Edouard Bénard, député Gauche Démocrate et Républicaine de Seine-Maritime | La politique et moi
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:29OuverteRéponse directe
Bonjour Edouard Bénard.
- 0:34OuverteRéponse directe
Quels sont les sujets qui vous mobilisent le plus à l'Assemblée ?
- 2:04OuverteRéponse partielle
C'était une orientation subie ?
- 2:21OuverteRéponse directe
Pourquoi la philosophie ?
- 2:40OuverteRéponse directe
Pourquoi passer d'un CAP de boucher à la philosophie ?
- 3:15OuverteRéponse directe
Vous êtes issu d'un milieu modeste. Quels moments précis ont marqué votre vie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:50InvitéChiffre
« Mais vos revirements brutaux ont un coût. Léa, 17 ans, apprenti pâtissière, moins 146 euros par mois. »
- 0:59InvitéChiffre
« Joachim, 21 ans, chaudronnier, moins 188 euros par mois. Salim, boulanger, de 18 ans, moins 161 euros. »
- 1:13InvitéChiffre
« Et qui peut vivre, et je parle là des adultes et que d'adultes, avec 613 euros par mois sincèrement ? »
- 1:22InvitéFait
« Non, nos jeunes ne seront pas, ne seront plus la variable d'ajustement de votre budget, de casse et de classe. »
- 3:29Invité politiqueFait
« Alors, peut-être que dès lors qu'on passe de son école de quartier à des grands collèges d'agglomération, »
- 3:36Invité politiqueFait
« peut-être que déjà, on voit qu'on ne porte pas les mêmes vêtements, qu'on n'a pas les mêmes activités. »
- 6:48Invité politiqueFait
« « Les communistes ont cette lumière dans les yeux que d'autres n'ont pas ». »
- 7:22Invité politiqueFait
« – Oui, oui, tout à fait. »
- 7:30Invité politiqueFait
« J'ai travaillé dans une collectivité, en l'occurrence Saint-Étienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime. »
- 8:11Invité politiqueFait
« C'est comme pour tous les Stéphanais et pour les habitants du Grand Rouen, c'est une blessure tout à la fois intime et universelle. »
Temps de parole
- Édouard Bénard58 %
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Il était prévu qu'il devienne boucher. Lui a préféré étudier la philosophie. Mon invité est finalement devenu député à l'âge de 28 ans. Il est membre du Parti communiste et il siège au sein du groupe de la gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée. Bonjour Edouard Bénard. Bonjour. Alors c'est difficile de définir les sujets qui vous mobilisent le plus à l'Assemblée. Il y en a plusieurs. Il y a la lutte contre les polluants éternels, il y a la défense de la filière nucléaire française, il y a l'aide aux familles monoparentales. Et puis il y a un autre domaine qui vous tient particulièrement à cœur, c'est l'enseignement et notamment l'apprentissage.
On va revoir un extrait de vos questions au gouvernement.
Mais vos revirements brutaux ont un coût. Léa, 17 ans, apprenti pâtissière, moins 146 euros par mois. Joachim, 21 ans, chaudronnier, moins 188 euros par mois. Salim, boulanger, de 18 ans, moins 161 euros. Et qui peut vivre, et je parle là des adultes et que d'adultes, avec 613 euros par mois sincèrement ? Et cela s'ajoute à pléteurs de mauvais coups, gel des minima sociaux, de l'APL, la fin de l'aide des 500 euros pour que les apprentis puissent se payer le permis de conduire. Non, nos jeunes ne seront pas, ne seront plus la variable d'ajustement de votre budget, de casse et de classe.
On vous voit clairement en colère, on sent que c'est un sujet qui vous tient vraiment à cœur. Vous-même, vous avez été apprenti à l'âge de 15 ans, apprenti bouché, j'ai découvert.
Alors ça, c'est un passage très, très anecdotique, puisque j'étais apprenti, parce que dans mon entourage, peu de gens étaient passés par le bac général. Ce n'était pas une voie de garage. Et dans les familles populaires, on a tendance à dire, qu'est-ce que tu feras plus tard, très tôt, à nous assigner. Et donc, j'ai choisi cette voie-là, la voie de la boucherie, pour avoir un métier. Je n'avais pas la prétention d'avoir ni le talent, ni la carure d'un artisan bouché. Donc, je n'ai pas fait long feu, je n'ai fait que quelques mois.
Mais ça veut dire quoi ? C'était un peu une orientation subie ? Qu'est-ce qui s'est passé pour que...
Non, je ne la considère pas comme subie. C'était culturellement évident d'arriver très tôt à une voie professionnelle pour avoir très rapidement un métier. Et ce métier faisait écho à des références familiales. Donc, j'ai choisi celui-ci.
Et vous vous êtes dit, non, ce n'est pas mon truc. Et là, vous êtes revenu dans la filière générale. Et alors, là, vous êtes passé aux études de philosophie à la Sorbonne. Pourquoi la philosophie ? Ça répondait davantage à vos attentes, à votre curiosité intellectuelle ?
À ma curiosité intellectuelle, anthropologique, existentielle.
C'est étonnant quand même de passer d'un CAP de boucher à la philosophie, vu de l'extérieur.
Ça peut paraître plus qu'étonnant, détonnant, en tout cas dans le paysage politique actuel. Néanmoins, ça s'est fait assez naturellement. Non sans difficulté, parce que naturellement, venant de familles populaires, il faut payer ses études. Il faut travailler pour payer ses études. Donc, je travaillais à côté, toujours dans les métiers de la bouche, boulangerie. Mais la question, ce n'est pas tant posée comme celle d'une rupture, mais d'une continuité vers mon émancipation, ne sachant pas ce que je voulais faire professionnellement.
Alors, vous le disiez, vous êtes issu d'un milieu modeste. Votre mère était femme de ménage. Votre père travaillait dans le bâtiment. Et vous expliquez avoir ressenti très tôt les différences sociales. Il y a des moments précis dans votre vie, des histoires que vous avez pu vivre par rapport à ça ?
Alors, peut-être que dès lors qu'on passe de son école de quartier à des grands collèges d'agglomération, peut-être que déjà, on voit qu'on ne porte pas les mêmes vêtements, qu'on n'a pas les mêmes activités. Je pense que c'est déjà un premier marqueur. Et ensuite, c'était dans mes engagements, en tant que jeune apprenti, notamment. Et à la suite de l'apprentissage, mes engagements dans l'éducation populaire, aux côtés de jeunes de mon quartier, de jeunes de ma commune, de jeunes des mêmes situations familiales et sociales, que je me suis rendu compte que l'égalité des chances n'était pas une réalité.
Votre formation intellectuelle, vous la devez aussi aux JOC. Alors, les JOC, ce sont les jeunesses ouvrières chrétiennes que vous avez fréquentées, je crois, quand vous étiez à Rouen ? Oui, tout à fait. Et alors, c'est un point que vous partagez avec des personnalités comme, par exemple, Sophie Binet, numéro 1 de la CGT. Elle est passée par les JOC. Cécile Duflo, qui a dirigé Les Verts, ou encore Jacques Delors. Est-ce qu'on est obligé d'être croyant quand on est aux JOC ?
Alors, avec des fois multiples, je ne parlerai pas de croyant catholique ou quoi que ce soit. Néanmoins, il y a une certaine foi en l'humanité, une certaine éthique de la personne qui est partagée avec les croyants.
Il y a, comment dire, je ne sais pas si c'est une tradition des jeunesses ouvrières chrétiennes au Parti communiste, mais il y a un passé, en tout cas, notamment chez des députés qui étaient siégés encore récemment, Alain Brunel, Pierre Dareville, qui, bon, lui, a assumé pleinement sa foi tout en étant communiste. Ce n'est pas incompatible. Jésus-Christ et Karl Marx ne sont pas incompatibles ?
Ah, je ne le crois pas. Je crois que chez les croyants, toutes religions confondues, on cherche à expliquer le pourquoi quand la politique explique le comment on transforme l'humanité.
Est-ce que c'est votre passage par ces jeunesses ouvrières chrétiennes qui vous a transmis le goût de l'engagement, l'envie de s'engager ? Ça vient de là ?
C'est mon premier engagement collectif. Je me suis retrouvé avec mes pères. Je crois que c'était la seule organisation de jeunesse qui comptait autant de jeunes apprentis. Je me suis retrouvé avec mes pères, avec des amis intérimaires, livreurs, demandeurs d'emploi, etc. Et ensemble, on a mené des combats à notre échelle commun sur la rive gauche de Rouen, où je suis élu actuellement. Et c'est là où l'engagement, pour moi, a pris tout son sens. C'est-à-dire l'engagement collectif. Et alors le Parti communiste, il est arrivé quand, comment, pourquoi ? Il est arrivé plus tard. Il y a un compagnonnage évident. On mène des batailles communes.
Ça a été surtout des rencontres avec les communistes plutôt qu'avec le Parti communiste. avec des gens qui avaient justement une certaine forme de foi, d'urgence, de la mission, de « on ne peut pas laisser ces gens dormir sur le coin de la rue ad vitam aeternam ». Et là, j'ai rencontré des gens avec qui je partageais le sens de la solidarité concrète, d'un militantisme qui était loin d'être que théorique.
– Vous évoquez souvent, à Paris, le fait que ce sont les militants communistes que vous avez croisés sur le terrain face à des migrants qui dormaient sur les quais de Seine. Et que c'est comme ça que vous avez dit, en fait, eux au moins, ils font quelque chose.
– C'est l'exemple concret de cette solidarité, de cette éthique de la personne qui est incarnée, là en l'occurrence, par des communistes. J'avais lu une fois, je crois que c'était Bourringer qui disait « Les communistes ont cette lumière dans les yeux que d'autres n'ont pas ». Eh bien, je fais mien ces propos parce que ça relève simplement de rencontres humaines. Et bien sûr, je rejoins l'objectif et l'aspiration à l'égalité que portent les communistes dans leur combat.
– C'est drôle parce que chez vous, on sent qu'il y a l'importance de la formation intellectuelle, philosophique. Et puis surtout, à côté, le concret, le terrain, l'action concrète. Il y a une phrase que vous avez prononcée qui m'a fait sourire, c'est « Marx n'a pas expliqué comment reboucher un nid de poule ».
– Oui, oui, tout à fait.
– C'est bien la théorie, mais à un moment, il faut aussi être dans le concret.
– Oui, j'ai travaillé dans une collectivité, en l'occurrence Saint-Étienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime. Et on se rend compte qu'il faut commencer par boucher le nid de poule devant chez eux, il faut commencer par leur assurer des bonnes conditions quotidiennes de vie pour ensuite pouvoir adresser un mot politique à nos populations.
– Vous le disiez, c'est au niveau municipal que vous êtes d'abord engagé en politique à Saint-Étienne-du-Rouvray, c'est près de Rouen. Alors, c'est un nom qui évoque souvent un triste souvenir aux Français parce que c'est là qu'a été assassiné le père Hamel dans son église par des terroristes islamistes en juillet 2016. Comment est-ce que vous avez vécu, vous, personnellement, ce drame ? Vous étiez là-bas à l'époque ou vous étiez encore étudiant ?
– Oui, j'étais là-bas, je travaillais notamment pour la JOC. C'est comme pour tous les Stéphanais et pour les habitants du Grand Rouen, c'est une blessure tout à la fois intime et universelle. Ensuite, je dis une blessure intime et universelle parce que c'est un des nôtres qui tue l'un des nôtres. C'est un habitant de notre commune, notre commune qui vit une vie de vivre ensemble. On parlait même de village au moment de son assassinat qui tue une figure bien connue des nôtres.
Puis ensuite, il y a eu le moment de réparation collective et cette ville populaire qui a manifesté tout entière sa solidarité très dignement aux côtés de son maire à l'époque, Hubert Vulfranc, à la suite de ces attentats, qui a permis de réparer dans la fraternité cette blessure.
– Alors vous l'avez cité, Hubert Vulfranc était le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray à l'époque. Il est devenu député en 2017. Sur son mandat suivant, il vous a choisi comme suppléant. Quel lien avez-vous tissé avec lui ?
– Je connaissais bien le personnage public. J'ai connu la personne à ce moment précis qui était celui de l'attentat. Il m'a demandé lors des élections législatives de cheminer à ses côtés en étant son suppléant. Je l'ai fait avec plaisir. On a tissé des liens plus que de camaraderie, même si camarade c'est un joli nom, des liens d'amitié assez forts. Il compte beaucoup dans mon parcours et parfois dans mes doutes, mes interrogations quant à la réalité du moment. – C'est un personnage, Hubert Vulfranc. – Oui, c'est une gouaille.
– Une personnalité différente de la vôtre aussi. – Ah oui, oui. – Et alors, en 2023, il s'est tourné vers vous et il vous a dit, en fait, moi je vais arrêter là, je vais démissionner de mon mandat et c'est toi qui vas prendre mon relais. Vous y étiez préparé à cela ?
– Non, on ne s'y prépare jamais. Et d'ailleurs, je ne souhaite toujours pas être prêt parce que je suis toujours intimidé quand je rentre dans l'hémicycle, je suis toujours intimidé quand je vois les personnalités que je vois dans l'Assemblée nationale, mais je pense que c'est plutôt sain de garder cette distance avec le mandat. Mais non, je n'y étais pas prêt, j'ai été pris dans le bain, il y a eu une dissolution quelques mois après, j'étais encore dans le bain.
– Là, pour le coup, vous avez été élu, parce qu'en tant que suppléant, vous avez pris le relais sans élection,
mais après, vous avez été élu en 2024. – Élu en 2024, voilà, on est dans le grand bain des responsabilités qui nous sont confiées, on les accepte avec honneur, avec humilité et on essaye de porter dignement la voix des gens présentes.
– Et alors, sur ce mandat, si Hubert Vulfranc, il a renoncé à son mandat, il l'a dit très clairement, je reprends ces mots, c'est parce qu'il se faisait chier dans l'opposition, il avait son franc-parler, il l'a encore. Et vous, comment ça se passe ?
– Alors, je ne reprendrai pas ces termes, pour le coup, mais c'est vrai que la vie politique nationale n'est pas évidente, on réfléchit à moyen terme, à long terme, une proposition de loi, même quand elle est victorieuse à l'Assemblée, elle met longtemps à arriver dans chaque foyer et à changer la vie des gens. En l'occurrence, je pense à celles sur les allocations familiales que j'avais portées, mais il y en a d'autres.
– Et vous vous sentez utile en tant que député, même dans l'opposition ?
– Alors, il y a des petites victoires, elles sont difficiles à décrocher, mais on se bat pour ça. Et en tout cas, tant qu'il y a de la bagarre, tant que… de la bagarre parlementaire, bien évidemment, tant que j'ai avec moi un mouvement politique local, des gens, des réalités, des difficultés à soutenir et à porter ici, je ne m'estime pas inutile.
– Alors, on va passer à notre quiz de fin d'émission. Alors, c'est un quiz pour mieux vous connaître, parce que vous parlez assez peu de vous, en tout cas dans la presse écrite, les portraits qui vous ont été consacrés. Alors, est-ce que vous êtes plutôt Georges Marché ou Robert Rue ?
– Georges Marché. – Pourquoi ? – Georges Marché, ça a été une forme de radicalité, tout du moins dans le verbe, et c'est la tradition populaire du parti, il a marqué les esprits. Il y a Saguay, il a marqué les esprits également. – Michel Houellebecq ou Annie Ernaud ? – Annie Ernaud, elle est normande. – Et puis aussi, peut-être son parcours elle-même ? – Son parcours, son écriture aussi. Je ne suis pas un grand fan de la littérature de Michel Houellebecq, et encore moins de ses idées, mais pas un grand fan de la forme. Donc Annie Ernaud, toute évidence.
– En philosophie, Rousseau ou Hobbes ?
– Ah, Rousseau, Rousseau, la libération. – Jean-Jacques Rousseau, la libération de l'imaginaire dans la structuration de la pensée collective. – Voilà, le philosophe s'est lancé.
Et pour finir, qu'est-ce que vous diriez à l'ado de 15 ans que vous étiez ? – Crois en toi, vas-y, fonce, et écoute tes aînés. – Ce sera le mot de la fin. Merci à vous, Édouard Bénard, d'être venu dans La Politique et moi. – Merci beaucoup.
Édouard Bénard