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ChroniqueSébastien Gobert· 14 décembre 2025 16 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsJusticeEurope & internationalÉconomie & entreprises

Loukachenko revient en force grâce à Trump / Libération de prisonniers contre levée de sanctions

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  • 0:15Sébastien GobertFait
    « on a appris et suivi la libération de 123 prisonniers politiques avec des noms très connus. par exemple Ales Bielatski qui est un grand défenseur des droits de l'homme et qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2022 ou encore Maria Colesnikova »
  • 0:45Sébastien GobertChiffre
    « les sanctions américaines sur l'industrie de la potasse qui ont été levées »
  • 1:45Sébastien GobertFait
    « Donald Trump a nommé pour dialoguer avec Minsk un envoyé spécial John Cole »
  • 2:15Sébastien GobertFait
    « John Cole a affirmé que il voulait arriver à une situation où plus aucune sanction américaine ne serait imposée sur le BRU »
  • 3:00Sébastien GobertFait
    « le ministère des affaires étrangères de Lituanie a assuré que le régime de sanction européen resterait en place »

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Pour tous ceux qui suivent l'actualité au Belarus et qui se soucient du sort des quelques 1200 prisonniers politiques qui sont retenus par le régime d'Alexander Lukachenko, hier était nettement un jour de joie et de soulagement puisque on a appris et suivi la libération de 123 prisonniers politiques avec des noms très connus. par exemple Ales Bielatski qui est un grand défenseur des droits de l'homme et qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2022 ou encore Maria Colesnikova qui a été une icône des protestations réprimées de 2020. Ce sont des excellentes nouvelles sur un plan humanitaire, mais il y a un prix à payer et notamment l'allègement des sanctions sur un régime qui n'a en rien infléchi le reste de sa politique.

Alors, parlons-en. Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette nouvelle vidéo où l'on fait un point sur le régime d'Alexander Lukachenko. Il a 71 ans, il est en poste depuis 1994 et il faut admirer qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas sa capacité de survie puisque il y a encore quelques mois, il était un paria auprès des Américains et des Européens et il était un vasal minoré par Vladimir Poutine mais malgré tout cela, il a retrouvé les moyens de revenir dans le jeu.

Alors donc on commence par la nouvelle d'hier. 123 prisonniers politiques libérés en un coup comme j'ai dit avec des noms très connus. Donc Ales Bialyatski qui est un des rares et un des grands défenseurs de droits de l'homme au Belarus et qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2022 donc en même temps que l'association ukrainienne du centre des droits civiques et de l'Organisation russe mémoriale.

On a aussi Victor Babarico qui avait été empêché de se présenter à la présidentielle de 2020 et sa conseillère Maria Colesnikova qui elle donc s'était présentée à sa place et qui avait été arrêtée après coup. Maria Kolesnikova s'était rendu très célèbre en déchirant son passeport dans le Nomansland entre le Belarus et l'Ukraine pour ne pas être expulsé de son propre pays. Et donc elle était devenue ce symbole d'une opposition qui ne voulait pas se retrouver en exil et donc du même coup moins efficace.

Mais depuis son arrestation, elle a passé plus de 5 ans en prison et on a vu hier que là pour le coup elle ne regrettait pas après avoir passé 5 ans dans sa cellule de quitter le BRus. Et ne serait-ce que ça, ça en dit long sur la capacité du système pénitentiaire Belarusse à briser la volonté de faire des opposants politique. Une partie des personnes libérées a été dirigée vers la Lituanie.

La majorité d'entre eux sont allés vers l'Ukraine. En Lituanie, les détenus libérés ont été acheminés vers l'ambassade des États-Unis. Ils y ont été accueillis par Svetlana Tiranovskaya, donc la leader des facto de l'opposition Belarusse à l'étranger.

Et en Ukraine, c'est le chef des renseignements militaire, Kirilo Boudanov qui a accueilli donc les détenus libérés. Et ça c'est assez particulier pour être remarqué. Pourquoi lui ?

Pourquoi pas quelqu'un d'autre ? Pour être honnête, je n'ai pas de réponse à cette question, mais c'est juste intéressant à remarquer. Cette libération de 123 prisonniers politiques, elle s'ajoute à des vagues successives de libération de détenus.

Au mois de juin, c'est Serge Tiranowski, donc le mari de Svetlana qui avait été libéré avec 13 autres détenus. On a eu une autre vague en septembre, 52 prisonniers politiques libérés, encore une fin novembre où là ce sont détenus de citoyenneté ukrainienne et deux prêtres catholiques qui ont été libérés. Et ça nous a amené à cette libération d'hier donc du 13 décembre où là évidemment il y a un effet de masse qui impressionne.

Comme j'ai dit, ce sont des très bonnes nouvelles pour ses détenus, pour leurs proches et pour tous ceux qui se soucient de leur sort. Mais le bémol, c'est que ça ne change absolument rien à la nature et aux pratiques du régime belarusse. Donc ça ne change rien à sa politique de répression en interne, ça ne change rien à son inféodation au Kremelin à Moscou et ça ne change rien non plus à sa complicité dans l'agression russe contre l'Ukraine à partir de 2022 ou encore à ses attaques hybrides contre ses voisins européens.

Quand on parle d'attaque hybride contre les voisins européens, donc vous en avez sans doute entendu parler, c'est évidemment la politique d'exfiltration de migrants. Il y a encore 3 jours hein, il y a un tunnel qui a été trouvé donc sous la frontière entre le Belarus et la Pologne et qui a été emprunté selon les enquêteurs polonais par des dizaines de migrants venus d'Afghanistan et de Pakistan de principalement. Et c'est évidemment on ne creuse pas un tel tunnel sans la complicité d'un des côtés en l'occurrence du Belarus.

Et on sait aussi que ces dernières semaines, le Belarus n'arrête pas d'envoyer des ballons vers la Lituanie qui sont remplis de différents produits de contrebande, notamment des cigarettes et que cela a provoqué plus d'une douzaine de fermetures partielles de l'aéroport de Vilnus et des alertes aériennes étendues à plusieurs régions du pays. Donc ces dernières semaines, la nature du régime n'a pas changé et comme j'ai dit, il reste environ 1200 prisonniers politiques dans les jaules belarusses et à n'importe quel moment, les autorités d'Alexander Lukachenko peuvent décider de réduire ou d'augmenter ce nombre. Malgré cela, malgré le fait que le régime reste toujours fidèle à lui-même, les États-Unis de Donald Trump ont fait un pari sur Alexander Lukachenko puisque depuis plusieurs mois, il multiplie les délégations à Minsk, il multiplie les gestes d'ouverture et il procède à une levée graduelle des sanctions américaines qui sont imposées au Belarus depuis 2022 mais aussi depuis 2020.

Ça a commencé il y a déjà plusieurs mois avec l'aviation civile, avec la levée des sanctions sur la compagnie nationale Belavia ou encore sur des avions qui sont utilisés par des officiels du régime ou par la famille d'Alexander Lukachenko. Et hier, 13 décembre, ce sont les sanctions américaines sur l'industrie de la potasse qui ont été levées. Donc la potase étant très utilisée pour faire des engrais dans l'agriculture.

Donald Trump a nommé pour dialoguer avec Minsk un envoyé spécial John Cole. Donc un envoyé spécial, c'est un proche confident de Donald Trump auquel on confie un dossier en particulier afin que il y mène une diplomatie informelle et parallèle. Et donc lui hier, John Cole a affirmé que il voulait arriver à une situation où plus aucune sanction américaine ne serait imposée sur le BRU.

Alors à partir de là, prenons un peu de recul pour voir le calcul des différents acteurs dans ce dossier. D'abord, le premier de ces acteurs, c'est Alexander Lukachenko. Comme j'ai dit, son instinct de survie est remarquable.

Il est en poste depuis 1994 et il a survécu à absolument tout depuis. C'est lui qui a fait les premiers pas pour cultiver une sorte de rapprochement avec Donald Trump. D'abord parce que ça permet à son économie de souffler et cette levée des sanctions sur la potace était extrêmement importante pour l'économie du Belarus.

Ça redonne aussi de la légitimité à Alexander Lukashenko de traiter en direct avec les Américains et ça ne m'étonnerait pas qu'on le voit débarquer à un moment donné à la Maison Blanche. Ça lui permet aussi évidemment de mettre mal à l'aise ses voisins européens, donc notamment la Lituanie et la Pologne qui d'un coup ou d'un seul ne bénéficient plus du soutien américain dans leur résistance face aux attaques hybrides venues du Belarus. Et ça évidemment ça s'inscrit dans le discours ambiant que en fait ce sont les Européens qui sont les vates en guerre alors que les Américains, les Russes et donc les Belarusses ne cherchent que la paix, l'apaisement et l'allègement des sanctions.

Sachant que ni Moscou ni Minsk n'ont modifié d'un Yota leur politique et leur agression vis-à-vis de l'Ukraine. C'est quand même assez fort de café. Mais pourtant ça s'installe comme un discours ambiant.

Très important aussi, ce rapprochement avec l'administration Trump permet à Alexander Lukachenko de rééquilibrer sa relation avec Vladimir Poutine puisque on le sait depuis déjà de nombreuses années, Minsk essaie de résister aux tentatives d'annexion venu de Russie. On sait que le Kremelin a cette ambition de créer une grande union entre le Belarusse et la Russie, encore plus étroite que ce que elle naît aujourd'hui. Mais donc évidemment, ça serait une Union qui serait dominée par la Russie.

Et en 2022, Alexander Lukashenko, d'une part, il n'avait pas la possibilité de s'opposer au projet d'agression de l'Ukraine par la Russie, mais aussi il a prêté son territoire et il a prêté ses infrastructures, sa logistique pour aider dans les premières phases de l'invasion. Et là, son calcul c'était évidemment que il serait au côté de Vladimir Poutine pour l'apparade de la victoire sur l'avenue principale de Kief Kréchiatique et que il serait donc aux premières loge pour remodeler l'architecture de sécurité européenne. Mais la guerre s'éternisant, le Belarus a perdu son statut de partenaire privilégié au profit de la Corée du Nord, de l'Iran et évidemment de la Chine.

Ce qui fait que le Belarus s'est retrouvé avec tous les inconvénients d'un pays complice de l'agression mais sans aucun désavantage. Alors que là donc ce rapprochement avec l'administration Trump permet au Belarus et bien d'offrir finalement des options à la Russie que ne peuvent pas lui offrir la Corée du Nord ou l'Iran, c'est-à-dire un nouveau canal de communication avec Donald Trump et un allègement des sanctions internationales puisque les économies Belarus et Russes sont tellement imbriquées que un allègement des sanctions sur le Belarus automatiquement avantage la Russie. L'exemple de Belavia est très parlant puisque donc aujourd'hui il n'y a plus de sanctions américaine sur la compagnie nationale Belarusse mais par contre les avions Belaruses ne peuvent toujours pas survoler les espaces aériens européens.

Et donc par où est-ce qu'il passe pour faire Minsk Washington ou Minsk New York ? Et bien évidemment, il passe par la Russie et plus ils vont faire des allers-retours entre Minsk et les États-Unis et plus ils vont rapporter des pièces détachées pour la flotte russe qui en a cruellement besoin. On peut aussi s'attendre et c'est peut-être déjà en cours à ce que Aéroflotte transfère un certain nombre d'appareils à Belavia.

Donc évidemment tout en continuant à les opérer en sous-main, mais comme ça ce sont des appareils qui ne seront plus soumis aux sanctions américaines. Ce qui fait que on a parler de l'acteur Belarusse mais on voit que Vladimir Poutine a tout intérêt à voir d'un bon œil ce rapprochement entre Alexander Lukashenko et Donald Trump. Et ça donc comme j'ai dit, ça permet de redorer le blason d'Alexander Lukashenko qui devient beaucoup plus utile au Krémelin qu'il ne l'était il y a encore quelques mois.

Dans tout ça, les États-Unis et l'administration Trump doivent comprendre cet état de vassalisation du Belarusse. On peut pas imaginer qu'il puisse être aussi ignorant que ça à la Maison Blanche. Et donc ça veut dire que c'est une politique consciente, que la Maison Blanche cherche un canal de communication supplémentaire avec le Kremelin, mais que en plus de ça, il mettent en place une politique de motivation.

C'est-à-dire, regarde, si tu fais ça, alors dans ce cas-là, je lève les sanctions et comme tu le vois avec le cas du Belarus, je ne triche pas. Je suis vraiment sincère. On peut aussi imaginer que l'administration Trump y voit un intérêt très pratique, que ce soit par rapport à certains secteurs de l'économie américaine ou tout simplement par rapport à des intérêts un peu plus personnels de la Trump Corporation.

Pour l'instant, on n' pas encore d'annonce de projet de Trump Tower ou de Hôtel Trump à Minsk, mais ça ne surprendrait personne. Et donc, quoi qu'il en soit, c'est donc une politique consciente de la part de l'administration Trump pour relégitimer Alexander Lukachenko et pour aider indirectement Vladimir Poutine en soulageant l'économie russe. Et évidemment, c'est très bien que des prisonniers politiques soient libérés dans le cours de ce processus. il faut s'en féliciter et de facto sans Donald Trump, ils seraient encore dans leur cellule de la même manière que on peut critiquer et à juste titre la situation entre Israël et la bande de Gaza.

Mais avant Donald Trump, personne n'avait réussi à imposer un cesser le feu ne serait-ce que partiel comme Donald Trump a pu le faire. Mais il faut bien comprendre que derrière tout ça, la nature du régime politique ou son inféodation à la Russie n'ont pas changé, que les États-Unis n'ont pas vraiment de raison de traiter d'égal et égal avec le petit Belarusse et que donc cette politique de rapprochement avec Minsk et d'allègement des sanctions n'est que une manière de tendre la main au Kremelin de Vladimir Poutine. Et donc on en arrive à la question qu'on pose fondamentalement à la fin de chaque sujet sur la politique de l'administration de Trump, c'est et les Européens dans tout ça.

Alors hier 13 décembre, le ministère des affaires étrangères de Lituanie a assuré que le régime de sanction européen resterait en place et cela indépendamment des décisions américaines. Mais il n'empêche, et ça c'est juste mathématique que sans le concours des États-Unis, tout l'édifice des sanctions internationales est beaucoup moins solide et beaucoup moins imperméable. En plus de ça, on a hier l'envoyé spécial de la Maison Blanche, donc ce John Cole qui a annoncé que Alexander Lukachenko lui avait promis de tout faire pour stopper l'envoi de ballon de contrebande vers la Lituanie, ce qui est au passage un aveu de culpabilité.

Et ça, ça veut sans doute dire que à un moment donné, les États-Unis vont faire pression sur les Européens pour que eux-mêmes relâchent leur régime de sanction en disant bah finalement il y a plus de ballon, donc il y a plus de problème. Et notamment ce que recherche Alexander Lukachenko donc pour le bénéfice de l'économie belarusse et évidemment de l'économie russe, c'est d'obtenir un accès au ports de la Baltique, donc évidemment les ports en Lituanie, en Lonnie et en Pologne. puisque les sanctions sur l'industrie de la potace sont levées, mais par contre les conditions d'exportation ne restent guère optimales, on peut le dire comme ça.

Et puis aussi, il faut voir que le régime de sanction européenne connaît ses propres failles puisque fin octobre, la Cour de justice de l'Union européenne a annulé les sanctions qui pesaient sur le milliardaire Michael Gutserevf qui est un homme d'affaires russe mais qui est surtout un très proche conseiller d'Alexander Lukashenko. Pourquoi est-ce que ces sanctions ont été levées ? Parce qu'il y a eu quelques vises de procédure dans la décision d'imposer des sanctions et parce que ce milliardaire a eu la possibilité d'embaucher des très bons avocats.

Ça c'est un des grands défis de l'Union européenne dans les mois qui viennent. On voit qu'il y a un certain nombre d'acteurs qui déploient des moyens colossaux pour tenter d'invalider sanctions européennes qui pèsent sur eux. Et ça, sans le soutien américain, c'est beaucoup plus difficile puisque l'édifice est moins solide, il est moins imperméable.

Et ça donc évidemment l'administration Trump a fait grand bruit autour de ses sanctions sur Rossneft et sur Lcoin, mais il n'empêche qu'ils n'ont toujours pas mis à jour le régime existant de sanction. Et ça donc depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier. Et au fur et à mesure et bien ces sanctions elles deviennent par définition moins efficaces puisque les acteurs concernés trouve des moyens de les contourner.

Bon, pour l'instant, les Européens tiennent bon sur leur position et fondamentalement sur l'essentiel. Et puis aussi que ce soit eux ou les Ukrainiens, et bien ils reçoivent des bénéfices indirects de cette politique de rapprochement américano Belarus puisque certains de leurs ressortissants donc européens et ukrainiens sont libérés des jaules d'Alexander Lukashenko sans forcément que les Européens ou les Ukrainiens ne lâchent quelque chose vis-à-vis du régime. Mais le retour en grâce de celui qu'il y a encore quelques années on appelait le dernier dictateur d'Europe avant que il ne soit rejoint par des nouveaux dictateurs.

Donc ce retour en gaz, il est lourd de conséquence pour la politique trumpienne vis-à-vis de la Russie, pour la solidité et l'imperméabilité du régime de sanction qui vise donc les agresseurs de l'Ukraine et évidemment pour la cohérence à moyen et à long terme de la politique européenne sur ces sujets. Voilà, je m'arrête là. Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. file.

Je vous retrouve très vite.