Carburants : le président du groupement Mousquetaires, Thierry Cotillard, craint un "mur d'inflation"
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Chapitres
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Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:42OuverteRéponse directe
Comment qualifiez-vous cette rentrée du point de vue du pouvoir d'achat des Français ?
- 1:47OuverteRéponse partielle
On entend dire 3 euros le litre, c'est pour bientôt ?
- 2:36OuverteRéponse directe
Dans vos stations-service, est-ce qu'elles sont toutes achalandées ?
- 2:51OuverteRéponse directe
Est-ce que vous ne plafonnez pas comme Total ?
- 3:21OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous avez noté comme baisse de distribution de carburant dans vos stations ?
- 3:43OuverteRéponse directe
Est-ce que vous considérez que les aides ciblées sur le carburant sont nécessaires ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:38InvitéFait
« Si la situation ne se détend pas, si on dépasse les 2,50 euros et si ça dure, il y aura un mur d'inflation et on va revivre la crise de l'Ukraine où vous vous rappelez, on avait pris 20% en deux ans. »
- 5:10InvitéFait
« Le moins 6 qu'on a chez Intermarché, je pense que c'est la tendance du marché. »
- 9:41InvitéFait
« Si on n'achète pas plus cher aux agriculteurs, ils ont 30 à 40% de volume en moins, ils ne seront pas là dans un an. »
- 12:45InvitéChiffre
« Aujourd'hui, un litre de lait, c'est 44-45 centimes le point mort pour s'en sortir. Le cours est à 40 centimes. »
Temps de parole
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8h24
France
Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale Et voici le grand entretien avec le patron d'Intermarché, c'est le groupement Mousquetaire et avec vos questions, chers auditeurs, et vos réactions au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Bonjour Thierry Cotillard. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter à la tête de plus de 2000 magasins, Intermarché et Netto, notamment partout en France, vous êtes en première ligne pour mesurer les difficultés des Français avec ce litre de carburant de gasoil à presque 2,50 euros en moyenne, le retour de l'inflation alimentaire.
Comment est-ce que vous qualifiez cette rentrée du point de vue du pouvoir d'achat des Français ?
C'est une rentrée qui est quand même très compliquée parce que ce prix de l'essence, vous venez de l'évoquer, à près de 2,50, ça pèse. Il y a quand même un Français sur 5 qui met un mois de salaire pour payer l'essence. Donc derrière, on a moins de déplacements et puis il
y a
un impact sur la consommation où ça s'accélère, les gens qui font des arbitrages ou qui déconsomment. Donc une rentrée un peu morose, il faut le dire, même si sur la rentrée scolaire, les courses ont coûté moins cher. Sur l'échelle de Richter, ça peut se dire des crises que vous avez connues comme patron de la grande distribution, la pandémie de Covid, la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, la crise des Gilets jaunes. Évidemment,
ça
c'était encore avant. Comment est-ce que vous situez là les sortes de multicrises qu'on est en train de vivre sur cette échelle-là
?
En fait, le pire,
ça
a été le Covid. Mais je suis inquiet, en fait, pas seulement de ce qu
'on
vit là, mais de ce qu'on va vivre. On va certainement en parler. C'est-à-dire, si la situation ne se détend pas, si on dépasse les 2,50 euros et si ça dure, il y aura un mur d'inflation et on va revivre la crise de l'Ukraine où vous vous rappelez, on avait pris 20% en deux ans.
Alors précisément, vous êtes distributeur parce que vous avez des stations-service à coller à vos supermarchés. On entend dire 3 euros le litre, c'est pour bientôt. C'est une perspective que vous envisagez ?
En fait, j'ai la même réponse depuis 8 mois. C'est totalement imprévisible. Ça va dépendre de ce qui se passe en Arabie Saoudite. Ça va dépendre des déclarations de Trump. Il faut se préparer au pire. J'ai envie de vous dire, on n'a pas tellement de levier de manœuvre parce qu'on a 2-3 centimes de marge. Donc il faut que le gouvernement se prépare à prendre peut-être des décisions d'accompagnement qui aillent plus large que les ciblés, qui sont évidemment la bonne politique à l'heure actuelle.
Il
est à combien
le litre de gazole dans vos stations-service
? Il est à 2
,40. Oui,
c
'est-à-dire à peu près, à la moyenne, on est un peu en dessous de 2,41. C'est ça. Aujourd'hui, hier, à ce même micro, Thierry Cotillard, le ministre de l'économie, Roland Lescure, nous disait que 17% des stations sur tout le territoire avaient au moins un carburant manquant, c'est
-à
-dire faisaient l'objet de pénuries. Dans vos stations-service, qu'est-ce que ça donne ? Est-ce qu'elles sont toutes achalandées ? Il nous précisait aussi que dans ces 17%, il y avait 91% de neuf stations sur dix qui étaient des stations totales qui étaient visées par des pénuries. C
'est
exactement ça, en fait. On a un petit écart de prix, vous le savez, entre Total et tous les autres accords
d'admission. Est-ce que vous ne plafonnez pas
comme Total ? On ne plafonne pas. On aimerait bien d'ailleurs que Total nous fasse ses prix de raffineurs, comme ça on pourrait pratiquer les mêmes prix. Ce n
'est
pas le sujet, la réalité. Pas d'inquiétude sur la pénurie puisque chez Intermarché, chez Leclerc, chez Système U, il n'y a pas de pénurie. Et surtout, il y a des stocks stratégiques qui sont de plusieurs semaines, qui n'ont pas été attaqués au niveau de la France. Plusieurs semaines, c'est-à-dire qu'au fond,
on
peut tenir combien de
temps
? Je crois
que c'est deux
mois, donc il y a de la marge. Donc seulement deux mois de visibilité ?
Oui,
tout à fait.
Vous dites que les gens se déplacent moins. Qu'est-ce que vous avez noté comme baisse de distribution, de consommation de carburant dans vos stations ?
On
est à moins six, donc c'est quand même notoire. Ça fait beaucoup de volume. Le gouvernement, Thierry Cotillard, va annoncer dans la journée, en fin d'après-midi, des nouvelles aides sur le carburant. Pour aller plus loin que les aides ciblées, les aides dites gros rouleurs qui ont déjà été décidées, est-ce que vous considérez que c'est nécessaire ? Et est-ce que c'est la bonne stratégie de rester sur cette idée de cibler ceux qui en ont besoin, plutôt que des aides qui arroseraient plus large ? Alors j'ai toujours défendu l'idée que comme on n'avait plus les moyens du quoi qu'il en coûte, il fallait cibler.
Il fallait absolument cibler le premier maillon de la chaîne, les transporteurs, les agriculteurs, sinon vous alliez avoir une inflation en cascade. Ce qu'il faut faire aujourd'hui, c'est recalculer. C'est-à-dire ces aides ont été calculées à un moment où il y avait un niveau qui était peut-être à 1,80 quand on est à 2,50. Évidemment, l'aide doit être plus importante. Et puis ce qu'on a vécu surtout la semaine dernière avec les pêcheurs, qu'on connaît bien, c'est qu'il est inacceptable qu'il y ait eu des aides qui ont été payées pour mai et que depuis rien n'a été débloqué. Donc il y a une urgence, si vous voulez, à faire l'annonce qu'on aide, mais il faut surtout le faire concrètement.
Je rappelle aux auditeurs qui peuvent nous appeler, sans doute ont-ils des sueurs froides en faisant leur plein à la pompe à essence, qu'ils viennent nous en parler. Ils sont évidemment les bienvenus. Il est question d'une règle d'or. Le gouvernement s'apprêterait à proposer une règle d'or dans le budget 2027 pour redistribuer le surplus de TVA généré par la hausse des prix des carburants. C'est une information de nos amis de France Info ce matin. Qu'est-ce que vous
dites ?
C
'est
du bon sens, il faut le faire. Je pense que les Français ne comprendraient pas à 2,50 voire plus que ça enrichisse l'État et qu
'il
n
'y ait
pas de redistribution. Donc il y a une baisse des volumes. Le moins 6 qu'on a chez Intermarché,
je
pense que c'est la tendance du marché puisque la première économie, c'est de ne pas prendre sa voiture. Maintenant, le niveau de taxes en pourcentage est très important et surtout en valeur, c'est beaucoup plus que quand c'était 1,50. Donc il faut faire l'équation et le surplus, je pense que c'est une très bonne décision politique que de penser qu'il faille le redistribuer. Mais vous savez, Thierry Cotière, que certaines oppositions notamment vont y voir la validation de leurs arguments consistant à dire qu'il ne
faut
pas seulement faire des aides ciblées, mais il faut baisser les taxes puisque l'État s'enrichit au fur et à mesure que le prix à la pompe augmente. Quel regard est-ce que vous portez sur ces propositions, pour dire les choses notamment du Rassemblement national qui dit qu'il faut passer de 20 à 5,5% la TVA sur les carburants ? Alors, je ne
vais
pas commenter la position d'un parti. Je vous dirais que si on peut effectivement avoir cette position de bon sens de dire les surplus vont être redistribués, c'est une première chose. Et ce qu'on a poussé, Michel-Édouard Leclerc l'a dit et je l'ai repris, c'est qu'il y a une taxe qui s'appelle les C2E, qui
sont les certificats d'économie
d'énergie, qui sont très importants pour notre futur puisque ça finance les schémas de décarbonation, il ne faudra jamais revenir dessus. Par contre, dans une situation aussi exceptionnelle, on pourrait penser qu'il faille la suspendre. On parle de 20 à 25 centimes et ça,
ça
ferait la différence. Donc, je pense que quand on va dépasser les 2,50 euros, le gouvernement doit vraiment statuer sur cette suspension de C2E qui permettrait
de l'argent. C'est de l'argent en moins
pour la transition écologique, pour l'électrification des usages, pour les travaux de
rénovation. Exactement,
mais c'est privilégier l'urgence. En gros, on passe la bosse et puis on préparera l'avenir dans six mois.
De la même façon qu'on peut revenir sur la qualité du raffinage, c'est
-à
-dire des diesels. Le président Macron hier a écrit à Ursula von der Leyen pour lui demander si ce
n
'était pas possible de baisser un peu en exigence qualitative et environnementale la production de ce carburant spécifique qui est celui qui est le plus cher actuellement.
C
'est-à-dire qu'à période exceptionnelle, l'écologie,
le climat... Toutes les mesures,
quand les Français serrent la ceinture, quand on est à 2,40 et qu'on n'arrive pas, comme un cinquième des Français, à joindre les deux bouts à la fin du mois, je vous rappelle qu'un cinquième des Français sont régulièrement dans le rouge. Toutes les mesures qui permettront de baisser le prix de l'essence sont les bienvenues. Alors, juste un mot avant de parler d'inflation puisqu'on a cette question de Philippe et vous l'avez évoqué rapidement mais ça mérite d'y revenir. Philippe, qui vous demande sur l'application Radio France, pourquoi est-ce que vous ne plafonnez pas les prix comme total
?
Eh bien, en fait, je ne
peux
pas les plafonner parce que j'ai une variabilité du prix d'achat en fonction des annonces. Un jour, je vais l'acheter à 2,20. Le lendemain, je vais l'acheter à 2,30. Et donc, si je plafonne à 2,25, le jour où c'est 2,30, je perds 5 centimes et 5 centimes, j'ai mes charges, j
'ai
mon électricité. Vous n
'avez pas les moyens ? Je n'ai pas les moyens. Je
n
'ai pas les
moyens.
Et
quand on parle des opérations prix coûtant, je pourrais vous faire l'annonce matin sur France Inter, super, je vous fais une opération prix coûtant, on va parler de 3 centimes, c'est ma marge. Donc, ce n
'est
pas ça qu'attendent les Français. Les Français attendent 30 centimes, c'est pour ça que je vous parle de mesures plus structurelles.
Alors, vous parlez des Français qui sont dans le rouge. On suppose que l'argent qui passe dans les pleins aux stations-services est de l'argent en moins pour remplir son caddie au supermarché. Vous le constatez
?
Alors, vous avez cité pour le groupement des mousquetaires Intermarché, on a une activité plus large qui est celle aussi du bricolage, avec le comarché. J'ai envie de vous dire,
l
'alimentation tient. C'est-à-dire qu'on n'a pas de baisse de volume, qui était notre inquiétude, parce que crise de pouvoir d'achat, est-ce que les gens vont déconsommer ? Il
n'y a pas de
déconsommation. Il n'y
a
pas de déconsommation, mais je pense qu'on profite aussi d'un report. C'est-à-dire dans cette période d'incertitude, de morosité, les gens ne se font plus plaisir à aller au restaurant. Il y a certainement un circuit de distribution qui fait du moins 10, du moins 15. Et évidemment qu'on ne va pas au resto, qu
'on
ne se fait pas plaisir, on mange à la maison. Donc ça tient, mais je vais revenir sur mon sujet du bricolage. On est à moins 5 sur bricolage. Donc il y
a
des secteurs d'activité. Je ne
vous
parle pas du vêtement, de la chaussure. Ce qui est superflu. Exactement.
Mais le panier moyen, il n'a pas baissé.
Non. Alors le panier moyen, il baisse. C'est-à-dire qu'on assiste à un phénomène assez nouveau. C'est que je vais venir plus souvent et je vais dépenser moins de manière à effectivement calibrer mes dépenses. Cette crise des carburants antiricotières, elle vient s'ajouter à une crise agricole avec des productions qui, on en a beaucoup parlé sur cette antenne, ont beaucoup souffert cet été. On a tous constaté, je crois, l'augmentation des prix des fruits et légumes, les tomates par exemple. Est-ce qu'on est reparti dans un cycle d'inflation alimentaire comme on a pu la connaître il y a encore 2 ou 3 ans ?
L'été,
on a une bonne lecture et je pense que c'est important de la donner aux auditeurs. Stabilité des prix depuis un an. Après, le mur qu'on a pris de 20%. Avant l'été, on s'est pris des hausses sur l'eau minérale. On a pris 7-8 centimes parce que le plastique, à cause d'Hormuz, a pris 15%. Là, cette rentrée, elle est marquée par des pré-agricoles, vous venez de le mentionner, qui prennent une inflation, une flambée, mais qui est nécessaire, je l'ai déjà dit. Si on n'achète pas plus cher aux agriculteurs, ils ont 30 à 40% de volume en moins, ils ne seront pas là dans un an.
Ce
qui va se passer maintenant, rien pendant 6 mois, quels vont être les négo en mars ? Vous savez, une fois par an, on négocie pour un an les prix. Là, moi, j'ai une inquiétude. En fait, quand vous regardez les critères économiques, tout est dans le rouge pour dire qu'on va reprendre une grosse inflation parce que l'électricité, enfin, le gazoil est cher, le plastique va être cher et la matière première agricole va être chère.
Donc, au-delà des produits frais, on peut
avoir un renchérissement
d'à peu près tout ce que vous vendez
dans vos
enseignes. Et qu'est-ce qui est en train de se passer ? Nos industriels, tous les fournisseurs, préparent le budget 2027 et donc, ils définissent leurs tarifs. Et donc, là, il y
a
un message à leur passer. Je profite de l'antenne pour leur dire, soyons raisonnables. Soyons raisonnables parce que, très honnêtement, quand on connaît la difficulté pour certains de finir la fin de mois, reprendre 8, 9, 10% sur les courses alimentaires, ce sera compliqué. Et on va rentrer dans le détail puisque, par ailleurs, vous signez notamment une tribune dans les échos, vous faites un certain nombre de propositions, mais juste pour qu
'on
soit bien clair pour nos auditeurs sur le constat que vous faites ce matin. Si les choses
ne
se passent pas comme vous le souhaitez et si les acteurs de la grande distribution, les industriels, ne sont pas responsables, le scénario,
c
'est quoi ? Est-ce qu'on pourrait revenir à des chiffres d'inflation à deux chiffres ? Est-ce que c'est quelque chose de l'ordre du possible dans les mois qui viennent ? Oui, ça n'est pas exclu. C'est pour ça qu'on tire la sonnette d'alarme. On pourrait se reprendre à 8, 10, 12% selon les catégories de produits.
Alors, vous, dans cette tribune que vous signez dans les échos ce matin, vous parlez d'un risque d'une spirale inflation-déconsommation majeure. C'est quoi ce scénario ? Est-ce que vous pouvez nous le décrire
précisément
? C'est le mauvais scénario, c'est-à-dire une inflation forte aura un impact, les gens acheteront moins, moins de volume, et à ce moment-là, vous avez toute la chaîne qui produira moins, donc c'est moins d'investissements dans les usines, c'est moins d'emplois, et c'est, j'allais dire, la mauvaise limonade. Il faut absolument éviter ça, et en fait, l'économie française, elle tient notamment parce que la consommation est là. Donc, soyons raisonnables, il faut une inflation qui soit maîtrisée, un prix juste, mais non spéculée.
Alors, on va prendre acteur par acteur, si vous vous permettez, puisque dans les négociations, il y a la grande distribution, il y a les industriels, dans les industriels,
il
y a plusieurs types d'industriels, et il y
a
les agriculteurs. Alors, on va commencer par les agriculteurs. Là, l'objectif de votre démarche, c'est de faire en sorte qu'ils soient mieux rémunérés, notamment après les difficultés qu'ils ont vécues cet été. Ça ne va pas de soi, de mieux les rémunérer ? Ce n
'est
pas déjà ce que vous faites ? C'est même écrit. Dans les lois,
notamment Egalim,
Egalim 2 ? Mais en fait, moi, je n'achète pas en direct un agriculteur. Je le fais quand j'ai ma laiterie, c'est le cas pour les mousquetaires, je le fais sur les fruits et légumes, mais dans beaucoup de cas, je n'achète pas le lait, je l'achète à un industriel qui met le lait dans la boîte. Donc, il faut bien comprendre que la logique serait qu'on ait la marche en avant. C'est-à-dire, l'industriel achète à un prix à l'agriculteur qui nous répercute en toute transparence. Je n
'ai
pas la transparence, donc j'appelle à être transparent et je prends l'engagement qu'on a déjà pris l'année dernière. À partir du moment où on a la transparence payée par le laitier, à son agriculteur,
nous achèterons cette inflation.
C'est très fort ce que vous disiez, Thierry
Coutier.
Vous disiez tout à l'heure,
si
on ne fait pas ça, les agriculteurs ne seront plus là l'année prochaine. C'est évident. Aujourd'hui, un litre de lait, c'est 44-45 centimes le point mort pour s'en sortir. Le cours est à 40 centimes. Vous voyez des gens qui vont se lever le matin, continuer à travailler pour perdre de l'argent. Ça ne marchera pas. On a un agriculteur sur deux qui part en retraite. Si on ne décide pas là de la rémunération des agriculteurs, c'est un métier qui disparaîtra.
Vous dites qu'il n
'y
a pas de transparence en parlant des industriels. Ça veut dire qu
'il
y
a
des profiteurs de crise
?
En fait, c
'est
le combat qu'on va mener. C'est-à-dire qu'il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il y a effectivement des agriculteurs en difficulté, des PME qui sont aussi fragiles, des multinationales qui globalement sortent le résultat. Nous, on veut combattre celui qui pourrait être profiteur de crise. Il y en a eu parce que certains ont vraiment eu des meilleurs résultats depuis 2-3 ans. On
va
parler de qui ? Il faudra être vigilant. Ce sont des grosses multinationales américaines avec de très
bonnes marques. Non, je n'ai pas envie
de leur faire de la pub. Je n
'ai
pas envie de leur faire de la pub ce matin. Non, mais c'est juste pour qu'on essaie de comprendre là encore et même si les négociations commerciales n'ont pas encore commencé et on va en parler dans un instant, c'est sur quel type de produit qu'il y a des augmentations qui sont des augmentations indues ? Écoutez, il y a quelque chose qui va vous choquer comme nous et mes acheteurs, c'est quand le cacao avait pris 30% la tablette, t'as pris 50%, donc il y
a
eu un peu plus de marge que la seule évolution de la matière première. Ça fait un petit moment que le cacao, il chute. Il a vraiment baissé. On continue de nous proposer des hausses sur la tablette de chocolat. C'est ça qui ne va pas. Et en fait, on est souvent décrié, vous savez, comme finalement le méchant de l'histoire qui va négocier. Je reprends un chiffre très précis. En 2022, le panier, on a fait un panier de 12 produits, c'était 37 euros. Après l'avoir négocié, aujourd'hui, il est à 51 euros. Donc vous imaginez, pour les Français, ils ont pris 40%. Si nous n'avions pas fait la négociation, c'est-à-dire accepter les tarifs, il aurait été à 71 euros.
Donc autorisez-nous, pour ceux qui ont beaucoup de bénéfices, de faire ce métier de négociateur.
Donc il n'y a
aucune espèce de responsabilité de la grande distribution dans l'inflation ? Vous êtes au fond les sortes de chevaliers blancs face aux cavaliers de l'apocalypse ?
Vous
savez, en fait, nous, on a des hausses et en fait, on a des baisses. Notre métier, c'est de les répercuter. En fait, on n'a pas, 18% de chars. Ça, c'est la réalité quand tout va bien et vous savez bien qu'il
y a
des acteurs qui
ont
disparu. On n'en a pas tant que ça sous le coude, sinon ça irait beaucoup mieux.
Juste une seconde pour revenir sur les agriculteurs. Quand vous dites n'exigeons pas de baisse de prix par principe, ça veut dire que c'est ce que vous faisiez jusqu'ici
? C
'est-à-dire ? Quand vous dites...
Vous-même, dans votre tribune, vous parlez pour votre secteur de la distribution et vous dites n'exigeons pas de baisse de prix par principe. Est-ce que c'est ce que vous faisiez jusqu'ici ?
Ces dernières années, oui, c'était la consigne que j'avais quand je disais je recevrais un grand industriel du lait que lorsqu'il se sera mis d'accord avec les agriculteurs et je ne négocierai pas le prix du lait, c'est ce que j'ai demandé. Et donc, c'est une réalité parce que la loi l'a demandé et surtout, c'est un état d'esprit. Nous, on veut préserver le monde agricole. Mais Thierry Cotière, est
-ce
que ça veut dire aussi et là encore, pardon, on va être obligé de citer quelques personnes quand certains de vos collègues de la grande distribution viennent dans ces studios en parlant de casser la gueule à l'inflation ? Ça, c'était l'expression de Michel Oire-Leclerc.
Et
dans ce combat contre la vie chère qui est par ailleurs parfaitement légitime pour les consommateurs, est-ce qu'il y
a
eu une forme d'excès, de course à la compression des prix ? Est-ce que c'est aussi ça qu'il faut arrêter quand vous dites, là encore dans cette tribune, n'exigeons pas de baisse de prix par principe, ne nions pas les hausses lorsqu'elles sont réelles et documentées ? Écoutez, je crois qu'il ne
faut
pas être dans une position caricaturale, il faut être responsable. C'est-à-dire que derrière un prix, il y a une entreprise,
il
y
a
des emplois, il y a même un agriculteur. Donc il faut faire preuve de discernement. Protégeons les gens qui sont fragiles et tapons sur ceux qui ont les moyens de nous redonner un peu de pouvoir d'achat. C'est un peu caricatural parce qu'évidemment, ça donne l'impression que c'est un théâtre. Mais je peux vous assurer que ce métier de négociateur, il est utile et que les Français en bénéficient lorsqu'on a fini
la
négociation.
Alors, puisque vous parlez de négociation, c'est une tradition dans votre secteur annuel. Ça se passe pendant trois mois. Dites-moi si je me trompe, mais décembre, janvier,
février, grosso modo.
Ce sont les négociations annuelles commerciales entre vous, les industriels, les agriculteurs. Vous dites qu'il faudrait que ça puisse avoir lieu toute l'année.
Oui, parce qu'en fait, lorsqu'on a figé le prix, si dans
l
'économie,
il
ne
se
passe rien, ce prix est justifié. Mais lorsque vous avez Hormuz qui arrive un mois après avoir négocié, c'est la cata. C'est-à-dire que là, ça vient au détriment de ceux qui produisent puisqu'ils ont des coûts de production qui sont trop importants. Cette date butoir, c'est une spécificité française. Les mousquetaires sont en Pologne, au Portugal. On vit les négociations au fil de l'année.
C
'est-à-dire, quand ça hausse, on renégocie. Quand ça baisse, on renégocie. Et ça donne beaucoup plus de flexibilité. Qu 'est-ce qui vous est opposé comme argument quand vous demandez au gouvernement ? Et c'est un sujet récurrent depuis précisément, notamment en 2022, de dire qu'il faut laisser davantage de flexibilité dans les négociations. Qu'est-ce qui vous est opposé
?
Je pense qu'il y a un travail de fond du lobby, en fait, des industriels qui ont certainement un intérêt aussi à avoir cette date butoir. Qui leur permet quoi ? D'exiger davantage d'augmentation du
prix
? et puis, rendez-vous compte, on a 5000 fournisseurs. Donc, quand vous en avez traité un certain nombre avant la date butoir, vous arrivez dans la dernière semaine, vous avez 500 dossiers à faire. Donc, ça devient très compliqué. C'est nous qui sommes sous pression de pouvoir signer avec certaines grandes marques. Donc, je pense en fait qu'il faudrait maintenant à l'approche d'un programme présidentiel, remettre ça à plat pour qu'à un moment, on ait une responsabilité sur toute la chaîne alimentaire parce qu'on parle bien sûr du pouvoir d'achat mais on parle aussi de la souveraineté et de
l
'amour agricole. Alors, vous nous fournissez une transition tout trouvée Thierry Cotillard puisque vous parlez de la présidentielle. On peut ouvrir pour terminer cet entretien le chapitre de la façon dont le monde de l'entreprise peut en quelque sorte participer à la campagne présidentielle. D'abord, pour commencer, est-ce que c'est mauvais pour le commerce une élection présidentielle ? Est-ce que ça aura un impact sur vos affaires ? C'est jamais une bonne année en fait. On a l'historique, on a le recul. Les années d'élections présidentielles face à l'incertitude de savoir quel candidat et donc quel programme avec fiscalité, autres impôts et autres, c'est jamais bon.
Donc, on sait que pour 2027, on ne mettra pas un budget en forte croissance parce qu'on sait qu'il y
aura
cette élection qui va peser sur le moral et donc la consommation
française.
Au-delà de l'incertitude présidentielle,
il
y a déjà ce budget qui va être complexe à mettre en œuvre, le budget 2027. Quand vous lisez cet effort de 54 milliards d'euros prévu par le gouvernement, le gel des APL, du point d'indice des fonctionnaires, la désindexation d'une partie des pensions de retraite, vous vous dites quoi ? C'est pas bon pour le commerce mais on n
'a
pas le choix, c'est un mal nécessaire ?
Non,
non,
je dis que c'est une bonne décision. On ne pilote pas la France comme on pilote une entreprise mais je dis à chaque fois il y a quand même des logiques économiques. Le problème de la France ce n
'est
pas ses ressources, je pense qu'on paye assez d'impôts, c'est de moins dépenser. Donc quand le Premier ministre fait l'annonce d'une réduction de 50 milliards, on espère qu'elle est structurelle, c'est-à-dire qu'elle va s
'agir.
Pour vous dire, elle ne l'est pas parce qu'on sait déjà que sur ce montant des 54 milliards, il est calculé de telle manière à gonfler l'effort qui est fait pour le budget et qu'en réalité on est plutôt sans doute une dizaine ou une quinzaine de milliards de moins. Bon, en tout cas l'annonce est belle et comme vous dites la réalisation il faudra la faire et puis malheureusement ce qui sera fait cette année ça va revenir sur la table l'année prochaine parce qu'on sait qu'on vit au-dessus un peu de nos moyens et il faudra en fait ce courage politique qu'on attend des candidats pour changer de méthode, pour annoncer un chiffre et puis surtout pour prioriser et puis faire ce qu
'on
fait dans les entreprises arrêter certains projets.
Quitte à ce que ce soit une baisse de pouvoir d'achat pour certains ou en tout cas une stagnation vu le niveau de l'inflation qui va se répercuter dans votre
activité Côté chef d
'entreprise on a une autre lecture c'est-à-dire on aimerait bien que le gouvernement fasse des économies pour faire quoi ? Pour rapprocher le net des charges Pour
augmenter
les salaires
Exactement, du brut pour augmenter les salaires parce que c'est une réalité et donc aujourd'hui le sujet du pouvoir d'achat c'est surtout un sujet sur les bas revenus qui doivent être augmentés pour pouvoir mieux consommer. Et on va parler de la
question
des salaires qui est déjà dans cette campagne mais juste toujours sur le budget vous dites c'est bien c'est un effort nécessaire qu'est-ce que qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent on va demander des efforts aux retraités on va demander des efforts à ceux qui bénéficient des aides au logement aux fonctionnaires et à côté de ça les entreprises elles ne
vont
pas payer un euro en plus les grandes entreprises la contribution dite exceptionnelle va être moins importante qu'elle ne l'était l'année dernière est-ce que c'est une juste répartition de l'effort
?
Il y a un sujet certainement de fiscalité de très grands groupes qui ont optimisé leur fiscalité en ne payant pas d'impôts c'est ça qui me choque c'est-à-dire des groupes qui font des milliards de chiffres d'affaires de millions d'euros et qui nous fournissent et qui ne payent pas d'impôts en France ça ça me choque et pour l'égalité sociale j'aimerais bien qu'on travaille le sujet ensuite à la question est-ce que j'ai envie d'être taxé j'ai envie d'avoir cette réponse de vous dire c'est bon on est dans le pays le plus fiscalisé on est dans le secteur qui avons le plus d'impôts on attend plutôt la baisse du train de vie de l'Etat et des dépenses qui soient moindres mais je vous le redis il y a des non pas des économies à faire mais il
y
a des impôts à aller chercher simplement en remettant la fraude à l'ordre du jour
est-ce que l'idée d'une TVA sociale comme l'évoquait à notre micro Dominique Schellcher le patron de coopérative vu il y a 15 jours serait bonne selon vous c'est-à-dire augmenter la TVA pour baisser les cotisations salariales et augmenter les salaires
moi
je crois quand aujourd'hui le français il paye plus cher pour se déplacer pour vivre je crois que c'est pas le moment de lui annoncer qu'on va lui le faire payer plus cher la consommation moi je crois qu'elle a de social que le nom en fait de cette TVA pourquoi ?
parce qu'en fait les plus bas salaires vont être les plus pénalisés et une chose est sûre c'est qu'on va mettre une TVA qui va faire que les produits vont être plus chers l'inflation va être immédiate mais avant qu'on réduise les charges il va se passer un petit peu de temps et il peut y avoir un éclat pardon de tirer que dire mais dans la proposition telle qu'elle est formulée à la fois par Dominique Schellcher ou par des politiques l'idée c'est une bascule immédiate c'est-à-dire vous augmentez la TVA et avec ce produit-là vous baissez du même montant les cotisations salariales ce serait bien mais l'histoire a prouvé que ça mettait un petit temps entre les deux mais si c'est immédiat pourquoi pas mais je vous le redis il y a quand même un sujet pour les bas salaires et je pense que sur les produits de grande consommation il faudrait à ce moment-là faire un distinguo et ne pas augmenter la TVA un dernier mot Thierry Cotillard puisque quand on pose la question de la façon dont vous allez vous immiscer dans la campagne présidentielle vous chef d'entreprise se pose aussi la question de la façon dont vous percevez la perspective d'une victoire du rassemblement national est-ce que comme chef d'entreprise comme patron de la grande distribution la perspective d'une victoire du RN vous inquiète
? écoutez
nous on a décidé avec notre syndicat de recevoir tous les candidats et s'est posé la question est-ce que LFI et RN considérant qu'ils ont une représentativité nationale nous les recevons et nous dialoguons notre rôle et surtout ce matin c'est pas de vous dire pour qui on aurait envie de voter on a surtout envie de vous dire qu'on doit acculturer tous les candidats à la réalité économique du pouvoir d'achat de la souveraineté alimentaire et on
le
fait dans ce cadre-là puisqu'on les reçoit est-ce que les programmes du rassemblement national de la France insoumise sont suffisamment acculturés à cette culture économique ? c'est pour ça qu'on y consacre du temps c'est pour ça qu'on y consacre du temps
merci Thierry Cotillard merci d'être venu au micro de France Inter
merci d
'avoir regardé
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