Trump : coup de folie ou stratégie ? - C dans l’air - 10.04.2025
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:40OuverteRéponse partielle
Pourquoi une telle volte-face de Trump sur les tarifs douaniers ?
- 2:08OuverteRéponse directe
Comment peut-il faire volte-face en quelques heures ?
- 3:26OuverteRéponse directe
Sur la gestion erratique ou géniale de D.Trump ?
- 4:50RelanceRéponse directe
Quand on regarde les chiffres de l'ouverture à Wall Street, il y a encore une panique. Pourquoi ?
- 5:30OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a influencé Trump pour ce revirement ?
- 7:41RelanceRéponse directe
Mais tout ça était prévu. C'est ce que dit le secrétaire du Trésor. Est-ce vrai ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:51A.BellangerFait
« Il a expliqué que 75 pays dans le monde s'étaient précipités à Washington pour essayer d'obtenir un accord commercial. »
- 4:08D.MoïsiFait
« Il y a le jour de la "libération", le jour du carnage, les Bourses s'effondrent et hier, le jour de l'humiliation. »
- 5:30J.-B.CadierFait
« Il tweetait en fonction de ce qu'il voyait à l'écran. C'était Fox News Business. »
- 6:15J.-B.CadierFait
« Quand les actions baissent, en général, les gens se réfugient vers les obligations qui sont des valeurs sûres. »
- 6:58S.MatellyFait
« La confiance en cette capacité de l'économie est en train de baisser. A l'automne dernier, le Fonds monétaire international constate que les États-Unis, l'économie américaine est la plus solide de la planète. »
- 8:18Fait
« Les démocrates alertent sur un possible délit d'initié. »
- 9:03D.TrumpFait
« Nous n'avions pas accès à des avocats. Nous l'avons écrit avec notre coeur. C'était écrit avec le coeur. Il a été écrit comme quelque chose de très positif pour le monde et pour nous. »
- 9:47Fait
« L'entourage du président américain vole à son secours et le dépeint comme un génie incompris. »
- 10:27Fait
« Beaucoup ont manqué l'art de la négociation. C'était sa stratégie depuis le début. »
- 11:11Fait
« La Chine espère négocier avec les États-Unis tout comme l'UE. Bruxelles vient de suspendre sa riposte aux droits de douane américains pendant 90 jours. »
- 11:54A.BellangerFait
« Il y a une question sur le fait qu'il ait prévenu 3 heures avant qu'il valait mieux acheter maintenant parce que la Bourse allait remonter. »
- 12:34A.BellangerChiffre
« Son conseiller prédisait 6000 milliards de rentrées pour les finances des États-Unis. Ils se sont rendu compte qu'ils étaient loin du compte. A 10 %, ça va rapporter 30 milliards de dollars. »
- 13:12D.MoïsiFait
« Depuis 10 jours, il y a moins d'Amérique dans le monde et plus de Chine. La Chine apparaît comme un acteur plus raisonnable, plus rationnel. »
- 13:55D.MoïsiFait
« Il voulait isoler la Chine. Il a isolé l'Amérique. Il pouvait dire: "Le vrai problème, c'est notre commerce à nous avec la Chine. Mettons-nous ensemble pour obtenir quelque chose de plus juste avec la Chine." »
- 14:39J.-B.CadierFait
« D.Trump est un peu moins fort qu'il ne l'était avant. Ce qu'il voulait faire, c'était avoir un gagnant-gagnant. "Je mets un pistolet sur la tempe de tous les pays du monde et des entreprises américaines..." »
- 15:24J.-B.CadierFait
« C'est vraiment un acte de mafieux. Seulement, il a baissé son arme. Ce qui devait être gagnant-gagnant est perdu. »
- 16:08J.-B.CadierFait
« On a des sondages de ces dernières heures. Sa crédibilité économique est en chute libre. »
- 16:46D.MoïsiFait
« Il y a des signaux très clairs dans les "town halls", les réunions publiques américaines. Les représentants n'osent plus venir. Ils étaient hués par les participants. »
- 17:29C.RouxChiffre
« Sur la Chine, il n'a pas bougé. Il a même renforcé les sanctions douanières. On est passés de 125 % à 145 %. »
- 18:14S.MatellyFait
« Il a annoncé des taux aussi importants à l'encontre de la Chine, ce qui est une rupture et une catastrophe économique. »
- 18:56A.BellangerFait
« Depuis hier, tout le monde est gentil. Il est là pour écouter. Le problème de cette relation, c'est qu'ils sont tous les 2 prisonniers de leur narration. »
- 19:39A.BellangerFait
« La Chine, depuis 60 ans, prétend qu'elle veut venger Pékin du siècle de l'humiliation. C'est 1840-1950, une période pendant laquelle les Occidentaux ont obligé les Chinois à s'ouvrir au commerce international. »
- 21:08D.MoïsiFait
« C'est un système perdant-perdant. Les Chinois ne peuvent pas se rééquilibrer avec la croissance intérieure plutôt que de continuer à exporter comme ils le faisaient. »
- 24:18S.MatellyFait
« Affaiblissement de la confiance dans cette économie américaine. C'est un vrai risque pour l'économie mondiale. »
- 25:02S.MatellyChiffre
« En quelques jours, le taux d'intérêt auquel les États-Unis empruntaient a pris 1 point, 1,5 point. Ils vont passer de 3 à 4,5 %. »
- 26:29A.BellangerFait
« Le prix du baril de pétrole, il l'avait déjà négocié dès son arrivée au pouvoir avec l'Arabie saoudite et ça commence à baisser. »
- 27:12D.MoïsiFait
« Ce qui a le plus baissé, c'est la confiance dans les États-Unis. C'est irremplaçable. »
- 27:42C.RouxFait
« Une des explications données par son entourage était de dire que "Maintenant, c'est fini. Wall Street a été bien fournie. On va s'occuper de l'économie réelle." »
- 28:23A.BellangerChiffre
« Wall Street a pris 40 % depuis 2 ans. En quelques années, c'est presque 500 % d'augmentation. »
- 29:05D.TrumpFait
« J'aime prendre une bonne douche pour m'occuper de mes beaux cheveux. Je dois rester sous la douche pendant 15 minutes jusqu'à ce que mes cheveux soient mouillés. L'eau coule goutte à goutte. »
- 29:48J.-B.CadierFait
« Il a un problème avec le débit des douches. Ca fait des années que ça dure. »
- 30:31A.BellangerFait
« Il s'en prend à cette écologie punitive qui voudrait baisser le débit des douches américaines qui, par ailleurs, sont très puissantes. »
- 31:14D.MoïsiFait
« C'est comme un prestidigitateur. Il envoie des objets dans l'air et il les rate à chaque fois. »
- 31:58A.BellangerFait
« Ce sont les 100 jours les plus ratés de l'histoire politique des États-Unis. Il avait promis de finir la guerre en Ukraine en 24 heures. »
- 33:27P.NavarroChiffre
« Nous avons le plus gros boum de l'histoire sur les marchés. Nous collectons chaque jour des milliards de dollars de taxes grâce aux droits de douane. »
- 34:09Fait
« On vient de l'apprendre: P.Navarro a été condamné à 4 mois de prison pour outrage au Congrès. »
- 34:51P.NavarroFait
« Toute personne qui m'a conduit sur la route de cette prison est un putain de démocrate qui déteste Trump. »
- 35:11P.NavarroFait
« L'émergence de la Chine comme superpuissance économique créée de nombreux conflits. »
- 39:25D.MoïsiFait
« Toute personne sortie d'Harvard n'est pas forcément géniale. »
- 40:09D.MoïsiFait
« Ce qui me frappe, c'est que l'entourage affaiblit considérablement la réputation des États-Unis dans le monde. »
- 43:23J.-B.CadierFait
« Il faudrait pouvoir retirer à Trump ce pouvoir extraordinaire des tarifs, des droits de douane. Il faudrait lui retirer cette possibilité. »
- 44:07S.MatellyFait
« L'UE et les Émirats arabes unis vont lancer des négociations en vue d'un accord de libre-échange avec les États-Unis. »
- 45:33D.MoïsiFait
« D.Trump est peut-être l'homme qui a le mieux servi la cause de l'Europe au cours des dernières décennies. »
- 49:12D.MoïsiFait
« Grâce à Trump, l'Europe est devenue adulte. »
- 51:20E.LombardPromesse
« Nous n'augmenterons pas les impôts en 2025, puisque nous tenons l'axe des dépenses publiques telles qu'elles ont été votées par le Parlement. »
- 52:48S.BinetFait
« Le gouvernement passe son temps à recevoir les patrons à l'Élysée et il n'a pas pris le temps de consulter les organisations syndicales. »
- 54:11Fait
« Le patron du Medef alerte sur les droits de douane prohibitifs imposés à la Chine. »
- 57:02D.MoïsiFait
« Le mot qui domine, c'est "incompétent et incohérent". »
- 1:02:07D.MoïsiFait
« On a détruit les instruments du multilatéralisme, qu'il s'agisse de l'ONU ou de l'OMC. »
- 1:02:51S.MatellyFait
« La Chine a porté plainte auprès de l'OMC contre les pratiques des États-Unis. »
Temps de parole
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sur la sensibilité. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue. C'est un invraisemblable revirement. D.Trump, après avoir rappelé les acteurs financiers au calme, a fait un virage à 180 degrés dans la soirée et met sur pause ses hausses de tarifs douaniers tout en maintenant la pression maximale sur son principal adversaire, la Chine, avec un bond de 145 % sur les échanges. Depuis, les marchés exultent et repartent à la hausse. Le monde est dans une angoisse sur la gestion erratique du chef de la Maison-Blanche. Pourquoi une telle volte-face? Est-ce que Trump a été inquiété par les soubresauts de la dette américaine? Ce manège était-il prévu? Sert-il des intérêts financiers de ceux qui se sont enrichis ces dernières 48 heures? Quelle sera la stratégie de l'Europe qui a retardé
sa riposte? 10 % de hausse sont maintenus vis-à-vis de l'Europe. Avec nous, D.Moïsi. Vous êtes géopolitologue, conseiller spécial de l'Institut Montaigne. A.Bellanger, vous êtes éditorialiste à franceinfo et spécialiste des questions internationales. J.-B.Cadier, vous êtes journaliste et ancien correspondant aux Etats-Unis pendant 18 ans. S.Matelly, vous êtes économiste et directrice de l'institut Jacques Delors. Merci de participer à ce "C dans l'air". Il est nécessaire de refaire le film des événements précédents avec un petit déroulé minute par minute. Comment peut-il faire volte-face en quelques heures? - A.Bellanger: C'est un spécialiste de la volte-face. Il l'a toujours fait pendant son premier mandat sur les tarifs douaniers. Il a fait la même chose. Il a menacé la moitié du monde de tarifs douaniers, à commencer par la Chine, puis l'UE. Ensuite, il s'est rétracté. Ce n'est jamais que la 2e fois. Le problème, c'est que c'était absolument cataclysmique
et mondial. Il n'y a pas un pays qui n'était pas épargné. Il l'a souligné puisqu'il a expliqué que 75 pays dans le monde s'étaient précipités à Washington pour essayer d'obtenir un accord commercial. C'est peut-être la partie la plus réussie de cette espèce de coup invraisemblable. Pour traiter 75 pays qui arrivent chacun avec une délégation à Washington tous ensemble pour obtenir la même chose, il fallait une pause. - C.Roux: Sur la gestion erratique ou géniale de D.Trump? - D.Moïsi: Il y a un film qui était sorti il y a pas mal d'années qui s'appelait "Les Trois Jours du Condor". J'ai plutôt pensé aux "Trois Jours du clown".
Il y a le jour de la "libération", le jour du carnage, les Bourses s'effondrent et hier, le jour de l'humiliation. Quelque part, il fait volte-face parce qu'il s'est rendu compte qu'on ne le suit plus en Amérique, que ses soutiens les plus forts commencent à lui dire: "Tu fais n'importe quoi". La leçon majeure, c'est que quoi qu'il arrive demain, l'Amérique a perdu. Elle a perdu sa réputation. Elle a perdu l'image d'acteur positif en dernier recours. La manière dont l'Amérique a traité ses ennemis, ses alliés comme s'ils étaient tous dans la même catégorie, fait que la notion d'alliance, le projet américain basé sur des valeurs communes, a disparu. Ils ont dilapidé en quelques heures,
en quelques jours, leurs avantages comparatifs majeurs par rapport à la Russie et la Chine. Ils avaient des alliés. - C.Roux: Quand on regarde les chiffres de l'ouverture à Wall Street, il y a encore une panique. La Bourse a rouvert à la baisse. C'est lié peut-être à cette incertitude. Ca s'est fait dans l'après-midi. - J.-B.Cadier: Dans la matinée, heure de Washington, on sait ce que faisait D.Trump. Il était devant la télé. On sait quelle chaîne.
Il tweetait en fonction de ce qu'il voyait à l'écran. C'était Fox News Business. C'était une interview du plus grand patron des banques américaines, la plus grande banque américaine, qui, à ce moment-là, était chez une journaliste qui adore D.Trump, a dit que ça ne pouvait pas durer. C'est à ce moment-là que D.Trump, en regardant la télévision, influencé par la télévision, parce qu'il n'écoute pas ses conseillers, il s'est dit qu'il était allé trop loin. C'est comme ça qu'il a pris cette décision. - C.Roux: "Je regardais le marché des obligations. C'était très délicat." - J.-B.Cadier: Quand les actions baissent, en général, les gens
se réfugient vers les obligations qui sont des valeurs sûres. Les obligations, c'est les bons du Trésor, c'est la dette américaine. Ils étaient aussi en baisse à ce moment-là. C'était une catastrophe potentielle. - S.Matelly: Cette baisse traduisait une crainte qui s'est exprimée auprès de nombreux experts des marchés financiers, la crainte que les Chinois qui financent largement la dette américaine se retirent et ce serait catastrophique pour l'économie américaine. Les marchés financiers ont intégré tout ce que nous avons dit. Au fond, la note de l'économie américaine et la note
des Etats-Unis en général est en train de baisser. La confiance en cette capacité de l'économie est en train de baisser. A l'automne dernier, le Fonds monétaire international constate que les Etats-Unis, l'économie américaine est la plus solide de la planète, le vrai moteur de l'économie face au ralentissement de la Chine et des économies européennes. C'est une économie où tout va bien. D.Trump est élu. Les hommes d'affaires ont plutôt parié D.Trump.
On est dans une forme d'euphorie qui a été largement douchée avec toutes ces annonces. Au-delà des annonces et de l'incertitude, ça annonce un tournant pour cette économie américaine et ça présente d'énormes risques pour tous les investisseurs américains. - C.Roux: Mais tout ça était prévu. C'est ce que dit le secrétaire du Trésor. "C'était sa stratégie tout au long." "C'était magnifique", c'était la réaction de D.Trump. Il assure que cette opération s'est passée comme prévu
et félicite les financiers qui en ont profité. Les démocrates alertent sur un possible délit d'initié. - Les marchés en hausse. Le président Trump a annoncé une pause de 90 jours des droits de douane sur la plupart des pays. - Le Dow Jones grimpe de plus de 2000 points. - Des droits de douane suspendus suite aux alertes et inquiétudes qu'ils suscitent... D.Trump a fait volte-face à peine 24 heures après avoir instauré des droits de douane exorbitants au monde entier. Il les a suspendus hier pour 3 mois dans un simple message
sur les réseaux sociaux. Explications quelques heures plus tard. - D.Trump: Nous n'avions pas accès à des avocats. Nous l'avons écrit avec notre coeur. C'était écrit avec le coeur. Il a été écrit comme quelque chose de très positif pour le monde et pour nous. Nous ne voulons pas blesser des pays qui n'ont pas besoin de l'être. Ils veulent tous négocier. - D.Trump ne maintient plus que des droits de douane de 10 %. Un revirement qui ressemble à une capitulation, avouée à demi-mot. - D.Trump: Je regardais le marché des obligations. C'était très délicat. Si vous regardez maintenant, c'est magnifique. J'ai vu la nuit dernière que les gens devenaient un peu mal à l'aise. - L'entourage du président américain vole à son secours
et le dépeint comme un génie incompris. - Beaucoup ont manqué l'art de la négociation. - C'était sa stratégie depuis le début. On pourrait même dire qu'il a poussé la Chine à se mettre en mauvaise posture. Elle a réagi et montré au monde entier qu'elle était le mauvais acteur. - Mais D.Trump aurait-il sciemment ébranlé les marchés? Quelques heures avant de suspendre les droits de douane, le président américain déclare que c'est un excellent momen pour acheter des actions. De quoi pousser des sénateurs démocrates à soupçonner D.Trump de délit d'initié. - S'agit-il d'une manipulation du marché, d'une corruption à la vue de tous?
Nous avons besoin d'une enquête. - Qui savait ce que le président allait faire et qui autour de lui a négocié des actions en sachant que le marché était sur le point de subir d'incroyables bouleversements? - En attendant, dans le viseur de D.Trump, la Chine, seul pays dont les droits de douane vont augmenter jusqu'à 125 %. Surenchère américaine à la riposte chinoise de taxer les produits américains de 84 %. Sur X, un membre du gouvernement chinois publie une vidéo du dirigeant Mao Tsé-toung datant de la guerre de Corée, seul conflit où Américains et Chinois se sont directement affrontés.
Allusion à une guerre commerciale qui s'intensifie. - La position de la Chine est claire et cohérente. La porte des négociations est ouverte. Le dialogue doit être mené sur un pied d'égalité et dans le respect mutuel. La Chine restera fidèle à sa position jusqu'au bout. La pression, la menace et le chantage ne sont pas des moyens corrects de traiter avec la Chine. - La Chine espère négocier avec les Etats-Unis tout comme l'UE. Bruxelles vient de suspendre sa riposte aux droits de douane américains pendant 90 jours. - C.Roux: Question. C'est ce que pensent certains élus démocrates. - A.Bellanger: Avec le délit d'initié Je ne pense pas.
Il y a une question sur le fait qu'il ait prévenu 3 heures avant qu'il valait mieux acheter maintenant parce que la Bourse allait remonter. Je n'ai pas de conseil à donner aux démocrates mais ils sont tellement dans les choux depuis 3 mois que tout est bon à prendre, y compris ce genre de tactique. Je ne pense pas qu'il ait gagné des milliards là-dessus. Par contre, il espérait gagner avec des tarifs douaniers à 20 ou 30 %... Son conseiller prédisait 6000 milliards de rentrées pour les finances des Etats-Unis. Ils se sont rendu compte qu'ils étaient loin du compte. A 10 %, ça va rapporter 30 milliards de dollars. Tant de bruit pour 30 petits milliards de dollars
quand les Etats-Unis importent 3200 milliards de dollars par an. - C.Roux: Ce que dit D.Trump, c'est "regardez, j'ai réussi. Ils veulent tous négocier." Est-ce qu'il n'a pas obtenu ça? - D.Moïsi: Non. Depuis 10 jours, Il y a moins d'Amérique dans le monde et plus de Chine. La Chine apparaît comme un acteur plus raisonnable, plus rationnel. Quelque part, Trump a joué contre son camp. Il voulait isoler la Chine. Il a isolé l'Amérique. Il pouvait dire: "Le vrai problème, c'est notre commerce à nous avec la Chine. Mettons-nous ensemble pour obtenir quelque chose de plus juste avec la Chine." Comme il a fait exactement l'inverse, il s'est retrouvé seul. C'est cette fragilité de l'Amérique qui paraît comme un acteur absolument pas fiable, dangereux, irresponsable. Il y a peut-être des gens qui ont gagné quelques milliards,
mais ça n'était pas l'objectif initial. C'est une bien piètre compensation par rapport au coût pour le soft power de l'Amérique. - C.Roux: Est-ce que les alertes des marchés financiers... Il a dit qu'il avait vu que ça devenait délicat. On imagine que les téléphones de la Maison-Blanche ont dû sonner de la part de grands patrons américains qui sont un peu perdus par cette politique. - J.-B.Cadier: On pense aux retraités américains et aux consommateurs qui perdent de l'argent parce qu'ils ont leurs fonds de pension à la Bourse. Les amis de D.Trump, ceux qui ont son numéro de portable, sont des milliardaires qui ont perdu beaucoup d'argent.
D.Trump est un peu moins fort qu'il ne l'était avant. Ce qu'il voulait faire, c'était avoir un gagnant-gagnant. "Je mets un pistolet sur la tempe de tous les pays du monde et des entreprises américaines..." Les entreprises américaines, Apple, qui fabrique en Chine... "Investissez aux Etats-Unis, on va faire remonter l'économie américaine. Il faut aussi m'aider politiquement. Arrêtez de me critiquer." C'est vraiment un acte de mafieux. Seulement, il a baissé son arme. Ce qui devait être gagnant-gagnant est perdu. Il n'a pas sauvé l'économie américaine. On voit que la Bourse baisse à nouveau aujourd'hui. Il a perdu ce pouvoir d'intimidation. Pour comprendre Trump, il faut regarder "Le Parrain" plutôt que lire des livres d'économie... Ca sera beaucoup plus difficile de faire un acte 2. - C.Roux: Il a perdu peut-être en crédibilité. Est-ce qu'il a perdu sa crédibilité vis-à-vis de son électorat, vis-à-vis des Américains? On commente chaque jour ses déclarations. Comment est-ce reçu par les Américains?
- J.-B.Cadier: On a des sondages de ces dernières heures. Sa crédibilité économique est en chute libre. - D.Moïsi: Il y a des signaux très clairs dans les "town halls", les réunions publiques américaines. Les représentants n'osent plus venir. Ils étaient hués par les participants. Dans les Etats agricoles, les producteurs de soja, qui avaient tous voté Trump, disaient qu'ils allaient peut-être devoir fermer leur entreprise. Avec la Chine, c'est 50 % des exportations... - C.Roux: Sur la Chine, il n'a pas bougé. Il a même renforcé les sanctions douanières. On est passés de 125 % à 145 %. Dans son discours, il dit: "On met sur pause mais la Chine s'est mal comportée."
Ils n'ont pas tendu l'autre joue? - S.Matelly: On a cru après son investiture qu'il était devenu plus proche de la Chine et qu'il allait laisser la Chine en paix. Je crois qu'il a toujours cette obsession de la Chine. C'est le pays qui conteste la puissance américaine et prétend pouvoir, à l'horizon 2049, devenir la première puissance au monde. C'est inadmissible pour quelqu'un comme D.Trump. Il a toujours ça dans son viseur. Il a fait peur à ses alliés, aux pays faciles à apeurer en se disant "le jour où je vais taper sur la Chine, on me laissera tranquille". C'est hallucinant que les Bourses aient dévissé de nouveau aujourd'hui et qu'elles aient réagi comme
elles ont réagi hier, aussi massivement. Il a annoncé des taux aussi importants à l'encontre de la Chine, ce qui est une rupture et une catastrophe économique. Il n'avait pas de bonnes nouvelles hier. Le pire avait été évité mais il n'empêche que la situation est encore très compliquée. Pourtant, on a réagi positivement sur les marchés. - C.Roux: Parce que le pire est évité à leurs yeux. Ce qu'il dit sur Xi Jinping... - A.Bellanger: Depuis hier, tout le monde est gentil. Il est là pour écouter. Le problème de cette relation, c'est qu'ils sont tous les 2
prisonniers de leur narration. La Chine, depuis 60 ans, prétend qu'elle veut venger Pékin du siècle de l'humiliation. C'est 1840-1950, une période pendant laquelle les Occidentaux ont obligé les Chinois à s'ouvrir au commerce international. Quand D.Trump utilise à peu près les mêmes arguments ou les mêmes techniques, les Chinois sont enfermés dans l'idée de dire qu'il n'est pas question de céder comme ils ont cédé pendant le siècle de l'humiliation. De l'autre côté, les Etats-Unis se retrouvent à n'avoir qu'un seul véritable ennemi: la Chine. Ce sont des taxes prohibitives. Le prix est doublé pour n'importe quoi. - C.Roux: On commente des chiffres, mais 145, c'est énorme. - A.Bellanger: C'est 3 fois le prix. Ca rend le commerce impossible. Il va bien falloir que quelqu'un cligne de l'oeil, entre les 2. Aux Etats-Unis, D.Trump prendrait ça comme une véritable défaite.
Sa vraie défaite, ça serait de revenir en arrière avec la Chine. - C.Roux: C'est ça qui est inquiétant, dans l'histoire. - D.Moïsi: C'est un système perdant-perdant. Les Chinois ne peuvent pas se rééquilibrer avec la croissance intérieure plutôt que de continuer à exporter comme ils le faisaient. Est-ce qu'ils vont le faire maintenant? Ce n'est pas clair. L'Amérique perd considérablement. Le coût pour l'Américain moyen paraîtra considérable dans les mois qui viennent. - C.Roux: Est-ce que cet affrontement vous inquiète?
Les 2 principales puissances du monde en sont à un bras de fer, pour l'instant commercial. - D.Moïsi: La guerre économique n'est pas la guerre. - C.Roux: Mais elle peut conduire à la guerre? - D.Moïsi: Elle peut. En tant que telle, elle n'est pas la guerre. Il y a une aversion très claire de D.Trump pour la guerre. Aujourd'hui, il menace l'Iran en disant que s'il ne renonce pas au nucléaire, le ciel allait lui tomber sur la tête. En réalité, il n'a pas envie d'attaquer l'Iran. Il a encore moins envie d'attaquer la Chine. C'est un système perdant-perdant.
Depuis une semaine... - C.Roux: Qui baisse les yeux? - D.Moïsi: Dans l'esprit chinois, le temps joue en leur faveur. Ils se disent que l'Amérique n'est plus l'Amérique. Le seul fait que D.Trump soit leur président, c'est un signe de déclin structurel. - S.Matelly: On peut rappeler le précédent... Je sais que le Trump 2 ne ressemble en rien au Trump 1. Après des mois d'échanges d'amabilité, les Chinois et les Etats-Unis décident de négocier et un accord est trouvé en janvier 2020. In fine, les Chinois ont continué à faire ce qu'ils voulaient et l'accord n'a jamais été respecté. Si les Chinois sont malins, ils vont repartir
dans le même scénario. - C.Roux: Ils vont peut-être appeler? - J.-B.Cadier: Ils risquent de caler, de se dégonfler. Tous les messages qu'il envoie pour le président chinois, c'est qu'il se prépare peut-être une porte de sortie. - A.Bellanger: On a entendu, pendant une semaine, qu'il fallait rendre oeil pour oeil, dent pour dent. On voit bien que ce n'est pas le "oeil pour oeil, dent pour dent" qui l'a emporté. C'est l'ennuyeuse liste qui est parvenue à ses fins. - C.Roux: On va revenir sur la stratégie européenne qui s'est adaptée ces dernières heures. Question. - S.Matelly: Oui.
Affaiblissement de la confiance dans cette économie américaine. C'est un vrai risque pour l'économie mondiale. Ces derniers mois, c'est l'économie qui était le moteur de l'économie mondiale. Cet affaiblissement et cette perte de confiance... - C.Roux: Vous pariez sur une baisse d'investissement aux Etats-Unis? Certaines entreprises qui avaient des projets peuvent changer de position? - S.Matelly: Et pas qu'aux Etats-Unis. - A.Bellanger: En quelques jours, le taux d'intérêt auquel les Etats-Unis empruntaient à pris 1 point, 1,5 point. Ils vont passer de 3 à 4,5 %. On va être en terrain inconnu. On ne sait pas si une crise pourra s'ajouter à cette crise. On entre dans des terrains totalement délirants. Que les Etats-Unis empruntent aussi cher, plus cher
que la France, plus cher que l'Allemagne, plus cher que la Grèce... En quelques jours, ça montre à quel point toute cette phase est délirante. - C.Roux: Le fait que le dollar soit au plus bas vis-à-vis de l'euro, c'est un signe qui montre que ça a été mal vécu par les marchés financiers? Comment faut-il le lire économiquement, la chute du dollar? - S.Matelly: La chute des prix en économie, c'est un différentiel entre l'offre et la demande. Une demande qui s'affaiblit fait baisser les prix. C'est un grand classique. C'est le signe de ça. C'était aussi un objectif de D.Trump, faire baisser le dollar pour renforcer la compétitivité
des exportations américaines et relancer les exportations américaines. - C.Roux: J'essaie de lister les points sur lesquels il peut dire qu'il avait raison. "Tout un tas de pays vont décrocher leur téléphone et négocier les tarifs douaniers." Economiquement, est-ce qu'il pourrait retomber sur ses pattes? Le secrétaire au Trésor avait dit que tout était prévu. - A.Bellanger: Il voulait faire baisser le dollar, baisser le baril de pétrole et les taux d'intérêt. Le prix du baril de pétrole, il l'avait déjà négocié dès son arrivée au pouvoir avec l'Arabie saoudite
et ça commence à baisser. Les Américains mesurent l'inflation au prix de l'essence. - S.Matelly: Ce qui va affaiblir la Russie. - A.Bellanger: Sans avoir à leur parler. Les taux d'intérêt, c'est ce qui n'allait pas dans cette politique commerciale. Un de ces 3 objectifs n'était pas atteint avec la réserve centrale américaine, qui a fait savoir qu'il n'était pas question de baisser les taux d'intérêt. On avait un échec en rase campagne à la fois par les marchés et par le président de la Banque centrale qui est gravissime pour les Etats-Unis et D.Trump. Quant à la baisse du dollar, elle est très mesurée.
- D.Moïsi: Ce qui a le plus baissé, c'est la confiance dans les Etats-Unis. C'est irremplaçable. - C.Roux: C'est acquis? C'est cassé? - D.Moïsi: Ca va être très difficile de retrouver un niveau de confiance. Ce que l'on perd en 30 secondes, c'est une réputation, une réputation de près de 80 ans. - S.Matelly: Surtout quand on voit comment a été élu monsieur Trump. Au fond, il n'est pas tombé du ciel. Il a été élu et très bien élu par les citoyens américains.
Qui sera le prochain? - C.Roux: Une des explications données par son entourage était de dire que "Maintenant, c'est fini. Wall Street a été bien fournie. On va s'occuper de l'économie réelle." - A.Bellanger: Wall Street a pris 40 % depuis 2 ans. En quelques années, c'est presque 500 % d'augmentation. - C.Roux: Ils ont perdu un peu ces dernières 48 heures. - A.Bellanger: Il n'y a pas plus peureux qu'un million de dollars. L'argent a eu peur et l'argent aura du mal à revenir et retrouver la confiance qu'il avait dans l'économie américaine. - C.Roux: Extrait de D.Trump qui a signé un décret. "Rendre leur grandeur aux douches américaines".
- D.Trump: J'aime prendre une bonne douche pour m'occuper de mes beaux cheveux. Je dois rester sous la douche pendant 15 minutes jusqu'à ce que mes cheveux soient mouillés. L'eau coule goutte à goutte. C'est ridicule. Après, vous mettez 5 fois plus de temps pour vous laver les mains. On va libérer la pression avec ce décret. J'espère que le Congrès le votera et que cela sera immortalisé. - J.-B.Cadier: Il a un problème avec le débit des douches. Ca fait des années que ça dure. Quand il était candidat-président, il en parlait... Il adore allumer des petits objets brillants qui font oublier le reste.
- C.Roux: Ce décret, c'est pour faire oublier le côté erratique de sa gestion des tarifs douaniers? - J.-B.Cadier: Evidemment. Sur la moitié des réseaux sociaux américains, on parlera des douches et on oubliera le reste. - A.Bellanger: Il y a un côté guerre culturelle. Il s'en prend à cette écologie punitive qui voudrait baisser le débit des douches américaines qui, par ailleurs, sont très puissantes. Ca m'a toujours effaré aux Etats-Unis. Ce qu'il réussit le mieux, c'est de s'en prendre à tout ce qui est indicatif de la gauche américaine. Il réussit parfaitement à couper les subventions aux universités américaines.
10 milliards de moins pour des universités comme Columbia. - D.Moïsi: Au cours des dernières heures, il a douché ses supporters, et pas dans le bon sens. - C.Roux: Elle est faite. Plus sérieusement, sur la stratégie de communication, il y a une habilité à sortir à chaque fois du chapeau une annonce un peu spectaculaire qui fait parler les réseaux sociaux, par les médias et qui fait qu'on passe à autre chose. On enchaîne l'Ukraine, les expulsions au Salvador, les tarifs douaniers, la douche... - D.Moïsi: C'est comme un prestidigitateur.
Il envoie des objets dans l'air et il les rate à chaque fois. Comme il en envoie d'autres, on oublie qu'il a raté les premiers. Il n'a pas fait la paix en Ukraine et au Moyen-Orient. Maintenant, il va faire quelque chose d'extraordinaire à l'égard de l'Iran. On va oublier tout ça. - A.Bellanger: On arrive aux presque 100 jours de sa présidence. Ce sont les 100 jours les plus ratés de l'histoire politique des Etats-Unis. Il avait promis de finir la guerre en Ukraine en 24 heures. Il n'a même pas obtenu un quart de début de commencement de trêve. Il avait promis la trêve au Moyen-Orient.
La guerre a repris. Il avait promis de faire de "America Great Again", on a une espèce de catastrophe atomique sur les marchés financiers. Je ne sais pas si un président des Etats-Unis a déjà fait pire en si peu de temps. - J.-B.Cadier: 100 jours seulement et il en reste 1000. Le match se jugera à la fin. - D.Moïsi: Jamais en si peu de temps un seul homme a fait autant de mal à son pays. Je renverse la formule de Churchill par rapport à la bataille d'Angleterre. - C.Roux: Qui sont les adultes dans la pièce? Lui n'était pas dans le bureau Ovale hier soir lorsque Trump a choisi de mettre sur pause sa hausse des tarifs douaniers. Peter Navarro est son conseiller. Un personnage-clé à la Maison-Blanche. - C'est l'homme qui valait des milliers de milliards de dollars - Le conseiller principal au commerce de D.Trump, Peter Navarro.
- Grand architecte de la guerre commerciale menée par D.Trump, Peter Navarro est fervent partisan du protectionnisme ultra agressif, pas peu fier d'avoir précipité le monde au bord du chaos ces derniers jours. - P.Navarro: Nous avons le plus gros boum de l'histoire sur les marchés. Nous collectons chaque jour des milliards de dollars de taxes grâce aux droits de douane. Nous récupérons l'argent que les pays étrangers nous avaient volé. - L'homme qui murmure à l'oreille du président est un fidèle parmi les fidèles. Cet économiste de 75 ans a démontré son absolue loyauté à D.Trump il y a tout juste un an. - On vient de l'apprendre: P.Navarro a été condamné à 4 mois de prison pour outrage au Congrès. - C'est le premier membre officiel de l'administration
Trump à être condamné dans l'affaire du Capitole et de l'élection de 2020. - 4 mois de prison ferme pour outrage au Congrès et pour avoir refusé de fournir des documents à la commission de l'enquête parlementaire. Il contre-attaque dans un style très trumpiste. - P.Navarro: Toute personne qui m'a conduit sur la route de cette prison est un putain de démocrate qui déteste Trump. - Drôle de destin pour ce diplômé d'Harvard qui commence sa carrière politique dans les années 90. Il se présente à des scrutins locaux en Californie et porte alors l'étiquette démocrate. - P.Navarro: Merci, la Californie. Merci au président Clinton. Ensemble, nous protégerons la sécurité sociale,
l'accès aux soins et le droit des femmes. - Au fil des années, et peut-être des échecs électoraux, P.Navarro se radicalise et nourrit une obsession: la Chine. - P.Navarro: L'émergence de la Chine comme superpuissance économique créée de nombreux conflits. - Dans son livre intitulé "Death by China", il dépeint la puissance chinoise comme responsable du supposé déclin américain. - Si vous voulez un jouet qui aille dans la bouche de votre enfant, n'achetez pas chinois. - Quelques années plus tard, les grands esprits se rencontrent. Trump et Navarro font connaissance par hasard, comme le raconte le magazine "Vanity Fair".
Voilà comment l'économiste devient le conseiller de D.Trump dès son premier mandat. Depuis, une affaire pour le moins cocasse entache sa crédibilité. - Dans tous ses livres, P.Navarro, cite un expert économique pour justifier son point de vue. Cet expert s'appelle Ron Vara. Le problème, c'est que ce Ron Vara n'existe pas. P.Navarro l'a inventé comme son expert, sa source, pour la citer à foison dans son livre. Il se trouve que c'est un anagramme de Navarro. Voilà ce qui a inspiré D.Trump pour faire disparaître 6000 milliards de dollars en une seule journée et provoquer un krach boursier. - D.Trump a eu beau faire marche arrière hier, l'idée de renverser le libre-échange au niveau mondial reste la principale théorie de son conseiller P.Navarro. - C.Roux: Il n'était pas dans le bureau hier soir, P.Navarro. Est-ce que que c'est un désaveu? - J.-B.Cadier: Oui. Dans la hiérarchie des conseillers de Trump, il va descendre de quelques échelons. On en entendra moins parler.
Notamment son altercation avec Musk pose problème. E.Musk, comme d'autres conseillers très importants de Trump, s'en est pris directement à Navarro. Il le prend pour un imbécile. Tout ce qu'a fait Musk et ce qu'a fait Navarro avec son anagramme, ce n'est pas la même chose. Trump n'aime pas ce genre de choses. Le secrétaire au Trésor va monter dans la hiérarchie et Navarro va disparaître. - C.Roux: Question. La réponse est non? - A.Bellanger: Ils se sont échangé des insultes. Ce qui est intéressant sur Navarro, c'est que c'est une sorte de Maverick de l'économie et de "wishful thinking", "la pensée magique". Ce n'est pas le seul. C'est bien ce qui effraie la Maison-Blanche. Ca, ceux qui pensaient être bien préparés, ceux qui ont mis à la disposition de D.Trump des cadres
ultra bien formés, ultraconservateurs mais à haut niveau, et qui se voient débordés par leur droite ou par leur gauche, par des P.Navarro ou par cette femme, Laura Loomer, qui est intervenue dans le bureau du président il y a une semaine pour expliquer... C'est une femme complotiste, d'extrême droite. Elle a dénoncé le patron de la NSA. Le lendemain, elle était virée. D.Trump est une caricature de lui-même. On pensait qu'il était mieux préparé et qu'il était plus déterminé. Il n'est ni mieux préparé ni les équipes autour de lui sont plus compétentes. - C.Roux: En tout cas, il avait un beau CV?
- D.Moïsi: Toute personne sortie d'Harvard n'est pas forcément géniale. - C.Roux: Vous dites ça parce que vous sortez d'Harvard? - D.Moïsi: Plus sérieusement, ce qui me frappe, c'est que l'entourage affaiblit considérablement la réputation des Etats-Unis dans le monde. Ce n'est pas seulement Néron, mais c'est qu'il est entouré de petits Caligula. Il y a quelque chose de terrible de voir que la 1re puissance mondiale est gouvernée par un homme incompétent, entouré par des idéologues dont certains sont carrément fous. - C.Roux: C'est le cas de P.Navarro? - D.Moïsi: Je ne le connais pas bien, mais je sais
que le ministre de la Santé... Vous parliez du covid avant cette émission. C'est un personnage dangereux en matière de santé. Ses propos ont été absolument terrifiants. Si vous multipliez cela, non seulement les adultes ne sont plus dans la pièce, mais vous avez des fous au sommet qui éliminent les adultes qui peuvent ne pas apparaître assez loyaux par rapport au président. C'est ce qui s'est passé avec le directeur de la sécurité nationale. - C.Roux: En tout cas, P.Navarro, même s'il a commencé chez les démocrates, avait une ligne vis-à-vis de la Chine, vis-à-vis du protectionnisme. C'était la ligne de D.Trump pendant la campagne. - S.Matelly: Tout à fait. C'était déjà son conseiller en 2016. Il était déjà anti-Chine. P.Navarro est quelqu'un qui a dû avoir
de sacrées déceptions dans sa vie. A 20 ans, il part 3 ans en Thaïlande dans le Peace Corps, une agence pour aller promouvoir les valeurs de paix et de démocratie partout dans le monde. Pacifiste, écologiste et qui se spécialise sur les questions de l'énergie... Il faut rappeler que l'un de ses premiers bouquins, il n'est pas encore obsédé par la Chine, mais par les groupes de pression et les grandes entreprises aux Etats-Unis. Ce qu'il dit aujourd'hui sur la Chine, il le disait sur ces groupes de pression, en expliquant que ça nuit à la prospérité américaine, au rêve américain. C'est peut-être ce qu'a redécouvert E.Musk en se disant "il nous a traités comme des Chinois, il est peut-être complètement tombé sur la tête". - C.Roux: Où sont les états-majors des républicains, ceux qui ont une expérience de l'exercice du pouvoir, qui pourraient lui taper sur l'épaule en lui disant "fais attention"? - J.-B.Cadier: Un état-major du parti a été pris par la famille Trump. Où sont les sénateurs républicains? C'est ça, la vraie question. Ils sont tétanisés parce qu'ils pensent
que la base Maga peut les faire chuter aux prochaines élections. - D.Moïsi: Ca bouge. - A.Bellanger: Le gouverneur de Floride a commencé à dire: "Si ça continue, ça va être un bain de sang aux prochains midterms." Il est aussi allé voir le président des Etats-Unis pour lui expliquer que ça a commencé... - J.-B.Cadier: Il faudrait pouvoir retirer à Trump ce pouvoir extraordinaire des tarifs, des droits de douane. Il faudrait lui retirer cette possibilité de mettre...
- C.Roux: Qui va lui retirer? - J.-B.Cadier: Le Congrès. Il y a 7 sénateurs républicains qui sont prêts à lui retirer. Mais il ne faut pas passer simplement à la majorité simple. Sinon, il peut mettre son veto. Il faut deux tiers du Congrès. - C.Roux: Les seuls qui peuvent l'arrêter, c'est le Congrès? - D.Moïsi: C'est impossible, aujourd'hui. - C.Roux: On se pose la question de savoir si tout ceci était réfléchi, s'il y avait une stratégie. On apprend que l'UE et les Emirats arabes unis vont lancer des négociations en vue d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. On va négocier. - S.Matelly: Oui, mais on va aussi se rapprocher de notre partenaire. On fait ce que n'ont pas su faire les Etats-Unis.
On se cherche des alliés, des partenaires, pour aller négocier en position de force et pour espérer obtenir quelque chose. - C.Roux: Donc l'UE et les Emirats arabes unis, on va négocier quoi avec Trump? U.von der Leyen semble sur cette ligne. - S.Matelly: On veut négocier un retour à une certaine normalité. L'idéal serait ce qu'a proposé E.Musk, qu'on relance le TTIP, qu'avait enterré monsieur Trump à son 1er mandat. C'est un traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l'UE. L'idéal serait qu'on facilite les échanges. Bien évidemment, le but est de réduire les droits de douane. - C.Roux: Est-ce que, dans tout ça,
il y a une bonne nouvelle? Est-ce que l'Europe se découvre puissante, notamment sur les questions militaires? Est-ce que ça peut être le cas dans ce moment-là ou est-ce que, habilement, D.Trump a essayé de diviser les Européens, qui peuvent ne pas présenter en front uni sur ce sujet? - D.Moïsi: J'ai l'impression que D.Trump est peut-être l'homme qui a le mieux servi la cause de l'Europe au cours des dernières décennies. Je serais personnellement favorable à ce qu'on lui construise des statues dans les places européennes, à l'homme qui a réveillé l'Europe. "L'Europe reconnaissante, merci D.Trump."
Ceci est une plaisanterie, mais une plaisanterie sérieuse. Pour la 1re fois, les Européens se sont dit qu'ils n'avaient pas le choix, qu'ils n'avaient pas d'alternative. Ils ne pouvaient plus compter sur l'Amérique. C'était notre assurance-vie. Il n'y a plus d'assurance. - C.Roux: U.von der Leyen a dit, après cette volte-face américaine: "C'est une étape importante vers la stabilité économique." On a eu très peur, même s'il reste des tarifs douaniers imposés à l'Europe. - A.Bellanger: Chapeau bas. Chapeau bas à U.von der Leyen, la Commission européenne et l'Europe. Ils n'ont pas tapé dur comme D.Trump. Ils ont envoyé une liste invraisemblable
de produits. On aurait dit une liste à la Prévert, qui ferait mourir d'ennui n'importe quel étudiant et économiste. C'était le but. Ils vont noyer la Maison-Blanche sous l'ennui, l'ennui que sait si bien entretenir l'Europe et la Commission européenne avec ses compromis, ses réunions, ses sommets... C'est exactement ce qu'il fallait faire à l'espèce de rodomontade viriliste de D.Trump. Il fallait répondre par l'ennui le plus absolu des listes européennes. - C.Roux: On est crédibles quand on joue la carte de l'ennui? - A.Bellanger: C'est fascinant. Si on suit les affaires européennes,
de toute façon, tout est déjà écrit. U.von der Leyen, il y a quelques années de ça, avait expliqué qu'il fallait acheter plus de gaz liquéfié américain. Ca ferait plaisir à D.Trump, et ça ne nous coûtera pas plus cher. Laissons travailler l'Europe qui, pour une fois, sait bien. Je ne manque pas d'ironie... Je goûte mon ironie de l'affaire avec G.Meloni, qui a pris le 1er avion pour la Maison-Blanche. Elle y sera la semaine prochaine pour rien! Il n'y aura rien à négocier! Elle pourra faire 3 fois le tour de la Maison-Blanche, avoir une photo avec Musk et Trump. Mais tout est déjà négocié. Il a renoncé à ces tarifs douaniers. - C.Roux: Il reste 10 %. - S.Matelly: Ce qui est intéressant, c'est qu'on s'aperçoit que depuis le Brexit, au moment du covid, on a appris à gérer nos différends très discrètement. Il n'y a rien qui a dépassé. Il y a eu des coups de fil, des pressions mises sur la Commission pour sauver notre cognac et nos alcools. Ca n'a pas tellement fait de vagues.
Les seuls qui ont fait des vagues, c'est V.Orban et G.Meloni. On ne s'attendait pas à moins. - C.Roux: Les 10 %, ça reste un sujet pour les Européens. - S.Matelly: Et la situation de l'économie américaine et le manque de confiance dans cette économie américaine reste un sujet. L'enjeu est d'aller négocier, mais également de donner l'impression qu'il y a à nouveau des pilotes dans l'avion et que le pilote, c'est peut-être les Européens qui s'accommodent et qui arrivent à travailler... - C.Roux: Et qui vont négocier avec d'autres pays? - D.Moïsi: Y compris la Chine. Il ne s'agit pas de tomber dans les bras de la Chine mais de se rendre compte qu'il n'y a plus l'Alliance atlantique. Nous sommes seuls et nous allons dire que nous avons besoin de l'Inde, de la Chine.
Grâce à Trump, l'Europe est devenue adulte. - C.Roux: On a appris cet après-midi que la Chine allait peut-être faire main basse sur Vencorex. C'est un sujet de défense, aussi. - S.Matelly: Tout à fait. On va devoir négocier avec la Chine parce que la Chine n'est pas un allié et elle peut, parce qu'elle n'aura plus accès au marché américain, envahir tout le marché européen de tous ses produits. On va devoir aller lui parler. - A.Bellanger: C'est un avantage comparatif. Le langage de la négociation à la manière de l'UE, tout le monde le comprend.
Le langage employé par D.Trump "je vous impose 60 % de taxation", personne ne l'avait compris. Le langage de la négociation utilisé par l'UE, tout le monde le comprend. Une position idéale pour aller négocier. Vous avez un partenaire nécessiteux, parce qu'il a besoin de déverser ses surplus, parce qu'il ne peut plus aller aux Etats-Unis, alors vous pouvez obtenir 2 ou 3 choses. - C.Roux: Il y a un message dans la journée qui se voulait rassurant, celui du directeur de la Banque de France
qui ne voit pas arriver de signes de récession. Mais d'un autre côté, le ministre de l'Economie a revu à la baisse les perspectives de croissance pour le pays et anticipe déjà sur le casse-tête du prochain budget. - La séquence a de quoi donner le tournis. Hier après-midi, à l'Assemblée, E.Lombard s'exprime sur les 20 % de droits de douane américains. - E.Lombard: Quelle sera notre réponse? Elle sera graduée mais extrêmement vigoureuse. - Quelques heures plus tard, l'addition est réduite de moitié. Soulagement mesuré. - E.Lombard: C'est une bonne nouvelle, mais il faut rester calme dans la difficulté que nous avons traversée. - Un ministre De l'Economie prudent qui revoit
la prévision de croissance à la baisse pour 2025, de 0,9 à 0,7 %. Pas question d'augmenter les impôts des Français. - E.Lombard: Même s'il y avait moins de croissance, nous n'augmenterons pas les impôts en 2025, puisque nous tenons l'axe des dépenses publiques telles qu'elles ont été votées par le Parlement. Nous ferons ni plus, parce qu'il faut tenir l'objectif de réduction du déficit, ni moins, parce que nous ne voulons pas aggraver la situation. - Alors comment soutenir l'économie? Equation compliquée que tente de résoudre F.Bayrou avec, en ligne de mire, une grande conférence mardi prochain sur les finances publiques. L'une des pistes sur la table pourrait être une nouvelle réforme de l'assurance-chômage, évoque "L'Opinion". En attendant, le gouvernement continue de recevoir
les entreprises, en première ligne dans la guerre commerciale menée par D.Trump. Résultat mitigé. - Pas de sujets particuliers à partager. On a échangé sur les différents impacts probables pour notre économie. - Il vous a rassurés, le ministre de l'Economie? - Comme il peut. - Une série de rendez-vous qui fait grincer des dents la patronne de la CGT. - S.Binet: Le gouvernement passe son temps à recevoir les patrons à l'Elysée et il n'a pas pris le temps de consulter les organisations syndicales et de les associer. - Dans ce contexte qui ne cesse d'évoluer,
une certitude: il va falloir faire des économies. La ministre des Comptes publics a fait ses calculs. Elle annonce que le gouvernement s'est préparé à cette éventualité. - Nous nous sommes donné les moyens de mettre 5 milliards de dépenses d'efforts supplémentaires, des dépenses qui ne vont pas être faites, mais repoussées. C'est 5 milliards d'euros que nous allons annuler ou repousser, c'est notre réponse à un monde instable. -5 milliards d'euros de dépenses publiques en moins, un nouveau cap économique qui tombe à pic, ironise les partis d'opposition. - O.Faure: Il y a une volonté d'utiliser tous les sujets pour revenir sur l'aide sociale française. - J.-P.Tanguy: Ca fait plusieurs mois qu'on nous annonce une dégradation du déficit. Ils utilisent un fait extérieur pour justifier la politique. - Au-delà de la polémique politique, certains appellent à réfléchir à la suite. Le patron du Medef alerte sur les droits de douane
prohibitifs imposés à la Chine. - Il y a un risque non pas d'inflation, mais de déflation. Tous ces produits qui ne pourrait plus être vendus aux Etats-Unis reviendraient sur le marché européen. Des produits chinois, mais aussi européens. - L'économie française en alerte, dépendante d'une guerre commerciale menée outre-Atlantique, sans visibilité sur l'avenir. - C.Roux: Je vous avoue qu'on est perdus. Il y a certains acteurs du monde économique qui disent "attention, la hausse des tarifs douaniers, ça peut entraîner un retour de l'inflation", et d'autres disent "il va y avoir un déversement de biens chinois sur le marché et donc déflation". - S.Matelly: Les 2 sont possibles. Les tarifs douaniers font mécaniquement monter les prix des produits produits aux Etats-Unis. On peut imaginer que ça va entraîner une inflation aux Etats-Unis qui va se répercuter sur le reste de l'économie mondiale. De la même manière, comme le dit le patron du Medef, les Chinois, n'ayant plus accès au marché américain, vont essayer de vendre leurs produits ailleurs. Ils n'ont pas de marché intérieur, ou un marché qui ne progresse plus depuis plusieurs années. Si les produits chinois arrivent en masse au prix
des produits chinois, y compris sur des produits à haute technologie, les voitures électriques coûtent bien moins cher, vous avez un effet de baisse des prix car la concurrence est terrible. C'est la déflation. - C.Roux: Question. C'est intéressant, y compris pour nos sujets intérieurs, comme prévoir un budget. - A.Bellanger: C'est ce que disait D.Moïsi. - C.Roux: Il a toujours raison. - A.Bellanger: Les Etats-Unis étaient le dernier secours, celui dans lequel on avait confiance, aussi bien dans la monnaie, que dans le marché et que dans les bons du Trésor. Si vous introduisez un moment d'incertitude, de chaos... Il s'agit d'une stratégie du chaos. Alors, vous détruisez toute la confiance
que vous pouvez avoir... - J.-B.Cadier: Il est moins imprévisible aujourd'hui qu'il y a 48 heures. Il n'est pas totalement irrationnel. - C.Roux: Le fait qu'il fasse machine arrière vous rassure? - J.-B.Cadier: Oui. C'est un businessman mais pas un idéologue. Ce qui compte, c'est l'économie. Quand il voit les obligations chuter, c'est irrésistible, il peut revenir un peu à la raison. - D.Moïsi: C'est peut-être un businessman, mais le mot qui domine, c'est "incompétent et incohérent". Nous pensions tous que l'esprit du temps était à l'homme fort, au populisme. Soudain, on voit dans la 1re puissance mondiale un leader populiste qui amène le chaos, la confusion. Pour tous les partis populistes dans le monde, en particulier en Europe, c'est un moment d'interrogation. "Est-ce que c'est vraiment bon pour nous, ce qui se passe aux Etats-Unis? Est-ce que l'heure des modérés faces au chaos n'est pas venue?"
- C.Roux: Vous pensez à la vie politique française. - D.Moïsi: Oui, aussi. Il était très intéressant de voir à quel point M.Le Pen cherchait à prendre ses distances avec D.Trump au cours des derniers jours. - C.Roux: Nous revenons à vos questions. Question. - J.-B.Cadier: Incontestablement l'argent. Il a construit sa vie autour de l'argent, de la Bourse, du rouge et du vert. Il a vu du rouge sur sa télévision. Il savait que ça allait être énorme. Ca a été irrésistible pour lui. - C.Roux: Le moment où il voit du rouge sur sa télé, mais il dit "soyez calmes, ce n'est pas grave. Quand on prend un médicament, au début, il y a des turbulences..." Il y a eu des moments où il a dit que c'était anticipé. - J.-B.Cadier: A mon avis, ce n'était pas censé être sous contrôle pendant 48 heures, mais pendant 3 mois. - C.Roux: Question. - S.Matelly: S'il y a délit d'initié, oui. Encore faudra-t-il le prouver. Pour l'instant, le fait que la Bourse chute avec l'annonce de D.Trump puis remonte, ce n'est pas
une manipulation boursière. - C.Roux: Mais il a dit aux Américains que c'était le moment d'acheter. - S.Matelly: Il suffira d'aller regarder qui a gagné le plus d'argent à cette reprise. - A.Bellanger: C'est ce qu'a déclaré une des égéries de la gauche aux Etats-Unis, A.Ocasio-Cortez. Je n'ai rien à conseiller. L'emploi de la justice contre D.Trump est contre-productif à chaque fois. Aller prouver que D.Trump a donné des indications à ses copains en leur demandant d'acheter parce que ça allait remonter... - C.Roux: Ca ne suffira pas pour que les démocrates retrouvent du souffle? - A.Bellanger: Ils n'ont jamais été aussi bas dans les sondages. Il faut qu'ils commencent à s'occuper de leurs affaires... - C.Roux: Il n'y a pas d'opposition en ce moment? - J.-B.Cadier: Ca commence. Je pense que Musk, à sa façon dont il a critiqué les tarifs, a un petit moment de tension avec D.Trump. Ca annonce peut-être que ces deux-là ne vont pas passer leurs vacances ensemble. - C.Roux: Question. C'est ce que vous disiez.
- S.Matelly: Elle va durer. - C.Roux: Question. Merci pour cette question. On l'a rappelé tout à l'heure. Pour l'Europe, c'est un changement. On passe de 1 à 10 %. - S.Matelly: Il y a les 10 % et il y a la Chine. C'est une pelote de laine emmêlée, mais on s'accommode de ça. Ce qu'on est obligés de faire pour anticiper ce qui va arriver, c'est de démêler cette pelote. Ca prend du temps. A la fin, vous ne savez pas quelle va être la longueur de la pelote de laine. - C.Roux: Question. - A.Bellanger: Vous êtes allé sur le site de l'OMC? - C.Roux: Non.
- A.Bellanger: On dirait un site des années 2000. Ils sont tellement à la rue d'un point de vue de la modernisation qu'ils ont à peine modernisé leur site depuis 20 ans. Les Etats-Unis n'ont même pas nommé leurs juges à la Cour des règlements internationaux. Sans les Etats-Unis, l'OMC ne peut pas exister. Les Etats-Unis n'ont aucune intention... - D.Moïsi: Le problème, c'est qu'il n'y a pas de réponse mondiale à ces problèmes. Or, on a détruit les instruments du multilatéralisme, qu'il s'agisse
de l'ONU ou de l'OMC. - S.Matelly: Pour compléter, la Chine a porté plainte auprès de l'OMC contre les pratiques des Etats-Unis. Mais elle va avoir raison, l'ORD va lui donner raison, mais les Etats-Unis vont faire appel. Or, c'est l'organe d'appel qui est complètement bloqué parce qu'il n'y a pas de juges américains. Ca vous dit pourquoi l'OMC ne fait rien. - C.Roux: Question. Est-ce que la note des Etats-Unis pourrait être dégradée? - S.Matelly: A suivre. - C.Roux: Question. - D.Moïsi: Oui. Bizarrement, l'Europe apparaîtra peut-être comme un moindre risque demain entre les Etats-Unis et la Chine. C'est encore une bonne nouvelle.
- C.Roux: Question. - A.Bellanger: Pas grand-chose. 90 jours, c'est pour oublier qu'il y a eu des droits de douane. Tout le monde va vouloir négocier. Les 75 délégations des pays concernés vont arriver à Washington et vont toutes obtenir la même chose. Juste pour dire que les principaux concernés en ce moment par les mesures de Trump sont les scientifiques américains et les universitaires qui aimeraient peut-être... - C.Roux: Merci à vous tous. C'est la fin.
"C dans l'air" est l'émission la plus podcastée: 2 583 000 écoutes en mars. Merci. On retrouve Anne-Elisabeth. - A.-E.Lemoine: Au programme, l'appel désespéré d'un père pour que son fils plongé dans un coma depuis 20 ans meure dans la dignité. Les vives réactions à l'annonce d'E.Macron d'une possible reconnaissance de l'Etat palestinien. La présidente de l'Assemblée nationale, la 1re femme à ce poste, dénonce le sexisme auquel elle n'avait jamais