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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 20 juin 2022 12 min

Olivia Grégoire : "C'est une première place décevante" mais "nous sommes la première force au Parlement"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter. Le 7-9. Spéciale législative. Et avec Léa Salamé, nous vous proposons maintenant la suite de cette édition spéciale au lendemain du second tour des élections législatives. Paysage politique totalement inédit, dont on parle maintenant avec la porte-parole du gouvernement député de Paris. Bonjour Olivia Grégoire. Bonjour. 245 sièges pour la majorité présidentielle, loin, très loin de la majorité absolue. Comment qualifiez-vous ce matin les résultats d'hier ? Un échec, une lourde défaite pour ensemble le parti d'Emmanuel Macron.

0:37
Olivia Grégoire

Une première place décevante et donc de la déception, notamment à l'endroit des ministres et des députés importants qui ont perdu leur siège. Pour autant, je le maintiens, nous sommes au moment où je vous parle la première force au Parlement et nous aurons à cœur de continuer à avancer. Je profite aussi de ce moment pour rappeler qu'on sort d'une séquence et d'un tempo électoral extrêmement chargé depuis quelques années. Et pour la quatrième fois en trois mois, la majorité présidentielle, de peu, je vous l'accorde, mais est aujourd'hui la force qui est en premier au Parlement.

1:13
Présentateur

On va se projeter sur comment vous allez gouverner, si la France est gouvernable ou pas dans l'état actuel du Parlement. Mais essayons juste de comprendre, quelle est votre analyse ? Quels sont les mots que vous mettez sur ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui a déraillé ? Il y a huit semaines, Emmanuel Macron était réélu président assez largement face à Marine Le Pen. Vous étiez assuré d'avoir la majorité absolue, même large. Qu'est-ce que vous avez raté ces huit semaines de campagne, Olivia Grégoire ? Honnêtement, on essaye juste de comprendre.

1:41
Olivia Grégoire

Bien sûr, et nous aussi, et on va y passer quelques jours d'ailleurs. Moi, ce que j'ai rencontré, vous l'avez dit Nicolas Demorange, j'étais candidate, je suis candidate réélu, et tous les jours, toutes les semaines, quand j'étais sur ma circonscription, j'ai remarqué des Français lassés, fatigués, pour tout vous dire, un peu saoulés de la séquence électorale. C'était valable d'ailleurs pour tous les partis, ils évitaient les personnes qui portaient des tracts. Les Français étaient fatigués. Je crois que c'est une lassitude, avec un message extrêmement fort d'abstention, qui nous concerne tous d'ailleurs. C'est d'ailleurs un point important.

On va voir comment les oppositions vont venir, ou pas, à nos côtés, pour essayer de répondre ensemble à ce problème. Donc ma première réponse qui vient du cœur, Léa Salamé, c'est la confirmation d'une abstention extrêmement forte, d'une lassitude, et d'aujourd'hui, d'une réforme institutionnelle qui devient absolument indispensable.

2:31
Présentateur

Mais ils ont été lassés par une campagne ou par une non-campagne ?

2:35
Olivia Grégoire

Je pense aussi que gouverner, pour être totalement sincère, et j'aimerais répondre à la question de Salamé, je pense que gouverner abîme. Mais j'y réponds en vous disant, un, qu'on a un sujet qui est une lassitude, qui nous concerne tous, par rapport à la tenue de cette campagne dont vous parlez depuis huit semaines, j'ai aussi envie de dire que gouverner abîme, gouverner c'est choisir, c'est prendre des positions.

On a pris des positions pendant cinq ans, avec deux ans de crise Covid, avec une crise sociale, et bien sûr, quand on est aux responsabilités, on prend des décisions, on fait aussi parfois des erreurs, et par conséquent, on est plus abîmé que ceux qui restent sur les plateaux télé à torpiller, plutôt que de proposer au Parlement.

3:09
Présentateur

On entend ce que vous dites, donc votre réponse c'est la lassitude.

3:13
Olivia Grégoire

Non, et le gouverner abîme.

3:15
Présentateur

Et le gouverner abîme, très bien, ça s'entend, mais il y a aussi une non-campagne que vous avez refusé de faire, Olivier Grégoire, pardon, mais on l'a dit, on l'a répété en huit semaines, vous avez accepté très peu de rendez-vous médiatiques, vous évitiez le débat de manière aérissante,

3:31
Olivia Grégoire

Alors, il y a différentes versions, Léa Salamé, j'ai aussi souvenir de Clément Beaune qui... Alors, élément de langage, pour le coup, c'est pas mon école, moi c'est les éléments du cœur et de mon cerveau, mais je suis très honnête, je vois aussi Clément... Enfin, vous donnez un exemple, on a refusé le débat, je vais pas vous citer le nombre de parlementaires aujourd'hui élus, comme Clément Beaune qui, jusqu'à vendredi soir à 18h, ont proposé des débats au NUPS qui ont été refusés, donc il y a eu des ministres courageux qui y sont allés, plus le débat, vous avez raison.

4:00
Présentateur

Amélie de Montchallon a refusé le débat, avec Jérôme Beaune.

4:02
Olivia Grégoire

Bah oui, mais Clément Beaune a accepté, et nous en avons beaucoup qui les ont menés, ces débats, Olivier Véran l'a mené, beaucoup de députés ont porté le débat.

4:09
Présentateur

Quelques-uns, oui, quelques-uns.

4:10
Olivia Grégoire

Et j'ai quand même aussi envie de vous rappeler que, bien sûr, on aurait préféré 15 ministres sur 15 réélus, au moment où je vous parle, il y en a 12 sur 15 qui repassent, bien sûr, c'est une défaite lourde pour les trois qui s'en vont, mais on a quand même un gouvernement dont plus de la moitié des membres s'est frotté à l'élection, au suffrage universel. Moi, j'ai face à moi un Jean-Luc Mélenchon qui nous a expliqué qu'il serait président de la République, il ne l'est pas. Qui nous a expliqué qu'il serait Premier ministre, il ne l'est pas. Et qui n'est même pas député.

Je veux bien qu'on nous critique pour ne pas avoir fait campagne, mais le premier de ceux qui étaient en face de nous n'était pas candidat. Donc je veux bien que les critiques, on les prenne tous. Et vous savez, vous me demandez de la sincérité, les critiques, le retour d'expérience, et la leçon, il va falloir qu'on l'analyse. Il n'y a aucun sujet là-dessus, et on va le faire dans les heures qui viennent.

4:52
Présentateur

89 sièges pour le Rassemblement National dans la Nouvelle Assemblée. Cette percée, comment la qualifiez-vous, Olivia Grégoire ? Et avec la même franchise, en prenez-vous votre part, votre responsabilité ? Emmanuel Macron avait promis de faire baisser les extrêmes, et ils n'ont jamais, jamais été aussi hauts.

5:11
Olivia Grégoire

Est-ce que nous prenons notre part de responsabilité ? Oui, Nicolas Demorand, quand on voit, et une abstention, pardon de le redire, et des extrêmes qui montent aussi fort et aussi haut, bien sûr qu'après 50 gouvernements, on a un certain nombre de questions à se poser. Il y a aussi autre chose sur laquelle il faut revenir, c'est que moi je suis frappé de voir comment, entre deux tours, puisqu'on se dit les choses franchement, on m'a beaucoup interrogé, et j'ai essayé de répondre avec franchise, sur la percée, l'explosion de l'extrême gauche, et notamment de NUPS. La réalité des faits, c'est que c'est une poussée forte du Rassemblement National.

La réalité des faits, et je vais aller jusqu'au bout de mon idée, quitte à étonner, voire à choquer, c'est qu'à nous parler d'extrême gauche et à mettre la focale sur NUPS, c'est le RN qui rentre au Parlement. La réalité, c'est que quand des leaders politiques disent « la police tue entre deux tours », ça ne fait pas baisser le Rassemblement National. La réalité, c'est que nous avons tous une part de responsabilité, nous prenons la nôtre, il va falloir que tout le monde se questionne sur la sienne.

6:06
Présentateur

Alors Jean-Luc Mélenchon vous reproche, vous, d'avoir fait monter le Rassemblement National, il reproche que sur 65 duels où vous n'étiez pas qualifiés, RN contre NUPS, vous n'avez pas donné de consigne claire dans 52 cas. Il le dit, le refus d'appeler clairement à faire barrage à l'extrême droite, doublé de la stratégie de diabolisation de Jean-Luc Mélenchon, a-t-elle conduit, comme il le pense, Mélenchon à faire monter le Rassemblement National, Olivier Grégoire ?

6:32
Olivia Grégoire

Moi je maintiens que quand on a des propos extrêmement radicaux, pour ne pas dire d'une agressivité sans pareil, à l'endroit des forces de l'ordre notamment, entre deux tours, quand on a, on l'a oublié, mais je n'ai rien oublié, j'étais parlementaire en 2018, des élus de notre République qui sont dans Paris et qui brûlent par exemple des marionnettes du Président de la République, qui le guillotinent, souvenez-vous de certains de ses députés qui appelaient un destin à la Kennedy pour le Président de la République. Je ne crois pas que tout ça ait amélioré, apaisé notre démocratie. Et je pense que Jean-Luc Mélenchon a une part de responsabilité.

Je pense même, pour tout vous dire, qu'à aller dans les extrêmes, notamment dans ses expressions, il peut parfois être un escabeau, un porte-pied, pour que les radicaux extrêmes rentrent au Parlement. Cette réalité, nous en avons, nous, à l'adresser. Jean-Luc Mélenchon doit aussi la regarder. Et je dois dire que ses positions extrêmes ces dernières semaines n'ont certainement pas contribué à ce que le Rennes baisse. Vous vous renvoyez la responsabilité, lui. Moi je suis très précise, sur les duels. Deux semaines à m'expliquer sur 58 duels, et c'est tout à fait normal, entre le RN et NUPS. Quelle serait la position ? Je l'ai dit, pas une voix au Rassemblement National.

Il y avait deux fois plus de duels, 110 duels, NUPS, enfin, sur le Rassemblement National et Ensemble. Les consignes n'ont pas été beaucoup plus claires et pas été tenues par Jean-Luc Mélenchon, puisque nous avons, je prends le cas de Sacha Houlier, interrogez-le, député nouvellement, enfin réélu, pardonnez-moi, de Poitiers, qui lui a eu affaire, et il en témoignera sur vos ondes si vous l'appelez, d'une alliance très claire, NUPS, Rassemblement National, contre lui. Donc de grâce, faisons le procès des deux côtés, s'il vous plaît.

8:03
Présentateur

Allez, on se projette maintenant. Le pays est-il encore gouvernable, Olivia Grégoire, et surtout, comment allez-vous faire avec une telle Assemblée Nationale pour pouvoir passer vos réformes ?

8:15
Olivia Grégoire

Ça va être compliqué, Nicolas Demand, évidemment. Il va falloir...

8:19
Présentateur

Possible ou compliqué ?

8:20
Olivia Grégoire

Compliqué. On va essayer d'être optimiste. Compliqué. À l'impossible, nul n'est tenu. On nous trouvera toujours pour essayer d'embarquer avec nous, de convaincre surtout les modérés qui sont aussi présents dans ce Parlement, peu nombreux, mais de nous suivre. Ce sera donc compliqué. Il va falloir de l'imagination, de l'audace, de l'ouverture. C'est une évidence. À droite ? Et on va... Où il faudra. Et ça, ce sont des discussions qui auront lieu dans les prochaines heures, qui seront menées par le Président de la République, par la Première Ministre. Il faudra qu'on ouvre à toutes celles et ceux qui veulent faire avancer le pays. Je vais vous dire ce matin, c'est même pas la porte-parole, là.

C'est la citoyenne. Ma hantise, Nicolas Demand, ma hantise. C'est que ce pays soit bloqué. C'est ma seule hantise.

8:56
Présentateur

Mais est-ce qu'il n'est pas déjà ?

8:58
Olivia Grégoire

Votre hantise, est-ce qu'on n'y est pas ? Dans huit jours, il y a un texte qui arrive sur le bureau de l'Assemblée nationale. C'est celui sur le pouvoir d'achat.

9:03
Présentateur

On va voir. Mais c'est le plus facile, j'ai envie de vous dire. Oh, mais...

9:05
Olivia Grégoire

C'est ensuite le texte sur le nucléaire,

9:08
Présentateur

la retraite. Comment vous allez faire ?

9:09
Olivia Grégoire

Énergie renouvelable, c'est dès cet été. Ça va être les preuves de vérité. NUPS n'a pas une position en commun sur le nucléaire. C'est les preuves de vérité. Dans ce contexte... Que vont faire les communistes qui sont favorables ? Votrons-nous à nos côtés ? Seront-ils aux côtés des LFI ? Je rappelle juste qu'on a ici une alliance de quatre parties dont les idées et le programme étaient opposées il y a encore un mois et demi. Comment feront-ils ? C'est la question à leur poser.

9:30
Présentateur

Et comment vous ferez ? Dans ce contexte, Elisabeth Borne peut-elle rester première ministre ?

9:34
Olivia Grégoire

Elisabeth Borne est réélue. Elisabeth Borne a douze membres de son gouvernement réélus. Au moment où je vous parle, la question ne s'est pas posée et on verra dans les prochaines heures. Mais au moment où je vous parle, la première ministre demeure une première ministre qui, elle, a eu le courage de se présenter aux urnes et n'a pas à faire des leçons sur les plateaux télé et qui, elle, certes, le score est faible. Ok, j'entends les éditorialistes ce matin. Ce qui compte, c'est que la première ministre, dans un moment extrêmement difficile, soit élue. Ça n'est pas le cas de beaucoup d'autres qui ne sont, notamment Jean-Luc Mélenchon, pas allés aux urnes.

10:04
Présentateur

Le nouveau gouvernement, dès lors que certains de ses membres vont en sortir, est prévu quand ?

10:11
Olivia Grégoire

Pareil, dans les prochains jours, on n'a pas l'intention de laisser un gouvernement où il manque un certain nombre de membres.

10:17
Présentateur

Jour ou semaine ? Parce que ça avait pris du temps, pardon.

10:20
Olivia Grégoire

Je pense que, compte tenu de l'urgence à agir et de la détermination du président de la République et de la première ministre, on parle ici en jour, Léa Salamé, plutôt qu'en semaine.

10:29
Présentateur

La Commission des Finances ira-t-elle au Rassemblement National ?

10:32
Olivia Grégoire

La Commission des Finances, alors j'entends, et j'ai écouté beaucoup les plateaux cette nuit, j'entends la bataille entre les RN et le Rassemblement National. La Commission des Finances doit aller constitutionnellement à un groupe d'opposition. Nous verrons donc celui qui est en charge de la Commission des Finances. Il n'y a pas de certitude quand on lit la Constitution.

10:52
Présentateur

Une dissolution de l'Assemblée Nationale est-elle ce matin sur la table du président de la République ?

10:57
Olivia Grégoire

Au moment où je vous parle, non. Non. Non.

11:01
Présentateur

Au moment où vous nous parlez. Voilà. Peut-être dans quelques mois...

11:03
Olivia Grégoire

Je suis très clair. Après, chaque chose peut bouger. L'adversité fait partie de la vie politique. Vous savez, moi, c'est la grande leçon. Je vous l'ai dit, gouverner, ça abîme. C'est tout sauf un élément de langage. Je le pense profondément. Bien sûr, on a déçu, on a fait des choix. C'est aussi l'épreuve du réel, à se confronter au réel. Et on va le voir dès cet été avec le RN, avec NUPS, comment ils vont se comporter. Moi, j'ai vu NUPS voter contre le quoi qu'il en coûte. J'ai vu le RN voter contre les augmentations de budget pour les policiers. On va voir comment ils se comportent dans les prochaines semaines.

11:29
Présentateur

Ça tombe bien. On est en ligne avec le Rassemblement National. Merci. Merci à vous. Merci, Olivier Grégoire, porte-parole du gouvernement, député Ensemble de Paris.