Dominique de Villepin : son discours historique à l’ONU contre la guerre en Irak – Quai n°8 sur LCP
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- 2:30Dominique de VillepinFait
« En septembre 2002, nous avons réussi à embarquer l'administration américaine de George Bush, très réticente au départ, dans le travail des Nations Unies visant à essayer de répondre à la crise qui était naissante en Irak. »
- 3:30Dominique de VillepinFait
« La résolution 1441, qui a été votée à l'unanimité, en termes de laquelle on conduit des inspections. »
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« Ces inspections, à la surprise de beaucoup, donnent des résultats. »
- 5:30Dominique de VillepinFait
« Il fallait y mettre l'expérience de la France, nourrie de ma propre expérience, d'enfant, d'adulte... Votre culture ? Oui, en tout cas, du ressenti qui était le mien, de l'histoire, de la place de la France dans le monde. »
- 7:00Dominique de VillepinFait
« La France, avec l'Allemagne, avec la Russie, avec l'immense majorité des pays du monde, du monde émergent, du sud global, se soit opposée aux États-Unis, a bien montré que ce n'était pas d'un côté les Occidentaux, de l'autre, le reste du monde. »
- 10:00Dominique de VillepinFait
« Guerre illégale. Guerre illégale, absolument, mais en plus, nous avions dit à ce moment-là ce qui allait se passer. »
- 12:00Dominique de VillepinFait
« Il y a eu, en quelque sorte... Il y a eu des campagnes d'attentats terribles aussi. »
- 13:30Dominique de VillepinPromesse
« Il n'est pas pensable que dans les prochaines années, cette relation privilégiée de la France avec l'Afrique ne soit pas recrée. »
- 16:00Dominique de VillepinFait
« Ce qui a introduit un paramètre complètement nouveau en 2008, c'est la décision de Nicolas Sarkozy de revenir dans l'organisation intégrée de l'OTAN qui a, en quelque sorte, enlevé de la spécificité à la position de la France historique. »
- 17:30Dominique de VillepinFait
« Nous sommes dans une avant-guerre qui est en quelque sorte inévitable. Sauf pour l'Europe à être capable de nouer des partenariats avec l'ensemble des États. »
- 19:00Dominique de VillepinFait
« Ce n'est pas parce que les États-Unis renoncent, tournent le dos aux multilatéralistes que nous ne pouvons pas continuer à travailler à travers des règles, à travers des organisations avec le reste du monde. »
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Bonjour Dominique de Villepin, merci d'être dans ce compartiment pour voyager à la fois dans le passé et dans l'avenir, on va commencer par le passé avant de se projeter, c'est le 14 février 2003, une date qui restera gravée dans la mémoire des français, puisque c'est celle où vous prononcez ce discours aux Nations Unies, à New York, pour dire aux Etats-Unis, bien non, nous n'allons pas vous accompagner dans cette offensive belliqueuse contre l'Irak que vous voulez conduire, deux ans après les attentats de New York et puis après aussi des campagnes d'attentats ici ou là dans le monde, et vous dites, bien non, nous, la France, ce vieux pays appartenant à un vieux continent qui s'appelle l'Europe, on dit non, comment vous avez construit ce discours et comment vous l'avez écrit ? Alors d'abord c'est le fruit d'un long travail diplomatique, puisque en septembre 2002, nous avons réussi à embarquer l'administration américaine de George Bush, très réticente au départ, dans le travail des Nations Unies visant à essayer de répondre à la crise qui était naissante en Irak concernant le risque d'armes de destruction massive. Et donc il fallait convaincre les Etats-Unis, d'où le travail sur une résolution, la résolution 1441, qui a été votée à l'unanimité.
En termes de laquelle on conduit des inspections. Exactement. Et ces inspections, à la surprise de beaucoup, donnent des résultats.
Et donc nous sommes confortés dans l'idée que par les inspections, par la négociation diplomatique, eh bien on pouvait répondre à une crise aussi grave qu'une crise de prolifération d'armes. Et tout à coup nous avons vu peu à peu les Etats-Unis décrocher de cette stratégie. Et manifestement désireux d'en découdre, désireux d'aller sur le terrain, désireux d'engager une intervention militaire, et convaincus que, eh bien le chemin de la guerre serait sans doute plus efficace, plus court peut-être, que celui de la diplomatie.
Et donc c'était la vocation de la France que de leur expliquer que ce n'était pas notre conviction. Et donc ce travail sur le discours, c'est un travail qui s'est préparé pendant de longs mois. De longs mois où nous avons parlé aux délégations du monde entier, dans le cadre du Conseil de sécurité, et dans le cadre des déplacements que j'ai effectués.
Parce qu'il y a eu un très long travail préparatoire en Amérique latine, en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient, rencontrant l'ensemble des responsables diplomatiques pour les convaincre qu'il fallait résister à tout prix, à la force, et persister dans la voie de la diplomatie. Donc ce discours, il s'est construit naturellement à travers un argumentaire que j'ai rodé jour après jour, avec vos mots, avec mes mots, et surtout avec les arguments qui me paraissaient à chaque étape les plus adaptés. Nous avions eu déjà plusieurs rendez-vous dans le cadre du Conseil de sécurité, et notamment au mois de janvier, puis dans les mois qui ont suivi.
Donc la partie argumentaire, si je puis dire, elle était très rodée. Et puis, au moment de terminer ce discours, je me suis rendu compte qu'il manquait quelque chose. Et que pour que ce discours puisse vraiment parler à la communauté internationale, pour qu'il puisse parler à ceux qu'il fallait convaincre, il fallait y mettre quelque chose de plus.
Il fallait y mettre l'expérience de la France, nourrie de ma propre expérience, d'enfant, d'adulte...
Votre culture ? Oui, en tout cas, du ressenti qui était le mien, de l'histoire, de la place de la France dans le monde, de la relation avec les États-Unis, de ce que signifiait l'Europe. Et donc, j'ai senti le besoin d'écrire cela.
Ça s'est passé dans les heures qui ont précédé, et en partie dans le Concorde qui nous a...
Qui nous a conduit à New York. Qui m'a conduit avec ma délégation à New York. Parce que la question me trottait dans la tête.
Il fallait être le plus juste possible. C'était la voix de la France, c'était l'honneur qui m'était conféré, sous l'égide de Jacques Chirac, de parler au nom de la France. Et donc, il fallait être le plus juste, le plus pertinent, et aussi penser dans la durée.
Et Jacques Chirac a relu le discours juste avant que vous le disiez ? J'ai envoyé la veille le premier jet de ce discours, que Jacques Chirac m'a renvoyé sans aucune correction. J'avais la chance d'une relation très privilégiée avec Jacques Chirac.
Et puis, en arrivant à New York, je lui ai re-renvoyé le discours que j'avais retravaillé, pour qu'il ait la version finale du discours, avant même que je ne le prononce. Alors, je crois savoir que les délégations étrangères qui étaient présentes, elles n'avaient pas le discours. Vous les avez pris par surprise.
Pour une raison très simple, c'est que j'ai posé le stylo, jusqu'au dernier moment, et je me rappelle être entré dans le Conseil de sécurité, mais tourné vers notre représentant permanent, monsieur de la Sablière, et en lui demandant, est-ce que vraiment je ne vais pas trop loin, quand je dis ce vieux pays, je ne voulais pas allumer de polémiques inutiles. Je ne voulais pas me faire plaisir. J'étais soucieux d'être dans le rôle de la France, dans le rôle d'une voix qui n'avait qu'un but, qui était d'essayer de faire avancer la paix et la diplomatie.
Alors, vous avez été piqué au vif, si vous me permettez l'expression, quelques semaines auparavant, par un discours prononcé par le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, qui fait un discours, depuis les États-Unis, je crois, où il parle de la nouvelle et de la vieille Europe. La nouvelle Europe étant plutôt favorable aux États-Unis, à la politique américaine, et la vieille Europe que vous incarnez, malgré tout, et qui, elle, ne souhaite pas du tout marcher dans la même direction. Ça, ça vous a vexé quasiment, non ?
Je ne dirais pas vexé, d'autant qu'il ne s'est pas contenté d'un discours. Il y a eu des actes, et en particulier deux pétitions, deux lettres. L'une qui a été écrite sous l'égide de l'Angleterre, l'autre en liaison avec les pays de l'Est de l'Europe, là où Jacques Chirac s'est un peu mis en colère, en indiquant qu'ils auraient mieux fait de se taire, et qui, toutes deux, ces deux lettres, prenaient position très clairement en soutien des États-Unis, et donc en soutien de la guerre.
Et il y avait, à quelques jours de cette réunion du Conseil de sécurité, où il s'agissait d'entendre M. Blix et M. El Baradei, qui étaient les deux inspecteurs, qui tous les deux menaient les inspections, il s'agissait d'entendre la voix du terrain, c'est-à-dire que se passait-il sur le terrain, et fallait-il ou non continuer à travailler avec l'Irak ?
Est-ce que l'Irak coopérait ? Et donc on y a vu une pression faite sur le Conseil de sécurité, une pression faite sur les diplomaties, et c'est en cela qu'il fallait aussi donc établir cette relation particulière, cette relation très ancienne entre la France et les États-Unis, et c'est pour ça que la référence est faite en sorte de clin d'œil. Alors, néanmoins, si vous me permettez, le discours échoue, puisque le 20 mars, les États-Unis entrent en guerre, déterminés contre, on ne va pas dire l'Irak, mais Saddam Hussein, qui veulent absolument démettre, qui veulent éliminer, et la France n'est pas aux côtés des États-Unis, il y a les Britanniques, de Tony Blair.
Qu'est-ce que vous ressentez à ce moment-là ? Alors, c'est un peu plus compliqué que ça, et je pense que les États-Unis ne nous en auraient pas autant voulu si le discours s'était contenté d'échouer. Le discours n'a pas permis d'inverser la détermination américaine.
D'autant que nous savions, l'affaire était jouée, les Américains avaient décidé d'entrer en guerre. Là où le discours a réussi, c'est que le discours a convaincu la communauté internationale, qui a décidé de ne pas voter la résolution autorisant les États-Unis et l'Angleterre. L'Angleterre tenait beaucoup à ce que le Conseil de sécurité donne son accord, et donc nous n'avons pas conféré de légitimité.
Guerre illégale. Guerre illégale, absolument, mais en plus, nous avions dit à ce moment-là ce qui allait se passer. Et donc ce discours, et c'est ce qui fait qu'il a été retenu, il a, en quelque sorte, préventivement, par anticipation, montré aux Américains que la guerre n'était pas le plus court chemin vers la paix, que le risque d'utiliser abusivement l'outil militaire, c'était le risque de créer le chaos et le terrorisme.
Et de ce point de vue-là, la France a pris date avec les Américains, avec la communauté internationale et avec l'histoire. Le premier objectif que nous visions avec Jacques Chirac, c'était celui d'éviter un affrontement entre les blocs, entre l'Occident et le reste du monde, et en particulier le Moyen-Orient. Et donc, l'objectif, c'était bien d'éviter cette confrontation de civilisation.
Et de ce point de vue-là, nous n'avons pas raté notre cible, parce que le fait que la France, avec l'Allemagne, avec la Russie, avec l'immense majorité des pays du monde, du monde émergent, du sud global, se soit opposée aux États-Unis, a bien montré que ce n'était pas d'un côté les Occidentaux, de l'autre, le reste du monde. Donc, on a évité ce simplisme, cette tentation occidentaliste qui est, à mon sens, si dangereuse pour l'avenir du monde. Et vous avez été applaudi, ce qui était très rare, d'ailleurs, dans l'enceinte des Nations Unies.
Kofi Annan, qui était le secrétaire général, vous a dit que vous avez été brillantissime. Vous avez eu un collectif...
Ce n'est pas ce qu'il m'a dit, exactement. Il s'est tourné vers moi avec un sourire. Et il m'a dit, tu sais, ça n'est jamais arrivé.
Oui, voilà, des applaudissements. Et vous avez eu un collectif de femmes, je crois, en sortant, qui vous a offert des fleurs et des chocolats. Je ne sais pas si c'est la légende ou si c'est vrai.
Oui, oui. Entre-temps, il y a eu le passage devant la presse américaine qui était extraordinairement remontée et on sentait une agressivité très, très forte. Enfin, il y avait un moment de tension et une rudesse.
Il ne faut pas croire que tout cela se situait dans un environnement feutré. Et donc, il y avait beaucoup de résistance à tout ce que nous disions. Alors, il y a des leçons à tirer de tout ça puisque nous sommes un peu plus de 20 ans après.
D'abord, les États-Unis, comme je le disais, sont entrés en guerre, les États-Unis ont rompu d'une certaine façon avec l'universalisme, avec le multilatéralisme à partir de ce moment-là, finalement. Et on s'aperçoit que de Bush à Trump aujourd'hui, finalement, il y a une continuité même si la politique de ces deux hommes, à l'origine, ne se voulait pas la même. Si je ne me trompe pas, Bush voulait imposer la démocratie, ce qui était en soi, pourquoi pas, au Moyen-Orient alors que Trump se dit isolationniste, ce qui n'est peut-être pas vrai d'ailleurs.
Ce sont deux approches différentes, quoique toutes les deux marquées par la volonté d'affirmer la centralité des États-Unis dans le jeu international. Aujourd'hui, c'est le MAGA. Hier, c'était le néoconservatisme américain, donc une doctrine, une vision du monde qui imaginait pouvoir imposer la démocratie par la force.
Dans l'évolution que nous avons connue au fil des années, il y a des changements importants. La vision américaine de 2003 est une vision qui voulait construire un nouveau Moyen-Orient. Et ce nouveau Moyen-Orient devait être réenchanté par l'intervention militaire, par la démocratie et en cascade par l'intervention militaire en Irak, eh bien, on imaginait que comme un jeu de domino, en cascade, les autres pays allaient eux aussi devenir vertueux.
Mais, il y avait toujours la tentation d'utilisation de la force parce que c'est un aspect négligé et qui pourtant est devenu central, c'est que derrière l'Irak se profilait une autre intervention. Juste après l'intervention américaine est revenue au centre de l'actualité la question iranienne. Et c'est donc à ce moment-là, juste après l'intervention, au mois de juin, juillet, que j'ai décidé avec mon collègue allemand et mon collègue britannique de me rendre à Téhéran pour engager le premier cycle de négociation sur la prolifération nucléaire et tenter de réduire le programme nucléaire iranien.
Et c'est comme cela que nous avons sans doute pu éviter la tentation américaine qui se dessinait d'une intervention militaire également en Iran. En Iran ? Oui.
Donc, il y a bien eu, dès 2003, et un premier accord a été signé sur le renoncement des Iraniens à l'enrichissement de l'uranium, donc on voit bien qu'il y avait du côté français une vraie philosophie, une conviction que par la diplomatie, en anticipant la gestion des crises, il y avait la possibilité de désamorcer un certain nombre de risques et d'éviter la contamination de la violence. Alors, on le dit souvent aujourd'hui, bon, même si l'Iran est un pays qui n'est pas un pays arabe, qui est un pays musulman, on dit souvent, et pour le regretter parfois, on dit, mais où est la politique arabe de la France ? Alors, j'ai envie de dire, où est la politique arabo-musulmane de la France ?
On a souvent parlé de cette politique quand il s'agissait du général de Gaulle. C'était quoi la politique arabe du général de Gaulle ? Alors, c'était d'abord un attachement à cette région et une responsabilité particulière que la France éprouvait vis-à-vis d'un certain nombre de pays, citer des pays comme le Liban, qui, historiquement, avaient été dans une relation particulière avec la France, mais aussi vis-à-vis de l'ensemble de la région, convaincus que nous étions depuis les années 60, 70, que se jouait là une partie de l'avenir du monde, une partie de l'avenir économique, de l'avenir énergétique, que c'était une zone de conflit et c'est sans doute une des régions qui est le moins structurée, le moins organisée sur le plan régional du monde.
Donc, la présence de la France avait vocation à essayer en permanence par petites touches d'établir un équilibre. Nous étions sortis de la crise de 1956 très humiliée. Crise de Suez.
Crise de Suez, intervention avec les Britanniques et Israël qui avait conduit à un véritable camouflet pour la diplomatie française. Le général de Gaulle arrivant en 58, organisant la fin de la décolonisation et en particulier à travers la décolonisation douloureuse de l'Algérie, se poser la question quoi faire après ? Et c'est là où, dans une vision très volontariste, la France voulait changer d'âge et avoir avec le monde arabe une relation forte, privilégiée, d'égalité et de responsabilité en particulier concernant la gestion des crises.
Et qui s'est affirmée encore plus après 1967 ? Absolument. Et alors, justement, quelques années après, 2007, c'est Nicolas Sarkozy qui arrive au pouvoir, il a cette idée de créer dans cette veine-là peut-être l'union pour la Méditerranée puisqu'on est autour du bassin méditerranéen.
Est-ce que c'était une bonne idée ? Oui, je pense que l'intuition de Nicolas Sarkozy était une très bonne idée. C'était une bonne idée parce qu'il y a là un ensemble de pays qui, à travers l'histoire, ont noué des liens extraordinairement complexes, parfois très conflictuels.
Et cela a été une des grandes difficultés pour faire avancer cette union pour la Méditerranée. Comment faire avancer la coopération entre ces pays ? Comment privilégier une coopération économique sans s'atteler aux conflits, aux crises, aux contentieux très nombreux ?
Chypre, bien évidemment, la question du Proche-Orient, la situation antagoniste des pays du Maghreb. Comment éviter de mettre sur la table ces questions ? Dès lors qu'on essayait de ne pas rentrer dans ces conflictualités, bien évidemment, on enlevait une grande partie de la substance et cela réduisait la capacité à avancer.
Mais l'idée reste une grande idée. Sans doute, faudrait-il donner plus de corps à cette idée d'une culture commune. Sans doute, faudrait-il donner plus de corps à l'idée d'une solidarité dans le domaine de l'innovation ?
Je pense que si on tournait cette union pour la Méditerranée vers un partage de technologies, vers un partage culturel, vers un partage de responsabilités dans notre capacité à agir ensemble, dans un esprit de coopération pour la justice et pour la paix, je crois qu'on pourrait assez vite tracer un agenda qui serait peut-être un peu moins irénique que celui qui avait été initié à l'époque. Parce qu'on peut dire qu'aujourd'hui, quand même, la situation est catastrophique. Les relations de l'Europe et de la France avec une grande partie du bassin méditerranéen sont quand même très compliquées.
Pour des raisons à chaque fois différentes. Mais vous avez raison, il y a eu, en quelque sorte...
Il y a eu des campagnes d'attentats terribles aussi. Absolument. C'est pour ça, pour des raisons successives mais différentes, il y a une raison qui est liée à la violence, au terrorisme, il y a une autre raison qui est liée à l'immigration, il y a une troisième raison qui est liée à le sentiment d'une vision ou d'une empreinte encore néocoloniale de la France par rapport à beaucoup de ses pays.
Il y a une vision d'interventionnisme militaire qui a été mal comprise. Comment, pour ces États, comprendre que la France dise qu'il n'y a plus de France-Afrique alors que la première caractéristique de la France-Afrique pour tous ces États, c'est l'interventionnisme militaire. Et donc, on n'était pas crédible.
Dire, il n'y a plus de France-Afrique et en même temps, avoir une grande campagne organisée au Mali, au Sahel, tout ça n'est pas sérieux. Marcane. Marcane.
Donc, je pense qu'il faut reprendre tout ça. Il n'est pas pensable que dans les prochaines années, cette relation privilégiée de la France avec l'Afrique ne soit pas recrée. Je pense que dans notre diplomatie, c'est tout en haut de l'agenda.
C'est une des priorités. Il y a une vocation africaine de la France. Il y a une attente des pays de l'Afrique, même s'il y a beaucoup de déceptions, beaucoup de désenchantements.
Un ressentiment, peut-être. Vous avez raison. Aujourd'hui, quelle est la façon la plus facile pour un responsable africain de se démarquer et de marquer des points dans le jeu politique ?
Eh bien, c'est de se dire contre la France. C'est quelque chose de très spontané et naturel parce qu'il y a un ressentiment, y compris populaire, une fois de plus, même s'il est fondé sur la déception. Donc, je crois que en nous y prenant bien, en sachant nourrir cette relation d'autre chose que de simples intérêts, et je crois que c'est en cela que la France a une capacité à parler avec ses États.
Elle est singulière. Elle est singulière. Elle est riche.
Elle est ancienne. Et quelque part, elle est attendue et nécessaire. Donc, je pense qu'il faut recréer, retravailler autour de ce lien sans du tout baisser les bras.
Alors, si on se tourne vers les États-Unis, parce qu'on a été quand même...
Il y a eu une brouille terrible avec les États-Unis après votre discours, après ils sont entrés en guerre, tout ça. Il y a eu un...
Je me souviens, il y avait eu du French bashing même aux États-Unis. Il y avait surtout du côté de la diplomatie américaine la volonté de faire un exemple. Voilà.
Et évidemment, il fallait sanctionner le pays qui avait été le plus en pointe. Donc, on pardonnait à l'Allemagne, mais évidemment, il fallait que la France paye. Est-ce que ça a changé depuis ?
Est-ce que...
Mais ça a changé très vite après. Très vite, oui. D'abord parce que la diplomatie française, Jacques Chirac, a souhaité très vite tourner la page.
Il n'a pas exprimé aucune forme d'acrimonie vis-à-vis des Américains. Il s'agissait maintenant de réparer les pots cassés et de faire en sorte que les choses puissent se réparer. Le mal était fait.
Donc, on a essayé de jouer le rôle le plus positif possible. Donc, je pense que les choses se sont très rapidement corrigées au fil des mois, au fil des années. Ce qui a introduit un paramètre complètement nouveau en 2008, c'est la décision de Nicolas Sarkozy de revenir dans l'organisation intégrée de l'OTAN qui a, en quelque sorte, enlevé de la spécificité à la position de la France historique et à la diplomatie française, donnant parfois même le sentiment au fil des années jusqu'à aujourd'hui d'un risque d'alignement.
Alors, est-ce qu'aujourd'hui vous redoutez une guerre des civilisations ? Parce que vous en parliez tout à l'heure. On voit que les Américains sont dans une attitude qui est assez peu rationnelle finalement, qui est évolutive, qu'on a du mal à saisir. et on a le sentiment aussi qu'il y a une haine, quand même, on peut le dire comme ça, de l'Occident qui a rarement été aussi vive.
C'est un immense risque et c'est pour cela qu'il faut regarder avec beaucoup d'attention le retour des blocs. De ce point de vue-là, le retour des néo-empires, l'affrontement entre la Chine et les États-Unis et la cristallisation autour de ces États d'un certain nombre d'autres pays est un danger. Et sans doute, la plus grande responsabilité que nous avons, nous, Français et Européens, c'est l'affirmation de la France et de l'Europe dans ce nouveau monde.
Sans nous, ce monde sera un monde de déséquilibre et donc de conflit. Et donc, nous avançons, nous sommes dans une avant-guerre qui est en quelque sorte inévitable. Sauf pour l'Europe à être capable de nouer des partenariats avec l'ensemble des États, à commencer par les États du Sud global, choisir les pays émergents, les États pivots avec lesquels nous pouvons dialoguer, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil, le monde arabe, l'Afrique, être capable de montrer qu'il y a une alternative à cette cristallisation de la puissance autour des États-Unis et de la Chine.
Oui, et ça, c'est ce qu'il faut redouter. C'est le risque le plus grand et c'est pour cela que nous sommes aujourd'hui et c'est là où il y a une code d'alerte qu'il faut suivre avec beaucoup de vigilance. C'est que dans cet affrontement de société, de civilisation, de culture, et on voit bien dans la nouvelle politique américaine que les États-Unis entendent utiliser au maximum leur puissance et tous les atouts de leur puissance de façon illimitée et ne négligeons pas le fait que nous soyons entrés dans un monde de la rareté et dans un monde de la rareté, chacun essaye de capter, de capturer le plus grand nombre de ressources pour renforcer sa puissance.
C'est ce que fait la Chine et elle s'est servi des terres rares dans les négociations sur les droits de douane très habilement face aux États-Unis mais les États-Unis quand ils marquent de l'appétit pour le Groenland, pour le Canada et pour d'autres pays, quand ils s'intéressent au Congo dans sa relation avec le Rwanda, à chaque fois, c'est les terres rares, c'est des ressources. Donc, il faut prendre en compte ce nouveau monde dans lequel nous sommes et essayer en permanence d'introduire une exigence multilatérale. Ce n'est pas parce que les États-Unis renoncent, tournent le dos aux multilatéralistes que nous ne pouvons pas continuer à travailler à travers des règles, à travers des organisations avec le reste du monde.
Et de ce point de vue-là, j'allais dire, le combat continue. qu'il faut unir nos forces pour défendre un monde de règles, pour défendre un monde de justice et c'est en ça que la crise de Gaza est si importante parce qu'elle est symbolique pour une grande partie des peuples du monde et que notre capacité à montrer que nous ne jouons pas le deux poids deux mesures en Ukraine et au Proche-Orient, eh bien, marque notre volonté à avancer ensemble sur la paix, sur la justice, sur un ordre mondial qui puisse répondre aux besoins des peuples. Est-ce que vous êtes optimiste ?
Oui, je le suis parce que je crois que nous avons la capacité d'agir et puis nous avons une responsabilité. Je crois qu'en situation de responsabilité, la France, les Françaises et les Français sont au rendez-vous. Les Européens doivent accepter que leur destin se joue maintenant en Europe et que le parapluie américain, le temps où on pouvait se tourner vers les États-Unis et dans le fond, mettre la tête dans le sable, eh bien, il est fini.
Il faut agir. Merci, Dominique de Vipas. Merci à vous.
Merci beaucoup. Merci à vous.
Dominique de Villepin