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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 9 avril 2025 25 min

Effets des droits de douane américains sur l'économie française, l'avenir de Vencorex... Le "8h30 franceinfo" de Marc Ferracci

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Marc Ferrati, ça y est les 20% de droits de douane pour les produits européens exportés aux Etats-Unis commencent aujourd'hui, quels sont les secteurs les plus touchés chez nous en France ?

0:13
Marc Ferracci

Potentiellement beaucoup de filières, pourquoi ?

Parce qu'il y a 28 000 entreprises sur notre territoire qui exportent aux Etats-Unis, pour une large partie d'entre elles, les Etats-Unis représentent plus de 50% de leur carnet de commandes et donc les impacts aujourd'hui, ils ont toutes les chances d'être très importants, des impacts directs pour ceux qui exportent mais aussi des impacts indirects à travers les entreprises, industrielles ou autres d'ailleurs, qui ont des chaînes de valeur très intégrées avec les Etats-Unis c'est-à-dire qui vont exporter des composants, qui vont elles-mêmes recevoir des composants d'autres pays qui sont impactés par les Etats-Unis donc on a un certain nombre de filières qui sont aujourd'hui potentiellement en difficulté Les filières qui exportent le plus aux Etats-Unis, ça peut être la cosmétique et le luxe, ça peut être l'aéronautique qui exporte beaucoup, ça peut être les industries mécaniques Mais il n'y a pas besoin d'être un exportateur aux Etats-Unis pour être touché aujourd'hui ?

C'est bien ça le problème, c'est bien ça le problème, c'est que ce qui a été annoncé par l'administration américaine, c'est un choc majeur qui déstabilise complètement l'ordre commercial international tel qu'il fonctionne depuis la Deuxième Guerre mondiale qui déstabilise des chaînes de valeur, c'est-à-dire des processus de production qui sont découpés entre pays

1:24
Présentateur

Vous avez un exemple, vous disiez par exemple l'aéronautique, si on prend l'exemple d'Airbus et de Boeing en fait ils se fournissent auprès des mêmes fournisseurs, c'est ça ?

1:33
Marc Ferracci

Bien sûr, Airbus et Boeing, qui sont les deux grands constructeurs d'avions dans le monde ont des chaînes de valeur qui sont très intégrées ils ont des équipementiers, des fournisseurs qui sont très souvent les mêmes ils commercent de manière transatlantique, de manière extrêmement fluide avec quasiment aucun droit de douane et donc le fait d'imposer des droits de douane sur cette filière-là ça va évidemment changer complètement les calculs économiques il y a des équipementiers qui produisent des moteurs, qui produisent des man-moteurs qui produisent des ailes d'avion, qui produisent des cockpits qui aujourd'hui sont extrêmement préoccupés Il peut y avoir des pénuries par exemple ?

Vous savez, à un moment une entreprise elle produit si elle sait pouvoir vendre à des tarifs compétitifs et quand les droits de douane augmentent de 20% comme ça va être le cas et bien un certain nombre d'entreprises se posent la question de continuer à produire Vous avez d'ailleurs un exemple avec Stellantis qui aux Etats-Unis a arrêté de produire parce que les composants qu'ils importaient d'ailleurs du Canada ou d'Europe devenaient trop chers

2:33
Présentateur

Et donc elle met à pied des centaines d'employés sur place dans le Michigan mais en France du coup, on peut envisager des suppressions d'emplois ?

2:41
Marc Ferracci

C'est un risque, il faut bien le voir, si les tarifs de l'administration américaine s'inscrivent dans la durée il y aura des impacts sur l'emploi Quels vont être ces impacts ? Quantitativement c'est très difficile à dire parce que ça dépend de beaucoup de choses ça dépend d'abord de l'impact sur les prix des produits des entreprises qui exportent aux Etats-Unis ou qui sont concernées par leurs équipementiers ou par leurs fournisseurs par l'augmentation des tarifs Concrètement, il y a une question très directe qu'il faut poser Est-ce que les entreprises dont les prix des produits augmentent de 20% quand elles exportent aux Etats-Unis peuvent répercuter ces 20% dans leur prix ?

Ou est-ce qu'elles peuvent diminuer leur marge ? Ça c'est une question que nous avons posée hier aux industriels C'est une question difficile qui dépend de chaque filière Il n'y a pas de réponse unique Il y a des filières industrielles qui ont des concurrents qui peuvent très vite prendre leur place

3:33
Invité

Mais vous savez faire un diagnostic aujourd'hui ?

3:35
Marc Ferracci

Justement, c'est là toute la difficulté C'est ce que nous essayons de faire C'est ce que nous avons mis en place hier Puisque j'ai convoqué un conseil national de l'industrie avec les principales filières industrielles Éric Lombard, le ministre de l'économie, se fera de même avec l'ensemble des acteurs économiques Aujourd'hui, on a besoin de ce diagnostic pour calibrer la réponse Parce que la réponse, elle sera, vous le savez, forcément européenne Elle a besoin d'être ferme, cette réponse Parce que si, vis-à-vis de l'administration américaine vous ne posez pas un rapport de force tout de suite vous avez très peu de chances d'obtenir quoi que ce soit dans la négociation Elle doit aussi, j'insiste, elle doit aussi être proportionnée Ça veut dire concrètement que l'augmentation tous azimuts des tarifs ça n'est pas la bonne solution Ça va probablement avoir des effets très délétères sur un certain nombre de filières industrielles Et donc nous sommes dans un diagnostic très fin aujourd'hui pour savoir ce qu'il faut apporter comme réponse

4:22
Présentateur

La réponse, elle doit être forcément collective C'est ce que vous dites au niveau européen Sauf que vous le savez L'italienne, Georgia Meloni elle s'envole pour Washington la semaine prochaine Vous avez peur qu'elle la joue solo ?

4:36
Marc Ferracci

Il y a un risque Et c'est un risque qui est présent depuis le début puisque nous savons que Donald Trump a une stratégie assez claire, assez simple qui est de diviser les Européens Face à ce risque, nous devons être unis parce que l'Europe n'est forte que si elle est unie Nous avons 450 millions de consommateurs C'est un marché dont les Etats-Unis ne peuvent pas se passer Et si on commence à avoir des discussions bilatérales évidemment que ça va casser cette dynamique qui aujourd'hui est présente Lundi, lors de la discussion qui a eu lieu entre les ministres du commerce auxquelles était présent mon collègue Laurent Saint-Martin Il y avait une assez grande unité sur la nécessité d'apporter une réponse ferme même si tous les pays n'étaient pas forcément alignés sur le calendrier de cette réponse Mais j'insiste vraiment, il faut de l'unité, il faut de la fermeté et il faut de la proportionnalité parce que si on apporte une réponse qui produit de l'escalade c'est malheureusement ce qui est en train de se produire entre les Etats-Unis et la Chine et bien forcément ce sont nos emplois, ce sont nos entreprises, ce sont nos territoires qui vont en souffrir

5:35
Invité

Il y a la réponse vis-à-vis des Etats-Unis puis il y a la réponse à nos entreprises, à nous Ce matin, le président du Medef, Patrick Martin, appelle le gouvernement il vous appelle à doper l'économie française Comment est-ce que vous comprenez ça ? Ça veut dire des subventions, des aides directes comme pendant le Covid ?

5:51
Marc Ferracci

Je ne suis pas sûr qu'il s'agisse d'un soutien financier qui est demandé par le président du Medef En revanche, et là nous en sommes parfaitement d'accord nous devons accélérer sur les réformes qui doivent renforcer la compétitivité de nos entreprises

6:04
Invité

Mais ce que dit le président du Medef précisément

6:06
Marc Ferracci

c'est qu'il veut éviter la récession Pour éviter la récession, on fait quoi ? On a évidemment l'ambition d'abord d'obtenir une désescalade à court terme c'est-à-dire une baisse des tarifs douaniers de l'administration américaine et évidemment d'éviter les effets récessifs, les pertes d'emploi On partage cet objectif Qu'est-ce qu'on fait ?

D'abord, on a cet objectif de court terme qui est d'avoir une réponse européenne, ferme Dans quelques jours, à la mi-avril nous allons avoir une réponse aux premières vagues de tarifs qui ont été opérées par l'administration américaine et à la fin du mois, nous aurons et c'est ce que nous sommes en train de préparer avec les acteurs une réponse sur un montant beaucoup plus ample de produits américains qui feront l'objet soit de tarifs soit de restrictions quantitatives Toutes les options sont sur la table Mais pour répondre à votre question Comment est-ce qu'on évite la récession ? Comment est-ce qu'on évite la récession ?

D'abord en ayant cette réponse de court terme et ensuite en améliorant les conditions de la compétitivité pour nos entreprises Ça veut dire concrètement faire en sorte de simplifier la vie économique Nous sommes en train d'en discuter au Parlement avec un projet de loi Ça veut dire faire en sorte de permettre à nos industriels d'accéder à des prix de l'énergie compétitifs Ça veut dire poser la question de la baisse des impôts et de la continuité de la baisse des impôts en particulier les impôts de production de la baisse des charges qui pèsent notamment sur le travail

7:18
Invité

Ça peut être baisse des charges contre hausse de la TVA parce que c'est là aussi une demande ce matin de Patrick Martin mais aussi l'autre jour sur ce plateau du patron de la CPM Tous ces sujets aujourd'hui doivent être regardés

7:28
Marc Ferracci

TVA y compris ? Compte tenu du contexte Moi je dis depuis très longtemps que le financement de notre protection sociale il pèse trop sur le travail Est-ce qu'on doit le financer en taxant la consommation à travers la TVA en augmentant d'autres prélèvements l'impôt foncier c'est ce que proposent certains économistes Moi je n'ai pas aujourd'hui de religion sur ce qu'on doit faire mais je dis que le débat sur comment on finance notre protection sociale qui pèse trop sur le travail et qui donc nu à l'emploi il doit être ouvert

7:56
Invité

Pas de fermeture de la porte pour la hausse de la TVA ?

8:00
Marc Ferracci

Je pense qu'encore une fois dans la situation dans laquelle nous sommes tout doit être regardé analysé instruit tout doit être discuté y compris politiquement parce qu'on sait que la situation au Parlement elle est compliquée mais encore une fois nous ne nous fermons aucune porte au niveau européen pour répondre à Trump au niveau français pour accroître et améliorer la compétitivité de nos entreprises parce que dans le moment si on se restreint et bien je pense que ceux qui vont souffrir à la fin ce sont nos entreprises en particulier les petites qui sont dans les territoires ce sont les emplois et en particulier les emplois industriels et ça c'est évidemment ce que nous souhaitons

8:35
Présentateur

On a du mal à comprendre quelle serait la réponse européenne Marc Ferrati parce que sur le papier on l'avait dit on a compris tout était sur la table de la négociation par filière à carrément la coercition c'est-à-dire l'interdiction d'entreprises américaines au marché public ça c'est ce qu'a dit Stéphane Séjourné le commissaire européen si l'éventail est aussi large est-ce que ça veut dire qu'en fait vous ne savez pas par quel bout prendre la solution ?

8:56
Marc Ferracci

L'éventail est très large c'est vrai il y a beaucoup d'outils juridiques on peut augmenter les tarifs douaniers on peut opérer des restrictions quantitatives on appelle ça des mesures de sauvegarde sur les importations de produits américains on peut taxer de manière spécifique certains types de services par exemple On peut

9:11
Présentateur

on peut mais en attendant toutes ces options sont sur la table Les options

9:14
Marc Ferracci

elles nécessitent un diagnostic un diagnostic sur où est-ce qu'on fait au fond le plus mal à l'économie américaine parce que ce rapport de force que l'on doit construire avec Trump il doit aussi être fondé sur cette réflexion et cette analyse et ensuite on doit discuter en européen sur ce qui convient à tout le monde c'est évidemment

9:31
Présentateur

Sauf que les intérêts divergent vous le savez selon les pays

9:33
Marc Ferracci

Les intérêts divergent mais je pense qu'il y a une convergence de vues sur une idée assez claire c'est qu'il faut une réponse il faut une réponse et il faut une réponse rapide c'est la raison pour laquelle comme je vous le disais à la fin du mois d'avril on aura cette liste de produits qui fera l'objet de mesures de restrictions peut-être de taxation tout est sur la table A la fin du mois d'avril

9:51
Présentateur

on est le 9 je vous pose la question parce que les taxes sur l'acier et l'aluminium ça fait un petit moment va être là seulement maintenant la réponse européenne en fait est-ce que vous manquez vous ne manquez pas d'agilité par rapport à l'administration Trump qui va plus vite que vous ?

10:07
Marc Ferracci

D'une part la réponse aux taxes qui ont été introduites aux tarifs qui ont été introduits sur l'acier et l'aluminium elle va intervenir le 15 avril non pas à la fin avril ensuite il y a une deuxième réponse celle dont je vous parlais à l'instant qui va intervenir en réponse à ce que Donald Trump appelle les droits réciproques c'est-à-dire ces 20% qui sont en vigueur depuis ce matin cette réponse elle sera beaucoup plus massive et j'insiste ce ne sont pas des droits réciproques qui ont été introduits par Donald Trump parce qu'en réalité les droits ils n'existaient pas du côté européen sur les produits américains Trump pour calculer

10:38
Présentateur

il dit 39% de droits

10:40
Marc Ferracci

pour calculer cette taxation et bien a utilisé des méthodologies qui sont assez absurdes qui n'ont pas beaucoup de sens mais c'est aussi pour ça que nous devons répondre et garder notre sang-froid dans la réponse mais j'insiste il y a une réponse qui intervient dans les tout prochains jours une première vague et une deuxième qui intervient à la fin du mois d'avril et cette réponse on doit la préparer de telle sorte qu'elle soit dissuasive mais en même temps qu'elle ne pénalise pas un certain nombre de filières qui sont très dépendantes des flux commerciaux et dont les chaînes de valeur sont très intégrées

11:07
Présentateur

et juste vous l'avez évoqué effectivement le rapport avec la Chine qui est tendu avec les Etats-Unis 104% de droits de douane là aujourd'hui avec la Chine ça va avoir des répercussions sur l'Union Européenne sur nous français

11:19
Marc Ferracci

bien sûr et c'est un risque auquel nous sommes évidemment très attentifs ça a été dit par les industriels qui étaient présents à Bercy hier et à peu près toutes les filières d'ailleurs le risque c'est qu'il y ait une redirection des flux commerciaux qui aujourd'hui sont massifs entre la Chine et les Etats-Unis vers l'Europe si le marché européen se ferme pour les Chinois et bien ils vont avoir une tendance assez naturelle à aller vers l'Europe et que vont faire les Chinois ?

Ils le font déjà ils vont subventionner leurs industries ils vont les rendre surcapacitaires dans certaines industries comme les batteries comme les véhicules électriques comme l'acier on est déjà confronté à une offre chinoise qui est surcapacitaire et à laquelle nous avons déjà apporté des réponses commerciales tout cela risque fort de s'amplifier et c'est la raison pour laquelle dans la réponse globale que nous allons fournir au niveau européen il n'y a pas simplement la réponse aux Etats-Unis il y a anticipé ce que l'on appelle par exemple les mesures de sauvegarde c'est-à-dire des restrictions aux importations qui pourraient venir de Chine tout cela c'est sur la table et tout cela nous allons évidemment le mettre en oeuvre en européen

12:19
Invité

et on va continuer d'en parler avec vous Marc Ferraci ministre en charge de l'industrie et de l'énergie c'est après le fil info de 8h46 Maureen Suignard ce rapport est impressionnant et terrifiant mais je m'y attendais témoigne sur France Info l'actrice Judith Godrech elle qui est à l'origine d'une commission d'enquête parlementaire sur les violences sexuelles dans le monde de la culture les députés recommandent entre autres d'inscrire dans la loi l'obligation pour les employeurs de signaler des faits de violence quand ils en ont connaissance les nouveaux droits de douane annoncés la semaine dernière par Donald Trump sont entrés en vigueur ce matin les produits européens exportés vers les Etats-Unis plombés par 20% de taxes supplémentaires les bourses européennes attendues en forte baisse à l'ouverture dans un quart d'heure beaucoup de filières françaises risquent d'être touchées et il y aura des impacts sur l'emploi à l'air sur France Info le ministre chargé de l'Industrie les débats s'annoncent tendus à l'Assemblée nationale les députés examinent à partir d'aujourd'hui le projet de loi simplification un texte qui propose notamment la suppression des ZFE les zones à faible émission qui bannissent les voitures les plus polluantes de certaines agglomérations encore des cas de rougeole détectés en Isère un foyer de contamination a déjà été détecté le mois dernier une campagne de vaccination est toujours en cours dans certains collèges et certains lycées les autorités de santé recommandent d'éviter les rassemblements si on n'a pas reçu deux doses de vaccins ou déjà contracté la maladie France Info

13:40
Locuteur non identifié

le 830 France Info Jérôme Chapuis Salia Brachia

13:45
Invité

et avec le ministre chargé de l'Industrie et de l'énergie Marc Ferracci vous nous disiez Marc Ferracci juste avant le fil que les produits qui ne trouvent plus de débouchés vers les Etats-Unis les produits chinois risquent d'inonder le marché européen et qu'il va falloir se protéger on risque pas d'ouvrir un nouveau front cette fois avec la Chine

14:01
Marc Ferracci

vous savez cette difficulté comme je l'indiquais elle est déjà présente elle a déjà fait l'objet de mesures au niveau européen mais là elle va s'amplifier elle risque de s'amplifier c'est la raison pour laquelle nous devons avoir un éventail de mesures qui touchent à la fois les Etats-Unis la Chine mais avec toujours le souci et je pense que c'est ce que partage aussi comme objectif la Chine la désescalade c'est-à-dire l'affaissement des tarifs américains aujourd'hui je dois le dire il faut le dire avec lucidité l'administration américaine n'est pas dans une logique qui est dans une posture de négociation

14:32
Invité

pardon mais dans ce sujet les Chinois

14:34
Marc Ferracci

ce sont nos alliés nos concurrents ce sont des partenaires commerciaux vous savez le commerce international ce sont des relations qui ne sont aujourd'hui pas marquées par on va dire des principes moraux on a besoin de commercer avec la Chine c'est du business donc à un moment ou à un autre il faut être efficace et pour moi être efficace c'est faire en sorte que les 4 millions d'emplois qui dépendent des exportations en France et bien restent à ce niveau là ne soient pas pénalisés par la guerre commerciale c'est une guerre que nous n'avons pas voulu mais qui est en train de se déployer

15:10
Présentateur

pardon mais vous dites que les américains ne sont pas enclins à négocier pourtant le mot qui revient dans la bouche d'Ursula von der Leyen la présidente de la commission européenne c'est nous allons négocier

15:19
Marc Ferracci

mais c'est évidemment l'objectif c'est l'objectif qu'on a un mur en face de nous

15:22
Présentateur

et on veut quand même négocier

15:23
Marc Ferracci

au moment où nous nous parlons il n'y a que très peu d'ouverture de l'administration américaine sur une véritable négociation pardonnez-moi mais c'est la raison pour laquelle c'est la raison pour laquelle avant de commencer à négocier ou espérer entamer la négociation il faut poser ce rapport de force

15:40
Présentateur

il faut taper c'est ça que vous dites ce matin

15:41
Marc Ferracci

je pense qu'il faut effectivement une réponse ferme sur les tarifs sur les mesures de sauvegarde et sur tous les outils qui sont à notre disposition

15:48
Invité

mais pardon quand Donald Trump dit cette nuit qu'il veut faire de la haute couture ce sont ces mots qui veulent des accords bilatéraux avec chaque pays c'est pas une ouverture ça ?

15:57
Marc Ferracci

ça n'est pas l'ouverture que nous souhaitons parce que les accords bilatéraux sont précisément ce que cherche l'administration américaine c'est-à-dire à diviser les européens or si nous perdons cette capacité à négocier en groupe en masse à 27 et bien évidemment que ce sera très difficile pour nous si la France se met à négocier de manière bilatérale avec les Etats-Unis compte tenu du déséquilibre économique qui existe entre nos deux pays et bien nous allons sortir perdant c'est la raison pour laquelle nous devons rester fermes sur ce principe de négociation unitaire

16:26
Présentateur

Le problème aujourd'hui monsieur le ministre c'est que l'industrie française n'a pas attendu les droits de douanes américains pour aller mal croissance morose selon l'INSEE au premier semestre 2025 des records de défaillances d'entreprises en 2024 250 000 emplois menacés pourquoi l'industrie en France va aussi mal ?

16:43
Marc Ferracci

Alors d'abord moi je vais nuancer le constat les défaillances elles sont nombreuses mais elles sont aussi l'effet d'un phénomène de rattrapage vous savez qu'on a beaucoup protégé les entreprises pendant la crise du Covid on leur a donné des prêts qui aujourd'hui arrivent à échéance et ça met en difficulté un certain nombre d'entreprises qui peut-être auraient dû faire des faillances avant

16:59
Présentateur

durant la crise

17:01
Marc Ferracci

durant la crise l'emploi industriel se maintient c'est ça aussi qui est important le nombre de sites qui ouvrent ou qui s'étendent est toujours positif est toujours supérieur au nombre de sites qui ferment ou qui se réduisent c'est ce que nous dit le baromètre industriel de l'Etat donc la réalité de l'industrie c'est une réalité contrastée là où vous avez raison c'est qu'il y a des filières qui sont en grande difficulté et qui n'ont pas attendu les droits de douane de Trump c'est évident c'est l'automobile c'est la sidérurgie c'est la chimie ces filières elles ont toutes pour caractéristiques communes d'être confrontées à une concurrence internationale qui est féroce notamment de la part de la Chine qui ne s'exerce d'ailleurs pas toujours dans des conditions loyales c'est la raison pour laquelle nous devons mieux protéger nos industries et nous l'avons fait et nous allons continuer à le faire mais concrètement vous avez aussi des industries qui sont des fleurons ou des leaders mondiaux c'est l'aéronautique c'est le luxe c'est la cosmétique et vous avez aussi j'insiste là-dessus de l'emploi industriel qui progresse dans les territoires grâce aux industries vertes les industries qui sont en lien avec la décarbonation avec les énergies renouvelables le nucléaire est une filière qui va embaucher 100 000 personnes dans les 10 prochaines années donc c'est une situation contrastée

18:04
Présentateur

mais là avec ces nouveaux droits de douane avec cette guerre commerciale qu'on a évoquée pendant toute la première partie de l'entretien vous ne craignez pas de nouvelles délocalisations mettez-vous à la place effectivement des industriels que vous avez reçus hier dans votre bureau et qui peuvent vous dire en fait moi vu les droits de douane je préfère délocaliser aux Etats-Unis et produire là-bas je vais gagner de l'argent au moins

18:22
Marc Ferracci

c'est un risque et c'est la stratégie de Donald Trump c'est très clairement la stratégie de Donald Trump qui veut créer un cadre aux Etats-Unis qui soit très attractif pour les entreprises étrangères et qui met tout sur la table y compris les droits de douane pour les inciter à venir pas au moment où nous nous parlons aujourd'hui nous sommes pour le dire très clairement dans une situation de grande confusion aujourd'hui les investissements qui étaient prévus qui étaient planifiés sont des investissements qui sont rendus très incertains par le cadre international quelle sera l'attitude de l'administration Trump dans six mois dans un an vis-à-vis des entreprises qui sont venues s'installer sur son territoire c'est très difficile de le savoir parce qu'on le voit bien il y a une grande versatilité une grande instabilité des décisions américaines

19:03
Présentateur

comme Emmanuel Macron aux industriels français n'investissez pas aux Etats-Unis

19:07
Marc Ferracci

on dit suspendez vos investissements ça n'est pas tout à fait la même chose ça n'est pas tout à fait la même chose parce que moi je ne suis pas opposé à ce qui est des investissements français aux Etats-Unis et évidemment à ce qui est des investissements américains en France mais dans le moment nous devons d'abord faire preuve d'unité et montrer que nous travaillons de manière collective il y a une forme de patriotisme qui doit s'appliquer et

19:27
Présentateur

Ceux qui disent je vais investir aux Etats-Unis il manque de patriotisme ?

19:33
Marc Ferracci

Pas du tout Aujourd'hui ceux qui disent qu'ils vont investir aux Etats-Unis ils le font en ayant préparé leurs investissements depuis des années je ne vais pas remettre en question ce principe-là mais dans ce moment très compliqué où nous avons besoin d'apporter une réponse en européen je pense qu'il ne faut pas montrer à Donald Trump que sa stratégie fonctionne et si les investissements se multiplient aux Etats-Unis évidemment qu'il va en tirer argument pour aller encore plus loin c'est ça que nous devons éviter

19:55
Invité

Est-ce qu'il vous arrive de vous dire d'ailleurs que ça se trouve

19:57
Marc Ferracci

la stratégie de Donald Trump elle va fonctionner ?

Non je pense qu'elle ne va pas fonctionner parce que l'histoire économique nous enseigne que les guerres tarifaires les guerres commerciales ne font que des perdants elles ne font que des perdants et d'ailleurs on va probablement le constater assez rapidement à court terme l'impact des tarifs pour l'économie américaine c'est deux points de PIB et ça ce sont les effets de court terme les effets inflationnistes ils vont être massifs à un moment ou à un autre quand vous êtes très dépendant des composants des équipementiers des biens qui sont produits à l'étranger que vous importez lorsque vous leur appliquez 20% de tarifs ça se retrouve sur la facture des consommateurs américains ça l'économie américaine elle va le subir elle le subit probablement déjà donc à un moment ou à un autre je pense qu'un principe de réalité va revenir combien de temps ça prendra je ne sais pas le dire c'est là la difficulté à quel moment et bien des équilibres politiques se feront jour aux Etats-Unis qui feront évoluer l'administration américaine je ne sais pas mais en tout cas nous devons nous nous préparer à la fois à court terme sur la riposte et à moyen terme en allant plus vite et plus fort sur le soutien à nos entreprises

21:01
Invité

et en attendant il y a des dossiers chauds qui sont sur votre bureau et également devant les tribunaux demain le tribunal de commerce de Lyon va rendre sa décision concernant l'avenir de Vancorex menacée de liquidation Vancorex usine chimique qui propose notamment des produits pour le nucléaire les missiles 5000 emplois en jeu deux salariés de l'entreprise syndiqués à la CGT et un entrepreneur local ont fait une proposition de reprise en société coopérative si le tribunal le décide l'Etat peut apporter un soutien financier

21:31
Marc Ferracci

dans ce dossier ?

L'Etat peut apporter un soutien financier s'il y a un modèle économique pour l'entreprise l'Etat n'a pas vocation à intervenir voire à nationaliser puisqu'il y avait une demande de nationalisation de Vancorex ça n'est plus la demande qui est faite puisqu'aujourd'hui il y a un autre projet s'il y a un modèle économique ce que je constate c'est que sur ce dossier que je suis depuis que je suis ministre et qui a débuté avant il n'y a pas d'offre de reprise globale des activités de Vancorex vous avez évoqué des entreprises comme Ariane Group qui produit les missiles comme Framatome dans notre filière nucléaire qui sont des clients de Vancorex ou des clients de clients de Vancorex nous avons pris toutes les mesures pour que l'approvisionnement en clore de ces entreprises soit sécurisé j'insiste sur ce point il n'y a plus de risque de souveraineté lié aux difficultés de Vancorex j'insiste sur ce point parce que ça veut dire très concrètement

22:16
Invité

pour les employés qu'on peut se passer

22:18
Marc Ferracci

de leur entreprise c'est ça ?

alors ce que ça veut dire c'est que d'abord il n'y a pas 5000 emplois qui sont en jeu il y en a 450 ça c'est l'effectif de Vancorex pardonnez-moi je vais aller jusqu'au bout ça c'est l'effectif de Vancorex aujourd'hui il y a une offre de reprise d'un investisseur chinois qui reprend une fraction très faible des salariés et ça ça n'est évidemment pas satisfaisant on a cherché des solutions industrielles et les services de l'état ont d'ailleurs appuyé ou conseillé et ont donné des opportunités au projet de reprise par les salariés pour trouver des partenaires industriels moi j'attends la formalisation de cette offre à la fin c'est le tribunal de commerce qui décide et donc ce qu'a dit l'état c'est que s'il y a une offre portée par quelque acteur que ce soit et notamment par les salariés qui respectent le modèle économique de l'entreprise Vancorex a besoin de 300 millions dans les prochaines années c'est ça qu'une expertise indépendante a dit et bien nous mettrons un euro d'argent public pour un euro d'argent public donc jusqu'à 150 millions

23:14
Invité

d'euros par exemple en l'occurrence il y a besoin

23:16
Marc Ferracci

de 300 millions c'est l'analyse qui a été faite c'est qu'effectivement l'entreprise a besoin de 300 millions dans les prochaines années

23:22
Présentateur

Marc Ferracci Alexis Colleur le secrétaire général de l'Elysée a décliné l'invitation du Sénat pour évoquer l'affaire des autres étés de Nestlé pourquoi il refuse de témoigner ?

23:32
Marc Ferracci

Ecoutez je pense qu'il faut lui poser la question d'abord à lui il y a sur ce sujet un enjeu que vous connaissez qui est celui de la séparation des pouvoirs Alexis Colleur est le secrétaire général de l'Elysée il va bientôt quitter son poste ça a été annoncé et il y a un principe qui s'applique qui est que le président ou ses équipes n'ont pas vocation à répondre directement devant le parlement il y a probablement des questions qui lui seraient posées qui impliqueraient le président je pense que c'est ce qui justifie sa réponse mais pour le reste je n'ai pas à m'exprimer sur ce sujet

24:03
Présentateur

parce que ça pose question quand même sur le fond du coup les sénateurs veulent publier les échanges entre le groupe Nestlé et l'Elysée vous comment vous réagissez vous qui êtes ministre de l'industrie et de l'énergie

24:11
Marc Ferracci

vous savez moi je ne serais jamais contre la transparence et avant d'être ministre j'ai été parlementaire donc je suis attaché à l'indépendance des parlementaires et à ce que la transparence se fasse donc je respecte profondément l'émission d'informations parlementaires et les informations qu'elle donne en éclairage au public et pour le reste la décision d'Alexis Queller lui appartient

24:30
Invité

merci Marc Ferracci ministre en charge de l'industrie et de l'énergie vous étiez à l'invité de France Info ce matin dans un instant les informer Salia Vaklia et Renaud Deli et Renaud Deli