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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 2 décembre 2023 26 min

Jean-Luc Mélenchon : "Il n'y a plus de Nupes, c'est un constat, mais ce n'est pas de mon fait"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Invité

France Inter. Alibadou.

0:07
Présentateur

Invité du grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, sa parole est très attendue. Plusieurs semaines qu'il ne s'est pas exprimé dans les médias. Il parcourt la France avec une série de conférences autour de son dernier livre « Faites mieux ! » fondateur de la France Insoumise, co-président de l'Institut La Boétie. Vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Jean-Luc Mélenchon.

0:33
Jean-Luc Mélenchon

Oui, bonjour. Écoutez, je voudrais d'abord dire quelque chose. Non, il n'est pas vrai que nous dépendions exclusivement de l'opinion israélienne pour que cesse le massacre à Gaza. On va y venir, Jean-Luc Mélenchon. Non, il faut tout de suite qu'on y vienne pour qu'on dise qu'il reste la possibilité de faire des sanctions et surtout que l'opinion publique mondiale montre qu'elle désapprouve absolument ce massacre et cet après-midi, nous nous retrouverons à 14h Place de la République pour ça.

0:58
Présentateur

Puisque vous avez lancé un appel à défiler pour la paix, on va y revenir à la situation au Proche-Orient. Jean-Luc Mélenchon, bienvenue en tout cas, merci d'être sur France Inter ce matin. Si la politique était affaire de météo, en un mot, quel temps fait-il en France ?

1:12
Jean-Luc Mélenchon

C'est l'hiver, il fait froid, très froid, de pauvres gens grelottes, ne sont pas chauffés, ne sont pas nourris, des enfants sont dans la rue la nuit, c'est l'hiver, c'est l'hiver et des fascistes manifestes, bras tendus, vociférants, menaçant tout le monde et surtout ceux qui n'ont pas à leurs yeux la bonne couleur de peau ou la bonne qualité de cheveux.

1:35
Présentateur

Alors, beaucoup de questions à vous poser Jean-Luc Mélenchon, rassemblement hier soir et vous en parliez ou vous l'évoquiez, vous le sont entendu en plein cœur de Paris à l'appel d'un groupe d'ultra-droite, manifestation lancée pour réclamer, je cite, justice pour Thomas, cet adolescent tué à Crépaule il y a près de deux semaines, des saluts nazis, des slogans, français réveille-toi, tu es chez toi, crier devant le Panthéon, qu'est-ce que ça vous a inspiré ?

1:59
Jean-Luc Mélenchon

D'abord un immense dégoût, mais en même temps j'y vois le signal d'une époque, la banalisation de l'extrême droite a évidemment favorisé son extrémisation et nous voici rendus maintenant à ce genre de démonstration.

Ce qui est certain c'est que c'est une erreur totale de diagnostic qui a été faite par toute une série d'observateurs, il y a maintenant plusieurs années que les services de renseignement intérieur indiquent que l'un des principaux dangers de violence vient de l'ultra-droite et vous savez qu'il y a un rapport de l'Assemblée Nationale qui a été fait par un macroniste et un écolo, donc je n'y suis pour rien, et qui dit en général la violence dans la société baisse, mais augmente la violence politique et celle-ci est exclusivement le fait de l'ultra-droite qui s'attaque aux personnes.

Alors on dit des fois dans les manifs de gauche il y a aussi des violences, oui mais ce sont premièrement des violences contre des biens et deuxièmement ce sont des violences qui sont faites en dehors de la volonté des organisateurs de ces manifestations.

3:04
Invité

Mais justement là le préfet voulait interdire cette manifestation à la demande du ministre de l'Intérieur parce qu'il craignait des troubles à l'ordre public et c'est le tribunal administratif qui a dit non elle va avoir lieu, comment vous la comprenez cette décision ? Vous êtes comme Gérard Darmanin scandalisé par cette manifestation ?

3:18
Jean-Luc Mélenchon

Il faut faire très attention parce qu'il y a un parallélisme des formes qui serait évidemment fait en 5 minutes, c'est que nous-mêmes nous faisons l'objet d'interdictions systématiques dans toutes les manifestations en défense de la population de Gaza. Par exemple c'est le cas en Haute-Garonne et plusieurs départements où les préfets interdisent systématiquement et donc des fois à la dernière minute la justice permet. Il y a aussi des manifestations auxquelles vous avez refusé de participer ? Pardon ? Il y a des manifestations auxquelles vous avez refusé de participer ? Non il y en a une à laquelle il n'y a pas des manifestations à Libadou.

Toutes les manifestations qui se déroulent en défense de la population de Gaza contre les massacres et pour la libération des otages cela va de soi et pour le cesser le feu immédiat nous y sommes. Nous ne sommes pas allés à la manifestation du 12 novembre à l'appel du président du Sénat et de l'Assemblée nationale. Exactement, qui a été un événement pitoyable dans la mesure où compte tenu des conditions dans lesquelles elle a été convoquée cette manifestation, il n'y a eu que 100 000 personnes dans tout le pays alors que nous sommes innombrables et par millions. Ce pays n'est pas raciste, ce pays n'est pas anti-sémite mais surtout ça a été un événement considérable.

c'est que la peine d'indignité nationale qui touchait l'extrême droite ce jour-là a été levée. Et on a fait une manifestation contre l'antisémitisme avec des antisémites.

4:41
Invité

Mais donc là vous dites quoi ? Que cette manifestation, le tribunal a eu raison de l'autoriser parce que liberté d'expression ?

4:47
Jean-Luc Mélenchon

Je ne dis pas ça, je ne dis rien du tout. Le tribunal intervient et décide ça. Maintenant comment se fait-il qu'il y ait dans notre pays des organisations qui puissent s'en prendre aux personnes, qui puissent faire actes publics de racisme, qui puissent faire des saluts nazis et le reste ? Pardon, mais ces gens-là on sait qui c'est. Ce n'est absolument pas des passants dans la rue qui tout d'un coup surgissent. Non, c'est reconstitution de ligues dissoutes. Monsieur Darmanin n'a rien fait. Le groupe Génération Identitaire a été dissout et il s'est reconstitué.

Et maintenant on a beau jeu de protester à propos d'une décision de justice, comment se fait-il que ces gens soient en état d'organiser une manip de cette nature ? C'est ça le vrai problème. Et il y en a plein le pays, et pardon, je voudrais maintenant dire un mot. Oui, nous payons cher, d'accord ? Personnellement, j'ai fait l'objet de deux tentatives d'attentats, d'assassinats. L'un a été condamné à 9 ans et l'autre à 18 ans. Trois de nos amis ont eu leur domicile incendié. Nous sommes dix à vivre sous menace de mort. Trois ont été agressés dans la rue. Et j'en passe, et les agressions contre nos téléphones, quelqu'un parmi nous a dû changer trois fois d'adresse.

Je vous signale que c'est ça le prix que nous payons, nous les insoumis, mais parmi d'autres. Nous le payons à cette forme de banalisation de l'extrême droite qui a eu lieu pendant toute cette période. Et pardon de vous le dire, je sais que vous allez mal le prendre, parce que ça touche les corporations, mais le système de l'information en continu, qui a besoin sans cesse d'événements qui font le buzz, ont banalisé et donné un poids à cette extrême droite qu'elle n'a pas.

6:18
Présentateur

Pas seulement, vous avez dit il y a deux jours à Rochefort que vous avez été vous-même affecté par les accusations d'antisémitisme, que vous en aviez pris l'habitude, mais que vous ne le supportiez toujours pas. Votre parole est très attendue pour que vous vous expliquiez ou qu'on comprenne, Jean-Luc Mélenchon, une série de mots que vous avez écrits, prononcés, ou pas dits justement, pas prononcés, qui ont pu choquer, blesser, révolter, y compris dans votre propre camp. Dites les mots.

6:44
Jean-Luc Mélenchon

Qu'est-ce qui vous a empêché ? Vous aussi, vous avez des silences qui nous posent problème. Laissez-moi terminer ma phrase, Jean-Luc Mélenchon. Non mais attendez, par exemple, le traitement des prisonniers dans les prisons israéliennes qui viennent d'être libérées. Attendez, je n'ai pas terminé ma question. C'est une question ce que vous avez de faire. Les mots qui ont blessé, nananana.

7:02
Présentateur

C'est un constat. Qu'est-ce qui vous a empêché de dire l'évidence et de parler d'attaques terroristes du Hamas, pour la plupart des civils, le samedi 7 octobre ? C'est ça les mots qui ont blessé ? Pardon, Ali Badou. Les mots qui n'ont pas été prononcés ? Les mots qui n'ont pas été prononcés ? Voilà, et qui ont choqué, qui ont révolté, et qui vous ont valu, par exemple, d'être accusés d'antisémitisme ?

7:20
Jean-Luc Mélenchon

Par une petite poignée de gens, névrotiquement manieurs du rayon paralysant, qui est d'accuser d'antisémite tout ce qui bouge et qui n'est pas de leur avis. Et voilà comment, au début, bon, Mélenchon avait pris l'habitude, voilà que Macron s'est retrouvé accusé d'antisémitisme, voilà que M. De Villepin s'est retrouvé accusé d'antisémitisme, mais les miroirs, bientôt, vont être accusés d'antisémitisme. Où va-t-on comme ça ? C'est incroyable, je suis un homme politique. Je suis donc responsable des paroles que je prononce, en pensant qu'un jour ou l'autre, nous exercerons le pouvoir. Et nous aurons donc, à ce moment-là, des comptes à rendre sur le vocabulaire que nous utilisions.

Nous n'avons jamais contesté le fait que des actes puissent être de nature terroriste, c'est-à-dire destinés à faire la terreur. Dans l'attaque du 7 octobre, il y a des actes terroristes, des actes terroristes. Dont vous ne qualifiez pas le groupe à masse de terroristes. Non, attendez. C'est ce qu'on vous a reproché. Oui, mais je m'en fous de ce qu'on me reproche. Moi, ce qui m'importe, c'est ce que je pense. Mais M. Ali Badou... Oui, c'est indifférent. Vous le disiez publiquement, il y a deux jours à Rochefort. Voilà, d'accord. Allez, je ne sauterai pas la corde, Ali Badou. D'accord ? Je suis responsable de mes propos et je dis ce que je veux.

Par conséquent, je dis qu'il y a des actes destinés à semer la terreur. Dans l'attaque du Hamas, il y avait quatre casernes qui étaient visées et une rêve-partie. Alors, pardon, ce n'est pas un objectif militaire. Une rêve-partie et personne ne me le fera dire. Mais quand on prend le vocabulaire de la guerre contre le terrorisme, quand on parle de terrorisme, d'une organisation qui a pour but le terrorisme, alors on passe dans un autre registre de vocabulaire. Ce n'est plus la loi et le droit international, c'est la lutte du bien contre le mal dont se réclame M. Netanyahou. Et l'inventeur de tout ça, M.

Samuel Humtinton, penseur nord-américain, qui a établi que dorénavant il y avait un choc des civilisations dont l'islam serait le protagoniste face au gentil Occident. Voilà ce que le vocabulaire, je ne veux pas utiliser. Donc, je parle de crimes de guerre. Et je dis, et je redis, et je re-redis, tous les crimes de guerre doivent être punis. C'est la raison pour laquelle, s'il y avait des sanctions...

9:29
Présentateur

C'est dans votre propre camp, Jean-Luc Mélenchon. On a entendu François Ruffin, député français-soumise, qui vous a répondu dans Le Monde, en regrettant, je cite la parole de votre groupe, que cette parole ne soit pas à la hauteur de la gravité des événements. Ce sont ses mots.

9:43
Jean-Luc Mélenchon

Parfait. Ses mots lui appartiennent, et ce n'est pas mon avis. Donc il a tort. Écoutez, arrêtez, la provoque. Non, ce n'est pas votre avis. Oui, c'est ça, il a tort, machin. Vous aimez la baston, le buzz. Pas du tout. C'est vous qui pourrissez la vie politique de ce pays. Non, je n'ai pas le droit. A provoquer sans arrêt, au lieu de discuter tranquillement des idées, de ce que l'un, de ce que l'autre dit, il faut que ce soit par nécessité violent, contradictoire. Je vous parle de moi, M. Badou, et vous allez écouter ce que je dis.

Et je dis que entrer dans la guerre contre le terrorisme, c'est accepter un vocabulaire qui n'est pas le nôtre, et qui nous éloigne d'une chose qui, elle est très précise, le crime de guerre. Et la convocation de la Cour pénale internationale. Et puisque vous citez François Ruffin, vous aurez le bon goût de vous rappeler qu'il vient de publier une tribune dans laquelle il demande qu'Israël soit amené, le gouvernement d'Israël, M. Netanyahou, à la Cour pénale internationale, et que la Cour pénale internationale puisse entrer à Gaza, ce que j'approuve absolument, et que nous défendons au Parlement européen.

Si nous ne mettons pas de l'ordre, nous avons besoin d'un monde ordonné, pas d'un monde multipolaire, d'un monde ordonné autour de la loi, et des organisations internationales. Si vous ne comprenez pas ça, tous ceux qui m'écoutent, alors vous êtes partis dans une logine de guerre sans fin. Il nous faut l'ordre international. Nous n'avons rien d'autre, hélas, que cet ordre international. Et nous autres Français, nous devrions en être particulièrement fiers, parce que la première société des nations a été à l'initiative d'un Français, Aristide Briand, et qu'ensuite l'ONU, que nous avons, qui est pleine de défauts, mais du moins existe-t-elle.

Sinon, nous serions abandonnés aux fauteurs de guerre.

11:20
Invité

Et là, je ne vous parle pas de crime de guerre, mais d'une explosion des actes antisémites, qui est une réalité en France, depuis le début du conflit au Proche-Orient. 1500 actes ont été commis, en tout cas recensés, c'est trois fois plus qu'en 2022. Qu'est-ce que vous avez à dire, à faire, à proposer face à la montée de cette haine ?

11:36
Jean-Luc Mélenchon

Alors, d'abord, qu'on se comprenne bien. Il y a les actes antisémites, il y a les actes anti-arabes, qui sont islamophobes, il y en a par centaines. Alors ceux-là, vous n'en connaissez pas les chiffres, évidemment. Et c'est seulement parce que vous n'avez que ces chiffres-là que vous les mentionnez. Ce que je veux dire, oui, parce que vous n'en parlez pas.

11:56
Invité

Il y a des rapports qui montrent la montée de la discrimination dans tous les domaines, dans tous les secteurs.

12:02
Jean-Luc Mélenchon

Il y a des actes contre les musulmans et contre les arabes dans ce pays. C'est pas mal, on progresse. Mais ce que je veux dire fondamentalement, il faut que vous m'entendiez. Nous sommes, nous, anti-racistes. Nous sommes engagés dans la lutte anti-sémitisme, contre l'antisémitisme. Pourquoi ? Parce que c'est nous que ça menace, comprenez-le bien. Le venin que l'ennemi va diffuser dans le peuple, que nous avons intérêt à unir autour de ces revendications communes. C'est le racisme. C'est-à-dire que si vous...

12:30
Invité

L'ennemi, c'est qui, pardon ?

12:31
Jean-Luc Mélenchon

Pardon ? L'ennemi, c'est qui ? L'ennemi, c'est l'adversaire, le système en place, l'ordre... Autrefois, on disait l'ordre bourgeois, le capitalisme. Pourquoi ? Parce qu'il a en face de lui le très grand nombre. Donc nous devons l'unifier. Et lui, comment voulez-vous qu'il le divise ? Aujourd'hui, il ne peut pas dire aux gens « Beau, c'est dur, ça va aller mieux demain ! » Parce que ce n'est pas vrai. Si vous bossez dur, ça ne va pas mieux pour vous. Par conséquent, il ne lui reste qu'une arme. C'est le racisme et l'extrême droite. Donc nous sommes les premiers, la première ligne de la lutte contre le racisme. Tous les racismes. Parce que c'est nous que ça divise.

Les autres, ça ne les divise pas, ils sont tranquillement chez eux. Vous inquiétez pas, quand ils sont riches, ils se supportent tous les uns les autres. Mais c'est parmi les pauvres, c'est parmi les travailleurs que le racisme fait les plus grands dégâts. C'est la raison pour laquelle la première lutte de la ligne, alors on m'a dit que j'exagérais, mais c'est la vérité pure et simple parce que ça participe de notre stratégie politique, l'unité du peuple et le refus absolu de sa division sur des motifs indépassables. Parce que le racisme, qu'est-ce que vous voulez qu'on dise quand quelqu'un est convaincu que quelqu'un à cause de sa religion ou de sa couleur de peau est infréquentable ?

Qu'est-ce que vous voulez qu'on raconte ? Nous, on passe derrière, on dit mais vous êtes fous, réfléchissez. Mais le temps d'extirper ce venin est tellement long, tellement compliqué. La France a connu ça, vous le savez, d'innombrables fois.

13:46
Présentateur

Quand Éric Zemmour parle de la France qui contiendrait aujourd'hui

13:49
Jean-Luc Mélenchon

deux peuples, qu'est-ce que vous lui répondez ? Que ça prouve une bonne foi qu'il ne comprend rien à l'identité de la République française. La France, bien sûr...

13:59
Présentateur

Vous avez plusieurs fois parlé de créolisation,

14:01
Jean-Luc Mélenchon

ce qui est antipode, justement, de son expression. Oui, oui, alors ça leur rend malade, mais il fallait bien que je trouve un mot qui me permette de faire comprendre comment l'universalisme était un facteur de rassemblement et non de division. Parce que c'est vrai, Ali Badou, que dans le passé, moi je suis un homme engagé depuis longtemps, on ne souciait pas trop des détails. Donc on disait, allez hop, bon, voilà, l'universalisme, il n'y a que ça de vrai. Et puis il y a des tas de gens qui souffraient parce que leur différence de couleur de peau ou de religion faisait qu'ils étaient exposés à toutes sortes d'avanis et ils avaient l'impression que des gens comme moi n'avaient pas contre.

C'est pourquoi je suis entré dans le détail, j'ai réfléchi. Alors je dis à Zemmour la première chose, le peuple français, M. Zemmour, n'est pas une ethnie. Le peuple français est un peuple rassemblé par un contrat politique qui s'appelle liberté, égalité, fraternité qui est un contrat laïc. Il n'y a donc qu'un seul peuple français, un et indivisible, qui répond de la communauté légale, c'est-à-dire des droits que nous partageons. La créolisation, ça veut dire une chose que M. Zemmour et quelques autres n'ont pas compris.

Les peuples se mélangent culturellement, pauvre ami, pas seulement parce qu'ils font des enfants ensemble, ça c'est le métissage, mais il y a une qualité supérieure typiquement française, la créolisation, c'est-à-dire que les cultures s'interpénètrent et font jaillir du nouveau. C'est en français le poète Édouard Glissant qui a fait naître ce concept de créolisation et la France est en pleine créolisation, virgule, tant mieux.

15:27
Présentateur

Encore une question sur le conflit israéloporti, palestinien, c'est une région du monde et un conflit que vous connaissez depuis longtemps, on a été quand même surpris jeudi de vous entendre comparer Gaza et Guernica comme ce que vous avez dit à Rochefort. Est-ce que vous comprenez que ça puisse choquer cette comparaison ? En 1937, ce sont les avions allemands, les avions nazis qui bombardent Guernica pour appuyer l'armée fasciste de Franco et comparaison n'est pas raison ou expliquez-nous Jean-Luc Mélenchon

15:55
Jean-Luc Mélenchon

il faut de toute façon chaque fois que je fais un discours quelconque, ce qui rend maintenant mes prises de parole compliquées, quelqu'un trouve un mot que j'ai dit ou comme vous l'avez dit tout à l'heure que je n'ai pas dit ce qui est encore mieux que tout. Non, j'ai regardé la conférence

16:07
Présentateur

dans son intégralité c'est vous qui avez fait la comparaison.

16:09
Jean-Luc Mélenchon

Je sais que vous avez regardé bien sûr que j'ai fait cette comparaison, pourquoi ? Alors expliquez-nous. Quand le tableau a été fait par Picasso, c'était les premières fois où l'on voyait apparaître le concept de guerre totale. Alors il y avait eu le début de la guerre totale pendant la guerre de 1914 mais c'était la première fois qu'on voyait comment des puissances alliées alors il faut d'abord avant toute chose penser aux êtres humains vous voyez ? Bon je sais que c'est un détail mais les gens se font la guerre sur le dos des autres et Guernica est frappé pourquoi ? Parce qu'on avait massacré tout le monde.

Alors là il y avait des paquets de gens y compris des fachos qui étaient sous les bombes donc le sujet n'était pas purement politique il était sur qu'est-ce que le concept de guerre totale ? Voyez-vous à Gaza si vous ne le savez pas je vous l'apprends il est mort plus de monde en 42 jours qu'il n'en est mort en 4 ans de siège à Sarajevo. D'accord ? C'est un massacre de masse.

Prenez le problème par le bout que vous voulez on dirait que ça choque mais bien sûr que ça choque un massacre de masse toutes les personnes quelle que soit leur religion quelle que soit leur appartenance politique j'ai des amis qui partagent beaucoup d'affection comme d'autres partagent beaucoup d'affection pour les palestiniens pour les israéliens ce que je comprends mais qui sont eux-mêmes choqués ne croyez pas qu'une identité nationale ou une religion vaille solidarité avec les massacres de même quand il y a de la violence islamiste et bien les premières victimes qui c'est les musulmans eux-mêmes aujourd'hui à l'échelle du monde de même là nous devons protester toujours au nom de l'humanité il faut se rappeler que nous sommes le peuple humain peu importe notre religion ou notre couleur de peau une bombe qui tue des gosses tue nos gosses quels qu'ils soient et que le gosse qui est mort soit israélien ou qu'il soit palestinien cela est insupportable chaque vie en vaut une autre s'il n'y a pas des gens comme nous pour le faire et vous voyez quelle pression nous subissons c'est que nous sommes obligés continuellement de nous justifier mais c'est ceux qui massacrent et qui ne disent rien qui devraient se justifier

18:08
Invité

le peuple humain qui se retrouve en ce moment à Dubaï pour la COP 28 puisque notre avenir est en jeu ça c'est clair mal barré et alors voilà justement qu'est-ce que vous en attendez de cette COP ce matin la France a réussi à séduire une vingtaine de pays pour les amener à multiplier les installations nucléaires pour tripler l'énergie nucléaire

18:26
Jean-Luc Mélenchon

alors s'il y a une stupidité c'est bien celle-là car on se rassemble pour lutter contre le dérèglement climatique naturellement à commencer par dire on espère toujours beaucoup quand a été terminée la COP 21 de Paris on espérait tous beaucoup et d'ailleurs on s'était donné le mot entre nous pour se féliciter se réjouir applaudir et acclamer la plupart d'entre nous connaissaient le côté bidon de la conclusion puisque la première conclusion était il ne faut pas augmenter la température de plus de 2 degrés et que les îles sont venus en disant non on est bien signé mais à 2 degrés on est noyé donc marqué 1,5

19:00
Invité

et il y a un fond de compensation

19:00
Jean-Luc Mélenchon

pour nager c'est ça pour créer des bouées non mais attendez je plaisante à peine il y a un endroit en Inde où comme ils sont inondés régulièrement la seule parade qu'ils ont trouvée c'est d'apprendre à nager à tout le monde mais là pardon je termine juste cette histoire on savait que les engagements des états à ce moment-là la COP 21 aboutissait à une augmentation de la température de 3,5 degrés par conséquent nous sommes entrés dans le changement climatique il est irréversible la France a pris une position ridicule et l'a fait partager par 10 de vaut de pays parce que figurez-vous le triplement de la capacité nucléaire d'ici 2050 voilà nucléaire civile attendez laissez-moi au moins dire pourquoi c'est absurde bien sûr

19:40
Présentateur

il y a de nombreuses questions

19:42
Jean-Luc Mélenchon

les auditeurs également oui oui attendez il faut penser à la tête d'oeuf qui a trouvé ça figurez-vous que dans le changement climatique il se passe une chose tout à fait bizarre c'est le réchauffement et voyez-vous quand ça se réchauffe et bien ça réchauffe l'eau l'eau des fleuves qui est moins dense et l'eau est plus chaude et par conséquent ne peut pas refroidir le nucléaire alors outre les dangers spécifiques du nucléaire l'idée est ridicule voilà je redis ridicule et bien digne de quelqu'un qui se préoccupe surtout de l'avenir de l'industrie nucléaire davantage que de la sauvegarde de l'humanité et surtout mais évidemment c'est un acquis illuminé au nucléaire au lieu de développer comme on devrait le faire en ce moment même les méthodes que l'on a par exemple dans la rate de Brest ou bien dans le fleuve Gironde à Bordeaux qui est de mettre en place des machines qui utilisent le mouvement mécanique de l'eau gratos et non et non polluant il s'en va chercher le nucléaire qui coûte des milliards et dangereux et nécessite des installations et tout un ensemble sécuritaire qui pose problème vous verrez rappelez-vous bien de ce que je vous dis les gens un seul coup et c'est fini pour nous les français un seul incident et c'est fini pourquoi on a besoin du personnel nucléaire pour démonter tout ça

20:55
Présentateur

alors d'un mot il y a aussi des nombreuses questions d'auditeurs on va y venir parce qu'elles sont essentiellement politiques ce matin mais il y a un sujet qui est important c'est celui que met en avant le réalisateur Lajli dans un film bâtiment 5 qui sort en salle aujourd'hui c'est la question du logement vous dites que la ville est une nouvelle conflictualité qu'elle crée de l'exclusion et même une ségrégation pourquoi est-ce que cette question de la violence est indissociable de celle du logement selon vous ?

21:22
Jean-Luc Mélenchon

bon alors d'abord parce que le logement c'est l'angoisse numéro 1 des gens qui n'arrivent plus à booker la fin de mois ils n'ont qu'une peur c'est qu'on les fiche dehors de leur logement et comprenez pourquoi le film s'en mercredi prochain il n'y a pas besoin de faire de démonstration c'est l'angoisse absolue parmi les 4 ou 5 fonctions essentielles de la vie humaine il y a de pouvoir disposer d'un endroit à soi pour pouvoir y être en sécurité dormir, se nourrir et vivre en famille par conséquent oui c'est une question centrale en ce qui concerne ma description de la ville j'insiste pour vous dire une chose la ville est un fait sociologique absolument nouveau comme on a le nez collé dessus on ne s'en rend pas compte mais c'est seulement depuis 2008 qu'il y a plus de monde qui vit en ville en ville qu'à la campagne c'est un bouleversement par rapport à des millénaires si bien que maintenant nous avons une humanité essentiellement concentrée en ville et qui forme peuple parce qu'elle dépend entièrement des réseaux collectifs vous ne pouvez pas vivre sans électricité sans eau sans gaz etc qui tous dépendent des réseaux et c'est ce qui m'a amené à conclure à l'existence d'un acteur nouveau le peuple ces gens qui dépendent de ces réseaux et j'étudie ça dans mon livre parce que c'est un fait totalement nouveau

22:32
Présentateur

vous appelez ça le peuplisme mais je recommande à ceux qui s'y intéressent de lire votre livre il y a de très nombreuses questions d'auditeur Jean-Luc Mélenchon et il porte essentiellement sur la France insoumise la NUPES certains vous reprochent l'outrance le bruit et la fureur pourquoi cette méthode d'expression c'est le cas de Claire de Christophe et vous étiez donc jeudi à Rochefort et vous avez prononcé devant un large public

22:55
Invité

l'avis de décès de la NUPES c'est ça qu'on a entendu dans vos paroles il n'y a plus de NUPES en fait ce qu'on a construit est déjà détruit c'est ce que vous avez dit vous assumez ces paroles

23:05
Jean-Luc Mélenchon

c'est-à-dire que j'ai lu j'assume en général mes paroles si vous le voulez bien mais vous avez planté

23:09
Présentateur

le dernier clou dans le cercueil de la NUPES

23:10
Jean-Luc Mélenchon

non pas du tout j'ai lu les journaux et j'ai écouté vos chroniques vous ne cessez de dire depuis le premier jour que la NUPES ne vivra pas qu'elle va mourir qu'elle est morte et ainsi de suite

23:18
Invité

c'est pas nous qui disons ça

23:19
Jean-Luc Mélenchon

non bien sûr vous vous n'êtes pour rien dans la diffusion d'informations il n'y a plus de NUPES ce sont vos mots Jean-Luc Mélenchon mais d'abord je commençais par dire que c'est parce que j'ai accordé de l'intérêt à ce que vous disiez c'est quand même gentil de ma part non puisque les journalistes disent qu'il n'y a plus de NUPES j'ai dit il n'y a plus de NUPES mais pour maintenant cesser avec la plaisanterie et regarder les choses bien en face il n'y a plus de NUPES c'est un constat mais ça n'est pas mon fait c'est le parti communiste qui a voté vous entendez les gens c'est pas moi qui ai décidé ça le parti communiste qui avait déjà maintenu sa candidature à l'élection présidentielle et nous a fait rater le deuxième tour qu'il n'y avait plus de NUPES les socialistes ont voté qu'ils faisaient un moratoire dont ils ne donnent ni la raison ni les délais mais ils ont retiré le mot NUPES de l'appellation de leur groupe quant au vert ils ont décidé qu'ils interrompaient tout travail commun écoutez-moi bien je ne sais toujours pas pourquoi alors il y a les phrases vous avez juste 10 ans de retard j'ai prononcé ces mots qui sont des vers de Shakespeare et le titre du plus grand roman du 20ème siècle de Faulkner qui est le bruit à la furent quel malheur j'ai fait ce jour-là de prononcer un mot en espérant que les intellectuels que sont les journalistes le repéraient c'était il y a écoutez-moi c'était il y a 12 ans et bien depuis 12 ans vous me recevez deux mots tirés de Shakespeare je suis très fier parce que au moins moi j'ai lu Shakespeare

24:45
Présentateur

revenons à 2023 la NUPES est donc enterrée mais comment se porte votre mouvement vous dites que

24:52
Jean-Luc Mélenchon

il n'y a plus de NUPES oui ben voilà alors vous faites la conclusion la suite vous voulez aussi me dire ce que je vais faire pendant que vous y êtes à Libadou alors écoutez si vous aimez comprendre taisez-vous écoutez-moi voilà l'accord NUPES a été rompu et abrogé par trois des quatre partis dont un qui a voté maintenant nous qu'allons-nous faire nous la NUPES c'est une forme tactique d'une stratégie la stratégie c'est l'union populaire c'est elle qui par exemple nous conduit à lutter contre tous les racismes nous continuerons l'union populaire et nous le continuerons sur quelle base ?

la base du programme que tous ces gens ont signé avant de le dénoncer après avoir pris leur place aux élections législatives et donc nous ferons toujours la même méthode inouïe unique dans toute l'histoire de la gauche et toute l'histoire de France les candidatures communes au premier tour donc nous disons à tout le monde qui que vous soyez ou que vous soyez l'union populaire continue et nous ferons une liste de l'union populaire aux élections européennes avec des gens venus d'un peu tous les horizons qui veulent continuer l'union sur la base du programme partagé rien n'est plus clair que ce que je viens de dire

25:57
Présentateur

rien n'est plus clair mais on aurait eu encore beaucoup de questions à vous poser merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir été l'invité de France Inter faites mieux point d'exclamation je ne sais pas si ça s'adressait à nous mais en tout cas c'est le chemin vers la révolution citoyenne c'est publié chez Odile Jacob

26:12
Jean-Luc Mélenchon

pour votre patience matinale

26:13
Présentateur

écoutez merci en tout cas d'avoir répondu à nos questions à suivre la revue de presse

Jean-Luc Mélenchon : "Il n'y a plus de Nupes, c'est un constat, mais ce n'est pas de mon fait" — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote