla, de la démission de Hulot, de la démission de Colomb. Mais comment vous expliquez que jusque-là, Emmanuel Macron, qui a bénéficié d'un état de grâce pendant quasiment un an, ait perdu la main et que ça se transforme par cette fièvre de colère autour ?

11:34
Dominique de Villepin

C'est la grande difficulté pour la démocratie française de passer de la conquête du pouvoir, de la victoire politique, à l'exercice du pouvoir. Et à peu près tous les gouvernements dans les 15-20 dernières années, pour ne pas dire plus, ont raté la première marche. C'est-à-dire, comment est-ce qu'une fois qu'on arrive au pouvoir, on donne le sentiment de tenir compte à la fois de ceux qui vous ont élus, mais aussi de la réalité de la nation.

Et là, le fait d'être parti avec un seul objectif, une exigence d'efficacité, on fait toutes les réformes, quoi qu'il arrive, on tiendra, le cap est le bon, et à n'importe quel prix, y compris en froissant des parties importantes de la population qui se sont senties trahies, je pense notamment aux personnes âgées, eh bien, on est parti du mauvais pied parce qu'on a lancé, on a donné le sentiment de trahir une exigence de justice sociale. Et à partir du moment où on enlève l'impôt sur la fortune et on confirme cette image, il est extrêmement difficile de revenir en arrière.

12:35
Présentateur

C'est ça le péché originel ? C'est l'ISF ?

12:38
Dominique de Villepin

C'est cela, et c'est surtout l'augmentation des taxes pour les plus défavorisés, n'avoir pas pris en compte cette exigence de cohésion, de légitimité, en prenant en compte la justice sociale. Et c'est pour ça que je crois qu'Emmanuel Macron n'évitera pas un aggiornamento. Ce n'est pas en répétant « je ne changerai pas de cap ». Évidemment, l'objectif doit être de poursuivre les réformes. Et évidemment, sur ce point, il a raison. Mais il faut donner le sentiment de davantage écouter et il faut être capable de se faire mal et faire mal à sa politique parce qu'il y a une réalité sociale, une réalité populaire qui a été oubliée. Avant de donner la parole

13:11
Présentateur

aux auditeurs de France Inter, une dernière question sur la Californie qui est en train de brûler en ce moment à travers elle. C'est la maison qui brûle pour reprendre l'image fameuse et les mots fameux de Jacques Chirac. La COP24 se profile début décembre en Pologne. On ne vous a pas entendu, Dominique de Villepin, sur le sujet depuis la démission de Nicolas Hulot, notamment. Est-ce qu'on est en train de perdre la bataille du climat ?

13:36
Dominique de Villepin

On perd deux batailles. On perd la bataille du climat et on voit bien que tout ce que nous faisons n'est pas à la hauteur de ce que nous devrions faire si nous voulions rester dans le cap qui a été fixé et sur lequel s'entendent aujourd'hui tous les experts. Et on est en train de perdre plus immédiatement une deuxième bataille politique qui est que l'écologie, dans la mesure où elle ne fait pas partie des priorités affirmées par la plupart des gouvernements européens, on offre un boulevard à des forces écologistes, on le voit en Allemagne et on va le voir, je pense, dans le cadre des élections européennes de façon évidente.

Et de ce point de vue-là, Emmanuel Macron, qui doit rapatrier cette idée de l'unité de l'Europe, doit aussi rapatrier cette conscience universelle, il l'a affirmé politiquement à travers son opposition à Donald Trump et au retrait américain de l'accord de Paris, il doit le faire beaucoup plus fortement et de ce point de vue-là, ce qui se joue sur les taxes gazole, essence, n'est qu'un élément d'une partie beaucoup plus importante et effectivement, avec Nicolas Hulot, il a perdu l'occasion d'une impulsion extrêmement forte, extrêmement moderne et tout à fait nécessaire avec l'écologie.

14:49
Présentateur

Vous avez compris sa démission ? Vous avez compris la démission ?

14:51
Dominique de Villepin

Oui, je l'ai compris, je connais un peu Nicolas Hulot et je crois qu'il avait le sentiment à la fois de ne mettre pas à sa place et d'être totalement impuissant dans un système où il était marginal. Une fois de plus, pour quelqu'un qui porte une conscience écologique aussi forte, le sentiment qu'il n'est qu'une variable d'ajustement d'une politique n'est pas acceptable. Et à un moment donné, il avait le sentiment de trahir ses idéaux.

Il est parti et je pense que, de ce point de vue, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont gâché une carte parce qu'une des vraies questions, un des vrais enjeux, je pourrais développer la même chose sur le plan de la diplomatie française qui doit revenir d'une diplomatie qui est en train de se heurter au mur des réalités à une diplomatie traditionnelle d'équilibre et de médiation. On a perdu ce cap et bien sur l'écologie, on a perdu le cap d'intégrer cet objectif à la grande politique et ça fait défaut. Aurélie est au standard. Bonjour et bienvenue.

15:42
Auditeur

Bonjour à tous. Bonjour à monsieur Viltin. J'ai toujours un plaisir d'échanger avec vous. Merci. Ma question, ça n'a rien à voir. Ça concerne le Yémen. Je ne sais pas si vous avez pu entendre l'interview de monsieur Bouterès il y a deux jours sur la médecinelle à l'Inter. Est-ce que vous pensez, comme lui, qu'une solution à ce conflit est possible ? Et deuxième question, est-ce que vous pensez qu'il y a un débordement possible dans le Moyen-Orient ?

16:09
Présentateur

Merci Aurélie pour cette question. Dominique de Villepin vous répond.

16:11
Dominique de Villepin

C'est un enjeu majeur et vous avez tout à fait raison. Nous avons aujourd'hui la possibilité d'avancer rapidement sur cette crise extrêmement grave et les souffrances et face aux souffrances de ces populations. Nous avons une chance très forte parce que l'Arabie saoudite se retrouve mise sur le banc des accusés avec cette dramatique affaire Khashoggi et que nous, Européens, nous avons des leviers forts sur l'Arabie saoudite et sur les pays de la région pour pousser une négociation. Est-ce que vous avez compris ?

Je pense que l'Iran par ailleurs est lui-même face à des difficultés puisqu'il est fragilisé par le retrait américain de l'accord nucléaire et donc dans ce contexte on a la possibilité de pousser les deux acteurs principaux de cette crise yéménite vers la négociation et la recherche d'un accord. C'est dans l'intérêt de tous et y compris de la Russie qui est devenue un des grands acteurs de cette région. Donc oui, il y a un momentum sur le Yémen et la diplomatie française s'honorerait à s'engager davantage sur cette question. Avez-vous compris

17:12
Présentateur

la position de Jean-Yves Le Drian quand il disait qu'à propos de l'affaire Rachoghi, la Turquie avait en substance un agenda politique qu'elle poursuivait ? Ça a suscité la colère de la Turquie ? Est-ce que c'est tout simplement une gaffe ou d'après vous le signe discret d'un soutien résolu tout de même à l'Arabie Saoudite ?

17:31
Dominique de Villepin

C'est toujours très difficile pour un ministre des affaires étrangères de se positionner en observateur d'une crise et d'interpréter l'attitude des uns et des autres. Il vaut mieux être dans l'action et je pense que d'une façon générale le rôle de la France sur cette crise à la fois l'affaire Rachoghi et en même temps la crise régionale c'est d'agir. C'est ça qui doit nous obséder. Il s'est tenu une réunion à Palerme sur la Libye c'est pareil. Sortons du rôle d'observateur pour rentrer dans le rôle d'acteur et essayons de concentrer nos actions à travers quelques lignes de force.

18:05
Présentateur

Les ventes d'armes c'est la question de tarte à la crème c'est la serpente mère est-ce qu'on continue à vendre nos armes à l'Arabie Saoudite ? L'Allemagne a dit non et Merkel a dit on arrête après Rachoghi non on a dit rien.

18:14
Dominique de Villepin

Mais vous soulevez ce qui constitue aujourd'hui un des points forts de la diplomatie française c'est la capacité d'agir en tandem avec l'Allemagne si nous agissons de concert avec l'Allemagne et si sur ces grandes crises nous sommes capables de mettre notre poids dans la balance nous serons évidemment plus forts à condition une fois de plus de revenir à une diplomatie d'équilibre et de médiation et de sortir du brouillard de certaines stratégies inefficaces.

18:39
Présentateur

Mais Merkel avait raison de dire il faut arrêter de vendre les armes à l'Arabie Saoudite ?

18:42
Dominique de Villepin

Merkel a raison de poser la question de l'utilisation de ces armes ça doit faire partie d'une diplomatie évidemment confidentielle en direction de l'Arabie Saoudite mais pour sortir de la crise dans laquelle la région est plongée oui il y a des arguments à faire valoir à l'Arabie Saoudite et il y a un dialogue à engager et malheureusement nous avons un adversaire dans cette affaire c'est les Etats-Unis qui eux cautionnent par intérêt tout et n'importe quoi dans cette région et disent à travers une alliance contre nature.

19:10
Présentateur

On ne va pas perdre en plus les contrats d'armement. Sophie bonjour !

19:13
Auditeur

Bonjour ! Bonjour à vous tous !

19:15
Présentateur

Bonjour !

19:16
Auditeur

Moi j'ai deux questions la première pourquoi selon monsieur de Villepin l'OTAN n'est toujours pas dissoute alors qu'elle n'a plus lieu d'être depuis la fin de la guerre froide et deuxièmement qu'en créerons-nous l'OTAN un OTAN européen au-delà d'une armée européenne un OTAN continental.

19:33
Dominique de Villepin

Merci pour cette question Dominique de Villepin vous le savez je n'étais pas favorable au retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN et la question que vous posez c'est celle du passage de l'OTAN qui effectivement ne me paraît pas être la bonne réponse pour les Européens aujourd'hui mais du passage de ce système de défense largement lié aux Etats-Unis à un nouveau système et ça peut se faire qu'à travers le temps avec une prise de responsabilité des Européens et c'est là où à la fois Emmanuel Macron et Angela Merkel à travers la réflexion et la vision à définir sur l'armée européenne ouvre une voie ça ne peut être qu'un processus alors il faut savoir que dans ce processus nous sommes malheureusement très vulnérables parce que les Américains détiennent la capacité de jouer sur un levier majeur qui est la peur des pays de l'Europe centrale et des pays d'Europe de l'Est jusqu'aux pays baltes vis-à-vis de la Russie et là ils tiennent en otage en quelque sorte notre capacité à avancer et c'est pour cela que je pense depuis des mois qu'arrive le moment où il faut que nous ayons une explication dans le secret d'un bureau en face à face avec Donald Trump et j'ai souhaité depuis plusieurs mois qu'Emmanuel Macron à un moment donné puisse dire clairement à Donald Trump que nos intérêts peuvent diverger que nous pouvons avoir des intérêts et des stratégies différentes on le voit tous les jours et qu'entre Européens et en particulier avec Angela Merkel nous soyons capables à partir de là de construire quelque chose qui soit plus proche des intérêts de l'Europe

20:59
Présentateur

Antonin vous pose cette question par courrier électronique êtes-vous certain qu'une armée européenne n'est pas l'exemple même de la fausse bonne idée le général de Villiers interviewé tout à l'heure par Léa a dit que personne ne s'engagerait pour le continent européen contrairement aux engagements pour un pays ou pour une nation on ne meurt pas pour l'idée européenne a dit en substance le général qu'en pensez-vous que dis-vous

21:21
Dominique de Villepin

le général si je l'ai bien écouté a dit aujourd'hui l'Europe peu à peu prend conscience de son identité commune sur le plan culturel et sur le plan historique et je ne suis pas sûr que peu à peu n'émerge pas cette conscience européenne sans compter que malheureusement je ne suis pas sûr non plus qu'il y ait beaucoup de candidats y compris pour mourir pour leur propre état quel que soit l'état européen auquel ils appartiennent donc nous avons changé d'époque et les questions de défense et de sécurité ont changé aussi mais il y a une chose dessus c'est que nous ne pouvons pas compter comme l'a dit Angela Merkel sur les autres pour assurer notre propre défense et les questions de défense et de sécurité y compris d'immigration et de contrôle de nos frontières cela relève de la souveraineté européenne c'est pour ça qu'Emmanuel Macron a raison de mettre en avant ce concept de souveraineté européenne il faut être indépendant

22:12
Présentateur

elle est où la souveraineté européenne face aux sanctions contre l'Iran on s'est plié aux injonctions américaines il n'y a plus une entreprise française qui fait du business avec l'Iran vous voyez

22:19
Dominique de Villepin

madame Salamé vous avez parfaitement raison et pourquoi parce que nous ne nous sommes pas dotés au fil des années des mécanismes et notamment des mécanismes financiers qui pourraient nous aider où est le système SWIFT européen où est la capacité d'avoir ce qu'on appelle en jargon anglo-saxon le special purpose vehicle l'outil qui permettrait de commercer avec l'Iran sans passer par le dollar et en garantissant en quelque sorte ces échantillons tout ça est à inventer c'est très difficile mais c'est pour dire que le travail qui est sur la table de l'Europe est colossal et concentrons-nous sur l'essentiel avec des priorités bien définies Dominique de Villepin merci

22:55
Présentateur

merci à vous merci beaucoup d'avoir été à notre micro ce matin et bon anniversaire c'est votre anniversaire aujourd'hui c'est un triste anniversaire un an de plus